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Marie et les naufragés, un film de Sébastien Betbeder : critique

En surfant sur la vague Vincent Macaigne, le nouvel acteur français sensible et drôle, Sébastien Betbeder nous a livré voici quelque temps 2 automnes, 3 Hivers, un film plutôt drôle et bien ficelé sur des trentenaires parisiens en vrac devant le grand A(mour) et la grande A(mitié).

Synopsis : « Marie est dangereuse » , a prévenu Antoine. Ce qui n’a pas empêché Siméon de tout lâcher, ou plus exactement pas grand-chose, pour la suivre en secret. Oscar, son colocataire somnambule et musicien, et Antoine, le romancier en mal d’inspiration, lui ont vite emboîté le pas. Les voilà au bout de la Terre, c’est-à-dire sur une île. Il est possible que ces quatre-là soient liés par quelque chose qui les dépasse. Peut-être simplement le goût de l’aventure. Ou l’envie de mettre du romanesque dans leur vie…

L’impossibilité d’une île

Une sorte de croisement entre une comédie screwball et un mumblecore, les deux à la sauce gauloise, qui devait certes beaucoup à des acteurs pleins de fraîcheur, mais également au scénariste réalisateur qui a su amener un équilibre entre légèreté et gravité.

Pour son nouveau film, Marie et les naufragés, Sébastien Betbeder change d’acteurs, mais pas de registre. Pierre Rochefort, le nouveau Macaigne ou presque, et Eric Cantonna, le modèle vintage de l’écorché vif, encadrent Vimala Pons pour une histoire d’amour triangulaire émaillée d’aventures pseudo-rocambolesques.

Le film s’ouvre sur un épisode qui pourrait être détaché du reste du film, une belle rencontre mettant en scène Pierre Rochefort et le belge Wim Willaert, une séquence pleine d’émotions qui permet de voir que le cinéaste maîtrise décidemment le côté percutant des histoires courtes et du court métrage, un genre qu’il a déjà exploité par huit fois dans le passé.

Ce début prometteur va hélas tourner court. L’histoire racontée par Sébastien Betbeder est certes pleine d’imagination et de digressions qui auraient dû créer la dynamique du film, mais en réalité, celui-ci ne décolle jamais vraiment. Vimala Pons est la Marie du titre, le personnage principal supposé donc, et pourtant le film ne donne jamais cette impression ; le personnage tout comme l’actrice semblent constamment en marge, presque hors cadre. Finalement, Marie est davantage un objet qu’un sujet. L’objet de la fascination de Siméon Forest (Pierre Rochefort), un journaliste sans travail qui en a fait la connaissance en lui rapportant son portefeuille trouvé dans la rue. L’objet des ruminations d’Antoine (Eric Cantona), un écrivaillon torturé qui encaisse mal le fait d’avoir été éconduit par la même Marie. L’objet aussi de la curiosité d’Oscar (excellent Damien Chapelle), le meilleur ami de Siméon, compositeur de musique électronique le jour (ou tentant de l’être), somnambule la nuit. Pour avoir voulu apporter beaucoup trop d’ingrédients à son film, Sébastien Betbeder a à peine caractérisé ses personnages qui n’ont pas vraiment de consistance, et c’est dommage, car le cinéaste avait matière à faire.

Les naufragés, ce sont ces trois hommes qui, dans le sillage de Marie, vont quitter la terre ferme qu’ils touchent déjà à peine, tant ils ont l’air inadaptés, pour aller sur l’île de Groix, avec sa plage convexe et sa Grotte de l’Enfer. Une île haute en couleurs à l’image du film, d’autant que le cinéaste y rajoute encore un personnage excentrique mi-homme, mi-raëlien, interprété par un André Wilms impérial et qui, à l’instar du belge du début, est un personnage périphérique et loufoque de plus.

Tout comme dans 2 automnes,3 hivers, et tout comme récemment dans Rosalie Blum de Julien Rappenau, où trois personnages principaux s’adressent face caméra pour se présenter au spectateur et susciter son empathie, les membres du triangle amoureux de Marie et les naufragés racontent tour à tour  leur passé atypique et assez comique : une allergie insolite pour Antoine, un de ces films coréens sans complexe pour Siméon et sa jeune enfant de 6 ans, ou encore un déguisement inoubliable pour Marie, voilà le genre de douces dingueries racontées devant la caméra…c’est bien écrit, mais il y a de la mollesse dans la direction d’acteurs, de la mollesse dans le montage, de la mollesse dans le jeu même de ces acteurs d’habitude plus inspirés, et ça finit par faire beaucoup trop pour un seul film. Les voix monocordes des acteurs finissent par avoir raison de l’intérêt déjà mis à rude épreuve du spectateur. Même le scénario foisonnant qui était l’atout majeur du film devient sa faiblesse, quand on réalise que les situations qui sont racontées dans le film se télescopent sans jamais faire un tout, sans jamais avoir le liant qui aurait permis de faire du film une œuvre cohérente.

L’autre vrai souci de ce film est la neurasthénie ambiante, et seul le comédien liégeois Damien Chappelle, le Bacchus des Métamorphoses de Christophe Honoré, arrive à mettre de la vie et de la gaité dans son jeu. Héritant pourtant d’un des rôles les plus tristes du film (un somnambulisme angoissant, un CD qui ne veut pas sortir), il arrive à insuffler une vraie fraîcheur et beaucoup d’humour à son personnage ; il est la vraie valeur ajoutée du film. Pierre Rochefort et Vimala Pons ont une sorte d’hébétude plaquée en permanence sur leur visage, aux antipodes de ce qu’on a vu d’eux, respectivement dans Un beau Dimanche de Nicole Garcia et Comme un avion de Bruno Podalydès. Quant à Eric Cantona, il continue encore et toujours à reproduire son lumineux personnage de Looking for Eric de Ken Loach, sans grand succès (tentative déjà avortée dans The Salvation du danois Kristian Levring)…

Etouffant de trop de tristesse, de trop de mélancolie, malgré la musique électro-pop sucrée de Sébastien Tellier, Marie et les naufragés nage entre deux eaux et perd le spectateur en route à cause de ses longueurs, particulièrement insupportables dans son improbable épilogue, alors qu’il partait sous les meilleurs auspices avec une entame réjouissante et un scénario riche et enlevé. Une sorte de gâchis qu’on espère passager dans la carrière naissante de Sébastien Betbeder.

Marie et les naufragés : Bande annonce

Marie et les naufragés : Fiche technique

Réalisateur : Sébastien Betbeder
Scénario : Sébastien Betbeder
Interprétation : Pierre Rochefort (Siméon Forest), Vimala Pons (Marie Andrieu), Eric Cantona (Antoine), Damien Chapelle (Oscar), André Wilms (Cosmo), Emmanuelle Riva (Suzanne), Wim Willaert (Wim), Didier Sandre (L’éditeur), Kt Gorique (La jeune fille de ‘La Jetée’)
Musique : Sébastien Tellier
Photographie : Sylvain Verdet
Montage : François Quiqueré
Producteurs : Frédéric Dubreuil
Maisons de production : Envie de Tempête Productions
Distribution (France) : UFO Distribution
Récompenses : –
Budget : ND
Durée : 104 min.
Genre : Comédie
Date de sortie : 13 Avril 2016
France – 2016

Series Mania 2016 : journée d’ouverture

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Festival Séries Mania 7eme édition

Pour sa 7ème année consécutive, le Forum des Images est the place to be en matière de sériphilie. Séries Mania accueillera du 15 au 24 avril 2016, les organisateurs du festival l’espèrent, nous n’en doutons point, plus de 22 000 spectateurs et 980 professionnels (chiffres de l’année précédente). Pour cette nouvelle édition, la barre est placée encore plus haut. L’ouverture se fera au Grand Rex avec la présentation du pilote de 112 minutes de Vinyl, réalisé par le maître Scorsese, écrit par l’illustre Terrence Winter (Broadwalk Empire)* et produit par Mike Jagger. La série historico-musicale a dès à présent été reconduite pour une saison 2. Deux salles de projections à l’UGC Les Halles permettront 8 séances supplémentaires par jour et grande nouveauté cette année, une compétition d’avant-premières mondiales et internationales. L’Association Française des Critiques de Séries votera pour la meilleure série américaine. La presse internationale décernera trois prix : meilleure séries, actrice et acteur parmi une sélection de séries hexagonales ou étrangères, de langue française. Un jury de blogueurs trié sur le volet décernera un prix coup de coeur panorama et les internautes pourront récompenser la meilleure websérie internationale parmi 16 sélectionnées. Sans oublier le prix du public parmi toutes les projections.

Succédant à Matthew Weiner (Mad Men) et Nic Pizzolatto (True Detective), David Chase présidera le jury de la compétition internationale. Créateur des Soprano et parrain du genre, il a inspiré toute une génération de showrunner. Il sera accompagné de Yaël Abecassis (Hatifum), révélée par Amos Gitaï; Amira Casar (Versailles), Tony Grisoni (scénariste de Terry Gilliam et sur la série à succès Southcliff) et Fanny Herrero (créatrice de Dix pour cent)

Marathon comédies, séances spéciales, conférences et tables rondes, en plus du Forum de Coproduction Européen destiné à 300 professionnels, potentiels financeurs, sont prévus des « line-ups » de chaîne TV, une séance de « work in progress » de la série flamande Tabula Rasa (issue de la 2ème édition du Forum de coprodution en 2014) et un accès aux accrédités à la Video Library permettant de visionner en Salle de collections sur poste individuel, les séries sélectionnées dans le programme officiel et un choix venu du monde entier !

Parmi les nombreuses rencontres, Cuba Gooding Jr. (American Crime Story), Harlan Coben (The Five), Leïla Bekhti (Jour Polaire), Frank Spotnitz (The Man In The High Castle), Mathilde Seigner (Sam) et plein d’autres… Dépêchez-vous de retirer vos places, elles partent comme des chocolatines !

CineSeriesMag sera là pour vous faire vivre de l’intérieur cette 7ème saison. Nos attentes : The Five (Canal +), Au-delà des murs (Arte), Four Seasons In Havana, NSU German History XCapital, The Writer, Feed The Beast, Matthew Penn, « Quelle place pour les réalisateurs dans les séries »… Quelles sont les vôtres?

Le programme jour par jour est accessible sur internet, mais déplacez-vous pour récupérer le fascicule sur place (seul point noir au tableau)  pour organiser ces 10 prochains jours!

