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Mostra de Venise 2015: Lion d’Or pour Desde allà, Fabrice Luchini meilleur acteur

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Mostra de Venise 2015 :
Prix d’Interprétation pour Fabrice Luchini, Lion d’Or pour le vénézuélien Desde Allas

Présidé par le le cinéaste mexicain Alfonso Cuaron, le jury de la 72ème édition de la Mostra de Venise vient de rendre son verdict. Pour la première fois de l’histoire du festival, un film sud-américain remporte la récompense suprême. On peut dire que le cinéma sud-américain y est très célébré puisqu’un cinéaste argentin a également reçu le Lion d’Argent du Meilleur metteur en scène. Et cocorico, après l’hommage rendue à Bertrand Tavernier pour l’ensemble de sa carrière, un film français s’adjuge deux prix dans une compétition très éclectique mais contrastée où la presse a été particulièrement assassine envers certains films  :

           Mostra de Venise 2015 Palmarès :

Lion d’Or : Desde allà  de Lorenzo Vigas (Vénézuéla)

Lion d’Argent du meilleur metteur en scène : El Clan de Pablo Trapero (Argentine, Espagne)

Grand Prix du Jury : Anomalisa de Charlie Kaufman and Duke Johnson (Etats-Unis)

Prix du Jury : Abluka de Emin Alper (Turquie, France, Qatar)

Coupe Volpi du Prix d’Interprétation Féminine : Valeria Golino pour Per Amor Vistro de Giuseppe Gaudino (Italie)

Coupe Volpi du Prix d’Interprétation Masculine : Fabrice Luchini pour L’Hermine de Christian Vincent (France)

Prix Marcello Mastroianni du Meilleur Espoir : Abraham Attah pour Beasts of No Nation de Cary Joji Fukunaga (Etats-Unis)

Prix du Meilleur Scénario : L’Hermine de Christian Vincent (France)

Meilleure Première Oeuvre : L’Enfance d’un chef de Brady Corbet  (Etats-Unis)

Longuement applaudi par la presse lors de sa projection, le vénézuélien Desde allà narre l’histoire d’Armando, un cinquantenaire à la recherche de jeunes à Caracas qu’il paye pour obtenir leur compagnie. Un jour, il rencontre Elder, un jeune homme de 17 ans qui s’avère être le leader d’un gang criminel. Cette rencontre va leur changer la vie à tous les deux. Malgré son rythme lent, cette histoire âpre de sexe et de solitude écrite par Guillermo Arriaga (Babel, 21 Grammes) a particulièrement bouleversé le jury du festival vénitien qui l’a logiquement récompensé.

Sorti déjà depuis quelques semaines en Argentine et déjà un énorme succès, El Clan de Pablo Trapero raconte l’histoire vraie, dans les années 80, d’une famille responsable de nombreux meurtres et kidnappings. Arquimedes Puccio, un notable anciennement chargé de faire disparaître les opposants au régime, est persuadé que la démocratie n’est que passagère. L’activité lui manquant, il met à profit son expérience pour kidnapper ses voisins fortunés afin de les rançonner. Par prudence, il tue ses victimes après avoir ramassé l’argent, aidé par ses fils qu’il implique de force, y compris l’aîné, célèbre pour jouer dans l’équipe nationale de rugby. Le film est produit par Pedro Almodovar. Une première bande annonce est déjà disponible.

Grand Prix du Jury, Anomalisa est un film d’animation co-réalisé par Charlie Kaufman, l’un des plus célèbres scénaristes américains connus pour ses scénarii de Human NatureDans la peau de John MalkovichAdaptation ou Eternal Sunshine of the Spotless Mind. Il est à l’origine d’un récit d’une fort mélancolie qui suivra le destin d’un quadragénaire qui, lors d’une soirée dans un hôtel anonyme de Cincinnati,  va tenter de rompre sa solitude avec Lisa, une jeune femme dont la voix le bouleverse. Chaleureusement applaudi lors de sa projection de presse, Anomalisa a mis deux ans pour être financé, faisant notamment appel à une campagne de financement participatif via le site Kickstarter.

L’Hermine de Christian Vincent est l’unique vainqueur français cette année. Mais quel vainqueur puisqu’il remporte le Prix du Scénario ainsi que le Prix d’Interprétation pour Fabrice Luchini. Une consécration pour l’un des acteurs français les plus estimés de la profession et qui n’avait pas reçu de prix depuis plus de vingt ans, ayant reçu le César du Meilleur Acteur dans un Second Rôle en 1994 dans Tout ça… pour ça !. L’Hermine racontera le récit de Michel Racine, un Président de cour d’assises redouté donnant rarement des peines sous les dix ans. Tout bascule le jour où Racine retrouve Birgit Lorensen-Coteret. Six ans auparavant, Racine a aimé cette femme. Peut-être la seule femme qu’il ait jamais aimée. Elle fait parti du jury qui va devoir juger un homme accusé d’homicide. Le long métrage sortira dans les salles le 18 novembre prochain.

 

 

 

Le Limier, un film de Kenneth Branagh : Critique

Un jeu de rôle :

Prenez Michael Caine (Insaisissables, The Dark Knight, Dr Jekyl and Mr Hyde) et Jude Law (The Young Pope, Spy, Sherlock Holmes saga), enfermez-les dans une maison, donnez-leur des rôles de composition machiavéliques et un tantinet malsains, et pis une arme à feu tant qu’à faire : vous obtiendrez un huis clos étouffant et réussi, le tout superbement orchestré par Kenneth Branagh (Hamlet, Frankenstein et Thor).

Le Limier, c’est une ambiance pesante et des personnages aux personnalités troubles : Andrew Wyke (Michael Caine), riche écrivain intelligent et manipulateur et Milo Tindle (Jude Law), acteur raté et coiffeur à ses heures perdues mais surtout amant de Madame Wyke ! Un véritable jeu de rôles et de joute verbale ou chacun tire la couverture et met en valeur l’autre comme dans un miroir. Le scénario du film Le Limier est très bien ficelé. Les dialogues du prix nobel de la littérature, Harold Pinter (qu’on aperçoit d’ailleurs rapidement sur une télévision dans le film), sont à tomber et très justement interprétés par le duo avec sarcasmes et humour noir.

En 1972, Michael Caine interprétait le jeune et impudent Milo et donnait la réplique à Laurence Olivier dans Le Limier de Mankiewicz (La Comtesse aux Pieds Nus). En 2007, il accepte de jouer son opposé dans cette nouvelle version du film. Il choisit ainsi d’inverser la situation comme pour revivre ces instants différemment et avec un certain recul sur le film. Il a mûri, il connaît bien ce personnage de l’extérieur et va le « pénétrer » complètement dans cette adaptation.

Un jeu de Séduction :

Le limier de Branagh, lui, est plus frivole et tendancieux que le premier. C’en serait presque parodique en comparaison avec l’oeuvre originale plus authentique mais ce surjeu est voulu car les personnages sont des caricatures, des « comédiens » comme se plaît à le arguer Milo (en réponse aux moqueries de son adversaire qui le traite de « Garçon coiffeur »). Le ton est excessif, théâtralisé et moqueur et le rapport de séduction entre les deux personnages est palpable voire érotique à la fin du film. Il est très difficile de savoir qui aura le dessus dans ce jeu pervers entre le senior et le freluquet tant les retournements de situations nous embrouillent l’esprit. Malgré son jeune âge, Milo, acteur raté, est moins naïf qu’il n’y paraît mais on sent quand même que le vieil homme est rongé par la haine et la vengeance et qu’il a plus d’un tour dans son sac !

