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N.W.A – Straight Outta Compton, un film de Felix Gary Gray : Critique

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Les vainqueurs écrivent l’histoire… leur histoire

Si la réalisation de biopics musicaux est un exercice à la mode, les groupes ont toujours été plus difficiles à appréhender sans se consacrer à un seul et unique de ses membres comme ça pouvait être le cas de Doors d’Oliver Stone, centré sur Jim Morrison. Dans le cas de N.W.A., le péril venait du mode même de production du film, puisque ses trois principaux producteurs ne sont autres que Dr Dre, Ice Cube et la veuve d’Eazy E, soient les trois plus connus des membres fondateurs du groupe, et le réalisateur Felix Gary Gray, un proche qui les a déjà dirigé et a signé plusieurs de leurs clips. Autant dire que le bien-fondé du long-métrage dépendait de son degré d’objectivité. D’autant que la sortie en simultanée du nouvel album de Dr. Dre et la commémoration 20ème anniversaire de la mort d’Eazy E avaient de quoi laisser craindre une hagiographie teintée d’autopromotion.

En débutant par une scène d’ouverture ultra-violente, le réalisateur réussit à nous plonger dans l’atmosphère de coupe-gorge de Compton, un univers dont il va cependant rapidement s’éloigner, sans pour autant délaisser une certaine tension sociale et raciale sous-jacente, pour se focaliser sur ses personnages, les trois producteurs du film donc, et la façon dont chacun va apporter à leur union. L’écriture de lyrics pour Ice Cube, le talent de DJ de Dre et le sens des affaire (hérité du trafic de drogue) pour Easy-E. On ne peut pas reprocher au scénario d’essayer de faire des trois rappeurs des individus irréprochables, chacun assumant sa part de responsabilité dans l’éclatement du groupe lorsqu’il atteint l’apogée de son succès sans pour autant jamais cesser d’être attachant. Les événements nous sont présentés de telle manière qu’il devient difficile de reprocher à Ice Cube, puis à Dre d’avoir, pour des raisons d’égo ou purement lucratifs, quitter le groupe pour se lancer dans une carrière solo. Après tout, c’est ni plus ni moins que du rêve américain dont il question ici. La dramaturgie fait en sorte d’alléger l’égocentrisme des personnages pour aller pointer du doigt la cupidité du manager Jerry Heller (campé par l’excellent Paul Giamatti qui rend son personnage difficile à cerner) et la désigner comme la véritable cause des litiges entre les membres du crew, qui ne se reformera d’ailleurs qu’une fois celui-ci évincé. Un autre personnage est présenté comme ayant su profiter du succès précoce des personnages, c’est celui de Suge Knight, qui n’est caractérisé que par le gabarit agressif que lui prête R. Marcus Taylor et par sa tendance à vampiriser le travail de producteur de Dr Dre. La question légitime à se poser alors, et qui en revient à ce doute sur l’objectivité des faits, est de savoir s’il aurait été représenté autrement, s’il avait, comme prévu, pris part au projet, et n’avait été finalement inculpé pour homicide. Mais c’est ainsi, les absents ont toujours tort!

L’autre antagoniste très présent dans le film est évidemment la police, puisque, dès le début, on assiste à plusieurs contrôles musclés au cours desquels les forces de l’ordre californiennes se montrent particulièrement racistes. La chanson « Fuck the Police » devient alors l’hymne de toute cette communauté discriminée qui explosera suite à la relaxe des auteurs du meurtre de Rodney King. Ces émeutes survenues en 1992 trouvent un écho avec les récents événements à Ferguson et Baltimore et prouvent ainsi que la situation des afro-américains, qui, contrairement à nos héros, ne sont pas devenus des stars multimillionnaires, est toujours la même. La façon dont la chanson s’imposait en 1989 comme prophétique des événements à venir est bien représenté, mais la façon dont elle fut reprise par les manifestants l’est moins. Et pour cause : le grand absent du film n’est autre que le public. Même si le nombre de ventes de CD est martelé tout le long de l’histoire, on en apprend que trop peu sur l’influence des premiers succès de gangsta rap dans la communauté black parmi les auditeurs blancs, sans parler de celle qu’a pu avoir le déchirement conflictuel de leurs idoles.

Finalement, le plus gros reproche que l’on puisse faire au film n’est ni sa durée (près de 2h30, ça pouvait sembler dissuasif), rendue fluide par une mise en scène nerveuse, ni même sa vision édulcorée du mode de vie de ses producteurs, car même s’il ne fallait pas espérer voir les violences conjugales de Dre mises en avant, on peut constater que les abus de drogues, l’usage des armes et les orgies alcoolisées n’ont pas été autocensurés. Non, le plus gros problème du film est sa conclusion. En appuyant un peu trop sur l’hommage rendu à Easy-E, les dernières minutes du film font l’impasse sur beaucoup de choses susceptibles d’être intéressantes, tels que les problèmes rencontrés par Tupac, mort un an plus tard qui aurait prouvé que le gangsta rap était encore une affaire gangsters et non pas uniquement de gros sous comme le film peut le laisser sous-entendre.Ce que deviennent les deux derniers personnages nous est montré de façon brouillonne dans le générique (un producteur découvreur de talent pour Dre et un comédien pour Ice Cube), ce qui aurait mérité d’être plus détaillé et même l’ultime occasion d’en apprendre davantage sur ses personnages secondaires passés à la trappe.

Difficile de parler du film sans évoquer son casting, puisque tous les rappeurs, aussi bien les trois principaux que les secondaires connus du public (Snoop Dogg, Tupac, Warren G…), sont incarnés par de jeunes acteurs qui ne font pas que leur être physiquement très ressemblants. Dans le cas de Ice Cube, c’est son propre fils qui joue le rôle, alors que les autres rappeurs sont interprétés par des comédiens non-professionnels promis à une belle carrière s’ils acceptent de quitter le cinéma communautariste. Aucun d’eux ne perd une seconde en crédibilité tandis qu’avance leur épopée romanesque, réussissant à trouver constamment le juste équilibre entre la victime de la société et l’ennemi public poussé par l’attrait du gain, entre l’ex-gangster en quête de rédemption et le révolutionnaire antisystème. Autre avantage impossible de ne pas citer : la bande originale. En plus de nous faire (re)découvrir certains des meilleurs sons du hip-hop west coast des années 80 et 90, elle réussit à intégrer la musique dans sa dramaturgie, en particulier lors de la battle par paroles interposées entre Ice Cube et ses anciens acolytes.

N.W.A – Straight Outta Compton est indubitablement, sur la forme, un des meilleurs biopics musicaux de la décennie, parce qu’il réussit à se montrer intéressant pour les non-amateurs de la musique qu’elle emploie et se révèle être une grande fresque sur l’amitié et sur l’espoir de s’extraire du déterminisme social des ghettos afro-américains. Et pourtant, en empruntant des schémas et des thématiques aussi hollywoodiens, le film est la démonstration que l’esprit contestataire de ses héros/producteurs n’est à présent plus qu’une pure question de show-business.

Synopsis : Los Angeles, 1988. Alors que le quartier Compton est gangrené par le trafic de drogues, les violences policières et la guerre des gangs entre les Blood et les Crips, cinq rappeurs locaux décident de raconter leur quotidien en chansons. Leur disque va connaitre un tel succès que le groupe va subir une implosion interne. Cinq ans plus tard, le groupe tentera de se réconcilier… trop tard.

N.W.A – Straight Outta Compton : Bande-annonce

N.W.A – Straight Outta Compton : Fiche Technique

Titre original : Straight Outta Compton
Réalisation : F. Gary Gray
Scénario : Alan Wenkus, Andrea Berloff
Interprétation : O’Shea Jackson Jr. (Ice Cube), Corey Hawkins (Dr. Dre), Jason Mitchell (Eazy-E), Paul Giamatti (Jerry Heller), Neil Brown Jr. (DJ Yella), Aldis Hodge (MC Ren), R. Marcus Taylor (Suge Knight)…
Musique : Joseph Trapanese
Photographie : Matthew Libatique
Décors : Shane Valentino
Montage : Michael Tronick, Billy Fox
Production : Dr. Dre, Ice Cube, Tomica Woods-Wright, Matt Alvarez
Sociétés de production : Legendary Pictures, Broken Chair Flickz
Sociétés de distribution : Universal Pictures International France
Genre : Biopic, musical
Durée : 147 minutes
Date de sortie : 16 septembre 2015

Etats-Unis-2015

FEFFS 2015 : La Zombie Walk de Strasbourg en images

Zoom sur les morts-vivants les plus terrifiants de la Zombie Walk, en images. Les créatures monstrueuses en tout genre, sont de retour à Strasbourg ce samedi. Le rassemblement des walkers marque l’ouverture du FEFFS 2015.

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Le Prêtre zombie et sa saucisse, miam miam…
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Le Trans Zombie
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Le banquier zombie
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Un magnifique couple de zombies rencontrés lors de la marche
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La Zombie Girl indienne
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Le Girl Power en mode Zombie Walk
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Même la mort se déguise en Walker
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Le zombie épouvantail de votre jardin
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Ce Zombie nous rappelle un film d’horreur…
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Notre composition de nos zombies préférés

 

 

 

Festival de San Sebastian 2015 : Regression avec Emma Watson et Ethan Hawke en ouverture

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Festival International du Film de San Sebastian

C’est ce soir que démarre la 63ème édition du Festival International du Film de San Sebastian dans la région basque d’Espagne. A l’origine pensé pour promouvoir le cinéma espagnol à travers le monde, le festival s’est très rapidement internationalisé, s’ouvrant à des compétitions de longs métrages de tous horizons. Il s’agit du plus important festival hispanique dans le monde. Pas étonnant alors qu’Alejandro Amenabar ait choisi ce festival pour la première présentation mondiale de son nouveau film, Regression avec Emma Watson et Ethan Hawke. Pour rappel, l’histoire suit l’inspecteur Bruce Kenner sur un crime révoltant dont la jeune Angela accuse son père, John Gray. Mais derrière sa culpabilité se cache un plus terrifiant mystère que l’inspecteur devra résoudre. Regression ouvrira ce soir les festivités mais n’est pas présent dans la compétition officielle. Cette dernière comprend cependant une sélection de films variés et très attendus comme The Boy & the Beast, le nouveau film d’animation de Mamoru Hosoda (Les Enfants Loups, Ame & Yuki), Evolution de la trop-rare Lucile Hadzihalilovic (Innocence), High Rise de Ben Wheatley avec Tom Hiddleston, Freeheld avec Julianne Moore et Ellen Page, 21 nuits avec Pattie, le nouveau film des frères Larrieu ou Mi Gran Noche de Alex de la Iglesia. C’est London Road de Rufus Norris (Broken) qui se chargera de clôturer l’événement.

Cette année, le jury est présidé par Paprika Steen, célèbre actrice danoise connue pour ses rôles dans Festen, Les Idiots ou Adam’s Apple. A l »issue du festival, le jury remettra de nombreuses récompenses dans la Coquille d’Or, la récompense suprême. Mais d’abord, un aperçu sur ce qui attend le jury dans la sélection officielle.