*Nous apprenons par nos confrères d’allociné qu’il vient d’être congédié par HBO pour divergences artistiques

Tout pour être heureux, un film de Cyril Gelblat : Critique

Une fois n’est pas coutume dans le cinéma français, et en dehors de l’adaptation de classiques littéraires, la promotion de ce film ne s’est pas faite sur le nom de son réalisateur, mais de celui de l’auteur du roman dont il est issu.

Synopsis : Batteur dans un groupe et agent musical, Antoine se consacre son temps à sa vie d’artiste à tel point qu’il en vient à délaisser sa vie de famille. Celle-ci se résume de plus en plus à des engueulades avec sa femme Alice devant les yeux de leurs deux filles. C’est ainsi que, lorsqu’Alice lui annonce qu’elle le quitte, il ne s’en offusque pas, bien heureux au contraire de retrouver sa vie de célibataire, sachant qu’il peut compter sur le soutien financier de sa sœur. Mais lorsqu’il doit garder les deux petites pour deux semaines, il va devoir quitter sa vie de patachon et apprendre à assumer ses responsabilités d’adulte.

La menace de la précarité relationnelle

Il faut dire que le réalisateur est un parfait inconnu puisqu’il n’a à son actif qu’un unique long-métrage passé parfaitement inaperçu (Les murs porteurs, 2008) alors que le romancier est une des figures incontournables du petit écran. « Un coup à prendre » est en effet le premier des trois livres qu’a signés à ce jour Xavier De Moulins, le présentateur des infos de M6 et de son émission 66 Minutes, et c’est de lui, mais aussi de son expérience personnelle, que  Cyril Gelbat s’est inspiré pour son deuxième film. Étonnant donc de constater que se sont TF1 et France Télévision qui ont cofinancé le projet. C’est à croire que l’ancienne « petite chaine qui monte » a peur de voir exploser la carrière de scénariste de son « anchorman ». Mais le nom de De Moulins n’est pas l’unique argument commercial de Tout pour être heureux puisqu’en donnant le rôle principal à Manu Payet, le réalisateur a fait le choix d’un acteur qui, en à peine cinq ans, a su prouver qu’il était un des rares humoristes à réussir à se reconvertir en acteur crédible. A noter par ailleurs que le physique juvénile de l’acteur –déjà quadragénaire mais paraissant dix ans de moins– s’accorde parfaitement à son personnage de jeune père incapable d’assumer ses responsabilités.

Alors que l’on a l’habitude de voir Payet dans des comédies romantiques (de L’Amour c’est mieux à deux à Un début prometteur en passant par Situation amoureuse : C’est compliqué qu’il a d’ailleurs coréalisé), dont les codes veulent que l’on sait par avance que le couple finira par se former à la fin, le scénario de Tout pour être heureux prend ce principe à contre-pied en débutant par une séparation. Il va de soi que les films tournant autour des divorces sont légions, et que leur traitement peut tout aussi bien être dramatique (Kramer contre Kramer reste la référence en la matière) ou comique (on se souvient du succès populaire de Papa ou maman l’an dernier). Deux exemples à priori opposés mais qui ont toutefois un point commun, celui de placer les enfants au cœur des enjeux de la séparation de leurs parents. Une thématique qu’ils partagent donc avec Tout pour être Heureux. Cependant, celui-ci semble bien incapable de choisir entre la gravité mélancolique de l’un et la légèreté de l’autre, et c’est justement parce qu’il est constamment tiraillé entre ses deux ressentiments que le film ne réussit pas à se trouver. Malgré ses personnages attachants, l’écriture des dialogues ne parvient que trop rarement à rendre leurs échanges réellement amusants. Un humour d’autant plus mitigé que le déroulement de chaque situation est parfaitement prévisible. Le ton doux-amer ne provient finalement que du jeu adroitement nuancé et du regard de chien battu de son acteur.

Le reste du casting participe au capital sympathie de cette petite comédie de mœurs, à commencer par Audrey Lamy et les deux fillettes, de 5 et 9 ans, chacune étant toujours dans le ton juste dans la relation vis-à-vis du personnage principal. En revanche, Aure Atika est moins convaincante en grande sœur protectrice, au point qu’elle semble par moment ne servir qu’à justifier des blagues (pour ne pas dire des clichés) sur la communauté juive. Il est bon néanmoins de constater qu’elle n’est plus, comme à ses débuts, uniquement là pour jouer de son physique sexy (encore qu’elle soit ici qualifiée de « MILF »). Pour cela, c’est à présent à Vanessa Guide que l’on fait appel. Loin d’être réduite à une simple bimbo, celle-ci reprend tout de même un rôle de potiche rappelant celui qu’elle interprétait déjà dans Joséphine s’arrondit.

La construction du scénario n’offre que peu de surprise : le premier tiers narre la séparation entre Antoine et Alice, tandis que le second a pour enjeu la réconciliation de ce père avec ses deux filles dont il n’a jamais su s’occuper et que le dernier tiers s’axe sur la détermination d’Antoine à reconquérir son ex. Il n’y a pas grand-chose à tirer de la première partie, le peu de sentiment dont font part les deux mariés l’un envers l’autre empêchant au mélodrame d’être réellement tangible. L’acte suivant, voyant ce père immature et ses deux gamines se rapprocher, est sans aucun doute la mieux écrite. Entre émotions sincères et gags bon-enfants, la vie de famille recomposée est un agréable moment à passer. L’acte final est à l’inverse chargé d’un lourd sentiment de mélancolie, que l’on ressent dans la nostalgie qu’a Antoine de sa vie de couple. C’est dans la direction fataliste que va prendre cette volonté avortée de rédemption  que le film va s’avérer être une bonne surprise -dommage qu’il ait fallu attendre pour cela la scène finale- dans le sens où il s’épargne le happy-end romantique que lui aurait imposé la bien-pensance tel que l’on pouvait le craindre.

Trop mélodramatique pour être divertissant et trop léger pour être poignant, Tout pour être heureux est un film un peu bâtard qui a au moins la chance de reposer sur une certaine sincérité dans les émotions entre lesquels il jongle tout du long. Mais l’ambivalence de ce ton oscillant entre drame et comédie nous permet de pouvoir partager ce sentiment d’éternelle insatisfaction qui gangrène la vie amoureuse de son héros, ce qui semble être le véritable sujet de dénonciation du réalisateur.

Tout pour être heureux : Bande-annonce

Tout pour être heureux : Fiche technique

Réalisateur: Cyril Gelblat
Scénario : Cyril Gelblat d’après le roman « Un coup à prendre » de Xavier De Moulins
Interprétation: Manu Payet (Antoine), Audrey Lamy (Alice), Aure Atika (Judith), Rafaèle Gelblat (Rafaèle), Jaïa Caltagirone (Leonor), Pascal Demolon (Etienne), Joe Bel (Angélique)…
Image: Pierre-Hugues Galien
Costumes : Isabelle Mathieu
Producteurs : Laetitia Galitzine, Philippe Rousselet
Société de production : Chapka Films, Vendôme Production
Distributeur : Mars Films
Durée : 97 minutes
Genre: Comédie de moeurs
Date de sortie : 13 avril 2016

France – 2015

Festival de Cannes 2016: Sélection officielle et stars sur la Croisette

Pierre Lescure, le président du Festival de Cannes et Thierry Frémaux, le délégué général, ont dévoilé ce jeudi matin la sélection du 69e Festival.

Comme tout le gratin de la profession, CineSeriesMag était présent ce matin à l’UGC Normandy où les deux compères que sont Thierry Frémaux et Pierre Lescure, nous ont révélé la teneur de cette 69ème édition des festivités cannoises. Entre allusion aux éditions précédentes et souvenirs émus, les deux hommes ont ainsi fait monter le suspense tout en rendant avec toute la bonhomie qu’on leur connait la richesse de leur art. Il n’aura d’ailleurs fallu que quelques mots de la part de Frémaux pour comprendre que plus que jamais, le festival incarne un kaléidoscope vivant et glamour du paysage cinématographie moderne. Des propos, certes pompeux, mais pas illégitimes dans la mesure où Cannes est pour Frémaux et pour nombre de membres de la profession l’occasion de pouvoir dresser un panorama de ce qu’est le cinéma à un instant précis. Et autant dire qu’en brassant dans les pratiquement 1900 films envoyés, la bande à Frémaux a réussi selon lui à saisir et rendre compte de l’état du cinéma au premier semestre 2016 :

« Un panorama de ce qu’est le cinéma au printemps 2016 »

1869 long-métrage auront ainsi été vus cette année pour un total de seulement 49 retenus. Autant dire une goutte d’eau dans l’océan. Il est d’ailleurs amusant de constater que cette différence se joue aussi sur le nombre de candidats malheureux. S’ils étaient déjà 1500 en 2010, il s’avère qu’il y a une décennie, le Festival frôlait seulement les 1000 longs-métrage à tenter le pari d’une sélection sur la Croisette. Autant dire qu’avec de tels chiffres, le Festival peut s’enorgueillir d’une renommée internationale, au même titre que le festival de Sundance ou Tribeca, tous deux ayant d’ailleurs été mentionnés par Frémaux. Une renommée telle que le natif de Vénissieux s’est empressé de rappeler les conditions d’adhésions au festival : chaque film doit durer au minimum 60 minutes et se voir envoyé aux différentes commissions chargées de les regarder et le cas échéant, de les y classer dans la sélection. Parlons-en d’ailleurs de la sélection. En son sein, on comptera 28 pays différents : le Cambodge, le Canada, l’Argentine, le Brésil, l’Allemagne, la France ou encore le Tchad. Et au milieu de cette grande diversité culturelle, on retrouvera forcément ce qui fait le sel de ce festival : les habitués. On y retrouvera donc les Frères Dardenne, Pedro Almodovar, Olivier Assayas, ces derniers évoluant autour d’une autre classe de cinéastes, tous plus ou moins récurrents, mais pas encore intronisés comme des habitués de la bourgade cannoise : Paul Verhoeven, Park Chan-Wook ou Bruno Dumont. L’occasion d’ailleurs de pouvoir pester contre l’absence récurrente de surprises au sein des festivités, qui nous empêcheront cette année de voir des films de la trempe de Story of Your Life du canadien Denis Villeneuve, ou encore du très attendu Silence, de Martin Scorsese, pourtant crédité d’une forte rumeur. 

Quatre réalisateurs français figurent dans la sélection officielle.