C’est aussi la jalousie qui vient alimenter les sentiments de Mr Wyke ; la jalousie face à cette jeunesse perdue incarnée par Milo mais aussi par ce jeune séducteur qui l’aguiche pour mieux se refuser à lui et l’humilier de surcroît ! Le choix de Michael Caine dans le rôle du vieil homme, alors qu’il était ce fringant jeune homme auparavant, vient stigmatiser ce rapport au passé et renforcer l’aspect dramatique du film.

Le Limier de 2007 est donc une oeuvre atypique et remarquable qu’il convient de ne pas trop comparer au film de 1972. C’est une mise en scène très réussie, contemporaine et vivante qui vient compléter la première version plus sérieuse et plus longue de Mankiewicz. Le Lion d’Or 2007 à la Mostra de Venise s’est joint au Grand Prix du Jury pour récompenser ce petit bijou.

Synopsis : Un riche écrivain d’un âge avancé, Andrew Wyke, rencontre l’amant de sa femme, Milo Tindle, jeune homme fauché et acteur raté à son domicile. Celui-ci lui demande d’accepter de divorcer d’avec son  épouse. Mr Wyke accepte…à la condition que Milo simule le cambriolage de la demeure. Le jeu peut alors commencer…

Fiche technique : Le Limier

Titre original : Sleuth
Réalisation : Kenneth Branagh
Scénario : adaptation de la pièce d’Anthony Shaffer par Harold Pinter
Photo : Haris Zambarloukos
Décors : Tim Harvey
Musique : Patrick Doyle
Montage : Neil Farrell
Pays : Royaume-Uni Royaume-Uni
Genre : comédie dramatique
Durée : 86 minutes
Date de sortie : 13 février 2008
Casting : Michael Caine (VF : Dominique Paturel) : Andrew Wyke, Jude Law (VF : Jean-Pierre Michael) : Milo Tindle
Harold Pinter : l’homme de la télévision, Carmel O’Sullivan : Marguerite Wyke

 

Festival de Deauville 2015 : Le palmarès

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Deauville 2015 : 99 Homes grand vainqueur

La 41ème édition du festival du cinéma Américain de Deauville vient de dévoiler ses lauréats ! La soirée de gala s’est tenue, il y a quelques heures au centre international de Deauville pour la clôture. Du sommet de l’Everest à la frontière mexicaine, le festival a été riche en émotion. Voici le palmarès :

99 Homes de Ramin Bahrani a remporté le Grand Prix de la 41e édition du Festival de Deauville ce samedi soir. Avant de donner les diplômes, le président Benoit Jacquot a tenu à signaler à quel point son jury avait été surpris par la qualité de la sélection. « Nos récompenses sont forcément un peu injustes » a-t-il proclamé sur scène.

Le prix du jury a été attribué à Tangerine de Sean Baker tandis que le public a récompensé Dope de Rick Famuyiwa. Puis, les drames James White de Josh Mond a reçu le Prix de la révélation Cartier et pour finir, le Prix de la critique internationale revient à Krisha de Trey Edward Shults qui avait déjà fait sensation à la Semaine de la Critique.

Le prix Guillaume d’Ornano devenu Guillaume d’Ornano-Valenti du nom de l’ancien président de la Motion Picture Association of America, est revenu aux Cowboys, un film français de Thomas Bidegain qui se voit ainsi ouvrir les portes du festival du film français de Los Angeles

A l’année prochaine, bon pied bon oeil !

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Pour (re)voir les bandes annonces du Palmarès du Festival de Deauville

Grand prix: 99 homes

Prix du jury: Tangerine

Prix du public: Dope

Prix de la révélation quartier: James white

Prix de la critique: Krisha

Prix d’Ornano-Valenti: Les Cowboys

Co-Rédacteur: Antoine Mournés

 

Festival de Deauville: 99 Homes, Mr Holmes avec Ian McKellen

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Festival de Deauville: 99 Holmes, de Ramin Bahrani: Crise des Subprimes et ascension sociale

Nash, dont la maison vient d’être saisie par sa banque, se retrouve à devoir travailler avec le promoteur immobilier véreux qui est responsable de son malheur.

Quatre ans après avoir remporté le Grand Prix (Take Shelter), Michel Shannon est de retour à Deauville devant la caméra de Ramin Bahrani, accompagné d’Andrew Garfield (The Amazing Spiderman). 99 Homes était le premier film de la sélection à être projeté cette semaine, retour sur un candidat sérieux à une récompense.

Bahrani nous replonge, une petite décennie plus tard, dans les mécanismes d’hypothèques et de prêts qui ont précipité les économies occidentales dans le vide; et parvient à insuffler une dramaturgie poignante dans une immersion très réaliste. En effet, Nash, après s’être fait expulsé avec sa mère et son fils, et s’être vu contraint à vivre dans un motel, entrevoit la lumière par le prisme de la même personne qui l’a poussé dans l’obscurité: Rick Carver alias Michael Shannon. Encore une fois impérial, il campe un promoteur qui trouve sa fortune dans l’écroulement du château de cartes, et essayant d’y trouver une once de morale on peut l’entendre citer Darwin ou la Bible… Après une nouvelle expulsion, il se confronte au jeune Nash en perdition, il finit par lui proposer du boulot, à contrecœur et en déroute financière, il accepte. Entreprenant et efficace, il gagne même rapidement la confiance de son boss qui lui ouvre les portes d’une fraude juteuse. Nash aperçoit alors la possibilité de posséder à nouveau sa maison familiale, et se retrouve à expulser les gens de chez eux. Symbole de son malaise, il cache la vérité à sa famille, mais faute de pouvoir se la cacher à lui même, il invoque de plus en plus les raisons que Rick récite à longueur de temps.

Les deux hommes négocient à hauteur de millions de contrats qui les font vider les quartiers, mais pourtant ils ne sont pas clairement responsables du cataclysme économique et social qui les enrichit. Ils ne sont pas les particuliers qui se sont endettés. Ils ne sont pas les banques qui ont accepté les prêts. Ils ne sont pas le gouvernement qui est resté attentiste. Cependant, ils prennent appui sur cette masse qui coule pour rester à la surface, un choix amoral qui empoisonne Nash. Et plus les dollars s’accumulent, plus les conséquences de ces actes prennent matières, et les enfants, les personnes âgés, les familles qu’il a privés de foyer tournoient autours de lui. L’argent qu’il en retire en vaut-il vraiment la peine ?

Mr Holmes de Bill Condon: L’amnésie est dans le pré

Dans le cadre de l’hommage rendu lors du festival de deauville à Ian McKellen, son dernier film Mr Holmes était projeté en avant première cette semaine. Le septuagénaire endosse le rôle du détective Sherlock Holmes, mais sans la pipe ni la casquette cette fois, car l’intrigue prend à contre courant le mythe et l’envisage dans son aspect le plus réel. Sherlock Holmes est un détective dont il doit la renommé aux livres que son ami le Dr Watson a écrits d’après leurs enquêtes. Il coule dorénavant des jours paisibles sur la côte anglaise, avec sa bonne et son fils, ainsi que ses abeilles. A l’orée de son 94ème anniversaire, sa mémoire vacille et l’homme lutte pour résoudre une dernière fois une affaire dont il a oublié la trame. Un voyage dans ses souvenirs qui risque d’éveiller le pire comme le meilleur…

Les Dents de la mer de Steven Spielberg : le premier blockbuster

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Sorti il y a tout juste 43 ans, en 1975, Les Dents de la mer ne se contente pas d’être un chef d’œuvre. Ce film va bouleverser la production cinématographique et ouvrir la voie à une nouvelle forme de cinéma de divertissement.

