Le cinéaste James Wan s’était fait connaître au plan international avec Saw, extraordinaire thriller horrifique qui deviendra une série à succès. Sa maîtrise du glauque et sa capacité à instaurer une ambiance angoissante ont alors été remarquées. Quelques années plus tard, après quelques échecs commerciaux, il renoue avec le succès en réalisant les deux premiers films de la série Insidious (entrecoupés de l’excellent Conjuring).
Wan and Whannell Insidious, c’est une trilogie (pour le moment) qui joue sur la frontière entre notre monde et celui des morts. Rien de révolutionnaire dans le genre, mais, une fois de plus, le cinéaste savait faire preuve d’une grande maîtrise de ses effets et éviter les pièges des films d’horreur.
Succès oblige, un troisième chapitre a donc été produit, et confié au fidèle collaborateur de Wan, Leigh Whannell, scénariste et acteur dans Saw et Insidious, entre autres, et dont ce sera la première réalisation. Mais qu’est-ce que Whannell va pouvoir apporter à la série ? Et sera-t-il à la hauteur de son désormais célèbre prédécesseur ?
Un épisode de série Ce Chapitre 3 reprend des caractéristiques de l’ensemble de la série, histoire de rappeler aux spectateurs qu’on est en terrain connu. Ainsi, au bout d’une minute de film, on voit apparaître le personnage d’Elise, medium qui parvient à entrer en contact avec les morts, et un des personnages centraux des Insidious. Vers la fin, nous retrouverons aussi Specs et Tucker, deux autres personnages importants de la trilogie. Le thème de l’esprit d’un mort qui s’attaque à une personne vivante s’impose très vite, ce qui entraîne l’inévitable petite promenade dans le monde des morts. Enfin, le film est émaillé de références et de clins d’œil à ceux qui connaissent les deux premiers films (ce qui n’est pas indispensable pour pouvoir suivre celui-ci, il faut le préciser).
Ce film fait donc bien partie de la série des Insidious, il n’y a aucun doute là-dessus. Le problème, c’est qu’il n’a rien à apporter aux précédents. Cette histoire est indépendante des deux autres films, il ne s’agit pas d’un préquel et il n’y a ici aucune révélation à attendre sur les personnages principaux.
Du côté de l’histoire, rien de nouveau là non plus. Nous avons l’éternel lieu commun de l’adolescente possédée, que les amateurs du genre ont déjà tellement vu que ça en perd tout intérêt. Seule Elise peut garder les spectateurs en suspens au milieu de toute cette banalité. La réalisation, enfin, cumule les effets classiques du genre : les coups dans le mur et les bruits au plafond, les ombres dans le lointain, les lampes qui ne fonctionnent pas, les appartements abandonnés et poussiéreux dont les meubles sont recouverts de draps, et les sempiternels jump-scares, devenus le fléau des films d’horreur actuels.
Car, au lieu de passer son temps à tenter d’instaurer une ambiance pour vraiment faire peur, Whannell préfère faire sursauter ses spectateurs avec quelques effets que l’on voit venir de loin.
Clairement en-dessous des opus signés Wan, ce Chapitre 3 n’est pas une catastrophe cinématographique, c’est juste un énième film anonyme où le spectateur ne peut se départir de son impression de déjà-vu.
Synopsis : quelques années avant les événements des films précédents, Quinn Brenner, une jeune adolescente sans histoire, demande à la medium Elise de rentrer en contact avec sa mère, décédée d’un cancer.
Insidious Chapitre 3 : Bande Annonce
Insidious Chapitre 3 : fiche technique
Titre original : Insidious Chapter 3
Scénariste et réalisateur : Leigh Whannell
Avec Stefanie Scott (Quinn Brenner), Lin Shaye (Elise), Dermot Mulroney (Sean Brenner), Leigh Whannell (Specs), Angus Sampson (Tucker), Hayley Kiyoko (Maggie)
Producteurs : Jason Blum, Oren Peli, James Wan.
Photographie : Brian Pearson.
Montage : Tim Alverson
Musique : Joseph Bishara
Société de production : Blumhouse
Société de distribution : Sony Picture Releasing
Budget : 10 000 000 $
Pays : Etats-Unis
Date de sortie (aux USA) : 5 juin 2015
Date de sortie du DVD : 25 novembre 2015
Durée : 1h37
Film interdit en salles aux moins de 12 ans
Sur OCS Géants, le 3 décembre, soirée Spéciale Censure à Hollywood
Jeudi 3 décembre 2015, OCS diffusera le film Lolita de Stanley Kubrick suivi du documentaire La censure à Hollywood de Clara et Julia Kuperberg.
Synopsis : Ce documentaire analyse l’évolution de la censure aux Etats-Unis. Si de 1930 à 1934, les films dits « Pré-Code » abordent ouvertement des thèmes comme l’adultère, l’homosexualité, la drogue ou encore le crime organisé, la mise en place du Code Hays change la donne. Chargé de préserver la moralité du monde du spectacle, le Sénateur Will Hays établit en effet une liste d’interdits auxquels les cinéastes doivent obéir. Désormais, seuls des standards de vie dits « moraux » doivent être présentés. ce film revisite plus d’un demi-siècle de censures dans le cinéma.
Préambule du Code Hays:
« Principes généraux :
Aucun film ne sera produit qui baissera les standards moraux de ceux qui le voient. La sympathie du spectateur ne doit jamais être jetée du côté du crime, des méfaits, du mal ou du péché.
Seuls des standards corrects de vie soumis aux exigences du drame et du divertissement seront présentés.
La Loi, naturelle ou humaine, ne sera pas ridiculisée et aucune sympathie ne sera accordée à ceux qui la violent »
Il est difficile de croire que l’une des périodes les plus fastes de la (courte) histoire du cinéma était aliénée à ce point par une administration qui contrôlait tout ce qui était dit, tout ce qui était montré. Difficile de croire également, que pesait sur chaque réalisateur, sur chaque scénariste cette épée de Damoclès faite de morale et de bienséance. D’autant plus avec notre perception actuelle où les libertés d’expression, de pensée, et de création sont sacralisées, parfois même au détriment de principes tout aussi défendables… Pourtant, il faut admettre que la production de l’époque n’a pas forcément subi économiquement et artistiquement le diktat quasi prosélyte imposé à Hollywood. Car malgré cela, des années 30 à la fin des années 60, les grands studios accouchent des films les plus mythiques : les actrices ont réussi à rendre la pudeur suave, et les auteurs ont maquillé la violence et la débauche. C’est dans ce numéro d’équilibriste que nous entraînent Clara et Julia Kuperberg ; réalisatrices et productrices à la tête de WichitaFilms This is (Orson Welles, présenté à Cannes et à Deauville). Les deux sœurs continuent leur exploration du cinéma américain ; ici avec une approche sociétale : entre studios, politique, et population. Puisque ce que l’on acceptait de voir sur les toiles n’était que le reflet des dynamiques tantôt libérales tantôt conservatrices, qui agitaient les Etats-Unis
Le documentaire n’a à peine le temps de balayer ces 3 décennies de censure qu’il prend déjà fin, un film presque trop court donc (52 min), mais qui à le mérite d’être digeste en plus d’être éclairant. Le dispositif est simple : deux historiens du cinéma, des images d’archives, et des extraits des plus grands classiques, le tout retraçant chronologiquement l’influence de la censure sur la production hollywoodienne. Du pré Code à la déliquescence des tabous. Il nous est donc compté comment les cinémas ont été désertés à la fin des années 20, obligeant les auteurs à rendre leurs films plus subversifs, plus érotiques, plus attractifs pour le grand public. Au grand dam des instances religieuses et des populations très pieuses du pays, des ligues sont organisées qui entament une résistance endiguant réellement la fréquentation des salles, boostée par un cinéma plus corrosif. La réaction des studios ne se fait pas attendre, effrayés par la possibilité du boycott ou de la censure de leurs investissements (le cinéma n’était pas protégé par le premier amendement à l’époque, qui défendait la liberté d’expression), Hollywood accepte de se museler en interne. En mars 1930, le sénateur, et président de la Motion Pictures Producers and Distributors Association, William Hays établit le Code de Censure, un texte écrit un an plus tôt par deux ecclésiastiques. Un Code qui mettra du temps à s’imposer, puisque c’est seulement quatre ans plus tard qu’il deviendra vraisemblablement effectif, une application stricte qui coïncide avec l’arrivé à la tête de la Production Code Administration de Joseph Breen. Il dirigera d’une main de fer l’organisation pendant vingt ans, faisant prôner la sainte morale catholique sur le cinéma américain, prohibant tout ce qui pouvait choquer ou déranger l’audience. Une mise sous tutelle du 7ème art au bénéfice de l’ordre public et des bonnes mœurs.
Mais le documentaire s’affaire surtout à démontrer comment cette censure a finalement desservi le cinéma. Puisqu’un film ne pouvait sortir en salle sans le tampon de Joseph Breen, il fallait évidement se plier au Code ; mais cela n’empêchait en rien de s’aventurer sur le terrain du non-dit, et de l’implicite ! Les auteurs, les réalisateurs ont redoublé d’ingéniosité dans leur dialogue et leur mise en scène pour finalement améliorer considérablement la qualité de leurs œuvres, et contourner l’interdit. De Lubitsch à Hitchcock, de Wyler à Wilder, les plus grands cinéastes ont sévi durant l’apogée du Code Hays ; les sœurs Kuperberg nous proposent de découvrir comment leurs œuvres n’ont jamais pâtit des barrières dressées par la censure. De la même façon, les actrices parmi les plus sublimes du cinéma ont fleuri durant cette période, parfois même sans se conformer aux canons de la femme au foyer, bonne épouse et bonne mère. Le beau sexe devient mauvais genre, alors que la morale catholique tient toujours de main de fer les studios Hollywoodiens ! Les Audrey, Ingrid, Grace et autres Marylin trônent sur les affiches et deviennent des symboles de grâce et de disgrâce, dans leurs rôles de femmes fatales, irrévérencieuses, ou volages.
Un documentaire captivant mais auquel on peut reprocher un brièveté quelque peu frustrante, mais qui tombera sans doute à point lorsqu’il sera diffusé après Lolita de Stanley Kubrick, le 3 décembre sur OCS.
La censure à Hollywood – documentaire sur OCS géants
LA CENSURE A HOLLYWOOD : de l’hyper sexualisation des films « pré-code » au Code Hays, écrit et réalisé par Clara et Julia Kuperberg, documentaire de 52 minutes diffusé sur OCS Géants le 3 décembre à 22h30 dans le cadre d’une soirée spéciale Censure à Hollywood.
Avec : Thomas Doherty, Craig Detweiler
Montage : Julia Kuperberg, Clara Kuperberg
Production : Wichita Films
Photographie et Son : Peter Krajewski, Mitch Espe
Mixage : Thierry Moizan
Distribution à l’étranger : Poorhouse International
Avec la participation de OCS et du CNC
Code Hays
I- Crimes
Ceux-ci ne seront jamais présentés d’une telle façon à créer la sympathie avec le criminel ou inspirer d’autres avec un désir d’imitation.
Meurtre
a. La technique du meurtre doit être présentée de manière à ne pas encourager l’imitation.
b. Des meurtres brutaux ne doivent pas être présentés en détail.
c. La vengeance n’est pas justifiée dans un film où l’action se passe dans l’époque actuelle (moderne).
Les méthodes criminelles ne doivent pas être explicitement présentées.
a. Les techniques pour le vol, le cambriolage et le dynamitage de trains, de mines, de bâtiments, etc., ne doivent pas être présentées en détail.
b. L’incendie criminel doit être soumis aux mêmes sauvegardes
c. L’utilisation d’armes à feu doit être limitée.
d. Les méthodes utilisées dans la contrebande ne doivent pas être présentées.
Le trafic de la drogue ne doit jamais être présenté.
On ne montrera pas la consommation de spiritueux dans la vie américaine, sauf dans les cas où cela fait partie intégrante du scénario ou des caractéristiques d’un personnage.
II- Sexe
L’institution du mariage et l’importance de la famille sont primordiales.
