Interview de Adda Abdelli: créateur de la série Vestiaires

Rencontre avec une forte personnalité dans un homme de cœur : Adda Abdelli, l’un des auteurs et acteurs de la série Vestiaires.

Qu’importe qu’ils soient handicapés ou valides, pourvu qu’ils nous fassent le Show !

Alors que leur série cartonne sur France 2 et que la Web-série  Vestiaires Libérés brille par son humour et ses réparties sur le net, Cinésérie-Mag a rencontré Adda Abdelli, un des deux créateurs de Vestiaires. Des révélations étonnantes sur les dessous de la série et son équipée loufoque.

LeMagduCiné : La série s’inspire de situations concrètes et des rencontres dans les vestiaires de la piscine de votre club handisport, quel déclic a fait émerger le projet ?
Adda Abdelli : À l’origine, la série a été écrite par Fabrice Chanut et moi-même. Nous étions tous les deux nageurs handisport avec l’avantage que Fabrice avait fait du cinéma, il venait de faire un court métrage (La Piscine avec Cyril Lecomte) et j’avais fait un One Man Show qui s’appelait Quelques maux de Moi. Du coup, on s’était dit qu’on pouvait faire quelque chose ensemble et un jour d’entraînement on a eu l’idée de se raconter ce qui se passait ici.

La plupart des situations ont été soit vécues, soit vues, soit exagérées :

Parmi les épisodes, y en a-t-il qui sont du « vécu » ?
La première saison et un peu de la deuxième sont énormément dans le vécu. La plupart des situations ont été soit vécues, soit vues, soit exagérées. Par exemple, deux personnages de la série existent vraiment notamment Ramirez qui fait parti du club mais qui fait du tennis de table et Caro qui existe aussi mais est un peu exagérée. Après évidemment, il a fallu se renouveler, être inventif.

Après Aubagne et Bègles, le tournage de la saison 5 de Vestiaires débutera en septembre et se passera encore dans la région Bordelaise, est-ce toujours dans les studios TSF de Terres Neuves à Bègles ?
La saison 5 se passera dans les mêmes conditions, à Bègles du côté de Bordeaux. Il y a une super équipe, une équipe jeune et une super ambiance. On est bien accueilli et ce sera la 3ème saison que nous travaillerons avec 90% des mêmes personnes. On prend nos habitudes et on se fait des copains ! Cela permet un tournage à l’extérieur et surtout, ça crée un effet « colonie de vacances ». À Aubagne, tous ceux qui habitaient dans la région rentraient le soir chez eux alors qu’à Bordeaux, nous sommes tous logés dans le même hôtel, acteurs et réalisateurs, et on mange ensemble.
À force d’être ensemble, on a fini par recréer un vrai club. Il est né des sympathies, des affinités entre les uns et les autres. C’est ce qui fait qu’on rentre facilement dans les personnages qu’on essaye de rendre attachants.

Pouvez-vous nous en dire plus au sujet de la saison 5 de Vestiaires ?
Dans ces quarante épisodes validés (sur 130 écrits) pour cette saison, il y aura des comédies musicales, un petit clin d’oeil à Jacques Demi et à la piscine car c’est l’un des endroits ou on (les personnes handicapées) se sent le mieux. Clémentine Célarié et Pascal Légitimus vont revenir pour cette saison ainsi que Philippe Croizon que nous allons faire chanter ! Un épisode est un grand hommage aux Frères Ennemis, duo des années 70′ et deux personnages font leur apparition dont une (vraie) malvoyante. On aura aussi quelques figurants bordelais, ce qui était la volonté des réalisateurs et l’un d’entre-eux aura des répliques. On essaye de rendre vivant ce qui se passe à l’arrière-scène.

Vestiaires a un côté vivant et naturel, comment avez-vous apporté cet effet très spontané dans le jeu des acteurs ?
Au départ, deux producteurs parisiens ont lancé un casting national pour faire un pilote afin de rendre plus facilement compte de la série et pouvoir la vendre. On s’est vite rendu compte qu’il n’y avait pas tant de comédiens handicapés d’autant qu’en général, les lieux des castings ne sont pas accessibles aux fauteuils roulants. J’ai passé le casting comme tout le monde et fait un duo avec Alexandre Philip (Orson) qui a une répartie extraordinaire. Alexandre m’a poussé dans mes retranchements et évidemment j’ai réagi. Du coup, ils nous ont fait repasser plusieurs fois, ils ont redonné des textes, fait faire des improvisations. Le soir-même, on a appris qu’on était choisis.

Êtes-vous proche de votre personnage Romy ? Est-ce qu’il vous ressemble un peu ?
Les deux personnages principaux sont inspirés de Fabrice et moi et je peux dire que oui, il y a un petit peu de moi là-dedans. Un petit peu mais pas complètement car le personnage n’est pas trop rentre-dedans alors que je suis un peu comme ça. Il y a aussi ce côté père de famille et ce travail à la mairie.