Spielberg, maître du suspense

Tout d’abord, ce film, le deuxième film de cinéma de Spielberg après Sugarland Express (Duel, sa première œuvre, est un téléfilm), montre la grande maîtrise technique du réalisateur.
Les Dents de la mer est clairement divisé en deux parties. La première se déroule à terre, dans la station balnéaire, et insiste sur le suspense là où la seconde partie, en mer, lorgnera plutôt du côté du film d’aventures.

Spielberg, qui a bien retenu les leçons hitchcockiennes, joue beaucoup avec ses spectateurs, surtout par rapport à ce qu’il montre ou pas à l’écran. Ayant compris que ce que l’on ne voit pas est pire que ce que l’on voit, il retarde le plus possible l’apparition du requin, laissant ses personnages en dresser un portrait des plus terrifiants. Toutes les recherches menées par Brody (Roy Scheider) aboutissent à l’idée que le requin est une machine à tuer quasiment surnaturelle, attiré par le sang, avalant tout ce qui passe à sa portée, impitoyable et dénué de sentiments. Les questions de Brody sur sa longévité (2000, 3000 ans ?) renforcent encore cet aspect fantastique d’un animal transformé en un monstre marin mythologique. Le clou reste le départ du bateau, filmé à travers les mâchoires d’un requin, comme une confirmation que les personnages se jettent, littéralement, dans la gueule du loup.

Spielberg s’amuse à jouer avec les nerfs de ses spectateurs. La scène de la fête nationale est, à ce titre, un exemple. Le montage, le sens du rythme, les fausses pistes, le sentiment de danger permanent, la volonté de ne pas en faire trop, le requin qui reste invisible, une terrible caméra subjective et la musique de John Williams, tout se mêle pour faire une grande réussite.

C’est au milieu que le film prend une autre direction, sans pour autant perdre de son unité. Embarquant les trois personnages principaux sur un bateau, il paraît inverser les règles du jeu : jusque là, c’était le requin qui chassait, et maintenant il est chassé. Du moins théoriquement, mais le cinéaste va vite insister sur la situation très précaire des trois « chasseurs », dont le bateau semble en bout de course. Quant au requin, plus que jamais il apparaît comme un monstre.

Avec beaucoup de subtilité, le scénario instaure des moments plus calmes, des scènes plus légères, voire même comiques mais qui, immanquablement, se concluent par une image qui rappelle le danger imminent. Tout ce procédé permet aux acteurs de montrer l’étendue de leur talent, en particulier Robert Shaw, absolument formidable dans le rôle du vieux loup de mer.

Une date dans l’histoire du cinéma

Ce film va aussi lancer toute une mode dont on voit encore les effets de nos jours. Outre diverses suites aux qualités déclinantes, il faudra compter sur des Shark Attack et autres Peur Bleue, de Renny Harlin, sans oublier les inénarrables Sharknado ou Sharktopus. Le requin va devenir la vedette de toute une production cinématographique, parfois suppléé par ses collègues Piranhas.

Alors, certes, Les Dents de la mer est une immense réussite, mais il ne se contente pas d’être un chef d’œuvre. Bien entendu, il va lancer la carrière de Steven Spielberg, qui enchaînera par la suite avec Les Rencontres du troisième type et se permettra même d’auto-parodier la scène d’ouverture des Dents de la Mer dans son film 1941.

Plus largement, le milieu des années 70 est la période où les cinéastes de ce que l’on appelait le Nouvel Hollywood vont s’affirmer : en 72 c’était Coppola qui signait Le Parrain, quand un an plus tard Scorsese réalisait Mean Streets ; et deux ans après Les Dents de la mer, ce sera à Lucas d’intervenir avec Star Wars. Ceux qui, jusqu’à présent, étaient des petits trublions du cinéma américain, vont imposer leurs méthodes et devenir les maîtres du jeu, transformant le cinéma hollywoodien.

En bref, en lançant la mode des blockbusters, Les Dents de la mer va marquer l’histoire du cinéma. Cependant, la qualité de sa réalisation et du scénario placent ce film bien au-dessus des productions habituelles du genre, à la fois une référence et un chef d’œuvre.

Les Dents de la mer : bande-annonce

Les dents de la mer : fiche technique

Titre original : Jaws
Date de sortie originale : 20 juin 1975
Nationalité : Etats-Unis
Réalisation : Steven Spielberg
Scénario : Peter Benchley, Carl Gottlieb, d’après le roman de Peter Benchley
Interprétation : Roy Scheider (Brody), Richard Dreyfuss (Hooper), Robert Shaw (Quint), Lorraine Gary (Ellen Brody), Murray Hamilton (le maire Vaughn)
Musique : John Williams
Photographie : Bill Butler
Décors : John M. Dwyer
Montage : Verna Fields
Production : Richard D. Zanuck, David Brown
Société de production : Zanuck/Brown Productions, Universal Pictures
Société de distribution : Universal Pictures
Budget : $ 8 000 000
Genre : aventures
Durée : 124’

Festival de Deauville: Madame Bovary, Babysitter, Dope

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Festival de Deauville épisode 7: Divorce, trafic, et Flaubert

Babysitter de Morgan Krantz

Dernier jour de compétition à Deauville, tous les dès sont lancés. Le jeune Morgan Krantz présente un premier film (Encore une fois, 6 dans toute la sélection) sur les conséquences houleuses d’un divorce, et sur l’apaisement éphémère amené par la nouvelle babysitteuse. En revisitant (dans les grandes lignes) Kramer contre Kramer (Robert Benton, 1979) à la sauce teenage movie, le cinéaste Californien fait bonne impression.  Peut être influencé par son histoire personnelle, il nous raconte que c’est d’après son vécu qu’il a battît son intrigue, l’enveloppant de fiction pour l’exagérer. C’est sur le lien sacré entre la mère et son fils que le film repose, un lien mis à rude épreuve car pollué par l’argent et les égoïsmes des clauses du divorce.

Ray Longway (Max Burkholder) a 14 ans, il vit avec sa petite soeur chez sa mère, actrice de profession à la carrière insignifiante. Son père qu’il voit très peu, est un grand nom d’Hollywood qui leur a assuré un train de vie confortable. Ray doit maintenant choisir avec lequel de ses deux parents il veut vivre. Sa mère qui doit absolument prouver l’amour de ses enfants devant le Juge, entame une politique de cécité devant les faits et gestes de son fils afin d’assurer son gain de cause. Pour bien préparer le procès (que ses parents paient), elle engage une jeune babysitter pour s’occuper de ses progénitures. L’adolescente, noire, satisfait la mère en s’occupant de la maison, choie la bambine dans les ballades et les déguisements, et entraîne Ray sur une vie d’adulte qui se profile. Car ces derniers tombent très rapidement amoureux, et entame une histoire qui devient vite trop belle pour cet adolescent dans la marge, qui deal pour s’intégrer. Un doute s’implante dans l’esprit de Ray: Sa mère lui a t-elle servi sur un plateau cette femme qui le comble, afin de s’assurer de sa fidélité au procès ? Morgan Krantz signe un bon film sur la famille moderne à l’ambiance douce amère.

