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Arras Film Festival: Rencontre avec Michèle Mercier

Pour cette quatrième journée du Arras Film Festival, rencontre avec une Lady du cinéma: Michèle Mercier

            L’interview commence en retard, on nous annonce qu’on a qu’une demi-heure avec la Dame mais pas grave car on y est enfin, devant la légende, la beauté formidable qui a concurrencé Bardot depuis les années cinquante et qui à son âge, soixante-seize ans, continue d’en concurrencer pas mal.

           michelle-mercier-interview-arras-film-festival On entre à quatre dans la salle, une dame âgée, mais belle et d’une élégance presque rétro, se tient assise, devant nous, fumant une cigarette (voir la photographie ci-dessus avec votre fidèle serviteur). Elle dit « au revoir » aux personnes de France 5 qui partent. Elle nous accueille telle une « grand-maman », de laquelle nous sommes les enfants chéris, les nouveaux mais rares héritiers d’une culture de plus en plus oubliée, mais que l’Arras Film Festival a décidé de réveiller, comme on refait jaillir un feu qui était resté caché sous la braise.

            On s’assoit, elle nous propose -une collègue, Ophélie Louis, m’accompagne – de se resserrer devant elle. « Faut pas être timide jeune homme » me dit-elle. Son paquet de cigarette est vide, elle en demande un nouveau à l’un de ses deux peu agréables assistants. Elle en a encore une à la main, peu commencée.

            Nous sommes venus avec des questions, pas forcément avec les réponses attendues, au contraire, avec d’autres beaucoup plus enfouies, presque cachées dans toutes ces dernières années, dans la mémoire de notre Reine, Michèle Mercier. Une question éveille un souvenir, puis toute une ligne mémorielle, une autre un détail, qui lui fait revenir sur un autre, ou alors qu’elle laisse de côté sans y revenir, restant sur un point qui l’a marqué. Elle ne divague pas, elle digresse, car la princesse passée Reine est bien vivante, fatiguée et vieillie certes, certainement trop encadrée par ses nounous, mais son élan de liberté n’est pas éteint, la femme libre n’est pas loin derrière la Reine.

            La première question la fait revenir sur le début de sa carrière au cinéma, démarrée par hasard. Elle ne savait pas ce qu’était le cinéma. Elle le découvre d’ailleurs en voyant le film Les Chaussons Rouges, réalisé par Michael Powell en 1949. La musique et surtout la danse composaient sa vie. La jeune femme, après avoir travaillé avec Roland Petit, arrive dans une troupe de danse et œuvre dans les Ballets de la tour Eiffel. Elle est danseuse, et donc heureuse. Elle obtient un rôle important dans un spectacle chanté et dansé de Charles Aznavour. Débarqué dans une soirée mondaine, elle croise Chaplin, Aznavour, Pagnol, et le pianiste Paul Weston. La « petite provinciale », comme elle s’appelle, est au paradis : « C’était un rêve » pour la princesse.

            Alors qu’elle attendait son père, l’un des amis de celui-ci lui dit qu’elle devrait aller faire du cinéma. Il ne cessait de la regardait, explique-t-elle, la princesse pensait que l’ami la prenait d’abord pour une « pute ». Son père aime l’idée, il veut la voir bouger, s’amuser, projetée sur un grand écran au moins une fois.

            Une nouvelle question actionne une nouvelle piste mémorielle, celle des réalisateurs et artistes rencontrés dans sa longue, formidable et trop méconnue carrière. « Truffait était timide. ». Elle avait peur de tourner des scènes de nu, mais parce-que c’était le nouveau maître du cinéma François Truffaut qui réalisait le film, mettait en scène la princesse, elle accepta. Dans Angélique, il s’agissait de suggestion rappelle-t-elle.

            Elle doit arrêter la danse qu’elle a travaillée pendant quinze ans. Pourquoi continuer à vivre alors qu’elle avait du abandonner son grand amour au féminin, la danse ? Aussi elle devait changer de vie, accepter sa nouvelle vie d’images et d’ombres d’elle-même projetée sur grand écran. Elle est aussi déçue du comportement des gens du spectacle qui l’ont insulté, blessé, elle, la princesse, alors dans la détresse.

            Son plus grand souvenir de cinéma ? Impossible à choisir, elle en a eu de si beaux et grands, pourquoi choisir ? En Italie, pays créateur de beaucoup des plus grands, beaux, et originaux films réalisés au monde, la princesse travaille encore et toujours. Elle tourne dix films en une année, diffusés l’année suivante, en Italie, on peut voir la sublime Michèle sur tous les écrans.

            Éprise de beaucoup de ses expériences, la dame revient sur Angélique, la fameuse Marquise des Anges. Un rôle complet dit-elle : elle jouait une femme riche, amoureuse, forte et fragile. Le film et ses suites sont de grands succès. Ce dernier est suivi de commentaires méchants et extrêmement puissants. Le cinéma français ferme les portes de son empire, nous explique-t-elle. La princesse est devenue une Reine, mais une reine déchue.

            L’Arras Film Festival permet de la sauver, de la réhabiliter. Le public l’a « sauvé » dit-elle. Celle qui a côtoyé Jack Arnold, Marcello Mastroianni, Charlton Heston dans Call of the Wind (l’Appel de la Foret, 1972) de Ken Annakin – un beau film dit-elle –n’a pas été oubliée et n’est pas prête de l’être.

La rencontre avec Michèle Mercier est certainement l’une des plus fortes du festival. Une rencontre passionnante et passionnée, notamment grâce à la Reine, qui aime ses fans, les cinéphiles, et autres curieux, et qui ira jusqu’à remettre à l’ordre ses deux encadreurs (trop) pressés, voulant terminer notre entrevue quinze minutes avant l’heure de fin prévue afin de faciliter la transition avec la présentation du Tonnerre de Dieu (Denys De La Patellière, 1965) un peu moins de deux heures plus tard. La rencontre aura pris fin à l’heure prévue. Car malheureusement pour eux, heureusement pour nous, la Reine est encore là et bien vivante.

 (Ci-dessous un hommage en images qui pourra vous donner une idée de ses nombreux rôles et donc de sa grande carrière.)

The Dependables, un film de Sidney J. Furie : critique du DVD

Le titre du film fait forcément penser aux Expendables de Sylvester Stallone. La base du scénario est la même: les anciens reprennent les armes. On retrouve au générique quelques vieilles gloires: Louis Gossett Jr (Officiers et gentleman, Les Dents de la mer 3, Le Temple d’or avec Chuck Norris), Margot Kidder (celle qui fut Lois Lane aux côtés de Christopher Reeve dans les Superman des années 80) ou Seymour Cassel (un des acteurs fétiches de John Cassavetes).

Synopsis : quatre vétérans du Vietnam et un universitaire partent en Afghanistan pour récupérer leurs petits-enfants retenus prisonniers par un chef de guerre

Le réalisateur lui-même n’en est pas à ses premières œuvres, loin de là. Auteur de quelques films remarqués dans les années 60 et 70, on lui doit L’Homme de la Sierra (avec Marlon Brando), IPCRESS danger immédiat ou L’emprise (un film d’horreur plutôt réussi dans son genre). Par la suite, il se perdra dans des films d’action de série B sans grand intérêt.
Donc, nous avons une ressemblance certaine avec la désormais fameuse série de films d’actions de Stallone : des anciens reprennent le service pour montrer qu’avec l’âge, on ne perd rien de ses facultés. Cette similitude est d’ailleurs recherchée : le titre original devait être Pride of Lions et a été changé à la dernière minute pour devenir The Dependables. Mais de quel côté faut-il placer ce film ? Est-ce une parodie (un « mockbuster », pour reprendre un terme à la mode qui désigne des versions fauchées et souvent parodiques des grands blockbusters du moment) ?

Hélas, ce film n’a même pas l’humour pour le sauver de la ruine. Tout y sonne faux. L’Afghanistan est filmé au Canada, manifestement dans une carrière. Le scénario est rempli d’incohérences (il suffit de mettre un autocollant de Médecins du Monde pour rentrer en pleine zone de guerre avec toute une cargaison d’armes à feu). Les acteurs manquent de la plus complète vivacité. L’humour est au ras des pâquerettes, n’ayant pas peur de s’enfoncer dans la misogynie s’il le faut.
Mais le pire se situe dans les scènes d’actions, qui cumulent tous les défauts. Extrêmement lentes et irréalistes, elles sont engoncées dans une réalisation tellement plate qu’elles en deviennent ridicules. Le résultat pourrait éventuellement être vu dans le but de s’en moquer, mais franchement, malgré le capital sympathie des acteurs, il n’y a pas grand-chose à sauver dans ce film.

The Depndables : Bande annonce

The Dependables : Fiche technique

Réalisateur : Sidney J. Furie
Scénario : Richard Watson
Interprètes : Bo Svenson (Mick Skinner), Margot Kidder (Jean Dempsey), Louis Gossett Jr. (Lou Jones), Seymour Cassel (Cedric Smith)
Directeur de la photographie : Curtis Petersen
Musique : Craig McConnell
Montage : Saul Pincus
Décors : Keith Bowser
Production : Gary Howsam, Bill Marks
Société de production : Pride of lions films
Société de distribution : Moonstone Entertainment
Année de production : 03 juin 2014
Durée : 101 minutes

Bang Gang, un film d’Eva Husson: Critique

Beaucoup de bruit pour (presque) rien

Le choix du titre est un passage obligé déterminant dans la diffusion d’un film. Qu’il soit informatif ou bien plus opaque, il influe sur l’envie que l’on peut avoir, ou pas, de découvrir une œuvre. A la lecture de ce titre, Bang Gang (une histoire d’amour moderne), je me suis interrogée sur le sens d’un sous-titre comme celui-ci : à croire qu’il fallait adoucir le ton afin de justifier les images qui peuvent venir à l’esprit à la lecture des deux premiers mots. Au-delà de l’intitulé oxymorique, que trouve t-on dans ce film ? L’histoire emprunte aux codes du teen movie : rien de singulièrement neuf, la fascination du sexe pour des jeunes qui en font la découverte, le fait de tester ses limites, l’individu face à la pression du groupe… Les plus prolifiques dans le genre ont longtemps été les Américains, mais le film d’adolescents s’est développé en dehors du Nouveau Monde, et on en compte un certain nombre en France notamment.