Les films français :

Quatre films français ont été sélectionnés cette année. Olivier Assayas retrouvera les honneurs de la compétition, deux ans après Sils Maria avec Personal Shopper, un énigmatique film de fantôme, toujours avec Kristen Stewart. Cette année marque les grands retours de Bruno Dumont avec Ma Loute, absent de la compétition depuis Flandres en 2006, et de Nicole Garcia avec Mal de pierres. Enfin, après le très marquant Inconnu du lac en 2012 dans la catégorie Un certain regard, Alain Guiraudie connaîtra pour la première fois les honneurs de la compétition avec Rester Vertical.

Les films américains : 

Trois films américains en compétition. On retrouve sans surprise Jeff Nichols qui, alors que son Midnight Special est toujours en salle, présente un film d’époque appelé Loving. Enfant du festival, Jeff Nichols s’est fait connaître avec Take Shelter qui avait impressionné la Semaine de la critique en 2011 avant de revenir un an après avec le très beau Mud. Quinze ans après The Pledge, Sean Penn, président du jury en 2008, retrouve la compétition avec The Last Face avec, notamment, Adèle Exarchopoulos. Enfin, l’underground Jim Jarmush ravira ses fans avec un film qui promet d’être très Jarmushien, Paterson, trois ans après avoir présenté son magnifique Only Lovers Left Alive.

Les films européens :

Une fois n’est pas coutume, Cannes présentera cette année un film allemand, pays peu représenté en compétition depuis la génération Wenders/Herzog. Il s’agit de Toni Erdmann de Maren Ade. La troisième femme de cette sélection sera la britannique Andrea Arnlods, récompensée du Prix du jury en 2009 pour Fishtank, et qui reviendra avec American Honey avec Shia Labeouf à l’affiche. L’autre auteur du Royaume-Uni qui sera de retour avec un film qu’il annonce comme son dernier (ce qui été déjà le cas de son précédent film) est Ken Loach avec I, Daniel Blake. Le britannique compte pas moins de 13 sélections en compétition, un record. D’autres grands noms ajouteront une sélection à leur palmarès comme Pedro Almodovar qui espère décrocher sa première Palme avec Julieta ou les frères Dardenne qui espéreront, peut-être, brandir leur troisième Palme avec La Fille inconnue. Un autre palmé reviendra en compétition, le roumain Cristian Mungiu pour Bacalaureat. Son compatriote roumain Cristi Puiu, dont c’est la première sélection, projettera quant à lui Sieranevada. Après le choc Drive et l’intriguant Only God Forgives, le danois Nicolas Winding Refn reviendra avec The Neon Demon, un film d’horreur cannibale chez les top-models. Enfin, l’événement de cette année sera sans doute le grand retour de l’hollandais Paul Verhoeven avec Elle, film tourné en France avec le maître de cérémonie Laurent Laffite, Isabelle Huppert et Virginie Efira.

Les films du reste du monde :

Les autres pays représentés dans cette compétition seront le Canada avec le jeune québécois Xavier Dolan qui revient avec Juste la fin du monde, deux ans après avoir ému les festivaliers avec son Mommy. C’est également le grand retour de Park Chan-Wook, le réalisateur coréen de l’extraordinaire Old Boy, avec Agassi. Filho Kleber Mendonça, le réalisateur brésilien du remarqué Les bruits de Recife honore sa première sélection en compétition avec Aquarius. Enfin, le philippin Brillante Mendoza revient lui aussi en compétition avec Ma’Rosa, sept ans après son Prix de la mise en scène pour Kinatay.

Les films Hors-Compétition :

Des stars et des grands auteurs vont fouler le tapis rouge avec des films Hors-Compétition. On peut se réjouir de retrouver Steven Spielberg, trois ans après sa présidence, présenter son nouveau film Le Bon Gros Géant. Jodie Foster reviendra également avec Money Monster en compagnie de George Clooney et Julia Roberts. Ryan Gosling et Russell Crowe monteront les marches pour The Nice Guys de Shane Black. Enfin, le réalisateur du thriller haletant The Chaser Na Hong-Jin reviendra avec Goksung.

En Séances de minuit on retrouvera un autre film de Jim Jarmush, Gimme Danger, documentaire sur la figure controversée qu’est le grand Iggy Pop qui fera d’ailleurs acte de présence sur la Croisette.  Les festivaliers les plus téméraires pourront aussi passer la nuit avec Un train pour Busan du coréen Yeon Sang-Ho.

Les Séances spéciales accueilleront deux documentaires. Un sur les migrants, La Dernière plage, d’un duo de réalisateur italo-grec Thanos Anastopoulos et Davide Del Degan. Un autre sur un ancien président du Tchad par le réalisateur bien connu de la Croisette Mahamat-Saleh Haroun avec Hissein Habré, une tragédie tchadienne. Mieux vaut tard que jamais, l’octogénaire Paul Vecchiali montera ses premières marches avec Le Cancre et le septuagénaire Jean-Pierre Léaud y retournera sous le costume de Louis XIV avec un film d’Albert Serra : La Mort de Louis XIV.

Un Certain Regard :

Beaucoup de nouveautés dans cette sélection avec les sept premiers films et des auteurs peu connus. À noter la présence d’Hirokazu Kore-Eda, présent en compétition l’année dernière, avec After the storm. Le seul film américain de la sélection sera Captain Fantastic de Matt Ross, emmené par Viggo Mortensen, une histoire de vampires à Brooklyn. Et une fois n’est pas coutume, il faut aussi souligner la présence d’un film d’animation, La Tortue Rouge du hollandais Michael Dudok De Wit.

Pas de film de clôture cette année, Thierry Frémaux et Pierre Lescure ont annoncé que ce sera la Palme d’or qui sera projeté à l’issue du palmarès. Le jury sera dévoilé la semaine prochaine.

La sélection officielle Cannes 2016 complète :

Film Ouverture : Café Society – Woody Allen

En compétition officielle

Toni Erdmann – Maen Ade

Julieta – Pedro Almodovar

American Honey – Andrea Arnold

La Fille inconnue – Frères Dardenne

Personal Shopper – Olivier Assayas

Juste la fin du monde – Xavier Dolan

Ma Loute – Bruno Dumont

Paterson – Jim Jarmusch

Rester vertical – Alain Guiraudi

Aquarius – Kleber Mendonça Filho

Mal de pierre – Nicole Garcia

I, Daniel Blake – Ken Loach

Ma’Rosa – Brillante Mendoza

Bacalaureat – Cristian Mungiu

Loving – Jeff Nichols

Agassi – Park Chan-Wook

The Last Face – Sean Penn

Sieranevada – Cristi Puiu

Elle – Paul Verhoeven

The Neon Demon – Nicolas Winding Refn

Hors Compétition

Le Bon Gros Géant – Steven Spielberg

Gogson – Hong-jin Na

Money Monster – Jodie Foster

The nice guys – Shane Black

Séance de minuit

Gimme Danger – Jim Jarmusch (en présence de Iggy Pop)

Le Train pour Busan – Yeon Sang-Ho

Séance spéciale

La dernière plage – Thanos Anastopoulos et David Del Degan

Hissein Habré, une tragédie tchadienne – Mahamat-Saleh Haroun

La Mort de Louis XIV – Albert Serra

Le Cancre – Paul Vecchiali

Un Certain Regard

Inversion – Behnam Behzadi

Apprentice – Boo Junfeng

Voir du pays – Delphine et Muriel Coulin

La Danseuse – Stéphanie Di Giusto

Clash – Mohamed Diab

La Tortue Rouge – Michel Dudok De Wit

Harmonium – Fukada Kôji

Personal Affairs – Maha Haj

Beyond the mountains and hills – Eran Kolirin

After the storm – Hirokasu Kore-Eda

Le plus beau jour de la vie d’Olli Mäki – Juho Kuosmanen

La Longue nuit de Francisco Sanctis – Francisco Marquez et Andrea Testa

Dogs – Bogdan Mirica

Pericle il nero – Stefano Mordini

The Transfiguration – Michael O’Shea

Captain Fantastic – Matt Ross

Le Disciple – Kirill Serebrennikov

Les Visiteurs – La Révolution, un film de Jean-Marie Poiré : Critique

« Ils sont revenus les malades ! » Voilà l’exemple d’une réplique devenue culte au fil du temps, à l’instar des autres « Okeyyy !!! », « Dingue ! » ou autre « Merci la gueuse, tu es un laideron mais tu es bien bonne » ! Bien plus qu’une simple réplique, elle devient ici une réalité, puisque 23 ans après le succès considérable des Visiteurs premiers du nom et de ses 13,8 millions d’entrées, Jean Reno et Christian Clavier, sous les traits des désormais célèbres Godefroy de Montmirail et l’écuyer Jacquouille la Fripouille, reviennent pour une troisième aventure (il vaut mieux oublier le remake américain), placée cette fois ci au temps de la Révolution.

Synopsis : Bloqués dans les couloirs du temps, Godefroy de Montmirail et son fidèle serviteur Jacquouille sont projetés dans une époque de profonds bouleversements politiques et sociaux : la Révolution Française… Plus précisément, la Terreur, période de grands dangers pendant laquelle les descendants de Jacquouille La Fripouille, révolutionnaires convaincus, confisquent le château et tous les biens des descendants de Godefroy de Montmirail, aristocrates arrogants en fuite dont la vie ne tient qu’à un fil.

Un retour paresseux

Dès lors les premières craintes apparaissent : après une bande annonce des plus navrantes (absence de gags, musique inadaptée…) et le refus de Gaumont de montrer le film aux journalistes, le bashing assez ahurissant du film et ses critiques très négatives n’ont eu de cesse d’inquiéter les fans de la première heure, peurs d’être déçus voire trahis de ce retour jugé a priori beaucoup trop tardif. Cela ne date pas d’hier : les Inconnus en ont fait les frais, ratant leur retour tant attendu avec Les 3 frères deux ans plus tôt, victime de critiques ayant beaucoup nui au long métrage (et que toutefois l’auteur de ces lignes a jugé trop sévères).

De même, les nombreuses polémiques nées autour de la promotion du film n’ont en rien aidé à asseoir sa réputation : citons entre autres l’absence du nom de l’acteur Pascal N’Zonzi sur l’affiche alors que tous les autres interprètes y sont, ou encore le budget faramineux du film, s’élevant à environ 25 millions d’euros, mais allégé notamment par des crédits d’impôts belges et tchèques, sous contrainte bien évidemment de tourner sur leurs territoires. Par conséquent, face à tout cela, on est en droit de se poser la question suivante : le retour du film est-il légitime, justifié, et pensé pour satisfaire les fans de ce patrimoine comique français ainsi que l’ensemble des autres spectateurs ?

