Tout pour être heureux, un film de Cyril Gelblat : Critique

Une fois n’est pas coutume dans le cinéma français, et en dehors de l’adaptation de classiques littéraires, la promotion de ce film ne s’est pas faite sur le nom de son réalisateur, mais de celui de l’auteur du roman dont il est issu.

Synopsis : Batteur dans un groupe et agent musical, Antoine se consacre son temps à sa vie d’artiste à tel point qu’il en vient à délaisser sa vie de famille. Celle-ci se résume de plus en plus à des engueulades avec sa femme Alice devant les yeux de leurs deux filles. C’est ainsi que, lorsqu’Alice lui annonce qu’elle le quitte, il ne s’en offusque pas, bien heureux au contraire de retrouver sa vie de célibataire, sachant qu’il peut compter sur le soutien financier de sa sœur. Mais lorsqu’il doit garder les deux petites pour deux semaines, il va devoir quitter sa vie de patachon et apprendre à assumer ses responsabilités d’adulte.

La menace de la précarité relationnelle

Il faut dire que le réalisateur est un parfait inconnu puisqu’il n’a à son actif qu’un unique long-métrage passé parfaitement inaperçu (Les murs porteurs, 2008) alors que le romancier est une des figures incontournables du petit écran. « Un coup à prendre » est en effet le premier des trois livres qu’a signés à ce jour Xavier De Moulins, le présentateur des infos de M6 et de son émission 66 Minutes, et c’est de lui, mais aussi de son expérience personnelle, que  Cyril Gelbat s’est inspiré pour son deuxième film. Étonnant donc de constater que se sont TF1 et France Télévision qui ont cofinancé le projet. C’est à croire que l’ancienne « petite chaine qui monte » a peur de voir exploser la carrière de scénariste de son « anchorman ». Mais le nom de De Moulins n’est pas l’unique argument commercial de Tout pour être heureux puisqu’en donnant le rôle principal à Manu Payet, le réalisateur a fait le choix d’un acteur qui, en à peine cinq ans, a su prouver qu’il était un des rares humoristes à réussir à se reconvertir en acteur crédible. A noter par ailleurs que le physique juvénile de l’acteur –déjà quadragénaire mais paraissant dix ans de moins– s’accorde parfaitement à son personnage de jeune père incapable d’assumer ses responsabilités.

Alors que l’on a l’habitude de voir Payet dans des comédies romantiques (de L’Amour c’est mieux à deux à Un début prometteur en passant par Situation amoureuse : C’est compliqué qu’il a d’ailleurs coréalisé), dont les codes veulent que l’on sait par avance que le couple finira par se former à la fin, le scénario de Tout pour être heureux prend ce principe à contre-pied en débutant par une séparation. Il va de soi que les films tournant autour des divorces sont légions, et que leur traitement peut tout aussi bien être dramatique (Kramer contre Kramer reste la référence en la matière) ou comique (on se souvient du succès populaire de Papa ou maman l’an dernier). Deux exemples à priori opposés mais qui ont toutefois un point commun, celui de placer les enfants au cœur des enjeux de la séparation de leurs parents. Une thématique qu’ils partagent donc avec Tout pour être Heureux. Cependant, celui-ci semble bien incapable de choisir entre la gravité mélancolique de l’un et la légèreté de l’autre, et c’est justement parce qu’il est constamment tiraillé entre ses deux ressentiments que le film ne réussit pas à se trouver. Malgré ses personnages attachants, l’écriture des dialogues ne parvient que trop rarement à rendre leurs échanges réellement amusants. Un humour d’autant plus mitigé que le déroulement de chaque situation est parfaitement prévisible. Le ton doux-amer ne provient finalement que du jeu adroitement nuancé et du regard de chien battu de son acteur.

Le reste du casting participe au capital sympathie de cette petite comédie de mœurs, à commencer par Audrey Lamy et les deux fillettes, de 5 et 9 ans, chacune étant toujours dans le ton juste dans la relation vis-à-vis du personnage principal. En revanche, Aure Atika est moins convaincante en grande sœur protectrice, au point qu’elle semble par moment ne servir qu’à justifier des blagues (pour ne pas dire des clichés) sur la communauté juive. Il est bon néanmoins de constater qu’elle n’est plus, comme à ses débuts, uniquement là pour jouer de son physique sexy (encore qu’elle soit ici qualifiée de « MILF »). Pour cela, c’est à présent à Vanessa Guide que l’on fait appel. Loin d’être réduite à une simple bimbo, celle-ci reprend tout de même un rôle de potiche rappelant celui qu’elle interprétait déjà dans Joséphine s’arrondit.

La construction du scénario n’offre que peu de surprise : le premier tiers narre la séparation entre Antoine et Alice, tandis que le second a pour enjeu la réconciliation de ce père avec ses deux filles dont il n’a jamais su s’occuper et que le dernier tiers s’axe sur la détermination d’Antoine à reconquérir son ex. Il n’y a pas grand-chose à tirer de la première partie, le peu de sentiment dont font part les deux mariés l’un envers l’autre empêchant au mélodrame d’être réellement tangible. L’acte suivant, voyant ce père immature et ses deux gamines se rapprocher, est sans aucun doute la mieux écrite. Entre émotions sincères et gags bon-enfants, la vie de famille recomposée est un agréable moment à passer. L’acte final est à l’inverse chargé d’un lourd sentiment de mélancolie, que l’on ressent dans la nostalgie qu’a Antoine de sa vie de couple. C’est dans la direction fataliste que va prendre cette volonté avortée de rédemption  que le film va s’avérer être une bonne surprise -dommage qu’il ait fallu attendre pour cela la scène finale- dans le sens où il s’épargne le happy-end romantique que lui aurait imposé la bien-pensance tel que l’on pouvait le craindre.

Trop mélodramatique pour être divertissant et trop léger pour être poignant, Tout pour être heureux est un film un peu bâtard qui a au moins la chance de reposer sur une certaine sincérité dans les émotions entre lesquels il jongle tout du long. Mais l’ambivalence de ce ton oscillant entre drame et comédie nous permet de pouvoir partager ce sentiment d’éternelle insatisfaction qui gangrène la vie amoureuse de son héros, ce qui semble être le véritable sujet de dénonciation du réalisateur.

Tout pour être heureux : Bande-annonce

Tout pour être heureux : Fiche technique

Réalisateur: Cyril Gelblat
Scénario : Cyril Gelblat d’après le roman « Un coup à prendre » de Xavier De Moulins
Interprétation: Manu Payet (Antoine), Audrey Lamy (Alice), Aure Atika (Judith), Rafaèle Gelblat (Rafaèle), Jaïa Caltagirone (Leonor), Pascal Demolon (Etienne), Joe Bel (Angélique)…
Image: Pierre-Hugues Galien
Costumes : Isabelle Mathieu
Producteurs : Laetitia Galitzine, Philippe Rousselet
Société de production : Chapka Films, Vendôme Production
Distributeur : Mars Films
Durée : 97 minutes
Genre: Comédie de moeurs
Date de sortie : 13 avril 2016

France – 2015

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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