La série Scream Queens a fait un faux départ mardi et a dû faire face à l’absence criante de l’audience télé !
Scream Queens a débuté ce mardi soir sur la chaîne américaine FOX. La série horrifique et déjantée créée par Ryan Murphy (American Horror Story, Glee, Nip/Tuck) et ses comparses Brad Falchuk et Ian Brennan (Glee, Nip/Tuck) mettait en scène quelques unes de leurs favorites et un casting attendu du public. Mais le démarrage n’a pas eu l’effet escompté et le pilote a fait un flop ainsi que l’épisode suivant.
Dans Scream Queens, tous les ingrédients du succès sont pourtant bien présents. Emma Roberts en perverse narcissique et Skyler Samuels en justicière : deux actrices d’American Horror Story dans un face à face délirant. Jamie Lee Curtis, terrible et vicieuse campe une reine-mère de la manipulation tandis que Lea Michele (Glee) joue les psychopathes handicapées. Abigail Breslin (Maggie, Final Girl), quant à elle, fait le choix de l’auto-dérision et on la préférerait presque comme ça, notamment quand la blonde s’inflige une baffe monumentale… Un grand moment qui décoiffe !
Dans le pilote, un personnage balance une réplique clef : « Les fraternités, c’est comme Game Of Thrones ! » Tout est dit ! Scream Queens est une série diabolique et complètement barrée. Parfois, elle atteint des sommets dans la parodie et le troisième degré mais la mayonnaise prend et on entre aisément dans le délire des créateurs.
Et pourtant, la série n’a réuni que 4 millions de téléspectateurs (dont 2,2 millions des 18-49 ans) contre 18,2 millions devant le retour de NCIS sur CBS. The Voice aussi était de la partie sur NBC avec 12,3 millions de fidèles mais l’échec s’est surtout ressenti face aux 9 millions postés devant Les Muppets sur ABC ! De quoi contrarier franchement la FOX qui a déjà raté le lancement de Minority Report lundi face à Big Bang Theory et The Voice – une fois n’est pas coutume, tant qu’à faire !
Gageons que les prochaines apparitions de Chad Michael Murray (Marvel’s Agent Carter, Les Frères Scott) et Patrick Schwartzenegger apporteront de l’audience à nos Scream Queens !
Dans cette attente, on peut toujours visionner le teaser de l’épisode 3 sorti hier et visible ci-dessous !
FEFFS 2015 compétition internationale, retranscription de la rencontre publique avec Rafael Martinez pour son film Sweet home
Synopsis: Alicia attire son compagnon dans un immeuble quasi déserté pour une soirée en tête à tête. Le même jour, elle s’était rendue sur place dans le cadre de son emploi pour motiver le dernier locataire à s’en aller. Mais des hommes reviennent, pendant la nuit, avec un même but et des moyens plus radicaux. Alicia les surprend et tentera de leur échapper jusqu’au matin. Interdit au moins de 16 ans
La Rédaction CSM, comme le public strasbourgeois, a été séduite par Sweet Home, un home invasion intense, qui peut apparaître comme un exercice classique certes, mais dont l’efficacité provient essentiellement de la maîtrise de la réalisation de Rafael Martinez, très prometteuse pour son premier film. L’intrigue se déroule en plein cœur de Barcelone, dans un immeuble délabré : courses poursuites dans les escaliers et les égouts, décapitation sanguinolente, et autres mutilations, raviront les spectateurs avides d’hémoglobine et de sensations fortes…
Nous avons eu le privilège d’assister à la projection de Sweet Home en présence du réalisateur, du scénariste et de la traductrice, qui ont dévoilé face à un public favorable, mais non sans une certaine pudeur, la genèse de leur projet:
Angel Agudo à gauche, la traductrice et Rafa Martinez au centre
– Bonjour Rafa, en voyant le film, j’ai l’impression qu’il y a deux films en un, le premier qui est un véritable home invasion, et à compter du moment où tu amènes ce nouveau personnage en milieu du film, ça devient presque un film deBoogeyman, un film de croque-mitaine…
Je vois plutôt 4 temps de film en un, en fait… Je vois un début avec un prologue assez classique et ensuite on a un deuxième film un peu plus réaliste comme dans Maman j’ai raté l’avion, puis ça devient véritablement un film d’horreur avec des références comme Panic Room ou Die Hard…
– Le film est assez ludique, avec une dynamique dans laquelle les personnages sont placés devant des objectifs, des salles, des objets à acquérir, les clés, la trappe, qui permettent d’accéder à de nouveaux lieux, où les personnages sont bloqués, les ennemis sont bloqués, et en fait j’ai trouvé que ça ressemblait énormément à un jeu vidéo et notamment à Clock Tower, une saga d’épouvante très connue dans le jeu vidéo avec une unité de lieu, un personnage assez similaire à l’antagoniste du film. Au niveau du scénario, même de la mise en scène, le jeu vidéo a t-il simplement été une référence pour la réalisation du film?
Oui, c’est clair que les jeux vidéos, ça a beaucoup joué… Rafa (ndlr: Rafael Martinez, scénariste du film), qui a également écrit le film, est beaucoup influencé par ça, et donc on a une unité de lieu, et des objets à trouver, et puis on a les différents étages qui sont comme des niveaux en fait, et la scène finale c’est directement inspiré de l’idée de jeux vidéos parce qu’elle se confronte au boss, au monstre à la fin. Donc oui, il y avait une vision un peu comme ça.
– Question à Angel Agudo (ndlr: l’un des 3 scénaristes): tu viens avec un véritable scénario ou quand vous commencez, vous êtes tous les deux au point de départ, à l’instigation du projet?
En fait, il y a Rafa (ndlr: Raphael Martinez) avec des amis qui avaient commencé à écrire, et puis Theresa (ndlr: Teresa de Rosendo) qui est aussi co-scénariste, est entrée en jeu, et moi au final je suis arrivé pour continuer cette coopération, et puis on a discuté ensemble, et voilà, on est arrivé au scénario final.
– Est-ce ton premier film? L’ensemble est super maîtrisé, il y a des mouvements de caméra super inventifs, qui tombent dans la cage d’escalier, pour représenter la première personne… L’unité de lieu m’a plus fait penser à Rec, produit par la même boîte de prod Filmax… Si tel n’est pas le cas, je serais assez intéressé de savoir tu as fait d’autres films en tant que réalisateur.
Alors oui, c’est mon premier long métrage. Bon en fait, c’est vrai qu’il est extrêmement contrôlé, maîtrisé, car on a passé énormément de temps à l’écrire, à le penser, mais par contre je voulais un peu m’éloigner de Rec, je n’avais pas envie de caméra à la main, j’avais envie de m’éloigner de ce style là. Oui, j’ai fait d’autres choses avant, j’ai un peu touché à tout en fait, que ce soit l’écriture, le montage ou la réalisation…
– Faire un premier film ne doit pas être évident. Concernant la production, as tu financé cela tout seul, ou as-tu beaucoup cherché de financements? L’autre question est : as-tu pensé à « buter » l’héroïne à la fin? (ndlr: rires du public)
C’est un processus qui a duré très longtemps en fait, 5 ou 6 ans à partir du moment où on l’a écrit, et pour le financement, le projet est passé de producteur en producteur et on a fini par trouver Filmax, qui nous a financés, et c’est vrai que ce n’était pas si facile au final de les convaincre, car c’est un film qui a pris peu de temps à se tourner, qui a pris peu d’argent. Puis des producteurs polonais sont entrés en jeu aussi… Donc oui, ça a été un processus assez long et au final le film est là, et on est bien content.
Concernant l’héroïne, oui j’aurais bien aimé la buter, car sur le tournage en tant que personne, c’était dur des fois! (ndlr: rires du public)
– Du coup, je ne crois pas qu’on est vu l’actrice (ndlr: Ingrid Garcia Jonsson) dans autre chose en France. Vient-elle du cinéma d’auteur plutôt?
C’est vrai que c’est une actrice que l’on ne connait pas encore trop, qui est vraiment très jeune, et moi ce qui a attiré mon attention, c’est qu’elle avait tourné juste avant dans un film totalement différent, très arty, avec un réalisateur espagnol (ndlr: La Belle Jeunesse de Jaime Rosales), artiste, tout ça… Il tournait complètement d’une autre manière que la mienne. Il faisait une séquence par jour, et beaucoup d’improvisation. En gros si son film à lui c’était une musique classique, moi c’était du rock’n roll pour elle, c’était complètement différent.
– Les statistiques du début du film sont-ils inventés ou vrais? (ndlr: statistiques sur le nombre d’espagnols expulsés de chez eux)
En tout cas, le phénomène des expulsions ou ce qui est expliqué au début, c’est vraiment réel en Espagne, et ça se passe comme ça. Après, on a fait des recherches pour avoir des données plus précises… Donc ce que l’on voit, il y a une partie qui est réelle, mais les 2% de gens qui ont disparu, où on ne sait plus ce qui se passe, bon ça c’est inventé, mais on a essayé de faire un truc un peu homogène pour coller à notre histoire. Mais il y a des chiffres qui sont vrais, oui…
– Félicitations pour la maîtrise bien réelle de votre premier film. Par rapport à l’immeuble, qui est d’une certaine manière un des personnages du film, avez-vous tourné en studio uniquement ou partiellement dans un immeuble? Et si cet immeuble existe véritablement à Barcelone, du coup avez-vous été obligés de chasser des locataires pour tourner? (ndlr: rires du public)
Déjà, merci pour tous les mots d’encouragement parce que le tournage a tellement été difficile que maintenant vos paroles, ça fait vraiment du bien et ça va me donner l’énergie de tourner un second film. Concernant l’immeuble, c’est vraiment un immeuble des alentours de Barcelone. On n’a pas tourné ailleurs en fait, pour des raisons de budget. Après, on a modifié quelques aspects pour certaines scènes, que ce soit des entrées ou des sorties pour permettre des mouvements dans le film… Non, on n’a mis personne à la porte et on n’a tué personne pour tourner le film, mais il se trouve qu’il y avait une personne qui vivait encore là-bas quand on a repéré l’immeuble, et on a dû attendre qu’elle s’en aille, gentiment, pendant qu’on signait des contrats, pour que l’on puisse enfin se mettre à tourner.
– Concernant l’immeuble toujours, y a t’il en Espagne des particularités avec les immeubles, parce que de mémoire A louer était espagnol aussi, Rec aussi… On a à chaque fois la hantise de rester coincé dans un immeuble… Cet immeuble est d’ailleurs très bien choisi par rapport à la narration. Est-ce que vous aviez le scénario et vous vous êtes dit « il faut qu’on trouve un immeuble qui colle à ça », et vous avez galéré pour le trouver ou est-ce qu’en voyant cet immeuble, vous vous êtes dit « ok c’est là qu’il faut qu’on tourne, parce que celui-là il est parfait »?
Peut-être que si les films espagnols sont souvent tournés dans des immeubles, c’est parce qu’on n’a pas trop d’argent, donc finalement c’est plus facile de se concentrer sur un lieu en particulier. Pour autant, on a essayé de donner véritablement une diversité à cet immeuble, en jouant avec la lumière, les couleurs… Pour le choix du bâtiment, on est vraiment parti du scénario, et à partir de là, on a cherché l’immeuble qui allait le mieux s’y prêter. On a vraiment eu du mal à le trouver: soit il y avait des escaliers trop petits, ou trop grands, il n’y avait pas d’ascenseur… Et quand on a enfin trouvé le bon immeuble, on a fait des ajustements, on a réécrit quelques scènes: au début on avait écrit pour qu’il y ait 4 appartements; finalement, on en a mis trois, on s’est adapté…
Merci beaucoup Rafael.
Propos recueillis lors de la rencontre publique du 23/09/15 avec Rafael Martinez pour son film Sweet home (Compétition internationale, FEFFS 2015)
Les pérégrinations d’un reporter au Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg : projection du film The Visit, des courts métrages et le Midnight Movie, Howl.
Après une première journée mitigée, où la seule bonne surprise est venue d’un bunker allemand, on se lance, avec entrain dans ce nouveau jour, en plein cœur de la capitale alsacienne. La pluie ne nous a pas lâchés depuis hier et on se presse pour retrouver la bonne température des salles obscures strasbourgeoises. Au programme aujourd’hui, un documentaire qui dépassera les limites terrestres, du court-métrage francophone et international et une série B de loups-garous qu’on espère divertissante. Le temps d’aller faire un tour dans les commodités et…voilà que je rencontre un festivalier avec qui j’avais déjà visionné quelques films en début d’année à Gérardmer. De bonnes retrouvailles qui sont vite devenues gênantes vu qu’elles se déroulaient dans les toilettes (à croire que les toilettes à Strasbourg, c’est The place to be !). On décide d’un commun accord de se rejoindre dans la salle pour regarder le film ensemble. Alors visionnons mes bons !
