Accueil Blog Page 684

Séries Mania 2016 : Video Library, London Spy

0

Festival Series Mania 7eme édition: une consultation en libre accès pour les accrédités et un thriller paranoïaque sur fond d’amour homosexuel

En ce troisième dimanche d’avril (et oui déjà) et premier du festival, toujours une excellente programmation, l’intégrale de Show Me A Hero est diffusée dès 11h30 tandis que l’ovni télévisé de cette édition, Lola Upside Down, représentant la Finlande (avec Bordertown) au prix des blogueurs, fait relativement sensation. Si elle mérite le détour par ses accents surréalistes et sa satire communautaire mordante, elle ne suffira pas à retenir l’attention. Il faut avouer que la série est la moins accessible de tout le festival. Un univers entre Coen et Bergman, le récit oscille en permanence entre gravité, atmosphère sombre, et légèreté, humour distancié, au point de ne savoir réellement se positionner. D’autant plus qu’il faut s’accrocher pour comprendre les connexions relationnels.

A 18h se tient la projection de The Kettering Incident. En parlant de « s’accrocher », nous terminons déjà par un des plus gros succès récent de la BBC Two. La minisérie diffusé en novembre dernier et repris sur BBC American le 21 janvier est la première création originale télévisée du jeune romancier/scénariste Tom Rob Smith. Son premier ouvrage Enfant 44 est un best seller et traduit en 36 langues, puis adapté sur grand écran par Daniel Espinoza en 2014. Au travers une histoire d’amour entre deux hommes et inspiré d’un fait divers, London Spy offre un joli rôle à Ben Whishaw et casse les codes de la série d’espionnage. Il retrouve Jim Broadbent depuis Cloud Atlas et Charlotte Rempling pour courir après un souvenir qui n’est pas perdu. Captivante, mais loin d’être passionnante, le show britannique pâtit d’un format qui aurait sévèrement du être raccourci, mais la politique des networks est impitoyable. La faute au réalisateur Jakob Verbruggen qui s’est approprié l’écriture. Si sa maîtrise du cadre lui a valu de participer à deux épisodes de la saison 4 d’House of Cards, son orgueil lui vaudra de prendre le pas sur l’aspect scénaristique. En présentation, Frédéric Lavigne, le directeur du festival, nous avoue le conflit d’intérêt qu’il y a eu sur le tournage entre Smith et Verbruggen. Le résultat s’en ressent. Le pilote est grandiose et fortement envoûtant en déployant avec force et délicatesse la relation des deux personnages masculins, mais lorsque Wishaw se retrouve seul à la manière d’un faux coupable hitchockien, l’incompréhension prend le pas sur l’attention. Souffrant par moment d’un manque de rythme, la série devient parfois trop bavarde, ce qui ne permet pas l’imaginaire de se construire. Les références aux Maître du suspense sont étouffantes. Le salon/ bibliothèque de Charlotte Rempling est le même que dans La Mort aux trousses, la scène sur se tronc en forêt fait écho à Mais qui a tué Harry?, les baies de la tamise lugubre à Frenzy, le coffre à La Corde… La fin de la saison 1 ouvrirait plusieurs portes pour permettre une saison 2 en écriture. On hésite entre scepticisme et curiosité.

Trailer London Spy

London Spy  : Fiche Technique

Créateur et scénariste: Tom Rob Smith
Réalisateur: Jakob Verbruggen
Avec Ben Whishaw, Jim Broadbent, Charlotte Rempling, Edward Holcroft
Vendeur international : NBC Universal
Diffuseur(s) : BBC Two
Année de production 2016
05×60′
Pays USA

 

Critique Série: Metal hurlant chronicles saisons 1 et 2

0

« Metal hurlant chronicles » est un projet plutôt atypique. Il s’agit en effet d’une série française de science-fiction, un genre rare dans nos contrées, tournée en partie avec des acteurs étrangers, à la fois en anglais et en français, et bénéficiant d’un budget suffisant lui assurant des effets spéciaux appréciables, à défaut d’être ceux d’un film, ce qui a toutefois l’avantage de lui donner une pâte visuelle caractéristique, que n’aurait pas une grosse production remplis d’effets numériques rutilants.