Dope de Rick Famuyiwa

La dernière pièce de la sélection était projetée cette après-midi en l’absence de l’équipe du film. Un métrage déjà présenté à Sundance et qui devrait trouver son public dans les salles. Parce qu’il se trouve que c’est un certain Pharell Williams qui a produit le film, et que surtout le film est super sympa ! Rick Famuyiwa nous entraîne, pour son 4ème long métrage dans les bas fonds de L.A (une ville décidément à l’honneur dans cette édition) dans la vie agitée emprunte de nostalgie de Malcolm. Un jeune noir, premier de la classe, geek, fan du hip hop des 90’s. Alors qu’il soigne sa candidature pour Harvard il se retrouve en possession d’un sac remplie de Molly, la nouvelle drogue qui fait fureur. Tout en humour, le cinéaste nous empreigne de cet air de WestCoast qui fait le succès d’une saga comme GTA, tout en l’abordant avec un second degrés rafraîchissant. En se penchant sur l’ère du réseau et du multimédia, Famuyiwa réinvente le trafic de drogue, et rend une copie savoureusement comique et discrètement militante.  (Lire la critique du film Dope)

Madame Bovary de Sophie Barthes

Séance de rattrapage au Casino de Deauville sur un film qui était projeté jeudi en compétition. La réalisatrice Sophie Barthes se penche, avec se second long métrage, sur un classique parmi les classiques: Madame Bovary (Flaubert, 1856). Mia Wasikowska prête ses traits à la versatile et volage Emma, une interprétation de qualité relevé par les  costumes de Valérie Ranchoux et la photographie d’Andri Parekh. L’image est d’ailleurs le grand atout du film qui recréer l’aspect huileux des vieux tableaux, et la froide brume des campagnes Normandes. Une atmosphère à la fois belle et inhospitalière qui sied parfaitement à la chute morale et sociale d’Emma Bovary. Si l’on peut regretter un certain soporifisme, on prend plaisir à redécouvrir en image les lignes de Flaubert.

Youth, un film de Paolo Sorrentino : Critique

Boulevard du crépuscule

Soudain, on se découvre de plus en plus fébrile à l’annonce de chaque nouveau film de l’italien Paolo Sorrentino. Avec l’aide de son chef opérateur Luca Bigazzi, il livre des films à propos desquels la notion de persistance rétinienne prend tout un autre sens. Chaque image choc remplace une autre image choc. Chaque mouvement fougueux de caméra en chasse un autre. L’anticipation d’un plaisir des sens amène l’excitation à son comble.

Déjà dans son précédent film, la Grande Bellezza, Paolo Sorrentino a mis la barre très haute en terme de mise en scène baroque : pas une image accidentelle, pas un plan qui n’ait été pensé avec soin…Un très bel emballage qui enfermait malheureusement un film mélancolique et amer sur la grandeur passée et la décadence de son Italie post-berlusconienne, post Rai TV, un film trop appliqué à se mettre dans le sillon fellinien pour parvenir à émouvoir vraiment.

Youth suit la même veine, la même recherche frénétique du « beau ». La « grande bellezza », Sorrentino l’applique à son nouvel opus : le choix d’une décoration ultra-léchée, d’une musique très pointue (réinterprétation –hardie ou hasardeuse- de Florence + The Machine en ouverture du film, apparition de Marc Kozelek – Sun Kil Moon Red House painters -, superbes morceaux de David Byrne ou encore de Bill Callahan), de cadrages très travaillés, de couleurs hyper éclatantes, d’un casting idéal.

Et pourtant, quoi qu’en disent les chafouins, nos yeux ne piquent même pas. Notre estomac ne se retourne même pas. Mené tambour battant autour d’un Michael Caine irréprochable, le film s’intitule Youth ; Youth pour les souvenirs de jeunesse de deux quasi- octogénaires, Fred Ballinger (Michael Caine) et son ami Micky Boyle (Harvey Keitel), ainsi par exemple ce regret de ne pas avoir couché avec leur amour de jeunesse ; Youth pour conjurer la décrépitude de leurs corps vieillissants, même si « à [leur] âge, c’est une perte de temps » ; Youth enfin comme dans le titre original : la Giovinezza, ou de l’art d’être jeune quel que soit son âge…

Fred Ballinger est un compositeur et un chef d’orchestre célèbre, ami de Stravinsky, à la retraite, retiré du monde, indifférent à tout. Il est en villégiature de remise en forme dans un complexe hôtelier de luxe sur l’insistance de Lena (Rachel Weisz), son assistante de fille, en même temps que son ami Mick Boyle, un cinéaste qui, lui, ne veut pas abdiquer devant la vieillesse, et dirige un brainstorming un peu laborieux avec son équipe de scénaristes pour un film qu’il qualifie de testament. Autour d’eux, une pléthore de personnages complexes, comme celui de Jimmy Tree (Paul Dano), un jeune acteur emprisonné déjà dans un premier rôle peu assumé, et s’apprêtant à en endosser un autre carrément transgressif. Comme celui de Brenda Morel (Jane Fonda), une vieille gloire très fânée et pourtant la plus libre de tous. Comme celui de Lena, la fille de Fred et belle-fille de Micky, belle et jeune et pourtant plaquée brutalement par son mari. Il y aura également une sculpturale miss Univers (sublime Madalina Ghenea, embauchée sans aucune condescendance pour ce qu’elle est, un mannequin aux formes parfaites), ou une ancienne gloire maradonnesque du football, le souffle envolé sous une tonne de graisse, mais la magie encore au bout des orteils…

Un dispositif optimisé donc, mais une fois de plus, pour servir un scénario inexistant. Les scènes se suivent sans se répondre vraiment, vivant leur beauté en autarcie. Sorrentino évoque plusieurs sujets : le passé et le futur donc, le cinéma et la musique, la beauté et la laideur, le désir et l’horreur, la télé et le cinéma (encore), à chaque fois dans une sorte d’opposition simple, voire simpliste.

Mais l’opératique film de Sorrentino, interprété merveilleusement par de merveilleux acteurs, est traversé de sublimes images, dans des cadres extérieurs comme intérieurs très photogéniques, et reste une merveille malgré tout. Citons notamment ce cauchemar de Fred, dans lequel il se noie tout doucement « dans » une place Saint Marc de toute beauté, inondée d’eau et de lumière. Ou encore cette apparition invraisemblable de Jimmy à mi-parcours du film qui saisit aussi bien son propre entourage que le spectateur incrédule dans son siège. Ou enfin cette finale dont les artifices peuvent hanter longtemps leurs témoins. Sorrentino n’a peur de rien, ne recule devant rien, et même s’il donne l’impression de ne laisser que peu, voire pas du tout de place à la spontanéité, à la liberté qui est pourtant le leitmotiv de son film, on peut le compter parmi les plus grands cinéastes de notre temps, peu avare de son art, au risque de la démesure, de la boursoufflure, mais en produisant à chaque fois un film hallucinant, obsédant, un film qui vaut toutes les peines du monde d’être vu.

Synopsis : Fred et Mick, deux vieux amis approchant les quatre-vingts ans, profitent de leurs vacances dans un bel hôtel au pied des Alpes. Fred, compositeur et chef d’orchestre désormais à la retraite, n’a aucune intention de revenir à la carrière musicale qu’il a abandonnée depuis longtemps, tandis que Mick, réalisateur, travaille toujours, s’empressant de terminer le scénario de son dernier film. Les deux amis savent que le temps leur est compté et décident de faire face à leur avenir ensemble. Mais contrairement à eux, personne ne semble se soucier du temps qui passe…

Fiche technique : Youth

Titre original : La Giovinezza
Date de sortie : 09 Septembre 2015
Réalisateur : Paolo Sorrentino
Nationalité : Italie, France, Suisse, Royaume Uni
Genre : Drame
Année : 2015
Durée : 118 min.
Scénario : Paolo Sorrentino
Interprétation : Michael Caine (Fred Ballinger), Harvey Keitel (Mick Boyle), Rachel Weisz (Lena Ballinger), Paul Dano (Jimmy Tree), Jane Fonda (Brenda Morel), Mark Kozelek (Lui-même), Robert Seethaler (Luca Moroder), Alex Macqueen (Emissaire de la Reine), Luna Zimic Mijovic (Jeune masseuse), Paloma Faith (elle-même), Ed Stoppard (Julian), Sonia Gessner (Melanie), Madalina Diana Ghenea (Miss Univers), Sumi Jo (Elle-même)
Musique : David Lang
Photographie : Luca Bigazzi
Montage : Cristiano Travaglioli
Producteurs : Carlotta Calori, Francesca Cima, Nicola Giuliano – Coproducteurs : Fabio Conversi, Anne Walser
Maisons de production : Indigo, C-Films AG, Barbary Films, Pathé Production, France 2 Cinéma
Distribution (France) : Pathé distribution
Récompenses : Sindacato Nazionale Giornalisti Cinematografici Italiani : Paolo Sorrentino (meilleur réalisateur), Luca Bigazzi (meilleure photographie), Cristiano Travaglioli (meilleur montage)
Budget : 12 300 000 € (estimé)