[DOCUMENTAIRE] The Visit – An Alien Encounter
Réalisé par Michael Madsen (Danemark-Finlande, 2015). Sortie dans les salles françaises le 04 novembre 2015.
Synopsis : Sommes-nous prêts à une rencontre avec des extraterrestres ? C’est la question que pose le Danois Michael Madsen avec son nouveau documentaire, The Visit, dans lequel il enquête, de l’armée à l’ONU.
Après avoir sondé l’humanité et ses institutions sur le sort des déchets nucléaires d’ici quelques milliers d’années dans Into Eternity, salué dans une multitude de festivals, Michael Madsen s’intéresse avec The Visit à ce que donnerait rationnellement la première rencontre entre l’homme et une forme de vie extra-terrestre. Derrière toutes les perspectives et l’organisation que l’humanité semble avoir prévues pour agir dans une pareille circonstance, The Visit révèle avant tout l’inconnu et l’ethnocentrisme de l’homme qui pense être le seul dans l’univers. Entre peurs et espoirs, Michael Madsen interroge notre propre image. Pendant des mois, le réalisateur a rencontré tout un tas de personnalités issues du monde scientifique, politique et militaire. De la NASA aux Nations Unies en passant par l’armée, on se rend compte que malgré l’intelligence et la maturité de ces gens, ces derniers arrivent difficilement à concevoir des êtres extra-terrestres autrement que comme des continuités développées de l’homme. A aucun moment, ils n’arrivent à s’interroger sur l’absence d’émotions (le propre de l’homme) ou la présence d’émotions inconnues par l’homme. Ils s’inquiètent d’une menace mais peut-on imaginer que ces êtres ne peuvent percevoir ce sentiment de menace ? Au fond, ce que révèle ce documentaire si intéressant, c’est que l’homme est aussi fasciné qu’effrayé par l’inconnu. Les scientifiques s’interrogent sur ce premier contact, alternant des moments de curiosité intimiste (que nous-voulez-vous ? que savez-vous de plus que nous sur la vie ?) à des formes de menaces suggérées (organisation militaire défensive pour parer à toute éventuelle attaque de ces êtres). Les hommes n’ont jamais pu vivre une période sans conflits et lorsque l’inconnu débarque dans son quotidien, ils ressentent une forme de menace et d’intrusion alors qu’ils sont pour autant fascinés par cette existence venue d’ailleurs. Au service de ses interrogations, Michael Madsen réinvente le documentaire, dépassant le cadre visuel de son précédent film. Avec de nombreux plans aériens et une stylisation des cadres et lieux, The Visit offre une douce sensation de flottement et d’envoûtement, renforcée par une bande-son magnétique et des dialogues calmes et clairs. L’expression visuelle bénéficie d’un soin tout particulier et nous renvoie à nos fantasmes les plus enfouis (l’attirance, la peur ou l’affrontement avec l’inconnu). On pourra lui reprocher un manque de rythme mais ça serait dommage de passer à côté de ce documentaire qui interroge philosophiquement notre condition humaine et offre une expérience sensorielle sans précédent. A la fin du film, on se pose une ultime question qui bousculera tout ce en quoi nous croyons : Est-ce-que nous sommes dignes d’intérêt ? Michael Madsen n’a jamais estimé être en mesure d’apporter des réponses aux questions de ses documentaires. Il ne fait qu’apporter une interrogation à un instant T dans notre vie. C’est la justesse d’un documentariste qui fait preuve de modestie et de conscience de soi-même, car au fond il sait que nous ne savons rien. Il ne nous reste plus qu’à attendre l’ultime volée de sa trilogie de l’humanité qui s’intitulera Odyssey. Avec une telle et si brillante trilogie, Michael Madsen confirme qu’il est l’un des documentaristes les plus intéressants de ce siècle.
Note de la rédaction : ★★★★☆
Le temps de faire un débriefing avec mes compagnons de séance autour d’un café (eux ont plutôt été désarçonnés par la forme du documentaire) qu’il est l’heure pour moi de les laisser et d’aller perdre un peu de temps dans les rues de Strasbourg, à la recherche d’une activité à faire. Ça tombe bien, le programme du festival m’annonce qu’il y a une rencontre à la FNAC avec deux artistes dont le travail repose essentiellement sur la représentation des Playmobil® dans la pop-culture. Pourquoi pas !.
Richard Unglick est un passionné d’histoire et de cinéma qui baigne dans l’univers des Playmobil® depuis tout petit. Dans les années 2000, abandonnant son métier de cinéaste, il développe un concept photographique original qui consiste à pasticher avec beaucoup d’humour les grandes œuvres de l’Histoire à l’aide des célèbres figurines et de leurs accessoires. Ses photographies se sont fait connaître grâce à quatre albums publiés chez Casterman dès 2004. Sa première exposition se tient à Paris en 2011, Richard Unglik a depuis exposé à l’internationale comme en Angleterre, aux Etats-Unis ou plus récemment en Corée. Il expliquera qu’il conçoit ses ouvrages comme de véritables films avec un choix visuel précis, un casting de Playmobil® (véridique!) et des décors conçus à partir de Playmobil® préexistants. Il expose ses photos actuellement à Strasbourg où il reprend de vieilles affiches de films fantastiques (Le Chien des Baskerville,M Le Maudit, Les Dents de la Mer, etc.) qu’il réinvente à l’aide de ces petits jouets allemands. A ses côtés, son camarade Claude Steible a toujours eu la passion pour le paysage, jouant très tôt avec des trains électriques et des modèles réduits. Il commence à se passionner pour les Playmobil® quand il en achète pour ses enfants. Depuis, Claude Steible a acquis 2500 figurines dont 1500 sont les héros d’une exposition au Musée du Jouet de Colmar. Passionné d’Histoire, il y a reconstitué des saynètes inspirées de films, dont Danse avec les loups, Gladiator, Jurassic Park, L’Âge de Glace ou Le Seigneur des Anneaux. Son objectif à travers ses expositions est de faire retomber le public en enfance en utilisant un jouet mondialement connu. Une rencontre des plus intéressantes avec ces deux grands enfants qui jouissent de leur métier et reconnaissent être les plus chanceux au monde, surtout auprès des enfants qui les envient d’exercer un métier à partir de ces jeux. La rencontre s’achève sur une succession de photos décalées, comme des Playmobil® rastas partageant Le Dernier Repas ou des Playmobil® hippies dans une situation suggérée mais osée. Bref mais très amusant. Cela laisse juste assez de temps pour casser la croûte et foncer aux projections des courts métrages..
[COMPÉTITION COURTS MÉTRAGES FRANÇAIS]
Six films projetés mais seulement trois qui ont particulièrement retenu mon intérêt malgré de nombreuses qualités chez les autres. Un premier film délicieux et amusant au nom d’Aquabike où une jeune femme est traumatisée par un poisson s’étant retrouvé dans sa culotte. Elle n’a plus jamais remis les pieds dans l’eau depuis cet événement mais décide de voir Aquaman, un gourou-guérisseur aux méthodes radicales. C’est drôle, très décalé et joyeusement interprété pour un film qui aura su faire naître quelques rires dans l’assemblée. Mais au delà de l’aspect comique de son court, le réalisateur Jean-Baptiste Saurel démontre une vraie maîtrise des effets spéciaux, de la mise en scène et de l’humour loufoque. C’est terriblement rafraîchissant. Juliet, le second film part d’un postulat déjà vu puisque dans un futur proche, la société SEED lance à grand renfort de publicité, JULIET1, la première génération d’êtres synthétiques de compagnie. Ces femmes androïdes à l’aspect hyper réaliste, connaissent rapidement un succès foudroyant. Le réalisateur Marc-Henri Boulier interroge sur la notion de robotique dans notre société et surtout de sa présence dans notre quotidien. Mais il le fait avec un humour pince-sans-rire tout en parodiant les codes des publicités d’Apple ou des conservateurs qui réagissent grossièrement à la situation. Vraisemblablement (et avec une bonne et savante dose d’humour), l’homme serait défaitiste, prêt à délaisser son prochain pour vivre une « vie normale » avec un robot. Peut-on y voir une définition contemporaine de l’Amour ? Dans son fond, on pense àEx-Machina, son symbolisme, mais aussi au sympathique court-métrage néerlandais Robotics sorti l’an passé ou à un segment de la série Black Mirror. Déjà vu donc mais bien efficace. Et enfin, très certainement le meilleur court métrage de la sélection, Un Jour de Plus d’Alban Sapin. Dans un futur tout aussi proche que le précédent film, les hommes ont déserté Paris depuis un an. Dans cet environnement désolé, quelques survivants errent dans ces ruines à la recherche de nourriture. Parmi eux, un couple tente par tous les moyens de subsister et de prendre contact avec d’autres rescapés. Il s’agit là d’un film terriblement percutant pour une œuvre française de genre. Alban Sapin ne lésine pas sur les moyens et offre quelques chouettes décors post-apocalyptiques et maîtrise avec brio les codes du western et du film d’infectés. Il en résulte un film au postulat très simple, mais qui se dénoue sur une morale excitante, qu’est-ce-que nous ne ferions pas pour vivre un jour de plus ? C’est beau, cruellement tendu et visuellement grandiose. Une claque comme on en voit que trop rarement en France. A l’issue du festival, le jury remettra le Prix du Meilleur Court Métrage Made in France. J’ose espérer qu’un de ces trois là se verra attribuer cet honorable prix.
Note de la rédaction sur l’ensemble de la séance: ★★★☆☆
[COMPÉTITION COURTS MÉTRAGES INTERNATIONAUX]
Cette année, la sélection des courts internationaux était d’une excellente facture. Sept films projetés, cinq qui m’ont plu, mais trois plus particulièrement. Et cocorico, on retrouve deux films français parmi ma petite sélection, même si ma préférence va pour un efficace film norvégien. On commence par Moonkup – Les Noces d’Hémophile de Pierre Mazingarbe, un étonnant film de vampire français où les hommes ont perdu la guerre contre ces buveurs de sang. Résultat? Un mariage entre les deux espèces qui pourrait bien changer toute l’humanité. Quasi-entièrement filmé en lieu-clos dans un train, Moonkup fait preuve de générosité dans sa description aussi gore qu’érotique du mythe du vampire avec tous les codes que cela comprend. Comme hier, on refait un Point Godwin notamment dans cette représentation d’une classe humaine qui a collaboré avec les vampires et nous renvoie à la Seconde Guerre mondiale. Il y a de la beauté, de l’organique et de l’énergie dans ce film sensible et déconcertant qui mérite toute notre attention. On lui souhaite d’aller loin dans les festivals internationaux, car une telle maîtrise et une telle audace en France méritent d’être saluées. On part maintenant pour les Pyrénées d’où nous vient Territoire, un sanglant et jubilatoire film de lycanthrope. En 1957. Pierre arrive sur l’estive avec son chien et son troupeau de brebis. Il craint la menace du loup, mais ne se doute pas de celle que représente un peloton de parachutistes. A partir de ce postulat, le film suit le parcours d’un mutique berger qui va protéger une jeune touriste et tenter de survivre par tous les moyens. Les effets spéciaux sont incroyables, l’immersion est totale et la mise en scène est somptueuse. On regrettera juste une fin grotesque laissant planer un soupçon de conspirationnisme déplacé. Dommage pour ce faux pas, mais gardons de Territoire, le souvenir d’un film de genre bien percutant. Et enfin, le meilleur tous azimuts de cette sélection, le norvégien Polaroid. Sarah et Linda, deux amies, découvrent un vieux Polaroid au fond d’une boîte. Elles seront très vite confrontées à la sombre malédiction déclenchée par l’utilisation de cet appareil. Polaroid pourrait être le croisement de trois films : Mamá, The Ring et le court Lights Out. On s’aperçoit que le format court se prête très bien au film d’esprits et fantômes. Extrêmement frissonnant, la peur surgit de l’ombre par un superbe travail sur l’ambiance. Ce film démontre qu’il ne faut pas grand chose pour nous faire trembler comme jamais. Sans véritable jump-scares, l’effroi se trouve sur ce fil qui sépare la lumière de l’obscurité. A nouveau en huis-clos, Polaroid se pose comme le film le plus effrayant que j’ai vu depuis It Follows, rien que ça. C’est dire la qualité des films qui sortent en salles et même ceux des festivals. Je ne peux que souhaiter à son réalisateur Lars Klevberg de se retrouver dans le palmarès final de la compétition et de trouver une notoriété à l’international. A l’issue de la projection, le public était amené à voter pour son film préféré. Un prix du Jury et un Prix du Public seront en effet remis lors de la cérémonie de clôture ce samedi. Nul doute que vous avez deviné pour quel film j’ai voté.