L’adultère, parfois nécessaire dans le contexte narratif d’un film, ne doit pas être présenté explicitement, ou justifié, ou présenté d’une manière attrayante.
2. Scène de passion:
a. Ils ne doivent pas être présentées sauf s’ils sont essentielles au scénario
b. Des baisers excessifs ou lascifs, des caresses sensuelles, des positions et des gestes suggestifs ne doivent pas être montrés
Séduction et viol :
a. La suggestion est permise (rien de plus) et seulement lorsqu’il s’agit d’un élément essentiel du scénario
b. Ils ne sont jamais un sujet approprié pour la comédie.
Toute référence à la perversion sexuelle est formellement interdite.
L’esclavage de personnes de race blanche ne doit pas être présenté.
La présentation de rapports sexuels entre les personnes de race blanche et celles de race noire est interdite.
L’hygiène sexuelle et les maladies vénériennes ne sont pas des sujets appropriés au cinéma.
La naissance d’un enfant (même en silhouette) ne doit jamais être présentée.
Les organes sexuels d’un enfant ne doivent jamais être visibles à l’écran.
III. Grossièreté
La présentation de sujets vulgaires, répugnants et désagréables doit être soumise au respect des sensibilités des spectateurs et aux préceptes du bon goût en général.
IV. Obscénité
L’obscénité dans le mot, dans le geste, dans la chanson, dans la plaisanterie, ou même simplement suggérée est interdite.
V. Blasphème
Le blasphème (incluant les mots « God », « Lord », « Jesus », « Christ », « Hell », « S.O.B », « damn », « Gawd ») est strictement interdit.
VI. Costume
La nudité (réelle ou suggérée) est interdite ainsi que les commentaires d’un personnage à ce sujet (allusions à…).
Les scènes de déshabillage sont à éviter sauf lorsqu’il s’agit d’un élément essentiel du scénario.
L’indécence est interdite.
Les danses lascives et les costumes trop révélateurs sont interdits.
VII. Danses
Les danses qui suggèrent ou représentent des relations sexuelles sont interdites.
Les danses qui comportent des mouvements indécents doivent être considérées comme obscène.
VIII. Religion
Aucun film ne doit se moquer de la religion sous toutes ses formes et de toutes les croyances.
Les ministres ne peuvent pas être dépeints comme des personnages comiques ou comme des bandits.
Les cérémonies de n’importe quelle religion définie doivent être présentées avec beaucoup de respect.
IX. Emplacement
La présentation de chambres à coucher doit être dirigée par le bon goût et la délicatesse.
X. Fierté nationale
La présentation du drapeau se fera toujours de manière respectueuse.
L’histoire des institutions, des gens connus et de la population en général d’autres nations sera présentée avec impartialité.
XI. Titres
Des titres licencieux, indécents ou obscènes ne seront pas employés.
XII. Sujets Répugnants
Les sujets suivants doivent être traités avec beaucoup de prudence et de bon goût :
Les pendaisons et les électrocutions légales (punition d’un criminel).
La brutalité et l’horreur.
Le tatouage (marquer au fer) d’animaux et d’êtres humains.
Les Anarchistes : Un film d’époque ambitieux mais superficiel
Synopsis : Paris, 1899. Jean Albertini est un gardien de la paix embauché par le préfet de Police pour infiltrer une bande d’anarchistes. Etant lui-même très pauvre, il n’a pas d’autre choix que d’accepter, quitte à devoir quitter sa petite-amie, son dernier lien affectif puisqu’il est lui-même orphelin. En approchant le groupe, Jean va faire la rencontre de Judith, une jeune femme pleine de rage, et à laquelle il va rapidement s’attacher. De là va naitre un profond dilemme moral vis-à-vis de sa mission de délation.
La reconstitution que nous propose Elie Wajeman, à l’occasion de son second long-métrage après le polar Alyah en 2012, nous renvoie dans le Paris de la fin du 19ème siècle, à l’époque où les premiers anarchistes étaient les ennemis publics. C’est en utilisant le schéma scénaristique du film d’infiltration que le réalisateur nous fait découvrir les coulisses de ces groupuscules clandestins. L’enjeu du choix entre la mission d’espionnage et la culpabilité de dénoncer des personnages auxquels le héros va s’attacher apparait alors comme le cœur de l’intrigue. Et alors que l’histoire d’amour nait, sans surprise, entre ce policier et une belle idéaliste à la tête du groupe, la dramaturgie semble toute tracée. Mais Wajeman réussit à nous surprendre en ne se focalisant pas sur le dilemme moral de ce policier. Au contraire, l’ambiguïté quant à sa volonté d’aller jusqu’au bout de sa mission reste tenace jusque dans la conclusion. L’interprétation irréprochable de Tahar Rahim aide beaucoup à imposer ce doute relatif autour des motivations réelles de son personnage d’anti-héros, et le doux mélange de brutalité et de sensualité dont fait une nouvelle fois preuve Adèle Exarchopoulos apporte du piquant à la romance qui sert de moteur mélodramatique à ce scénario au déroulé somme toute assez convenu.
L’élément qui semble intéresser le jeune cinéaste n’est donc pas, comme pouvaient l’être Claude Sautet ou Martin Rett quand ils réalisaient respectivement Max et les Ferrailleurs et Traître sur commande (deux modèles du genre auxquels le contexte des Anarchistes fait immanquablement penser), la difficulté de l’infiltré à composer pour se faire une place parmi les brigands. Le choix de la structure du film, alors qu’il aurait pu être propice à un véritable suspense, est davantage un prétexte pour poser un regard extérieur sur les doutes internes d’un groupe d’activistes, hésitant entre négociations politiques et actions terroristes. En cela, le film réussit à atteindre une thématique parfaitement d’actualité puisque, si l’on peut reprocher au scénario de ne pas développer son contexte socio-politique, la problématique du bien-fondé d’une action brutale pour imposer ses idées et le sentiment d’affirmation que la jeunesse peut trouver en se rebellant contre l’Etat se retrouvent bel et bien être le nœud de l’intrigue. Et c’est là que l’on s’aperçoit que les rôles secondaires sont tous d’excellents choix. D’abord, le très attachant Biscuit, incarné par Karim Leklou (déjà brillamment remarqué cet été dans Coup de Chaud), puis les deux « pôles idéologiques » du groupuscule que sont le très modéré Elisée et le plus radical Eugène, le premier sous les traits de Swann Arlaud et le second de Guillaume Gouix, deux jeunes acteurs de plus en plus visibles dans le cinéma français, et enfin le chef de la Police est interprété par Cédric Kahn, plus connu pour son travail de réalisateur que d’acteur (même s’il était déjà présent dans le premier film d’Elie Wajeman), qui apporte à son rôle une rigueur suffisamment nuancé pour ne pas en faire une caricature manichéenne.
Et pourtant, malgré un casting plein de talent et un sujet prometteur traité de façon émouvante, Les anarchistes laisse derrière lui un certain gout d’inachevé. Ce sentiment est en partie la faute à un décalage entre le fond et la forme. Aussi belles qu’elles puissent être, la mise en scène naturaliste très épurée et la photographie nimbée de filtres bleus d’une incroyable froideur vont à contre-sens avec les causes et conséquences de l’esprit de révolte de ses personnages. Ni l’ambiance sordide des conditions de travail dans l’usine ni la violence des actes de terrorisme ne se font ressentir dans cette réalisation éthérée. De plus, l’écriture reste constamment évasive sur les revendications profondes de ces anarchistes, délaissant la dimension politique au profit d’un souffle romantique dans la description du mouvement subversif. Le rapport de force entre les militants pacifistes et les militants violents auraient pu être un excellent moyen de cristalliser troubles sociaux et les contradictions intellectuelles de cette période charnière de l’ère industrielle, mais le parti-pris de donner à leurs débats un écho contemporain fait passer le film à coté de cet enjeu historique.
Les images léchées et les dialogues très littéraires font des Anarchistes une œuvre pleine d’élégance, mais ils sont paradoxalement un frein à la force subversive propre à l’idéologie anarchiste qu’elle prend pour support. Trop édulcorée et prévisible, la trame de ce film d’infiltration ne vaut finalement que pour la passion électrique et le mélodrame qui naitra de la relation entre les deux anti-héros au cœur de ce récit inoffensif.
Les anarchistes : Bande-annonce
Les Anarchistes : Fiche technique
Date de sortie : 11 novembre 2015
Réalisateur : Elie Wajeman
Nationalité : France
Genre : Historique, Drame, Thriller
Année : 2015
Durée : 101 minutes
Scénario : Elie Wajeman, Gaëlle Macé
Interprétation : Tahar Rahim (Jean Albertini), Adèle Exarchopoulos (Judith Lorillard), Swann Arlaud (Elisée Mayer), Karim Leklou (Biscuit), Guillaume Gouix (Eugène Levèque)…
Musique : Gloria Jacobsen
Photographie : David Chizallet
Montage : François Quiqueré
Producteur : Lola Gans
Maisons de production : 24 Mai Production
Distribution (France) : Mars Distribution
Récompenses : Chistera de la meilleure interprétation masculine pour Tahar Rahim au Festival international des jeunes réalisateurs de Saint-Jean-de-Luz 2015
Budget : NR
Rencontre avec un grand Monsieur du Cinéma : Jim Sheridan
Au programme de la septième journée du Arras Film Festival, la rencontre avec l’invité d’honneur Jim Sheridan, réalisateur des grands My Left Foot (1989), In the Name of the Father (1994), et In America (2003) entre autres. On peut aussi citer le beau Brothers réalisé en 2009.
Il est 19h40, place à l’interview. À noter que celle-ci a été réalisée avec une collègue de la Voix du Nord. Aussi votre serviteur n’a pas repris ses questions posées en anglais, préférant avant tout mettre en avant les propos originaux de l’Irlandais Jim Sheridan (à droite sur l’image de couverture ci-dessus). De plus, il faut dire que Maxence Gasiecki (à gauche), notre traducteur, s’il a facilité la conversation, a participé avec passion à celle-ci.
Sur sa première fois à Arras
En effet, c’est la première fois qu’il vient à Arras. Une ville qui pourrait l’inspirer pour un film, un peu comme Bruges. « I’d want to do a movie in France » : Je voudrais faire un film en France.
Ce qu’il pense des films français
Le problème majeur du cinéma français et même de la majorité des films, est la domination d’Hollywood, répond-il. C’est un vrai problème que cet « huge business in America ». Il faut qu’on mette en place une stratégie européenne, « an european strategy » dit-il.
Un problème que le réalisateur lie à une certaine idée des spectateurs et des gens : « People don’t believe films exist out of America. » / Les gens ne croient pas que les films existent en dehors de l’Amérique.
Sur l’un des thèmes majeurs du cinéaste : l’adversité
La vie est emplie d’adversité, répond-il. Tous ont leurs épreuves, et les personnages les dépassent. Ses films peuvent inspirer les gens : « can inspire people ».
« Pourriez-vous revenir sur votre transition dans le cinéma américain, et nous parler notamment de votre relation avec Fox Searchlight ? »
« For In America ? »
« Oui. »
« It was good (…), great work, a good job » répond-il. Il a pu travailler avec des gens très talentueux et faire son film. Cependant, « I’d like to see not american movies work in America » dit-il. Selon le réalisateur, la majorité des films créés en dehors de l’Amérique (notamment de ses majors) n’ont pas de succès là-bas. La collègue de la Voix du Nord dit qu’il y a eu The Artist (Michel Hazanavicius, 2011) – film qui parle tout de même (passionnément) d’Hollywood –, on peut aussi citer Les Intouchables (Nakache/Toledano, 2011) qui a très bien fonctionné aux US – et même à l’internationale – malgré des critiques très partagées.
Il faut réussir à s’insérer directement en Amérique, notamment avec l’installation de cinémas européens : « find a way to do that in Major America Cities (…) need an European buisiness plan for properties. »
Le cinéaste explique aussi être effrayé de Netflix, d’Amazon… de ces autres modèles de production et distribution qui quittent la salle de cinéma.