Life, un film d’Anton Corbijn: Critique

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La naissance d’une icône sur papier glacé

Pour être tout à fait franc, lorsque le projet d’un « film sur James Dean » avec Robert Pattinson a commencé à se faire connaitre il y a quelques mois, l’idée de voir l’égérie Dior dans la peau du sex-symbol des années 50 semblait être un choix assez logique. Quelle ne fut donc pas notre surprise alors lorsque le casting s’est fait connaitre et que l’on apprit que le rôle de la star de La Fureur de Vivre était échu à Dane DeHaan, un acteur uniquement connu par les amateurs de films puisqu’il fut découvert l’année dernière dans Chronicles pour les uns ou dans The Amazing Spider-man 2 pour les autres. Ce parti-pris de faire incarner à une star international le rôle d’un inconnu et, inversement, à un acteur encore peu connu le rôle d’une star internationale est donc, au moins autant que la justesse de son propos, le défi central du nouveau film d’Anton Corbijn. Découvert grâce à son excellent premier film Control, traitant du début de la courte carrière du rockeur Ian Curtis, Corbijn a ensuite réalisé deux thriller très décevants, le nanardesque The American et Un Homme très recherché qui n’a attiré le public que par envie d’y voir la dernière prestation de Philip Seymour Hoffman. Après ces productions hollywoodiennes ratées, il n’est pas étonnant donc qu’il est accepté de retravailler avec le producteur Iain Canning avec qui il avait signé Control et surtout en revienne au sujet d’un début de carrière et à un personnage de star précoce parti trop vite.

N’étant pas tout à fait un biopic, le scénario ne pouvait pas (et le parcours de James Dean l’aurait de toutes façons rendu inenvisageable) se borner au sempiternel schéma gloire-déclin-renaissance, mais choisit de prendre pour point de vue le regard qu’avait le photographe Dennis Stock sur son sujet, un angle qu’on peut imaginer être facilité par le fait que le réalisateur était lui-même un photographe attaché à des célébrités. L’enjeu de l’histoire devenait alors une série de photos prise entre les tournages de A l’est d’Eden et de La Fureur de Vivre et qui allait, après la sortie des deux films, participer à l’iconisation de James Dean, mais la vraie question posée par le film se veut être celle de la fin de la vie d’anonyme vers celle de star. Une question qui est traitée à travers des dialogues qui peuvent être, tour à tour touchants et emphatiques, et qui font de James Dean un être terriblement mélancolique. Sa caractéristique première –tel qu’il est décrit dans le film- est d’être constamment tiraillée entre un choix entre la vie de paillettes hollywoodienne et un retour aux sources dans la ferme familiale. Une opposition qui influe indubitablement sur la construction du récit. Toute la première partie est intensément remplie de références cinéphiliques, au point de ne parler finalement qu’aux spectateurs pour qui l’âge d’or des studios n’a pas de secret, sinon comment profiter pleinement de l’interprétation de Ben Kinsley en un exécrable Jack Warner ou des choix d’acteurs quasi-inconnus mais physiquement très ressemblants pour Nathalie Wood, Elia Kazan, Pier Angeli ou Nicholas Ray ? La seconde partie en revanche, celle dans l’Indiana au côté de la famille de quackers, souffre de son ton mélodramatique trop poussé. L’idée de départ qu’était de mettre en scène les conditions dans lesquels furent prises les fameuses photos pour le magazine Life est réussi, mais ce concept purement illustratif ne réussit malheureusement pas à nous aider à cerner l’âme tourmentée de celui qui allait devenir le premier symbole d’une jeunesse américaine en colère contre la société puritaine.

Pour en revenir à question du casting des deux personnages principaux, le choix que l’on pouvait pensé risqué de Dane DeHaan s’avère être une évidence tant l’acteur réussit prendre l’allure de son personnage à tel point que, sur certains plans (surtout les contre-plongées qui, paradoxalement, sont peu nombreuses), on a l’impression de voir à l’écran le vrai James Dean. Son interprétation, ou plutôt son imitation, est cependant, à l’instar de la qualité des dialogues, en demi-teinte : Il peut par moment être parfaitement probant et rendre son personnage attachant (attention, réussir à interpréter un acteur de génie ne fait pas un grand acteur : Pour rappel, Robert Downey Jr était très convaincant en Charlie Chaplin !), et par moment sa façon de caricaturer le côté nonchalant de James Dean en fait quelqu’un de terriblement antipathique. De son côté, Robert Patinson (qui lui ne ressemble pas au vrai Dennis Stock) semble avoir pris conscience que son personnage est accessoire tant il n’implique que peu dans son rôle et que son interprétation effacée (son unique fulgurance étant peut-être la scène où il est sous l’effet d’amphétamines) risque de nourrir les mauvaises langues qui ne le voient encore que le héros très fade de Twilight. La bisexualité de James Dean peut être perçue de façon très sous-jacente dans la relation entre les deux hommes mais on sent que Corbijn est gêné pour l’évoquer frontalement, de la même façon qu’il avait tiré un trait sur les idéaux racistes d’Ian Curtis. Le fait d’en avoir fait quelqu’un d’assez pieux est également un choix scénaristique douteux puisque son athéisme affiché fut une des raisons pour lesquels il différait de ses contemporains mais aussi la cause de sa rupture avec Pier Angeli sur laquelle le scénario fait d’ailleurs l’impasse. Sur un plan formel, on peut saluer le travail irréprochable de reconstitution des années 50 effectué par la décoratrice Anastasia Masaro (L’Imaginarium du Docteur Parnassus, Mamá…). On peut cependant regretter que le budget n’ait pas permis à Corbijn de réitérer l’exercice de la photographie en noir et blanc qui avait pleinement participé au charme de Control et qui aurait participé à la façon qu’a Life de témoigner d’un moment de vie au travers d’un portfolio légendaire.

Parce qu’il privilégie les conversations déclamatoires et la démonstration visuelles à l’émotion et l’exploration psychologique, et parce qu’il ne répond pas aux interrogations qu’il pose, Life est l’exemple même du film qui n’a réussi pas à trouver en la bonne approche et ne touche que la surface de son sujet pourtant passionnant.

Synopsis : Los Angeles, 1955. Le photographe de presse Dennis Stock cherche à se faire connaitre et choisit de suivre un jeune comédien au comportement désinvolte, James Dean, pour lui consacrer un reportage. Entre les deux hommes va naitre une amitié profonde tandis que la carrière de l’acteur est sur le point d’exploser.