Sélection officielle :

21 nuits avec Pattie de Jean-Marie et Arnaud Larrieu (France)

Amama de Asier Altuna Iza (Espagne)

 Xiang Bei Fang (Back to the North) de Liu Hao (Chine)

The Boy & the Beast de Mamoru Hosoda (Japon)

El Apostata de Federico Veiroj (Espagne, Uruguay, France)

El Rey de la Habana de Agusti Villaronga (Espagne, République Dominicaine)

Eva No Duerme de Pablo Aguero (France, Argentine, Espagne)

Evolution de Lucile Hadzihalilovic (France, Belgique, Espagne)

Freeheld de Peter Sollett (Etats-Unis)

High-Rise de Ben Wheatley (Royaume-Uni)

Les Chevaliers Blancs de Joachim Lafosse (Belgique, France)

Les Démons de Philippe Lesage (Canada)

Moira de Levan Tutberidze (Géorgie)

Sparrows de Rúnar Rúnarsson (Iceland, Danemark, Croatie)

Sunset Song de Terence Davies (Royaume-Uni, Luxembourg)

Truman de Cesc Gay (Espagne, Argentine)

Un Dia Perfecte per Volar de Marc Recha (Espagne)

Lejos del Mar de Imanol Uribe (Espagne)

No Estamos Solos de Pere Joan Ventura (Espagne)

Le festival se déroulera du 18 au 26 septembre. La question est : Qui succédera à La Nina de Fuego de Carlos Vermut, sacré Coquille d’Or l’an passé ?

Toutes les infos du festival sur : http://www.sansebastianfestival.com/in/

Festival Fantastique de Strasbourg 2015 : Quels sont les films que la rédaction a déjà vu ?

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Alors que lemagducine.fr arrivera dès mardi pour la deuxième année consécutive dans cette belle capitale alsacienne qu’est la ville de Strasbourg à l’occasion de la huitième édition du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg, il semblait nécessaire de faire un point sur les films déjà vus par la rédaction. On connait la programmation depuis un mois maintenant et certains longs métrages sélectionnés ont déjà bénéficié d’une projection antérieure,que ce soit à Cannes, à Neuchâtel, à Deauville ou à l’Étrange Festival. C’est l’occasion pour nous de revenir sur ces films et de donner quelques pistes aux spectateurs sur ce qu’il faut aller voir voir à Strasbourg.

[EN COMPETITION] The Lobster

Réalisé par Yorgos Lanthimos (2015). Sortie en salles le 28 octobre 2015. 

Kévin List : Jamais nous n’avons autant entendu parler de la Grèce que cette année. Dans un pays en pleine crise économique et politique, il existe pourtant un exemple de réussite national. Un réalisateur grec audacieux au doux nom suave de Yorgos Lanthimos, tout-juste acclamé à Cannes, recevant par la même occasion l’honorable Prix du Jury pour The Lobster. A nouveau crédité à l’écriture du scénario avec son compère Efthimis Filippou, Yorgos Lanthimos nous livre une représentation originale des contradictions et absurdités de notre société et une oeuvre dans la droite lignée de ses précédents films. Avec The Lobster, le cinéaste grec pousse l’originalité de son sujet jusqu’au-boutisme tout en faisant preuve de maîtrise, suscitant le rire et l’émotion dans un monde où l’amour, le véritable, n’est plus qu’une rare denrée permise à ceux qui s’opposent à tous les diktats. Aussi mélancolique qu’effrayant, The Lobster est un film où l’on rit. On rit même énormément, mais sans pour autant s’éloigner de cet étrange sentiment de malaise qui parcourt le long métrage. C’est à ça qu’on reconnaît la marque des grands films, de ceux qui bouleversent, bousculent et laissent une impression impérissable. Par son absurdité et son réalisme exacerbé, The Lobster en fait partie.

Note de la rédaction : ★★★★★

[EN COMPETITION] Emelie

Réalisé par Michael Thelin (2015). Date de sortie prochainement annoncée.
Grégoire Lemaitre : Emelie nous plonge dans une soirée qui tourne au désastre suite à l’engagement un peu hasardeux d’une babysitteuse. Le réalisateur a expliqué en conférence que son objectif premier était de nous faire très peur. Objectif atteint partiellement. Il s’inspire d’une histoire d’enfance à laquelle il a combiné plusieurs faits divers. Il en naîtra une intrigue diabolique qui effraiera quiconque laisse ses enfants dans les mains d’une inconnue. Mise à part une tension réelle, et quelques sursauts, ce premier film se cantonne dans son genre, et n’apporte pas grand chose de nouveau. A noter que le film aurait pu tomber dans une comédie très cynique, très noire, mais le cinéaste reste dans les rails du thriller. Un résultat honnête, mais pas dans la course au titre.

Note de la rédaction : ★★★☆☆

[SECTION CROSSOVERS] The Guest

Réalisé par Adam Wingard (2014). Date de sortie prochainement annoncée. 

Laurent Wu :  Le film est une série B, dénuée de psychologie, ne laissant place à aucun suspense. Pire encore, elle est plus proche d’un téléfilm, que d’un film, du moins dans sa première partie, avant que le rythme ne s’accélère et que la violence explose. Le schéma est le même que pour Drive : le calme, avant la tempête. Dan Stevens souffre d’un manque de charisme, et d’une absence d’émotions, faisant de lui une sorte de Robert Patrick, version T-1000 dans Terminator 2. Certes, c’est le rôle qui veut cela, mais on frôle en permanence le ridicule, avec cette fâcheuse tendance pour le réalisateur Adam Wingard, de rater ses scènes d’action, aux effets dignes des productions des années 80. Il se révèle être l’héritier d’Albert Pyun, réalisateur des navrants, pour ne pas dire navets : Campus, Cyborg, Kickboxer 2 & 4, une sacrée référence. Personnages caricaturaux, absences d’intrigue et de profondeur, The Guest est un film qui plaira aux amateurs de Drive, retrouvant sa musique électro-pop, son esthétique, avec de magnifiques plans, n’empêchant pas l’ensemble, d’être ennuyeux et basique. Pour les autres, il s’agira d’un plaisir coupable, où les neurones peuvent se reposer tranquillement, en s’éclatant face à la violence de certaines scènes. Puis pour certains, un film quelconque, qui laisse de marbre et s’oublie aussitôt, malgré quelques scènes réussies, de par leurs violences brutes.

Note de la rédaction : ★★☆☆☆ 

[SECTION CROSSOVERS] Cop Car

Réalisé par Jon Watts (2015). Date de sortie prochainement annoncée. 
Grégoire Lemaître : Kevin Bacon est un shérif véreux, dépossédé de sa voiture par deux gamins après laquelle il court. Une projection étrange car rythmée trop souvent par les rires, alors que le film n’a a priori pas vocation à faire rire. Mais il y a de la farce et du furious dans ce film, alors parfois le burlesque prend le dessus sur le thriller et cela nuit au rythme mis en place, par ailleurs très intéressant. Car avec un Kevin Bacon d’une sauvagerie inouïe dans son costume terreux traquant deux enfants délicieusement dépassés par la situation qu’ils ont créée, le film agit en étau qui se resserre autour des gamins et du spectateur. L’intrigue s’alourdit au fur et à mesure que l’on découvre ce que l’on est en droit d’attendre d’une voiture de flic magouilleur, et s’assombrit alors que l’humour reste assez inexplicablement présent. Jon Watts, en maîtrise, signe un film court mais très intense.

Note de la rédaction : ★★★☆☆ .

.[RÉTROSPECTIVE JOE DANTE] Gremlins

Réalisé par Joe Dante (1984). Sortie en salles le 05 décembre 1984. 

Hervé Aubert : Tout le monde se souvient du Mogwaï, craquante petite peluche inoffensive qui, sous certaines conditions, donne naissance à des petits monstres destructeurs. Et c’est bien là ce qui intéresse Joe Dante : la destruction. Le cinéaste se plaît à mettre en place tout un décor, cette banlieue américaine typique que l’on a vue dans tant de films et de séries (ce lieu qui, d’ailleurs, sert de décor à plusieurs films du réalisateur), pour la ravager littéralement. Les Gremlins, personnages principaux de ce « film d’horreur pour enfants », sont les véritables héros du film, tant chacune de leur apparition est un régal d’humour et de défoulement. Et parmi leurs victimes, il y a toutes les coutumes habituelles du Noël américain, dont les symboles sont ravagés successivement : Gremlins dans le sapin, Gremlins parodiant des chorales de Noël, et Gremlins massacrant un magasin de jouets. Une fois de plus, Joe Dante, sous des aspects de divertissement innocent, livre une œuvre politique subversive et joyeuse, parsemée de références cinématographiques à Frank Capra ou Disney.

Note de la rédaction : ★★★★☆ 

[RÉTROSPECTIVE JOE DANTE] Gremlins 2 : La Nouvelle Génération 

Réalisé par Joe Dante (1990). Sortie en salles le 22 août 1990. 

Kévin List : Joe Dante aura mis plus de six ans pour retrouver ses petites créatures aussi craquantes qu’effrayantes. Après avoir massacré l’image de noël, il massacre ici plus que jamais l’image de l’industrie du divertissement. Il est tellement jubilatoire de voir ces créatures parodiaient ce milieu à travers une succession de scénettes sans queue ni tête. Ca pourrait être du n’importe quoi complètement assumé qui vire à la grosse farce. Mais bon sang, qu’est-ce-que c’est jubilatoire ! Joe Dante n’hésite pas à maltraiter ses petits bébés tant appréciés du public, les métamorphosant en araignée, chauve-souris voire même en courant électrique ou pire en présentateur télévisé. Sa cinéphilie se ressent à travers chaque séquence et c’est cette passion qui rend le film si attachant. Joe Dante aime le cinéma et ça se ressent. C’est trop rare de ressentir cela pour ne pas la souligner. Si Gremlins 2 s’avère cependant brouillon, sans fil narratif, ni véritable mise en scène, tout le film repose sur le seul plaisir de voir ce défilé de gags excentriques et décadents dont le propos se veut entièrement corrosif sur le milieu de l’audiovisuel. Comme si Joe Dante et son impertinence avaient des choses à régler. C’est tellement grandiloquent, perché et improbable qu’on se demande comment Joe Dante a pu valider un tel scénario. Et puis, ne serait-ce que pour la performance du regretté Christopher Lee ou l’intervention d’Hulk Hogan (!), ce Gremlins 2 vaut assurément le coup d’œil.

Note de la rédaction : ★★★★☆ 

[RÉTROSPECTIVE JOE DANTE] Hurlements

Réalisé par Joe Dante (1980). Sortie en salles le 21 janvier 1981. 

Kévin List : Peut-être qu’en 1981, Hurlements sonnait comment une petite révolution dans le genre du cinéma horrifique, de par ses maquillages brillants pour l’époque et le ton acide et référencé de Joe Dante, véritable superstar du genre en devenir. Toujours est-il que trente ans plus tard, le film a cruellement vieilli et toutes les lacunes scénaristiques se révèlent, nous laissant ébahi devant tant de bêtises. Ici, le Mythe du Loup-Garou n’est ni bien exploité, ni renouvelé, ni même travaillé. L’intrigue principale n’est qu’un prétexte pour envoyer les personnages s’isoler dans une communauté forestière éloignée de tout, comme une bonne vieille série B standarde. Les dialogues sont affligeants, le montage est haché, la musique affreuse ne colle jamais à l’action et le rythme lent et étiré n’invite aucune passion. Pire, les acteurs sont catastrophiques et aucune empathie ne survient à la mort des personnages principaux de l’intrigue. Pour certains, on est d’ailleurs à la limite de la misogynie. L’histoire est tellement peu intéressante qu’aucun sentiment de surprise ne surgit dès lors que les rebondissement s’enchaînent. Seul persiste le frisson de se rapprocher (enfin) du générique de fin du film. D’ailleurs, un générique de fin qui défile sur un steak en train d’être cuit. C’est dire l’humour de son géniteur. Et dire que la même année est sorti Le Loup-Garou de Londres de John Landis… Dès Hurlements II, les spectateurs s’apercevront du caractère nanardesque de la franchise, qui se verra promener la réputation de plus mauvaise saga du cinéma d’horreur. C’est dire à quel point la saga est grotesque dès les prémices du premier film.