« Ne pensez-vous pas que les cinéastes qui réussissent en Europe et vont en Amérique sont souvent avalés par la machine Hollywoodienne ? Je pense notamment au réalisateur irlandais Steve McQueen ? »
« He’s a good visuel artist » me répond-il. Il dit ensuite que Spike Lee n’avait pas fait Twelve Years A Slave (2014), personne n’avait fait un tel film sur cette partie de l’histoire américaine. « Mais il y a eu Alan Parker avec Mississipi Burning (1988) ». En effet, mais ça parlait de blancs aussi, et c’était fait par un blanc.
« What do you think about this movie ? » me demande-t-il.
« En le voyant, j’ai justement pensé que c’était le film à oscars – qu’il a d’ailleurs remporté -, oui c’est un artiste visuel, mais il me semble qu’on a repris sa force esthétique pour l’appliquer sur un film qui n’est pas le sien, loin de Shame ou d’Hunger. »
Il acquiesce : « Oh yes, i understand » et le lie à un film de sa carrière Brothers. Si Brothers est un bon film, il est fac-similé de son art. Selon lui, en Amérique, il s’agit moins de créer un être jusqu’à l’os, de s’inventer, de se réinventer, d’user son art, mais d’en faire le fac-similé.
« I don’t have seen his movie », « I think it’s his better with Hunger » lui réponds-je, « Yeah, think Hunger is his best movie », enchérit-il.
« Vous avez produit Bloody Sunday (Paul Greengrass, 2002), que pensez-vous du réalisateur (irlandais) Paul Greengrass ? »
« It’s a force movie, a great movie (…) there isn’t close-up except on Bourne (…) but with landscape (…), but, he’s a great director, isnt’ he ? »
« Complètement. »
Qu’est-ce qu’un bon film ?
« (It’s) when we believe », c’est presque lié à quelque chose de religieux. « Do you believe the movie ? » dit le cinéaste.
Jim Sheridan pense que c’est aussi lié à l’aspect limité des films, comme Hunger. S’il est bon, c’est parce-qu’il a été limité dans son processus de fabrication. Plus un film a de moyens, plus il a de chance de s’égarer, pense le réalisateur.
Comme pour J.-P. Bacri et Michel Leclerc, il a été demandé à Jim Sheridan de participer au lancement de la prochaine édition (2016).
« Fuyez Paris et allez à Arras, c’est une belle ville, les rues sont magnifiques et les gens, charmants. »*
* traduit de l’anglais au français.
C’est sur ces derniers mots que termina cette inoubliable rencontre avec un grand monsieur du cinéma, humaniste et artiste passionné ouvert vers le monde et l’humanité, empli d’humilité et de gratitude… Bref, un cinéaste à l’image de ses films dont on a plus que besoin en ce moment. Votre serviteur reviendra sur ses films prochainement, dont deux d’entre eux très vite à l’occasion de leur diffusion au Arras Film Festival.
(À droite, au-dessus, votre jeune serviteur avec un humble et grand homme : Jim Sheridan)
En cette sixième journée du Arras Film Festival, un programme intéressant : la projection du film Je suis un soldat, dont la sortie est programmée au 18 novembre 2015, et la rencontre avec deux membres importants de son équipe, le réalisateur Laurent Larivière, et l’acteur Jean-Hugues Anglade.
Je suis un soldat, c’est justement l’histoire d’un « soldat » de l’ombre, Sandrine – interprétée par Louise Bourgoin –, servant une armée mafieuse oeuvrant dans le trafic canin. Un personnage qui obéit aux ordres, sans « broncher », sans poser de questions (ou alors très rarement) et qui va être le maillon d’une chaîne déjà bien huilée.
C’est un récit social et familial : Sandrine vient de perdre son boulot, et ne trouve aucun nouvel emploi, elle retourne alors chez ses parents dans le Nord-Pas-de-Calais. Dans sa famille, elle n’est la seule à connaître des drames : sa mère est humiliée au travail, mais elle n’en dit rien ; sa sœur et son compagnon habitent chez la mère car les travaux de leur maison n’avancent pas, et l’homme ne dit pas qu’il est complètement à bout ; son oncle, Henri – interprété par Jean-Hugues Anglade –, aide toute la famille mais cache de sombres secrets.
Le film est aussi un récit du mal, du bien, et surtout de l’entre-deux : Henri sert à la fois ses propres objectifs tout veillant la famille. Il est à la fois un salaud et un homme bienveillant, un homme empli par la solitude et un chef de « groupe », un solitaire et un amant…
La musique composée par Martin Wheeler (Michael Kolhaas, 2013) n’est pas sans rappeler celle composée par Cliff Martinez pour Only God Forgives (Nicolas Winding Refn, 2013) ou encore la bande-originale d’Enemy (Denis Villeneuve, 2014) de Danny Bensi et Saunder Jurriaans. Des sons ténébreux qui cherchent à capter la noirceur des individus, leur vide, leur obscurité, et aussi leur solitude et mélancolie.
Je suis un soldat est aussi la représentation d’un monde obscur et violent rarement dépeint au cinéma ou à la télévision (on peut toutefois trouver certains reportages sur le sujet), le trafic canin, d’êtres vivants, véritable mafia franco-belge dans le film.
C’est enfin le premier long métrage de Laurent Larivière, qui avait déjà fait six courts métrages auparavant, et un film sélectionné au festival de Cannes dans la catégorie Un certain regard.
INTERVIEW – avec le réalisateur Laurent Larivière et l’acteur Jean-Hugues Anglade
Sur le rôle de Jean-Hugues Anglade
L’acteur incarne une image de patriarque charismatique plus rugueux que les personnages qu’il a précédemment incarné, est-ce un défi en terme d’incarnation ? questionne un collègue.
Quand il a lu le script, il a tout de suite vu le potentiel là, cette possibilité de faire autre chose que ce qu’il a l’habitude de faire, explique-t-il. Si dans Braquo, il incarnait un personnage plongé dans des situations de violence, il est ici bien plus dans l’incertitude, dans une autre complexité. On lui a aussi demandé de ne pas tailler sa barbe, rajoute-t-il amusé.
C’était le « potentiel (d’incarner un personnage qui ne peut) pas être forcément situé, jugé ». D’ailleurs : « mon grand rêve, jouer la chose et son contraire » explique l’acteur.
Sur l’idée d’un renouveau de l’acteur grâce à Braquo, alors qu’on l’imaginait souvent dans des rôles de rugueux, jusqu’à ce tournant
« De toute façon, forcément, soixante ans, c’est déjà un tournant » répond-il en riant. Dans son premier film avec Patrice Chéreau (L’Homme Blessé, 1983), il jouait un personnage nommé Henri, ici aussi : « on est presque à l’extrémité du parcours de l’acteur ». C’était un personnage qui lui faisait peur, car très compliqué à gérer, mais aujourd’hui, avec l’expérience qu’il a acquise, ça ne lui fait plus peur. D’ailleurs « ma silhouette incite, invite les réalisateurs à me donner des rôles très éloignés de moi » explique-t-il. « J’ai l’impression de voir un autre acteur jouer (…) c’est très très agréable. », poursuit-il.
Sur le point de départ du film
La trafic de chiens n’était pas le point de départ du film, c’était la honte sociale, notamment « qu’est-ce que ça signifie d’avoir trente ans et de sentir qu’on a rien accompli ? ». Le personnage repart alors chez elle, dans le Nord-Pas-de-Calais « très très loin de ses rêves de parisienne ».
Le film bascule de la question sociale dans le genre thriller avec cette plongée dans le milieu du trafic de chien, allégorie de la violence contemporaine. Un travail documentaire a été fait par l’équipe pour rendre crédible tout ce milieu dans le film. Ils expliquent aussi qu’ils ont découvert une réalité qu’ils ne soupçonnaient pas. Et le film travaille aussi la question : « Jusqu’où on est prêt à aller pour trouver une place dans la société ? ».
Sur la fin « positive » pour Sandrine, et « négative » pour Henri
« Va-t-il vraiment sombrer ? » répond le réalisateur, amusé. « Henri est très très malin dit-il. Il y a une forme de rédemption pour lui à la fin du film, mais qu’il marchande. C’est quelqu’un d’inconséquent, qui ne pense aux conséquences de ses actes, il est aussi très attaché à sa famille », explique Laurent Larivière.
« En voyant le film, et en écoutant notamment sa musique, je n’ai pu m’empêcher de penser aux bandes-son des films de Refn, notamment Only God Forgives, et à celles d’Enemy et Sicario de Denis Villeneuve, qui travaillent le mal latent en chacun d’entre nous, mais l’obscurité de l’espace environnant… Concernant Henri, vous avez dit qu’il était inconséquent, tout en étant très malin, et une aura ténébreuse semble se dégager de lui, prête à exploser mais se cachant le plus possible… Pourriez-vous nous en dire plus ? »
Les personnages ne sont pas tout blancs ni tout noirs, me répond-il. Il s’agissait de donner des éléments très contradictoires et contrastés. Le réalisateur est persuadé qu’Henri aime profondément sa famille, tout en étant cruel dans un même temps. Tous les personnages du film ont une complexité, poursuit-il.
La composition de Martin Wheeler est proche du sang. C’est une musique qui vient de l’intérieur des personnages. Pour ce faire, le compositeur a utilisé une clarinette basse avec laquelle il a joué des gammes aiguës pour créer ces sons étranges.
Quelle version le réalisateur a tourné ?
Le film a connu plusieurs versions de scénarios. Ils ont tourné la cinquième ou sixième version.
Sur la scène du bar où Sandrine se retrouve complètement seule, et où un vide se crée
C’était un moyen cinématographique de dire l’extrême solitude du personnage. Et ces idées de mise en scène étaient déjà pensées à l’écriture.
Sur l’usage de la chanson de Johnny Hallyday Quand revient la nuit avec ces fameuses paroles : « Je suis un soldat »… Ne serait-ce pas trop didactique ?
« Non, je peux vous dire que cette chanson est située très exactement au milieu du film, répond Laurent Larivière au collègue. Il s’agit d’une chanson fédératrice pour la famille, et en même temps, tous sont extrêmement seuls, ils ne disent pas leurs humiliations et leurs violences subies. »
https://www.youtube.com/watch?v=RsSFQ8kogwI
Ci-dessus, la chanson « Quand revient la nuit » de Johnny Hallyday
Sur le prénom « Henri »
Ce n’est pas un hommage rendu au personnage incarné par Jean-Hugues Anglade dans le film de Chéreau, c’est un hasard qui a touché le réalisateur, qui aime d’ailleurs le cinéma de Patrice Chéreau.
Le personnage a souvent les yeux baissés, remarque une collègue de la Voix du Nord, est-ce difficile de regarder les autres acteurs ?
Ça fait partie des questions que les acteurs se posent. Un regard baissé en dit plus qu’une phrase dite. Un regard baissé en dit plus qu’un regard direct.
Lors de la scène de repas entre Henri et Sandrine, le premier dit « C’est bien que tu sois là, j’aime pas être seul » tout en mangeant et baissant les yeux, rappelle le réalisateur. C’est une vraie forme de pudeur, et en même temps, Sandrine ne comprend pas où il veut en venir.
« Comme (dans) un gâteau, il faut garder la petite pellicule de chantilly qu’on appelle ambiguïté » dit l’acteur.
Sur un éventuel projet de tournage d’un nouveau Adamsberg (commissaire créé par Fred Vargas enquêtant sur des meurtres, que votre serviteur conseille vivement de découvrir, autant les romans que les films) à Arras ? « On trouve évoqué Robespierre dans un des romans, natif d’Arras, alors peut-on imaginer un tournage ici ? » remarque la collègue de la Voix du Nord.
Il s’agit d’une petite collection de films, dirigés par Josée Dayan, qui s’est arrêté avec ce qui semble être la volonté de l’auteur, Fred Vargas, d’arrêter de vendre ses droits, explique Jean-Hugues Anglade, qui a interprété Adamsberg à la télévision à quatre reprises.