Life: Bande-annonce (VOSTF)

Life: Fiche Technique

Réalisation: Anton Corbijn
Interprétations: Robert Pattinson (Dennis Stock), Dane DeHaan (James Dean), Ben Kingsley (Jack Warner), Alessandra Mastronardi (Pier Angeli), Joel Edgerton (John Morris)…
Scénario: Luke Davies
Image: Owen Pallett
Décors: Anastasia Masaro
Costumes: Gersha Phillips
Montage: Nick Fenton
Musique: Owen Pallett
Producteur(s): Iain Canning, Emile Sherman, Christina Piovesan
Production: See-Saw Films, Barry Films, First Generation Films
Distributeur: ARP
Genre Biopic, drame
Durée: 112 mn.
Sortie en salles: 9 septembre 2015 (pour anecdote, la sortie américaine sera trois semaines plus tard, afin de coïncider avec le soixantième anniversaire de la mort de James Dean)

Etats-Unis – 2015

Prémonitions (Solace), un film de Afonso Poyart : Critique

Initialement prévu pour être la suite du culte Seven de David Fincher avant d’être transformé en œuvre originale, le script de Solace fut pendant longtemps mis de côté. Passé de mains en mains au fil des ans, il tombera dans celles d’Afonso Poyart qui l’utilisera pour en faire son deuxième film et ainsi débuter sa carrière aux États-Unis.

Malgré la réunion d’un casting prestigieux qui aurait pu lui assurer une certaine attraction auprès des spectateurs, le film est resté dans un placard durant deux ans après la fin de son tournage pour enfin venir voir le jour sur les écrans français et eux seulement. Du moins pour le moment. Cela peut laisser craindre le pire quant à la qualité d’une œuvre dont quasiment personne n’a parlé et dont la campagne promotionnelle fut quasiment réduite à néant. Mais une fois face au produit fini, le film de Poyart est-il la purge pressentie ou est-ce au contraire une bonne surprise ?

Complainte d’un tueur

Le scénario, malgré de très nombreuses réécritures, se montre vraiment surprenant dans sa cohérence et son originalité. Mêler intrigue policière et éléments paranormaux aurait pu créer un déséquilibre faisant tomber le film dans le ridicule mais l’ensemble est bien tenu et tient comme par miracle debout. Surtout que l’intrigue est remplie de clichés dans son déroulement et dans sa manière d’amener les révélations et autres rebondissements comme par exemple avec le caractère hautement mystérieux du personnage principal, qui lorsqu’il apprend quelque chose d’important, préfère garder tout pour lui et donc handicape le déroulement du récit. Ce genre de développements ne sert qu’à tirer certains éléments en longueur et tombe dans le déjà-vu parfois agaçant et didactique. Car l’histoire, déjà très prévisible, n’est pas aidée par des personnages caricaturaux aux passifs déjà connus, tellement ils ont été utilisés à outrance dans ce genre de films policiers et ils ne sont pas vraiment mis en valeur par des dialogues souvent insipides mais qui arrivent, dans la dernière partie du film, à trouver plus d’épaisseur et de pertinence. Ce qui finalement apporte un peu de fraîcheur au milieu de ce schéma narratif basique et ses développements génériques, c’est toute la partie surnaturelle. Alors que l’on aurait pu penser que ce serait l’élément handicapant c’est finalement tout l’inverse, apportant une réflexion non dénuée d’intérêt sur la mort et la souffrance, devenant même un plaidoyer sur l’euthanasie tout en acceptant son ambiguïté morale et les questionnements qui gravitent autour. Cela permet au tueur d’avoir une psychologie bien plus intéressante que ce que l’on peut voir dans ce genre de production même si malheureusement il reste sous-exploité. Il dispose d’une humanité insoupçonnée et sort de tout manichéisme élevant vers la fin cette série B sans prétention au rang de parabole humaniste et sincère sur la fin de vie et la perte de dignité qu’elle implique. Un film qui se montre donc beaucoup plus sensible et franc que l’on aurait pu le penser de prime abord et qui finalement arrive à emporter l’adhésion. Surtout qu’il a l’intelligence d’offrir une fin trouble et qui pousse à la réflexion.

D’autant plus que l’ensemble est mené par un casting de grande classe avec en tête, un toujours aussi excellent Anthony Hopkins, qui fait preuve d’une présence douce et charismatique donnant toute sa saveur au film car il incarne son propos à merveille, étant d’une gravité sincère. Il est accompagné d’Abbie Cornish, qui se montre impeccable et qui rappelle de plus en plus Charlize Theron, que ce soit physiquement ou dans son style de jeu, tandis que Jeffrey Dean Morgan offre une prestation sobre et très juste. On peut juste être un peu déçu du face à face entre Hopkins et Colin Farrell qui n’est pas à la hauteur de nos espérances, en raison du peu de présence de Farrell à l’écran. Néanmoins même s’il est peu présent il hante littéralement le film et arrive à voler la vedette à chacune de ses apparitions. Je n’ai jamais été un grand fan de l’acteur, que je trouvais fade mais force est de constater que ces dernières années il s’est amélioré, donnant ici une très bonne prestation.

Pour ce qui est de la réalisation, on a le droit à une photographie léchée et agréable à l’œil ainsi qu’une bande son inspirée et prenante. Par contre le montage se montre maladroit, notamment dans les scènes d’actions qui ont tendance à être sur-découpées et donc illisible. La course poursuite en voiture en souffre énormément, étant incroyablement molle et épileptique. Sinon il faut reconnaître que malgré des maladresses (zooms mal gérés, inserts incompréhensibles et flashforwards trop insistants), la mise en scène d’Alfonso Poyart dispose de belles idées. Comme par exemple les flashs clipesques qui apportent une esthétique hypnotique intéressante au film ou encore les scènes éclatées qui montrent, lors des visions du personnage, toutes les trajectoires possibles d’un individu de manière dynamique, ainsi que le travail fait sur l’ambiance générale. Le film n’hésite pas à tomber dans le morbide avec certains flashs dérangeants utilisant la symbolique de manière habile permettant même de faire traverser un souffle mélancolique à travers l’œuvre, sans parler de l’atmosphère pesante lors des découvertes de scènes de crimes qui arrive à créer un léger malaise par moments, soulignant un travail visuel parfois bancal mais aux fulgurances diablement originales et efficaces.

En conclusion Solace est un film des plus sympathique. Malgré tout, des défauts évidents et parfois même agaçants persistent, comme une trop grande accumulation de clichés, une prévisibilité encombrante, des maladresses envahissantes dans la réalisation ainsi qu’un face à face Hopkins-Farrell qui est au final anecdotique. Par contre cela n’enlève rien à la surprise que nous offre le film qui se montre bien plus pertinent et original que prévu. Il fait même parfois office de vent de fraicheur, car il se montre terriblement humain et touchant dans sa démarche, traitant son sujet difficile avec pertinence, justesse et sincérité, évitant par la même occasion tout manichéisme et disposant de quelques fulgurances visuelles bien senties ainsi que d’un casting impeccable. Une série B efficace, bien sentie et qui mérite indéniablement le coup d’œil.

Synopsis : Un tueur en série énigmatique sévit à Atlanta, laissant le FBI totalement désemparé. Quoi qu’ils fassent, les enquêteurs ont toujours un coup de retard, comme si le tueur pouvait anticiper leurs mouvements à l’avance ! En désespoir de cause, ils se tournent vers le docteur John Clancy (Anthony Hopkins), un médium retraité dont les visions les ont aidés dans le passé. En étudiant le dossier, Clancy devine rapidement la raison pour laquelle le FBI est incapable de coincer le tueur : ce dernier possède le même don divinatoire que lui. Comment dès lors arrêter un tueur capable de prévoir l’avenir ? Commence alors une partie d’échecs impitoyable.