Note de la rédaction : ★☆☆☆☆ 

[RÉTROSPECTIVE JOE DANTE] Panic sur Florida Beach

Réalisé par Joe Dante (1983). Sortie en salles le 28 juillet 1993. 

Julien Breton* : Il aura fallu neuf films à Joe Dante pour obtenir enfin le Saint-Graal, à savoir le total contrôle artistique de son projet. Panic sur Florida Beach est un film hommage à la série B des années 50-60 avec un bon John Goodman dans le rôle d’un producteur à la sauce William Castle. Il est vrai que les acteurs du film passent quasiment tous au second plan hormis celui-ci et manquent de saveur. Panic est un hommage personnel et tout y passe : des monstres à la Jack Arnold (L’Etrange Créature du lac noir, Tarantula…) en passant par une production à la Roger Corman. Dante ira même placer son film durant la guerre froide rendant son projet à la fois nerveux et nostalgique. Un autre point important à relever est le lieu d’action : le cinéma. Comme une critique sociale de la disparition du cinéma comme lieu d’événement et de rassemblement de la population, Joe Dante s’amuse avec le rôle de Goodman-Castle pour renforcer cette idée. Castle fût réputé pour un cinéma-gadget comme des lunettes spéciales (13 Ghost en 1960) ou encore des sièges vibrant… Un réel décalage se dévoile entre le contexte de l’époque et le contexte dans lequel le cinéma est inscrit. Panic sur Florida Beach est un bon, riche et charmant divertissement dont les clins d’oeils ne manqueront pas de plaire aux fans du genre et de l’époque.

Note de la rédaction : ★★★★☆ 

[RÉTROSPECTIVE JOE DANTE] Small Soldiers

Réalisé par Joe Dante (1998). Sortie en salles le 21 octobre 1998. 

Julien Dugois : Joe Dante a décidé de revenir en 1998 avec une recette qui avait fait le sel de son plus gros succès, Gremlins, soit des créatures à priori inoffensives qui se transforment en menace pour une petite bourgade pavillonnaire.  […] Joe Dante signe une nouvelle fois un film visant un public familial. Mais au delà de ça, sa façon de représenter le rapport entre le marchandising destiné à la jeunesse et la propagande militariste à travers ces jouets […] lui permet d’illustrer la façon qu’a le consortium militaro-industriel d’utiliser le sevrage infantilisant pour mener les américains vers une autodestruction annoncée […] Dante pointe directement du doigt la représentation au cinéma des prétendus « ennemis de l’Amérique » ainsi que du génocide amérindiens. La surconsommation compulsive, la mentalité phallocrate, l’omniprésence de la publicité et de la culture pop apparaissent comme autant des pilier d’une american way of life corrompue, que le cynisme de Dante n’hésite pas à égratigner à travers des gags souvent mordants, tel que les poupées Barbie assimilées à des objets sexuels au service des militaires. La réplique qui associe la musique des Spice girls à une « arme psychologique » est d’ailleurs d’autant plus grinçante qu’elle rejoint, près de 20 ans plus tard, la récente actualité coréenne. […] Small Soldiers, derrière ses allures de farce enfantine, a été pour Joe Dante l’occasion d’exprimer sa verve politique et son regard acerbe sur la société de consommation, l’entertainment hollywoodien et la culture WASP. Un film d’auteur autant qu’un divertissement ultra-référencé, donc, qui a encore de quoi réjouir petits et grands.

Note de la rédaction : ★★★★☆ 

[RÉTROSPECTIVE KIDS IN THE DARK] La Malédiction

Réalisé par Richard Donner (1976). Sortie en salles  le 17 novembre 1976. 

Julien Breton* : La Malédiction de Richard Donner ne transcende pas le genre mais garde suffisamment de maîtrise pour passer un bon moment. Le gros point faible : le rythme. C’est justement la raison pour laquelle l’atmosphère tombe parfois à plat et compensée par les somptueuses musiques de Jerry Goldsmith (un Oscar pour ce film). Les protagonistes sont justes dont la seule présence de Gregory Peck met tout le monde d’accord. La route des parents du petit diablotin de Damien est dure et vertigineuse mais s’essouffle par un chemin scénaristique pas toujours clair et tournant au ralentit. Toutefois, La Malédiction marque les esprits par sa mise en scène choc (l’arrivée à l’église de Damien) et maîtrisée des meurtres : la chute à travers la rambarde, la décapitation. La séquence la plus marquante reste celle dans le cimetière avec les chiens. Sortie tout droit de l’esprit des Universals Monster, Richard Donner prend plaisir le temps d’une scène à retranscrire l’ambiance du film Le Loup-Garou de George Waggner (1941). Maîtrisé, Richard Donner met un point d’honneur à faire de son film, un passage évident pour les amateurs du genre.

Note de la rédaction : ★★★☆☆ 

[RÉTROSPECTIVE KIDS IN THE DARK] La Nuit du Chasseur

Réalisé par Charles Laughton (1976). Sortie en salles  le 17 novembre 1976. 
Antoine Mournes : The Night of the Hunter, premier et unique long métrage du monstre sacré anglais Charles Laughton, car boudé par la critique et le public, est adapté du roman de Davis Grubb publié en 1953 qui s’inspire de Harry Powers, un tueur en série qui a sévi dans la ville où vivait l’auteur. En 1992, le film est sélectionné par le National Film Registry pour être conservé à la Bibliothèque du Congrès aux États-Unis. Ce qui témoigne de son statut d’œuvre mythique. Rapide explication : inspiré de l’expressionnisme allemand, entre lumière et obscurité, le réalisateur dépeint l’avidité et l’enfance comme personne. Entre western en studio et film noir, avec un Robert Mitchum inoubliable et une Lilian Gisch sombrement rayonnante, La Nuit du Chasseur pourrait être un Disney horrifique sur « comment se méfier des apparences lorsque l’on est enfant ». Le portrait de l’âge tendre est à double tranchant, naïf et téméraire tandis que le ménage familial est mis à mal pour une simple question d’argent. Le psychologique se transforme vite en puissant symbolisme couplé d’une photographie à faire pâlir Orson Welles ou Fritz Lang. A voir et revoir, peu importe l’âge.

Note de la rédaction : ★★★★★ 

[RÉTROSPECTIVE KIDS IN THE DARK] Le Village des Damnés

Réalisé par Wolf Rilla (1960). Sortie en salles le 08 février 1961. 

Julien Breton* : Le Village des Damnés de Wolf Rilla donne matière à une nouvelle perspective dans le cinéma fantastique et une esthétique propre mais sans effet notable. Inspiré du roman de John Wyndham, Les Coucous de Midwich, le thème allie avec panache une invasion venue de l’intérieure de la Terre et un groupe d’enfants. Wolf Rilla a décidé de tout miser sur cette bande. A noter la performance terrifiante de Martin Stephens que l’on retrouvera un an après dans Les Innocents de Jack Clayton. C’est un véritable retournement de position dans un film où l’adulte était celui mis en valeur. Un choix payant puisque la peur, qui en adviendra au fur et à mesure des minutes, se développera autour de ces jeunes frimousses. Au programme : yeux lumineux, morts « accidentelles », télépathie, viol collectif et la grossesse en dehors du mariage (toutes les femmes du village tombent enceintes), une mise en perspective avec la menace de l’URSS et une OST trop peu présente et simpliste. Le Village des Damnés aura le droit à un remake de John Carpenter (1995) en-deçà de l’originale certes, mais avec de nouvelles modifications et la dernière prestation de Christopher Reeves avant son accident. Recommandé pour les curieux.

Note de la rédaction : ★★★★☆ 

[RÉTROSPECTIVE KIDS IN THE DARK] Les Innocents

Réalisé par Jack Clayton (1961). Sortie en salles le 16 mai 1962. 

Julien Breton* : Les Innocents de Jack Clayton met en scène Miss Giddens (Déborah Kerr), une nouvelle gouvernante chargée de garder deux enfants dans un château. C’est alors qu’elle va découvrir de sombres secrets entre le personnel précédant et les deux bambins. Ces révélations et même ces apparitions précipiteront sa chute dans une folie… raisonnée ? Jack Clayton propose une œuvre imposante et sensible, aussi bien dans l’esthétique que dans la mise en scène. On y voit clairement un plus grand intérêt pour ces derniers que pour le scénario qui constituera une base de travail sobre mais attractif pour le fantastique. Une ambiance froide, douce et intense (la berceuse, jeu sur les sonorités avant les apparitions), un noir et blanc pointilleux (gothique à la limite de l’expressionnisme) et des acteurs impeccables (à noter la prestation de Martin Stephens vu dans Le Village des damnés, 1960) nous accompagnent tout au long du film. Désarmé de toutes idées de réel et d’imaginaire, Les Innocents perturbe le spectateur de sa berceuse d’introduction à son final intense et renversant. Un film d’épouvante psychologique parmi les plus grands.

Note de la rédaction : ★★★★☆ 

[RÉTROSPECTIVE KIDS IN THE DARK] Les Révoltés de l’An 2000

Réalisé par Narciso Ibáñez Serrador (1976). Sortie en salles le 02 février 1977.

Kévin List : Dans le sous-genre des enfants maléfiques, Les Révoltés de l’an 2000 est clairement un must du genre. Sorti après Le Village des Damnés, le réalisateur N. I. Serrador prend à contre-pied l’image angélique et pure de l’enfant. Sauf qu’il étaye ici un vrai propos politique, éthique et moral sur le Mal fait aux enfants. L’Homme est responsable des  pires monstruosités faites aux enfants, une séquence nous rappelant à quel point la guerre a brisé cette génération le siècle dernier. C’est le point de départ d’une forme de vengeance, d’une prise de conscience du mal et d’une envie incontrôlable de les punir pour cela. Si Come out and Play, le remake de Makinov en 2013 se dirigeait plus vers une explication fantastique, rien n’indique ici que les enfants sont atteints d’un mal venu d’ailleurs, au contraire ils prennent conscience en groupe de ce qui leur a été fait et les images d’archives du film apportent un parallèle troublant à ce récit fictif. Au-delà de son propos très intéressant, il y a une mise en scène correcte qui rappellera à certains moments les grandes heures d’Hitchcock et de son légendaire Les Oiseaux (même principe concernant l’absence d’explications sur les intentions des oiseaux). Si le film a plutôt mal vieilli, le propos déroutant et l’aspect choquant du long-métrage en font un film dérangeant et très interrogateur. Car outre l’aspect désuet des effets visuels, Les Révoltés de l’An 2000 fait preuve d’un travail aussi déroutant qu’inquiétant sur son réalisme, frôlant parfois avec le documentaire.  Avec ce film,  Serrador deviendra une référence pour les futurs cinéastes fantastiques espagnols, mais surtout il laissera la trace d’un réalisateur marqué par le franquisme de la société espagnol et les horreurs qui ont pesé sur le monde. Un film passionnant et qui pousse à la réflexion.