Aussi à « un moment donné, il faut que la porte s’ouvre et me laisse sortir. C’est très bien pour moi que Braquo se termine » déclare-t-il. « Je serais très content de revenir à un cinéma de long métrage et d’auteur, de grande qualité ».
Ce fut sur ces mots que termina la rencontre avec le très agréable Laurent Larivière et le très gentil, modeste, et génial acteur, Jean-Hugues Anglade. On se dit à demain, pour l’importante rencontre avec Jim Sheridan.
Voilà une image du film de Rolf de Heer qui justifie les éloges dithyrambiques à son égard : une étrange Pietà composée de Bubby (Nicholas Hope), un enfant enfermé dans un corps d’adulte qui tient dans ses bras Rachael (Rachael Huddy), une femme amoureuse enfermée dans un corps tourmenté, empêché… une image forte, violente même, dans ce qu’elle suscite comme émotions.
Synopsis: Séquestré depuis sa naissance par sa mère, Bubby ignore tout du monde extérieur qu’il croit empoisonné. L’arrivée de son père, dont il était tenu éloigné, va bouleverser sa vie. Le jour de ses 35 ans, Bubby va enfin sortir. Il découvre un monde à la fois étrange, terrible et merveilleux où il y a des gens, de la pizza, de la musique et des arbres…
Pietà
20 ans après sa sortie en France et suite à la présence du cinéaste Rolf de Heer au festival Lumières de Lyon au mois d’Octobre dernier, Bad Boy Bubby ressort dans les salles françaises pour le plus grand bonheur des cinéphiles qui aiment les chemins de traverse, les expériences insolites, les œuvres déjantées et les films cultes.
Le cinéaste australien (36 œuvres à son compteur) est connu pour ne jamais refaire la même chose, et sa filmographie est protéiforme ; par exemple, son dernier opus en date, Charlie’s Ccountry, ne peut pas être plus éloigné de Bad Boy Bubby, son quatrième film qu’il a mis 10 ans à tourner. Tandis qu’au travers de Charlie (David Gulpilil), un aborigène las de se battre contre un système auquel il ne veut pas se plier et parti se réfugier dans le bush de ses origines, Charlie’s Country fait la part belle à la nature dans un rythme lent et presque lancinant, Bad Boy Bubby évoque davantage des paysages sombres ou lugubres, post-industriels dans une ambiance généralement frénétique. Et c’est véritablement un film expérimental que le cinéaste a voulu livrer au spectateur, avec un travail considérable sur le son et la lumière.
Victime d’une mère, puis plus tard d’un père éminemment abusifs, Bubby est un homme de 35 ans qui ne connaît rien de la vie en dehors des 4 murs sans fenêtre du taudis dans lequel sa mère Florence le tient emprisonné. Tel l’Enfant sauvage de François Truffaut, il vit souvent au ras du sol avec les rats et cafards qui écument leur logement. Assez suffocant, le début du film ne laisse aucun répit au spectateur qui, en faisant face à tout ce que Bubby subit (et la palette est large !), se trouve rapidement acquis à sa cause. Supervisé par le directeur de la photographie Ian Jones, 31 de ses collègues chefs opérateurs vont se succéder pour mettre en lumière les différentes scènes du film, et dans ces premières séquences, les ambiances se suivent et se ressemblent pour dessiner un univers très glauque à l’image des horreurs qui se succèdent à l’écran. Et pourtant, à aucun moment on n’approche du voyeurisme, car le cinéaste montre infiniment de respect pour son personnage. Bubby nous émeut déjà, avec son franc sourire qui quitte rarement son visage. Même si elle est assez éprouvante, la description de cette famille extrêmement dysfonctionnelle est réalisée sans pathos par Rolf de Heer, qui opte pour un regard quasi-documentaire.
Lorsqu’enfin le protagoniste sort de ce cloaque, le cinéaste donne le ton, car c’est sur une nuit noire que Bubby débouche, signe de la noirceur, de la laideur ou de la complexité de la vie du dehors qu’il ne va cesser de rencontrer au long de son voyage immobile dans cette ville d’Adélaïde. Des rencontres, il va en faire, de l’accorte soldate de l’armée du salut à la gironde infirmière d’un centre de polyhandicapés, du groupe de rockers qui profite de lui autant qu’il profite du groupe, au scientifique athée (« an inferior being, maybe » dit-il, en parlant de Dieu), des gamins violents avec un chaton (une des raisons qui limitent l’audience du film dans des pays comme les USA), et des féministes violents avec lui-même, sans parler du traumatisme de « la Bête » rencontrée en prison ; des multiples polyhandicapés qui sont comme lui dans la souffrance, tous se montrent à lui avec la violence du monde moderne, et pourtant tous, couche par couche, le refaçonnent pour qu’il devienne enfin l’homme qui n’a pas pu surgir de l’enfant qu’il est resté…
Il est intéressant de voir combien le cinéaste réussit à appliquer à cet homme adulte l’apprentissage enfantin qui consiste à répéter inlassablement ce qui est dit et fait par les autres autour de lui, sans rien comprendre de ce que cela signifie, créant ainsi les quiproquos et les situations «comiques» du film. L’acteur Nicholas Hope, sorti de l’anonymat par ce très grand rôle, a bénéficié d’un tournage chronologique qui lui a permis de reproduire à la perfection les expressions entendues dans les séquences précédentes ; c’est ce genre d’astuce et tellement d’autres idées qui confèrent à Bad Boy Bubby son rang de film culte. Ainsi, le splendide travelling arrière lors du fameux discours antireligieux du scientifique (une belle métaphore de l’infiniment petit –les atomes- vers l’infiniment grand), le premier aperçu par Bubby des lumières de la ville sur fond de chants «célestes», ou encore cet extraordinaire plan de coucher de soleil après un double meurtre qu’on ose rapprocher d’une image fordienne. Soulignons enfin la place primordiale de la musique dans le film, puisque beaucoup des déplacements de Bubby dans la ville sont précédés de la découverte par lui de chants, de morceaux d’orgue, de violon ou de cornemuse, ou encore de rock and roll dans un ensemble très cohérent.
Bad Boy Bubby est à la fois une satire féroce et un conte poétique, avec donc cette fameuse Pietà où Bubby concentre toute l’humanité : la compassion, l’amour, la tristesse mais la joie aussi, des sentiments qui, petit à petit, lui rendent une consistance d’être humain à l’égal des autres, en même temps qu’un but dans une vie initialement vouée à n’être que végétative.
Une très belle expérience de cinéma, pour un public averti, dont il faut profiter de la ressortie française sur grand écran pour l’apprécier pleinement dans sa version restaurée.
Bad Boy Bubby – Bande annonce
Bad Boy Bubby – Fiche technique
Titre original : Bad Boy Bubby Date de sortie : 11 Novembre 2015 (Reprise) Réalisateur : Rolf de Heer Nationalité : Australie, Italie Genre : Comédie, Drame Année : 1993 Durée : 114 min. Scénario : Rolf de Heer Interprétation : Nicholas Hope (Bubby), Claire Benito (Mam, la mère), Ralph Cotterill (Pop, le père), Natalie Carr (La soldate Armée du salut), Carmel Johnson (Angel), Norman Kaye (Le scientifique), Racahel Huddy (Rachael)… Musique : Graham Tardif Photographie : Ian Jones (Et 31 autres…) Montage : Suresh Ayyar Producteurs : Rolf de Heer, Hijiri Taguchi Maisons de production : Bubby, Fandango Distribution (France) : Nour films (pour la reprise) Récompenses : Grand prix du Jury : Rolf de Heer – Mostra de Venise 1993,
Meilleur acteur : Nicholas Hope, Meilleur réalisateur : Rolf de Heer, Meilleur scénario : Rolf de Heer, Meilleur montage : Suresh Ayyar – Australian Film Institute 1994
Meilleur réalisateur : Rolf de Heer : festivals de Venise, Valenciennes et Seattle. Budget : 700 000 AUD
Tirée du roman éponyme de Diana Gabaldon, la série Outlander est un excellent compromis entre le conte fantastique et la romance historique. Grâce au créateur de Battelstar Galactica et scénariste de Star Trek Generations, nous suivons Claire Randall (Caitriona Balfe), une infirmière de guerre, dans son voyage temporel au cœur l’Écosse du 18ème siècle. Cette série est certes une épopée imaginaire et un brin féministe mais c’est surtout une approche historique et réaliste de la période qui précéda la rébellion Jacobite en Écosse, ce qui la rend doublement intéressante.
Synopsis : 1945. Claire Randall, infirmière de guerre et herboriste à ses heures, s’offre une seconde lune de miel avec son époux. À Inverness, patrie des ancêtres de Mr Randall, ils découvrent d’étranges sites de culte et de sorcellerie. Revenue seule sur les lieux, Claire perd connaissance et se réveille à une toute autre époque…
Un peu d’Histoire…
Outlander est issue du roman de Le Chardon et le Tartan (titre original : Outlander) de Diana Gabaldon qui s’inspire d’une période clef dans l’histoire de l’Écosse et de l’Angleterre : la révolte Jacobite de 1745. Après l’avènement de l’église épiscopalienne, les descendants de la Dynastie des Stuart, catholiques et surtout d’origine écossaise, sont en exil en France. George II règne sur le trône d’Angleterre mais nombre d’écossais sont fidèles aux Stuart et conspirent pour le retour du roi Charles Edouard.
Parmi ces rebelles, on retrouve de célèbres clans des Highlands – porteurs de kilt mais redoutables guerriers – auxquels appartiennent les Clans Fraser et McKenzie de la série. Lors de la révolte Jacobite de 1745, le clan Fraser aura d’ailleurs un rôle prépondérant et notamment à Inverness. Ces événements mêlés à la fiction du roman suscitent l’intérêt de Ronald D. Moore pour les highlanders et la nécessité d’être au plus près de l’Histoire de l’Écosse. À ce sujet, le showrunner explique qu’il a mis tout en œuvre pour rendre le contexte authentique et crédible :
« Nous avons un historien qui lit tous les scripts et travaille avec les écrivains, il y a un herboriste, il y a un gaélique qui enseigne au casting à parler gaélique. (…) Notre mandat, mon mandat, était que je ne veux pas réinventer le 18ème siècle. Ce n’est pas une version cool, nouvelle ou branchée…elle doit juste être jouée pour ce qu’elle était. »
Beaucoup de romance et de Fantasy !
Dans Outlander, l’Histoire rencontre très vite l’imaginaire mais de façon sous-entendue et délicatement ambiguë au départ : la gouvernante du révérend lit l’avenir de Claire dans les lignes de sa main, elle participe à des rites étranges et paranormaux, une silhouette mystérieuse disparaît comme par magie sous les yeux de Mr Randal… Le premier épisode pose ainsi les bases du récit mais sème le doute aussi. Où se termine l’Histoire et où commence la fiction ? Tout est joliment métaphorisé et, lorsque Claire traverse cette porte du temps, il nous faut quelques instants afin de comprendre qu’il s’agit là d’un « voyage temporel ». D’ailleurs, Claire n’y croit pas non plus. Héroïne de la série et narratrice de l’aventure, elle nous accompagne et nous rassure par cette voix-off suave – mais jamais soporifique – qui est la sienne.
Surpris, curieux et surtout étrangers, nous le sommes finalement tout comme elle dans ce monde inconnu et hostile. Aussi, lorsqu’elle rencontre les premiers highlanders, Claire ne sait pas encore ce qui l’attend et ne comprend pas leur dialecte. Un dialecte en gaélique que Moore n’a volontairement pas sous-titré afin de nous laisser dans la même ignorance. Avec l’arrivée des guerriers du Clan Fraser commence alors un récit d’aventures fantastiques et charnelles aux allures de Game Of Thrones.
