Le Limier, un film de Kenneth Branagh : Critique

Un jeu de rôle :

Prenez Michael Caine (Insaisissables, The Dark Knight, Dr Jekyl and Mr Hyde) et Jude Law (The Young Pope, Spy, Sherlock Holmes saga), enfermez-les dans une maison, donnez-leur des rôles de composition machiavéliques et un tantinet malsains, et pis une arme à feu tant qu’à faire : vous obtiendrez un huis clos étouffant et réussi, le tout superbement orchestré par Kenneth Branagh (Hamlet, Frankenstein et Thor).

Le Limier, c’est une ambiance pesante et des personnages aux personnalités troubles : Andrew Wyke (Michael Caine), riche écrivain intelligent et manipulateur et Milo Tindle (Jude Law), acteur raté et coiffeur à ses heures perdues mais surtout amant de Madame Wyke ! Un véritable jeu de rôles et de joute verbale ou chacun tire la couverture et met en valeur l’autre comme dans un miroir. Le scénario du film Le Limier est très bien ficelé. Les dialogues du prix nobel de la littérature, Harold Pinter (qu’on aperçoit d’ailleurs rapidement sur une télévision dans le film), sont à tomber et très justement interprétés par le duo avec sarcasmes et humour noir.

En 1972, Michael Caine interprétait le jeune et impudent Milo et donnait la réplique à Laurence Olivier dans Le Limier de Mankiewicz (La Comtesse aux Pieds Nus). En 2007, il accepte de jouer son opposé dans cette nouvelle version du film. Il choisit ainsi d’inverser la situation comme pour revivre ces instants différemment et avec un certain recul sur le film. Il a mûri, il connaît bien ce personnage de l’extérieur et va le « pénétrer » complètement dans cette adaptation.

Un jeu de Séduction :

Le limier de Branagh, lui, est plus frivole et tendancieux que le premier. C’en serait presque parodique en comparaison avec l’oeuvre originale plus authentique mais ce surjeu est voulu car les personnages sont des caricatures, des « comédiens » comme se plaît à le arguer Milo (en réponse aux moqueries de son adversaire qui le traite de « Garçon coiffeur »). Le ton est excessif, théâtralisé et moqueur et le rapport de séduction entre les deux personnages est palpable voire érotique à la fin du film. Il est très difficile de savoir qui aura le dessus dans ce jeu pervers entre le senior et le freluquet tant les retournements de situations nous embrouillent l’esprit. Malgré son jeune âge, Milo, acteur raté, est moins naïf qu’il n’y paraît mais on sent quand même que le vieil homme est rongé par la haine et la vengeance et qu’il a plus d’un tour dans son sac !

C’est aussi la jalousie qui vient alimenter les sentiments de Mr Wyke ; la jalousie face à cette jeunesse perdue incarnée par Milo mais aussi par ce jeune séducteur qui l’aguiche pour mieux se refuser à lui et l’humilier de surcroît ! Le choix de Michael Caine dans le rôle du vieil homme, alors qu’il était ce fringant jeune homme auparavant, vient stigmatiser ce rapport au passé et renforcer l’aspect dramatique du film.

Le Limier de 2007 est donc une oeuvre atypique et remarquable qu’il convient de ne pas trop comparer au film de 1972. C’est une mise en scène très réussie, contemporaine et vivante qui vient compléter la première version plus sérieuse et plus longue de Mankiewicz. Le Lion d’Or 2007 à la Mostra de Venise s’est joint au Grand Prix du Jury pour récompenser ce petit bijou.