L’intrigue de Bang Gang se déroule à Biarritz, une ville de taille moyenne qui aurait pu être n’importe quelle autre ville. Les protagonistes sont des lycéens, chacun porteur d’un stéréotype plus ou moins marqué : George, la blonde sexy, Laeticia, la copine faire-valoir, Alex, le beau gosse indélicat ou Gabriel, le sombre mélomane. Que le film crée des personnages facilement identifiables pour les besoins d’un genre codifié, très bien, mais cela doit-il signifier que l’on doive marcher sur les mêmes sempiternels sentiers balisés ? Pourquoi les filles sont-elles toujours les victimes d’un appétit sexuel masculin versatile, et pourquoi lorsque celles-ci décident de s’immerger à corps perdu dans une sexualité débridée, elles jettent nécessairement l’opprobre sur elles-mêmes et ceux qu’elles côtoient ? (c’est George la première, que l’on identifie porteuse de la syphilis). L’expérience atteint ses limites physiques, avec l’apparition de la maladie, et morales aussi : on ne sort pas de la traditionnelle dichotomie la maman ou la putain. Une fille qui couche avec des partenaires multiples, c’est une pute et la sentence viendra d’Internet qui porte le coup de grâce à cette vie de perdition. Eva Husson dit s’être appuyée sur un fait divers qui s’est déroulé en 1999. « Ce n’est pas tant le côté sexuel qui m’intéressait – devoir l’affronter me terrorisait – mais j’étais surtout curieuse de comprendre pourquoi ces jeunes, sans prédisposition particulière pour ce genre d’expérience, avaient pu aller aussi loin ? »  C’est de cette façon que la réalisatrice décrit les motifs qui l’ont amenée à ce film. C’est bien comme ça que l’on comprend les choix scénaristiques qui ont été faits : le sexe, érigé en Grand Méchant Loup doit être affronté et vaincu par le retour de la norme. Ce pan de vie, intense et dégénéré se dissout dans la recherche d’une petite vie tranquille. Quand Gabriel en voix off à la fin du film nous dit que quelque chose devait exploser pour qu’émerge le nouveau, on se dit qu’il y a tromperie.

Néanmoins, les personnages ne sont pas marqués à vie et de façon indélébile par ce qui leur est arrivé. Laeticia résume bien cet état de fait : « un peu de pénicilline et hop, plus de maladie, une pilule et hop, plus de bébé : un conte de fées moderne. » Cet aspect contemporain, la réalisatrice ne fait que l’effleurer. Dommage.

Si scénaristiquement le film est convenu, sur le plan de l’image, le film est plutôt beau, la réalisatrice bannit les lumières crues et rend la nudité de ces adolescents belle et sans obscénité. L’image rend la condamnation portée par le scénario moins rude, moins évidente. Elle nous permet d’élaborer une réflexion plus nuancée sur le devenir des personnages.

Bang Gang (une histoire d’amour moderne) vient s’ajouter aux autres films d’adolescents en y apportant peu de nouveauté. Certes, cette période charnière qu’est l’adolescence est vécue de façon universelle dans les grandes lignes, mais il est dommage qu’Eva Husson n’ait pas davantage exploité les spécificités contemporaines de son histoire, avec tout ce que peut apporter Internet. Par ailleurs, la réalisatrice évoque en entretien sa volonté de « mettre à mal le paradigme patriarcal ». Si George est l’incarnation de cette évolution, elle reste encore timorée, car même si elle affronte ce qui lui arrive, que la honte ne la brise pas, elle est en définitive « sauvée » par son prince charmant.

Synopsis : Les faubourgs aisés d’une ville sur la côte atlantique. George, jolie jeune fille de 16 ans, tombe amoureuse d’Alex. Pour attirer son attention, elle lance un jeu collectif où sa bande d’amis va découvrir, tester et repousser les limites de leur sexualité. Au milieu des scandales et de l’effondrement de leur système de valeurs, chacun gère cette période intense de manière radicalement différente

Bang Gang : Fiche technique

France
Genre : Drame
Écrit et réalisé par : Eva Husson
Distribution : Marilyn Lima (George), Finnegan Oldfield (Alex), Lorenzo Lefèbvre (Gabriel), Daisy Broom (Laeticia), Fred Hotier (Nikita)
Photographie : Mattias Troelstrup
Montage : Emilie Orsini
Musique : Clément Souchier, Jeanne Trellu
Produit par : Laurent Baudens, Didar Domehri, Gaël Nouaille
Distribué par : Ad Vitam
Date de sortie : 13 janvier 2016

Arras Film Festival: « Faites sauter la banque », « Bloody Sunday » et « Mélodie en sous-sol »

            Arras Film Festival: Rencontre avec Dominique et Matteo Leborne

Au programme de ce retour quotidien de la troisième journée du Arras Film Festival, trois films et une rencontre forte avec deux des acteurs principaux de Tempête : Dominique et Mattéo Leborne (voir photo ci-dessus).

14h : « Au burin ! »

            Crie Louis de Funès avant de percer le mur qui sépare sa famille de la banque menée par l’escroc sans scrupules André Durand-Mareuil, interprété par Jean-Pierre Marielle, dans le film Faites sauter la banque !.

            Dans le long métrage de Jean Girault – à qui l’on doit notamment l’intégrale des films du Gendarme (1964 – 1982) avec Louis de Funès –, un honorable vendeur de produits de chasse et pêche se fait arnaquer par son banquier qui lui fait placer toute sa fortune en bourse, sur un objet notamment. Le cours chute au plus bas possible, pire, l’objet du placement est nationalisé par le pays. En colère, inspiré par le discours de l’évêque à l’église différenciant la bonté et la fragilité – c’est-à-dire l’acte charitable de celui fait envers une personne qui nous trompe –, le sauvetage d’une âme et l’encouragement d’une personne dans le mal – en l’aidant naïvement, en se laissant escroquer –, Victor Garnier, interprété par De Funès, décide mettre en place le hold-up de la banque de Durand-Mareuil. En effet, il s’agit « juste » de reprendre ce qu’on lui a pris, et ainsi de participer à sauver l’âme du banquier !

            Comment faire ? Un braquage de camion ? Non, déjà fait et ayant 75 pour cent de possibilité d’échec, explique sa fille cadette Corinne. Rester enfermé dans la banque ? « Tu es trop vieux papa » poursuit Corinne. Un tunnel ? Oui ! Et c’est alors que commence une aventure emplie de retournements de situation – les cousins belges qui débarquent ; une grande tante qui décède ; un tuyau d’eau touché dans le creusement du tunnel – très drôle, avec certainement l’une des performances les moins exubérantes de De Funès. D’ailleurs, ce dernier en parlait dans l’interview de l’INA, diffusée avant le film – très bonne initiative du festival à souligner et qu’on retrouve avec la majorité des films « âgés » projetés –, il expliquait qu’il était sérieux dans le film, il jouait la comédie certes, mais d’abord le drame.

            Il faut enfin souligner le casting, la réalisation et la musique du film. Un casting riche, très bon, on retrouve notamment Jean Lefebvre, ou encore Guy Grosso présent dans les Gendarmes ou apparu encore dans la Grande Vadrouille (Gérard Oury, 1966). La musique du film, si elle n’est pas signée par Michel Magne mais par Paul Mauriat, n’est pas sans rappeler celle des Tontons Flingueurs ou de Ne nous fâchons pas avec un caractère très jazzy (et pop, pour la scène de fête). Revoir ce film a permis de réévaluer sa réalisation très maligne : on joue sur le langage du cinéma muet au début du film notamment, ou encore sur le film policier lors des scènes de transfert de la terre dans les sacs et valises. Le film parodie le genre du braquage, détourne ses situations, s’amuse avec, pour en faire une comédie familiale du genre, à laquelle on peut associer un modèle plus moderne avec Fun with Dick and Jane (Braqueurs Amateurs), réalisé par Dean Parisot en 2005 et écrit par Judd Apatow. À l’image du film de Parisot, Faites sauter la banque ! est un film ayant une certaine portée social, il s’agit d’exposer une certaine lutte des classes et des idéologies : famille / serial dragueur, le petit commerçant honorable contre le grand banquier escroc.

            Enfin, la projection fut formidable, le public était ensemble dans le film, le rire était présent. L’image et le son étaient formidables, il faut noter qu’il a été projeté en pellicule 35 mm. Un grand petit moment du festival !

https://www.youtube.com/watch?v=pXVMrPKhr9A

16h : INTERVIEW – avec Dominique et Mattéo Leborne (voir photographie de couverture), acteurs principaux du film Tempête, de Samuel Collardey, projeté au festival pour la première en projection presse le vendredi 6 novembre.

Ci-dessus, un court clip de présentation du film, du réalisateur, et des deux acteurs.

            Il faut d’abord dire que l’interview a été un grand moment d’échange, pour l’instant le plus fort du festival. Dominique et Mattéo Leborne, acteurs et personnages du film Tempête, sont d’une modestie formidable et assez unique dans le monde du cinéma, et même dans le milieu de l’Art. Ne parlons même pas de modestie, car ils sont tels qu’on les voit dans le docu-fiction de Samuel Collardey, des êtres humains, des gens que l’on peut croiser ici et là. Nous avons donc eu de vrais moments d’échange, de rire, de complicité. Aussi notre entretien fut le plus long réalisé jusqu’ici sur le festival, il dura en effet plus d’une heure. Je fus accompagné de ma collègue journaliste Ophélie Louis de L’Observateur de l’Arrageois. Ci-après sont retracés la majorité des propos échangés.

Après le film

            Dominique Leborne est toujours marin pêcheur, son fils Mattéo est plasturgiste et veut retourner à la mer et être marin pêcheur, notamment avec son père, mais il doit attendre ses vingt ans pour pouvoir passer un brevet nécessaire. Ce dernier a reçu le prix d’interprétation à la Nostra de Venise, le film a reçu d’autres prix, explique-t-il, mais ça ne change rien. Ça ne paye pas toutes les factures, et sa première passion est restée la mer : « Je me lève le matin et je suis heureux d’aller en mer. ». « La mer, c’est hard. (…) Il y a quinze ans, il n’y avait pas de télé dans le bateau, pas de téléphone » et il n’était « qu’avec des vieux », explique-t-il mais il ne s’est jamais découragé, et il est le membre d’une famille de marins. Il n’a jamais le mal de mer, répond-il à ma collègue en rigolant.

« Avec tous ces prix, vous avez encore de la place sur l’étagère ? »

« Ah ah, oui, j’en ai mis que deux ! » me répond-il en rigolant.

            Les deux acteurs ne se cachent de rien, expliquent-ils. Aussi Dominique Leborne ne dirait pas non à un autre tournage. L’égo n’a-t-il pas changé tout de même ? N’ont-ils pas peur ou n’ont-ils pas déjà pris un peu la grosse tête ? Que nenni, « Pour quoi faire ? » répond Dominique Leborne, Mattéo enchérit : « Il aurait pu l’avoir dès Venise ». Les tournées, les festivals… « On prend tout à la rigolade » dit le père. « On habite dans un bled total ! » dit-il amusé, s’ils sont les stars locales, ils n’ont pas changé, et les gens du village n’ont pas changé d’attitude envers eux. Tant mieux pour eux, et pour nous ! Le fils nous explique aussi qu’il aimerait bien faire un film d’horreur. Aussi la projection de Tempête à Arras est la deuxième française. Le film devrait être projeté dans le village des acteurs, en effet, le Maire souhaiterait organiser une avant-première.

Leur arrivée sur le projet

            Le père Leborne a vu il y a six ans le premier film du réalisateur, L’Apprenti, sorti en 2008, et dont il connaissait la scénariste. C’est elle qui a leur parlé du projet de Tempête.

            Il n’y a pas eu d’audition, la scénariste et le réalisateur avaient une confiance totale envers les interprètes. Aussi, ils ne sont pas partis d’un scénario, et concernant les dialogues, ils improvisaient. Ils avaient juste quelques directions données par le réalisateur sur les enjeux de la scène.

            Le personnage, qui connaît tout ce mal dans sa vie, tous ces drames, le touchait. « C’est la vie » dit le père, mais il ne se faut pas se décourager, le père et le fils vont jusqu’au bout, avancent toujours : « La maison qu’on a tous les deux, on la refait tous les deux. ». « Toutes les routes mènent à Rome » poursuit son fils.