Note de la rédaction sur l’ensemble de la séance: ★★★★☆
Fin de séance de ces courts très appréciables et prochain événement, un Midnight Movies au doux parfum de lycanthropie. Après le court métrage Territoire précédemment vu, je me mets à espérer un autre film de genre maîtrisé. Dans la file d’attente, je retrouve mes compagnons d’hier qui m’évoquent la déception Sweet Home (un ersatz espagnol de Panic Room) et regrette amèrement avoir loupé la séance de The Lobster, complète. Ils se mettent à espérer que ce film de minuit va rattraper leur programme de la journée. Ils vont malheureusement vite déchanter..
[MIDNIGHT MOVIES] Howl
Réalisé par Paul Hyett (Royaume-Uni, 2015). Date de sortie prochainement annoncée.
Synopsis : Une poignée de voyageurs qui n’ont rien en commun se retrouvent bloqués dans un wagon, en proie à des loups-garous féroces. Immobilisés en rase campagne, leur calvaire durera toute une nuit.
Howl a tout de la série B classique. Une bande d’inconnus piégés dans un lieu clos et attaqués par un monstre affamé. Réalisé par Paul Hyett, un spécialiste des effets-spéciaux ayant œuvré sur des succès comme La Dame en Noir, le diptyque The Descent ou Eden Lake, Howl revisite le mythe du lycanthrope avec une trame simpliste mais résolument attachée à nous divertir pendant 90 minutes. C’est juste raté. Le film hésite constamment à jouer la carte de l’humour et du sérieux. Les personnages sont affreusement caricaturaux et l’enchaînement des morts ne provoque aucune réaction. Pire, lorsqu’un des personnages se transforme en loup-garou, la salle s’est mise à rire tant l’effet était grotesque. A aucun moment, les personnages n’ont un semblant de profondeur et tombent fâcheusement dans une succession de clichés sur pattes. Dès lors, le film démarre de la pire des façons. On notera tout de même un joli travail sur les monstres, mais c’est tout de même très peu quand on voit le manque de générosité du réalisateur qui filme presque constamment les massacres hors-champ. Budget limité peut-être mais quelle paresse ! On ne s’amuse pas, on ne frissonne pas, on ne fait que subir ce long arrêt de train en plein milieu de la campagne. Tiens, j’aurais presque préféré me taper une bonne grève de la SNCF. Heureusement que le représentant du festival nous a dit que ce film lui avait effroyablement plu au Marché du Film à Cannes… Quelle tristesse de voir les Midnight Movies être sabotés à ce point.
Note de la rédaction : ★★☆☆☆ .
C’est tout de même sacrément décevant de devoir trouver de la qualité dans les sélections parallèles et mineures du festival. Hormis un Bunker allemand, un documentaire et quelques courts, j’avoue être très déçu pour l’instant de la sélection. Tous les festivaliers sont unanimes pour dire que la compétition est affligeante (sauf à quelques exceptions comme Der Bunker, Ni le Ciel Ni la Terre, The Lobster, etc.) et que les films de minuit sont décevants. Ils restent quatre jours et j’ose espérer que le festival nous a gardé ses meilleures cartouches pour le weekend. Comme la veille, on rentre chacun chez soi, l’air dépité et l’envie de voir enfin un film de genre à la hauteur de la réputation du festival. Gérardmer nous avait offert It Followsen début d’année, j’espère que Strasbourg saura nous dénicher un film encore vu nulle part ailleurs et qui laissera une marque impérissable dans l’esprit des festivaliers. Quoiqu’il en soit, demain on reprend tout à zéro et on se farcit un ersatz français de Drive en présence du réalisateur, une voiture de police conduite par des enfants et un Mad Max rétro et fauché. Allez festival, ne me déçois pas ce coup-ci ! A demain, les lycanthropes !
Les pérégrinations d’un reporter au FEFFS 2015 : Au programme des films en compétitions Der Bunker, Crumbs et le Midnight Movies Ava’s Possession.
Après avoir malheureusement loupé la prestigieuse Zombie Walk de Strasbourg, sans compter une Masterclass cinq étoiles avec Joe Dante, cinéaste visionnaire du cinéma fantastique et invité d’honneur au Festival Fantastique de Strasbourg 2015, je pose enfin le pied sur cette bonne et si chaleureuse terre strasbourgeoise. Certes, la pluie rend cette première journée plus que morose, mais je compte bien me ressourcer en visionnant quelques films qui font le bonheur des festivals et spectateurs du cinéma de genre depuis quelques mois. Et puis, qu’il vente, qu’il pleuve ou qu’il neige, il ne fallait surtout pas rater la tant-attendue séance en plein air qui verra les Gremlins être projeté sur la Place de la Cathédrale. Ô joie ! Le temps d’avaler une salade, un café, de récupérer mes badges d’accréditations par une bénévole plus que sympathique (déjà croisée l’an passé) et c’est parti pour la huitième édition du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg !
[EN COMPÉTITION] Emelie
Réalisé par Michael Thelin (Etats-Unis, 2015). Date de sortie prochainement annoncée.
Synopsis : Le soir de leur treizième anniversaire de mariage, Dan et Joyce attendent la baby-sitter supposée garder leurs trois enfants. Une autre jeune fille vient la remplacer. Mais sous des airs angéliques, Emelie s’avère dangereusement perverse.
Depuis Neuchâtel et Deauville, Emelie se trimbale une réputation catastrophique. Les retours sont unanimement mauvais sur ce qui devait être le renouveau du « Baby sitter movie ». Pourtant tout commençait avec les meilleurs intentions, et un plan nous rappelait même le terrifiant It Follows sorti en début d’année. La scène d’enlèvement est haletante, silencieuse, la caméra tourne sur elle-même et donne déjà toutes les intentions d’un film qui n’entend pas jouer la carte du mystère. On se met à croire au potentiel de ce film jusqu’à ce que la tâche de baby-sitting entre enfin en ligne de compte. La mise en scène devient dès lors paresseuse n’offrant que quelques rares plans corrects, du moins ne se contentant pas de ressembler à une sitcom des années 90. Entre classicisme digne d’une série télévisée et néo-réalisme, on se demande où veut bien en venir Michael Thelin. Et c’est dommage, car à côté de ça, les acteurs sont passables (hormis les parents) et le potentiel des enfants est exploité à fond. On croit à leur fratrie et ça tendrait presque à nous rassurer sur le dénouement du film. L’immersion est là, la tension s’avère excitante par moment, mais jamais le réalisateur ne nous saisira complètement. Car Emelie s’avère extrêmement inabouti sur la forme narrative, le réalisateur ne sachant jamais sur quel pied danser. Laisser une part de mystère ou dévoiler toutes les intentions de l’antagoniste principale ? Il choisira la pire option, faisant appel à quelques flashbacks déplacés et honteux. C’est aussi ça le problème d’Emelie, le manque de développement de ses personnages. On nous suspend, par le biais d’une séquence surprenante, à l’adultère du père de famille, mais jamais plus le réalisateur n’y reviendra. Quel est donc l’intérêt d’une telle scène si c’est seulement pour l’effleurer ? Pire l’antagoniste se révélera extrêmement fade, ne proposant qu’une pâle caricature d’une mère revancharde et déçue de la vie. Tristesse. C’est sans compter les scènes d’action extrêmement mal branlées (passez-moi l’expression) dont on ne croit pas une seule seconde et qui manquent cruellement de rythme. A croire que tout a été tourné en une prise. Je me permets même de vous spoiler la fin tant je ne vous le recommande pas. Car le réalisateur a la prétention de croire qu’il est en train d’écrire un film majeur, nous offrant une conclusion ouverte et dispensable, laissant (dés)espérer une ou plusieurs suites au film. C’est grotesque, incohérent, complètement raté et hautement prétentieux. Tout ce qu’il faut éviter dans le cinéma. Comme les deux précédents festivals cités, on s’interroge sur le pourquoi d’une sélection en compétition. J’irais jusqu’à parier qu’il y a des pots de vin derrière tout ça. Quoiqu’il en soit, j’espère juste que le baby-sitting n’est pas autant une corvée que ce film ne l’a été.
Note de la rédaction : ★★☆☆☆
[EN COMPÉTITION] Der Bunker
Réalisé par Nikias Chryssos (Allemagne, 2015). Date de sortie prochainement annoncée.
Synopsis : Un étudiant ambitieux recherche le calme et la solitude pour se focaliser sur son travail. Il se retrouve dans une résidence ressemblant à un bunker, habité par un couple qui scolarise leur fils Klaus à la maison. Le couple lui demande alors de s’occuper de l’éducation de Klaus qui se révèle avoir de grosses difficultés pour assimiler les leçons qui lui sont dispensées dans ce cadre familial plutôt déstabilisant.
A l’inverse du précédent film visionné, Der Bunker a été particulièrement remarqué dans les récents festivals fantastiques, où il a notamment reçu le Prix du Jury et celui de la Critique au Festival Mauvais Genre. De quoi susciter toute ma curiosité, le film offre une affiche toute particulière avec une ambiance et un univers qui ne pourront que me bousculer. C’est le premier long-métrage du grecquo-germanique Nikia Chryssos et force est de reconnaître qu’il fait preuve d’une maîtrise visuelle imparable. Chaque cadre est travaillé avec une telle géométrie et des couleurs vives et acidulées. Budget modeste, mais des décors joyeusement singuliers, de par la profusion d’accessoires, renvoyant à une époque des Trente Glorieuses désormais révolue. Une mini-société a vu le jour dans ce bunker, une société manquant néanmoins d’éducation et c’est là tout le sujet du film. Avant même d’évoquer le récit, on est bluffé par l’épate visuelle, mais toujours modeste de sa mise en scène. Dans Der Bunker, le réalisateur se réapproprie le mythe de Faust en enfermant ses protagonistes dans un cadre clos et unique, car rares sont les plans hors du bunker. Il n’y a qu’un pas pour nous renvoyer à l’idée d’un pacte avec Hitler (Point Godwin !!!) dans une société germanique, dont les maux de la seconde guerre mondiale ne cessent de tirailler les mentalités. Der Bunker démarre comme une comédie décalée sur des personnages atypiques et un choc des cultures intemporel. Le fantastique surgira très rapidement avant d’aboutir à un drame haletant. Un mélange des genres qui fonctionnent bien, même si la dernière partie s’avère contre-productive, car trop étirée. Irrévérencieux, minimaliste et lynchien jusqu’au-boutiste, Der Bunker nous renvoie à l’étrange et tout aussi envoûtant Der Samurai, présenté l’an passé dans ce même festival. Comble de la chose, l’interprète principal du film Pit Bukowski (extrêmement convaincant) était l’antagoniste de Der Samurai. De quoi suspecter un acteur allemand prometteur ? C’est encore tôt pour le dire, mais c’est tout ce qu’on lui souhaite. On pense également à l’absurdité symptomatique de nos sociétés, souvent maltraitées par Yorgos Lanthimos (Canine, The Lobster). Aussi décalé que déstabilisant et glauque, Der Bunker s’achève d’une bien belle manière et agit comme une morale classique, mais bienveillante. C’est totalement fou et souvent jouissif. Le contrat est réussi pour Nikia Chryssos et on peut espérer pour lui qu’il reparte avec un trophée à l’issue du festival.
Note de la rédaction : ★★★★☆
Après cette réjouissante projection, il est temps pour moi de m’accorder une pause café méritée et surtout d’aller à la rencontre de mon hôte Couch Surfing. Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est une pratique en ligne qui vise à l’hébergement par hospitalité. Une chouette fille m’accueille et m’héberge pour la semaine, me laissant ses clés. A peine le temps de boire un verre et de (dé)régler une connexion internet, qu’on décide de retourner dans le centre-ville pour une nouvelle projection, mais la pluie s’est mêlée à nos plans. En fin de compte, et malgré avoir fait mon fier dans l’introduction concernant mon intention d’aller voir les Gremlins au pied de la Cathédrale, il faut dire qu’il a sacrément plu et que mon courage m’a vite lâché. NOUS a vite lâché! Alors, c’est avec beaucoup de regrets que j’ai zappé cette séance unique, en compagnie du réalisateur Joe Dante pour ce qui s’annonçait comme l’événement du festival. Malheureux concours de circonstance donc. Et même si la séance s’est malgré tout tenue au pied de la Cathédrale et ce malgré les averses, c’est en compagnie de mon hôte que nous nous sommes tournés vers une salle obscure bien chauffée où était projeté un certain film ethiopien en compétition, considéré comme un OFNI directement venu d’Ethiopie. Et pour ajouter une plus-value, le réalisateur est présent et répondra à nos questions après la projections. Très bien, alors visionnons mes bons !.
[EN COMPÉTITION] Crumbs
Réalisé par Miguel Llanso (Espagne-Ethiopie, 2015). Date de sortie prochainement annoncée.
