MI-5 Infiltration, un film de Bharat Nalluri : critique

Avec MI-5 Infiltration, Bharat Nalluri, réalisateur anglais d’origine indienne, s’inscrit dans la ligne et la continuité de la série anglaise MI-5 (Spooks), créée par David Wolstencroft, relatant dans une approche réaliste le travail et les missions quotidiennes des membres des services secrets britanniques.

Synopsis : Quand le dangereux terroriste Adem Qasim échappe à la garde des services secrets du MI-5 lors d’un banal transfert, le célèbre agent Harry Pearce, à la tête de l’unité antiterroriste, est accusé. Un scandale jamais vu dans l’histoire du MI-5. Alors que la suspicion grandit et que l’on recherche d’éventuelles complicités au plus haut sommet du pouvoir, l’espion déchu Will Holloway est la seule personne à pouvoir reconstituer le puzzle. La traque commence…

Diffusée entre 2002 et 2011 sur la BBC, puis à partir de 2004 en France, sur Canal+, puis sur France 2, France 4, Jimmy et Paris Première, elle se compose de 86 épisodes d’environ 50 minutes répartis en dix saisons. Elle a connu un certain succès et a obtenu entre 2003 et 2007 plusieurs prix de la meilleure série dramatique (British Academy Television Awards, Broadcast Awards, Royal Television Society Awards, Television and Radio Industries Club Awards).

On retrouve dans MI-5 Infiltration tout l’univers de cette série, ainsi que la plupart des personnages, dont Harry Pearce, le chef du MI-5, et Erin Watts, une de ses agentes. Le film se regarde ainsi comme une suite reprenant les événements de la série, notamment la mort de Ruth, compagne de Harry Pearce. Il s’adresse donc tout particulièrement au public de la série britannique, son budget assez faible et sa popularité bien plus limitée qu’un James Bond ou un Mission Impossible, l’empêchant de bénéficier d’une sortie en salles. Le film introduit cependant un nouvel agent secret, Will Holloway, interprété par Kit Harington, connu pour le rôle de John Snow dans Games of Thrones. Will Holloway, évincé du MI-5 par Harry Pearce, est alors rappelé par celui-ci pour l’aider à s’innocenter et déjouer les complots se tramant contre le MI-5.

Le film s’ouvre, comme souvent dans la série, par une séquence d’action tendue. Adem Qasim, terroriste notoire, parvient à s’échapper lors d’un transfert effectué sous la surveillance du MI-5. Menaçant de s’en prendre à des civils, il force Harry Pearce à le laisser s’enfuir, ce qui lance aussitôt les soupçons autour du chef du MI-5. Le scénario, calqué sur le modèle de la série, est plutôt efficace. Entre espionnage, terrorisme, mensonges, trahisons et sacrifices pour le bien commun, il brasse tous les grands thèmes du film d’espionnage et maintient un certain suspense jusqu’à la fin. On s’interroge sur les intentions réelles de Harry Pearce, qui s’enfuit du MI-5, ou sur la mort suspecte du père de Will Holloway à Berlin. C’est d’ailleurs grâce à cette énigme que l’équipe du MI-5 convainc Holloway de les aider à retrouver Harry Pearce.

L’histoire reste cependant assez classique et n’apporte ni inventivité ni nouveauté par rapport à la série MI-5, dont elle reste, sûrement un peu trop, dans le sillage. Les scènes d’action, sobres et efficaces, sont réparties dans le film et lui donnent du rythme. Elles ne rivalisent toutefois jamais et ne permettent aucune comparaison, faute de moyens, avec l’ampleur de celles des blockbusters ou des franchises. MI-5 Infiltration manque ainsi un peu d’ambition même s’il ne s’en cache pas. Il reste un divertissement assez agréable qui plaira probablement aux fans de la série et de Kit Harington.

Sur la forme, la réalisation n’a également rien d’exceptionnel. On retrouve les traditionnels champs/contre champs, les montages alternés entre l’action sur le terrain et les locaux du MI-5, ou encore les plans larges des places peuplées et des villes.

En réalité, on voit dans MI-5 Infiltration, tant dans son scénario que dans sa mise en scène, plus un épisode rallongé de la série, un épilogue à celle-ci, qu’un film d’espionnage à part entière. Il faut rappeler que Bharat Nalluri a lui-même commencé sa carrière dans la télévision, et a réalisé six épisodes de MI-5, à savoir les deux premiers épisodes des deux premières saisons, ainsi que les épisodes 5 et 6 de la dernière saison. En outre, les deux scénaristes du film, Sam Vincent et Jonathan Brackley, ont également co-écrit les derniers épisodes de la série. Reprendre la même équipe que la série a certainement facilité la restitution de son univers et de ses personnages, mais contribue paradoxalement à la faiblesse principale du film. On regrette en effet que MI-5 Infiltration s’enferme de lui-même dans le carcan des codes télévisuels dont il peine sérieusement à s’affranchir. On peut en effet penser qu’il était possible au réalisateur, en dépit de son budget restreint, de dépasser davantage le cadre de la série.

MI-5 Infiltration n’est donc pas un grand film d’espionnage. Son absence de véritable ambition l’empêche d’être un long-métrage dont on se souviendra longtemps. Trop calqué sur sa série d’origine, il ne comporte pas vraiment de proposition cinématographique. Ceci n’empêche cependant pas d’apprécier les retrouvailles avec ce monde d’espions et le grand Harry Pearce que l’on a découvert dans une série d’espionnage particulièrement intelligente.

MI-5 Infiltration – Bande annonce

MI-5 Infiltration – Fiche technique

Titre original : Spooks : the Greater Good
Date de sortie : 18 septembre 2015 (e-cinema, VOD)
Nationalité : anglais
Réalisation : Bharat Nalluri
Scénario : Jonathan Brackley et Sam Vincent (III)
Interprétation : Peter Firth (Harry Pearce), Kit Harington (Will Holloway), Jennifer Ehle (Dame Géraldine), Elyes Gabel (Adem Qasim), Tuppence Middleton (June Keaton), Lara Pulver (Erin Watts)
Musique : Dominic Lewis
Photographie : Hubert Taczanowski
Décors : Liz Griffiths
Montage : Jamie Pearson
Production : Jane Featherstone, Stephen Garett, Ollie Madden
Sociétés de production: Isle of Man Film, Kudos Film and Television, Pinewood Pictures
Société de distribution : 20th Century Fox
Budget : NR
Genre : Thriller, espionnage, action
Durée : 1h44 min

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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