 

On se surprend, contre toute attente, à répondre par l’affirmative durant le premier quart d’heure du film. Et ce par un élément essentiel : la fibre nostalgique. L’apparition du logo Gaumont sur fond du principal thème musical des deux films précédents a des allures de madeleine de Proust. Il en est de même lorsque l’on voit après plusieurs années d’absence le duo reformé à l’écran : le prompt chevalier et son fidèle écuyer, le fort et le faible, l’Auguste et le clown blanc, Godefroy et Jacquouille. Les sourires sincères apparaissent, et également un début de soulagement, après une courte scène d’action, lorsque les prémices de l’histoire nous sont annoncés. A nouveau bloqués dans les couloirs du temps, le duo se retrouve au temps de la Terreur, passage phare de la Révolution, et symptomatique, voire symbolique de la future relation entre nos deux héros, puisqu’il s’agit du moment charnière où les descendants de Jacquouille prennent possession des lieux et biens des Montmirail. La noblesse se retire, le peuple triomphe, et Jacquouille prend conscience de ce revirement. Aspect formellement intéressant donc…mais malheureusement bien trop peu exploité. Car si l’intrigue et le scénario dans sa globalité s’avèrent plutôt convaincants à première vue, leur développement reste bien trop en surface pour tenir sur les 110 minutes que nous proposent le long métrage.

 

Et là est bel et bien le défaut principal du film : sa paresse. Une paresse qui se reflète à la fois dans l’écriture de ses personnages mais aussi, et c’est là où le bât blesse, dans sa propre catégorie cinématographique, son propre terrain : la comédie. En effet, le film n’est pas drôle ! Ce nouveau décalage culturel aurait pu donner naissance, à l’instar des deux premiers opus, à des gags intéressants et autres répliques et joutes verbales, surtout entre le franc parler de Jacquouille et la délicatesse faussement snob de la noblesse. Il n’en est rien ! Seuls deux ou trois rires émergent (notamment la scène du ronflement ou du savon) mais au beau milieu de punchlines se reposant trop sur leurs acquis (toujours les éternelles blagues sur la mauvaise haleine et l’odeur des pieds, constituant par conséquent le cœur même de la majorité des gags du film) et d’interminables lignes de dialogues entre les personnages secondaires. Par exemple, des scènes entières sont consacrées au décryptage du contexte historique en place, de la suite du plan des révolutionnaires après la prise du château de Montmirail ou encore la manière dont le journaliste Marat établissait ses écrits. Certes très intéressantes du point du vue historique, ces différentes interactions entre les personnages apparaissent quelque peu inadaptées et ennuyeuses dans le registre de la comédie populaire.

 

Car Poiré et Clavier affichent clairement leur volonté de donner vie à tous leurs personnages. « J’adore écrire de bons rôles pour des acteurs », répétait sans cesse Clavier durant la promotion du film. Mais ce développement se révèle plutôt vain, tant la caractérisation des personnages est simpliste et prévisible : les Montmirail, tous sans exception, à part la benjamine quelque peu rebelle et forte, sont horripilants au possible, Franck Dubosc, Alex Lutz et surtout Karin Viard en snobinarde cruche et caractérielle. Ary Abittan, en pauvre marquis opportuniste et dépassé par les évènements, est plutôt inutile. Marie-Anne Chazel, descendante directe de Ginette, ne surprend pas, tout comme Pascal N’Zonzi, nettement plus drôle dans Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu ?, déjà avec Clavier. Ce dernier est le seul à sortir un tant soit peu son épingle du jeu. On le sent heureux et gargarisé de retrouver son personnage fétiche. Nous arrachant quelques sourires avec ses cris et sa gestuelle, on ne retrouvera malheureusement pas des répliques et situations aussi drôles que les premiers Visiteurs. Quant à Jean Reno… Il apparaît bien fatigué, entraînant de surcroît un personnage très loin de ses idéaux chevaleresques et de son dévouement originel. Sa quête étant résumée ici qu’à un seul objectif (remettre le dauphin sur son trône), le personnage apparaît monotone, et l’engouement du spectateur vis-à-vis de lui réduit à peau de chagrin.

 

Tout n’est évidemment pas à jeter comme dit plus haut : certains aspects plus techniques sont réussis. En tête, les décors, tout comme les costumes, qui sont très travaillés et participent à la cohésion de l’atmosphère de l’époque. Mais ce n’est pas le cas des effets visuels, soit totalement ratés, notamment une très mauvaise nuit américaine, soit tout simplement absents. On ne voit pas par exemple les transformations des deux personnages principaux lorsqu’ils embarquent pour un autre temps, alors qu’elles étaient une des attractions principales des premiers opus. Ce n’est pas le cas également de la musique : outre les thèmes principaux déjà connus des nombreux spectateurs, Eric Levi ne propose pas d’autres partitions marquantes en lien avec l’histoire. On se demande alors comment ont été alloués les 25 millions d’euros constituant le budget du film, tout en sachant que Clavier et Reno ont touché près de deux millions d’euros pour leur seul cachet d’acteur.

Ainsi, Les Visiteurs – La Révolution est un retour plutôt raté de nos deux aventuriers hors du temps. Ne se reposant que sur ses acquis, tant du niveau des gags que de certains aspects techniques comme la musique, le long métrage se révèle être paresseux, dont les seules innovations apportent certes une certaine cohérence à l’ensemble, notamment du point de vue historique et de la continuité de l’histoire originelle, mais entraînent le plus souvent l’ennui chez le spectateur. De plus, ne sachant conclure son film que sur une fin ouverte des plus confuses, Jean-Marie Poiré semble avoir perdu son goût de la réalisation et de l’écriture sur un terrain où on le croyait totalement maître : la comédie.

 Les Visiteurs – La Révolution : Bande Annonce

 Les Visiteurs – La Révolution : Fiche technique

Réalisation : Jean-Marie Poiré
Scénario : Jean-Marie Poiré, Christian Clavier
Interprétation : Christian Clavier (Jacquouille la Fripouille), Jean Reno (Godefroy de Montmirail), Franck Dubosc (Gonzague de Montmirail), Karin Viard (Adelaïde de Montmirail), Sylvie Testud (Charlotte Robespierre), Marie-Anne Chazel (Prune), Ary Abittan (Lorenzo Baldini), Alex Lutz (Robert de Montmirail), Pascal N’Zonzi (Philibert)…
Directrice artistique : Isabelle de Araujo
Montage : Philippe Bourgueil
Son : Dominique Warnier, Marc Bastien, Marc Doisne
Musique : Eric Levi
Costumes : Pierre-Jean Laroque
Production : Sidonie Dumas, Marc Vade
Société de production : Gaumont, Ouille Productions, Nexus Factory, Okko Productions, TF1 Films Production
Distribution : Gaumont Distribution
Durée : 110 minutes
Genre : Comédie
Date de sortie : 6 avril 2016
France – 2016

CinéBD – La comédie romantique

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[CinéBD] – La comédie romantique

De retour un peu tardivement mais dans une forme olympique, toujours avec l’aide de la vivifiante Karton-Karton, nous avons choisi d’explorer cette fois les contrées méconnues de la comédie romantique. Parce qu’il n’y a pas de mal à se faire du bien. Sortez vos plaids tout doux, vos glaces en pots, vos journaux intimes et vos mouchoirs car quand l’émotion vous prend elle ne vous lâche jamais. Bienvenue dans un univers de paillettes, de musique pop, de Hugh Grant et de baisers enflammés sous la pluie. Au fur et a mesure nous progressons. Nous essayons de faire des lettres plus grosses et des textes plus courts (rapport aussi a la taille des caractères). En espérant que ça vous plaise toujours autant.

Plein de bisous!

 

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The Neon Demon: Bande-annonce du film présenté en sélection officielle

Enjoy la bande-annonce The Neon Demon: Onirique, sanglante, sensuelle….

Peu après la conférence ce jeudi matin annonçant la sélection complète du Festival Cannes 2016, voici la sublime bande-annonce de The Neon Demon du réalisateur danois Nicolas Winding Refn, qui sait fait connaitre avec Drive auprès du grand public avec le prix de la mise en scène.  Trois ans après Only God Forgives, un long métrage qui divisa la Croisette, il revient avec ce film inspiré par la légende de la Comtesse de Bathory, qui se baignait dans le sang de jeunes filles pour rester belle….

The Neon Demon: Bande-annonce du nouveau film d’horreur de Nicolas Winding Refn

The Neon Demon fait partie de la sélection officielle du Festival de Cannes 2016, en compétition pour la Palme d’or.

Le film The Neon Demon conte l’histoire d’une jeune fille débarque à Los Angeles. Son rêve est de devenir mannequin. Son ascension fulgurante, sa beauté et sa pureté suscitent jalousies et convoitises. Certaines filles s’inclinent devant elle, d’autres sont prêtes à tout pour lui voler sa beauté.

The Neon Demon  compte également au casting Jena Malone, Bella Heathcote, Keanu Reeves et Christina Hendricks, le long métrage débarquera dans nos salles le 8 juin prochain.

The Nice Guys se dévoile dans un premier trailer funky

Shane black met  en scène un  Ryan Gosling et Russell Crowe. L’intrigue se déroule à Los Angeles dans les années 1970. Les deux acolytes vont devoir enquêter sur le prétendu suicide d’une célébrité du porno. Leur investigation vont les mener au sein d’une conspiration impliquant des personnalités haut placées …

Au casting de The Nice Guys, on retrouve également Kim Basinger, Matt Bomer, Margaret Qualley…. Le film sortira dans les salles obscures le 20 mai prochain aux Etats-Unis. Aucune date en France pour le moment.

Vingt-quatre ans après Basic Instinct, Verhoeven revient avec une adaptation de Philippe Djian, Elle, un film avec Isabelle Huppert et Virginie Efira.

Elle raconte l’histoire de Michèle, une chef d’entreprise de jeux vidéo qui se fait violer chez elle par un agresseur masqué. Hantée par ce traumatisme, elle va tenter de confondre le coupable.