Quand des professionnels se retrouvent à filmer un mec qui n’a pas de jambes, un autre qui a un petit bras et une fille qui oublie tout :

Comment s’est passée l’intégration des acteurs valides au sein de l’équipe ?
Les gens sont arrivés et se sont dilués dans la série. Ce qu’on voulait c’est que tout le monde oublie très vite les handicaps et ça a été à une telle rapidité que ça nous a surpris. Les gens de l’équipe technique nous disaient « Souvent sur d’autres tournages, on se dit vivement l’été pour qu’on retrouve nos potes ! On travaille beaucoup mais qu’est-ce qu’on s’éclate ! » et pour les acteurs, c’est pareil. Je crois qu’au bout de cinq saisons, tout ceux qui jouent avec nous ne voient plus les handicaps, et pourtant, ce sont des gens qui n’avaient au départ aucun rapport avec le handicap. Quand des professionnels se retrouvent à filmer un mec qui n’a pas de jambes, un autre qui a un petit bras et une fille qui oublie tout, ils pourraient se dire « Mais qu’est-ce qu’on fait là ? » mais, en fait, pas du tout !

Avez-vous des anecdotes de tournage amusantes voire rocambolesques ?
Déjà, se retrouver à jouer avec Pascal Légitimus des Inconnus, c’est de la folie. Je l’ai croisé lors d’une soirée et c’est lui qui m’a dit « Je veux tourner avec vous ». Et Clémentine Célarié est encore plus barrée que ce qu’on peut s’imaginer ! Souvent, ça va si loin que les gens s’imitent les uns les autres pendant le tournage. Juste avant qu’on entende le mot « Action ! », on a un collègue qui imite le handicap d’un autre et c’est très déstabilisant. Philippe est un très bon imitateur et puis, on a aussi Ramirez qui joue à montrer ses fesses ! On a souvent des fous-rires. Je chante très mal et il m’arrive d’oublier mes répliques c’est pourquoi Anaïs Fabre a souvent une main posée sur moi.

Fabrice Chanut expliquait en 2011, année de la première diffusion : Axel-Fournet-Fayard-vestiaires« C’est au moment du tournage qu’on a vraiment réalisé que des scènes banales pour nous pouvaient choquer, et que la série avait un discours sous-entendu. Si la série réussit à faire oublier le handicap, c’est gagné ». Faire oublier le handicap, était-ce un objectif ?
Quand on a écrit la série Fabrice et moi, le producteur nous a proposé de faire une simulation dans nos propres vestiaires. Nous nous sommes donc photographiés et avons présenté un montage. C’est là qu’on nous a demandé pourquoi nous étions habillés ; nous n’avions pas percuté que dans un vestiaire il fallait être en maillot de bain ! Leur discours sur le handicap, on ne l’a pas compris tout de suite car le handicap est ancré en nous. Mais on a réalisé qu’on mettait en scène des handicapés, en maillot, sans sentimentalisme et évidemment, c’était militant. On est en 2015 et je fais un grand nombre d’interventions dans les associations, les hôpitaux, les entreprises…

On a ouvert un « possible » :

La série m’a beaucoup interpellée ; je pense que l’humour est bénéfique quand on vit avec un handicap ou une maladie. Quels retours avez-vous du public en général et des handicapés en particulier ?
Je pense vraiment qu’on a touché quelque chose qui est beaucoup plus profond que ce qu’on pense ou qu’on imagine. Je m’en rends compte à chaque fois que je fais une intervention ou que je suis abordé dans la rue. Je suis souvent abordé par des parents d’enfants handicapés qui me disent à quel point c’est extraordinaire de « pouvoir rire avec eux ». On a tous grandi avec des référents dans les médias mais il n’y avait pas de référents handicapés jusque-là. Et voilà qu’à une heure de grande écoute, on a des images de comédiens handicapés qui existent vraiment, qui donnent des interviews. Pour un handicapé qui a entre 12 et 16 ans, c’est important car on a ouvert « un possible » qui ne l’était pas avant.

Ma fille de 9 ans aime beaucoup votre série, pensez-vous qu’elle puisse avoir un rôle éducatif ?
Oui, parce que le regard des enfants est extraordinaire. Il y a des parents qui nous disent que ce sont leurs enfants qui leur rappellent que c’est l’heure de Vestiaires. Je pense qu’il y a un côté éducatif et un côté clown car on a cette image des adultes qui ne sont pas très sérieux et donc sont un peu enfantins. Mon personnage n’a pas peur du ridicule : un jour il a des nénuphars sur la tête, un autre il a une robe de chambre rose. Dans la saison 5, on mettra les personnages face à un miroir et on parlera de la mort.

Vestiaires: Bande annonce