Synopsis : Les différentes histoires n’ont rien en commun, si ce n’est le Loc-Nar (« Metal Hurlant »), météore vert qui traverse l’espace et le temps, bouleversant la vie des habitants qui l’aperçoivent en semant le mal derrière lui, et témoin de leurs destinés mouvementés, souvent tragiques.

A l’origine une BD

La série est l’adaptation d’une revue de BD française, « metal hurlant », crée dans en 1974 par les Humanoïdes associées », groupe dans lequel on retrouve entre autre l’auteur Moebius. Le magazine proposait divers histoires courtes, mélangeant les genres, tantôt horrifiques, fantastiques, futuristes, et tantôt angoissantes, dérangeantes ou décalées. Il n’est ainsi pas surprenant de voir un drone pénétrer à l’intérieur d’un château médiéval, ou un lapin géant massacrer des robots révoltés ! La revue a servi de tremplin à différents auteurs reconnus, tel Bilal ou Jodorowsky. Elle a marquée son époque et son influence a même atteint l’autre côté de l’atlantique chez les américains qui ont crée leur propre version du magasine, « heavy metal ». Et certains auteurs comme Moebius nommé plus haut ont même été appelés à participer à la conception graphique de films de SF devenus cultes (le cinquième élément, alien, tron).

Un mélange de genre surprenant

En reprenant la structure une histoire par épisode, la série s’apparente ainsi à une anthologie qui n’est pas sans rappeler des œuvres comme la « 4ème dimension ».

Ce type d’histoire n’est pas sans rappeler les nouvelles, format chère à la science-fiction, avec des histoires courtes se concluant souvent par une révélation ou un retournement inattendus.

Aliens hideux, cités futuristes, humour noir ou ambiance pesante, univers sombre, malsain voir totalement kitch, mélange audacieux de genre ou d’époque, déluge d’armes à feu, guerrières aux formes parfaites, la série reprend les éléments traditionnels de la science-fiction, tout en conservant le côté caricatural de l’époque, pour créer une sorte de plaisir coupable, et une vraie curiosité.

Les 12 épisodes (6 par saisons) sont de qualités diverses, si certains sont séduisants par l’univers qu’ils proposent, leur ambiance visuelle ou la réalisation, voir la fin surprenante, d’autres sont plus anecdotiques. Le format de 30 minutes par épisode ne permet pas non plus de réellement approfondir l’univers ou l’histoire, ce qui donne parfois une impression d’inaboutissement. Enfin le jeu des acteurs s’avère inégal.

On pourrait citer comme histoire intéressante celle avec la planète des moines tortues (pour les décors spatiaux), les gladiateurs (pour le mélange des époques), la révolte des robots (pour la réalisation des combats), le far west, le château ou personne ne meurt (pour l’ambiance malsaine), et celle avec les simulations virtuelles (pour l’idée développée).

Une saison 3 semble être prévu avec un changement dans la forme : elle contiendrait 12 épisodes pour des histoires plus sérialisés et un casting récurrent.

Une curiosité

Pas une œuvre indispensable à voir certes, « Metal Hurlant Chronicles » est toutefois un projet suffisamment rare pour mériter que l’on s’y intéresse, d’autant qu’elle ne prend guère de temps à visionner et qu’elle permet de découvrir l’univers caractéristique d’un magazine français qui a marqué le 9ème art (un film existe par ailleurs), dont le style graphique se retrouve dans plusieurs films, et une œuvre majeur d’une science fiction sans limite, diverse et variée, ouvrant la porte à des horizons infinies. A noter que la saison 2 est dans l’ensemble meilleure que la première.

Metal Hurlant Saison 2 Teaser episode 1 « the Endomorphe »

Metal Hurlant Chronicles : Fiche technique

Création : Guillaume Lubrano
Réalisateurs : Guillaume Lubrano
Scénaristes : Guillaume Lubrano (12 épisodes), Justine Veillot (7 épisodes) et Dan Wickline (1 épisode)
Producteurs : Guillaume Lubrano, Justine Veillot
Musique : Jesper Kyd
Société de production : WE Productions, Belvision et Nexus Factory
Genre : Science-fiction
Chaîne d’origine: France 4
Nationalité : Français, Belgique
Nombre d’épisodes : 12
Durée : 30 minutes

 

TCM Cinéma Programme : À bout de course

Mardi 19 avril, TCM Cinéma diffuse un des chefs d’œuvre du grand Sidney Lumet

Synopsis : à 17 ans, Danny est un jeune Américain comme les autres. Il joue au base-ball avec ses copains, il fait du vélo ou du piano, etc. Mais lorsque deux voitures suspectées d’appartenir au FBI sont aperçues près de sa maison, sa famille et lui doivent repartir. Les parents de Danny sont poursuivis par les autorités fédérales pour avoir commis en 1971 un attentat qui a grièvement blessé et handicapé un gardien. Depuis, tous les six mois, Danny doit changer de ville et de vie, adopter une nouvelle identité et intégrer une nouvelle série de mensonges.