Note de la rédaction : ★★★★☆ 

[RÉTROSPECTIVE KIDS IN THE DARK] Sa Majesté des Mouches

Réalisé par Peter Brook (1963). Présenté au Festival de Cannes en mai 1963. 

Clément Fauré : Nominé pour la Palme d’Or au Festival de Cannes en 1963, Sa Majesté des Mouches est l’adaptation par le réalisateur britannique Peter Brook du roman éponyme de William Golding dans lequel on observe les effets d’un retour brutal à la nature sur une poignée de jeunes garçons, échoués sur une île déserte. Avec une pertinence incontestable, Peter Brook dresse le tableau effrayant d’une micro société entièrement reconstruite sur de purs réflexes éducatifs enfantins, qui finira par laisser place à une sauvagerie ancestrale et à une barbarie sans nom. Le metteur en scène confronte deux visions diamétralement antithétiques du pouvoir et de la survie, mettant en exergue les deux facettes d’un même être humain, civilisé ou indompté […] Le film s’illustre ainsi par une morale académique sur les menaces de l’anarchie, allègue un scepticisme sur le doux état de nature de Rousseau et revendique la vision d’un Homme dans lequel le Mal est inscrit […] Parabole terrifiante mettant en résonance la nature profonde de l’être humain avec la cruauté de l’enfance, le film demeure une œuvre à l’esthétisme soigné dans laquelle de longs plans fixes en noir et blanc offrent une beauté indiscutable. Le travail de photographie dignement réalisé est soutenu par les excellentes prestations des jeunes acteurs, qui semblent eux-mêmes si naturels que le film peut en paraître assez gênant. Il se permet même de prendre des allures quelques peu indescriptibles, la dernière partie de l’œuvre tendant vers le cinéma d’horreur, faisant ressentir une sensation d’étouffement chez le spectateur. Film dérangeant de par son réalisme et menaçant de par son propos, sa portée aujourd’hui encore est universelle, sa résonance, authentique. Un « must see », unique en son genre.

Note de la rédaction : ★★★★★ 

Vous pourrez retrouver la première chronique des pérégrinations fantastico-strasbourgeoises dès mercredi. Au programme, une babysitter pas très sympa, un orgasme métalleux et des créatures aussi mignonnes que monstrueuses sous la Cathédrale de Strasbourg. A mercredi !

Pour plus d’informations sur le festival : http://strasbourgfestival.com/ 

*Je remercie Julien Breton -non-rédacteur du site mais passionné de cinéma fantastique- pour avoir pris le temps de me faire partager ses connaissances et  ses ressentis sur quelques films de la rétrospective. Vous pouvez suivre son actualité sur Senscritique

La Isla Minima: Musique, Bande Originale

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La Isla Minima – La B.O./Trame sonore/Soundtrack

Une chose est sûre, le thriller policier espagnol, d’aucuns ne manqueront de comparer à True Detective, marquera les esprits des spectateurs en cette année 2015. Et les oreilles ! La musique originale, entre bourdonnements électriques pesants et guitare acoustique hispanique, est composée par le jeune Julio de la Rosa, déjà récompensé d’un Goya pour son travail avec Alberto Rodriguez. Le compositeur espagnol, ayant fait ses armes en solo entre 1995 et 2002, mérite une attention particulière, car je mettrai ma main à couper qu’il collabore de nouveau au cinéma et pas qu’en Espagne ! Revenons sur le succès de ce film qui perdure depuis plus de 10 semaines sur les écrans et ce en grande partie aussi grâce à son univers musical…

Julio de la Rosa, né le 18 août 1972, est un chanteur et guitariste à succès qui commence au sein du groupe « El Hombre Burbuja ». Après deux albums, il se lance en solo avec 5 albums qui se sont très bien vendus. Il doit son entrée dans le monde du cinéma à Alberto Rodriguez, qui lui a demandé de composer la musique de son 5ème long métrage, un thriller policier, Grupo 7 (Groupe d’élite) sorti uniquement en DVD en France le 16 avril 2013. Fiers de l’ambiance haletante sans jamais être explosive, ils réitèrent ensemble l’expérience dans cette traversée immersive des marécages du Guadalquivir. La référence à Memories of Murder de Bong Joon-Ho suscite chez les cinéphiles un intérêt soudain (ne vous fiez pas à la bande-annonce, le film mérite vraiment le détour). A l’exception que Julio de la Rosa ne suit pas le chemin de Tarô Iwashiro sur les envolées lyriques. Si le piano renforce l’impression (au sens propre) du souvenir, la guitare électrique, acoustique ou le ukulélé du musicien espagnol appuient le contraste entre consonances graves, lourdes, voire pesantes et résonances aiguës, délicate, voire aérienne.

Pour renforcer l’ambiance humide et chaude des marais, mais aussi glaciale et électrique des meurtres, il n’hésite pas à répéter les surdités, le grain et le vent (qui apparaissent lorsque le volume est excessif sur un silence) et suspend son accord comme le bruit émis par un doigt humide sur le rebord d’un verre en cristal. A cet égard, le titre #11 Flamenco est explicite. L’effet produit est étouffant et dense sans agresser l’oreille à la manière d’un soleil qui frappe inlassablement. Puis vient les ralliements électronique tout aussi sourds. A la manière d’un Gustavo Santaolalla, qui prend un malin plaisir à faire grincer son violon (#1 Blak butterflies), alterner arpège de guitare et descentes électriques (#2 Rein) tout en faisant résonner des accords travaillés plus légers toujours à la guitare électrique (#3 Kat’s gut) – vous retrouverez les exemples citées sur la bande originale de Biutiful de Gonzalez Iñarritu – Julio de la Rosa préfère la simplicité de son ukulélé qu’il fait danser comme pour traduire une envolée d’oiseau. Tout est enregistré en studio par mesures d’économie et c’est bien plus rapide pour travailler de chez soi. Vous pouvez voir comment il a composé la séquence d’ouverture, dans cet extrait du making off disponible sur youtube :

Si les 27 titres que composent la bande originale se répètent, ils n’en restent pas moins saisissants. Amateurs de musique de film et d’ambiance en apesanteur, de marche lente et sombre, ruez-vous dans les salles ou sur l’album disponible sur Spotify, Deezer ou iTunes.

Bande annonce

Le saviez-vous ? Suite au succès du film, la province de Séville a créé une route La isla mínima à travers les marais du Guadalquivir (sans transition)

Lire la critique du film

MI-5 Infiltration, un film de Bharat Nalluri : critique

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Avec MI-5 Infiltration, Bharat Nalluri, réalisateur anglais d’origine indienne, s’inscrit dans la ligne et la continuité de la série anglaise MI-5 (Spooks), créée par David Wolstencroft, relatant dans une approche réaliste le travail et les missions quotidiennes des membres des services secrets britanniques.

Synopsis : Quand le dangereux terroriste Adem Qasim échappe à la garde des services secrets du MI-5 lors d’un banal transfert, le célèbre agent Harry Pearce, à la tête de l’unité antiterroriste, est accusé. Un scandale jamais vu dans l’histoire du MI-5. Alors que la suspicion grandit et que l’on recherche d’éventuelles complicités au plus haut sommet du pouvoir, l’espion déchu Will Holloway est la seule personne à pouvoir reconstituer le puzzle. La traque commence…

Diffusée entre 2002 et 2011 sur la BBC, puis à partir de 2004 en France, sur Canal+, puis sur France 2, France 4, Jimmy et Paris Première, elle se compose de 86 épisodes d’environ 50 minutes répartis en dix saisons. Elle a connu un certain succès et a obtenu entre 2003 et 2007 plusieurs prix de la meilleure série dramatique (British Academy Television Awards, Broadcast Awards, Royal Television Society Awards, Television and Radio Industries Club Awards).

On retrouve dans MI-5 Infiltration tout l’univers de cette série, ainsi que la plupart des personnages, dont Harry Pearce, le chef du MI-5, et Erin Watts, une de ses agentes. Le film se regarde ainsi comme une suite reprenant les événements de la série, notamment la mort de Ruth, compagne de Harry Pearce. Il s’adresse donc tout particulièrement au public de la série britannique, son budget assez faible et sa popularité bien plus limitée qu’un James Bond ou un Mission Impossible, l’empêchant de bénéficier d’une sortie en salles. Le film introduit cependant un nouvel agent secret, Will Holloway, interprété par Kit Harington, connu pour le rôle de John Snow dans Games of Thrones. Will Holloway, évincé du MI-5 par Harry Pearce, est alors rappelé par celui-ci pour l’aider à s’innocenter et déjouer les complots se tramant contre le MI-5.

Le film s’ouvre, comme souvent dans la série, par une séquence d’action tendue. Adem Qasim, terroriste notoire, parvient à s’échapper lors d’un transfert effectué sous la surveillance du MI-5. Menaçant de s’en prendre à des civils, il force Harry Pearce à le laisser s’enfuir, ce qui lance aussitôt les soupçons autour du chef du MI-5. Le scénario, calqué sur le modèle de la série, est plutôt efficace. Entre espionnage, terrorisme, mensonges, trahisons et sacrifices pour le bien commun, il brasse tous les grands thèmes du film d’espionnage et maintient un certain suspense jusqu’à la fin. On s’interroge sur les intentions réelles de Harry Pearce, qui s’enfuit du MI-5, ou sur la mort suspecte du père de Will Holloway à Berlin. C’est d’ailleurs grâce à cette énigme que l’équipe du MI-5 convainc Holloway de les aider à retrouver Harry Pearce.

L’histoire reste cependant assez classique et n’apporte ni inventivité ni nouveauté par rapport à la série MI-5, dont elle reste, sûrement un peu trop, dans le sillage. Les scènes d’action, sobres et efficaces, sont réparties dans le film et lui donnent du rythme. Elles ne rivalisent toutefois jamais et ne permettent aucune comparaison, faute de moyens, avec l’ampleur de celles des blockbusters ou des franchises. MI-5 Infiltration manque ainsi un peu d’ambition même s’il ne s’en cache pas. Il reste un divertissement assez agréable qui plaira probablement aux fans de la série et de Kit Harington.

Sur la forme, la réalisation n’a également rien d’exceptionnel. On retrouve les traditionnels champs/contre champs, les montages alternés entre l’action sur le terrain et les locaux du MI-5, ou encore les plans larges des places peuplées et des villes.

En réalité, on voit dans MI-5 Infiltration, tant dans son scénario que dans sa mise en scène, plus un épisode rallongé de la série, un épilogue à celle-ci, qu’un film d’espionnage à part entière. Il faut rappeler que Bharat Nalluri a lui-même commencé sa carrière dans la télévision, et a réalisé six épisodes de MI-5, à savoir les deux premiers épisodes des deux premières saisons, ainsi que les épisodes 5 et 6 de la dernière saison. En outre, les deux scénaristes du film, Sam Vincent et Jonathan Brackley, ont également co-écrit les derniers épisodes de la série. Reprendre la même équipe que la série a certainement facilité la restitution de son univers et de ses personnages, mais contribue paradoxalement à la faiblesse principale du film. On regrette en effet que MI-5 Infiltration s’enferme de lui-même dans le carcan des codes télévisuels dont il peine sérieusement à s’affranchir. On peut en effet penser qu’il était possible au réalisateur, en dépit de son budget restreint, de dépasser davantage le cadre de la série.