Dans un cadre sauvage, les clans des Highlands sévissent et parmi eux une multitude de personnages, seigneurs et barbares, aux instincts primaires. Mais aussi barbares soient-ils, ces personnages sont soignés et charismatiques. Beaucoup d’actions rythment cette série aux accents épiques de fantasy médiévale et les scènes de combats sont aussi violentes que les scènes d’amour sont osées. Pas un moment, dans Outlander, on ne s’ennuie. D’autant que l’on retrouve certains visages d’épopées fantastiques tels que Tobias Menzie alias Edmure Tully dans Game of Thrones ou Graham McTavish aka Dwalin de la saga Le Hobbit! On y croisera aussi des habitués de séries historiques comme The Borgias.
La beauté des décors et des costumes ainsi que la qualité de la mise en scène et la richesse des personnages font de Outlanderun spectacle visuel qui mérite largement d’être vu. Les fans attendent d’ailleurs avec impatience la saison 2 qui sera diffusée courant 2016 sur la chaîne américaine Starz.
Outlander, la bande-annonce de la saison 1
https://www.youtube.com/watch?v=NIBSn_M75OI
Fiche technique : Outlander
Création : Ronald D. Moore
Réalisation : John Dahl, Brian Kelly, Anna Foerster, Mike Barker, Richard Clark et Metin Hüseyin
Scénario : Ronald D. Moore, Matthew B. Roberts, Ira Steven Behr, Toni Graphia, Anne Kenney et Diana Gabaldon d’après sa série de romans Le Chardon et le Tartan (1991-)
Musique : Bear McCreary
Production : Matthew B. Roberts et David Brown
Producteurs exécutif : Ronald D. Moore, Jim Kohlberg et Andy Harries
Sociétés de production : Tall Ship Productions, Story Mining and Supply Company, Left Bank Pictures et Sony Pictures Television
Sociétés de distribution : Starz
Pays d’origine : États-Unis, Royaume-Uni
Lieu de tournage : Écosse
Langue originale : anglais, gaélique écossais
Genre : drame, fantasy, historique, romance, aventures
Durée : 60 minutes
Dates de diffusion :
États-Unis : 9 août 2014 sur Starz
Royaume-Uni : 26 mars 2015 sur Amazon Instant Video (internet)
Distribution : Caitriona Balfe : Claire Randall (née Beauchamp) / Fraser, Sam Heughan : James « Jamie » Fraser, Tobias Menzies : Frank / Jonathan « Jack » Randall, Graham McTavish : Dougal MacKenzie, Gary Lewis : Colum MacKenzie, Lotte Verbeek : Geillis Duncan, Bill Paterson : Ned Gowan, Laura Donnelly : Janet « Jenny » Fraser, Steven Cree : Ian Murray, Duncan Lacroix : Murtagh Fraser, Grant O’Rourke : Rupert MacKenzie, Stephen Martin Walters (en) : Angus Mhor
Après avoir vu La vie très secrète de Monsieur Sim et avant la rencontre avec l’équipe du film, l’acteur Jean-Pierre Bacri et le réalisateur Michel Leclerc, se tient une autre rencontre très importante pour moi, à 13h40, avec Éric Miot, délégué général du Arras Film Festival.
Co-créateur du Arras Film Festival avec Nadia Paschetto, Eric Miot a eu un parcours atypique. Il a notamment travaillé pour le service culturel de l’université d’Artois tout en travaillant dans le domaine du cinéma.
« Comment vient l’idée d’une rétrospective et pas d’une autre ? »
Tous les ans a lieu une sélection de films de genre. L’idée est d’associer des « films classiques et fun ». L’année dernière, il s’agissait de travailler l’Espion dans les années 60, rappelle-t-il.
C’est un vrai plaisir de voir un film de genre, c’est important même. Le film de genre est rarement mis en avant par les festivals, du moins pas assez, explique-t-il.
Le choix de Michèle Mercier n’est pas anecdotique, car elle a joué dans des films d’auteurs et dans des films de genre.
« Pourquoi ne trouve-t-on pas Heat, ou Ocean’s Eleven, films de braquage importants et plus récents, dans votre programmation ? »
Il s’agissait de plus se consacrer aux années 60 et 70. Aussi les gens connaissent plus ces films, dit-il. Ils auraient pu faire une programmation de films de braquage rien qu’avec les années 90, tant il y en a, ou démarrer à partir de cette décennie pour revenir sur la nouvelle vague de films de braquage. L’idée était aussi de s’amuser en revoyant ces premiers grands films du genre.
« Et concernant le choix de Jim Sheridan en tant qu’invité d’honneur du festival ? Et de son choix pour une rétrospective d’auteur ? »
L’idée est partie de la rétrospective sur l’Irlande, explique-t-il. Pourquoi ne pas prendre un réalisateur en rapport avec ce pays. Ils ont eu trois choix : Jim Sheridan, Paul Greengrass et Neil Jordan. Et le choix du réalisateur s’est présenté très rapidement. La facilité d’accès au réalisateur ou encore ses possibilités ou non de venir participent au choix.
« Est-ce que louer des film pour ce festival est compliqué ? Et les prix sont-ils élevés ? »
Pour les films classiques, en rétrospective, c’est relativement simple de les obtenir. Puis c’est un jeu d’enquête policière, on cherche le support physique, et puis on a affaire aux ayants droit.
« Ils posent souvent problème ? »
Ça dépend. L’année dernière, Stephen Frears a lui-même contacté la cinémathèque française pour leur demander le prêt de ses films alors libres de droit. Pour Jim Sheridan, il a fallu contacter la cinémathèque royale de Belgique, mais attention, il y a forcément des ayants droit.
« Vous connaissez beaucoup d’annulation chaque année ? »
Pas souvent, répond-il. Et puis, quand ils voient les efforts à fournir ou encore le prix à mettre pour pouvoir projeter un film, ils se demandent : « Est-ce que ça en vaut la peine ? ».
« Concernant Casanova ’70, vous l’avez projeté en dvd pour sa première diffusion… »
Oui, en effet, répond-il. La copie en 35 mm était bloquée en Ukraine à la frontière à cause des droits de douane. Et plutôt que de ne rien montrer, ils ont projeté le film en support dvd. « Chaque film peut avoir son aventure » dit-il, amusé.
« Êtes-vous satisfait des invités ? »
Oui, très satisfait des premiers invités, il a très rarement été déçu, dit-il.
« Et concernant ce rendez-vous de plus en plus important qu’est le Arras Film Festival, vous devez être content ? »
En effet, le rendez-vous du festival s’améliore, avec une marge de progression de dix pour cent chaque année, explique-t-il. Il s’agit donc de grandir tout en faisant attention à ce que la croissance ne les surpasse pas, et ne fasse pas perdre au festival son âme, son esprit. Il faut qu’il « reste un festival de proximité », et protéger les talents et les moments d’échanges.
L’Arras Film Festival compte trente à quarante mille spectateurs. Et de plus en plus de spectateurs viennent de l’extérieur. Mais il a fallu et faut d’abord préparer les spectateurs locaux.
« Une dernière question plus personnelle, un fantasme de cinéphile, est-ce que vous ferez un jour une rétrospective Sam Peckinpah ? »
Alors il s’agit plus de travailler sur un cinéaste vivant, car c’est l’idée d’une transmission de savoir. Et il faut respecter des quotas européens. Mais, personnellement explique-t-il, « c’est un très grand réalisateur » continue-t-il amusé.
« Oui, il y a eu une rétrospective Peckinpah à la cinémathèque française, mais l’exposition était consacrée à Scorsese… »
« Oui puis c’est beaucoup plus étalé » répond-il.
« Complètement. C’est vraiment dommage.
Merci beaucoup Eric Miot ! »
« Merci à vous. » répond-il souriant.
Ce fut alors la fin de cette intéressante interview avec Éric Miot, un homme passionné, intelligent, accessible et gentil.
Rencontres avec Jean-Pierre Bacri et Michel Leclerc pour le film La vie très privée de Monsieur Sim
Pour cette cinquième journée du festival, un programme à nouveau intéressant et riche : un film La Vie très privée de Monsieur Sim, la rencontre avec son équipe : l’acteur Jean-Pierre Bacri et le réalisateur Michel Leclerc (respectivement à gauche et à droite sur la photographie de couverture), et l’interview d’Éric Miot, délégué général du Arras Film Festival.
11h15 – Entre histoire et Histoire :
La vie très privée de Monsieur Sim, de Michel Leclerc, avec Jean-Pierre Bacri, Mathieu Amalric, Valeria Golino, Isabelle Gélinas, Félix Moati & Vincent Lacoste, sortie le 16 Décembre 2015.
5/5
Synopsis : Monsieur Sim n’a aucun intérêt. C’est du moins ce qu’il pense de lui-même. Sa femme l’a quitté, son boulot l’a quitté et lorsqu’il part voir son père au fin fond de l’Italie, celui-ci ne prend même pas le temps de déjeuner avec lui. C’est alors qu’il reçoit une proposition inattendue : traverser la France pour vendre des brosses à dents qui vont « révolutionner l’hygiène bucco-dentaire ». Il en profite pour revoir les visages de son enfance, son premier amour, ainsi que sa fille et faire d’étonnantes découvertes qui vont le révéler à lui-même.
On peut voir le film comme un Road Movie. En effet, le personnage, de par son travail, voyage. Un road trip géographique accompagné d’un voyage spirituel et historique. Car il s’agit pour Monsieur Sim de se retrouver, de se « révéler à lui-même » comme le dit très bien le synopsis. Michel Leclerc, à travers ces trois « voyages, reconstruit devant nos yeux ébahis par la beauté des images, ou encore par la prestation de Jean-Pierre Bacri, l’identité de Monsieur Sim, homme décomposé.
Cette reconstruction se fait notamment par la mise en place d’histoires personnelles, familiales, et d’autres collectives, qui vont être liées par le réalisateur. D’un côté, Sim réveille des souvenirs personnels, liés à l’histoire de son père qu’il découvre véritablement à plus de cinquante ans. À ces histoires est rapprochée l’Histoire, c’est-à-dire la « grande histoire », collective, celle du marin solitaire Donald Crowhurst. Ce dernier, marin du dimanche, s’est engagé dans une course perdue d’avance. Vendu par son agent de communication comme futur gagnant et l’un des meilleurs navigateurs au monde, Crowhurst perdra la tête et se jettera en mer. Son navire sera retrouvé, son corps, jamais. Il aura tenu un journal vidéo et écrit, que Michel Leclerc a repris dans son film. Ainsi les images d’archive côtoient celles du Sim. L’histoire collective permet à Sim de comprendre la sienne.
Et justement, à l’inverse de Crowhurst, Sim n’abandonne pas; après avoir accepté toutes ces vérités, avoir accepté la réalité, il est plus fort que jamais, et est prêt à vivre véritablement le reste de sa vie. Cette construction est double, en effet : Michel Leclerc construit une histoire universelle dans laquelle tous peuvent se retrouver de part et d’autre, de la solitude extrême dans une société hyper-connectée, de la famille décomposée à celle rongée par les secrets, de l’emprisonnement de l’individu dans son travail à sa libération d’autres cadres.
L’originalité de ce road-movie tient de la réussite de ces entrecroisement d’histoires et d’Histoire, permise grâce à la réalisation de Michel Leclerc, à Jean-Pierre Bacri – brillant dans son personnage triste, absurde, parfois drôle, perdu, un peu fou, essayant de se raccrocher à n’importe quoi –, et au reste du casting extrêmement bien conçu : on reconnaît directement les personnages à n’importe lequel de leur âge, on a clairement l’impression de voir un acteur dans sa jeunesse et sa vieillesse. On peut penser à Valeria Golino, toujours aussi belle et douée, et l’actrice choisie pour incarner le personnage dans sa jeunesse, aux ressemblances de physique et de jeu frappantes. Autre acteur essentiel au casting et pourtant physiquement peu présent pendant le film : le génial Mathieu Amalric à la voix si passionnante et enivrante, et au personnage humain, aimant véritablement les autres, sans méchanceté, et sincère : il avouera son obsession pour Crowhurst à François Sim très vite par exemple.
La vie très privée de Monsieur Sim l’est à la fin beaucoup moins et se révèle ainsi comme une histoire universelle – adressée à tous – et collective – constituée avec d’autres et ouverte aux autres. En cela, Michel Leclerc a réalisé un vrai film de cinéma, art populaire, art du partage, art du collectif et de l’individu.