Tourné dans la seconde moitié des années 80, après un film (Le lendemain du crime) plus que décevant, À bout de course rassure les admirateurs du grand cinéaste : il est encore capable de signer un véritable chef d’œuvre qui porte la marque de son intelligence et de sa subtilité.

Portrait d’un adolescent

Le film est donc principalement le portrait d’un adolescent, incarné d’une façon magistrale par River Phoenix. Et l’adolescence, c’est le moment où un jeune est tiraillé entre son enfance auprès de ses parents et sa volonté d’une vie d’adulte autonome. C’est cela que montre Lumet en priorité ici. La scène finale du film se déroule à un carrefour et l’on peut voir nettement deux routes partir dans des directions différentes : cette image résume le long métrage.

D’un côté, il y a la fidélité à ses parents, qui ont été des activistes d’un groupe d’extrême-gauche au tout début des années 70. Le père (Judd Hirsch, que Lumet avait déjà dirigé dans Serpico, et qui tient ici le rôle de sa vie) est toujours fidèle à ses opinions, parfois jusqu’à la caricature (au point de rejeter la musique classique, considérée comme bourgeoise). Il exerce une autorité qu’il voudrait incontestable sur sa famille, prenant toute les décisions, maintenant une mainmise paranoïaque sur sa femme et ses enfants (« on est une unité », dira-t-il comme toute justification à une future fuite). Mais Lumet, avec la grande intelligence qui le caractérise, ne juge pas et ne condamne pas cet homme. Le spectateur le trouve excessivement sévère et directif ? Il suffit d’une scène de tendresse avec ses enfants pour faire pencher la balance de l’autre côté et nous montrer un homme sincère et intègre, aimant franchement sa famille.

Mais ce père refuse de voir la réalité en face. Sa famille se délite progressivement. Tout le monde veut quitter ce mode d’existence trop contraignant qui interdit toute vie sociale. Et Danny est celui qui semble donner l’impulsion de départ. Parce que vivre normalement, comme n’importe quel adolescent, devient un désir de plus en plus fort. Son attachement auprès de son prof de musique, son histoire d’amour avec Lorna, la question de son avenir et de sa possible entrée à l’université, tout cela s’oppose frontalement à la vie de fugitif imposée par ses parents.

Film politique

En s’attachant à ce personnage qui va à contre-courant de ses parents, Lumet retrouve un de ses  procédés narratifs habituels : celui du solitaire qui s’oppose au groupe. Comme Henry Fonda face aux autres jurés (dans Douze Hommes en colère), comme Treat Williams face aux flics corrompus qu’il balance (dans Le Prince de New-York), Danny est celui qui va en sens contraire et qui va, progressivement, en entraîner d’autres avec lui.

L’autre thème que l’on retrouve souvent chez le cinéaste, c’est celui de la famille. Et ici il est, bien entendu, en première ligne. La famille représente à la fois le lieu de développement de ses capacités et de son caractère (la mère qui apprend à Danny à jouer du piano) et l’endroit des interdits où ces capacités sont étouffées (Danny joue merveilleusement bien du piano, mais à la maison il le fait silencieusement, et il n’y a qu’à l’extérieur que ce don peut éclater au grand jour, loin du cocon familial).

À travers ces portraits de personnages complexes et en pleine mutation, Lumet fait preuve d’une grande subtilité. Jamais il ne juge ce qu’il montre, ne cherchant pas à condamner les engagements des parents par exemple, mais montrant à quel point l’époque a changé. Les convictions et les procédés des années 70 paraissent désuets à la fin des années 80, et le militantisme actif s’est transformé en banditisme.

Jamais le cinéaste ne force le trait, et c’est pour cela que ce film touche autant les spectateurs. Évitant les pièges du mélo, À bout de course n’en est que plus émouvant, et le final est absolument irrésistible. Refusant de traiter directement de politique, Lumet signe paradoxalement une grande œuvre politique sur l’engagement, l’éducation, la place de la famille dans la société.