MI-5 Infiltration n’est donc pas un grand film d’espionnage. Son absence de véritable ambition l’empêche d’être un long-métrage dont on se souviendra longtemps. Trop calqué sur sa série d’origine, il ne comporte pas vraiment de proposition cinématographique. Ceci n’empêche cependant pas d’apprécier les retrouvailles avec ce monde d’espions et le grand Harry Pearce que l’on a découvert dans une série d’espionnage particulièrement intelligente.

MI-5 Infiltration – Bande annonce

MI-5 Infiltration – Fiche technique

Titre original : Spooks : the Greater Good
Date de sortie : 18 septembre 2015 (e-cinema, VOD)
Nationalité : anglais
Réalisation : Bharat Nalluri
Scénario : Jonathan Brackley et Sam Vincent (III)
Interprétation : Peter Firth (Harry Pearce), Kit Harington (Will Holloway), Jennifer Ehle (Dame Géraldine), Elyes Gabel (Adem Qasim), Tuppence Middleton (June Keaton), Lara Pulver (Erin Watts)
Musique : Dominic Lewis
Photographie : Hubert Taczanowski
Décors : Liz Griffiths
Montage : Jamie Pearson
Production : Jane Featherstone, Stephen Garett, Ollie Madden
Sociétés de production: Isle of Man Film, Kudos Film and Television, Pinewood Pictures
Société de distribution : 20th Century Fox
Budget : NR
Genre : Thriller, espionnage, action
Durée : 1h44 min

La 5ème Vague, Hardcore, Le Livre de la Jungle: bandes-annonces cinéma de la semaine

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Les bandes-annonces des prochaines sorties cinéma en vidéos :

Hardcore, La 5ème Vague, Where to Invade Next les Bandes-Annonces ont envahi le net ces derniers jours. Cinéséries-Mag vous fait un récapitulatif de ces films très attendus sur les écrans avec, dans un premier temps, la sortie très attendue du prochain film de Disney Le Livre de la Jungle avec Scarlett Johansson qui sortira en Avril 2016.

Le Livre de la Jungle reprend l’histoire bien connue de Mowgli, le petit d’homme élevé dans la jungle par les loups et protégé par Bagheera la panthère et Baloo l’ours. Ils devront affronter Shere Khan le tigre,  Kaa, le pyton au regard hypnotique mais aussi le Roi Louie, qui tentera de soutirer à Mowgli le secret du feu.

Le Livre de la Jungle, bande-annonce :

La 5ème Vague de J. Blakeson avec Chloë Grace Moretz et Nick Robinson sortira en février. Le film raconte la lutte pour la survie d’une adolescente face à la menace extra-terrestre et la quête pour retrouver son frère.

La 5ème Vague, Bande-annonce :

Le Trailer du prochain Hardcore de Ilya Naishuller et tourné en Caméra subjective a aussi été dévoilé. Le spectateur pourra y vivre les aventures d’un cyborg ultra puissant et résistant ramené à la vie par son épouse et pourchassé par Akan, un mégalomane psychotique. Une bonne session de violences en perspective.

Hardcore, Bande-annonce :

Dans son prochain documentaire, Where To Invade Next, Michael Moore s’attaque de nouveau au monde américain en visant plus particulièrement le Pentagone.

Where To Invade Next, Bande-annonce :

Les acteurs-icônes : James Dean

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James Dean : Portrait d’une comète

Rêve comme si tu vivais éternellement. Vis comme si tu allais mourir aujourd’hui.

James-dean-photographe1950. Au cours de ces premières années à New York, le jeune acteur se découvre un intérêt particulier pour la philosophie existentialiste européenne. La peur de l’ennui et de l’aliénation résonne dans toute cette jeunesse américaine d’après-guerre, qui se cherche un exutoire et une raison de vivre en dehors du conformisme parental. L’acteur représentera ce symbole de renouveau. La première icône de la pop culture ? Précurseur du phénomène rock aux États-Unis oui ! Luttant contre le star system hollywoodien, il est devenu malgré lui l’effigie de toute une génération. Avec trois films à son actifs, le jeune homme éternellement âgé de 24 ans, mais aux traits cernés le vieillissant facilement de plusieurs années, conserve l’éclat et la fureur de vivre d’il y a 60 ans. A l’occasion de l’anniversaire de sa mort et de la sortie de Life d’Anton Corbijn, le 9 septembre dernier sur notre territoire (il faudra 3 mois pour les américains, 04/12/15), revenons sur son parcours, ses rencontres, ses choix…

James Byron Dean, fils unique, né le 8 février 1931 dans la petite ville de Marion en Indianapolis, d’un père froid et distant, car ne sachant pas montrer ses sentiments (peut-être bloqué par des valeurs patriarcales de l’ancienne génération) et d’une mère passionnée de théâtre et d’art en général. Pour des raisons professionnelles, alors que le pays est plongée dans la dépression, la famille abandonne la ferme pour s’installer à Santa Monica en Californie, car papa Dean vient d’être nommé technicien dans un laboratoire de dentiste. Juillet 1940, Mildred Wilson Dean meurt d’un cancer du col de l’utérus, laissant le petit Jimmy âgé de 9 ans en plein désarroi avec un père absent qui sera appelé à faire son service militaire peu de temps après. Ayant dépensé toutes ses économies avec les traitements pour sa femme, il confie l’éducation de son fils à sa sœur et son beau-frère, car Mr Dean n’a plus les moyens d’élever son fils. La perte est totale et les repères disparus pour le jeune garçon. Son oncle et sa tante, Marcus et Ortense Winslow le couvent d’amour, attisant la jalousie de ses deux jeunes cousins. A Fairmount, l’enfant introverti grandit en pleine campagne. Lorsqu’il n’aide pas son oncle à labourer les champs, il joue au basket dans son lycée et s’initie au théâtre. Sa taille d’1 m 73 ne l’empêche pas d’être un très bon joueur, contrairement à sa myopie qui l’handicape fortement. Sa professeure d’art dramatique, vieille femme épicurienne à la bouteille de whisky un peu lourde, l’encourage à poursuivre dans cette voie. Il apparaît dans toutes les pièces de l’école et malgré son manque d’assurance et son caractère réservé, devient l’idole du village. En 1949, il se présente, en amateur, au concours d’art dramatique de l’état d’Indiana et remporte un prix pour la meilleure expression dramatique. Il se passionne alors pour l’astrologie et les courses automobiles.

Après l’obtention de son baccalauréat, il part s’installer à Los Angeles retrouver son père qui s’est remarié, avec l’unique ambition de monter sur les planches et signer des contrats avec les studios. Malheureusement, Winton Dean n’est pas de cet avis et l’oblige à suivre des études de droit. Après un passage éclair à l’université, il finit par s’inscrire à UCLA pour y suivre des courts d’art dramatique et s’installe chez son « ami » et futur biographe, William Bast. A l’automne de ses 19 ans, le jeune homme obtient le rôle de Malcolm dans Macbeth. Ses camarades se moquent de sa diction particulière et son manque de technique, mais le metteur en scène ainsi que son professeur James Whitmore l’incitent à monter sur New York pour faire carrière. Il tente donc le tout pour le tout et sans un sous en poche, se déplace à Broadway. C’est toute la culture underground d’une Amérique de la classe moyenne en plein essor qui s’offre à lui. Il dort très peu pour s’adonner un maximum à ses nouvelles passions, la photographie, la sculpture et le dessin, fume et boit beaucoup. Sa rencontre avec Rogers Bracket, alors réalisateur pour la radio CBS, lui sera décisive. Jimmy devient gardien de parking pour la network et décroche son premier contrat professionnel : il danse autour d’un piano dans une publicité pour Pepsi Cola.

Brackett lui permet de faire la figuration (Baïonnette au canon de Samuel Fuller) et des petits rôles relativement sans importance (La Polka des Marins par Hal Walker avec Dean Martin et Jerry Lewis). En 1951, Jimmy arpente les rues new-yorkaises jusqu’à l’aube, errant de clubs de jazz en cafés. Son charme de petit garçon incorrigible fait beaucoup d’effets sur les femmes. Un soir, il rencontre la danseuse Liz Sheridan dans un club et deviennent vite inséparables jusqu’à avoir le projet commun de s’installer ensemble malgré leurs maigres revenus. Il a à peine vingt ans quand il obtient un premier rôle, celui de l’apôtre Jean dans un téléfilm : Hill number one. Le téléphone ne sonne pas aussi régulièrement et l’acteur devient irritable et se montre très agressif. Le charisme de l’acteur en devenir séduit aussi bien les hommes que les femmes et il commence à en prendre conscience. Lorsqu’il découvre l’année suivante que Rogers Brackett est de nouveau en ville, il se sépare de Liz et retourne auprès du réalisateur de CBS. Jimmy refusait de se donner à quelqu’un juste pour pouvoir devenir acteur, mais avec son nouveau mentor, la donne a changé. Opportuniste et prêt à tout pour y arriver, le jeune homme de l’Indiana profite des relations haut placées de son nouvel « ami » Roger (oui petit ami est encore un mot tabou!) et dîne dans les meilleurs restaurants, assiste à des projections privées et rencontre l’élite du milieu du cinéma. Le jeune Roger, attiré et fasciné par ce bel éphèbe timide, l’emmène jusqu’en Espagne où James s’intéresse alors à la tauromachie.

Grâce à ses nouveaux amis et un agent en poche, Jimmy décroche un petit rôle dans Trouble with father (1952) de la série télévisée The Stu Irwin Show. Il fait également quelques apparitions dans des programmes TV tels que Robert Montgomery Presents et General Electric Theater, ou d’autres films de cinéma, mais ce sont des séries B qui ne lui plaisent pas. 
Conscient de devoir améliorer son jeu et de l’opportunité surtout que lui offre la ville, il s’inscrit comme auditeur, puis élève à des cours de comédie de l’Actor’s Studio de New York (être accepté était un honneur et signifiait qu’on être un artiste. La méthode ne lui convient pas. N’appréciant pas que l’on fouille aussi loin dans son passé pour en faire ressortir le « meilleur » de lui-même, il préfère apprendre donc seul, mais il a les bases maintenant.
 Toujours à la recherche de rôles plus conséquents, un ami de Brackett, un producteur de Broadway, est séduit par son physique et lui offre un rôle de taille dans une nouvelle pièce, See the jaguar. Jimmy y joue un attardé mental que sa mère tient à l’écart du monde, comme un animal. Dean se sent particulièrement proche de cet adolescent prisonnier dans une cage. Si les offres affluent enfin, Jimmy se forge une réputation désastreuse. Il a pour habitude de marmonner pendant les répétitions afin d’économiser son énergie et sa spontanéité pour le tournage. Cette approche originale exaspère les vedettes confirmées et les réalisateurs. Lors du direct, il énerve l’équipe en faisant des choses qui n’étaient pas dans le scénario mais qui plaisent néanmoins au public. Fier de son succès grandissant à Broadway, il rejoint la troupe franco-américaine de L’Immoraliste d’après André Gide en février 1954, aux côtés de Louis Jourdan qui joue un époux dont le mariage bascule après une liaison homosexuelle. La presse est dithyrambique et la pièce lui vaut le prix du jeune acteur le plus prometteur de l’année, sauf qu’à la fin de la première, il décide de ne pas continuer les représentations. Elia Kazan, étant dans la salle ce soir là, lui propose de signer pour la Warner Bros et de jouer dans A l’Est d’Eden, adapté du roman de Steinbeck et dont le titre est inspiré d’un verset de la Bible (la fuite de Caïn, fils d’Adam, après le meurtre de son frère Abel).