18h30 – Rencontre avec Jean-Pierre Bacri et Michel Leclerc pour La vie très privée de Monsieur Sim.
Sur le choix de cette histoire, que le réalisateur a trouvé dans le roman éponyme
« Ça fait du bien de rentrer dans une autre histoire. », explique Michel Leclerc. Le roman l’a bouleversé. Et il a essayé de faire un film qui lui ressemble tout en allant ailleurs.
Il avait aussi ces obsessions sur le paradoxe de l’existence de nombreux moyens de communications et de la grande solitude de nos vies. De plus, il s’agissait pour lui de travailler un personnage qui a une forme de dépression altruiste. Et c’est un film qui parle des secrets de famille, des névroses qui habitent une famille.
Sur l’écriture du film et le choix de Jean-Pierre Bacri
Le réalisateur explique s’être forcé à ne pas se fixer sur quelqu’un, pour avoir une rencontre avec l’acteur. Il a très vite pensé à J-P Bacri, mais n’était pas sûr que le comédien réponde positivement.
Dans le personnage, il y a une forme de candeur, d’enfance, une absence de cynisme, remarque une collègue.
Au début, il y a une comédie puis vient une certaine mélancolie
Michel Leclerc explique ça lui plaisait de faire une comédie sociale dont on n’arrive plus à cerner la suite, « on ne sait plus où on va ». Un film allant vers une dimension métaphysique.
Concernant la construction du personnage
Il ne croit pas beaucoup en ça, explique Bacri, ni sur l’idée d’avoir du mal à sortir du personnage. Il travaille, lit beaucoup, puis ajoute sa musique personnelle. Même il s’intéresse à la scène seulement trois à quatre jours avant, il n’improvise pas, l’acteur n’aime pas ça. L’idée est que lui et le réalisateur connaissent toutes les étapes. Michel Leclerc lui rappelait les points importants, l’état du personnage. Il explique aussi qu’il travaille beaucoup la continuité, la logique de la psyché du personnage.
« Je veux une cohérence d’ensemble » ajoute le réalisateur, mais dans une même scène, l’acteur peut changer d’état bien sûr.
Sur le rôle de François
Ce qui a attiré Jean-Pierre Bacri, c’est le fait que ce personnage soit changeant, ait plusieurs teintes, à l’inverse des rôles qu’il a interprété, où il n’avait que deux ou trois teintes.
Sur notre société hyper-technologique
L’acteur explique ne pas avoir « le syndrome Finkielkraut », c’était mieux avant », non : «c’est toujours mieux aujourd’hui ». « Par contre, aujourd’hui, on est suivi (…) il n’y a quasiment plus d’endroits où on n’est pas suivi à la trace » poursuit le réalisateur.
Sur l’écriture du scénario avec sa femme, Baya Kasmi.
Le réalisateur a d’abord fait seul un débroussaillage du roman, pour voir ce qui l’intéressait notamment. Puis il s’est mis au travail avec sa femme.
Sur la rencontre avec Jonathan Coe, comment il l’a convaincu de le laisser adapter son roman, et sur la fin très différente
Michel Leclerc n’a pas gardé la fin du roman qui est une mise en abîme de l’écrivain qui aurait tout imaginé. Il ne comprenait pas cette fin. Puis le réalisateur a eu la chance de rencontrer l’auteur, avec qui il a « bu des coups », et montré ses films. Alors l’auteur lui a accordé le droit d’adapter son roman. De plus, il était présent aux étapes du film, au tournage, au montage. La relation a été très facile.
A l’inverse du roman qui fait déplacer le personnage en Angleterre, Michel Leclerc le fait notamment voyager en Auvergne, à cause du côté angoissant du lieu, de la solitude qu’il inspire. « C’est très français » a dit l’auteur après avoir vu le film. Un commentaire qui a plus au réalisateur mais il ne savait pas si c’était un compliment, explique-t-il, amusé.
Jean-Pierre Bacri n’a pas lu le roman, étant scénariste, il n’aurait pu éviter de comparer le film au livre.
Sur la difficulté de porter un film
L’acteur est en effet sur quasiment tous les plans. Est-ce difficile à porter ? Non répond celui-ci, il ne se regarde pas, car il se trouve mauvais; quand les gens disent qu’il est bon, il les « croit sur parole ».
Sur le fait de travailler avec un seul acteur, et pas un groupe
Cela dépend de la relation entretenue avec l’acteur, explique Michel Leclerc. Bacri continue en expliquant qu’on quitte les acteurs trop tôt, en effet ces derniers finissaient leur travail rapidement et partaient, alors qu’il aime tourner avec d’autres personnes.
Sur le choix du casting, notamment vocal
Les voix doivent marquer, explique Michel Leclerc : le personnage de Samuel, porté Mathieu Amalric a touché l’importance de la scène rien qu’avec sa voix.
Éviter les clichés, comment fait-on ?
Le « scénario contourne des scènes qu’on a beaucoup vues dans beaucoup de films » accorde Bacri. Michel Leclerc, amusé, enchérit en expliquant qu’on lui avait dit : « il vaut mieux partir d’un cliché que d’y revenir ».
« Michel Leclerc, votre film est un road movie, et comme dans ce genre de films, le personnage fait un parcours multiple, un voyage physique, historique et spirituel… Plus il avance, plus il se trouve, plus il reconstruit l’identité, car c’est aussi de ça qu’il s’agit dans le film, de la reconstruction d’une identité… Pourriez-vous nous en dire plus ? »
En effet, il s’agit d’un voyage en trois dimensions : spatial (d’ailleurs il parcourt peu de road au final, il tourne beaucoup sur lui-même), dans sa propre vie (via son histoire, ses récits), et aux confins de sa propre raison. En se perdant géographiquement, le personnage va se retrouver. A la fin du film, il est au soleil, il prend le bras de son père, et il est prêt à affronter la suite de sa vie, me répond-il.
« Vous avez utilisé la voix extraordinaire de Mathieu Amalric qu’on entend en off lorsque Jean-Pierre Bacri lit, il me semble qu’il y a quelque chose d’ambigu derrière, qui annonce la fin. »
Il faut rappeler que c’est le personnage de Mathieu Amalric qui lui a donné le livre, me répond-il, mais en effet, en lisant, le personnage de Bacri doit penser inconsciemment au personnage de Samuel qui l’a « initié » plus que François ne le croit.
Sur la rencontre des spectateurs à Arras
C’est un vrai plaisir, c’est super, « la rencontre avec les gens qui voient le film est essentielle (…) quel que soit leur avis, leur pensée. ».
« Quand on voit tous ces allers-retours entre présent et passé(s), on ne peut qu’être étonné du travail de continuité que vous assurez entre les acteurs, leur physique, leur jeu… Jean-Pierre Bacri, avez-vous échangé avec les versions plus jeunes de vos personnages ? »
« Non on ne s’est pas rencontré pour travailler, mais on s’est vu oui. » me dit l’acteur. Le jeune acteur qui l’incarne adolescent, Daniel Di Grazia, a travaillé pour tenter de jouer comme l’aurait fait Bacri à son âge. « Il a potassé son Bacri » continue le réalisateur, rieur.
Pour la continuité, c’est très effrayant explique-t-il, car il faut réussir à tout mettre en place afin que le spectateur arrive à reconnaître tel personnage jeune ou plus âgé, à reconnaître l’acteur aux différents âges de sa vie.
Cependant, il y a eu un très bon casting ici, poursuit Jean-Pierre Bacri. La fille qui incarne le personnage de Valeria Golino jeune, Lucile Krier, est très forte, dans ses gestes, ou encore avec sa ressemblance physique, la continuité est très forte, expliquent l’acteur et le réalisateur.
Puis il s’agit aussi de quelques phrases, d’attitudes de personnages qu’on retrouve aux différents âges de leur vie.
Enfin, quelques mots face caméra pour inviter le public à se rendre au Arras Film Festival de l’année 2016
Après quelques hésitations humoristiques, des questions telles que : « À la caméra ? Pour 2016 ? Les spectateurs de 2015 ? », sortirent les deux grandes dernières répliques de cette fin de journée :
Michel Leclerc – « Les films de 2016 seront meilleurs que de ceux de 2015. »
Musique du film Black, le West Side Story bruxellois
Ce mercredi 11 Novembre, sort sur les écrans Belge, le film Blackd’Adil El Arbi et Bilall Fallah, adapté des romans Black et Back de Dirk Bracke, ce second long-métrage après «Image» montre la réalité multiculturelle d’une ville rarement exposée sous cet angle. Une peinture de la capitale de l’Europe propulsant au cœur des bandes urbaines, mettant en scène des acteurs noirs ou maghrébins, un cinéma inhabituel dans ce pays, ancré encore dans une certaine tradition cinématographique plutôt bourgeoise.
Une virée dans les ghettos hallucinante explosant les clichés en les caricaturant
Un film politiquement incorrect contant à travers une Love Story moderne, les rapports ultra violents entre bandes ethniques, leurs codes, leurs batailles pour le moindre pavé, bout de trottoir….Black est un film teinté d’influences américaines, il rapproche les deux réalisateurs de cinéastes comme Martin Scorsese (Mean Streets), Spike Lee (Do the Right Thing), Mathieu Kassovitz (La Haine) avec des scènes trash comme dans Irreversible de Gaspar Noé. Cette manière de filmer explicitement la violence sans aucun complexe avec ses gros plans sur des blessures par balle, scène de viol dans une église désaffectée peut choquer des cinéphiles en raison de son hyper action esthétisée. Un film polémique raciste pour certaines associations, un film coup de poing intelligent pour d’autres, éclatant par l’extrême caricature cette image de voyous, de gangs urbains associée aux citoyens de ses quartiers.
Black: La B.O./Trame sonore/Soundtrack
Générique Divin et musique hip-hop
Le générique du film Black est une reprise du tube de la chanteuse d’Amy Winehouse Back To Black, divinement interprété par l’artiste belge Oscar & The Wolf et la chanteuse Tsar B.
On retrouve dans cette BO orchestrée par Hannes De Maeyer des artistes belges comme le groupe Soul’Art groupe dont fait partie l’actrice Martha Ganga Antonio, le rappeur Romano Daking…
Playlist du film Black
1. Chronology (feat. Nixon) – Bringhim
2. Black – Damso
3. Boma Ye -Negatif Clan
4. Crack and Weed – Jones Cruipy
5. Gros Son – Romano Daking
6. Pocahontas – Bringhim
7. Dans un Bar à 5 – La Smala
8. Can’t Lose – Gangthelabel
9. Problèmes – Romano Daking
10. Can You Hear Me – Aboubakr & Martha
11. Back to Black (Film Black Version) [feat. Tsar B] – Oscar and the Wolf
Synopsis: Dans les rues de Bruxelles, la guerre des gangs fait rage entre les Black Bronx, et leurs rivaux, les 1080. Mavela, 15 ans, fait partie de la première bande quand elle rencontre Marwan, un adolescent dévoué à la seconde. Entre eux, c’est le coup de foudre. Mais ils vont vite être tiraillés entre les frissons du premier amour et la loyauté au groupe…
Black: Fiche Technique
Réalisateurs: Adil El Arbi, Bilall Fallah
Scénario: Nele Meirhaeghe, Adil El Arbi et Bilall Fallah
Casting: Martha Ganga Antonio: Mavela, Aboubakr Bensaih: Marwan, Emmanuel Tahon, Sanaa Alaoui, Claude Musungayi, Bwanga Pilipili, Issaka Sawadogo…
Genre: Drame, ACtion, Thriller
Durée: 95 min
Date de sortie (en Belgique): le 11 novembre
Durée: 1h 35m
Bande originale: Hannes De Maeyer
Photographie: Robrecht Heyvaert
Décors: Stijn Verhoeven
Costumes: Nina Caspari
Maquillage: Dorien Biesmans
Montage: Adil El Arbi, Bilall Fallah
Son: Joeri Verspecht
Production: Caviar
Producteurs: Frank Van Passel, Bert Hamelinck, Ivy Vanhaecke
Productrice Associée: Charlotte Van Hassel
Coproduction: a team productions, Climax Films, RTBF
Coproducteurs: Olivier Rausin, Arlette Zylberberg
Producteurs Exécutifs: Hendrik Verthé, Kobe Van Steenberghe
Cinématographie: Robrecht Heyvaert
Les deux réalisateurs ont été récompensé par le Prix Dropbox Discovery lors du 40ème Festival International du Film de Toronto et intégrer l’agence Creative Artists Agency (CAA) et Management 360.