Almodovar revient sur la Croisette avec son nouveau film Julietta

En compétition le mois prochain à Cannes, juste avant sa sortie en salles, Julieta, réalisé par la star du cinéma espagnol, Pedro Almodóvar. Le réalisateur revient trois ans après « Les Amants passagers » et pourrait se voir enfin récompensé de la Palme d’or, la récompense suprême, à Cannes. Il était en compétition en 2011 avec La Piel que Habito, et a reçu le Prix de la jeunesse, Tout sur ma mère (1999) avait décroché le prix de la mise en scène et Volver (2006) avait emporté le prix d’interprétation féminine pour toute l’équipe d’actrices.

Pathé a mis en ligne la Bande-annonce du film Julieta, avec  Emma Suárez, Adriana Ugarte, Daniel Grao, Darío Grandinetti, Inma Cuesta, Rossy de Palma, Joaquín Notario, Susi Sánchez, Pilar Castro, Mariam Bachir, Michelle Jenner, Nathalie Poza et Tomás del Estal Pedro Almodóvar, d’après les récits d’Alice Munro…

Cannes 2016: Voici l’ensemble des films sélectionnés :

Jeudi matin, la sélection du Festival de Cannes 2016 a en effet été dévoilée. Au total, cinq films figurent hors compétition, 20 en compétition et 17 dans la catégorie « Un certain regard ».

Thierry Frémaux : « Nous avons vu 1859 longs-métrages » pour faire cette sélection, 49 ont été choisis. 20 en compétition, 17 à un Certain Regard, 5 hors compétition et 2 Séances de Minuit. 7 premiers films. 28 pays représentés.

Les films hors-compétition :
Café Society de Woody Allen (film d’ouverture)
Le Bon Gros Géant de Steven Spielberg
Boxon de Na Hong-jin
Money Monster de Jodie Foster
The Nice Guys de Shane Black

Inspiré du roman de Roald Dahl, le long-métrage sera visible dans les salles des le 20 juillet.

https://www.youtube.com/watch?v=leCaoHz9oic

Le film raconte l’aventure de Sophie, petite fille de 10 ans, recueillie par un gentil géant de 7 mètres. Touché par son « cœur solitaire », il l’emmène dans son pays et lui enseigne la magie. Mais la présence de l’enfant attire la convoitise de créatures moins bien intentionnées. La petite orpheline et son ami courent voir la reine d’Angleterre pour la prévenir du danger que représentent ces mangeurs d’hommes.

En Compétition :
Toni Erdmann de Maren Ade
Julieta de Pedro Almodovar
American Honey d’Andrea Arnold
Personal Shopper d’Olivier Assayas
La Fille Inconnue de Jean-Pierre Dardenne et Luc Dardenne
Juste la fin du monde de Xavier Dolan
Ma Loute de Bruno Dumont
Paterson de Jim Jarmusch
Rester Vertical d’Alain Guiraudie
Aquarius de Kleber Mendonça Filho
Mal de Pierres de Nicole Garcia
I, Daniel Blake de Ken Loach
Ma’Rosa de Brillante Mendoza
Baccalauréat de Cristian Mungiu
Loving de Jeff Nichols
Agassi de Park Chan-Wook
The Last Face de Sean Penn
Sierra-nevada de Cristi Puiu
Elle de Paul Verhoeven
The Neon Demon de Nicolas Winding Refn

Un Certain Regard :
Varoonegi de Behnam Behzadi
Apprentice de Boo Junfeng
Voir du Pays de Delphine Coulin et Muriel Coulin
La Danseuse de Stéphanie Di Giusto
Eshtebak de Mohamed Diab
La Tortue rouge de Michael Dudok De Wit
Fuchi Ni Tatsu de Fukada Kôji
Omor Shakhsiya de Maha Haj
Me’ever Laharim Vehagvaot d’Eran Kolirin
After The Storm de Kore-Eda Hirokazu
Hymyileva Mies de Juho Kuosmanen
La Larga Noche De Francisco Sanctis de Francisco Marquez et Andrea Testa
Caini de Bogdan Mirica
Pericle Il Nero de Stefano Mordini
The Transfiguration de Michael O’Shea
Captain Fantastic de Matt Ross
Uchenik de Kirill Serebrennikov

Séances de Minuit :
Gimme Danger de Jim Jarmusch
Le Train pour Busang de Yeon Sang-Ho

Séances spéciales :
La Mort de Louis XIV d’Albert Serra
Hissein Habré, une tragédie Tchadienne de Mahamat-Saleh Haroun
Le Cancre de Paul Vecchiali
L’Ultima Spiaggia de Thanos Anastopoulos et David Del Degan
Exil de Rithy Panh

La suite et le commentaire de cette sélection apparaîtront dans l’après-midi sur LeMagduciné

Festival de Cannes 2016: News avant la sélection officielle

Les dernières News du Festival de Cannes 2016 avant l’annonce de la sélection officielle qui aura lieu ce Jeudi à Paris

«Café Society» de Woody Allen, film d’ouverture en Sélection officielle Hors Compétition. 

Le réalisateur américain  ouvrira pour la troisième fois le Festival de Cannes, (rappelons qu’en 2002 il avait déjà ouvert le festival avec Hollywood Ending et en 2011 avec Midnight in Paris), avec son nouvel long métrage, Café Society qui sera projeté en ouverture le mercredi 11 mai au Grand Théâtre Lumière du Palais des Festivals.

Le Synopsis «Café Society»

Le film raconte l’histoire d’un jeune homme qui se rend à Hollywood dans les années 1930 dans l’espoir de travailler dans l’industrie du cinéma. Il tombe amoureux et se retrouve plongé dans l’effervescence de la Café Society qui a marqué cette époque, explique le communiqué du Festival. Au casting, Kristen Stewart «Sils Maria», pour la première fois sous la direction de Woody Allen, Jesse Eisenberg («actuellement à l’affiche de Batman v Superman»), Steve Carell, Parker Posey et Blake Lively.

Le cinéaste George Miller, réalisateur de la célèbre saga Mad Max est le président du jury de la sélection officielle, il succédera aux frères Coen à la tête de cette prestigieuse compétition internationale.

https://www.youtube.com/watch?v=7fQ57mm9SIc

Le réalisateur américain William Friedkin (French Connection, L’Exorciste), donnera la très attendue leçon de cinéma du 69e Festival de Cannes. Il sera sur la scène de la salle Buñuel du Palais des Festivals pour dialoguer avec le public dans une rencontre animée par le critique Michel Ciment.

Naomi Kawase, la réalisatrice du film Délices de Tokyo, présenté l’an passé en ouverture de la section Un Certain Regard, sera la présidente du jury de la Cinéfondation et des courts métrages du Festival de Cannes 2016.

Laurent Laffite, succède à Lambert Wilson dans le rôle de maître des cérémonies du Festival de Cannes.

Les courts métrages en compétition

Dix films de fiction issus majoritairement d’Europe et d’Amérique centrale et du Sud, avec un représentant pour l’Asie et un pour l’Afrique seront en compétition pour la Palme d’or du court métrage 2016:
«La Laine sur le dos» de Lofti Achour (Tunisie, France)
«Dreamlands» de Sara Dunlop (Royaume-Uni)
«Timecode» de Juanjo Gimenez (Espagne)
«Imago» de Raymund Gutierrez (Philippines)
«Madre» de Simón Mesa Soto (Colombie)
«La jeune fille qui dansait avec le diable» de Joa Paulo Miranda Maria (Brésil)
«Après Suzanne» de Félix Moati (France)
«4:15 P.M. Sfarsitul Lumi» de Catalin Rotaru et Gabi Virginia Sarga (Roumanie)
«Il Silenzio» de Farnoosh Samadi Frooshan et Ali Asgari (Italie)
«Fight on a Swedish Beach» de Simon Vahlne (Suède)

 

High-Rise, un film de Ben Wheatley : Critique

Ben Wheatley est le fils prodige du cinéma britannique, qui s’est très vite imposé comme un petit génie à suivre de près après son deuxième film , le brillant Kill List. Depuis, il tente de trouver sa voie dans un cinéma retors et subversif essayant un peu trop de réitérer le succès de son film culte, en exploitant les mêmes artifices, mais en vain. Son cinéma tourne un peu en rond avec ses deux derniers films, et on peut craindre que dans sa volonté d’adapter pour son dernier né le roman de J. G. Ballard, High-Rise, il cède aux même travers au risque de se répéter.

Synopsis : 1975. Le Dr Robert Laing (Tom Hiddleston), en quête d’anonymat, emménage près de Londres dans un nouvel appartement d’une tour à peine achevée; mais il va vite découvrir que ses voisins, obsédés par une étrange rivalité, n’ont pas l’intention de le laisser en paix…

Ascenseur social 

Toujours accompagné de sa femme Amy Jump au scénario, il semble rester dans sa zone de confort, affichant clairement ses influences telles que Stanley Kubrick ou encore David Cronenberg, les maîtres de la subversion. Il livre un film qui a ses défauts mais qui dans sa volonté d’aller de l’avant marque un tournant dans sa filmographie. Ben Wheatley semble avoir légèrement appris de ses erreurs et passe à la vitesse supérieure.

Au niveau de son scénario, le film restera très proche du roman qu’il adapte. Surtout dans sa volonté de ne laisser aucune clé de lecture à son spectateur, le perdant volontairement au milieu du chaos. La structure du film est brillante et d’une densité folle. Divisé en trois actes, avec un premier qui symbolise la lutte des classes, un deuxième sur leur homogénéisation et un dernier sur le besoin inconscient d’ordre dans le chaos. Chacun de ces actes est composé de scènes aux genres différents pour créer un tout volontairement chaotique et insaisissable. Wheatley a toujours aimé partir d’un genre spécifique pour aboutir à un autre, comme lorsqu’il commence Kill List comme un polar pour ensuite le faire basculer dans l’horreur. Ici il va plus loin dans son approche en brassant tellement de genres au sein de la même œuvre pour qu’aucun ne se démarque vraiment, une scène pouvant être écrite comme une comédie assez légère pour ensuite basculer dans le thriller avant de repasser par l’absurde ou l’horreur. Il se sert de tous ces paramètres humains pour créer quelque chose qui part dans tous les sens, arrivant à imposer une sensation de foutoir sans pour autant donner l’impression de quelque chose qui n’est pas sous contrôle. Il trouve le juste dosage entre l’incontrôlé qui est nécessaire au chaos mais aussi la maîtrise qui est indispensable pour ne pas perdre l’attention de son spectateur. Un équilibre miraculeux que beaucoup n’auraient pas su obtenir. Le récit est aussi admirable dans sa manière de traiter les évidences avec peu de subtilité, notamment la lutte des classes qui est un thème tellement utilisé au cinéma qu’il le traite ici avec une lourdeur apparente pour appuyer le fait que ce n’est pas ce qui l’intéresse. Au travers de son manque de subtilité dans ce domaine, il fait passer avec finesse un sous-texte bien plus audacieux et intelligent, ce qui crée un paradoxe déstabilisant mais absolument génial. Au final ce qui l’intéresse n’est pas le rapport de force entre les riches et les pauvres, mais la nature de l’homme, qui, peu importe son rang social, parvient à se complaire et s’enivrer dans la violence, la domination et la contradiction.