Synopsis : Candy, qui pense avoir des origines extraterrestres, est las de ramasser les miettes d’une civilisation révolue. Le réveil d’un vaisseau spatial endormi nourrit son rêve de rentrer chez lui.
Comment évoquer Crumbs sans tomber tout de suite dans le WTF ? Dans un monde post-apocalyptique, l’histoire suit un éthiopien nain profondément amoureux d’une belle jeune femme, mais souhaitant retourner sur sa planète, observant avec tristesse le vaisseau flottant dans les airs. Il décide de parcourir les terres africaines à la recherche de son destin. Il croisera sur sa route un soldat nazi, une sorcière ou le Père Noël. C’est raté pour ne pas tomber dans le WTF. On n’a jamais dit que la sobriété était de rigueur dans le milieu du cinéma. Plaisanterie à part, Crumbs est un film au potentiel incroyable, envoûtant et maîtrisé visuellement. Les décors sont tous extraordinaires et on sent que le réalisateur s’est impliqué dans un colossal travail de repérage. Dans ce monde post-apocalyptique, on célèbre des symboles et des babioles d’une société de consommation révolue comme une figurine Tortue Ninja, une épée Carrefour ou un vinyle de Michael Jackson. On prie les grands hommes, comme Michael Jordan, Stephen Hawking III, Paul McCartney ou Justin Bieber VI. Au-delà de Picasso, à travers une épée forgée à 490 000 exemplaires, Carrefour est considéré comme le dernier artiste de l’univers. Miguel Llanso ne lésine donc pas sur l’ironie de la situation et de la manière dont les hommes s’approprient les reliques du passé. Crumbs est un bel objet cinématographique, expérimental et profond. L’absurdité provoque quelque fois le rire et cela en devient envoûtant, notamment par l’utilisation de longs plans mutiques s’achevant sur des fondus au noir. Crumbs joue davantage sur la perception sensorielle de l’oeuvre plutôt que sur une logique narrative. De fait, tout le monde s’est retrouvé déconcerté par cette fin abrupte qui arrive après seulement 68 minutes de projection. Extrême lenteur d’un film pourtant si court. Le surréalisme touche à l’onirisme par moments, Miguel Llanso effleurant de larges notions comme l’amour, l’espoir, la religion, l’humanité et la vie. Mais il faut reconnaître que le fond du film, ou du moins la linéarité éclatée de son récit, rebutera même les cinéphiles les plus assidus. Cela n’empêche pas Crumbs de regorger d’idées remarquables et d’une succession de plans de toute beauté, mais on restera sur la réserve d’un film qui a trop vouloir explorer de vastes notions se perd dans d’interminables séquences dont on ne connait pas la direction. Certain percevront le film comme une oeuvre extrêmement profonde, d’autres comme une oeuvre vaine et irrégulière. C’est peut-être la force de ce film qui -plus que jamais- joue sur l’entière perception de son spectateur.
Note de la rédaction : ★★★☆☆
Au centre, Miguel Llanso, le réalisateur de Crumbs.
Le réalisateur espagnol Miguel Llanso -au demeurant très sympathique- nous fait l’honneur de sa présence à Strasbourg. La joie et la fierté d’avoir fait ce film se lisent sur son visage et se boivent dans ses paroles. Il détaille la genèse du film, évoquant quelques difficultés de tournages, notamment lorsque son équipe et lui se sont retrouvés entre deux bandes rivales, prêtes à se battre pour faire payer à l’équipe le droit de tourner leur film. Puis, il s’amuse du fait qu’il ne parlait pas un mot d’éthiopien et qu’il se contentait de faire confiance à son producteur. Il rit grassement en s’imaginant les dialogues du film insensés. Il se rappelle de conditions particulières de tournage avec des acteurs locaux, dont un certain chef de gare qui devait réciter un long monologue et qui n’arrivait pas à prononcer un mot face caméra. Fait amusant, ce chef de gare dans le film est finalement devenu mutique, ajoutant un degré de plus à l’ambiance pesante et perchée du film. Il revient sur les décors extraordinaires du film, évoquant avec humour une anecdote. Lors d’un festival, il a été récompensé d’un prix concernant la Production Design (meilleurs décors) par le chef décorateur du Seigneur des Anneaux de Peter Jackson. Miguel Llanso expliquera qu’il n’a absolument rien touché sur ces décors et que tout était déjà là, offert par les terres éthiopiennes et qu’il s’amuse d’avoir reçu un tel prix des mains d’un homme qui a travaillé des années sur la conception des décors du Seigneur des Anneaux. Sur la fin de cette session question/réponse, Miguel Llanso devient très nihiliste, évoquant son film comme une métaphore de la société contemporaine avec une Apocalypse ayant déjà eu lieu par le biais du capitalisme qui a pourri la société, les hommes et le monde. Il n’hésite pas à revendiquer qu’il trouve « de la merde » partout autour de lui. Un propos qui laisse peser un certain malaise, mais rattrapé par la sympathie généreuse de ce cinéaste qui nous a fait vivre une expérience singulière, classique des festivals de genre. On va suivre de près ce cinéaste, intéressant mais qui devra davantage s’appliquer sur le récit de son prochain projet, que l’on attend fébrilement, mais néanmoins avec une certaine curiosité.
Cet éprouvant, mais fascinant long métrage nous aura donné faim ET SOIF. C’est donc d’un commun accord que l’on décide d’aller ingurgiter une bonne bière locale ainsi qu’un savoureux bol de soupe (jamais vous n’aurez autant appris sur mes repas que lors de ces chroniques). La fatigue gagne mon hôte, mais je reste déterminé à vivre (subir?) cette séance de minuit qui peut s’avérer intéressante. Je rejoins quelques membres rencontrés sur le réseau social culturel SensCritique avec lesquels on avait convenu de voir certains films ensemble. Des gens passionnés, follement amoureux du cinéma de genre et prêt à bouffer du film à foison pendant dix jours. L’un expliquera fièrement qu’il a vu SIX films, la veille. Respect, mon pote. On échange quelques recommandations et ce qui revient souvent, c’est le jubilatoire Deathgasm, considéré comme une excellente et jouissive séance de minuit génial. Le temps d’acheter un dernier café et on fonce s’installer dans une salle à moitié vide pour un film que personne n’attendait vraiment. A raison ?.
[MIDNIGHT MOVIES] Ava’s Possession
Réalisé par Jordan Galland (Etats-Unis, 2015). Date de sortie prochainement annoncée.
Synopsis : Après avoir subi un exorcisme, Ava Dopkins essaie de vivre une vie normale. Ayant tout oublié du mois précédent, elle est obligée d’intégrer un groupe anonyme pour les personnes possédées. Elle tente de se rapprocher de ses amis, de retrouver un boulot, mais surtout, de savoir d’où viennent toutes ces taches dans son appartement.
Nombreux sont les films d’exorcisme à s’achever sur la réussite ou non de l’exorcisme final sans aller plus loin. Ava’s Possession part donc d’un postulat très intéressant : Qu’est-ce-qu’il se passe après un exorcisme pour un exorcisé ? Après un intéressant prologue sur un exorcisme vécu à la première personne, le récit suit le retour au monde normal d’une récente exorcisée. Il est amusant de voir que la Justice souhaite trainer en justice ces personnes autrefois possédées pour des actes qu’elles n’ont pas commis d’elle-même. De même qu’il existe un collectif d’Exorcisés Anonymes. A partir de là, le film redevient très classique et suit l’interprète principale dans sa quête pour comprendre ce qui s’est passé durant sa possession et se débarrasser définitivement du démon en elle qui agit en silence. Mise en scène digne d’une série télévisée cheap, personnages peu convaincants au service d’un scénario grotesque, Ava’s Possession ne marquera pas les esprits malgré quelques applaudissements de fin. On est déçu qu’un tel sujet -encore jamais évoqué- soit aussi mal traité. Tout le film manque d’humour et de sérieux, à plus grand regret, et la relation entre les personnages sonne régulièrement fausse. Il y avait matière à davantage de développement, de travail sur la forme (même si quelques plans s’avèrent hypnotiques) et de tension. On regrettera des effets spéciaux un peu datés, mais on aurait su lui pardonner cet élément si le film proposait une crédibilité narrative. La fin vire au n’importe-quoi, entre retour de démons, amour non réciproque, culpabilité de la famille… Le rythme ne suit plus et nous non plus d’ailleurs. On subit les ultimes minutes avant le générique final. Déçu par Ava’s Possession et cette séance de minuit!
Note de la rédaction : ★★☆☆☆
Ah, quelle joie de voir que la pluie est toujours au beau temps (joli oxymore) à la sortie du cinéma. Il nous reste plus qu’à rentrer, maugréant autour de cette dernière séance de la journée qui nous aura laissé un fort goût d’amertume. Qu’à cela ne tienne, on a hâte d’y retourner demain. Certains vont se faire plaisir en allant voir le très-attendue The Lobster tandis que moi je vais privilégier du documentaire et du court métrage. Rendez-vous demain pour tout savoir sur cette seconde journée au Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg. Bye les démons !
Knock Knock est un des deux films d’Eli Roth à voir le jour cette année. Alors que The Green Inferno, film tourné en 2013, ne sortira qu’en VOD, Knock Knock aura la chance de connaître une sortie en salles
Intrusion
Pourtant le premier film se situe davantage dans le style de son auteur, alors que le dernier offre à Roth l’exploration d’un nouveau cinéma, celui du thriller érotico-soft. Étant un remake du film Death Game de Peter S. Traynor sorti en 1977, il se montre très loin de ce à quoi le cinéaste nous avait habitué, pas de gore ici, mais la promesse d’un film sensuel, prenant et malsain. Mais au final, cette promesse est-elle tenue ?
La finesse n’a jamais été le point fort de la filmographie d’Eli Roth, ni la psychologie d’ailleurs, ayant un style plutôt grossier et sensationnaliste. Ce n’était généralement pas un défaut de ses films, étant de genres peu subtils ni trop retorses sur la psychologie, mais on constate qu’ici c’est un handicap majeur. Présentant de prime abord la vie familiale de son personnage principal, il va employer tous les clichés possibles des parfaites familles américaines. Des enfants qui réveillent leurs parents en sautant sur le lit, la fête d’anniversaire surprise pour le papa, la femme comblée et le couple heureux ainsi que la maison qui est pleine de photos de famille. Tous les pires clichés du genre y passent au sein d’un début laborieux et forcé qui agace très vite le spectateur. Après ça, le film se découpera en deux actes, celui de la rencontre avec les deux jeunes femmes, qui comprend toute la partie séduction ; et la partie séquestration du père de famille, qui se situe plus dans les obsessions d’Eli Roth, plongeant dans le thriller horrifique. La première partie est bien trop longue, tirant la situation à l’extrême pour ménager le suspense, alors que l’on sait très vite comment elle va aboutir. L’aspect prévisible a donc tendance à entretenir un certain ennui d’autant qu’il ne rend pas cela plus intéressant du fait de la personnalité des deux jeunes femmes. En rien elles ne sont intrigantes ou même attirantes de par leurs psychologies respectives. Elles font très vite immatures et elles laissent rapidement entrevoir leurs véritables intentions. Dès lors, on prend immédiatement conscience de la stupidité des personnages que ce soit celle du père ou des deux femmes. Même si leur côté juvénile sert un peu le message derrière l’œuvre, cela tend à rendre l’ensemble trop grossier et malhonnête.
La deuxième partie ne sera en rien bénéfique dans ce constat. Déjà elle est bien trop courte, ou du moins exécutée trop rapidement. Ayant perdu trop de temps sur le premier acte, Roth se fera bien plus succinct sur la séquestration, qui aurait dû être le cœur de l’œuvre. Malheureusement ce ne sera pas le cas et les défauts persistent voire même s’intensifient. L’histoire devient encore plus prévisible, et la situation ne tient debout que par l’absurdité des personnages, ce qui est révélateur sur le niveau globale de l’intrigue. Les décisions incohérentes prennent le pas sur d’autres et atteignent leur paroxysme lorsqu’une tierce personne rentre dans le jeu. A ce moment là du récit, le spectateur perd le peu d’intérêt qu’il lui restait encore. Et le film se conclut sans surprise sur une note moralisatrice un peu douteuse et surtout réductrice sur la psychologie des personnages, présentant un monde simpliste et unilatéral où tout est soit blanc soit noir. Ce qui nous laisse avec l’étrange sentiment d’avoir été pris pour des imbéciles. Le jugement du réalisateur sur les hommes, réduits à des pervers, est en effet très définitif alors qu’il porte les figures féminines aux nues. Mais il utilise un féminisme vicié, qui se montre trop simpliste dans l’exposition des femmes. Ici, elles ont des figures de vengeresses quasiment christiques, malgré leurs folies latentes qui ne symbolisent que leurs candeurs et leurs puretés. Il les présente comme des êtres vertueux et sans tâches alors que la réalité n’est pas aussi simple. Le message se fait donc trop moralisateur, trop hypocrite et trop arrogant n’ayant en fin de compte absolument rien à offrir. Le final n’étant pas assez choquant pour nous pousser à réfléchir, d’autant qu’il tombe sans vergogne dans le ridicule.