Rongé par le trac, embarque dans un avion avec deux sacs en papier qui contiennent tout ce qu’il possède : il part pour Hollywood. Il signe donc pour $10 000 pour interpréter le rôle principal, un adolescent Cal Trask, cherchant en permanence à gagner l’amour de son père. Il manque son frère aîné. Paul Newman passe des essais et le courant passe très bien, mais le réalisateur n’est pas satisfait. Le casting se poursuit et Jimmy commence à faire les 400 coups en ville avec son « ami » William Blast qu’il retrouve. Avec son premier cachet, il s’achète une moto, mais quand il déboule dans les studios de la Warner avec son engin, Kazan intervient et lui interdit de faire de la moto. Aucun risque à prendre ! En mai 1954, Richard Davalos rejoint le casting et le tournage peut alors commencer. Kazan a imaginé le film comme une sorte de documentaire sur l’état psychologique de l’adolescent Cal/James. Dans l’une des scènes les plus marquantes, Cal donne l’argent qu’il a gagné à son père interprété par Raymond Massey et celui-ci refuse ce cadeau. Cal devait seulement partir, mais Dean apporte sa touche et se met à pleurer et à serrer l’acteur avant de partir. Audace qui ne plait pas à sa réplique, mais grandement au réalisateur. La créativité de Dean ne faisait que commencer…

Pendant le tournage, Jimmy fait la connaissance de l’actrice Pier Angeli. Le jeune homme de 23 ans est immédiatement séduit par la sophistication et l’élégance de la star italienne. La mère de Pier déteste Jimmy, le jugeant mauvais garçon. Profondément amoureux, Jimmy a enfin trouvé l’âme sœur et en peu de temps, les gazettes d’Hollywood se font l’écho de cette liaison. En septembre 1954, il supplie la jeune fille de l’épouser en secret, mais elle refuse, craignant la réaction de sa mère. Jimmy est effondré quand Pier lui annonce qu’elle ne peut plus jamais le revoir. Sa famille préfère qu’elle épouse un catholique. Un an après la sortie du film en 1955, le premier film réalisé en couleurs et en Cinémascope d’Elia Kazan a reçu le Golden Globe du Meilleur film dramatique. Le succès est fulgurant et le propulse au rang de star. Alors que l’acteur vedette s’attire les foudres d’Hollywood, toute la jeunesse se bouscule pour le voir, le toucher, le photographier. Jimmy est enfin là où il rêvait d’être, au sommet. Mais la gloire n’est sans doute pas ce qui pouvait lui arriver de mieux… Il a un comportement autodestructeur : une sorte de désespoir le pousse à se bagarrer avec des gens, à conduire vite, à froisser la tôle… Il est surnommé le « Little Bastard«  et une fois encore, Jimmy s’éloigne de ses plus proches amis, les repoussant alors qu’il a désespérément besoin d’eux. La Warner Bros est inondée de dizaines de milliers de lettres de fans, toutes adressées à l’acteur. Des millions d’adolescents s’identifient aux angoisses exprimées à l’écran par cette nouvelle star. Soudain les héros virils d’autrefois sont démodés, ils sont remplacés par de jeunes anti-héros. James Dean a donné aux adolescents incompris d’Amérique le droit de se révolter.

Au printemps 1955, des milliers d’admiratrices hurlent dès qu’Elvis Priestley entre en scène. Le pays est pris par la fièvre de l’adolescence. Un jeune réalisateur Nicholas Ray veut surfer sur cette vague avec son nouveau film Rebel without a cause (La Fureur de vivre). James Dean y tient la vedette aux côtés de Nathalie Wood, Sal Mineo et Carey Allen. C’est l’histoire d’un jeune garçon solitaire qui a dû mal à s’intégrer dans son nouveau lycée. Rebel without a cause est un film sur les jeunes, fait par des jeunes, y compris Nicholas Ray, et pour les jeunes. Les adolescents américains se voient comme un groupe en rébellion contre la société bourgeoise des adultes. Jimmy peut improviser en toute liberté sous l’œil attentif de la caméra, se retrouvant dans son personnage. Rebel without a cause est une sorte de manifeste lancé à la face des grands studios et de leurs stars vieillissantes qui feraient mieux de laisser leur place à la révolution des jeunes en colère. La Nouvelle Vague suivra avec le même précepte quatre années plus tard. La machine du Nouvel Age d’or hollywoodien est en route…

Jimmy réalise pour la première fois qu’il fait parti de l’industrie du cinéma, de cette usine à films qu’est Hollywood. A 24 ans, il cherche encore sa voie en tant qu’artiste mais le piège de la célébrité commence à l’étouffer. Jimmy participe à des courses en secret, sachant que le studio serait furieux s’il l’apprenait car la star montante d’Hollywood ne doit prendre toujours aucun risque, surtout qu’il vient de signer pour 1 000 000 de dollars. En mai 1955, Jimmy accepte le rôle le plus difficile de sa jeune carrière. La plus jeune star de la Warner doit jouer Jett Rink dans la superproduction de Georges Stevens : Giant (Géant). Jimmy incarne un cow-boy pauvre qui fait soudain fortune mais garde une vieille rancune contre la riche famille Benedict menée par Rock Hudson et Elizabeth Taylor. Les choses se gâtent immédiatement sur le tournage de Giant. Georges Stevens sait ce qu’il veut et les acteurs ne sont pas censés proposer leurs propres idées. Jimmy n’aime pas ça et quand il tient tête à Stevens, celui-ci est offensé. Les relations entre l’acteur et son metteur en scène sont orageuses. Quand Jimmy manque sans vouloir un jour de tournage, Georges Stevens explose. Pendant trente jours, personne ne parle à Jimmy sur le plateau. Il est maquillé et habillé en silence. Tout le monde le déteste et le lui montre sans se cacher. A l’été 1955, il ne s’est pas remis de sa rupture douloureuse avec Pier Angeli et se sent isolé des autres acteurs. Ses amis commencent à s’inquiéter pour lui, car il est suicidaire et part pourtant faire des courses. Il flirte avec la mort et malgré les supplications de ses amis, il ne renonce pas aux courses. Triste ironie du sort, la police de la route demande à la jeune star de s’adresser aux jeunes téléspectateurs dans un spot pour la sécurité routière.

Au matin du vendredi 30 septembre, après avoir reçu une amende pour excès de vitesse, Jimmy prend la route, à bord de sa Porsch 550 Spyder resplendissante et accompagné de son mécanicien Rolf Wutherich. Près de la ville endormie de Cholame, en Californie, Dean remarque une voiture qui approche de la seule intersection de toute la vallée et qui lui coupe la priorité. Un jeune étudiant, Donald Turnuspeed, est au volant. Il rentre chez ses parents dans une Ford Sedan et ne voit même pas la minuscule Porsche qui tente de l’éviter en catastrophe. La voiture de course se fracasse sous le choc, projetant Wutherich sur le côté. Au volant, Jimmy est écrasé par la tôle. James Dean vient de mourir, à 24 ans. Rolf ne sera que blessé, mais gravement marqué par cet accident. Nous vous conseillons le court métrage multi-récompensé de Parker Ellerman, Two Friendly Ghosts. Et nos amis littéraires apprécieront de continuer sur Vivre vite de Philippe Besson qui s’est attaché, à force de témoignages poignants, à reconstituer le parcours de l’homme torturé au prisme de son ambiguïté sexuelle. A lire d’une traite !

Pour lui comme pour beaucoup d’autres comédiens, le mensonge et la simulation étaient le seul moyen d’atteindre la plus grande lucidité et l’introspection. Mais surtout, le besoin de jouer correspondait, chez  lui, à une sorte de faille existentielle. A la veille de son 25ème anniversaire, James Dean est inhumé près du corps de sa mère à Fairmount, dans l’Indiana. Sa mort a provoqué l’hystérie, semblable à la disparition de Rudolph Valentino en 1926. La foule qui se presse aux funérailles est plus nombreuse que les habitants de sa ville natale. Environ 3 000 personnes y assistent et sa tombe est pillée plusieurs fois par ses fans qui cherchent le moindre souvenir de lui. East of Eden et Giant valent à James Dean deux nominations aux oscars dans la catégorie meilleur acteur. Le succès de ses trois films ne se dément pas au fil des années au grand étonnement de la Warner, qui décide de produire un documentaire réalisé par Robert Altman, The James Dean Story. Le culte, dont il fait l’objet, gagne le monde entier. En 2001, James Franco l’incarne un peu fadement dans le téléfilm cheap, Il était une fois James Dean. Son image, bien que ternie par la nouvelle génération qui ne semble n’avoir vu aucun de ses films, reste figée dans le temps. Image de marque, référence (ne dira-t-on pas des jeunes premiers comme Brad Pitt que c’est le nouveau James Dean?!), fantôme inoubliable, le mythe de l’artiste torturé plane au-dessus de nos têtes, malgré les nouvelles étoiles qui s’entassent dans nos mémoires collectives et au Hollywood Walk of Fame. Il aurait eu 84, triste anniversaire…

« Le drame de sa vie, c’était le conflit permanent entre le désir et la peur, un conflit apparu très tôt entre sa formidable impatience et son manque de confiance en soi ». Nicholas Ray

Sources: http://cinemaclassic.free.fr/dean/biographie_james.html, 

http://www.cinetom.fr/archives/2009/04/22/13473837.html

Bibliographie sélective

Philippe Besson, Vivre vite, Paris, Julliard,‎

William Bast, Ma vie avec James Dean. Éditions City, 2006

Karen Clemens Warrick, James Dean: Dream As If You’ll Live Forever, Enslow Publishers, Inc., 2006

Donald Spoto, Rebel : the life and legend of James Dean, New York, NY, HarperCollins Publishers,‎

Yves Salgues, James Dean ou le mal de vivre, Éditions Pierre Horay, 1957, 1963

The program, un film de Stephen Frears : critique

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Comme son nom l’indique, The Program n’est pas à proprement parler une biographie de Lance Armstrong, mais se consacre essentiellement à son programme d’entraînement et de dopage.

Synopsis : Coureur de classiques, champion du monde en 1993, Lance Armstrong semble pouvoir dire adieu à sa carrière de cycliste quand il est frappé d’un cancer des testicules. Il va pourtant revenir et devenir non seulement l’un des plus grands champions de l’histoire du cyclisme, mais aussi une figure politique et caritative importante. Une histoire trop belle pour être vraie, que le travail acharné d’un journaliste changera en celle d’une mystification.

Bras de fer avec Armstrong

Lance Armstrong est en effet pionnier sur deux niveaux : dans son côté lumineux, il participe à une plus grande rationalisation des techniques d’entraînement, s’entoure de lieutenants talentueux ayant à accomplir une tâche précise. Le tout visant à créer un héros de volonté, qui s’est donné les moyens de revenir à son meilleur niveau, se dépasse pour rester au sommet, et atteint des performances qui semblaient impossibles.

Dans son côté obscur, le programme est né d’un constat simple : alors que le peloton commence à utiliser l’EPO, un coureur non dopé n’a aucune chance de réussite. Pour Lance Armstrong le défi est le suivant : se doper de la manière la plus efficace possible, pour rattraper et dépasser ses concurrents, et ce de manière totalement invisible. Les autorités sont en effet aux aguets, comme en témoignent les extraits de journaux télévisés consacrés à l’affaire Festina. La rencontre avec le docteur Ferrari sera déterminante : théoricien de l’usage de l’EPO, il va l’aider à l’utiliser au mieux et lui indiquera les moyens d’échapper aux contrôles anti-dopages : transfusion de sang avant contrôle, faux échantillons prêts, dates précises de prise de produit pour être éliminé avant la course, rien n’est laissé au hasard.