Sur la part documentaire et la part fiction

            À l’inverse de ce que montre le film, dans la réalité, Dominique Leborne n’a jamais fait les démarches pour acheter un bateau, même si, bien sûr, il aimerait bien en avoir un jour. « Tout le reste est vrai. » nous dit-il, de sa belle-fille enceinte, et qui va accoucher d’un bébé déjà trop malade pour pouvoir vivre plus de quelques heures au mieux après la naissance. Par contre, dans la vie réelle, ils ne se parlent plus. Sa fille n’a plus aucun contact avec lui, Mattéo ou sa mère. Ils se sont donc retrouvés pour le tournage.

« Il y a un côté télé-réalité là-dedans » remarque Ophélie Louis.

« Un peu de télé-réalité, ouais c’est ça. » répond Dominique Leborne.

            De plus, le tournage ayant lieu sept à quinze jours par mois, la production a demandé au marin pêcheur et à son fils qui venaient d’acheter leur maison à rénover, de ne pas poursuivre les travaux afin d’assurer une continuité narrative.

            Il y a seulement trois comédiens sur le film : le patron sur le bateau, choisi pour sa capacité à jouer le méchant ; la mère des enfants ; et le banquier. Tout le reste du casting est composé de « vrais gens », dont des « potes » à Dominique Leborne. Le réalisateur voulait avoir des gens qui ont vraiment vécu et vivent réellement leur métier, leurs drames…

            Dans le film, lorsqu’il arrive chez sa mère (incarnée par sa vraie mère), Dominique Leborne est encore saoul de sa soirée, et pleure dans les bras de sa mère. Cette scène est l’une des plus émotionnellement puissantes du film, l’acteur ne s’en souvient pas, il avait réellement bu et était tellement « bourré » qu’il n’en a aucun souvenir. Concernant l’intervention du père dans une classe d’enfants en primaire, c’était une vraie classe d’enfants, et Dominique Leborne intervient ainsi depuis quatre, cinq ans. La scène a été filmée en plusieurs prises.

            Il faut toutefois noter que les âges des personnages du film ne correspondaient aux âges réels des interprètes.

            Nous revenons sur la scène très drôle et touchante du père et du fils repeignant la chambre de sa fille, alors repartie chez sa mère. Est-ce que jouer avec un autre garçon aurait été la même expérience, le même jeu ? – questionne Ophélie Louis. « Oui, je fais chier tout le monde » répond Dominique Leborne, amusé.

            Enfin, au cours de cette grande conversation, nous avons entendu « vérole » à de multiples reprises. « Vérole » questionne-t-on ? « Ouais c’est notre mot » répond Dominique Leborne, amusé. Le mot est aux habitants de leur région ce que « Schtroumpf » est aux Schtroumpfs.

            Notre meilleure interview ? Certainement. Une grande rencontre ? Assurément. Merci à Dominique et Mattéo Leborne.

19h30 : Bloody Sunday et Mélodie en Sous-Sol

             Des retours analytiques et critiques sur ces deux films seront faits plus tard, à l’occasion de la rétrospective de Paul Greengrass par votre serviteur par exemple, ou encore avec un écrit à propos de Michel Audiard (dialoguiste) ou Henri Verneuil (le réalisateur), pour Mélodie en sous-sol. Voici leur intrigue, Bloody Sunday, sorti en 2002 : le dimanche 30 janvier 1972, à Derry, en Irlande du Nord, Ivan Cooper est l’organisateur d’une marche pacifique pour l’égalité des droits entre catholiques et protestants, farouchement déterminés à éviter toute violence entre les différents protagonistes. Mais malgré son dialogue avec les autorités unionistes et ses tentatives de négociation avec les forces de l’ordre britanniques, la manifestation se transforme en émeute : treize personnes sont tuées par l’armée. Cette journée, désormais inscrite dans l’Histoire sous le nom de Bloody Sunday, marque le début de la guerre civile. Et pour Mélodie en sous-sol, réalisé par Henri Verneuil en 1963 : A peine sorti de prison, Charles, un truand à la retraite, refuse de s’acheter une bonne conduite. Ce dernier décide de monter un gros casse: Le cambriolage du casino Palm Beach à Cannes. Pour mener à bien ce projet, Charles aura à ses côtés Francis, un jeune voyou sans scrupules et Louis, beau-frère de celui-ci. Chacun aura un rôle bien défini : Charles surveillera les salles du casino, Francis utilisera ses charmes pour visiter les coulisses du lieu et Louis sera le chauffeur des deux compères.

            Le premier a profondément touché et mouvementé le spectateur – le style de Paul Greengrass et son écriture n’y sont pas pour rien –, le deuxième l’a amusé, intrigué, et surpris – il faut dire que Verneuil, l’un des réalisateurs français les plus sous-estimés, propose des mises en scène toujours passionnantes, on remarquera notamment la scène de la piscine lorsque les deux gangsters, interprétés par Gabin et Delon, doivent sortir deux sacs emplis d’argent du lieu tout en étant entouré de nombreux policiers, et du propriétaire du Casino braqué (qui explique qu’il saurait reconnaître les sacs d’un coup, tout en étant à côté d’eux), bref, du grand suspense empli de l’ironie (mêlé à un certain cynisme) Verneuil-ienne !

00h00 : La journée s’est terminée sur un concert avec une bonne entente. Une journée de festival intense et riche comme à son habitude, hâte d’être à demain pour rencontrer Michèle Mercier, Virginie Efira et Grégoire Ludig.

            On se quitte avec Bloody Sunday de U2, qui clôt le film de Greengrass et accompagne le générique, avec ses paroles – sous-titrées dans le métrage – extrêmement significatives et émouvantes, parfaites pour finir le film éponyme.

Dope: Musique, Bande Originale

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Dope – La B.O./Trame sonore/Soundtrack

Le Nouveau Prince de Bel Air

Univers hip-hop des années 90,  Zoë Kravitz, hommage au clips musicaux et l’émergence de la musique électronique… Comment pourrait-on passer à côté de cette « nouvelle » sortie (4 novembre 2015) qui a secoué Sundance et remporté le prix du public à Deauville. D’autant plus qu’au générique, on peut lire deux noms à la composition musicale : Germaine Franco et Pharrell Williams ! Si le point fort du film de Rick Famuyiwa, hommage au teen-movie des nineties est la musique, le superviseur musical et producteur délégué que l’on vient d’énoncer ci-dessus y est peut-être pour beaucoup. Les trois jeunes personnages principaux, condensés de toutes « minorités » (homosexualité, geek, couleur de peau ou origines latino) made in Hollywood (oui car personne n’est moche!) forment un groupe de hip-hop/punk nommé Awreeoh. Prêts à faire les 400 coups ensemble, Malcolm leader timide, se transforme en Walter White lorsque lui vient l’opportunité de dealer pour faire pression sur celui qui peut l’accepter à Harvard. L’univers musical, décomplexé et toujours entraînante, est en totale inadéquation avec le véritable contexte sous-jacent, problématique sociale qui touche beaucoup plus de jeune que l’on ne le croit, l’intégration dans une société moulée différemment. Et malheureusement le film ne développe jamais assez les personnages pour se concentrer sur une intrigue superficielle peu intéressante, mais il a le mérite d’injecter du sang neuf notamment grâce à l’OST. Derrière Awreeoh se cache Pharrell Williams et ses 4 compositions originales : « Don’t Bring Me Down », « Go Head », « Don’t Get Deleted » et « It’s My Turn Now » qui par ses beats saturés et son crescendo hip hop/électro reconstitue l’espoir urbain et la joie décomplexée que cherche à véhiculer le film.

Soundtrack Dope

Interprétée par

01. « Rebirth of Slick » Digable Planets

02. « Can’t Bring me Down » Awreeoh

03. « The World Is Yours » Nas

04. « Go Head » Awreeoh

05. « Rebel Without a Pause » Public Enemy

06. « Don’t Get Deleted » Awreeoh

07. « Scenario, » A Tribe Called Quest

08. « Cocaina Shawty » Kap G

09. « Poppin’ Off » Watch the Duck
https://www.youtube.com/watch?v=M-1Qt-7_xq0

10. « The Humpty Dance, » Digital Underground

11. « New Money » Buddy

12. « Hip Hop Hooray » Naughty by Nature

13. « Dirty Feeling » LolaWolf

14. « Home Is Where the Hatred Is » Gil Scott-Herron

15. « It’s My Turn Now » Awreeoh

Pour ouvrir sur l’univers hip hop des années 90, la rédaction attend avec impatience The Get Down de Baz Luhrmann prévu pour 2016 sur Netflix.

Pour avoir accès au site du film Dope : cliquez ici

Behind The Scenes

Madame Bovary, un film de Sophie Barthes : Critique

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Madame Bovary est un des romans les plus adaptés au cinéma, mais aussi à la télévision. Quelle tâche bien compliquée, le roman de Gustave Flaubert étant connu pour ne rien raconter, si ce n’est les mœurs d’une provinciale rêvant de grandeurs et de la capitale.

Synopsis : Emma Rouault, épouse Charles Bovary, médecin de campagne qui se réjouit d’avoir trouvé la compagne parfaite. Emma occupe ses journées à aménager sa nouvelle demeure, joue du piano et reçoit avec élégance les visiteurs. Cette vie monochrome auprès d’un époux sans raffinement est bien loin des fastes et de la passion auxquels elle aspire…

C’est donc Sophie Barthes qui fait le choix de s’approprier ce roman. En projet depuis 6 ans, ce n’est qu’en 2015 que le film sort sur grand écran, et malheureusement, voici une adaptation que l’on peut qualifier d’échec.
Si, de prime abord, Mia Wasikowska semble avoir le physique pour cette héroïne, il en résulte un jeu fade et sans ambition. Emma Rouault est un personnage à qui il est compliqué de donner vie, mais le jeu terne et sans émotion de la jeune actrice américaine fait dégager aucune empathie envers ce personnage. Impossible de s’immiscer dans son histoire, le spectateur garde son statut et se retrouve face à une progressive descente aux enfers qui ne fait que s’éterniser. Si l’histoire d’Emma Bovary se termine par la panique et un abandon d’elle même, il n’en est rien dans le film.

Mia Wasikowska ne creuse pas son personnage et se contente d’un jeu superficiel (comme peut l’être le personnage), aux émotions restreintes. Le reste du casting ne tient pas non plus la route. Ezra Miller en Léon nous offre un personnage difficile à cerner, et Henry Lloyd-Hughes est ce fameux Charles Bovary, des plus déplaisants, aucune sympathie et empathie pour un homme qui, dans le livre, arrive parfois à rallier le lecteur à son sort. Toutefois, Paul Giamatti et Rhys Ifans tirent leur épingle du jeu, mais leurs personnages ne sont malheureusement pas assez abordés. Homais (Paul Giamatti), est présent 10 minutes, alors qu’il s’agit d’un des personnages principaux de l’ouvrage. Lheureux (Rhys Ifans), est quant à lui plus présent, mais on aurait aimé détester davantage ce personnage, qui s’avère être un des pires escrocs qui soit.

