Derrière le mur, la Californie, un film de Marten Persiel : critique

Dans la lignée des Seigneurs de Dogtown de Catherine Hardwicke sortie en 2005, dans lequel on découvre un Heath Ledger au look de surfer quasi-méconnaissable, Derrière le mur, la Californie reprend le même message et l’hommage.

Synopsis : Trois gamins découvrent l’amour du skateboard sur les trottoirs fissurés de la RDA. Une folie, un sport inacceptable, c’est sûrement ce qui le rendait si excitant. Ce conte de fées à l’accent underground a été créé par ce groupe de jeunes qui ont pu capter leurs vies en Super 8, nous permettant ainsi de découvrir la vie en RDA comme jamais auparavant. Cette histoire commence dès leur enfance dans les années 70, avant de basculer dans les années 80 et leur adolescence agitée, jusqu’à cet automne 1989. Ils ont alors 20 ans et tout ce qu’ils ont connu est sur le point de changer à jamais.

Avec ce premier long-métrage unique, Marten Persiel part à la recherche de la culture underground du skate en RDA mené par un mouvement de jeunesse auparavant inconnu. Skater lui-même, le réalisateur allemand décrit son film comme « un truc » à l’image du skate entre sport et danse. Diffusé sur Arte lors de sa sortie officielle en Allemagne en 2012, le docu-fiction s’éprend d’une volonté méta-cinématographique qui lui échappe au fur et à mesure qu’est foulé le pavé berlinois par les planches à roulettes nouvellement commercialisables.

Le film est dédié à Dennis Paraceck alias Panik, le véritable héros de cette histoire composite sur plus de 40 ans.
Puis, un groupe d’adulte se retrouvent pour célébrer la mort de leur ami parti trop tôt, dans une cour désaffectée. On perçoit encore des marques de marelle au sol et des canapés de récup figurent leur camp autour d’un feu et quelques bières, l’occasion de se remémorer ces années décisives. Qui sont-ils ? Amis proches ou lointain de Panik qui témoignent, avec toute la force nécessaire et la mélancolie que ces souvenirs provoquent en ces consciences esseulées, vestiges d’une époque révolue qui marquera à jamais l’Histoire de l’Allemagne, la chute des frontières. C’est en effet ce que représente le skate apparu avec ces trois gamins au cœur d’une cité en marge. Ce sport urbain, à présent reconnu dans le monde entier, est un personnage à part entière de cette reconstitution fictive, et toutes les personnes l’ayant pratiquées sont les moteurs d’une révolution en marche. Fougue, esprit de contradiction et rébellion ont permis à cette mise en scène, voyageant sans cesse entre intime et public, de transporter le spectateur au cœur d’un bouleversement sans précédent dans un pays divisé par une 2nde Guerre mondiale et les traces d’une Guerre froide qui ont tout emportées sur leur passage, excepté le désir ardent de s’en sortir.

Marten Persiel propose avec Derrière le mur, la Californie (intitulé à l’international This Ain’t California : Ce n’est pas la Californie) une docu-fiction où les images en Super 8 et animés dessinés façonnent avec impertinence cette jeunesse devenue adulte aujourd’hui. The American Dream en leitmotiv, comme l’atteste le titre, pour un sport en marge d’une société contrefaite et dirigée par la peur du progrès. Si le réalisateur se focalise sur la vie privée de ces quelques adolescents passionnés de skate, qui foulent les rues pour lutter contre l’ordre établi et brandir férocement leur indignation, il ne manque pas de faire appel à de véritables agents de l’histoire, car ces adultes qui témoignent aujourd’hui sont des acteurs, ne l’oublions pas, et ce récit de vie est construit de tout pièce. Ce qui est d’autant plus poignant. Rendre véritable et crédible un imaginaire est le défi de tout réalisateur digne de ce nom. Et l’exercice ici n’en est que plus marquant. On regrette parfois un montage effréné qui provoque quelques migraines au détriment de connexions plus intéressantes entre présent et passé, mais le chapitrage et la bande son underground allemand permet d’unifier le sac de nœuds. Il est difficile de comprendre toutes les péripéties que composent l’aventure cinématographique, car Marten Persiel s’attache avec ardeur plus à la dynamique qu’à son récit. Comme si par exemple telle ou telle rencontre, compétition de skate émergente…, survenait par fortune et non par volonté scénaristique. Mais il s’agit de véritables événements et le trouble subsiste. Croit-on à ce que l’on nous montre ? La problématique est fondamentale et au cœur, je pense, de Derrière le mur, la Californie. La remise en question des images, d’apparences véritables, assortie à un véritable effort de reconstitution, nous plonge, spectateurs insouciants n’ayant vécu que par procuration médiatique pour la plupart concernant la chute du mur en 1989 (26 ans déjà), dans un deuil à faire en permanence. Paradoxe ultime entre nécessité de changer d’air et crainte de l’oubli.