Prémonitions (Solace) : Bande-annonce

Prémonitions : Fiche technique

États-Unis – 2013
Titre original: Solace
Réalisation: Afonso Poyart
Scénario: Sean Bailey, Peter Morgan et James Vanderbilt d’après un sujet de Ted Griffin
Interprétation: Anthony Hopkins (John Clancy), Colin Farrell (Charles Ambrose), Jeffrey Dean Morgan (Agent Joe Merriweather), Abbie Cornish (Agent Katherine Cowles)
Photographie: Brendan Galvin
Décors: Frank Galline
Costumes: Denise Wingate
Montage: Lucas Gonzaga
Musique: BT
Producteur(s): Thomas Augsberger, Matthias Emcke, Beau Flynn et Tripp Vinson
Production: Eden Rock Media, FilmNation Entertainment, Flynn Picture Company et New Line Cinema
Distributeur: SND
Date de sortie: 9 septembre 2015
Durée: 1h41min
Genre: Thriller

Cemetery of Splendour, Un Film d’Apichatpong Weerasethakul : Critique

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Le bruissement du vent sur les feuilles, le craquement des arbres et les chants d’animaux, c’est souvent avec une atmosphère sonore propre à la jungle que l’on entre dans le monde onirique d’Apichatpong Weerasethakul. Une première image et un voyage hypnotique commence…

Synopsis : Au cœur de la jungle, un hôpital de fortune accueille des soldats atteint d’un sommeil profond. Jenjira, une femme seule atteint d’une malformation de la jambe, décide de s’occuper de Itt, un jeune soldat à qui personne ne rend visite. Elle fera aussi la rencontre de Keng, une médium communiquant avec les hommes endormis, qui lui ouvrira les yeux sur le monde et sur elle-même.

Après sa palme d’or en 2010 pour Oncle Boonmee, le réalisateur taïwanais revient à Cannes avec la discrétion qui le caractérise donner un souffle cinématographique unique au festival. Comme un pied de nez à ceux qui trouvent son cinéma soporifique, Cemetery of Splendour met en scène des soldats pris par une maladie du sommeil dès lors qu’ils se retrouvent dans cet hôpital au cœur de la jungle.

Dans beaucoup de films d’Apichapong Weerasethakul les personnages font le trajet de la ville à la jungle pour sortir de leur quotidien et vivre leur rêve. On entre donc dans la forêt tropicale comme on s‘endort pour rêver les yeux ouverts. Dans Cemetery of Splendour, nous sommes au cœur de la jungle.

Dans l’hôpital de fortune, Jenjira décide de s’occuper d’un soldat, Itt, auquel personne ne rend visite. Cette femme un peu esseulée va soudainement prend conscience du monde qui l’entoure. Lors d’une simple conversation avec une jeune femme, lorsque celle-ci lui déclare être morte, c’est tout un pan de l’inconscient de notre monde qui s’ouvre à Jenjira, celui de la magie, des rêves, des morts et des esprits. Elle sera finalement sauvée par Itt en qui elle voit un fils voire un amant.

Qu’il soit long, lent, radical, le spectateur ne somnole pas devant un film de Weearasethakul, il est transporté, pris dans une espace d’hypnose cinématographique produit par les sons et les images du plasticien réalisateur. Tout comme les soldats du film, on vit une rêverie éveillée. Weerasethakul est un cinéaste d’atmosphère, et les nombreuses installations d’art contemporain qu’il a déjà à son actif le prouvent. Il n’y a qu’à voir ces machines du sommeil dans le film, une merveilleuse invention qui scintillent de toutes les couleurs en pleine nuit, un enchantement pour les yeux lorsque les esprits des personnages sont mis à contribution.

Cemetery of Splendour n’a pas besoin de beaucoup de moyens pour être efficace, il compte largement sur l’imagination du spectateur. Ainsi, une simple balade en pleine forêt devient une ballade au cœur de la splendeur d’un palais en marbre. Loin de nous laisser sur le bord de la route, le réalisateur convie notre esprit pour un voyage en forme de méditation.

Ceux qui sont las de ne pas tout comprendre devraient se laisser transporter dans ce geste cinématographique sans précédent, radical mais très attentif à son spectateur.

Cemetery of Splendour : Fiche Technique

Titre original : รักที่ขอนแก่น, Rak ti Khon Kaen
Auteurs : Apichatpong Weerasethakul
Réalisateur : Apichatpong Weerasethakul
Casting : Jenjira Pongpas, Banlop Lomnoi, Jarinpattra Rueangram, Petcharat Chaiburi
Chef opérateur : Diego Garcia
Assistant réalisateur : Sompot Chidgasornpongse
Chef opérateur son : Akritchalerm Kalayanamitr
Chef décorateur : Akekarat Homlaor
Chef costumière : Phim U-Mari
Monteur : Lee Chatametikool
Producteurs : Apichatpong Weerasethakul, Keith Griffiths, Simon Field, Charles de Meaux, Michael Weber, Hans W. Geiβendörfer
Le film a été presenté en sélection officielle Un Certain Regard au Festival de Cannes 2015.

Entre-Deux, un court métrage de Franchin Don : Critique

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La belle et jeune compositrice Sarah meurt brutalement mais son esprit demeure. Dans les oreilles de son compagnon Clément, dans les derniers souvenirs de sa mère Jeanne. L’entre-deux du titre est peut-être ce petit laps de temps, celui du deuil, nécessaire avant de reprendre une vie normal après la mort d’un être proche. Chacun réagit différemment après un décès et c’est ce dont l’écriture subtile de Éric Geynes cherche à nous interroger. Certains refoulent tandis que d’autres profitent, comme Jeanne, de cette ultime opportunité pour expier à leurs façons les fautes commises envers le disparu.

Peu de moyens mais un travail acharné sur le son et la lumière suffisent à nous immerger dans cet état second post-traumatique que vivent les deux personnages. Les échos de l’âme de Sarah résonnent et vibrent encore longtemps dans le corps des personnages et les oreilles des spectateurs. La réalisation, dépouillée de tout dialogue superflu, est d’une grande rigueur et d’une efficacité prometteuse.

Mais la réussite la plus encourageante de ce court est son scénario, suffisamment riche pour être adapté au long. Il y a quelque chose de purement hitchcockien dans cet Entre-deux, comme une vertigineuse référence à Sueurs Froides. Après le décès de sa fille, Jeanne ressent le besoin de vivre sa journée (voire sa vie ?) à sa place, avec son compagnon. Clément voit ainsi dans Jeanne le visage vieillissant de Sarah, comme une âme revenue d’entre les morts, et tombe forcément amoureux de ce futur qui vient de lui être dérobé.

Avec de véritables ambitions purement cinématographiques, Franchin Don signe un vertigineux hommage à Sueurs Froides. Un film qui pourrait très bien symboliser l’entre-deux entre le court et le long-métrage.

Synopsis : Sarah, une jeune compositrice, annonce une bonne nouvelle à son compagnon Clément mais leur bonheur est de courte durée. Lorsque les parents de Sarah apprennent qu’elle vient de décéder, sa mère Jeanne ramène Clément chez lui et tente de déchiffrer la vie de sa fille. Le lendemain, elle demande à Clément de l’accompagner pour capturer chaque instant de la journée que Sarah aurait dû vivre.

Entre-Deux: Fiche Technique

Un Court-métrage de Franchin Don
Marie Bunel – Jeanne Derancy – Eric Geynes – Clément (Scénariste / Producteur) Capucine Delaby – Sarah Derancy, Bernard William – Bernard Derancy
Producteur délégué : Éric Geynes
Producteur exécutif : Éric Geynes
Directeur de la photo : Vincent Moreau
Assistant opérateur : Julien Raynaud
Directeur de production : Jérôme Cusin
Monteur son : HealaeH
Auteur de la musique : Cécile Bonardi
Costumier : Fabien Chesseboeuf
Chef maquilleuse : Amélie Salomon
Assistante à la réalisation : Andrea Wagenknecht
Coproducteur : Benjamin Bonnet
Ingénieur du son : HealaeH
Cadreur : Vincent Moreau
Monteuse : Margaret Glover
Scripte : Amandine Assenat
Chef décoratrice : Coline Antonucci
Effets spéciaux : Humayun Mirza
Mixeur : HealaeH
Année de production : 2015
Production Déléguée : Gerbille Productions
Coproduction : Mood Films Production

Site internet:  https://entredeuxfilm.wordpress.com/ (EN https://hiatusfilm.wordpress.com/)

le making of / interview https://vimeo.com/114659139

Les chansons que mes frères m’ont apprises, un film de Chloé Zhao : critique

A l’image de son affiche américaine, Les chansons que mes frères m’ont apprises est tiraillé entre l’immobilisme et l’éparpillement, tout en nous montrant à quel point des deux états sont loin d’être incompatibles.