Il est également dommage, pour un récit de la sorte, que la réalisation ne suive pas. Sophie Barthes filme son héroïne à la manière d’une mauvaise adaptation télévisuelle diffusée le samedi après-midi de 14h30 à 16h00 sur France 3. Images bruitées et choix de cadrages des plus mauvais ponctuent le film. La réalisatrice ne suit pas l’intensité dramatique de son récit et propose une réalisation monotone, sans saveur. Même la fin apocalyptique que connaît Madame Bovary n’est pas relevée par rapport au reste du film. Le montage n’apporte rien et ne joue pas avec le spectateur. Une nouvelle adaptation de Madame Bovary est un espoir de redécouverte du roman, mais il n’en est rien. Certes les décors sont bien choisis, tout comme les costumes, magnifiquement travaillés, mais impossible d’en rester là pour espérer apporter une quelconque crédibilité à ses personnages.

Mais le problème fondamental réside dans la notion même d’adaptation. Madame Bovary de Sophie Barthes n’est pas une adaptation du roman de Gustave Flaubert, c’est une réécriture, une interprétation. Quand l’adaptation se résume à user des mêmes noms de personnages, et de placer ces derniers dans les mêmes décors, on ne peut parler d’adaptation. Les éléments clés propres à l’oeuvre de Flaubert sont perdus, initialement, Emma Bovary se suicide par un vol chez Homais, elle a un enfant, elle a des rêves de grandeurs. A en voir le long-métrage, on se dit que Sophie Barthes a omis quelques détails lors de l’écriture de son adaptation. Si Flaubert était là pour voir ça, il fermerait les yeux et partirait de la salle. A l’heure qu’il est, il doit se retourner dans sa tombe. On peut ne pas être fan de l’oeuvre de Flaubert, mais ça n’en reste pas moins une œuvre complexe et riche. « Librement inspiré de l’oeuvre de Gustave Flaubert » aurait été plus adéquat que le terme « adapté ».

Madame Bovary est donc un long-métrage sans réel intérêt, un bourbier de soi-disant bons sentiments, avec une intrigue des plus superficielles, et qui puise (péniblement) sa force dans deux acteurs : Paul Giamatti et Rhys Ifans.

https://www.youtube.com/watch?v=viw6MypyPmQ

Fiche Technique: Madame Bovary

Réalisateurs : Sophie Barthes
Scénario : Sophie Barthes, Felipe Marino, d’après l’oeuvre de Gustave Flaubert
Casting : Mia Wasikowska, Henry Lloyd-Hughes, Ezra Miller, Paul Giamatti, Rhys Ifans, Logan Marshal-Green…
Genre : Drame
Nationalité : Britannique, Belge
Date de sortie : 4 novembre 2015
Durée : 119 minutes
Création graphique des personnages : Jean-Loup Felicioli
Photographie : Andrij Parekh
Montage : Mikkel E.G. Nielsen
Costume : Christian Gasc
Musique : Evgueni, Sacha Galperine
Producteurs : Felipe Marino, Joe Neurauter
Production : A Company Filmproduktionsgesellschaft, Scope Pictures
Distributeur : Jour2fête

Actualités cinéma et séries – semaine du 30 octobre 2015

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Cinéséries-Mag revient sur les actualités les plus marquantes de cette semaine cinéma du 30 octobre au 7 novembre :

Retour sur les news du cinéma et des séries télé de cette semaine marquée par un bon nombre de bandes-annonces notamment celle du prochain et très attendu Warcraft. Cinéséries-Mag vous en donne ici un bref aperçu. Bon visionnage !

 Norman Reedus se lance dans un docu-série à moto : Ride With Norman

Le chouchou de la série The Walking Dead a été recruté par Joel Stillerman pour la chaîne AMC. Le directeur des programmes présente cette série comme « Une incroyable virée dans l’univers de la moto et des gens qui vivent et respirent pour cette passion. »  A n’en pas douter, un rôle sur mesure pour Daryl qui nous conduira sur les routes des Etats-Unis pour visiter les villes, les bars et les salons de tatouage !

 

 Actualités série : la nouvelle Bande-annonce de Lucifer

 Actualités cinéma : le nouveau trailer de Chiraq  de Spike Lee

Alors que le tournage a débuté et avec lui la polémique autour du titre « Chiraq », contraction de «Chicago» et d’«Iraq» en référence à une zone dangereuse de la ville, Spike Lee nous dévoile un trailer plutôt provoquant :

 Actualités cinéma : La Bande-annonce officielle de Warcraft : le commencement

Présenté lors de la conférence d’ouverture de la Blizzcon, cette bande-annonce révèle un affrontement entre les Humains et les Orcs !

Très attendu puisque le film de Duncan Jones a été tourné en 2014, Warcraft : le commencement s’inspire du premier jeu sorti en 1994.

 

 Actualités cinéma : The Girl on The Train

Tiré du Best-seller de Paula Hawkins The Girl on The Train  est en cours d’adaptation pour le cinéma sous la plume d’Erin Cressida Wilson, scénariste de Men, Women & Children. L’assistant du réalisateur, Tate Taylor, prendra en charge le mystère, qui tourne autour de Rachel (Emily Blunt), une femme brisé par son divorce et par l’alcool mais surtout obsédée par un couple qu’elle aperçoit chaque jour sur ​​son trajet en train.

 Cineseries-Mag couvre le Arras Film Festival :

Retrouvez-nous chaque jour pour suivre toutes les actualités du Arras Film Festival !  

 The Modern Ocean : un casting de luxe

Réalisé par Shane Carruth (Primer) The Modern Ocean est un film d’aventure qui raconte les rivalités d’un groupe de personnes sur les routes maritimes. Pour incarner ces navigateurs, la production a choisi un casting de compétition : Anne Hathaway, Keanu Reeves, Daniel Radcliffe, Chloe Grace Moretz, Jeff Goldblum et Abraham Attah de Beasts of No Nation.

 Actualités cinéma : la bande-annonce de Concussion  avec Will Smith :

⚡⚡ L’info de dernière minute : Chloe Moretz incarnera La Petite Sirène  dans un prochain film !

Arras Film Festival : « Demain », « Casanova ‘70 », « Le Cercle Rouge » et des Rencontres !

Au programme de cette deuxième journée de festival : trois films et deux rencontres : Cyril Dion ; Olivier Loustau et Meriem Serbah – que vous pouvez voir ci-dessus en photo de couverture. Il est onze heures, c’est parti pour…

Demain, Cyril Dion et Mélanie Laurent, Documentaire, Durée : 1h58, Sortie programmée le 2 Décembre 2015.

2,5 / 5

            Le film commence sur les prévisions apocalyptiques émises par un rapport scientifique dans la revue « Nature » en 2012 à propos de l’avenir de l’humanité. Que faire face à notre fin que nous nous acharnons à perfectionner ?, peut-on entendre chez l’un des intervenants.

Demain cherche à dresser de possibles solutions, à trouver des voies alternatives aux chemins gangrénés par le capitalisme et ses conséquences : le consumérisme extrême, la pollution (sous toutes ses formes), l’économie instable… Si l’intention de départ est positive, en quoi le film apporte plus que la majorité des philosophes et penseurs, notamment audiovisuels ?

            Eh bien rien, car la majorité des solutions présentées dans le film relativement sont connues. Bien sûr, de manière générale, on est beaucoup moins approché directement par ce type d’image, mais Arte m’avait déjà exposé de nombreux points, soit dans des documentaires propres à certains pays, soit à travers des films centrés sur des points précis comme l’économie et ses causes et effets. Toutefois, relativisons, car le « grand public » ne va peut-être pas chercher ses images ou ne tombe pas toujours dessus. Mais la vraie question est : les regardera-t-il ?

            Dans le point presse avec le co-réalisateur Cyril Dion, l’échange a beaucoup porté sur le caractère didactique du film. Le film l’est, il fait tout pour nous en dire beaucoup tout en facilitant sa compréhension, notamment à l’aide d’un chapitrage, mais aussi de l’humour. Car le film a un véritable recul humoristique que n’a pas Yann-Arthus Bertrand dans Home (2009) ou Human (2015) par exemple. Cela permet d’aborder avec une plus grande facilité tous les propos du film, et participe à un autre travail des réalisateurs : la représentation concrète des solutions.

            En effet, le film ne nous accable pas – même si son introduction est digne d’un film post-apocalyptique ou apocalyptique, à tel point que votre serviteur, ne sachant rien du film, a cru que c’était un film de ce genre, il commence sur le discours de la nécessité de changer radicalement nos fonctionnements et habitudes dans les vingt prochaines année afin d’éviter l’extinction ou du moins d’importantes pertes humaines. Au contraire, Demain stimule la créativité qui est en nous en nous faisant converser avec des personnalités héroïques du quotidien, on peut penser à l’un des intervenants qui nous expliquait qu’il était un vrai cancre, un « bon-à-rien » avec ses copains en sortant du lycée, et on le voit ici « leader » d’un mouvement écologique – à comprendre comme pro-écosystème et non dans la signifiance politique qu’il pourrait avoir.

            Demain traite de tout cet ensemble en l’explorant par la découverte d’intervenants du milieu et la prise de connaissances de données. Tout se rencontre : économie, agriculture, éducation, politique, etc, parce-que tout est lié, interconnecté. Ce lien profond porte un nom, l’écosystème. Et c’est là que les propos perdent en force. Là, dans la narration du film, précisément à cause du chapitrage, qui cadre ce qui ne peut être cadré, qui tend à couper tous ces liens par sa nature même de chapitre. Ainsi on a : agriculture, éducation, politique, économie… La forme trahit ainsi quelque peu le fond. Mais rassurez-vous, des réponses ont été apportées lors de la rencontre avec le réalisateur. En effet, il explique que les chapitres permettent au film de réguler tout ce flux d’informations, de l’organiser un minimum pour que les spectateurs ne soient pas perdus. Cette idée formelle est donc à visée éducative, didactique, mais ne pourrait-on pas y voir un manque de confiance des spectateurs ? N’aurait-on pas pu avoir juste une pause, un mini-entracte entre chaque partie plutôt qu’un véritable chapitrage ? Car pour ma part, ce dernier était perturbant, mettait à mal cette logique et cette force du vivant et toute sa complexité que les deux réalisateurs Cyril Dion et Mélanie Laurent ont réussi à dépeindre.

            La musique indie et pop, employée pour ses messages rentrant en résonnance avec les propos et images du film – par exemple : « What do you do ? » sur des images d’industrie surpuissante – tiennent à neutraliser le film, tant ils appuient tout ce qui est dit, plutôt que de rythmer. Il y a un aspect artificiel dans l’utilisation globale des musiques dans Demain, mais pour les moins anglophones, le rythme et la positivité des musiques seront les points retenus. La musique indie pop sera associée à des images clichés de la « beauté du monde », de ses paysages incroyables, au ciel, etc. D’ailleurs nous avons appris que certains des plans du film sont des images de Yann-Arthus Bertrand recyclées. Des visuels dont on pourrait questionner la légitimité écologique puis, ces images « impossibles » à filmer à pied qui ont été prises du ciel, à bord d’hélicoptères ou d’avions, dans le but de montrer la beauté de la Terre et servir un discours d’anti-pollution. Logique n’est-ce pas ?