Ici l’homme cherche à se dépasser, à aspirer à mieux ou à dominer son prochain. Que ce soit traduit par le projet fou de l’architecte qui construit les tours ou par la profession du personnage principal, tout met en évidence l’aspect paradoxal de la condition humaine et des limites de son esprit. Vouloir construire un lieu homogène et égalitaire mais en faire un bâtiment vertical qui sépare les classes sociales par des étages et qui range dans des cases est quelque chose de contradictoire, comme vouloir étudier et enseigner  l’étude du cerveau alors que l’on ne comprend rien de son fonctionnement. Le film pose beaucoup de parallèles sur les choses et leurs inverses montrant tout le ridicule du genre humain qui cherche l’égalité à travers l’envie de se faire meilleur que les autres. Et lorsqu’une homogénéité se trouve dans le chaos, qui octroie un système plus égalitaire, elle n’est que temporaire. Il souligne bien l’harmonie engendrée par la frénésie à travers une formidable utilisation de la barrière de la langue au sein de deux passages faisant usage du français où malgré des langues différentes les personnages parviennent à se comprendre en plein chaos alors que ce n’était pas le cas avant. Mais l’égalité n’est qu’illusoire car l’homme ne s’y résout pas, cherchant à trouver inconsciemment un certain ordre en érigeant de nouvelles barrières entre les gens par la domination, ce qui touche ici plus particulièrement les femmes. Personne ne se juge par l’égalité d’être des êtres humains, vivants et aimant les mêmes choses mais se juge par la différence de leurs sexes, de leurs orientations ou de leurs rangs sociaux. Tout le monde voit son prochain comme un moyen ou un objet qu’il peut utiliser, échanger et dégrader à sa guise, car un homme en voit toujours un autre comme son inférieur. Ils se veulent être des hommes de progrès mais sont pourtant des êtres régressifs, soulignant l’aspect rétro-futuriste de l’oeuvre. Dans un monde qui évolue vite, l’homme s’impose par sa volonté à faire marche arrière, qui dans ses envies de progrès cède à ses bas instincts pour le mener inexorablement à sa chute et appuie le côté méta du film. Car se passant en 1995 il nous renvoie en arrière, notamment en se clôturant sur un discours de Margaret Thatcher qui prend ici un double sens car comme le récit il semble être dépassé mais parvient quand même à trouver un écho dans notre monde actuel. Un monde qui malgré ses progrès se tourne encore vers son passé, comme si tout était mieux avant,  continuant à vivre sous des règles qu’il tente pourtant d’abolir mais finit par les perpétuer. Construisant son progrès sur les fondations d’une époque obsolète, par automatisme ou conditionnement sociétal, alors que celle-ci est loin d’être parfaite mais confère un sentiment de nostalgie et de sécurité. On retrouve cela dans le monde d’aujourd’hui, où l’on se sert de nouvelles choses, comme par exemple les réseaux sociaux, pour accentuer de vieilles manies comme la pensée de groupe et l’effet de foule, qui dans sa bien-pensance et ses envies extrêmes de tolérance véhicule parfois la violence et l’intolérance dans ce qui devient une véritable chasse aux sorcières de ce que le groupe juge contraire à lui, toujours en étant convaincu de son bon droit. Une chose qui prend toute sa dimension à travers le film, qui symbolise cet état de fait de manière littérale, et qui dans son extrême densité souligne le paradoxe des choses avec une rare justesse. Parfois le bien est le mal tout comme la vertu peut être un péché.

Ce qui amène au dernier aspect du film, sa connotation biblique : la croyance à un haut lieu, à un architecte etc. Il va même faire de son trio principal, une trinité où s’affrontent le père, le fils et le saint esprit, sans que les rôles soient pleinement définis, les personnages changeant de visage selon les scènes, faisant ainsi évoluer les rapports de force. Une aura prophétique se dégage alors de l’ensemble et sonne comme une critique acerbe de l’homme, de ses créations et de ses croyances, les deux choses étant étroitement liées car elles sont toutes deux vouées à dépasser leur créateur et à causer sa perte. Le film prend alors la forme d’une vaste parabole emplie de métaphores sur la croyance , le passé qui est voué à être le futur et sur tous les aspects humains et ses dimensions. On a parfois une sensation de trop, ce qui est son principal défaut. Il va parfois trop loin dans ses envies de subversions tombant dans un ridicule nauséabond, notamment dans un dernier tiers moins maîtrisé empreint de mauvais goût,  et il manque parfois de subtilité dans ses approches narratives quand bien même cela sert la symbolique. On regrettera aussi le fait que le film décide de s’ouvrir de manière trop classique, avec une vision du futur avant de raconter son récit comme un immense flashback, même si ça marque les intentions de l’oeuvre c’est assez maladroit et pas des plus judicieux. Mais malgré ses quelques défauts, on reste admiratif devant la manière très perfectionniste que le cinéaste à de ne pas céder à la facilité dans son propos et dans sa dimension paradoxale en faisant preuve d’audace et de virtuosité dans le traitement des thématiques.

Le casting est excellent et se donne corps et âme pour accentuer la frénésie ambiante. Luke Evans est celui qui impressionne le plus dans ce domaine, offrant une prestation fiévreuse et pleine de nuances d’où se dégagent fureur et mélancolie. Tom Hiddleston est absolument impeccable, mais plus mesuré dans sa prestation : ayant hérité du personnage le plus froid du film, il garde une distance émotionnelle avec les événements. Mais il est d’une justesse incroyable arrivant à offrir une performance pleine de justesse mais aussi de faux-semblants, car son personnage masque ses émotions mais les fait exploser à certains moments, exposant la dimension de jeu de l’acteur et son immense charisme. Jeremy Irons vient compléter ce trio principal, il est très bon et donne un aspect plus calme et plus tragique à l’oeuvre. Les trois acteurs sont accompagnés par des seconds rôles tout aussi convaincants et on retiendra surtout Sienna Miller, excellente d’intensité, et James Purefoy, complètement délirant dans un personnage aussi malsain que loufoque.

La réalisation est superbe que ce soit dans son montage qui s’évertue à nous perdre au sein de cet immeuble, assurant un rythme effréné faisant du chaos une fête en perpétuel recommencement, accentué par une photographie léchée et enivrante : froide et sèche lors des passages en dehors de l’immeuble pour en donner un côté désincarné , elle se montre plus esthétisante et rassurante lors des moments dans l’immeuble, même lorsque tout s’effondre. Constituant une ambiance particulière, comme si les événements étaient en suspendu hors du temps, à mi-chemin entre le rêve et le cauchemar. La musique reste aussi dans cette optique d’hétérogénéité. Passant d’un registre à l’autre selon les scènes sans liens logiques mais qui même si diamétralement opposés, lorsqu’ils sont mis bout à bout forment un tout cohérent, à l’image même des intentions du film. La musique est d’ailleurs mémorable, que ce soit les brillantes compositions d’ambiances de Clint Mansell ou les morceaux « traditionnels » comme l’excellente reprise par Portishead de SOS d’ABBA . La mise en scène de Ben Wheatley est virtuose dans sa manière de gérer les différentes ambiances et les genres, en arrivant à offrir quelques gags visuels savoureux tout en plongeant dans des moments plus allégoriques et abstraits et en passant par des moments plus brutes à la violence sèche. Constamment en évolution, il filme le chaos sous différents angles et dans différentes tonalités, offrant des idées de mise en scène bien pensée et des fulgurances visuelles qui imprègnent la rétine comme la chute d’un homme en slow motion, des effets de miroirs astucieux ou encore un passage somptueux en kaléidoscope. Il y a un travail vraiment ambitieux sur les cadrages et les couleurs, faisant du film le plus du beau du cinéaste, qui utilise la symbolique de manière habile et qui parvient à se renouveler dans ses effets, quitte à parfois en faire un peu trop.

High-Rise est donc un très bon film. Mais qui malgré sa prouesse de renouveler des thématiques éprouvées tout en parvenant à bien retranscrire le paradoxe de l’esprit humain, en fait parfois trop dans ses effets au point de naviguer avec le mauvais goût finissant par décevoir sur son dernier tiers. Ben Wheatley est clairement un cinéaste intelligent, peut être même trop pour son propre bien, car en se concentrant trop sur sa symbolique il néglige parfois sa narration, qui finit par céder à certaines facilités, ou qui peut se montrer obscur dans la caractérisation de ses personnages ou bien trop détaché d’eux. Néanmoins la réussite du film est bien là. Soutenu par un excellent casting, une mise en scène virtuose qui est techniquement impeccable et accompagné d’une musique sensationnelle ainsi que d’un aspect symbolique brillant et incroyablement bien tenu malgré son côté retors et très dense. Wheatley signe donc son meilleur film depuis Kill List, même si il ne réitère pas l’impact et la folie de ce dernier, il parvient à aller de l’avant au sein de son cinéma et propose quelque chose de différent tout en étant dans la suite logique de ses précédentes œuvres. On est maintenant encore plus curieux de ce qu’il peut nous réserver par la suite.

High-Rise : Bande annonce

High-Rise : Fiche technique

Réalisateur : Ben Wheatley
Scénario : Amy Jump, d’après I.G.H. de J. G. Ballard
Interprétation: Tom Hiddleston (le Dr Robert Laing), Luke Evans (Richard Wilder), Jeremy Irons (Anthony Royal), Sienna Miller (Charlotte Melville), Elisabeth Moss (Helen Wilder), James Purefoy (Pangbourne)…
Image: Laurie Rose
Montage: Amy Jump et Ben Wheatley
Musique: Clint Mansell
Costumes : Odile Dicks-Mireaux
Décor : Mark Tildesley
Producteur : Jeremy Thomas
Société de production : Recorded Picture Company
Distributeur : The Jokers
Durée : 119 minutes
Genre: Thriller
Date de sortie : 6 avril 2016

Royaume-Uni – 2016

Tout de suite, maintenant, un film de Pascal Bonitzer : Critique

Le choix ne se portait pas sur sa fille au départ par crainte des conflits d’intérêt ? Le rideau se lève déjà sur une belle mascarade. Agathe Bonitzer en requin féminin, maline et contestataire, mutine et bien trop curieuse.