La vie devant elle(s)

Il s’agit du premier long métrage de Chloé Zhao, sélectionné d’abord à Sundance, puis à la Quinzaine des réalisateurs de Cannes avant de finir en compétition au Festival du film Américain de Deauville où il a encore de sérieuses chances. Cette myriade de sélections lui a donné une visibilité tout autant qu’une identité dont il tente pourtant de se dégager. Le film est d’abord indépendant, c’est la veine Sundance, mais c’est aussi un film d’auteur, avec une patte et un regard particulier -loin du formatage comme du nombrilisme ambiants – tout autant qu’un film Américain. Pourtant, Chloé Zhao dit elle-même avoir perdu « toutes (s)es illusions sur le cinéma indépendant américain » (dans une interview donnée à Télérama). Elle remet notamment en cause le manque d’argent qui force les cinéastes labellisés « indépendants » à rentrer dans les clous pour satisfaire les producteurs, à ne pas prendre de risques. Pourtant, des risques, Chloé Zhao en prend : dans sa forme, dans son ton et en portant un regard triste, mais pas désengagé, sur une population marginalisée. Elle a ainsi placé sa caméra dans une réserve indienne. Mais si ce récit de l’abandon où la prohibition n’évite pas les ravages de l’alcool, s’apparente à un cri d’alarme, l’espoir s’écrit aussi à travers une héroïne : Jashaun, 13 ans et donc toute la vie devant elle. C’est le cas aussi de cette jeune cinéaste née en Chine et installée à New York depuis 10 ans, mais qui a beaucoup voyagé, sans s’enraciner donc. Pourtant, son récit dans Les chansons que mes frères m’ont apprises est celui d’un enracinement profond et impossible à briser tant le sang d’un père est présent dans plusieurs corps.

Mustang

Si le titre nous oriente vers un point de vue unique, celui de la jeune Jashaun dont les frères jalonnent le film, on est vite pris à rebours, puisque c’est avant tout son frère Johnny qui « s’adresse à nous », par deux fois : pour ouvrir et clore le film. Là-bas, dans cette réserve indienne coupée du reste de l’Amérique, on dresse encore des chevaux sauvages, sans les entraver complètement, en leur laissant leur part « mauvaise ». L’horizon pour ces adolescents ? Une scène de classe comme il y en a eu tant d’autres, mais plus sauvage, plus animale, dessine celui du rodéo « parce que c’est ce que j’ai toujours connu ». Là-bas, on rêve d’avoir un ranch ou de monter des taureaux. Pourtant, Johnny n’est pas sûr de ce qu’il veut. Son objectif à court terme, mais encore mal défini, c’est de partir avec Aurélia, sa petite amie, qui va faire ses études à Los Angeles. Mais pour s’extirper de là, Johnny doit encore accepter de laisser sa mère et sa jeune soeur. Or, la famille c’est précisément ce qui domine ici. Encore une fois, la cellule familiale, signe de mobilité, de cocon, éclate. La famille vit en effet un deuil puisque le père de Jashaun et Johnny vient de mourir. Cet homme-là revient donc dans leur vie alors même qu’il n’en a jamais vraiment fait partie. Un père au « 25 enfants » et « 9 femmes ». Résultat, dans cette réserve-là, les racines sont plus sévères qu’ailleurs. On est libres dans les grands espaces, magnifiquement filmés, mais bloqués aussi, par un manque cruel de perspective. 

Regards croisés 

Jashaun, plus que son frère qui renonce et est déjà pris dans un trafic (celui de l’alcool qui détruit les foyers et les vies), est de la « 7e génération », celle qui, selon les dires d’un autre protagoniste du film, doit marquer un renouveau. On voit alors la jeune fille vivre simplement sa vie, verser quelques larmes, tenter de prendre une place, même minime, dans la vie de ses nombreux frères. Elle est encore à l’âge où elle a le temps de décider de l’après et où pourtant elle écrit déjà tout. Chloé Zhao décide de ne pas donner de chemin tout tracé à son héroïne qui s’accroche à son frère, mais qui observe et ressent aussi « des choses [qu’il] ne voi(t) pas ». Elle est donc gracieuse, assez indocile sans être rebelle, mature, mais aussi enfantine. Ses cheveux volent au vent, comme ceux de sa mère, déjà résignée, ou encore d’Aurélia. C’est que Les chansons que mes frères m’ont apprises est aussi un film contemplatif, lent. Il prend presque la forme d’un documentaire tant son regard n’est pas figé sur un seul personnage, mais posé tour à tour sur chacun de ceux qui composent cette communauté indienne à part. Chloé Zhao les a suivi, en immersion, pendant quatre années avant de faire son film. Cette immersion, elle tente de la faire vivre à son spectateur par l’image.

La fiction n’écrase donc pas les personnages, qui semblent pouvoir toujours prendre un autre chemin. Pourtant, si la réserve est grande, elle renvoie toujours à ses habitants l’écho de leur propre voix, jamais celle de l’extérieur. Malgré quelques longueurs et des scènes un peu trop attendues par la thématique du film – adolescence, passage vers l’âge adulte, récit initiatique – Chloé Zhao se distingue par la douceur qui se dégage de son film, où le feu ravage des vies, mais où les visages regardent toujours au loin, pour enfin apercevoir, comme Jashaun d’après son frère, quelque chose de nouveau. Le destin n’en sera peut-être pas bouleversé, la réserve perdura dans son écrin de liberté et d’immobilisme presque poétique. Jashaun est même prête à se construire sa propre famille et au-delà sa propre histoire. Son regard est plus que buté, il est déterminé aussi. Quand à la voix off et aux images, elles finissent par nous inviter au voyage, même en parlant de racines et de liens du sang.

Synopsis : Johnny vient de terminer ses études. Lui et sa petite amie s’apprêtent à quitter la réserve indienne de Pine Ridge pour Los Angeles. La disparition soudaine du père de Johnny vient bousculer ses projets. Il hésite également à laisser derrière lui Jashaun, sa petite sœur de treize ans dont il est particulièrement proche. C’est tout simplement son avenir que Johnny doit maintenant reconsidérer…

Bande annonce du film 

Fiche Technique – Les chansons que mes frères m’ont apprises 

Titre original : Songs My Brothers Taught Me
Date de sortie : 9 septembre 2015
Nationalité : Américaine
Réalisation : Chloé Zhao
Scénario : Chloé Zhao
Interprétation : John Reddy (Johnny), Jashaun St. John (Jashaun), Taysha Fuller (Aurélia), Eleonore Hendricks (Angie), Travis Lone Hill (Travis), Irene Bedard (la mère)
Musique : Peter Golub
Photographie : Joshua James Richards
Décors : NR
Montage : Alan Canant
Production : Chloé Zhao, Angela C. Lee, Mollye Asher, Nina Yang Bongiovi, Forest Whitaker
Sociétés de production : Significant Production
Sociétés de distribution : Diaphana Distribution
Budget : NR
Genre : Drame
Durée : 94 minutes
Récompense(s) : En compétition au Festival du Cinéma Américain de Deauville, Sélectionné à Sundance et au Festival de Cannes 2015 (Quinzaine des réalisateurs)