De sorte que, dans ses aspects légaux et illégaux, le programme fascine par sa rencontre entre l’athlète à la volonté de fer qui ne vit que pour gagner, et les techniques d’entraînement les plus efficaces à défaut d’être les plus morales.

Il est toutefois peu imaginable de réaliser un film qui glorifierait le dopage. The program oppose donc un deuxième point de vue à celui de Lance Armstrong : celui du journaliste britannique David Walsh qui va se battre pendant des années pour découvrir la vérité, malgré les menaces qui pèsent sur lui. Le programme se caractérise en effet par des pressions systématiques sur ceux qui menacent d’écorner l’image du héros de l’US Postal: coureurs dubitatifs, coéquipiers qui n’assument plus, journalistes et même institutions : tous ceux qui doutent doivent être contrôlés et mis hors d’état de nuire. On a beau savoir que le tableau parfait va peu à peu à se fissurer, on ne peut s’empêcher de craindre le pire pour le deuxième personnage principal, d’autant plus qu’il est incarné par le toujours très sympathique Chris O’Dowd (The IT crowd, Mes meilleures amies).

Un film qui privilégie l’efficacité à l’audace

Tout ceci est très intéressant, mais est-ce du cinéma ? Et la réponse à la question est : tout dépend de ce que vous recherchez. Stephen Frears n’est pas le premier venu, et une grande part de l’attention portée à ce film tient à son réalisateur. Avec les années, il a su développer un cinéma direct et efficace. Le film n’a visuellement rien d’extraordinaire : les seules fantaisies que s’autorise l’Irlandais se trouvent dans les scènes de vélo du début, filmées au ras du bitume, et qui combinées à une bande son bien rock’n’roll (Blitzkrieg Bop des Ramones, une bonne idée pour les arrivées au sprint du prochain tour sur France 2), se révèlent assez énergiques.

Toutes les qualités du film se trouvent dans son écriture et dans son interprétation : les acteurs sont tous excellents, Ben Foster en tête, qui, s’il ne ressemble pas physiquement à Lance Armstrong, arrive à en retrouver les mimiques sans tomber dans le piège du jeu d’acteur musée Grévin. Les seconds rôles ne sont pas en reste, que ce soit le toujours sympathique Denis Ménochet dans le rôle du directeur sportif Johan Bruyneel ou surtout Guillaume Canet en docteur Ferrari, dans une performance gentiment cabotine, toute en légèreté.

L’écriture quant à elle est très rythmée : elle arrive à placer les événements attendus, qui ont été par la suite relatés dans des témoignages, comme l’aveu du dopage à l’hôpital devant un coéquipier, ou l’anecdote de la kinésithérapeute qui l’a aidé, sans s’appesantir dessus, et aborde certains points importants de ce qu’a pu représenter Lance Armstrong, en le montrant lever des fonds, rendre visite à des enfants à l’hôpital, ou donner des cours de motivation à des chefs d’entreprise. Toutefois, la visée du film est essentiellement informative. Adapté d’un livre de journaliste, centré sur les événements, peu enclin à interroger la psychologie des personnages, The program est une mécanique qui fonctionne bien, qui se laisse regarder sans problème, mais qui une fois sorti de la salle laisse en bouche un goût d’inachevé.

Le problème est en effet de savoir à qui s’adresse le film : s’il s’agit de fans de sports, ceux-ci n’y apprendront rien qu’ils ne connaissent déjà, et certains silences les laisseront dubitatifs : le film insiste beaucoup sur le combat solitaire du héros, mais occulte qu’il a coécrit ses livres avec Pierre Ballester (spécialiste des problèmes du dopage, et qui a récemment publié un livre sur le sujet dans le milieu du rugby), ainsi que le fait que le journal l’Equipe était devenu peu à peu un ennemi très puissant de Lance Armstrong. Surtout, le fait est que, alors que l’Union cycliste internationale voulait se servir de Lance Armstrong comme étendard de la lutte anti-dopage (ce qui est bien rendu dans le film), celui-ci n’était pas le seul à discréditer son sport. On pense notamment à Jan Ullrich, l’un de ses grands concurrents, ou à Ivan Basso, concernés par l’affaire Puerto. Cela n’innocente bien sûr pas l’américain, mais il aurait été bon de rappeler qu’il n’était pas le seul mouton noir dans un sport propre. Si son cas est emblématique, il participe d’un mouvement de décrédibilisation constant de ce sport, qui, de Indurain à Floyd Landis (qui se révèle assez touchant dans le film) en passant par Bjarne Riis, est incapable de fournir un champion qui respecte les règles, expliquant en partie le scepticisme quant aux performances actuelles du vainqueur du tour Christopher Froome (dont David Walsh est, ironiquement, un fervent supporteur en plus d’en être la caution).

Mais le vrai problème n’est pas tant de savoir s’il diabolise Lance Armstrong : l’espoir qu’il a déçu, le mensonge quant à l’image qu’il donnait est tel qu’il mérite tous les coups de bâton qu’il peut recevoir. Le souci est que le film, peut-être par peur d’un procès ou de reproches d’inexactitude, se raccroche désespéramment aux faits, et ne cherche pas à aller plus loin. Si comme on l’a vu la personnalité de Lance Armstrong est abordée, ainsi que son action en dehors des courses, ce n’est que par la bande, ce qui risque de décevoir les spectateurs peu intéressés par le cyclisme. Il y a pourtant là un portrait particulièrement intéressant à tirer : celui du menteur qui sait qu’il triche mais dont l’image va être suffisamment puissante pour le préserver des soucis. Comment arrive-t-on à vivre dans ce mensonge ? Que se passait-il dans la tête de Lance Armstrong ? Plus que de savoir s’il a triché, ce qui est de notoriété publique, et par quels moyens, ce qui n’est pas universel, on a envie de savoir comment il a vécu son rôle de modèle, géré son action caritative, construit une image d’athlète immaculé dont la victoire est celle de la volonté, alors même qu’il savait que tout cela était faux, s’il a eu des doutes ou s’il ne s’est jamais considéré comme un escroc ?

Et si l’on comprend que Stephen Frears ait eu peur d’aborder l’histoire sur le versant psychologique, Lance Armstrong restant une personnalité difficile à comprendre, le film manque un peu de suspens. On comprend mais on ne ressent pas vraiment le jeu du chat et de la souris entre le coureur et le journaliste, on n’a ni peur pour le cycliste quand les contrôles anti-dopages arrivent, car ils sont présentés sur un mode humoristique, ni pour le journaliste, qui risque pourtant d’être écrasé par le poids médiatique de Lance Armstrong.

Un film à inscrire à votre programme ?

The program est loin d’être un mauvais film, mais il n’est pas complètement enthousiasmant pour autant. Les amateurs de cyclisme n’y apprendront pas grand chose, et le film n’arrive pas vraiment à dépasser son côté factuel pour devenir plus qu’un biopic ou qu’un très bon épisode de Faites entrer l’accusé, comme avait su le faire The social network. Reste que Stephen Frears est un réalisateur qui a du métier : si le rythme du film est bon et les acteurs aussi, le résultat est loin d’être inoubliable. On prendra donc le film pour ce qu’il est, une petite réussite, en se rappelant qu’il n’est pas possible de ne faire que des chefs d’oeuvre.

The program : bande annonce

The program : fiche technique

Titre original : The program
Date de sortie : 16/09/2015
Nationalité : Angleterre, France
Réalisation : Stephen Frears
Scénario : John Hodge, d’après le livre de David Walsh
Interprétation : Ben Foster (Lance Armstrong), Chris O’Dowd (David Walsh), Guillaume Canet (Michele Ferrari), Denis Ménochet (Johan Bruyneel), Jesse Plemons (Floyd Landis)
Musique : Alex Heffes
Photographie : Danny Cohen
Décors : Alan MacDonald
Montage : Valerio Bonelli
Production : Tim Bevan , Eric Fellner , Tracey Seaward , Kate Solomon
Sociétés de production : Anton Capital Entertainment (ACE), StudioCanal, Working Title Films
Sociétés de distribution : StudioCanal
Budget : Non disponible
Genre : Biopic, film sportif
Durée : 01h44
Récompense(s) : Pas encore de récompense.

 

Game Of Thrones saison 6 : Les Scoops !

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Kit Harington (Jon Snow) serait bel et bien de retour dans cette sixième saison de Game Of Thrones !

Voici de quoi vous réchauffer le coeur pendant les longues soirées d’hiver en attendant le retour de Game Of Thrones sur HBO au printemps ! Kit Harington, l’acteur qui interprète Jon Snow aurait été vu lors d’une bataille de la saison 6 entre les Umber, les Bolton et les Sauvageons. Il s’agirait de l’épisode 9, tourné à Saintfield en Irlande du Nord ; un épisode charnière si l’on en croit les saisons précédentes car les épisodes 9 sont bien souvent les plus choquants. Il nous était bien difficile d’admettre la perte du beau « bâtard » Stark et à en croire de nombreux sites internet, on avait bien raison !  En outre, Kit Harington avait déjà été aperçu dans un vol Londres-Belfast, en compagnie de Tom Wlaschiha (le mystérieux Sans-Visage, Jaqen H’ghar).

Des nouvelles recrues :

Par ailleurs, The Hollywood Reporter a confirmé hier que l’actrice Essie Davis était le tout dernier personnage à rejoindre la célèbre série de la chaîne américaine HBO. Games Of Thrones a donc accueilli ce nouveau visage parmi ses protagonistes pour sa sixième saison. L’actrice australienne Essie Davis, qui interprète la mère au bord de l’aliénation dans Mister Babadook ainsi que le personnage de Maggie dans Les Matrix Reloaded et Revolutions tiendra le rôle d’un des membres d’une troupe de théâtre de Braavos. Au cours d’une de leurs pièces intitulée La Main Ensanglantée, la jeune femme campera Cersei Lannister, un rôle satirique très risqué quand on connaît l’humour de la Lady. Richard E. Grant (Queen and Country et prochainement l’adaptation pour ITV de Jekyll & Hyde) devrait lui-aussi rejoindre le casting et faire partie de cette troupe de théâtre.

MCM a diffusés les photos du tournage sur ce lien.

L’Étrange Festival 2015 : La Peau de Bax remporte le Grand Prix Nouveau Genre

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L’Étrange Festival :

La vingt-et-unième édition de l’Étrange Festival vient à l’instant de s’achever au Forum des Images de Paris. Ce festival qui consacre le cinéma de genre dit « différent »offre chaque année la possibilité de visionner des films atypiques, bizarres, étranges et ce, dans les meilleures conditions possibles, à savoir ses grandes salles de cinéma jonchés de fauteuils rouges. Cette année, en plus des remarquables compétitions longs et courts métrages, la programmation a également mis en avant l’industrie du cinéma turque des années 50 dans ce qu’il a de plus « délirant ». Connu pour délivrer chaque année des cartes blanches à des invités prestigieux, l’édition 2015 de l’Étrange Festival a demandé à Ben Wheatley (Kill List, Touristes !), Benoît Delépine (Mammuth, Near Death Experience) et Guy Maddin (The Saddest Music in the World) de faire partager leurs goûts cinématographiques -pour le moins- singuliers.