Synopsis: Nora Sator, jeune trentenaire dynamique, commence sa carrière dans la haute finance. Quand elle apprend que son patron et sa femme ont fréquenté son père dans leur jeunesse, elle découvre qu’une mystérieuse rivalité les oppose encore. Ambitieuse, Nora gagne vite la confiance de ses supérieurs mais entretient des rapports compliqués avec son collègue Xavier, contrairement à sa sœur Maya qui succombe rapidement à ses charmes… Entre histoires de famille, de cœur et intrigues professionnelles, les destins s’entremêlent et les masques tombent.

Un monde de la finance théâtralisé

Les adjectifs sont trop nombreux pour une erreur de casting évidente. On est loin de Dallas et son univers impitoyable, voulu par l’auteur. Des secrets familiaux au sein d’un capitalisme d’entreprise, le sujet sonne déjà bourgeois (pour le bohème, c’est à revoir). Le traitement l’est pourtant. Tout de suite, maintenant est peut-être bien accordé sur papier et le scénario aiguise l’appétit certes, mais sa réalisation, d’une convenance sans borne, laisse pantois. En théorie, quelques bonnes surprises. En pratique, une réflexion réductrice sur les erreurs de jeunesse. CSM tente de décrypter cet essai dont on n’attachera avec du recul que peu d’importance. Sur les planches, il aurait sûrement fait fureur…

Le casting, réunissant des têtes d’affiche, participe à la froideur théâtrale reprochée. Vincent Lacoste à contre-emploi, Bacri en dépressif (pour changer), Wilson en salaud haut placé (pour changer), Huppert en alcoolique romantique, Greggory en triste souvenir blessé (pour changer), Julia Faure vient quant à elle se greffer pour camper une sœur excentrique, sortie d’une comédie de boulevard bon marché. L’état d’âme mussetien côtoie dangereusement le feuilleton hebdomadaire et à trop vouloir tenter Rohmer, on brouille les pistes. Déjà qu’elles étaient froides ! Elle a beau être bleue, si c’est de la poudreuse, la glisse sera pas agréable. Admettons le parti pris peu singulier de filmer (caméra à l’épaule flottante ou plan fixe académique : Julien Hirsch est pourtant un chef op réputé, césar de la meilleure photographie en 2007 pour Lady Chatterley !) la coïncidence et le quiproquo, au cœur de bureaux aseptisés et de deux « familles » que tout oppose. Un couple richissime et une femme de ménage vecteur de surnaturel d’un côté, de l’autre, un père aigris et ses deux filles, poncifs éculés (une pragmatique maîtrisant les chiffres contre une plus extravagante qui chante dans un bar). La moins spirituelle des deux traverse le miroir et franchit la barrière pour venir côtoyer un monde luxueux dont elle n’a absolument aucune difficulté à s’accommoder des codes. A mi-chemin entre un conte de Perrault et une farce de Molière, TDSM, pour reprendre le jargon de la finance, articule péniblement son récit et peine à clairement exposer là où le film veut aller.

Évacuons le récit d’initiation, la fable familiale et la comédie de mœurs, que reste-t-il ? L’histoire d’amour contrariée, la tragédie existentielle, la chanson de geste… pour une ode à l’oubli, au mauvais chemin de vie emprunté ? Bonitzer ne semble pas vouloir atteindre le point d’acmé chez ses acteurs, qu’ils s’abandonnent révélant leur fragilité, comme pourrait le proposer un certain Chéreau, mais l’objectif étant de trouver un certain équilibre entre « drôlerie » et « humanité ». En reprenant le dossier de presse, le producteur Saïd Ben Saïd voulait que le cinéaste adapte Les employés de Balzac qui « raconte les intrigues pour empêcher un homme honnête et compétent d’accéder au poste de ministre que sa femme, ambitieuse à la place de son mari, convoite pour lui. »* Il aurait été une source d’inspiration pour le réalisateur/scénariste qui, avec Agnès de Sacy (partenaire également d’écriture de Zabou Breitman [voir à ce propos L’Homme de sa vie] et Valéria Bruni-Tedeschi), voulaient aborder un lieu de pouvoir sans tomber dans celui de la politique. L’introduction du film s’inspire du premier chapitre du « livre autobiographique d’Anne Lauvergeon, La Femme qui résiste, dans lequel elle raconte ses débuts comme conseillère de Mitterrand : elle avait rendez-vous avec François de Grossouvre, ne savait pas trop s’orienter dans les couloirs de l’Elysée, courait pour ne pas arriver en retard lorqu’elle tombe littéralement dans les bras de Nelson Mandela qui sortait du bureau du président ! Puis elle a eu une brève discussion avec Mitterrand qui lui a dit de ne pas trop prendre au sérieux Grossouvre« * et qu’il ferait semblant de parler au téléphone avec Mitterrand lorsqu’elle arriverait dans son bureau. La transposition est sans relief, peut-être en partie la faute au chef décorateur. Mais les contrastes, parties intégrantes de l’histoire, ne sont pas foncièrement d’une évidence remarquable. C’est ainsi que la scène à l’hôpital considérée comme élément humoristique ne fait rire personne. L’ensemble est par ailleurs allergique à la moindre zygomatique, non sans caresser un certain désir de tendresse. Bon, si en effet, Nora Sator, la petite cousine du corsaire de l’espace ou une abeille qui chante (Maya la sœur), ou voir Yannick Renier en grand méchant businessman, ça amuse, de là à valoir un réel détour…

Les personnages, véritables coquilles vides, à l’exception relative d’Isabelle Huppert en blonde, femme au centre d’un carré amoureux, semblent être des marionnettes qui luttent à la manière guignolesque pour leur propre reconnaissance, a priori, car il arrive que l’on cerne mal la ou les raison(s) des coups de bâton. Le marionnettiste privilégie le concept au profit d’une réelle synergie cinématographique. Est-ce dû à sa formation d’enseignant-critique-philosophe ? L’austérité du contexte, de l’environnement, de la diégèse déborde sur l’empathie que le spectateur pourrait éprouver pour l’intrigue. Et si effectivement « le monde des mathématiques […] est lui aussi inaccessible aux profanes« *, la peinture-réflexion faite par Bonitzer et de Sacy tend vers une laborieuse artificialité, qui à coup de double-sens et non-dits, sans oublier une dose gratuite et étrange de « surnaturel » (le personnage de la femme de ménage, Ezilie [créole d’Erzulie, déesse vaudou de l’amour] et l’apparition du chien noir), éloigne toute sympathie élémentaire à l’égard du récit qui nous est conté.

Aucune dimension de conte, si ce n’est rêvée et intellectualisée, à ce septième long métrage. Si Cherchez Hortense et Le Grand Alibi atteignait un relatif cœur de cible par une certaine connivence avec le public grâce notamment aux dialogues bien pensés, Tout de suite, maintenant s’enorgueillit de résoudre le puzzle existentiel, entre ambition professionnelle et sentiment amoureux, par trop d’abstractions et une mauvaise direction d’acteurs. Mais peut-être pour la simple et bonne raison que le film « est constitué de strates de sens dont certaines échappent aux personnages et parfois au spectateur »*… Restons donc chacun dans notre bulle !

*extraits du dossier de presse

Tout de suite, maintenant :Bande-annonce

 Tout de suite, maintenant : Fiche technique

Réalisation : Pascal Bonitzer
Scénario : Pascal Bonitzer, Agnès de Sacy
Interprétation : Agathe Bonitzer (Nora Sator), Isabelle Huppert (Solveig), Jean-Pierre Bacri (Serge), Lambert Wilson (Barsac), Vincent Lacoste (Xavier), Julia Faure (Maya), Pascal Greggory (Prévôt Parédés), Yannick Renier (Van Stratten)…
Photographie : Julien Hirsh
Décors : Manu de Chauvigny
Costume : Caroline Koener
Montage : Elise Fievet
Musique : Bertrand Burgalat
Producteurs : Saïd Ben Saïd, Michel Merkt
Budget : /
Récompenses : /
Genre : Comédie dramatique
Durée : 98min
Sortie en salles: 22 juin 2016

France – 2015

Caravane des Cinémas d’Afrique : le film Difret primé

Le Prix du Public 25ème édition du festival a été remis ce dimanche 10 avril au film Difret de Zeresenay Mehari.

Synopsis : Hirut, une petite fille éthiopienne, se fait enlever et violer. Lorsqu’elle essaye de s’enfuir, elle tue son agresseur. Meaza, fondatrice de l’Association des Avocates Ethiophienne, va prendre sa défense et l’aider.

Allons droit au but : le gros problème du film réside dans sa forme. Le sujet, lui, est intouchable. Tiré d’une histoire vraie, une mineure de 14 ans abusée, le combat pour les droits des femmes, le combat pour la civilisation, bref tout y est. Voilà en gros ce dont voulait parler le réalisateur Zeresenay Mehari, éthiopien de naissance, émigré aux Etats-Unis. Ce sont bien sûr des questions importantes, auxquelles le cinéma répond en créant des oeuvres d’art, portant ainsi connaissance de la situation à travers le monde. Ce qui est intéressant dans Difret, c’est d’une part bien sûr l’histoire, mais également la découverte du pays le plus vieux du monde. On y voit bien l’opposition entre d’un côté un pays pétri de traditions, principalement hors de la ville, et de l’autre la ville et ses progrès. Ainsi, après que Hirut eut tué son agresseur, le tribunal du village se réunit et ordonne un jugement, qui a première autorité sur celui plus important de la ville. Cela n’enlève pas l’officialité du premier, au contraire. Le gouvernement ne veut pas s’opposer aux vieilles traditions, qui obligent les gens à rester manger sous peine d’impolitesse, et autorisent les hommes à choisir leurs épouses par enlèvement. Ce traitement, affreux, aurait pu avoir plus de nuances. Le manichéisme imprègne le film, avec d’un côté les bons et de l’autre les méchants. Cela se retrouve particulièrement sur le personnage de l’avocat qui défend l’homme tué : il est clairement désigné comme méchant presque comme s’il voulait juste voir lui-même la petite se faire exécuter, alors qu’il ne fait que prendre la défense de son client.

