Coup de chaud, un film de Raphaël Jacoulot : Critique

Les films sortis de nulle part et qui ne sont pas attendus au tournant sont souvent ceux qui réservent les meilleures surprises. Dans la torpeur de cet été, Coup de chaud de Raphaël Jacoulot est un de ceux-là, en plus d’être un film de circonstance du fait de la canicule qui a traversé la France au moment de sa sortie.

Synopsis: Au cœur d’un été caniculaire, dans un petit village à la tranquillité apparente, le quotidien des habitants est perturbé par Josef Bousou. Fils de ferrailleurs, semeur de troubles, il est désigné par les villageois comme étant la source principale de tous leurs maux jusqu’au jour où il est retrouvé sans vie dans la cour de la maison familiale…

La chasse

S’ouvrant sur une pluie d’orage torrentielle, le film commence par un drame : Josef, un jeune homme trentenaire, court ensanglanté sous la pluie, tentant de rejoindre son domicile, un trou dans le ventre, pour enfin s’écrouler au milieu de la cour.

Dès le départ, le film montre des habiletés de montage, puisque l’image d’après, celle d’un beau générique gorgé de couleur et de soleil, est celle d’un cimetière, où on pense qu’on va assister à l’enterrement de Josef, et où le réalisateur au contraire dévoile Josef, plein de vie et l’œil fureteur, en train de chaparder un angelot accroché à la croix d’une tombe. Un « truc » de cinéaste appliqué par un cinéaste. Il en sera ainsi à plusieurs reprises : le cerveau du spectateur n’est jamais au repos, le réalisateur veille constamment à ce qu’il ne s’installe pas dans une routine.

 

Cette histoire est donc celle d’un petit village paisible du Sud-Ouest, un microcosme composé de villageois suintant légèrement l’ennui, mais surtout écrasés de chaleur et de contrariété à cause de la sécheresse qui s’installe durablement. Le drame du pré-générique est le climax autour duquel le réaliste déroule son scénario. Une tension sourde est palpable. Une famille de gitans s’est sédentarisée dans le coin, la famille de Josef. Vivant un peu à distance de la population, avec un haut portail barricadé à toute heure du jour, elle est cependant vue par le réalisateur avec le même regard qu’il a pour les autres protagonistes, au travers de plans mêlant chroniques intimes et sociales. Josef est le lien entre sa famille et le village. Faisant rouler ses yeux fous, entre innocence et insolence, il baguenaude dans le village, pétaradant au volant de sa petite voiture, musique criarde lancée à tous vents par les vitres ouvertes, amusant les uns, effrayant les autres.

La force du film de Raphaël Jacoulot réside dans sa gestion de cette tension, de ces tensions, en caractérisant non seulement les personnages, mais les relations entre eux, par de petites touches, un regard par-ci, un petit mot par-là, suscitant l’empathie ou le rejet du spectateur, voire toutes ces émotions à la fois par rapport à un même personnage. Le spectateur sait des choses que les personnages ignorent, et ces derniers agissent dans un hors-champ inaccessible au spectateur, ce qui ajoute encore du vertige au suspense du film. Le réalisateur ne prend jamais vraiment parti, en laissant chacun de ses personnages affronter le regard du spectateur aussi bien dans ses bons que dans ses plus sombres aspects.

La distribution est parfaite, tant sur le plan du physique des personnages, un peu lourd, un peu terrien, que dans le jeu des uns et des autres : chaque personne est exactement à la bonne place, et même l’étrange diction un peu mécanique de Josiane, la mère de Josef, prend du sens face à son fils atteint d’une « débilité débonnaire et affective ». Ou inversement. Un coup de chapeau en particulier à Karim Leklou qui  incarne ce Josef singulier, capable dans une même scène de jouer l’idiot du village et un agresseur fou et hors de contrôle. Tous les autres acteurs sont à l’avenant, Grégory Gadebois, Jean-Pierre Darroussin ou encore Carole Franck, en déployant un jeu plutôt minimaliste mais très expressif…

Le film de Raphaël Jacoulot est une réussite, un bel équilibre, qui permet de lui prédire une place de plus en plus importante parmi les réalisateurs marquants du cinéma français d’aujourd’hui. Sans être d’une audace folle, l’image de « son » chef opérateur, Benoît Chamaillard est très agréable à l’œil, réaliste tout en affichant une recherche certaine d’harmonie, jouant sur la lumière et les couleurs pour parvenir à une ambiance étrangement froide malgré la chaleur ambiante. Coup de chaud est un vrai beau « film social de suspense » qui aurait mérité une diffusion plus large, ou une date de sortie plus appropriée, afin d’être vu par un plus grand nombre de spectateurs cinéphiles qui, eux aussi, méritent des films sortant des sentiers battus…

Coup de chaud – Bande annonce

Coup de chaud – Fiche technique

Titre original : –
Date de sortie : 12 août 2015
Réalisateur : Raphaël Jacoulot
Nationalité : France
Genre : Policier
Année : 2015
Durée : 102 min.
Scénario : Raphaël Jacoulot, Louise Macheboeuf
Interprétation : Jean-Pierre Darroussin (Daniel Huot-Marchand), Grégory Gadebois  (Rodolphe Blin), Karim Leklou (Joseph Bousou), Carole Franck (Diane), Isabelle Sadoyan (Odette), Serra Yilmaz (Josiane Bousou), Camille Figuereo (Bénédicte Blin)
Musique : André Dziezuk
Photographie : Benoît Chamaillard
Montage : François Quiqueré
Producteur :Miléna Poylo, Gilles Sacuto, coproducteurs : Jacques-Henri Bronckart, Olivier Bronckart, Tanguy Dekeyser
Maisons de production : TS Production, Versus Production
Distribution (France) : Diaphana Films
Récompenses : –
Budget : NR

 

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Beatrice Delesalle
Beatrice Delesallehttps://www.lemagducine.fr/
Le ciné, ma passion. L’écriture, mon Graal. Je tente de combiner les 2 sous la forme d’un avis, d’un éloge, d’un commentaire, d’une critique en somme. Ce n’est pas mon métier et ne le sera jamais, mais c’est ce que je fais de plus plaisant et de plus personnel par les temps qui courent. Ces derniers mois, j’ai craqué pour : Carlos Reygadas, Roni Elkabetz, Hiam Abbass, Steve McQueen, Lynne Ramsay, James Franco, David Gordon Green, Jia ZangKhe, Wang Bing, Kim Ki Duk, Hirokazu Kore Eda, Kiyoshi Kurosawa, Pablo Berger, Lars von Trier, Panos H. Koutras, Félix van Groeningen, Miguel Gomes, Çağla Zencirci, Nuri Bilge Ceylan, Emir Baigazin, François Ozon, Philippe Garrel, Alain Guiraudie, Thomas Cailley, Abdellatif Kéchiche. Pour leur film en fait, plutôt.

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