Un film qui pour le moment n’a pas de date de sortie dans les salles obscures en France.
Marthe Villalonga est une actrice de second rôle à la carrière impressionnante. Longtemps relayée au personnage de la mère juive depuis Un éléphant, ça trompe énormément d’Yves Robert sorti en 1976, alors qu’elle est pied-noir (rôle qu’elle endosse dans Le Coup de sirocco d’Alexandre Arcady en 1979), l’actrice octogénaire habituée à la comédie* renoue avec le drame dans La Dernière leçon de Pascale Pouzadoux, qui elle-aussi, effectue un virage dans un nouveau registre.
Synopsis : Madeleine, 92 ans, décide de fixer la date et les conditions de son décès. En l’annonçant à ses enfants et petits-enfants, elle veut doucement les préparer à sa future absence. Mais pour sa famille, c’est le choc. Tous ont du mal à accepter ce choix sauf Diane, sa fille, qui partagera avec humour et complicité ces derniers moments.
« Les morts ne sont vraiment morts que lorsque les vivants les ont oubliés. » – proverbe malgache
Avec 3 comédies très inégales, on ne peut pas affirmer que la réalisatrice, qui s’était fait remarquer au festival d’Alpe d’Huez en 2003 avec son premier long-métrage Toutes les filles sont folles (mention spéciale du Jury), possède une réelle patte singulière. Le problème se généralise avec l’émergence d’une multitude de films oubliables dont on ne mémorisera probablement jamais le nom de ses réalisateurs/trices. De nouveau, la déception devient pain commun.
Si l’on peut saluer la performance de Sandrine Bonnaire, dont le talent n’est plus à contester, le reste de la distribution, des choix de mise en scène et presque des intentions est cependant à remettre sérieusement en question. Comment se fait-il que Marthe Villalonga puisse autant réciter son texte sans la moindre émotion? Son personnage de grand-mère qui décide d’en finir avec la vie devient quasi-antipathique, alors qu’il est censé attirer sympathie et compassion tant le caractère est linéaire et le jeu monotone. Il en va de même d’Antoine Duléry (époux de la réalisatrice) qui radicalise son jeu tant l’écriture manque de profondeur et d’originalité. L’acteur ne propose aucune variation et ne semble pas capable de sortir de son personnage du commissaire Larosière dans les séries Petits meurtres en famille et Les Petits Meurtres d’Agatha Christie qui l’a fait découvrir au grand public. C’est en effet le problème, en se fixant comme objectif de toucher le « grand public », Pascale Pouzadoux se perd dans les clichés habituels. Un personnage de l’ado bouclé qui se rebelle qui aurait pu sortir de Nos Chers Voisins, un voisin noir Monsieur Propre plus-avenant-tu-meurs, une femme de ménage toujours souriante aux formes généreuses, des enfants prétextes, un mari cabotin. Les articles sont indéfinis, conséquence directe de cette généralité fumeuse qui annihile l’adhésion et l’émotion en sus. La faute à l’écriture qui n’est jamais développée au-delà des apparences. L’ensemble reste donc à la surface sur la terrible acceptation des proches face à la volonté de mourir. Le paradoxe se crée et le spectateur est tendu entre ennui pathétique et rigidité solennelle. Le deuil se veut universel et les personnes concernées ne peuvent être touchées que par Sandrine Bonnaire qui représente à elle seule toute le désespoir et l’incompréhension face à l’absence appréhendée.
Le deuxième principal défaut est du côté de la photographie, claire et sans aucun contraste, elle s’apparente à un énième épisode d’un soap made in TF1, plutôt que d’appuyer sur la gravité du sentiment en soulignant les clairs obscurs qui auraient été plus agréables à regarder. Ne soyons cependant pas aussi radical, car La Dernière leçon, malgré l’amateurisme déconcertant, peint un portrait mère/fille des plus touchants et amorce quelques poésies, notamment grâce à la bande son composée par Eric Neveu, mais elles finissent toujours mal équilibrées. Le bon sentiment dégoulinant isole donc malheureusement l’objet du reste de la réalité et rejoint le panthéon des pseudo drames trop bien construits pour être crédibles.
La Dernière leçon n’invente pas l’eau chaude et tire la larme peut-être jusqu’à l’excès maladroitement déjà-vu, mais grâce à Sandrine Bonnaire, elle finit par couler, à la seule raison de vivre présentement une situation similaire.
*1985 : Trois hommes et un couffin de Coline Serreau – 2004 : Les Dalton de Philippe Haïm – 2013 : Turf de Fabien Onteniente – 2014 : Supercondriaque de Dany Boon.
La Dernière leçon: Extrait vidéo
Fiche Technique: La Dernière leçon
Réalisation : Pascale Pouzadoux
Scénario : Pascale Pouzadoux, Laurent de Bartillat, Noëlle Châtelet
Casting : Sandrine Bonnaire (Diane), Marthe Villalonga (Madeleine), Antoine Duléry (Pierre), Gilles Cohen (Clovis), Grégoire Montana-Haroche (Max), Sabine Pakora (Victoria), Manon Matringe (Diane), Emmanuelle Galabru, Charles Gérard
Genre : Drame
Nationalité : France
Date de sortie : 4 novembre 2015
Durée : 1h45
Photographie : Nicolas Brunet
Montage : Sylvie Gadmer
Décors : Laurent Avoyne
Costumes: Charlotte Betaillole
Musique : Eric Neveux
Producteurs : Olivier Delbosc, Marc Missonnier, Christine de Jekel
Production : France 2 et Wild Bunch
Distributeur : Wild Bunch
Rencontre avec l’équipe des films: « Le Goût des Merveilles », « Et ta soeur »….
Pour cette quatrième journée du Arras Film Festival, retour sur les films Le Goût des Merveillesd’Eric Besnard, Et ta sœur de Marion Vernoux, puis sur nos rencontres avecla grande Michèle Mercier, et les équipes des films : Eric Besnard, Virginie Efira, Grégoire Ludig, et Marion Vernoux.
9h15 – Pour le pire et pour le meilleur :
Retour sur Le Goût des Merveilles d’Éric Besnard, avec Virginie Efira et Benjamin Lavernhe – de la Comédie Française –, sortie programmée le 16 Décembre 2015.
3/5
Synopsis : Au cœur de la Drôme provençale, Louise – incarnée par Virginie Efira – élève seule ses deux enfants et, poursuivie par les banques, tente de préserver l’exploitation familiale. Un soir, elle manque d’écraser un inconnu au comportement singulier, répondant au prénom de Pierre – interprété par Benjamin Lavernhe. Cet homme se révèle vite différent de la plupart des gens. Et sa capacité d’émerveillement pourrait bien changer la vie de Louise et de sa famille.
Le Goût des Merveilles est le Rain Man (Barry Levinson, 1988), ou encore le As Good as it Gets (Pour le pire et pour le meilleur, James L. Brooks, 1997) français. En effet, on a le même schéma narratif, la personne différente, atteinte d’autisme ou d’une autre forme de trouble (psychologique, etc), rencontre une personne (son frère dans Rain Man, une serveuse dans As Good as it Gets, une exploitante fruitière ici) plongée dans les enfers de leur quotidien (loyer à payer, fils malade, etc), et les deux personnes vont au contact de chacun, s’aider, s’améliorer, se révéler, s’aimer. Et le film est déjà surpassé par ces deux grands films concernant ce schéma. Le Goût des Merveilles est beaucoup plus facile et rapide dans sa narration et la progression des personnages que les deux autres. La fin d’As Good as it Gets est emplie d’espoir, elle est une ouverture sur un avenir plus joyeux pour les deux personnages qui ont progressé, ont atteint certaines étapes, mais n’en sont pas à la fin ou presque de leur progression, alors que Louis et Pierre terminent leur petite épopée avec une fin joyeuse, avec aussi une ouverture, mais le plus gros des efforts à fournir ou des étapes à passer dans leurs progressions respectives est fait.
Si Benjamin Lavernhe s’est inspiré de Rain Man entre autres (voir point presse plus bas) pour son rôle, il s’en est tout de même détaché. Il incarne un garçon « honnête, juste, loyal, qui ne sait pas mentir » explique Jules, son protecteur et parent – figure du vieux sage très bien interprétée par Hervé Pierre. Les seuls accidents provoqués par Pierre n’en sont pas vraiment, au contraire, puisqu’il est un génie des maths, il a su hacker la bibliothèque numérique nationale. Certes, il a des accidents (des crises) parfois, lorsque la situation autour de lui dérape, devient pour lui incontrôlable, notamment avec un surplus de sons – et de visuels – mécaniques et technologiques : des véhicules criards, etc, mais ce ne sont pasdes accidents très violents, sauf pour Pierre lui-même, qui toutefois s’en remet relativement vite. En effet, là où Melvin Udall – incarné par Jack Nicholson – dans As good as it Gets était véritablement ordurier et vulgaire avec les gens qu’il croisait à cause de ses problèmes, là où Raymond – interprété par Dustin Hoffman – dans Rain Man avait des crises plutôt terrifiantes et intensément difficiles (on aurait pu aussi penser à l’enfant autiste dans Mercury Rising (Code Mercury), d’Harold Becker, sorti en 1998), Le Goût des Merveilles tend à faciliter, alléger, ou encore rendre plus agréable le handicap, beaucoup moins difficile ici qu’ailleurs. Dans Intouchables (2011), si les réalisateurs Éric Toledano et Olivier Nakache ont su créer un recul comique avec les deux personnages, leur relation, et ont fait une comédie, ils n’ont pas omis de montrer bien des difficultés présentes dans le quotidien d’une personne en situation de handicap. La comédie, la romance ou une autre forme de légèreté ne venaient pas cacher la réalité pas tous les jours évidente du handicap.
Bien sûr, on pourrait répondre à cela qu’il y a différents degrés de handicap et que le personnage est à un faible niveau de handicap, m’enfin Pierre n’est pas véritablement intégré à la société, il vit dans une petite pièce réaménagée dans l’arrière-boutique d’une librairie – dans laquelle il peut être certainement très heureux, après tout il est féru de lecture et connaît tous les livres du commerce par cœur mais il expliquait assez vite dans le film qu’il ne lisait plus, car ça ne lui plaisait plus –, on pense même à l’interner car il est potentiellement dangereux à cause de son génie mathématique, lié à ses grandes capacités de hacker, et c’est d’ailleurs Louise et ses enfants qui vont le « sauver ».
La capacité d’émerveillement du personnage est certes agréable, surtout lorsqu’il est dans les vergers de la Drôme. Si les plans sur ces mains progressant et caressant délicatement les feuilles, et autres cadeaux de la nature, avec un léger jeu de focus (flou et net) et de surexposition, sont jolis, ils remakent tout simplement ceux de Gladiator (Ridley Scott, 2000), qu’on peut voir lorsque Maximus se souvient de sa demeure, de sa famille, de ses terres, et lorsqu’il fantasme sur son retour dans sa famille, et aussi à la fin du film. Ces plans dans le film d’Éric Besnard perdent beaucoup de leurs puissances. On pourrait dire que le rapport est différent, mais non, il y a toujours cette idée d’émerveillement via le lien presque mystique de l’homme à la nature. Cette reprise malmenée est liée à une certaine artificialité présente dans le film, notamment dans le jeu des acteurs, plus précisément une actrice : Virginie Efira. Si c’est une bonne actrice, elle n’est pas excellente ici. Tout est trop joué, pas assez vécu. Tout respire l’artifice. Et pourtant parfois, elle réussit, comme à la fin du film, lorsqu’elle observe silencieusement Pierre. Et aussi quand elle sourit sans forcément le vouloir, lâchant alors une moue étrange et belle. Il lui manque donc plus d’humanité – de vérité – pour rendre son personnage aussi fort que celui de Benjamin Lavernhe. Car si son personnage handicapé est bon, gentil, doux, et avec peu de problèmes, la performance de l’acteur est à saluer, car il apporte bien plus, dans son regard, ses mouvements presque imperceptibles : une flamme. Comme si Pierre ne demandait qu’à se libérer de tous ses troubles, comme si derrière son regard, il criait silencieusement. Il y a donc vraiment une certaine violence, et comme dit précédemment, seul Pierre la vit, et elle est très vite mise de côté.