Du côté de la forme, le réalisateur a choisi de mettre en avant l’émotion et le sensoriel. Il y a en effet un gros travail au niveau du son pour nous mettre dans la peau d’Hirut : quand elle se fait frapper, notre oreille est perturbée (classique), lorsque le téléphone sonne, les bruits deviennent confus, comme l’est la jeune fille. A de nombreuses reprises, on remarquera l’utilisation du regard caméra lors de certains dialogues, pour mieux nous impliquer ? L’implication se fait sans problème par ce style faussement documentaire si cher aux films se voulant réalistes à l’américaine. Il y a une grosse différence de style entre un film éthiopien comme The Price of Love de la réalisatrice Hermon Hailey, et Difret, produit par Angelina Jolie. Quelle dommage de voir un tel didactisme, une telle froideur dans les plans ! Certes le réalisateur a fait appel à des acteurs et actrices éthiopiens, il a collaboré avec les techniciens du pays, mais en s’entourant tout de même d’une productrice au nom bien connu, Angelina Jolie, mais aussi de Monika Lenczewska, chef opératrice, et de la monteuse Agnieszka Glinska. C’est-à-dire les deux postes les plus significatifs sur la forme d’une oeuvre cinématographique. C’est presque aberrant que certains critiques en viennent à encenser l’art éthiopien, alors que ce n’est qu’un calque de la plus pure production américaine.

En définitive, il n’y a rien d’intéressant dans la manière dont Difret est filmé… mais était-ce là son but ? On pourrait croire que non. Toutefois, le cinéma étant à la fois un fond et une forme, un sujet et une mise en scène, les deux sont indissociables. Que l’un ou l’autre soit sans intérêt nuit gravement à la qualité du tout, et à l’intérêt qu’on porte au long-métrage. Il n’empêche que tous les combats valent la peine d’être menés. Le film a rencontré un succès mitigé en France, totalisant un peu de moins de 4770 entrées, ainsi qu’aux Etats-Unis, où il n’a remporté que 38 500$… Si c’était pour sensibiliser l’Occident, c’est un échec. Il faut noter que le film a tout de même reçu plusieurs prix…du public (qui est à la fois un mauvais et un bon indicateur de la qualité d’un film), notamment le prix Panorama du Public à la Berlinale 2014, le prix du public du meilleur film au Sundance Festival 2014, et enfin à la Caravane des Cinémas d’Afrique 2016. Quant à l’Afrique, le film a été interdit en Ethiopie, car la femme bafouée dont l’histoire s’inspire a porté plainte.

Difret : Bande-annonce

Difret : Fiche Technique

Réalisation : Zeresenay Mehari
Scénario : Zeresenay Mehari
Distribution : Meron Getnet (Meaza Ashenafi), Tizita Hagere (Hirut Assefa)
Photographie : Monika Lenczewska
Décors : Tewodros Berhanu
Costume : Helina Desalegn
Montage : Agnieszka Glinska
Musique : Dave Eggar et David Schommer
Sociétés de Production : Haile Addis Pictures et Truth Aid
Durée : 99min
Sortie en salles le 8 juillet 2015

Ethiopie, Etats-Unis – 2014

Gods of Egypt, un film de Alex Proyas : Critique

Après l’annulation de Paradise Lost, un autre film aux thèmes mystico-bibliques, à un stade avancé du projet, Alex Proyas se retrouve engagé par Lionsgate pour diriger Gods of Egypt, un long métrage narrant les affrontements fratricides et parricides des divinités égyptiennes, à une époque antique fantasmée.

Synopsis: Inspiré de la mythologie égyptienne, le film raconte comment la survie de l’humanité repose sur les épaules du jeune héros mortel du nom de Bek qui entreprend une périlleuse aventure pour sauver le monde et la fille qu’il aime. Pour ce faire, il doit demander de l’aide au puissant Dieu Horus afin de contrer Seth , le Dieu des ténèbres qui a usurpé le trône d’Egypte, plongeant le royaume dans le chaos.

Nanar démesuré

Entre promotion hasardeuse, échec critique et commercial cinglant outre-Atlantique, Gods of Egypt ne semblait pas être le renouveau attendu en termes de cinéma mythologique. De part cette mauvaise publicité, le spectateur pouvait espérer visionner un long métrage au capital divertissement certain, doublé d’un aspect nanardesque réjouissant. S’assurant de garder la main mise sur son film en le produisant, Proyas se met au défi de proposer une démesure visuelle à coup d’effets numériques dégoulinants. Si le résultat peut enthousiasmer les aficionados du genre et les adeptes du divertissement sans réflexion, il est évident qu’il souffre de grandes lacunes qui pénalisent ses ambitions de grande fresque épique et mythologique.

Déterminé à retranscrire la folie christique de Paradise Lost, Proyas se permet de blasphémer l’architecture antique égyptienne en transmettant la démesure de l’esthétique judéo-chrétienne. Cependant, la tentative du réalisateur de mélanger les styles rend compte d’un long métrage paradoxalement sans limite, à la fois aberrant et jouissif. La grande force de Gods of Egypt est d’arriver à repousser les limites du n’importe nawak (c’est un euphémisme) à chacun de ses plans. Entre un Geoffrey Rush sous tranxène voguant dans l’espace sur son vaisseau spatial et tirant des rayons lasers sur une copie de Galactus à la dentition exponentielle et un Gérard Butler recyclant ce qui lui reste de Léonidas pour se transformer en un Chevalier du Zodiac à tête de Chacal, tout cela fait largement vriller les neurones. Malheureusement, entre deux horribles serpents géants en CGI, Proyas repousse les limites du regardable par sa mise en scène factice au possible. Pourtant auteur de chef d’œuvres avant-gardistes comme The Crow ou Dark City, deux longs métrages accomplis aussi bien d’un point de vue stylistique que scénaristique, on se demande comment Proyas a t-il pu sombrer aussi loin dans le mauvais goût, sans jamais se remettre en question. Il survient alors la légitime interrogation de savoir si tout cela n’est qu’une gigantesque escroquerie ou alors du génie incompris. Qu’il en soit pour un parti pris artistique ou une preuve du manque d’attention allouée à la production, le film se vautre dans un génocide artistique complet, d’autant plus invraisemblable à la vue de son colossal budget de plus de 140 millions de dollars (approximativement celui de Jurassic World, Mad Max : Fury Road ou Godzilla). Il en découle ainsi des scènes d’actions en demi teinte, parfois jouissives et lisibles mais quelques fois ruinées par une succession de travellings circulaires au ralenti et de flashs lumineux qui rendent le film peu agréable à la vue.

Cependant, malgré cette orgie visuelle oscillant entre kitsch non assumé et idées fantasques inachevées (on appréciera les divinités qui saignent de l’or liquide), Gods of Egypt tourne à vide dans une intrigue des plus revues sur grand écran. Si les relations entre humains mortels et figures divines auraient mérité d’être étoffées pour gagner en crédibilité, on n’aura jamais réellement de thématiques soigneusement explicites à se mettre sous la dent. Le rapport au relationnel, thème cher à Proyas (l’homme et la machine dans I. Robot), se retrouve balayé au profit d’un vide abyssal dans la caractérisation des personnages et par des démonstrations simplistes et clichées des divinités. Des personnalités étranges, un mélange entre le courage des Chevaliers du Zodiac et la philosophie de comptoir digne du pire ouvrage de Bernard Henry Lévy où la déesse de l’amour dont le surnom de « Maîtresse de l’Ouest » désigne ici une femme soumise aux sentiments versatiles. C’est donc peu dire si le film est beaucoup trop sérieux pour ce qu’il raconte, passablement verbeux mais avant tout ridiculement grotesque dans ses dialogues (le malaise culminant avec un « Dans ton cul » sorti de nul part).

De la même façon que Les Chevaliers du Zodiac aient inspiré Proyas dans l’esthétique de son film, l’équipe technique semble témoigner d’une volonté associatrice entre le cinéma et la télévision. En témoigne le premier rôle, celui du dieu des airs Horus, alloué à Nikolaj Coster-Waldau aka Jaime Lannister dans Game of Thrones mais aussi la française Élodie Yung (apparue dans la série française Les Bleues et l’excellent show de Netflix, Daredevil). Néanmoins, il sera rapidement lassant d’observer le cabotinage incessant d’un Gérard Butler en caricature de lui même et d’un Geoffrey Rush repoussant les limites de la paresse. Seuls les seconds rôles pourront nous faire esquisser un semblant de sourire, avec Brenton Thwaites ou encore Chadwick Boseman qui, avant de porter le costume de Black Panther chez les Avengers, se mue en Thot, divinité du savoir et s’extasiant sur la moindre salade dans un fou rire général dans le public. Difficile donc de se réjouir d’une telle équipe technique, exception faite de la présence de Marco Beltrami à la musique, dont la partition classique mais épique sera probablement la chose la plus attrayante de l’ensemble.

Gods of Egypt ne restera donc pas bien longtemps dans les mémoires, la faute à un divertissement façonné sans grande rigueur, ne pouvant convenir qu’aux passionnés du genre, grâce à ses scènes d’actions numériques résolument efficaces et son étonnante et agréable démesure. Cependant, par le fait du perpétuel étonnement de voir un tel long métrage prendre vie et par la redoutable attraction qu’il possède grâce à son esthétique kitsch et ses dialogues grotesques, on vous conseille de jeter un œil à cette production, qui, s’il elle n’avait pas été chapeautée dans l’urgence, aurait pu être un grand moment de divertissement voire un renouveau dans le cinéma mythologique hollywoodien.

Gods of Egypt : Fiche Technique

Titre original : Gods of Egypt
Réalisation : Alex Proyas
Scénario : Matt Sazama et Burk Sharpless
Interprétation: Brenton Thwaites (Bek), Nikolaj Coster Waldau (Horus), Gérard Butler (Seth), Geoffrey Rush (Rê), Courtney Eaton (Zaya), Chadwick Bosemon (Thot), Élodie Yung (Hathor)
Décors : Ian Gracie
Costumes : Liz Keogh
Montage : Richard Learoyd
Musique : Marco Beltrami
Production : Basil Iwanyk et Alex Proyas
Sociétés de production : Mystery Clock Cinema et Thunder Road Pictures ; Pyramania et Summit Entertainment (coproductions)
Sociétés de distribution : Lionsgate (États-Unis), SND (France), Belga Films (Belgique)
Budget : 140 millions de dollars
Langue : Anglais
Durée : 127 minutes
Genre : Fantastique
Dates de sortie : 6 avril 2016

États-Unis, Australie – 2015