Mais dans une compétition aussi passionnante qu’excitante, c’est le néerlandais La Peau de Bax d’Alex Van Warmerdam qui est reparti avec le Grand Prix Nouveau Genre. A savoir que ce prix est l’occasion pour le récompensé d’avoir la certitude d’être acheté par un diffuseur et d’obtenir une diffusion télévisée. Un belle initiative qui vise à promouvoir le cinéma de genre sur nos chaînes nationales. La Peau de Bax raconte l’histoire d’un auteur vivant dans une petite maison idyllique au milieu d’un marécage aux pays-bas. Ce qu’il ne sait pas, c’est qu’un tueur à gages a été dérangé le jour de son anniversaire pour le liquider, et cet exécuteur entend bien finir le contrat rapidement pour retourner préparer les festivités en famille. Alex Van Warmerdam avait eu les honneurs l’an passé d’une sélection à Cannes pour son film Borgman, le néerlandais revient cette année en France pour repartir avec un des prix majeurs pour le cinéma de genre en France.

Côté public, les festivaliers ont récompensé Moonwalkers d’Antoine Bardou-Jacquet. Le film se déroule en 1969. L’agent de la CIA Kidman arrive à Londres. Sa mission : contacter Stanley Kubrick et le convaincre de mettre en scène un faux alunissage de Apollo 11 en cas d’échec de la mission. N’arrivant pas à ses fins, il est obligé de s’associer à Johnny, un manager musical de seconde zone. Une véritable comédie pop sur fond de conspiration qui a enthousiasmé le public. Le film sortira le 06 janvier 2016 dans les salles françaises.

The Grey Matter de Luke et Peter Mc Coubrey  est le grand gagnant de la compétition des courts métrages. Ce film de 18min a marqué les esprits par son approche gore. Le récit s’intéresse au réveil d’un personnage, couvert de sang et ayant un immense trou dans le crâne. Le public quant à lui a plutôt plébiscité le Splintertime de Rosto, un film halluciné qui suit une bande d’esprits inquiétants dans une ambulance avec une belle infirmière.

L’an dernier, c’est The Voices de Marjane Satrapi qui avait été honoré du Grand Prix Nouveau Genre et celui du public. Du côté des courts, c’est The Voice Thief d’Adan Jodorowsky qui avait mis d’accord le jury et le public, recevant également les deux récompenses du festival pour les courts métrages.

Palmarès de l’Étrange Festival 2015 : 

Grand Prix Nouveau Genre : La Peau de Bax d’Alex Van Warmerdam (Pays-Bas)

Prix du Public : Moonwalkers d’Antoine Bardou-Jacquet (Angleterre)

Grand Prix Canal + du court métrage : The Grey Matter de Luke et Peter Mc Coubrey (Etats-Unis)

Prix du Public du court métrage : Splintertime de Rosto (France, Pays-Bas, Belgique)

Plus d’informations sur l’Étrange Festival : http://www.etrangefestival.com/

 

Kill Your Friends, un film d’Owen Harris : Critique

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Dès la sortie du livre écrit par John Niven en 2008, Kill Your Friends avait déjà tout de l’ersatz d’un American Psycho dopé à l’insolence britannique. Seul l’univers change, délaissant la finance pour entrer dans le milieu -pourri jusqu’à la moelle- de l’industrie du disque. Pourri tant par les individus qui la composent que par ceux qui régissent la musique mainstream d’aujourd’hui.

C’est peu de dire que le milieu y est fidèlement décrit puisque John Niven a travaillé pendant une dizaine d’années au sein de maisons de disque. Il signe ici le scénario de cette adaptation, ne souhaitant pas lui voir échapper le contrôle artistique de son œuvre. A la tête du projet, on trouve un novice du long métrage en la personne d’Owen Harris dont les faits d’armes sont plutôt à trouver du côté de la télévision, avec la réalisation d’épisodes de Black Mirror ou Misfits. En attendant le téléfilm très attendu de la BBC, The Gamechangers qui reviendra sur la genèse de Grand Theft Auto avec Daniel Radcliff et Bill Paxton à l’affiche. En tête de la distribution, on retrouve l’omniprésent Nicholas Hoult qui confirme avoir parfaitement su prendre le virage de la célébrité après la série Skins et les nombreux blockbusters dans lesquels il incarnait un second couteau. Après Mad Max : Fury Road et Dark Places, il revient à l’affiche d’un film prêt à le propulser au rang des stars influentes, à l’instar de Christian Bale qui avait explosé médiatiquement après American Psycho. Nicholas Hoult va même jusqu’à occuper le poste de producteur exécutif, témoignant d’une volonté de conserver un droit sur son image. Après avoir occupé des rôles majeurs dans des blockbusters divers et variés (la saga X-Men, Warm Bodies, Jack le chasseur de géants ou Le Choc des Titans), le comédien semble désormais vouloir jongler avec des films plus indépendants, en dehors de la machine hollywoodienne. Après ces rôles qui l’ont constamment mis en avant, il bouscule ici son image, incarnant un personnage vil, détestable et complètement malade, tiraillé par une ambition forcenée qui semble le dépasser. Mais pas sûr qu’une telle équipe ne suffise pour transcender une histoire aux airs de déjà-vu.

British Psycho

Tout se déroule en 1997. La musique britpop devient de plus en plus populaire alors que les Spice Girls, au top de leur gloire, donnent le « la » à la tendance « girls band ». Et dans les souterrains des clubs, les DJs deviennent les rois de la nuit, et la dance envahit les ondes radios. Dans l’industrie du disque, plus que dans tout autre milieu, il semblerait que la qualité des œuvres musicales ne soit pas la priorité des majors qui ne cherchent qu’à dominer le marché en répondant à la demande. Le seul but est donc de faire de l’argent en balançant sur toutes les radios nationales des morceaux avec juste ce qu’il faut de talent (ou de communication) pour faire tourner la machine à fric infernale. En ce sens, Nicholas Hoult représente ce qu’il y a de pire dans le milieu artistique. Un dénicheur de talent imbuvable, sans aucune considération pour la musique, ne cherchant qu’à repérer les Beatles de demain. Seule l’ambition et l’euphorie des soirées sous ecstasy semblent animer ce personnage odieux et m’en-foutiste. Le parfait anti-héros donc. Sauf que malgré le talent convenable de Nicholas Hoult, le personnage trouve vite ses limites et ne devient qu’une resucée de l’image typique de l’anti-héros psychopathe que l’on a déjà pu voir dans American Psycho, Filth (Ordure !) ou même Night Call, mais en moins bien.

Dès lors le film s’enlise dans un schéma linéaire où notre personnage manigance des plans pour parvenir à ses fins. Dans sa quête vers le poste rêvé de Directeur Artistique, on suit l’évolution du personnage sans déplaisir mais également sans passion. A deux reprises, le poste lui échappe au profit de gens plus ou moins qualifiés. Si Kill Your Friends aurait pu devenir parfaitement jouissif à l’instant où démarrent le massacre et les fourberies, le récit a le malheur de laisser retomber le soufflé et l’intrigue retourne à la case départ, soit une compétition fade entre Nicholas Hoult et le nouveau Directeur Artistique. Un peu vain, prévisible et surtout rapidement répétitif. John Niven n’est malheureusement pas Bret Easton Ellis. Il y a bien une tentative inattendue de pimenter les enjeux et de tendre vers un triangle infernal par le biais d’un personnage féminin plus malin qu’il n’y paraît. Mais le tout se révèle trop anecdotique, si ce n’est pour injecter une bonne dose d’humour noir finale. Il faut néanmoins reconnaître à John Niven un certain sens du dialogue, tant les répliques s’avèrent vives et percutantes. Il y a ce style corrosif à la londonienne hautement jubilatoire, celui-là même qui a rendu célèbre des cinéastes comme Danny Boyle ou Guy Ritchie. On ne s’ennuie pourtant jamais devant ce film satirique, dont le dynamisme lui permet de faire passer un bon moment sans jamais sublimer notre intérêt. Owen Harris fait du cinéma, et il le fait bien mais sans ambition, ni personnalité. Si la mise en scène électrique donne un cachet au film, il faut reconnaître que la photographie offre de trop rares moments de beauté. Quelques couleurs parfument l’esthétique des scènes mais jamais le film ne parvient à sublimer un sujet acidulé qui aurait mérité un traitement visuel plus développé.

Kill Your Friends aboutit sur le principe déjà-vu mais toujours aussi pertinent du cycle sans fin. Peu importe l’acheminement, l’ascension hiérarchique n’est qu’un schéma cyclique, chaque poste étant constamment convoité par un nouvel arrivant.  On pourrait dire la même chose du film  d’Owen Harris, tant il se contente de reprendre le même modèle que ses aînées. On lui préférera cependant American Psycho ou le récent Filth avec un James McAvoy beaucoup plus habité par un rôle dément et dont l’originalité venait de la puissance épileptique de sa mise en scène, de sa trame narrative non-linéaire et de son rebondissement final renversant. Si Kill Your Friends dépeint le milieu des labels du disque britanniques, on regrettera qu’il ne s’agisse que d’une caricature sulfureuse -certes- mais déjà vue et trop peu survolée pour en garder un souvenir impérissable. On préférera attendre la très-attendue série Vinyl de Martin Scorsese, qui reviendra sur les coulisses d’une maison de disques fictive dans le New-York des seventies. Qu’à cela ne tienne, Kill Your Friends reste un film britannique acide qui s’apprécie même s’il ne marquera sans doute pas les esprits. Tout juste retiendra-t-on la capacité de Nicholas Hoult à tenir un tel rôle sur ses seules épaules. On lui souhaite d’évoluer à l’avenir dans des rôles aussi pertinents et habités.

Synopsis: Londres: Mecque de la pop music et des plus viles ambitions. Steven Stelfox, est insatisfait de sa position hiérarchique dans la maison de disque londonienne pour laquelle il travaille. Peu intéressé par la musique, Steven est jaloux du succès de ses collègues et des talents que ces derniers découvrent. Il sera prêt à tout pour obtenir la gloire et la reconnaissance, quitte à  laisser quelques corps sur sa route.  

Fiche Technique: Kill Your Friends

Royaume-Uni
Genre: Comédie, thriller
Durée: 100min
Sortie en salles le 02 décembre 2015

Réalisation: Owen Harris
Scénario: John Niven
Distribution:   Nicholas Hoult (Stelfox), Ed Skrein (Rent), James Corden (Waters), Rosanna Arquette (Barbara), Georgia King (Rebecca), Tom Riley (Parker-Hall), Craig Roberts (Darren), Joseph Mawle (Trellick), Moritz Bleibtreu (Rudi)
Photographie : Gustav Danielsson
Décors : Charlotte Pearson
Costume: Susie Coulthard, Hannah Glossop
Montage: Bill Smedley
Musique : Junkie XL
Producteurs : Len Blavatnik, Gregor Cameron, Will Clarke, Ivan Dunleavy, Aviv Giladi, Ben Giladi, Marshall Leviten, Andy Mayson, Steve Norris, Danny Perkins, Mike Runagall
Sociétés de Production: Altitude Film Sales
Distributeur: Chrysalis Film
Budget : /
Festival: Sélectionné au Toronto International Film Festival 2015 et en compétition au Festival du Film Britannique de Dinard 2015