Et en plus des grosses faiblesses du scénario, le casting n’est pas vraiment en mesure de rattraper l’ensemble. Les acteurs offrent des prestations inégales, comme Lorenza Izzo et Ana de Armas qui sont bien trop cabotines dans leurs rôles. Même si c’est un choix de la direction d’acteurs, c’est un choix qui ne porte pas ses fruits. En aucun cas les deux actrices arrivent à être mystérieuses, angoissantes ou fascinantes. Elles tombent juste dans les poncifs de ce genre de personnages et ne sortiront jamais de leurs stéréotypes. Pour Keanu Reeves, qui est la vraie attraction de ce film, cela est beaucoup moins simple. Il peine vraiment à être convaincant en père de famille au début du film, l’acteur semble totalement à l’ouest au sein du récit. En fin de parcours, il se révèle pourtant particulièrement excellent, arrivant à transmettre la détresse et la peur de ce père de famille avec justesse.
Il est dommage que la réalisation ne soit pas mémorable. La photographie, le montage ainsi que la sélection musicale, se montrent génériques, sans parler de la mise en scène d’Eli Roth qui s’avère classique et plate. On ne retrouve pas sa patte, il plonge dans le puritanisme américain alors qu’il a davantage l’âme d’un enfant terrible. On sent quand même qu’il veut faire une critique des « banlieusards », mais cela ne fonctionne pas car la mise en scène manque d’impact. Roth a beau essayer de créer un monde d’apparence, avec cette maison idéale de la famille parfaite, pour mieux le déconstruire, la perfection qui n’est qu’illusion pour cacher les péchés de tous les jours, mais il manque cruellement de justesse pour y parvenir. De plus, la mise en scène n’arrivera pas à rendre le récit sensuel, malgré quelques visions érotiques, préférant jouer le hors champs lors des scènes torrides avec inserts sur les photos de famille. Au cours de la dernière partie, le cinéaste n’arrive même pas à cristalliser le suspense, les scènes sont dénuées de tension, alors que c’est censé être sa marque de fabrique.
Knock Knock est un ratage, un long métrage à peine regardable qui n’est sauvé de la médiocrité que par quelques séquences pas inintéressantes et un acteur principal qui s’améliore vraiment de scène en scène. Mais on s’ennuie souvent, on ne reconnaît pas le cinéaste et à aucun moment on ne ressent le moindre frisson érotique ou d’angoisse. L’ensemble est juste plat, simpliste et moralisateur. C’est dommage car il y avait de belles promesses derrière tout ça, et à certains moments on aperçoit le bon film que l’on aurait pu avoir mais il mise trop sur les facilités d’écritures poussant ses personnages dans la stupidité. Mais c’est surtout le manque de rigueur et de finesse qui fait que tout cela échoue et certainement pas le manque de talent. On est donc face à une œuvre décevante mais pas entièrement honteuse.
Synopsis : Evan Webber (Keanu Reeves) est un heureux père de famille et architecte. Il se retrouve seul chez lui pour la Fête des pères, ses enfants et sa femme étant partis à la plage pour le week-end. C’est alors que deux belles jeunes femmes, Genesis (Lorenza Izzo) et Bel (Ana de Armas), sonnent à sa porte et s’immiscent dans sa maison puis dans sa vie.
Knock Knock – Bande annonce
Knock Knock : Fiche technique
États-Unis – 2015
Réalisation: Eli Roth
Scénario: Guillermo Amoedo, Nicolás López et Eli Roth
Interprétation: Keanu Reeves (Evan Webber), Lorenza Izzo (Genesis), Ana de Armas (Bel)
Photographie: Antonio Quercia
Décors: Marichi Palacios
Costumes: Elisa Hormazábal
Montage: Diego Macho
Musique: Manuel Riveiro
Producteur(s): Miguel Asensio, Colleen Camp, John T. Degraye, Cassian Elwes, Nicolás López et Eli Roth
Production: Black Bear Pictures, Camp Grey, Dragonfly Entertainment, Elevated Films et Sobras International Pictures
Distributeur: Synergy Cinéma
Date de sortie: 23 septembre 2015
Durée: 1h39min
Genre: Thriller érotique
Pour des raisons totalement obscures, Philippe Ramos est un cinéaste qui a échappé à l’auteure de ces lignes. Il faut dire que les projections de ses films restent très confidentielles dans nos lointaines contrées provinciales, seulement deux séances (11h, 21h30) par exemple, pour Fou d’Amour, dès cette première semaine d’exploitation.
Synopsis : 1959.Coupable d’un double meurtre, un homme est guillotiné. Au fond du panier qui vient de l’accueillir, la tête du mort raconte : tout allait si bien ! Curé admiré, magnifique amant, son paradis terrestre ne semblait pas avoir de fin.…
Le diable au corps.
Cette lacune sera vite réparée, car Philippe Ramos a montré avec Fou d’Amour qu’il est un cinéaste important dans le paysage français, inventif et esthète, minimaliste et baroque à la fois.
Fou d’Amour est un film inspiré de la vraie histoire de Guy Desnoyers, connue comme « l’affaire du curé d’Uruffe » qui a fait grand bruit à la fin des années 50 : victime de ces pratiques anciennes des grandes familles bourgeoises et pieuses qui consistent à «donner » un fils à l’Eglise et un autre à l’Armée, le jeune Desnoyers est voué par sa grand-mère à la prêtrise, alors que son goût est clairement pour les femmes. Quand le drame finit par arriver, il commet alors l’irréparable et tue sauvagement une jeune femme qu’il a mise enceinte, ainsi que le fœtus viable de celle-ci.
Arrêté, jugé et reconnu coupable à la majorité par le jury, le curé a cependant échappé à la peine de mort. Le Président de la Cour d’Assises aurait réuni les jurés pour leur demander de lui accorder des circonstances atténuantes. René Coty serait intervenu, afin de préserver les relations avec le Vatican. C’est le fils d’un ancien juré qui a révélé cette affaire à Jean-François Colisimo, un écrivain qui préparait un livre sur l’affaire. Ainsi Desnoyers a été emprisonné jusqu’en 1978, puis il se retire en Bretagne, et on perd sa trace jusqu’à son décès le 21 avril 2010.
Philippe Ramos est moins indulgent que le jury, car son film s’ouvre sur le curé en route vers le lieu de son exécution, et c’est depuis une boîte que sa tête coupée par la guillotine nous prend à témoin en nous racontant son histoire. Ce faisant, le cinéaste essaie de nous mettre du côté de son protagoniste, un homme qu’on va à apprendre à connaître et peut-être à comprendre tout au long du flash-back qu’il s’apprête à nous raconter.
Le pan de vie évoqué par la tête du curé se passe dans sa dernière paroisse. Un vrai vivier pour lui, d’autant plus qu’il monte avec délectation des plans d’une simplicité biblique pour approcher les mères de famille (création d’un club de football), et les filles de celles-ci (création d’un club de théâtre). C’est jubilatoire et éminemment viscéral, merveilleusement servi par un Melvil Poupaud au mieux de sa forme, un charme irrésistible sous son sourire innocent et goguenard à la fois. La jouissance du corps sans entrave relève presque du satyre en ce qui concerne le personnage principal.
Mais la recherche des plaisirs sexuels et de l’orgasme sont également le but de ses maîtresses, de la vieillissante châtelaine (Dominique Blanc, admirable dans un rôle mélancolique de cougar), aux diverses femmes qui se résument en une seule chose pour leur lubrique curé, jusqu’à Rose (magnétique Diane Rouxel), celle par qui la salvation (l’amour) et la perte (la mort) arrivent. La nudité n’est presque jamais stylisée, mais offerte sans vulgarité au spectateur dans sa dimension érotique la plus basique et sans doute la plus vraie.
La componction et l’hypocrisie qu’on pouvait trouver dans ces milieux-là, en ces temps-là, sont en filigrane de l’histoire du curé, avec notamment cette savoureuse scène où le vicaire général et le curé plus âgé d’une paroisse voisine viennent faire une sorte d’inspection quand certaines rumeurs leur furent arrivées aux oreilles : dégoulinant de déni, ils représentent la parfaite vision satirique du monde ecclésiastique d’alors.
Malgré son côté extrêmement littéraire, la voix off, et les citations bibliques en pagaille qui semblent parfois justifier avec ironie les actions de ce curé sans nom, pour ne pas dire innommable, le film ne baisse jamais de régime, étant toujours sur la brèche d’une idée ou d’une autre, du moins dans sa première partie.
Quand le drame survient et que le film bascule dans un registre beaucoup plus sombre, il devient plus convenu et plus linéaire, comme si Philippe Ramos n’arrivait pas à s’intéresser autant à cette part du personnage, le fou meurtrier et sordide. Le rythme est en même temps lent et saccadé, au risque de perdre le spectateur. Malgré tout, l’intensité du jeu de Melvil Poupaud ne faiblit pas, et le rendu de la folie qu’il incarne, bien que conventionnel, est spectaculaire.
Fou d’amour est un film organique qui fait beaucoup penser à ceux de Bruno Dumont, notamment l’Humanité, Flandres ou encore Hors-Satan. Les scènes du « désert », les plus dispensables peut-être en terme de rythme, sont celles qui évoquent le plus la beauté aride de la nature, de l’homme, de la nature habitée par l’homme. Et de Dumont à Bresson, il n’y a qu’un pas que l’on n’hésitera pas à franchir pour parler de ce film…
Fou d’Amour, une bonne manière de se faufiler dans le cinéma de Philippe Ramos.
Fou d’amour – Bande annonce
Fou d’amour – Fiche technique
Titre original : –
Date de sortie : 16 Septembre 2015
Réalisateur : Philippe Ramos
Nationalité : France
Genre : Comédie dramatique
Année : 2015
Durée : 107 min.
Scénario : Philippe Ramos
Interprétation : Melvil Poupaud (Le curé), Dominique Blanc (Armance), Diane Rouxel (Rose), Lise Lamétrie
(Lisette), Jean-François Stévenin (Le curé de Mantaille),
J.P. ‘Van Gogh’ Bodet (Le facteur), Jacques Bonnaffé (Le grand-vicaire)
Musique : Pierre Stéphane Meugé
Photographie : Philippe Ramos
Montage : Philippe Ramos
Producteurs : Paulo Branco
Maisons de production : Alfama Films, Rhône-Alpes Cinéma
Distribution (France) : Alfama distribution
Récompenses : –
Budget : NR
Faire une série sur le trafic de drogue, en consacrant la première saison à la figure de Pablo Escobar, était une gageure. Les risques étaient grands : procéder à des simplifications excessives alors que les situations historiques sont d’une grande complexité, faire d’Escobar une sorte de héros subversif et révolutionnaire alors qu’il était un dangereux criminel prêt à tout, etc.
Synopsis : au début des années 80, l’agent Steve Murphy, de la DEA (la brigade des stups américaine), est envoyé en Colombie pour tenter d’enrayer le trafic de cocaïne qui se déverse aux Etats-Unis. Là, il va être confronté à Pablo Escobar, le plus important des trafiquants.
Cynisme politique
L’épisode pilote, d’une extraordinaire qualité, lève une partie des doutes. D’emblée, la série semble partir sur les traces de Scorsese : histoire racontée en voix off (par le personnage de Steve Murphy ; une voix off certes parfois un peu envahissante mais passionnante), imbrication police-truands, questions de morale, aspect politique qui ne cache pas son cynisme, une violence permanente (pas forcément physique) et le thème du pouvoir qui revient sans cesse. La série va en effet présenter le trafic de drogues entre la Colombie et les États-Unis sous un aspect très politique : depuis la prise de pouvoir de Pinochet au Chili (avec l’aide de Nixon) jusqu’aux déclarations fracassantes du couple Reagan, cette saison couvre pratiquement 20 années sans chercher à dissimuler son cynisme. Ainsi, le narrateur Steve Murphy n’hésite pas à dire que ce qui va décider le gouvernement américain à entrer en guerre contre les trafiquants de drogue, c’est le fait que des milliards de dollars sortent du pays et que les économistes et les banquiers se plaignent de cette fuite de capitaux forcément préjudiciable à l’économie américaine. Les problèmes sociaux ou sanitaires passent au second plan. Pourtant, la série ne cache rien des conséquences du trafic de drogue. Conséquences sur la santé publique (des junkies dans les caniveaux), conséquences sur l’ambiance sociale (la Floride ou la Californie ou les fusillades entre gangs déciment certaines portions de la population). Bien conscients de marcher sur des œufs, les scénaristes cherchent à éviter de faire de l’angélisme autour du personnage de Pablo Escobar. Pas d’image romantique du mafieux, du haut de sa superbe. La drogue est un fléau et Escobar un criminel de la pire espèce. Constamment, le gouvernement américain apparaît à côté de la plaque dans cette chasse au narcotrafiquant. La CIA présente en Colombie, en accord avec la politique de Reagan, soutient mordicus que le vrai danger provient des groupuscules communistes et que les trafiquants de drogues sont des petits joueurs. Il faudra attendre que le pays soit à feu et à sang pour que l’Agence réagisse enfin, avec réticence.