Revenons sur la nature très bien filmée par le réalisateur. Votre serviteur étant originaire de la Drôme, il a su apprécié les images de son « pays », filmé avec une vraie passion, lui rendant toute sa beauté mais aussi sa sauvagerie : on peut penser à la scène où il faut ouvrir des centaines de bougies pour combattre le gel destructeur et ainsi protéger les arbres fruitiers. Ainsi Le Goût des Merveilles est un film joli, avec de bonnes intentions, de bons propos : le combat de la différence, et pour l’égalité entre tous les êtres humains ; les images de la nature ; le lien de la nature à l’homme qui tend à être effacé à cause du capital et son « efficacité » et surtout sa « soif » économique… Mais comme dit Pierre lorsqu’il mange des merveilles (biscuits) : « C’est bon mais la tarte aux poires, c’est meilleur ».
11h15 – Bref retour pour un film anecdotique : Et sa sœur.
Film réalisé par Marion Vernoux, avec Géraldine Nakache, Virginie Efira, Grégoire Ludig
2/5
Synopsis : Pierrick est encore sous le coup de la disparition récente de son frère. Alors pourquoi ne pas accepter l’invitation de Tessa, sa meilleure amie, dans sa maison familiale afin de passer une semaine seul à méditer sur sa vie ? Mais à son arrivée, Pierrick trouve la maison déjà occupée par Marie, la demi-soeur de Tessa, venue y soigner une blessure amoureuse. Après une soirée très arrosée suivie de l’arrivée inopinée de Tessa elle-même, le trio va aller de situations délicates en révélations inattendues…
Le film est ainsi un drame, empli de moments de comédie et d’émotion. Si la situation des personnages peut rappeler au spectateur celles de Carnage (de Roman Polanski, 2011) et Faces (Cassavetes, 1968), ne vous attendez pas à la mise en scène et l’acting de ces films grands et brillants. Non, rien que pour les révélations – les moments de vérité – qui arrivent très vite, s’enchaînent, sans qu’il y ait parfois de logique humaine et d’instinct humain là-dedans. Non, on ne comprend pas toujours les motivations du personnage et les enjeux du film. La réalisation cherche à capter ce moment de vérité, qui arrive dans l’attente. Mais il n’y a pas d’attente, pas de moment de latence. Tout est artificiel, si les acteurs ont été libres de jouer, ils auraient dû être poussés à bout, pour que ces moments de dispute collective arrivent logiquement, humainement, et pas au détour d’un dialogue sorti on ne sait pourquoi.
La réalisatrice Marion Vernoux expliquait lors du point presse qu’elle aimait voir trois personnages évoluer ensemble, et voir comme un élément pouvait tout bouleverser. On peut penser à ces dialogues dont la seule provenance n’est pas le personnage, mais la réalisatrice / scénariste. La maison et le lieu au bord de mer choisis pour le film sont d’excellents choix, mais pas toujours exploités. Si elle a plusieurs étages permettant un jeu : un étage pour chaque personnage – semble-t-il – qui peut se déplacer d’un niveau à l’autre et ainsi permettre la rencontre, les fenêtres ne sont pas utilisées. Il aurait pu y avoir tout un jeu sur les regards à travers les fenêtres.
Si Grégoire Ludig s’en sort très bien avec son personnage, en l’interprétant de manière sobre, Géraldine Nakache joue la french pop modern young woman comme elle sait déjà bien le faire (voir les films Sous les jupes des filles, Audrey Dana, 2014 ; L’ex de ma vie, Dorothée Sebbagh, 2014, Les Infidèles, sketch du Prologue, 2012). Virginie Efira s’en sort relativement bien, mais ne semble pas correspondre physiquement au personnage qu’elle incarne : une femme lesbienne tatouée et hypster, expliquait l’actrice au point presse. Mais pourquoi ne pas avoir travaillé sur son visage, ses cheveux ? Car il ne suffit pas de montrer ses fesses et ses seins facilement devant la caméra, et surtout de sa balader à moitié nu dans la salle avec un verre de vin, de coucher rapidement avec un mec, et d’avoir ces habits et ce faux tatouage (à l’artificialité très visible), pour incarner ce personnage. Si elle tient probablement une partie de la psychologie du personnage – tels que ses paradoxes en terme de nourriture et d’action (elle fait du yoga tout en fumant), l’autre partie, concernant ses vêtements, certains de ses goûts (comme le tatouage), etc, ne sont pas compris.
Le film travaille la représentation d’anecdotes du quotidien, mais le problème n’est pas là, il suffit de voir les films cités précédemment ou revoir Tempête projeté le vendredi 6 novembre. C’est toute la représentation qui transpire l’anecdotique, il n’y a rien d’essentiel, de vital, de puissant, dans cette imagerie de récits humains certes anecdotiques mais profonds : la perte d’un être cher n’est pas un événement léger. Voilà ce qui manque au film : l’expérience.
Interviews pour les films Le goût des Merveilles et Et ta sœur
17h40 – POINT PRESSE : avec le réalisateur Eric Besnard, et les acteurs Virginie Efira et Benjamin Lavernhe, du film LeGoût des Merveilles.
« Monsieur Lavernhe, est-ce que vous vous êtes inspiré d’autres personnages filmiques atteints d’autisme ou d’autres troubles, tels que les protagonistes de Rain Man et de Pour le pire et le meilleur de James L. Brooks ? »
Il me répond que lorsqu’on lui a proposé le rôle, il s’est dit que c’était « l’occasion de la performance ». Il s’est inspiré de Rain Man et d’autres films qu’il a vu, notamment du docu-fiction Le Cerveau d’Hugo (Sophie Révil, 2012). Le syndrome d’Asperger touche beaucoup plus de personne qu’on le croit, explique-t-il. Il a fallu se débarrasser de soi et de ce qu’il a vu pour créer quelque chose de particulier, de beaucoup moins fort que Rain Man, qui passe plus par le phrasé, les yeux, le regard.
Sur l’idée de jouer dans un duo de personnages très différents, presque opposés
En tant qu’acteur, c’était génial explique Virginie Efira. Elle était surprise. Les deux acteurs devaient s’écouter, l’un ayant des attitudes hors-normes, « ça génère des accidents », poursuit le réalisateur Eric Besnard.
Sur le choix du titre : Le Goût des Merveilles
Il s’agissait pour le réalisateur de faire un film sur l’émerveillement. Il a travaillé avec des enfants « à problèmes », et qui étaient étonnés, explique-t-il. C’est de là qu’est venu le titre.
« Vous concernant Virginie Efira, est-ce que vous êtes allés chercher ce rôle, est-ce que vous cherchiez un rôle comme celui-ci ? Ou est-on venu vous chercher, vous l’a-t-on proposé et vous ne vous y attendiez pas ? »
Au fond d’elle, elle avait envie de jouer un tel rôle, de telles scènes, me répond-elle. Elle voulait jouer un personnage courageux et mélancolique, léger et engagé. La détermination et les propos du réalisateur lui plaisaient. Le « mystère » lui plaisait.
« Est-ce que vous avez engagé une part de vous-même dans ce personnage ? Est-ce qu’il y a Virginie Efira en Louise ? »
Il y a toujours une partie de soi, explique-t-elle. Il y a sa sensibilité, son regard, le recul dans l’existence.
Sur le lieu du film, la Drôme
Il s’agissait du lien entre la nature et la contemplation. Et si le réalisateur s’attache à la nature, notamment dans ce film, c’est parce que c’est un lieu qui raconte beaucoup.
La rencontre agréable et courte prit alors fin. On remercie les acteurs et le réalisateur.
19h30 – POINT PRESSE : avec les acteurs Grégoire Ludig (à gauche sur l’image de couverture), Virginie Efira (à droite), et la réalisatrice Marion Vernoux (au centre), du film Et ta sœur.
Et ta sœur, un remake
Remaker un film a changé sa manière de travailler, explique la réalisatrice. Le remake est un fantasme de réalisateur qui veut refaire un film qu’il aime, qui l’intéresse.
Le film original était en partie improvisé. Son film l’est aussi en parti, explique Marion Vernoux. Elle a choisi une solution intermédiaire. (Ci-dessus le casting du film.)
Sur le tournage
Il s’agissait de s’approprier le lieu, explique-t-elle, de voir ce que ce que les acteurs pouvaient amener.
C’était l’inverse de quelque chose de figé, poursuit Grégoire Ludig : « on a eu la chance d’être libre ».
Le film se concentre aussi sur deux sœurs, une blonde, une brune, deux caractères différents, des personnalités différentes, mais qui vont se réunir.
Sur le personnage de Grégoire Ludig, Pierrick
Dès le départ, l’acteur a cherché à mettre une certaine distance entre lui et le drame tout en le liant à sa propre vie. Il est très proche de ses deux frères, explique l’acteur, et ce que son personnage vit, il l’aurait pas vécu autrement en perdant l’un de ses frères. On se perd, on perd une partie de soi, mais il fallait rester normal quand même. Le personnage se cache, il est drôle, il ne cherche pas à montrer qu’il est mal. C’est un personnage toutefois à fleur de peau, prêt à lâcher ou exploser. Ce personnage lui a permis de faire tout autre chose que de la comédie (qu’il a beaucoup travaillé avec le Palmashow), c’était « un vrai travail de comédie (à comprendre comme vrai travail d’acteur) ».
Virginie Efira poursuit et explique que le film lui a permis de se donner réellement.
Sur le choix de la maison du film, qui se trouve dans le Limousin
C’était un vrai « coup de bol de pure réalisatrice » dit Marion Vernoux. Elle ne s’y attendait pas. À vrai dire, elle n’avait rien trouvé et rentrait sur Paris quand elle l’a trouvée.
« En voyant votre film, j’ai trouvé qu’il y avait dans les scènes en trio, dans la maison, une vraie justesse. J’ai pensé à Faces (1968) de Cassavetes et Carnage (2011) de Polanski, dans lesquels les personnages se retrouvent ensemble, dans un seul lieu, dans une unité de temps et d’action ou presque, et ils sont usés, à bout, ils s’énervent, se révèlent, puis redeviennent silencieux et tranquilles pour exploser à nouveau et ne montrer que leur pure vérité, leur essence… Vous avez dit que vous leur aviez laissé de l’espace, une part de liberté, mais est-ce que vous n’avez pas cherché à les pousser aussi un peu à bout, dans leurs retranchements, pour faire surgir leur vérité ? »
Après avoir bondi de son siège pour me faire la bise afin de me remercier pour ma remarque, la réalisatrice nous a révélé son chiffre magique : le 3. Un trio de personnages permet d’avoir un vrai casse-tête à représenter, et ça permet d’obtenir ce moment où ça se passe, lorsqu’il s’agit d’observer ce qui est latent, prêt à surgir.
Ça n’était pas une manière confortable de travailler explique Virginie Efira, c’était même parfois perturbant. « C’est la vie quoi ! » dit l’actrice. Ils n’étaient pas poussés mais libres, redit Grégoire Ludig. Aussi il n’y avait « pas de faire-valoir » continue-t-il. Les trois personnages sont différents mais égaux les un par rapport aux autres, aucun d’entre eux n’est le faire-valoir de l’autre. Ils ont la même importance et se complètent.
Cette journée de festival fut très forte émotionnellement notamment grâce aux rencontres. Les jours suivants promettent des expériences tout aussi intéressantes.