            Ces images impossibles apportent une véritable artificialité au film consacré aux humains et à leurs actions très concrètes. Enfin, on a parfois des discours surdidactiques, on pourrait même dire dogmatiques. En effet, on peut entendre de la part d’un des intervenants dans le film que les hommes ont su – notamment via le cinéma pleinement pointé du doigt – imaginer brillamment leurs possibles fins, à cause de guerres nucléaires, zombies, aliens, entre autres et qu’ils n’ont jamais cherché des solutions à ces problèmes, jamais cherché à les empêcher. Alors tout de suite, Demain semble s’être fait une autopromotion. Ainsi Kyle Reese, Sarah Connor et plus tard son fils John n’auraient jamais cherché à empêcher l’avènement de Skynet, de sa guerre nucléaire contre l’humanité dans Terminator (1985) et Terminator II Judgement Day (1991). Aussi Klaatu n’aurait jamais mis en garde l’humanité contre ses voies autodestructrices dans The Day the Earth Stood Still (1951) de Robert Wise. Et le récent Tomorrowland (2015) de Brad Bird – dans lequel les héros arrivent à mettre en place un système pour sauver la Terre et l’Humanité de son autodestruction via les massacres écologiques entre autres – n’a probablement jamais existé. Mais rassurez-vous Demain est là pour nous montrer la Voie – en exposant de nombreux chemins adaptés à chacun d’entre vous, expliquait Cyril Dion à la rencontre.

            Face à ces constats relativement positifs et négatifs, on est en droit de se poser cette question : les propos importants du film, notamment émis par tous ces héros de Gaïa… Auront-ils un écho ? On sait que des politiques ont pu voir le film et que d’autres le verront, y-aura-t-il aussi un mouvement de leur part grâce à Demain ?

Après un « selfie râté » avec l’homme le plus bronzé de France, Bernard Montiel, rencontré dans les rues d’Arras, place à Casanova ’70 et Le Cercle Rouge : projections particulières.

            Revenons ensuite rapidement sur les projections des films « âgés » : Casanova ’70 réalisé par Mario Monicelli en 1965 avec Marcello Mastroianni et Michèle Mercier, vu dans l’après-midi ; et Le Cercle Rouge, réalisé par Jean-Pierre Melville en 1970, avec Alain Delon et André Bourvil, projeté au soir à 21h30. Il s’agit ici véritablement de revenir sur les projections et non sur les films, déjà énormément discutés, écrits, qui ont su traverser l’histoire du cinéma et qui mériteraient un texte beaucoup trop dense pour ces débriefings et critiques quotidiennes. Dans tous les cas, on vous les conseille, car le rire Italien – la comédie à l’italienne notamment connue pour Mariage à l’Italienne (1964) et Hier, aujourd’hui et demain (1963) de Vittorio De Sica – est une perle à (re)découvrir, et parce que Melville, l’un des meilleurs cinéastes du monde – à qui l’on doit notamment Le Samouraï (1967) et l’Armée des Ombres (1969) – devrait être vécu au moins une fois dans sa vie. « Vécu » car si c’est une expérience de cinéma, c’en est une qui va au-delà de l’art, et plus profondément en nous. Et puis, rien que pour s’amuser avec le beau Marcello Mastroianni et s’émouvoir face à la prestation unique d’André Bourvil – Raimbourg de son vrai nom – en commissaire Mattéi et à celle formidable d’Yves Montand en flic déchu en proie à l’alcoolisme, il faut aller voir ces films.

https://www.youtube.com/watch?v=-nEJW0u72Bs

            L’image du premier était relativement floue, très peu nette, pendant tout le film. Pourquoi ? Parce-que le film a été projeté non pas en format cinéma, numérique DCP ou 35 mm pellicule, comme on est en droit de s’attendre d’un cinéma – et d’un festival aussi important –, mais avec un support vidéo, le DVD. On aurait pu croire le film très abîmé, mais le générique étant passé au début, la fin fut rapide et alors sans défilé de casting et des noms de l’équipe, et on arriva directement au menu du DVD, avec le choix entre le film, les chapitres, et les versions. Dommage pour un film si beau, coloré, empli de folies visuelles (le générique est un objet filmique en soi). Aussi il me semble que cela aurait du être stipulé explicitement. Car après tout, regarder un DVD chez soi sur un écran du quotidien est beaucoup plus adapté techniquement (d’un point de vue visuel surtout) que de le lire au cinéma – d’ailleurs le support a beugué un bref instant pendant le film. Certes l’expérience collective emplie de rires aurait manqué, mais les spectateurs sont en droit de savoir ce qu’ils voient, de connaître le statut des images qu’ils regardent. Une bonne édition Blu-ray aurait très bien fait l’affaire, cependant le seul Blu-ray édité du film n’a pas de sous-titres français.

Concernant la projection du Cercle Rouge, projeté en format cinéma avec une image restaurée formidable, j’en retiendrai non pas les quelques spectateurs perturbateurs (discutant, racontant le film pendant le visionnage, ouvrant leur portable, ne cessant de commenter et d’enter et de sortir de la salle) mais un problème inhérent à la salle n°3 : l’un des éclairages de sortie de secours. Mal situé, il a laissé une empreinte lumineuse très visible pendant une bonne partie du film qui, il faut le rappeler, est un film noir, avec beaucoup de scènes nocturnes et d’images de silhouettes se déplaçant dans la pénombre. Il faut toutefois relativiser, malgré ces quelques « défauts », la séance fut excellente, et revoir Melville au cinéma, une expérience puissante.

https://www.youtube.com/watch?v=fAWnRWlhhRA

POINT PRESSE – rencontre avec Cyril Dion, co-réalisateur de Demain

            19h00 : c’est l’heure du point presse en compagnie du co-réalisateur de Demain, projeté au matin.

Sur l’idée de statut de Demain, film documentaire, documentaire et film

            Cyril Dion explique qu’il s’agissait pour eux de raconter une histoire et de montrer les héros des temps modernes.

Pour le film, l’idée était aussi d’avoir « la forme la plus enthousiasmante », certes, c’est un documentaire, mais avec un soin précis apporté à la mise en scène, explique-t-il. D’ailleurs il a travaillé sur ce film avec une équipe composée de professionnels de fiction.

Sur ses influences

            Il a créé une ONG, Colibri, et travaille dans ce secteur depuis huit ans. Il connaissait donc les initiatives présentées dans le film.

Sur les contraintes

            Le Kiss Kiss Bank Bank, site de financement participatif, a été une épreuve assez stressante car s’ils n’obtenaient pas la somme demandée, ils n’obtenaient rien. Il explique d’ailleurs que Mélanie Laurent hésitait à s’associer au projet de peur des moqueries et critiques à son égard. La seule vraie contrainte qu’ils ont eu est le fait qu’ils ont dû tourner à l’été 2014.

Question de votre serviteur, sur le chapitrage du film

            Ils ont fait ce choix pour une ouverture pédagogique. Le film étant dense, il s’agissait de baliser les propos, d’avoir des points d’appui, de peur que le public soit perdu.

Deuxième question : « ne pourrait-on pas dire que c’est un film-manifeste ? »

            Cyril Dion acquiesce et explique que c’est un film qui encourage à l’action, la coopération, que l’humain est capable d’exploits grandioses, mais que si on ne change pas radicalement nos habitudes d’ici vingt ans, l’humanité connaitra des bouleversements malheureux.

Troisième question : « votre film place le spectateur dans une toute autre position que les autres films « écologiques ». Il n’est pas accusé, agressé, moralisé… Vous ne lui montrez pas juste des images formidables du monde en lui expliquant que celui-ci est beau mais qu’il le tue, pour le laisser sans solutions, comme dans les films de Yann-Arthus Bertrand. »

            Il commence par défendre quelque peu le réalisateur cité en disant qu’il leur a donné des images qu’ils ont alors « recyclées » dit-il en souriant. Il continue en expliquant qu’il ne faut pas laisser les gens face au constat, mais leur montrer des actions concrètes, leur montrer qu’il y a des solutions pour tout le monde.

Sur la peur du dogmatisme du film

            Non répond-il, car ils ont tenu au parti-pris qui consiste à filmer des gens. On ne montre pas une vérité, mais tous les possibles. Lui et Mélanie Laurent se mettent un peu en avant pour que les spectateurs s’identifient à eux, mais en recul complet par rapport à tous ces propos importants.

Ci-dessous, la présentation de l’action Demain, et un teaser :

INTERVIEW – Olivier Loustau et Meriem Serbah du film La Fille du Patron diffusé dès le vendredi 6 novembre au Arras Film Festival, et dont la sortie est prévue le 6 Janvier 2016.

            Il est 19h35, l’interview commence. Meriem Serbah incarne la femme du meilleur ami de Vital, personnage principal, interprété par Olivier Loustau, aussi réalisateur du film.

« En voyant le film, je n’ai pu m’empêcher de penser à Cassavetes. Au fûr et à mesure que les personnages se libèrent de leurs carcans sociaux, professionnels, familiaux, les corps tendent à se libérer du cadre, à progresser dans le champ et le hors-champ librement. Qu’en pensez-vous ? »

            Olivier Loustau explique que Cassavetes est un cinéaste qui l’inspire mais qu’il n’a pas pensé à lui dans la conception du film, et en le voyant. Mais il a bien sûr travaillé le corps et sa représentation en amont avec sa directrice artistique et son chef-opérateur. Il a toujours été intéressé par l’idée de travailler sur les gestes dans les usines, notamment d’un point de vue du rapport de l’homme à la machine, mais aussi réfléchir les gestes libérés, dans un espace libéré. Ou encore, travailler le corps collectif, qui soutient, à travers le rugby, important dans le film.

« On peut lire partout que votre film est considéré comme une comédie dramatique, si on part de là, La Fille du Patron défait énormément des codes. Le personnage quitte rapidement sa femme, évitant l’éternel dilemme cornélien à la fin du film avec le choix de sa compagne ou de la jeune amoureuse, et la fin est d’une très grande justesse, positive, mais juste, humaine, vous pouvez m’en dire plus ? »

            Le réalisateur est amusé et surpris de savoir que son film est considéré comme une comédie dramatique. Pour lui, ça n’a rien de tel : « C’est une comédie sociale, un mélange de genres, entre la comédie sociale et la romance. ». Il explique ensuite que la romance permet de travailler sur les différences sociales. « C’est pas une lutte de classe, c’est un constat » dit-il.

« Quand j’ai vu votre film, si on garde l’idée que c’est une comédie dramatique, j’ai été surpris et très content de voir des personnages de différents milieux, appartenant à différentes ethnies… »

            « La diversité, oui » poursuit Meriem Serbah. Ce ne sont pas des personnages identifiés pour leurs différences, explique-t-elle, quand Yasmine se fâche contre son mari qui a ramené chez eux Vital dont tout le monde connaît l’adultère, elle représente toutes les femmes du groupe. Elle incarne un moyen d’expression féminine.

            « Et puis c’est basé sur ce que j’ai vu » continue Olivier Loustau. Il explique qu’il est un fils d’ouvrier, et que ce qu’on voit dans le film est basé sur cette réalité qu’il a vécue. De même pour Meriem Serbah.

« On parlait de Cassavetes, on sait qu’il poussait ses acteurs à bout pour filmer leur essence, leur essence humaine, avez-vous fait de même sur votre tournage ? Quelle est votre méthode de mise en scène de l’acteur, votre méthode d’acting ? »

            L’actrice prend la parole tout en s’amusant : « c’est ma question » et explique qu’Olivier Loustau a une vraie exigence, qu’ils rejoueront la scène autant de fois que nécessaire, pour oublier la situation et la vivre. Il laisse aussi le champ libre aux acteurs pour improviser, ce qui permet de s’approprier le personnage.

