Miss Hokusai, un film de Keiichi Hara : Critique

Nombreux sont ceux qui ont déjà vu une des œuvres du peintre japonais Hokusai. La Grande vague de Kanagawa est une de ses estampes les plus populaires et a fait l’objet de nombreuses reproductions.

Hymne à l’art et à la vie

L’artiste a connu une certaine notoriété de son vivant et a bénéficié d’une reconnaissance de ses pairs, ce qui a permis à son œuvre de perdurer, de traverser les frontières et d’influencer beaucoup de peintres européens. Avec Miss Hokusai, Keiichi Hara révèle un autre pan de la vie du maître en mettant en lumière un personnage dont la contribution artistique, pourtant essentielle dans l’œuvre du peintre est demeurée confidentielle : O-Ei, fille aînée d’Hokusai, elle-même artiste de talent qui a travaillé avec son père jusqu’à la mort de ce dernier.

Le film prend le parti de ne pas suivre le schéma narratif classique du biopic qu’il aurait pu adopter, en nous montrant l’évolution progressive de son héroïne. Ici, le long-métrage débute in medias res et apparaît plutôt comme une tranche de vie. On a affaire à un personnage qui n’a pas besoin d’un quelconque adjuvant pour s’accomplir. Naturellement, d’autres personnages et des situations particulières vont l’amener à évoluer, mais O-Ei est présentée comme une femme qui agit seule et prend des décisions par elle-même et pour elle-même. Il ne s’agit en aucun cas d’un sempiternel récit initiatique, où l’héroïne, assistée d’un mentor, ou pire d’un pygmalion, deviendrait ce qu’elle doit être sous l’impulsion de ce dernier. Liberté et indépendance sont les deux qualités qui caractérisent Miss Hokusai. La scène d’introduction du film entérine cela en musique, c’est sur fond de rock & roll que la protagoniste se présente. Difficile de concurrencer un tel rôle, ainsi, les autres personnages, et en particulier les hommes, ne sont pas montrés à leur avantage. Hokusai, s’il est un grand maître de la peinture, est aussi un lâche qui craint l’infirmité de sa fille cadette, aveugle de naissance. Quant à ses disciples, leur attitude est terne, voire grotesque. Il est dommage que le réalisateur ait quelque peu exagéré les défauts de ses personnages masculins pour que la personnalité de son héroïne n’en soit que plus flamboyante.

C’est bien de cette flamme, de cet élan vers le monde et ses beautés dont nous parle le film, graphiquement très beau. Le réalisateur fait le choix d’aborder son film comme une chronique douce et contemplative sur le temps qui passe, ponctué par le passage des saisons. L’histoire se déroule en une succession de tableaux, à l’image des estampes que peignent les personnages. O-Ei aborde le monde de front, elle veut s’emplir de tout ce qu’il peut lui offrir. Dès qu’elle retrouve sa jeune sœur, qui ne sort que rarement de l’hôpital où elle est maintenue, elle lui fait découvrir ce monde de bruits, d’odeurs, mais aussi de formes et de couleurs, outrepassant la cécité de l’enfant, regardant le monde pour deux. En tenant compte de cet amour fraternel, on peut comprendre la relation de l’héroïne à la peinture. Il s’agit de représenter, au sens fort du terme, c’est à dire de rendre présent, faire que ses dessins parviennent à capturer une portion de vie. L’art de peindre devient un geste mystique, plein de magie. L’un des tableaux d’O-Ei, une commande d’un riche marchand ayant exigé une représentation des Enfers, donne à la femme de ce dernier la certitude d’être attaquée par les démons de la peinture. Le tableau provoquait ces violentes réactions car il était incomplet, il lui manquait une touche d’espoir, celle qui permet de finaliser une œuvre. L’art comme viatique. O-Ei ne déviera jamais de sa voie de peintre, peu importe les aléas de la vie. Elle travaillera sans cesse vers une amélioration de son art. La dernière séquence du film fait écho à la scène d’ouverture, en nous ramenant sur le pont d’Edo où la protagoniste apparaît pour la première fois. « La vie n’est ni meilleure ni pire qu’avant, dit O-Ei à sa sœur, mais de belles choses arrivent pour lesquelles il faut vivre. » Miss Hokusai s’éloigne, parmi la foule bruyante et colorée, la fin ne vient pas clore le film en y apportant un point final, mais ouvre de nouvelles perspectives, en élargissant notre regard sur ce monde, matière première de l’artiste.

Synopsis : En 1814, HOKUSAI est un peintre reconnu de tout le Japon. Il réside avec sa fille O-Ei dans la ville d’EDO (l’actuelle TOKYO), enfermés la plupart du temps dans leur étrange atelier aux allures de taudis. Le « fou du dessin », comme il se plaisait lui-même à se nommer et sa fille réalisent à quatre mains des œuvres aujourd’hui célèbres dans le monde entier. O-Ei, jeune femme indépendante et éprise de liberté, contribue dans l’ombre de son père à cette incroyable saga artistique.

Miss Hokusai : Bande Annonce

 Miss Hokusai : Fiche Technique

Titre original : Sarusuberi : Miss Hokusai
Réalisation : Keiichi HARA
Production : PRODUCTION I.G, Mitsuhisa ISHIKAWA
Distribution : PRODUCTION I.G, Francesco PRANDONI, EUROZOOM, Amel LACOMBE
Adapté du manga de Hinako Sugiura Sarusuberi
Direction artistique : Hiroshi Ono
Scénario : Miho Maruo
Avec les voix de Yutaka Matsushige : Katsushika Hokusai, Anne Watanabe : O-Ei, Kumiko Aso : Sayogoromo, Gaku Hamada : Ikeda Zenjirô, Jun Miho : Koto, Shion Shimizu : O-Nao, Danshun Tatekawa : Manjidô, Michitaka Tsutsui : Iwakubo Hatsugorô
Graphisme : Yoshimi Itazu
Storyboard : Keiichi Hara
Animation : Yoshimi Itazu
Musique : Harumi Fuuki
Son : Keiichi Hara
Montage : Shigeru Nishiyama
Genre : Biopic animé
Sortie en Salle : 2 Septembre 2015
Distributeur France : Eurozoom

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Constance Mendez-Harscouët
Constance Mendez-Harscouëthttps://www.lemagducine.fr/
Mes premières amours de cinéma, c'est aux films d'animation que je les dois. La poésie du dessin animé est incomparable à mes yeux. J'ai ensuite élargi mes perspectives et ai découvert à quel point le champ du septième art était vaste et beau. Mon envie de films ne s'est jamais tarie. J'en ai vus et je continue d'en voir autant que je peux, car, au-delà d'être un divertissement, le cinéma façonne ma manière de voir le monde.

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