Synopsis : Un riche écrivain d’un âge avancé, Andrew Wyke, rencontre l’amant de sa femme, Milo Tindle, jeune homme fauché et acteur raté à son domicile. Celui-ci lui demande d’accepter de divorcer d’avec son  épouse. Mr Wyke accepte…à la condition que Milo simule le cambriolage de la demeure. Le jeu peut alors commencer…

Fiche technique : Le Limier

Titre original : Sleuth
Réalisation : Kenneth Branagh
Scénario : adaptation de la pièce d’Anthony Shaffer par Harold Pinter
Photo : Haris Zambarloukos
Décors : Tim Harvey
Musique : Patrick Doyle
Montage : Neil Farrell
Pays : Royaume-Uni Royaume-Uni
Genre : comédie dramatique
Durée : 86 minutes
Date de sortie : 13 février 2008
Casting : Michael Caine (VF : Dominique Paturel) : Andrew Wyke, Jude Law (VF : Jean-Pierre Michael) : Milo Tindle
Harold Pinter : l’homme de la télévision, Carmel O’Sullivan : Marguerite Wyke

 

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

Cotton Queen : au bout du fil

Premier long métrage de la réalisatrice soudano-russe Suzannah Mirghani, "Cotton Queen" suit Nafisa, adolescente élevée dans un village cotonnier du Soudan, tiraillée entre les récits coloniaux de sa grand-mère et l'arrivée d'un homme d'affaires venu imposer ses graines génétiquement modifiées. Un film sobre sur l'émancipation et la mémoire.

Une affaire turque : Famille, je vous tais

Dans "Une affaire turque", Hüseyin Aydin Gürsoy filme moins un thriller qu'une faille : celle d'un homme pris entre deux mondes qui ne lui pardonnent pas d'appartenir à l'autre. Avec une mise en scène sensible, le cinéaste ausculte les stigmates invisibles du transfuge, et fait de Lionel Erdogan un héros fracturé dont le vrai combat n'est pas judiciaire, mais existentiel.

« Spider-Man : Brand New Day » s’entoile encore trop dans le MCU, malgré d’excellentes qualités

"Spider-Man : Brand New Day" marque le meilleur retour du tisseur au cinéma depuis la trilogie de Sam Raimi, porté par des effets pratiques bluffants et un Tom Holland toujours parfait. Mais le film reste plombé par un cahier des charges Marvel étouffant et le retour discutable de Zendaya en MJ.

Le Triangle d’or : sous le palais, la cage

Une jeune femme est embauchée dans un palace saoudien du XVIe arrondissement de Paris. Sa mission : servir la favorite du prince. Les deux femmes, auxquelles s’ajoute le majordome de la demeure, vont s’apprivoiser, réunis par leur condition de captifs volontaires. Un premier long-métrage réussi signé Hélène Rosselet-Ruiz. 

Gavagai, et autres malentendus : du postcolonialisme mou

"Gavagai" entend nous instruire de la grande affaire des rapports post-coloniaux, mais n'aboutit qu'à un petit drame sans aspérité.
Kristell Guerveno
Kristell Guervenohttps://www.lemagducine.fr/
Ancienne enseignante férue d'histoires et de films en tout genre, j'adore partager mes passions et faire rêver mon entourage. Avant de me consacrer à l'éducation, j'avais étudié les lettres et le cinéma.

Cotton Queen : au bout du fil

Premier long métrage de la réalisatrice soudano-russe Suzannah Mirghani, "Cotton Queen" suit Nafisa, adolescente élevée dans un village cotonnier du Soudan, tiraillée entre les récits coloniaux de sa grand-mère et l'arrivée d'un homme d'affaires venu imposer ses graines génétiquement modifiées. Un film sobre sur l'émancipation et la mémoire.

Une affaire turque : Famille, je vous tais

Dans "Une affaire turque", Hüseyin Aydin Gürsoy filme moins un thriller qu'une faille : celle d'un homme pris entre deux mondes qui ne lui pardonnent pas d'appartenir à l'autre. Avec une mise en scène sensible, le cinéaste ausculte les stigmates invisibles du transfuge, et fait de Lionel Erdogan un héros fracturé dont le vrai combat n'est pas judiciaire, mais existentiel.

« Spider-Man : Brand New Day » s’entoile encore trop dans le MCU, malgré d’excellentes qualités

"Spider-Man : Brand New Day" marque le meilleur retour du tisseur au cinéma depuis la trilogie de Sam Raimi, porté par des effets pratiques bluffants et un Tom Holland toujours parfait. Mais le film reste plombé par un cahier des charges Marvel étouffant et le retour discutable de Zendaya en MJ.