            Le réalisateur poursuit la conversation et explique qu’il a eu un « casting parfait » dans lequel « chacun des acteurs est responsable de son personnage ». Il laisse une latitude au tournage en effet. Il rappelle ensuite qu’il a été acteur sur quatre films d’Abdellatif Kechiche et du coup, c’est plus Kechiche qui l’a inspiré que Cassavetes. Aussi être réalisateur et acteur sur son propre film est un « cas de figure particulier », d’où découle « une forme d’humilité » et une « camaraderie ».

00h00. Fin de la journée pour Cineséries-mag au Arras Film Festival toutefois encore vivant avec un concert au « village ». Une deuxième journée intéressante, passionnante même, et encore plus intense, vivement la suite.

Bates Motel, Saisons 1 à 3 : Critique de la série

Bates Motel est une approche intéressante de la genèse du tueur de Psychose. La série développe les deux personnages clef du film, Norman Bates et sa mère, remarquablement interprétés par Freddie Highmore et Vera Farmiga, et étudie leur psychologie et leurs déviances d’une manière alléchante et relativement crédible malgré certaines digressions.

Synopsis : Après la mort de son époux, Norma Bates achète un hôtel et emménage avec son fils Norman dans la maison adjacente. C’est un nouveau départ pour ce couple brisé et pourtant très complice que Norma compte bien protéger du monde extérieur à tout prix…

D’emblée, Bates Motel se présente comme un préquel du film d’Alfred Hitchcock dont le titre reprend le nom du lugubre hôtel où se déroule l’intrigue principale. L’appellation du bâtiment est issue du patronyme de son sociopathe de propriétaire, Norman Bates, lui-même tiré du roman éponyme de Robert Bloch, véritable créateur du personnage qui a par ailleurs écrit des scenarii pour Hitchcock. Les fans de Psychose pourront y apprécier les décors typiques du film, du bureau du motel à la demeure de Bates qui le surplombe, en passant par la “room with a view” de la mère. L’ambiance aussi est au rendez-vous bien que les créateurs aient pris un sacré risque en s’attaquant de cette façon à la jeunesse du tueur.

Les déconvenues des puristes :

On pourrait en effet s’inquiéter du sujet de cette série qui en vient à dépeindre le quotidien d’adolescents avec leurs états d’âme grotesques et futiles. Dans les premiers épisodes, des lycéennes énamourées gravitent autour du jeune Bates et viennent titiller les hormones du garçon qui tente désespérément de faire sa crise d’adolescence – malgré une mère envahissante – et il s’en est fallu de peu pour qu’on se retrouve avec un Teen TV Show. Fort heureusement, l’histoire se centre assez vite sur le couple Norman/Norma et sur leur relation ambiguë et toxique. Finalement, dans la saison 1, les passages mettant en scène les jeunes protagonistes servent surtout de prétexte aux comportements déviants et pulsionnels de Bates. Et c’est dans la deuxième saison qu’on va s’intéresser aux personnages secondaires au détriment du fil directeur. Cherche-t-on à combler les vides ou faire durer le suspense ? Tandis qu’une vulgaire histoire de drogue vient se greffer en parallèle, on s’attarde sur les romances des adolescents. Le climat oppressant de la série se désagrège et prend des aspects de film de Gangsters ; le spectateur s’agace et s’ennuie. Il eût été préférable de développer davantage la psychologie de la mère – plutôt que ses interactions sociales et son implication au sein de la communauté et de la ville. Quoi qu’il en soit, la série perd son attrait premier et s’égare dans cette saison 2 pour revenir en force dans la saison 3.
On regrette aussi que les showrunners aient choisi de situer l’action de Bates Motel à l’époque contemporaine, ce qui lui fait perdre beaucoup en cachet et en authenticité. D’autant que les décors et les costumes sont d’un style classique et rétro que viennent contrarier les véhicules et autres accessoires comme les téléphones portables. Sans oublier la mafia du coin et sa bande de dealers qui viennent parasiter l’histoire. Tout cela brise l’illusion et le sentiment nostalgique qui nous habite les premières minutes au travers des clins d’œil au film de Hitchcock à la manière de Gus Van Sant dans Psycho. Quoi qu’il en soit, on s’habitue petit à petit à ce décalage qu’on taxera d’originalité pour s’intéresser plutôt aux personnages et à leur psychologie.

De l’analyse du personnage de Norman Bates :

Bates Motel est un postulat intéressant sur les origines du trouble de Norman. C’est presque une étude de la relation entre Norma, matriarche vampirisante et dominatrice et Norman, fils dévoué et aimant – pour ne pas dire « amoureux de maman ». Car c’est une relation exclusive et résolument œdipienne que nous propose le réalisateur dans cette version préliminaire au film où chaque élément est dénonciateur de la transgression. Séduit et soumis, tour à tour attiré puis repoussé par sa mère, l’adolescent déjà marqué d’une altération mentale s’enfonce de plus en plus dans la maladie.

Dans Psychose, Hitchcock nous apportait quelques pistes quant au trouble du personnage et qui sont développées dans Bates Motel. On le découvrait intelligent et cultivé, solitaire et maniaque, mythomane, sensible à l’autre sexe mais terrifié par lui, et surtout profondément marqué par le regard des autres. À un moment du film, Bates se confiait même à son interlocutrice : « Vous savez, il n’y a pas de meilleur ami qu’une mère. (…) Nous sommes pris à notre propre piège mais, une fois que nous y sommes, on ne peut pas s’en dégager. J’ai toujours été pris au piège et je m’en accommode très bien. » Et c’est cet aspect que l’on retrouve dans le personnage de la série, ce rapport à la femme, à la fois conscient et servile, cette ambivalence de Bates, tantôt faible, tantôt fort, et qui le rend aussi fascinant.
Les femmes qui évoluent autour du jeune homme contribuent à rendre difficile le relationnel avec la gente féminine. Le scénario joue avec son instabilité émotionnelle et celle de ses pairs, notamment sa mère, hystérique et névrosée, possessive et intrusive. Le héros est tiraillé entre les confidences trop intimes des unes et les avances des autres, entre la jalousie d’une mère omniprésente, sa profonde admiration pour elle mais aussi sa culpabilité face à leur relation trop fusionnelle. Norman va ainsi développer une pathologie psychosociale et des comportements destructeurs et morbides comme son goût pour la taxidermie. Partagé entre ces postures de force et de faiblesse, entre le réfléchi et le pulsionnel, entre le bien et le mal, il va se réfugier dans ses hallucinations et ses fameux « black-out », plus ou moins délibérés – comme peuvent le suggérer les « trophées » qu’il conserve (le collier de perles, l’article de presse, le carnet…).

Au fil des saisons :

Si la saison 1 de Bates Motel pose les bases de ce foyer anxiogène et déclencheur de la pathologie de Norman, la transition entre la première à la deuxième saison est d’autant plus percutante qu’on franchit une étape dans la relation mère/fils et du même coup dans la psychose. Le jeune homme, en proie à ses désirs, adresse des regards insistants et des gestes de plus en plus déplacés à l’égard de sa mère mais il tente aussi de se libérer de son emprise, allant jusqu’à la provoquer et la rejeter. Paradoxalement, dans la saison 2, on néglige un peu leur intimité pour faire la part belle au héros (et développer les autres personnages). À la fin de la deuxième saison, mère et fils se rapprochent dangereusement et la saison 3 s’ouvre sur leur complicité grandissante mais qui les dévore tous les deux. On retrouve alors cette atmosphère oppressante et troublante de la saison 1 qui pèse sur la cellule familiale et que de lourds secrets viennent intensifier. Cette troisième saison est particulièrement intéressante car la trame narrative est complétée par une seconde histoire qui vient semer le doute sur la véritable conscience de Norman et sur sa culpabilité tandis qu’il s’enfonce toujours plus profondément dans la folie.

En bref, la série Bates Motel – eu égard aux divagations de sa saison 2 est un récit inventif et intrigant de la jeunesse du tueur de Psychose et des origines du mal interprété par un Freddie Highmore dont on peut dire qu’il a la tête de l’emploi ! Interrogée sur les limites de la série, une infirmière en psychiatrie nous a d’ailleurs avoué que Bates Motel était tout-à-fait crédible malgré le phénomène de dédoublement de personnalité qui n’a jamais été prouvé. Toutefois, cet aspect de la maladie de Norman est développé dans le film Psychose et n’engage pas vraiment la série. Un divertissement qui mérite donc qu’on s’y accroche durant la deuxième saison et qu’on se réengage volontiers pour une saison supplémentaire. La chaîne américaine A&E a d’ailleurs annoncé que les saisons 4 et 5 de Bates Motel seraient diffusées respectivement début 2016 et début 2017.

Découvrez le Teaser de la Saison 4 de Bates Motel

Fiche Technique de la série Bates Motel

Titre original : Bates Motel
Genre : Série dramatique et thriller
Création : Carlton Cuse, Kerry Ehrin, Anthony Cipriano et d’après le film Psychose de Alfred Hitchcock, inspiré du roman Psychose de Robert Bloch
Production : American Genre, Carlton Cuse Productions, Kerry Ehrin Productions, Universal Television
Acteurs principaux  : Vera Farmiga ( Norma Bates), Freddie Highmore (Norman Bates), Max Thieriot (Dylan Masset), Nestor Carbonell (Shérif Romero), Olivia Cooke (Emma Decody)
Musique : Chris Bacon
Pays d’origine : États-Unis
Chaîne d’origine : A&E Network
Nb. de saisons : 4 en 2016 – en production
Nb. d’épisodes par saison : 10
Durée : 45 minutes
Diff. originale : 18 mars 2013

Arras Film Festival: Le Grand Jeu, La Fille du Patron, Tempête et Nicolas Parisier

ARRAS FILM FESTIVAL – Jour 1

Après une riche première journée de festival, un retour – ici textuel – s’impose. Trois projections presse, une rencontre, et le lancement public du festival ce soir : « bienvenue à Jurassic »… Euh, non, au Arras Film Festival, édition 2015 !

Le Grand Jeu de Nicolas Parisier, entre promesses de nouveauté et hommage au genre : 2/5

Sortie programmée le 16 Décembre 2015.

10h30, rendez-vous en salle 6 du Cinémovida d’Arras pour découvrir Le Grand Jeu, premier film du réalisateur Nicolas Parisier. Synopsis : Pierre Blum – incarné par Melvil Poupaud –, un écrivain de quarante ans qui a connu son heure de gloire au début des années 2000, rencontre, un soir, sur la terrasse d’un casino, un homme mystérieux, Joseph Paskin – joué par André Dussollier. Influent dans le monde politique, charismatique, manipulateur, il passe bientôt à Pierre une commande étrange qui le replongera dans un passé qu’il aurait préféré oublier et mettra sa vie en danger. Au milieu de ce tumulte, Pierre tombe amoureux de Laura – à l’écran incarnée par Clémence Poésy –, une jeune militante d’extrême gauche ; mais dans un monde où tout semble à double fond, à qui peut-on se fier ?