Le trafiquant et le président
Parce qu’Escobar ne va pas se contenter de ruiner la vie des drogués d’Amérique du Nord. Au fil des épisodes, on va le voir transformer la Colombie en un des pays les plus dangereux au Monde. Lui-même va complètement perdre les pédales et sombrer dans la folie meurtrière. Rien ne lui paraîtra inaccessible : policiers, juges, ministres, présidents, tout ce qu’il ne pourra corrompre, il cherchera à le tuer. La seconde moitié de la saison se déroule entièrement dans cette ambiance d’extrême violence, au milieu des meurtres, des attentats à la bombe et des enlèvements. Alors que la première moitié couvrait une longue période et se focalisait sur l’irrésistible ascension d’Escobar, la suite paraît plus stagnante, moins mouvementée, et se concentre plus sur les conséquences du pouvoir d’Escobar sur la vie politique colombienne. En gros, il s’agit d’un face-à-face entre le trafiquant et le président César Gaviria. Un président qui devient petit à petit le personnage principal de la fin de saison. Un président qui semble pris en otage, et dont la situation illustre bien la prise effective du pouvoir par les narcotrafiquants. Multipliant les prises d’otages parmi les personnalités du pays, Escobar exerce un chantage sur Gaviria. Pire, il retourne la situation : soutenu par les couches les plus pauvres de la population, auxquelles il distribue de l’argent (et en n’hésitant pas à faire des enfants ses gardes armés), il fait paraître les États-Unis comme des ennemis qui seraient directement responsables du désordre social du pays. Et, de fait, le président colombien est pris entre deux feux : s’il cède aux États-Unis au sujet de la loi d’extradition, il apparaît comme un laquais de Washington. S’il rejette l’extradition, il apparaît comme corrompu par Escobar. Il n’a que des mauvais choix face à lui. Et c’est vraiment dans le palais présidentiel que se déroulent les meilleures scènes de la seconde moitié.
Frontières morales
Finalement, on peut dire que la grande réussite d’Escobar (mise à part son extraordinaire réussite financière, bien sûr), c’est d’avoir brouillé les frontières de la morale. Murphy le dit : si le trafiquant a toujours autant d’avance, c’est qu’il ne respect aucune règle là où l’armée et la police doivent les respecter. Les lois semblent devenir des handicaps. Excédés, les enquêteurs vont se mettre à agir comme des criminels : séances de tortures, menaces, exécutions, tous les moyens deviennent bons. D’où la mauvaise image d’une police qui, quand elle n’est pas corrompue, est aussi dangereuse que les criminels qu’elle traque. Ce qui renforce encore le caractère dramatique de la situation d’une population qui est toujours victime, coincée au milieu des fusillades et des règlements de compte. Si le pilote est formidable et impose un rythme vraiment rapide, le reste de la saison va se ralentir progressivement et la série va changer de propos. Alors que la première partie est centrée sur l’ascension d’escobar, qui va même jusqu’à viser une carrière politique, la seconde moitié va nous raconter sa traque, une chasse à l’homme sans merci. Les quelques scènes de fusillades qui vont émailler cette première saison ne cachent rien de la violence qui gagne le pays, et peuvent choquer un public sensible.
Le propos, alternant vie personnelle et enjeux politiques, balaie les différents aspects du problème et ne se contente pas d’un face-à-face manichéen. Il n’y a pas de méchants tueurs et de gentils flics. Les scénaristes veulent manifestement éviter les simplifications extrêmes, sans pour autant perdre les spectateurs dans des considérations trop complexes. Le jeu d’équilibre est plutôt réussi, même si la seconde partie déçoit parfois. L’interprétation est formidable. Signalant, juste pour le plaisir, la présence de Luis Guzman, que l’on a vu tant de fois chez Brian dePalma. Une première saison vraiment réussie qui nous rend impatients de découvrir la suite.
Narcos : Fiche technique
Sortie : 28 août 2015
Création : Chris Brancato
Réalisation : Andrés Baiz, Fernando Coimbra, Guillermo Navarro, José Padilha
Scénario : Chris Brancato, Carlo Bernard, Andrew Black, Samir Mehta, Dana Ledoux Miller, Doug Miro, Dana Calvo, Nick Schenk, Allison Abner, Zach Calig, Paul Eckstein
Interprétation : Wagner Moura (Pablo Escobar), Boyd Holbrook (Steve Murphy), Pedro Pascal (Javier Peña), Raul Mendez (Cesar Gaviria), Maurice Compte (Carrillo), Jorge A. Jimenez (Poison), Luis Guzman (Gacha).
Photographie : Mauricio Vidal, Lula Carvalho, Adrian Teijido
Décors : Camila Arocha
Montage : Leo Trombetta, Matthew Colonna, Luis Carballar, Victor Du Bois
Musique : Pedro Bromfman (chanson du générique : Tuyo, de Rodrigo Amarante)
Production : Paul Eckstein, José Luis Escolar, José Padilha
Sociétés de production : Gaumont International Productions
Distribution : Netflix
Budget :NR
Genre : thriller, drame
Nombre d’épisodes de la saison 1 : 10
Durée d’un épisode : 50’
40 ème édition du Festival International du Film de Toronto
Les festivals de San Sebastian et Strasbourg viennent juste de démarrer que celui de Toronto s’achève et nous dévoile son palmarès final. Si le festival est reconnu internationalement pour être non-compétitif (donc absence de Jury), c’est néanmoins le public qui a toute son importance ici puisqu’il délivre son propres palmarès sur la totalité des films présentés. Pas étonnant alors que Toronto soit considéré comme le point de départ pour la saison des Oscars. Il faut dire que le Prix du Public du Festival de Toronto a souvent récompensé un futur nommé ou gagnant aux Oscars (ces dernières années : Imitation Game, 12 Years a Slave, Hapiness Therapy, Le Discours d’un Roi, Slumdog Millionaire, etc.). L’un des plus importants festivals d’Amérique du Nord s’achève donc après onze jours de festivités pour lesquels les studios ont sorti leurs grosses cartouches. Les spectateurs ont notamment pu assister à des avants-premières mondiales comme Seul sur Mars de Ridley Scott, Strictly Criminal de Scott Cooper, Beasts Of No Nation de Cary Fukunaga, Demolition de Jean-Marc Vallée, Spotlight de Thomas McCarthy, mais aussi des premières projections de films cannois à l’instar de Sicario de Denis Villeneuve, An de Naomi Kawase, Le Fils de Saul de László Nemes, The Lobster de Yorgos Lanthimos, ou même quelques films français en quête de reconnaissance internationale comme La Belle Saison de Catherine Corsini, Lolo de Julie Delpy ou la récente Palme d’Or, Dheepan de Jacques Audiard. Mais malgré toutes ces belles projections, c’est l’inattendu Room de Lenny Abrahamson (Garage, Frank) qui remporte le très honorable Prix du Public. Les premiers retours sont dithyrambiques et la presse parle déjà d’un buzz grandissant pour un film que personne n’attendait. Room suit le parcours d’une femme, kidnappée dans son adolescence et gardée en captivité pendant des années dans une toute petite pièce avec son fils de 5 ans, qui parvient à s’échapper et doit se faire au monde extérieur. Encore aucune date de sortie française pour le moment mais on est persuadé que cela ne saurait tarder.
Palmarès du Festival de Toronto 2015 :
Prix du Public : Room de Lenny Abrahamson (Canada, Irlande)
Prix du Public – Section Documentaire : Winter on Fire: Ukraine’s Fight for Freedom de Evgeny Afineevsky (Ukraine, Etats-Unis, Royaume-Uni)
Prix du Public – Section Midnight Madness : Hardcore de d’Ilya Naishuller (Russie, Etats-Unis)
Prix FIPRESCI – Section Présentation : Desierto de Jonás Cuarón (Mexique, France)
Prix FIPRESCI – Section Découverte : Eva Nová de Marko Škop (Slovaquie)
NETPAC Award du Meilleur Film Asiatique : The Whispering Star de Sono Sion (Japon)
Jusqu’au Dernier est une mini-série en six épisodes diffusée entre août et septembre 2014 sur France 3. La série a fait peu parler d’elle mais c’est pourtant une intrigue qui a réuni plus de 3 millions de téléspectateurs et qui nous conduit dans la sphère intime des trois principaux personnages.
Synopsis : Alors que Fred Latour s’apprête à fêter son anniversaire avec les trois femmes de sa vie : sa mère Hélène (Brigitte Fossey), sa femme Karine (Valérie Karsenti) et leur fille Sybille (Flore Bonnaventura), il meurt en tombant du toit. Suicide, accident ou meurtre maquillé ? Les trois femmes vont tenter d’élucider le mystère autour de ce décès tragique. 30 ans auparavant, Alain Latour, père de Fred et Maire de Marseille, avait lui-aussi connu une mort inexpliquée.
Une intrigue policière :
Trois générations de femmes donc, la grand-mère, l’épouse et la fille, unies par leur amour pour le chef de famille, et qui vont s’allier pour enquêter sur sa mort mystérieuse. Dès le début, on comprend que ce décès est lié à un sombre passé et à une machination dans laquelle les héroïnes vont risquer leur vie.
Dans Jusqu’au Dernier, on retrouve deux actrices appréciées des français et qui donnent le ton juste aux premiers rôles féminins : Brigitte Fossey (Les Enfants du Naufrageur, Les Gens de Mogador, La Boum) qui fait son retour à la télévision et Valérie Karsenti (Maison Close, Scènes de Ménage) qui montre encore une fois qu’elle est capable de tout interpréter.
On a aussi grand plaisir à voir jouer le charismatique Lionel Astier (11.6, Kaamelott), dans le rôle du Commissaire Magnier qui lui va comme un gant, et Michaël Abiteboul (Papa ou Maman, 20 ans d’Écart) dans celui de son toqué d’adjoint. Les deux personnages sont attachants. Ils confèrent à la série du corps et du charme ainsi qu’une note humoristique. Flore Bonnaventura (Les Souvenirs, Casse-Tête Chinois), quant à elle, se fait plus discrète en incarnant la fille aimante et l’étudiante qui va aussi mener son enquête et apporter son aide.
La saga de l’été 2014 :
Dans Jusqu’au Dernier, l’intrigue autour des meurtres et des secrets de famille alimente un suspense relatif lié aux magouilles d’une Mafia de politiciens véreux et de familles aisées. Tous les ingrédients d’une saga policière et familiale à la fois !
En somme, Jusqu’au dernier est une saga estivale comme aime en diffuser les chaînes françaises durant l’été et dont le public est friand. Les décors ensoleillés et côtiers sont enchanteurs et viennent contraster le côté sombre de la série. Des paysages de bord de mer bercés par le cri des goélands, des garrigues, des collines et des forêts de pinèdes dignes des romans de Marcel Pagnol mais qui, de fait, revêtent un caractère sauvage et inquiétant.
On pense alors à Dolmen, cette série de six épisodes qui se déroulait sur une île de Bretagne et qui fut le véritable succès de TF1 en 2005. Chérie 25 a d’ailleurs rediffusé cette saga au mois de juillet 2015 tandis que Gazelle & Cie et AB production réitèrent la diffusion de Jusqu’au Dernier en DVD.
Une recette qui marche car le grand public est ravi d’y retrouver les images bucoliques des plus belles régions de France et de suivre les aventures de leurs acteurs fétiches à la télévision. C’est un dépaysement pour ceux qui ne partent pas en vacances et une continuité pour ceux qui y sont. C’est aussi l’occasion de réunir la famille autour du petit écran adulé des français. Car n’oublions pas que la télé est le premier loisir des français (Institut Médiamétrie, données « Année TV 2014 » ).