Le chef d’œuvre n’est que frôlé, car en s’attachant avec obstination à l’énergie d’une jeunesse vindicative, en cumulant figures de skate et chutes sur le béton, Derrière le mur, la Californie, manque de fidéliser son public. La dernière séquence émotionnelle revient au récit primaire de ces trois gamins que rien ne présageait séparer, si ce n’est la mort. Le développement s’amuse à détruire par lambeaux cette curiosité essentielle à tout spectateur, mais revient par intermittences à la pseudo-réalité de ce feu de camp. L’effet est déstabilisant, mais chacun est libre de trouver l’écho d’une exaltation qui sommeille en nous, éternels adolescents, le passage à l’âge adulte. Derrière l’entrave, la perte d’un idéal ? Ou l’importance du souvenir.. ? Il est regrettable que, malgré une pléthore de récompenses méritée, l’on peine à se souvenir cet ovni cinématographique. Ce ne sera pas mon cas !

Derrière le mur, la Californie : Fiche Technique

Titre original : This ain’t California
Allemagne – 2012
Réalisation : Martin Persiel
Scénario : Marten Persiel, Ira Wedel
Interprétation : Kai Frederik Hillebrand (Denis Paraceck enfant), Nora Decker (Hexe enfant), David Nathan (Nico adulte), Tina Bartel (Hexe adulte), Mirko Mielke, Christia, Rothenhagen, Torsten « Goofy » Schubert, Marco Sladek, René Falk Thomasius, Titus Dittmann, John Haak, Patric Steffens, Lea Wolfram (Doreen), Anneke Schwabe…
Date de sortie : 26 août 2015
Durée : 96 min
Genres : Docu-fiction

Images : Felix Leiberg
Costumes : Simone Eichhorn
Directeur artistique : Anne Zentgraf
Son : Michael Katschmarek
Musique : Lars Damm, Troy Von Balthazar
Montage : Maxine Goedicke, Bobby Good, Toni Froschhammer
Casting : Marco Sladek, Mirko Mielke, Goofy, Christian Rothenhagen, Titus
Producteur : Wildfremd Production GMBH

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Antoine Mournes
Antoine Mourneshttps://www.lemagducine.fr/
Mes premières ambitions, à l'âge d'une dizaine d'années, était d'écrire des histoires à la manière des J'aime Lire que je dévorais jusqu'en CM2. J'en dessinais la couverture et les reliais pour faire comme les vrais. Puis la passion du théâtre pour m'oublier, être un autre. Durant ses 7 années de pratique dans diverses troupes amateurs, je commence des études d'Arts du Spectacle qui débouche sur une passion pour le cinéma, et un master, en poche. Puis, la nécessité d'écrire se décline sur les séries que je dévore. Depuis Dawson et L’Hôpital et ses fantômes de Lars Von Trier sur Arte avec qui j'ai découvert un de mes genres ciné préférés, l'horreur, le bilan est lourd, très lourd au point d'avoir du mal à établir un TOP 3 fixe. Aujourd'hui, c'est Brooklyn Nine Nine, Master of Sex et Vikings, demain ? Mais une chose est sûre, je vénère Hitchcock et fuis GoT, True Detective et Star Wars. L'effet de masse m'est assez répulsif en général. Les histoires se sont multipliées, diversifiées, imaginées ou sur papier. Des courts métrages, un projet de série télévisée, des nouvelles, un roman, d'autres longs métrages et toujours plus de critiques..?

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