Si la synopsis vous paraît complexe, le film ne l’est pas du tout. En effet, le tout est très limpide, malgré la tendance à l’abstraction et au mystère du film. Aussi, si vous connaissez le genre du film politique mis en place et rendu célèbre par des films tels que Les Hommes du Président (Alan J. Pakula, 1976) et plus récemment The Ghost Writer (Roman Polanski, 2010), sachez que vous découvrirez rien de nouveau. Car à ce dernier, Le Grand Jeu empreinte tout ou presque. Du personnage écrivain nègre pénétrant au milieu de la politique à la mort d’un des personnages secondaires, citation au plan près de la mort du personnage d’Ewan McGreggor dans le film de Polanski, Le Grand Jeu, plus ou moins correctement réalisé (on repense la séquence de poursuite un peu ridicule), semble tendre au film hommage au genre, plutôt qu’à un film nouveau.

Et pourtant, le film nous fait découvrir un peu plus le système de communauté alternative de l’extrême gauche en en filmant un groupe. Cette découverte se fait à travers la relation amoureuse de Pierre et Laura, relation vite amenée mais plutôt bien maîtrisée. Notons toutefois que l’idée des groupes d’extrême gauche peut aussi être trouvée chez le politicien du Ghost Writer incarné par Pierce Brosnan. Mais il faut être sincère, si le personnage incarné par Melvil Poupaud est relativement intéressant – on notera le cliché de l’artiste obscur et nihiliste qui trouve une chemise dans un carton, en regarde la couleur, la renifle, puis l’enfile –, la performance de l’acteur le neutralise tant elle semble artificielle : peut-être est-ce encore un hommage, cette fois-ci aux détectives d’Hammett et Chandler incarnés à l’écran par Humphray Bogart dans The Maltese Falcon (John Huston, 1941) et The Big Sleep (Howard Hawks, 1946) ? Le problème du jeu de l’acteur est bien plus visible lorsque Dussollier partage l’écran avec lui. En effet, comme à son habitude, l’acteur est excellent, d’un naturel fou, moins juste que dans le formidable Diplomatie (Volker Schlöndorff, 2014), mais tout de même à un tel point qu’il semble sûr que sans sa présence, Le Grand Jeu aurait été un mauvais film de cinéma, mais possiblement un film honnête de télévision.

https://www.youtube.com/watch?v=kiAd5wgAfQ8

La Fille du Patron d’Olivier Loustau, romance type, surprise et libération des corps :   3,75/5

Sortie en salles le 6 Janvier 2016.

14h, après un agréable déjeuner entre collègues de la presse, offert par la très efficace, ingénieuse et enthousiaste association Plan-Séquence, arrive la deuxième projection presse de la journée avec La Fille du Patron. La synopsis : Vital – incarné par le réalisateur du film, Olivier Loustau –, 40 ans, travaille comme chef d’atelier dans une usine textile. Il est choisi comme « cobaye » par Alix, 25 ans, venue réaliser une étude ergonomique dans l’entreprise de son père sous couvert d’anonymat. La fille du patron est rapidement sous le charme de cet ouvrier réservé et secret qui s’ouvre peu à peu à son contact et se met à rêver d’une autre vie…

À la lecture de ce texte, on pourrait penser à un nouvel éternel film d’amour ou de comédie dramatique au personnage principal sombre, perdu entre son ancienne vie (et sa femme) et la possibilité d’une nouvelle avec Alix – jouée par Christa Théret –, avec pendant le film, la découverte de sa trahison maritale, puis un final occupé par un choix Cornélien. Eh bien non, le film déjoue ces schémas narratifs très vite : le mari parle rapidement à sa femme de l’absence de bonheur qui noircit le couple, la femme est d’accord, il la trompe, elle est au courant, il assume pleinement son action fidèle à son idée et la quitte. Le film se concentre ensuite sur le couple de Vital et d’Alix intéressant au niveau du physique même si, ne nous trompons pas, il s’agit à nouveau de l’histoire du paysan – un tant soi peu unique en son genre (ici un ouvrier taciturne) – amoureux de la noble (jeune) femme (dans le film, prometteuse étudiante fille de patron). Le récit d’Olivier Loustau lui offre tout de même un certain rafraichissement, avec une fin à la fois douce, joyeuse, sensée, humaine, tournée vers l’avenir, vidée du mélo traditionnel de ces histoires.

S’ajoute à cela une autre force du film : la réalisation. On ne peut s’empêcher de penser à Cassavetes devant les images de la Fille du Patron. En effet, comme chez le réalisateur de A Woman Under The Influence (1974) ou Faces (1968), les personnages tendent, dans leur élan de liberté, à sortir du cadre. Cadre multiple pour Vital : l’espace professionnel au travail à la chaine asservissant et blessant ; l’espace familial dont le mariage ne marche plus ; l’espace sportif où les joueurs performent aux couleurs d’une entreprise et de sponsors pour des enjeux autres que le pur plaisir du sport. De même pour Alix qui désire sortir de ses carcans de petite fille embourgeoisée et dont l’avenir semble déjà tracé dans l’esprit du père : épouser un homme d’un milieu aisé, etc.

Ainsi au fur et à mesure des libérations des personnages, les corps se libèrent du cadre de la caméra, et progressent dans le champ/hors-champ de la caméra à leur guise, alors aussi libérés du diktat de la caméra et du cinéma.

Tempête de Samuel Collardey, une famille pour un choc cinématographique : 5/5

Sortie en salles programmée le 24 Février 2016.

À peine sorti de la salle numéro 6 que l’on y revient pour la séance de 16h avec le film Tempête de Samuel Collardey. Cette troisième projection fut la meilleure de la journée, et restera certainement l’une des plus fortes du festival et de notre expérience de spectateur tant Tempête est une grande réussite (surprise) cinématographique. Tant le film est riche, il s’agira de se concentrer sur certains points. Mais d’abord, la synopsis : Dom, 36 ans, est matelot à bord du Alf, un bateau de pêche du port des Sables d’Olonne qui fait des campagnes de trois semaines en haute mer. Depuis son divorce, il y a un an, sa fille Mailys et son fils Matteo ont préféré habiter avec lui malgré ses absences. Quand Mailys tombe enceinte, Dom comprend qu’il doit choisir…

Si à la lecture du synopsis, on aurait pu s’attendre un mélodrame empli de sanglots, Tempête est tout son contraire. Les personnages du film n’en sont pas vraiment, et les acteurs non plus d’ailleurs. En effet, les « personnages » sont trois personnes réelles. Ce sont donc leurs véritables prénoms et noms que vous pouvez lire dans le synopsis et dans le générique, puisque la majorité du casting du film est composée d’acteurs « amateurs », terme qui n’est pas à comprendre négativement, mais qui signifie juste que ces comédiens n’en étaient pas avant le tournage. Leurs moments de joie, de malheur, ou d’autres d’effort ou de magnificence sont ainsi transcendés par leur humanité pure et brute. Cependant une question s’impose : jusqu’à quel niveau le film est-il scénarisé et mis en scène dans ses dramas (actions) ? Posée autrement : jusqu’où Tempête est-il un documentaire / une fiction ?

En effet, le statut des images est troublant, ambigu, tant d’une part, elles sont magnifiques et « parfaitement » cadrées, et d’une autre, prises sur le vif. Des éléments de réponse pourront possiblement être obtenus lors de la rencontre avec le réalisateur et le trio familial pendant le festival. Mais, a-t-on véritablement besoin de savoir ? Grâce au réel des « personnages », filmer un bateau et tous les gestes du marin est d’un passionnant rarement atteint auparavant au cinéma. On y trouve la même force cinématographique que dans les films de David Ayer (End of Watch, 2012 ; Fury, 2014), réalisateur hyper-attentif au geste, au corps, au physique habitué aux techniques. Ainsi on arriverait à presque en regretter de ne pas avoir plus d’images du protagoniste en mer. Mais rassurez-vous, ceci n’est qu’un regret personnel et non un défaut du formidable Tempête.

POINT PRESSE : rencontre avec Nicolas Parisier.

Il est 19h00 et il nous faut accourir à l’espace VIP du « village » du Festival pour la rencontre avec le réalisateur du Grand Jeu. S’en suit les différents points abordés pendant l’interview.

Quelles ont été les étapes de fabrication de son premier long métrage ?

Nicolas Parisier fut d’abord étudiant de cinéma en faculté, puis professeur. Il connaît pendant une certaine période le métier du journalisme, pour ensuite travailler chez Pathé Productions. Il réalisa trois courts métrages en huit ans, puis enfin son long métrage.

Sur les références aux affaires Robert Boulin et Tarnac…

Le film les raconte un tout petit peu, explique le réalisateur. La deuxième est plus une évocation. La première l’a bien sûr inspiré. C’est un film qui parle à la fois de la politique – de l’envers du décor – et des militants d’extrême gauche. Ce sont des sujets qui l’intéressent, car très romanesques, très biens pour faire un film.

Concernant les dialogues importants au sein du film, comment a-t-il fait pour que le long métrage n’en soit pas paralysé ?

Nicolas Parisier explique avoir acquis cette expérience du dialogue grâce à ses courts métrages. Aussi la réussite dépend d’un élément conséquent, l’acteur.

Et alors, la question de votre humble serviteur :

Votre film s’inscrit dans un sous-genre, voire même un genre cinématographique, le film politique, est-ce que vous vous êtes inspiré d’autres de ces films ? Je pense notamment à The Ghost Writer dont vous avez repris plusieurs éléments ?

Il sourit, puis explique qu’il a commencé à écrire le scénario du film après avoir lu Sous les yeux de l’Occident de Joseph Conrad (1911), puis il a vu The Ghost Writer. Il aime beaucoup ce film qu’il décrit être d’une grande qualité, et il explique qu’après l’avoir vu, il ne pouvait pas faire comme s’il n’existait pas. Et vu que c’est arrivé en pleine écriture, il a voulu lui rendre hommage. Il avance sur un hommage subtil dans une scène. Votre serviteur explique alors la scène, celle de la mort d’un personnage / de McGreggor : l’individu a un journal – un manuscrit dans le film de Polanski –, il traverse la route et se fait renverser en hors-champ, tandis que les pages s’envolent dans le champ.

Sur l’histoire du film

C’est l’histoire d’un complot – organisé par l’antagoniste interprété par André Dussollier – qui échoue, et qui emporte alors plusieurs personnages.

Sur l’importance des seconds rôles

Il fallait une distribution qui tienne la route, dit-il. Il s’agissait de construire un tableau par petites touches.

Sur le choix de Melvil Poupaud

Parce qu’on le connaît sans vraiment le connaître, à l’image du personnage qu’il incarne dans le film.

Pensez-vous que le propos du film aura un écho ? Ou alors comme le pense André Dussollier, votre pensée, votre constat de la France et notamment de sa politique sera-t-il immergé dans la masse ?

Il n’y a pas de vision fermée, ce n’est pas un film qui a une thèse. Il espère qu’il y a une certaine ambiguïté, une certaine complexité qui ferait que le discours ne serait pas univoque.

Enfin la journée toucha à sa fin avec la soirée d’ouverture, occupée par la présentation rapide et efficace du riche programme du festival ainsi que de la projection publique (et donc en avant-première) du Grand Jeu. On aurait espérer savoir Tempête en film d’ouverture, ou du moins, La Fille du Patron. Sur ce, le retour de cette première journée touche à sa fin, laissant aussi entrevoir des journées de festival aussi intéressantes et intenses, voire plus.