Fiche Technique : Jusqu’au Dernier
Genre : Mini-série dramatique
Création : Mikaël Ollivier, François Velle (réalisation)
Production : Gaëlle Cholet
Acteurs principaux : Valérie Karsenti, Brigitte Fossey, Lionel Astier, Flore Bonaventura, Michaël Abiteboul
Musique : Armand Amar
Pays d’origine : France
Chaîne d’origine : France 3
Nb. de saisons : 1
Nb. d’épisodes : 6
Durée : 52 minutes
Diff. originale : 26 août 2014 – 2 septembre 2014
Nombreux sont ceux qui ont déjà vu une des œuvres du peintre japonais Hokusai. La Grande vague de Kanagawa est une de ses estampes les plus populaires et a fait l’objet de nombreuses reproductions.
Hymne à l’art et à la vie
L’artiste a connu une certaine notoriété de son vivant et a bénéficié d’une reconnaissance de ses pairs, ce qui a permis à son œuvre de perdurer, de traverser les frontières et d’influencer beaucoup de peintres européens. Avec Miss Hokusai, Keiichi Hara révèle un autre pan de la vie du maître en mettant en lumière un personnage dont la contribution artistique, pourtant essentielle dans l’œuvre du peintre est demeurée confidentielle : O-Ei, fille aînée d’Hokusai, elle-même artiste de talent qui a travaillé avec son père jusqu’à la mort de ce dernier.
Le film prend le parti de ne pas suivre le schéma narratif classique du biopic qu’il aurait pu adopter, en nous montrant l’évolution progressive de son héroïne. Ici, le long-métrage débute in medias res et apparaît plutôt comme une tranche de vie. On a affaire à un personnage qui n’a pas besoin d’un quelconque adjuvant pour s’accomplir. Naturellement, d’autres personnages et des situations particulières vont l’amener à évoluer, mais O-Ei est présentée comme une femme qui agit seule et prend des décisions par elle-même et pour elle-même. Il ne s’agit en aucun cas d’un sempiternel récit initiatique, où l’héroïne, assistée d’un mentor, ou pire d’un pygmalion, deviendrait ce qu’elle doit être sous l’impulsion de ce dernier. Liberté et indépendance sont les deux qualités qui caractérisent Miss Hokusai. La scène d’introduction du film entérine cela en musique, c’est sur fond de rock & roll que la protagoniste se présente. Difficile de concurrencer un tel rôle, ainsi, les autres personnages, et en particulier les hommes, ne sont pas montrés à leur avantage. Hokusai, s’il est un grand maître de la peinture, est aussi un lâche qui craint l’infirmité de sa fille cadette, aveugle de naissance. Quant à ses disciples, leur attitude est terne, voire grotesque. Il est dommage que le réalisateur ait quelque peu exagéré les défauts de ses personnages masculins pour que la personnalité de son héroïne n’en soit que plus flamboyante.
C’est bien de cette flamme, de cet élan vers le monde et ses beautés dont nous parle le film, graphiquement très beau. Le réalisateur fait le choix d’aborder son film comme une chronique douce et contemplative sur le temps qui passe, ponctué par le passage des saisons. L’histoire se déroule en une succession de tableaux, à l’image des estampes que peignent les personnages. O-Ei aborde le monde de front, elle veut s’emplir de tout ce qu’il peut lui offrir. Dès qu’elle retrouve sa jeune sœur, qui ne sort que rarement de l’hôpital où elle est maintenue, elle lui fait découvrir ce monde de bruits, d’odeurs, mais aussi de formes et de couleurs, outrepassant la cécité de l’enfant, regardant le monde pour deux. En tenant compte de cet amour fraternel, on peut comprendre la relation de l’héroïne à la peinture. Il s’agit de représenter, au sens fort du terme, c’est à dire de rendre présent, faire que ses dessins parviennent à capturer une portion de vie. L’art de peindre devient un geste mystique, plein de magie. L’un des tableaux d’O-Ei, une commande d’un riche marchand ayant exigé une représentation des Enfers, donne à la femme de ce dernier la certitude d’être attaquée par les démons de la peinture. Le tableau provoquait ces violentes réactions car il était incomplet, il lui manquait une touche d’espoir, celle qui permet de finaliser une œuvre. L’art comme viatique. O-Ei ne déviera jamais de sa voie de peintre, peu importe les aléas de la vie. Elle travaillera sans cesse vers une amélioration de son art. La dernière séquence du film fait écho à la scène d’ouverture, en nous ramenant sur le pont d’Edo où la protagoniste apparaît pour la première fois. « La vie n’est ni meilleure ni pire qu’avant, dit O-Ei à sa sœur, mais de belles choses arrivent pour lesquelles il faut vivre. » Miss Hokusai s’éloigne, parmi la foule bruyante et colorée, la fin ne vient pas clore le film en y apportant un point final, mais ouvre de nouvelles perspectives, en élargissant notre regard sur ce monde, matière première de l’artiste.
Synopsis : En 1814, HOKUSAI est un peintre reconnu de tout le Japon. Il réside avec sa fille O-Ei dans la ville d’EDO (l’actuelle TOKYO), enfermés la plupart du temps dans leur étrange atelier aux allures de taudis. Le « fou du dessin », comme il se plaisait lui-même à se nommer et sa fille réalisent à quatre mains des œuvres aujourd’hui célèbres dans le monde entier. O-Ei, jeune femme indépendante et éprise de liberté, contribue dans l’ombre de son père à cette incroyable saga artistique.
Miss Hokusai : Bande Annonce
Miss Hokusai : Fiche Technique
Titre original : Sarusuberi : Miss Hokusai
Réalisation : Keiichi HARA
Production : PRODUCTION I.G, Mitsuhisa ISHIKAWA
Distribution : PRODUCTION I.G, Francesco PRANDONI, EUROZOOM, Amel LACOMBE
Adapté du manga de Hinako Sugiura Sarusuberi
Direction artistique : Hiroshi Ono
Scénario : Miho Maruo
Avec les voix de Yutaka Matsushige : Katsushika Hokusai, Anne Watanabe : O-Ei, Kumiko Aso : Sayogoromo, Gaku Hamada : Ikeda Zenjirô, Jun Miho : Koto, Shion Shimizu : O-Nao, Danshun Tatekawa : Manjidô, Michitaka Tsutsui : Iwakubo Hatsugorô
Graphisme : Yoshimi Itazu
Storyboard : Keiichi Hara
Animation : Yoshimi Itazu
Musique : Harumi Fuuki
Son : Keiichi Hara
Montage : Shigeru Nishiyama
Genre : Biopic animé
Sortie en Salle : 2 Septembre 2015
Distributeur France : Eurozoom
Initialement prévu pour Steven Soderbergh, l’adaptation de la série télévisée The Man from U.N.C.L.E. tombe finalement entre les mains du cinéaste britannique Guy Ritchie après moult péripéties.
Des agents très (trop) cools
Un temps, Tom Cruise était même intéressé pour tenir le rôle principal du film. Ces dernières années, Ritchie voue une passion pour les adaptations : après deux films Sherlock Holmes qui ont eu du mal à convaincre sur le plan qualitatif, étant aussi ses films les moins personnels, il prépare aussi une adaptation des aventures du roi Arthur pour son prochain film. Ayant droit à des projets d’envergures, il se perd quelque peu dans des productions de studios où il a parfois du mal à retrouver son style. Donc arrivera-t-il à retrouver sa verve british après deux Sherlock Holmes très américanisés, qui n’ont du cinéaste que l’aspect visuel clipesque ?
Parce qu’il ne faut pas oublier que Guy Ritchie est aussi un scénariste qui a un sens bien à lui du storytelling, parfois grossier et un peu lourd mais très personnel. Ici il renoue donc avec ses premiers amours, se rappropriant quelque peu cette histoire pour la mettre au service de son style. Il signe donc une oeuvre purement britannique, qui cherche constamment le fun, la coolitude et l’humour facile. De là découle donc un certain agacement. À trop vouloir être cool, le film devient vite énervant, réutilisant certains effets à outrance ce qui finit par leur enlever tout intérêt. Surtout que certains de ses effets ont tendance à céder à la facilité et à prendre le spectateur pour un assisté, certains twists sont assez évidents mais il se sent obligé d’y revenir plusieurs fois pour les expliquer sous toutes les coutures. Ce qui fait que l’intrigue est globalement très prévisible voire même déjà-vu dans la caractérisation de ses personnages et l’utilisation de ses rebondissements. Néanmoins il arrive malgré tout à désamorcer ses nombreux clichés avec humour et intelligence. Parvenant ainsi à offrir quelques séquences absolument savoureuses, comme une hilarante et originale course poursuite en bateaux. Par contre l’humour est assez inégal, notamment quand il se sert des dialogues pour faire des doubles sens sexuels trop appuyés, cela devient vite lourd et répétitif car la majeure partie des dialogues se concentre sur cela. Ça marche peut-être une ou deux fois mais clairement pas sur la durée. Mais au final malgré tout ses défauts et une simplicité au niveau de l’intrigue, celle-ci se montre quand même plutôt correcte, cohérente et agréable à suivre.
Le tout est en plus conduit par un casting impeccable mené par un trio d’acteurs convaincant et investi qui joue habilement avec les stéréotypes. Henry Cavill est sur la dérision et offre les meilleurs moments d’humour ; malgré un rôle qui aurait pu être très vite caricatural dans le mauvais sens du terme, il apporte suffisamment de second degré pour éviter l’agacement. Armie Hammer possède quant à lui un rôle plus sérieux et plus torturé mais tout aussi caricatural. Le problème étant que même si l’humour autour de son personnage fonctionne, sa part sombre tend à devenir simpliste et manque cruellement de développement. L’acteur se montre quand même convaincant mais manque légèrement de charisme. Alicia Vinkander est finalement celle qui emporte l’adhésion, elle possède le personnage le plus intéressant et celui qui sort plus facilement des stéréotypes. Elle se révèle comme à son habitude très talentueuse. Dommage que le scénario se sente obligé de créer une romance prévisible et mal amenée, et qui en plus se montre gérée de manière paresseuse, desservant totalement les personnages. Sinon on notera aussi la présence de Hugh Grant en roue libre mais très en forme.
La réalisation est dans la pure tradition de Guy Ritchie, le montage cherche un rythme effréné et arrive parfois à le trouver, même si le film à tendance à confondre rythme et vitesse. Le montage est aussi trop précipité dans les scènes d’actions qui tendront par moments à être illisibles, surtout les rares scènes de combats aux corps à corps. La photographie est très léchée tandis que la sélection musicale est évidente et très cool, un peu à l’image du film. La mise en scène se montre énergique et bien pensée offrant des moments assez tonitruants. Notamment les deux scènes en split screen qui remplacent un peu les ralentis habituels du metteur en scène, lui permettant quelque peu de repenser son style. Il arrive même par moments à créer l’angoisse au détour d’une scène bien amenée et tendue, ainsi que de l’épique avec une scène d’action finale brillamment filmée grâce à des plans aériens dynamiques.
En conclusion The Man from U.N.C.L.E. est un bon film et un divertissement assez exaltant. Même s’il s’impose comme un Guy Ritchie mineur mais en étant un long métrage bien plus personnel par rapport à ce qu’il a fait ses dernières années. En résulte donc un film qui a ses défauts, bien trop lourd et prévisible dans son traitement mais indéniablement énergique et bien troussé. Le casting tient l’ensemble à merveille même s’il ne possède pas une alchimie évidente et certains défauts de rythme et d’écriture tendent à rendre l’ensemble simpliste et un tantinet didactique. Malgré tout on passe un moment fun et indéniablement très cool, parfois même trop, mais on se prend au jeu avec un certain plaisir.
Synopsis : Au début des années 60, en pleine guerre froide, The Man from U.N.C.L.E. retrace l’histoire de l’agent de la CIA Solo (Henry Cavill) et de l’agent du KGB Kuryakin (Armie Hammer). Contraints de laisser de côté leur antagonisme ancestral, les deux hommes s’engagent dans une mission conjointe : mettre hors d’état de nuire une organisation criminelle internationale déterminée à ébranler le fragile équilibre mondial, en favorisant la prolifération des armes et de la technologie nucléaires. Pour l’heure, Solo et Kuryakin n’ont qu’une piste : le contact de la fille d’un scientifique allemand porté disparu, le seul à même d’infiltrer l’organisation criminelle. Ils se lancent dans une course contre la montre pour retrouver sa trace et empêcher un cataclysme planétaire.
The Man from U.N.C.L.E. : Fiche technique
États-Unis – 2015
Réalisation: Guy Ritchie
Scénario: Guy Ritchie et Lionel Wigram, d’après une histoire de Jeff Kleeman, David C. Wilson, Guy Ritchie et Lionel Wigram, d’après la série télévisée The Man from U.N.C.L.E. créée par Sam Rolfe
Interprétation: Henry Cavill (Napoleon Solo), Armie Hammer (Illya Kouriakine), Alicia Vikander (Gaby Teller), Hugh Grant (Alexander Waverly), Jared Harris (Saunders)
Photographie: John Mathieson
Décors: Oliver Scholl
Costumes: Joanna Johnston
Montage: James Herbert
Musique: Daniel Pemberton
Producteur(s): Steve Clark-Hall, John Davis, Jeff Kleeman et Lionel Wigram
Production: Warner Bros.
Distributeur: Warner Bros.
Date de sortie: 16 septembre 2015
Durée: 1h56min
Genre: Espionnage
A l’occasion de la prochaine diffusion sur TF1, ah non pardon sa petite soeur TMC, de The Missing, parent éloigné de Broadchurch, LeMagduCiné revient sur la première saison de cette production franco-anglaise qui vaut vraisemblablement le détour.
Synopsis : Lorsque son fils disparaît durant des vacances en France en 2006, les recherches de Tony malmènent peu à peu son mariage et détruisent sa vie. Il décide de reprendre l’affaire 6 ans après…
Les chaînes BBC One et la câblée américaine Starz continueront de nous transporter dans le souvenir d’idéaux familiaux, amoureux et policiers, car une saison 2 a été commandée le 16 décembre dernier. On ne retrouvera pas les Hughes par contre, ce qui fait de The Missing une nouvelle anthologie captivante, qui vous hante longtemps après. Le final, diffusé à la date citée au-dessus, a divisé la critique. « Worst or better ever ». On vous dit tout sans spoiler ! Mais nous avons juste pris le soin de disperser quelques pièces du puzzle…
L’écharpe, son écharpe
En abordant des problématiques tel que le mariage, la fin de carrière, la reconversion, et surtout la possible disparition d’un être cher, The Missing traduit le sentiment angoissant que nous n’avons guère le contrôle sur ce qui nous importe réellement. Le postulat est d’une simplicité déconcertante. Une famille « parfaite » anglaise s’apprête à rentrer chez eux après des vacances passées hors frontières, mais la voiture cale et ils se retrouvent coincé dans la ville de Châlons-du-bois pour 48 heures, le temps que la voiture puisse trouver un second souffle. Ils gagnent l’hospitalité dans l’hôtel L’Eden au néon vert, parallèle à la séquence intérieure fanstasmagorique dans Sueurs Froides où James Stewart découvre la double identité de sa belle. Par ailleurs, une scène entre Tony et sa femme Emily reprend la même problématique chromatique) tenu par un couple discret, les Deloix joués entre autre par l’actrice belge Astrid Whettnall (Au nom du fils). La caméra « touche de l’objectif » une vérité quasi documentaire autour du tourisme de gîte et les campings. Les Hughes ont remarqué la présence d’une piscine alors pourquoi pas en profiter une dernière fois ? La nuit commence à tomber et en se séchant, le père et son jeune fils Oliver tombent sur la coupe du monde de football retransmis au bar à ciel ouvert. C’est l’effervescence autour de cet événement collectif. Ils se rapprochent curieux, puis le jeune Olie ne passe plus entre les supporters. Les mains se lâchent et l’absence est déjà effective. Tony le cherche partout, paniqué (voir à 0’43 de la vidéo ci-dessous). La police est rapidement sur le coup, dirigée par le lieutenant Julien Baptiste, interprété par Tchéky Karyo (Nikita, Bad Boys, Belle et Sébastien) entre tendresse et rugosité. Sans s’appesantir sur cette poignante fin de journée d’été, nous sommes rapidement revenu au temps présent et l’écart s’est profondément creusé en 6 ans. 2012, Tony et Emily se sont séparés. Lui est obsédé par la non-résolution de l’affaire concernant la disparition de son fils, elle est en couple avec celui qui a collaboré sur l’affaire en externe, un détective en vacance joué par Jason Flemyng (Snatch, From Hell). A la question : la famille peut-elle surmonter un tel traumatisme ? La réponse semble évidente maintenant que l’on sait le divorce prononcé, et pourtant ces huit épisodes de 50 minutes vont s’acharner à nous faire douter, remettre en question nos convictions jusqu’à hanter nos souvenirs du fantôme de ce petit garçon pour qui on ne peut qu’éprouver la plus entière des sympathies. L’intérêt en devient presque une histoire personnelle et la mise en scène jongle entre ces deux temporalités pour jouer avec nos nerfs tout en disséminant des indices ici et là pour nous forcer à être attentifs. Comme si on avait besoin de cela !
C’est donc l’écart entre passé et présent qui compte, ici une fois de plus (rappelons-nous la structure de HTGAWM). En pointant subtilement le doigt sur les changements, les substituts et surtout les persistances de nos choix, Tom Shankland, l’unique réalisateur (enfin ! un seul point de vue original), dissèque d’une force singulière les existences de chacun des personnages des deux côté de la manche. Avec les seuls bémols et regrets sur les personnages du journaliste avide Malik Suri (Arsher Ali) et le policier corrompu Khalid Ziane (Saïd Taghmaoui) qui ne trouvent jamais l’équilibre et le bon ton. Me concernant, je retire mes réserves sur Emilie Dequenne qui, contre toute attente, sort son épingle du jeu. Elle incarne une jeune policière bilingue promue, femme active et impliquée, intègre sans prendre parti. L’originalité de cette série donc est de jouer le contraste, l’impression de déséquilibre, entre anglais et français qui ne se comprennent pas (la série ne peut qu’être diffusée en VO !), entre les motivations de chacun, Tony pour la résolution et Emily pour le deuil, entre tendresse et sécheresse du jeu des acteurs, entre la joie des supporters français et le désespoir du père isolé du reste du monde, entre passé et présent. Imaginez-vous sous un ciel ombragé soudain, vous hésitez à ouvrir votre parapluie pour ne pas vous cacher des quelques rayons de soleil, tout en attendant la dernière minute, les première gouttes, quand pourtant … il est déjà trop tard! (Je ne vous dirai pas si il pleut) C’est donc sur ce schéma émotionnel que les frères Williams ont décidé d’écrire leurs différents arcs narratifs. Dominik Scherrer avait les même consignes pour composer la bande sonore. Leur show fonctionne aussi bien sur le «Je sais bien, mais quand même» manonnien*, qui indique précisément comment une croyance peut survivre au démenti de l’expérience, que sur le fictionnalisme**, courant philosophique germanique du début du XXème siècle. Et là vous vous dites, mais qu’il est pompeux celui là, à employer des mots vulgaires que personne ne connait. Et vous avez raison ! Sur la nécessité d’éclaircir mon propos, non pas sur le fait que je puisse être pompeux… Pour la faire courte, il faut sans arrêt reconsidérer nos certitudes, en ayant conscience de ne pas en avoir, dans un contexte oscillant entre fictionconstruite de toute pièce (soient des espoirs et des illusions) et réalitépossible, si ce n’est évidente (soient les faits). Ces faits nous apportent la « preuve » que le jeune Olie est encore en vie, du moins, on y croit dur comme fer.
** Hans Vaihinger, La Philosophie du comme si, Kimé, 2008
Puisque nous avons commencé la comparaison sur Broadchurch, poursuivons dans cette voie. Le choix de Chris Chibnall consiste à fondre dans le même moule, grandeurs du paysage et profondeurs psychologiques sur un arrière plan, qui pourtant est premier, de meurtre d’un jeune garçon non élucidé. Si la saison 1 soulignait excessivement la pédophilie, la saison 2 effleurait la question de l’infidélité sur des considérations qui s’éloignaient de l’intérêt premier, soit la résolution sur l’affaire du meurtre du petit Danny Latimer. Ici, The Missing reprend l’attachement paternel/parental comme surpassement de soi tout en rendant accessible l’intrigue policière malgré l’enchevêtrement des temporalités. Mais accrochez-vous tout de même. Chaque personnage agit comme une partie d’un sombre engrenage qu’il nous faudra, patiemment, plus de 6 heures, à démêler. Une pièce du puzzle est déjà apportée à la fin du générique, si vous êtes joueur… Arrêtons nous sur la reprise « Come Home » d’Amatorski. La chanson était à l’origine plus lente et lancinante, comme pour mettre en exergue la fatigue que provoque l’attente du retour d’un être cher. Dire au revoir n’est jamais facile, surtout lorsque l’on a pas eu le temps de prononcer ces mots. Les deux seules finalités sont l’espoir et le deuil donc, deux versants d’une même face. Le thème musical est remanié ici façon Cold Case et perd son côté soul jazz pour devenir percussions qui résonnent dans la nuit. J’aurais aimé prolonger la réflexion sur l’univers musical, l’utilisation du Hang (je vous laisse découvrir sur youtube ses sonorités semblables à des gouttes d’eau résonnantes) et la question de la métamorphose centrale dans l’oeuvre du compositeur ici (oui comme tant d’autres, il a le titre #1 « Butterflies »), mais par manque de temps, je vous laisse en présence d’une courte vidéo issue du making off.
La puissance de cette minisérie tient dans l’aspect quasi documentaire. Des milliers de parents ont vécu cette situation et malheureusement, ce genre de disparition ne devrait pas se tarir, sauf si on vient à bout de la famine, les guerres, l’homophobie… On assiste à une vérité. Oui, triste à dire, mais on se croirait réellement en vacances à la frontière belge, on sent les gouttes de pluie, le chlore de la piscine, les cuisines du restaurant de l’hôtel en fin de service, les dossiers cartons mélangés au tabac froids des bureaux de police ainsi que son bois vernis, la rosée du matin (ou du soir) sur le bateau, l’herbe humide du parking, le sang mélangé aux polaroïds, le plastique de la parka, l’intérieur cuir de la voiture, l’odeur du croissant et du café industriel d’une brasserie, le bitume de la gare, la neige… Chaque élément devient perceptible et il est difficile d’y faire abstraction. Tout comme il est difficile de ne pas reprendre son souffle, la bouche ouverte à chaque passage du petit Olie représenté par le dessin du bonhomme au grande oreille. La photographie, désaturée légèrement pour retranscrire l’usure corporelle et psychologique ou bien lumineuse et rétro vise toujours juste. On a pris la fâcheuse habitude, nous spectateur, de vouloir être éblouis, chercher toujours plus et c’est ainsi qu’un final peut nous décevoir. The Missing nous a pourtant jamais habitué à l’excès ou la superlativité, comme une oie que l’on gaverait jusqu’à plus soif, mais nous prend au piège d’un jeu en spiral, d’une simplicité exemplaire, dont on ne ressort que difficilement indemne. D’autant plus que, avec plus de 7 millions de téléspectateurs anglais, les critiques se sont accordées sur la qualité indéniable de cette série, faisant du final, meilleur que celui de Broadchurch avec plus de 1000 tweets à la minute lors de la diffusion. La minisérie a été nominée aux Golden Globes, British Academy TV Awards, Baftas et même si les deux acteurs principaux n’ont malheureusement rien reçus (sauf à Monte-Carlo), nous prions sincèrement pour que Tom Schankland soit récompensé le 20 septembre aux Emmy…
Qu’avez-vous pensez du final ? Découvrez sans plus tarder le court trailer de la saison 2, sans aucune date de sortie encore. Il s’agirait d’une jeune fille en Allemagne…
Titres des épisodes
La disparition (Eden)
Le suspect (Pray for Me)
L’informateur (The Meeting)
L’Alliée (Gone Fishing)
Le monstre (Molly)
Le traitre (Concrete)
Le maître chanteur (Return to Eden)
Le coupable (Till Death)
Les épisodes titrés en français apparaissent comme des cartes de tarot annonciatrices, des rôles attribués pour un jeu à ciel ouvert.
Fiche Technique : The Missing
Création : Harry Williams, Jack Williams
Réalisation : Tom Schankland
Scénario : Harry Williams, Jack Williams
Interprétation : James Nesbitt (Tony Hughes), Frances O’Connor (Emily Hughes), Tchéky Karyo (Julien Baptiste), Ken Stott (Ian Garrett), Jason Flemyng (Mark Walsh), Arsher Ali (Malik Suri), Saïd Taghmaoui (Khalid
Ziane), Titus De Voogdt (Vincent Bourg), Émilie Dequenne (Laurence Relaud), Eric Godon (Mr Deloix), Astrid Whettnall (Sylvie Deloix), Anastasia Hille (Rini Dalca)
Photographie: Ole Bratt Birkeland
Décors: Kate Scopes, Katie Spencer
Musique: Dominik Scherrer
Production : John Yorke, Harry Williams, Jack Williams, Jan Vrints, Elaine Pyke, Charles Pattinson, Polly Hill, Eurydice Gysel, Willow Grylls, Colin Callender
Sociétés de production : Company Pictures, Two Brothers Pictures, New Pictures, BBC, Starz Originals, BNP Paribas, Fortis Film Finance
Distribution : BBC One (UK), Starz (US), TMC (France), Sky Atlantic (Allemagne), Eén (Belgique), Netflix…