Moonwalkers, un film d’Antoine Bardou-Jacquet: Critique

Près de douze années après le documenteur Opération Lune, lui-même inspiré de Capricorn One, une fiction datant de 1978, qui a lancé la folle rumeur autour du tournage par Stanley Kubrick de l’alunissage d’Apollo 11 le 20 juillet 1969, ce fantasme de complotistes cinéphiles a gangréné dans de nombreux esprits retors (les meilleures illustrations en sont sans conteste les hypothèses farfelues développées dans Room 237).

Synopsis : Londres, juillet 1969, John, un éternel loser en quête d’argent pour renflouer le groupe de punk hippie dont est l’agent, croise la route de l’agent Kidman, un agent de la CIA envoyé à Londres pour monter une supercherie surréaliste : Embaucher Stanley Kubrick pour filmer un faux alunissage. Evidemment, rien ne va se passer comme prévu et les conséquences de cette rencontre va les mener dans une course contre la montre complètement déchaînée.

On a tripé sur la Lune

Grâce à un scénario signé par le britannique Dean Craig, déjà scénariste de My Best Men ou Joyeuses Funérailles, et avec le soutien de Georges Bermann, le producteur de Michel Gondry (qui a personnellement soutenu le projet), Moonwalkers est le premier film d’un jeune réalisateur français parfaitement inconnu mais qui a déjà – et ça se voit à sa mise en scène – fait ses preuves dans la publicité et qui, à n’en point douter, est promis à une belle carrière internationale. Autant dire que Moonwalkers est un film parfaitement inattendu, mais dont le Prix du Public obtenu en septembre dernier lors de l’Étrange Festival prouve qu’il saura créer la surprise.

A la tête du casting, deux acteurs qui cherchent à s’affirmer : D’une part Ron Pearlman, qui du haut de ses 65 ans n’aura pu compter que sur son ami Guillermo del Toro pour lui offrir un rôle principal sur grand écran, et de l’autre Rupert Grint, qui contrairement à ses deux anciens complices Daniel Radcliffe et Emma Watson n’a pas réussi à se forger une carrière post-Harry Potter. Dans leurs rôles respectifs d’un agent de la CIA taciturne et d’un agent artistique malchanceux, les deux comédiens livrent des performances absolument convaincantes et offrent un choc intergénérationnel digne des meilleurs buddy-movies. Mais davantage que leurs prestations comiques, c’est la représentation rétro-frapadingue que le réalisateur donne de la fin des années 60 qui est hilarante. D’entrée de jeu, grâce à un générique d’ouverture animé à la façon du célèbre clip Yellow Submarine des Beatles, que l’on pourrait d’ailleurs imputer à Gondry, l’esprit psychédélique de l’ère hippie est annoncé comme étant le cœur même du long-métrage. C’est que viendra nous confirmer l’excellent travail offert par la direction artistique, avec notamment des costumes criards et des décorations ultra-kitsch -dont une peinture murale mémorable-, mais aussi des scènes de trips sous acide. Le tout assure une succession sans temps morts de pures réussites visuelles et comiques. L’autre source de rires est la violence décomplexée dont fait preuve le personnage de Pearlman tout au long du film et qui réussit à faire des scènes de fusillades ou de castagne de vrais moments de brutalité jubilatoire sans jamais perdre en qualité graphique.

Le déroulement de l’intrigue, qui vire inéluctablement à l’imbroglio général, et la façon dont est traité par l’absurde ce prétendu recrutement de Kubrick par le gouvernement américain, ne sont pas sans rappeler l’écriture survoltée mais toujours maitrisée et fluide de Guy Ritchie, une autre source d’inspiration évidente d’Antoine Bardou-Jacquet. Une comparaison amplifiée par la présence, autour du duo d’enfer Grint-Pearlman, d’un large panel de personnages secondaires pittoresques et hauts en couleurs que leur caractérisation archétypale n’empêche en rien d’être désopilants, allant du général américain débonnaire au réalisateur excentrique en passant par le gangster amateur de maquettes ou le manager cocaïnomane. Ajoutez à cela une bonne dose de répliques trash, une surenchère de situations parfaitement loufoques et beaucoup de références culturelles, et l’on obtient ce sympathique scénario agréablement déjanté. Un esprit et un humour « à la cool » que la bande originale -qui ne comprend finalement que peu de morceaux mais tous choisis avec le plus grand soin- nous aide à ancrer dans la folie hallucinatoire du Londres hippie de la fin des années 60. Un pur délire pop que l’on suit agréablement pendant que, dans l’espace, la grande Histoire est en train de s’écrire.

Sans non plus être un film mémorable, Moonwalkers est une petite comédie étonnante, assurée d’être la première bonne surprise de l’année 2016 et la découverte d’un jeune réalisateur à suivre de très près.  Mais il s’agit surtout d’une farce audacieuse, dans le sens où elle prend le risque, en jouant la carte d’un humour absurde so british et d’une vision outrageusement caricaturale mais non moins jouissive de l’époque qu’elle dépeint, de dénoncer la crétinerie de son propre pitch.

MOONWALKERS, le teaser:

MOONWALKERS : Fiche technique

Titre original : Moonwalker
Date de sortie : 6 janvier 2016
Réalisateur : Antoine Bardou-Jacquet
Nationalité : Britannique
Genre : Comédie
Année : 2015
Durée : 107 minutes
Scénario : Dean Craig
Interprétation : Rupert Grint (Johnny), Ron Perlman (Kidman), Robert Sheehan (Léon), Eric Lampaert (Glen)…
Musique : NR
Photographie : Glynn Speeckaert
Montage : Bill Smedley
Producteur : George Bermann
Maisons de production : Nexus Factory, Potemkino
Distribution (France) : Mars
Récompenses : Prix du Public à l’Étrange Festival
Budget : NR

Arras Film Festival 2015: Michèle Mercier, Jim Sheridan et du cinéma venu du monde entier

INTRODUCTION AU ARRAS FILM FESTIVAL

            C’est le vendredi 6 novembre 2015 que débute la seizième édition du Arras Film Festival, événement européen majeur dans le monde du cinéma organisé par l’association Plan-Séquence. Cette année, sur dix journées, pas moins de cent vingt longs métrages seront projetés. Sur l’ensemble de ces métrages, on trouve onze programmes :

– la compétition européenne ;

– les avant-premières ;

– les découvertes européennes, avec ses visions de l’Est ;

– les Cinémas du monde ;

– une rétrospective en hommage à Michèle Mercier ;

– une autre célébrant le cinéma de l’irlandais Jim Shéridan ;

– une programmation plus ouverte de films sur l’Irlande ;

– des ciné-concerts ;

– la Grande Guerre à l’écran ;

– les films de braquage en tout genre ;

– et enfin, le festival des enfants.

            Il s’agira pour Cineséries-mag de couvrir un maximum le festival, et ainsi de se participer aux projections de plusieurs films de chaque programme afin de mieux en rendre compte. Ainsi attendez-vous à chaque jour ou presque à un article de votre humble serviteur, s’il n’est pas décédé lors d’un braquage de banque en la faisant Sauter* avec Jean Girault, ou en planifiant très ingénieusement son vol dans la géniale Affaire Thomas Crown** de Norman Jewison avec l’un des plus beaux couples de l’histoire du cinéma, Steve McQueen et Faye Dunaway. Ou alors peut-être sera-t-il tout simplement resté dans la somptueuse et brutale Irlande de Jim Sheridan ?

           La mission de Cineséries-mag sur le festival ne s’arrête pas là. En effet, sera aussi couvert de multiples projections presse de films français : Une histoire de Fou de Robert Guédiguian, Demain de Cyril Dion et Mélanie Laurent, Le Goût des Merveilles d’Eric Besnard avec Virginie Efira, Et ta sœur de Marion Vernoux avec Grégoire Ludig (du Palmashow), Géraldine Nakache et à nouveau Virginie Efira, La vie très privée de Monsieur Sim de Michel Leclerc avec Jean-Pierre Bacri, entre autres… En plus de cela, toutes ces projections auront droit à un point presse pendant lesquels aura lieu la rencontre avec des membres de l’équipe ou parfois, tel que sur les films des « cinémas du monde », l’équipe entière.

* Faites sautez la banque !, Jean Girault, avec Louis de Funès, Jean-Pierre Marielle, Yvonne Clech, 1964.

Ci-dessous la bande-annonce du film :

** The Thomas Crown Affair, Norman Jewison, avec Steve McQueen, Faye Dunaway, Paul Burke, Richard Bull, Yaphet Kotto, 1968.

Ci-dessus la bande-annonce du film.

            Si c’est le cinéaste Jim Shéridan – à qui l’on doit notamment dans sa période américaine Brothers (2009) – qui est mis à l’honneur cette année, on peut remarquer qu’avec ce réalisateur et l’un des programmes, c’est un hommage à l’Irlande qui est rendu.

            On redécouvre ainsi l’Irlande ravagée par ses nombreux combats avec les reprojections de Hunger (2008) de Steve McQueen – à qui l’on doit Shame en 2011 et Twelve Years A Slave en 2013 et dans lesquels on retrouve l’incroyable Michael Fassbender, ici en pleine grève de la faim ; du formidable et trop méconnu Shadow Dancer (2013) de James Marsh avec Clive Owen (The Knick, 2014 – 2015 ; The Bourne Identity, 2002 ; Les Fils de l’Homme, 2006 ; Sin City, 2005) et Andrea Riseborough (Oblivion, 2013 ; Birdman, 2014 ; We Want Sex Equality, 2010) en jeu d’ombres – britanniques et irlandaises – et d’espionnage ;  ou encore le puissant Bloody Sunday (2002) de Paul Greengrass, qui réalisera plus tard deux volets de la saga Jason Bourne (The Bourne Conspiracy en 2004, The Bourne Ultimatum en 2007 et le prochain volet programmé pour sortir 2016) et plus récemment Captain Philips en 2013.

Ci-dessus le trailer de Bloody Sunday.

            Avec l’hommage rendu à Jim Shéridan, il s’agir de revisiter une Irlande du quotidien, marquée par la guerre, des crises économiques et familiales, et la colonisation par des puissances extérieures tel que dans The Field (1990) où un fermier doit livrer « un combat » contre un investisseur américain déterminé, pour racheter le terrain de sa ferme. Un quotidien ou presque, que l’on pourra aussi voir dans le très beau film de David Lean – brillant réalisateur du Bridge on the River Kwai (1957) et de Lawrence of Arabia (1963) entre autres –, La Fille de Ryan, sorti en 1970. L’intrigue : Irlande, 1916, Rosy Ryan épouse le maître d’école du village, de quinze ans son aîné. Déçue par cette union, elle tombe amoureuse du major anglais venu prendre le commandement de la garnison voisine…

Alors, prêts à embarquer pour l’Irlande ?

            Sachez enfin que vous pourrez retrouver le dernier James Bond 007, Spectre, en avant-première au festival, mais aussi Le Voyage d’Arlo, dernier film des studios d’animation Pixar à découvrir dans le festival des enfants – emplis d’autres films d’animation –, et Légend de Brian Helgeland, contant l’histoire de frères jumeaux gangsters dans les années 60’ à Londres, tous deux incarnés par l’unique Tom Hardy à peine sorti de la Fury Road de George Miller (Mad Max, F. R., 2015). Vous pouvez cependant déjà « oublier » Sandrine Kiberlain, qui ne viendra finalement pas au festival.

Retrouvez ci-dessous le lien de ce programme extrêmement riche :
http://www.arrasfilmfestival.com/#

Bon Arras Film Festival à vous.