Avec un casting impressionnant de justesse et une mise en scène d’une grande maîtrise, Sidney Lumet signe un chef d’œuvre émouvant, un grand film sur la famille et la politique.

À bout de course – Bande annonce

À bout de course – Fiche technique

Titre original : Running on empty
Réalisateur : Sidney Lumet
Scénario : Naomi Foner
Interprétation : River Phoenix (Danny Pope), Judd Hirsch (Arthur Pope), Christine Lahti (Annie Pope), Jonas Abry (Harry Pope), Martha Plimpton (Lorna Phillips), Ed Crowley (Mr. Phillips)
Photographie : Gerry Fisher
Montage : Andrew Mondshein
Musique : Tony Mottola
Producteurs : Amy Robinson, Griffin Dunne
Sociétés de production : Double Play, Lorimar Film Entertainment
Société de distribution : Warner Bros
Budget : 3 millions de dollars
Date de sortie en France : 26 octobre 1988
Durée : 111’
Genre : drame

 

États-Unis – 1988

Le Livre de la jungle, un film de Jon Favreau : Critique

Chez Walt Disney Pictures la production de remakes en prise de vue réelles de leurs vieux dessins animés est devenu monnaie courante. C’est un moyen peu inventif de se faire de l’argent car il consiste à produire des films qui ne nécessitent pas de gros efforts dans l’élaboration d’un scénario puisque les bases sont connues de tous.

Synopsis : Recueilli par des loups, le jeune Mowgli (Neel Sethi) est contraint de quitter sa nouvelle famille afin de fuir le redoutable tigre Shere Khan (Idris Elba) qui jure de l’éliminer. Guidé par la panthère Bagheera (Ben Kingsley), il entreprend alors un voyage initiatique dans la jungle et part à la rencontre des animaux qui la peuplent.

Un remake qui en fait peu…

Et le succès est quasiment garanti car le film attire un public grâce à la fibre nostalgique de personnes qui veulent se replonger en enfance ou qui veulent montrer l’univers avec lequel ils ont grandi, dans une version plus moderne, à leurs propres enfants.  Jusqu’à maintenant ses adaptations live ont connu un franc succès, permettant au studio de gagner gros en faisant peu car même s’il y a un succès public indéniable à ce genre d’entreprise, il faut reconnaître que la qualité des produits fournis laisse à désirer. Alice aux pays des merveilles de Tim Burton, Maléfique avec Angelina Jolie et le Cendrillon de Kenneth Branagh sont des films paresseux et sans âme qui sont au mieux pas terribles comme pour le film de Branagh et au pire mauvais voire médiocre comme pour celui de Burton et le Maléfique. Cette fois-ci c’est Jon Favreau, réalisateur entre autres des deux premiers Iron Man, qui a la lourde tâche de donner un intérêt à ces projets avec son adaptation du Livre de la jungle, qui a au moins pour elle le mérite de laisser entrevoir une vraie prouesse technique.

Il ne faudra pas attendre grand chose du scénario, qui a pour seul mérite d’essayer de se détacher de la version animée sortie en 1967. Le récit reste dans les grandes lignes le même, mais c’est le regard porté sur celui-ci qui change drastiquement. Beaucoup plus sombre avec de vraies envies de maturité, le film s’impose comme un spectacle sérieux où l’humour se fait relativement rare. Une chose qui déstabilise beaucoup et qui souligne le premier problème de l’adaptation : elle ne sait tout simplement pas où aller. Elle n’est clairement pas destinée aux enfants qui risquent de s’ennuyer devant ce spectacle morne et sinistre qui est plus parcouru par un sentiment de mélancolie et de désespoir que d’un vrai souffle de bonhomie et d’inconscience qui caractérisait tout ce qui faisait la saveur du dessin animé. Mais elle n’est pas non plus pensée pour être un spectacle adulte, étant bien trop légère dans son écriture et faisant sans cesse référence à l’ancienne adaptation, essayant de faire de l’humour avec Baloo ou en réutilisant deux chansons directement issues du film de 1967. Elles sont d’ailleurs très mal intégrées dans le récit et perdent toute leur saveur car elles ne correspondent pas à l’univers dépeint ici, soulignant bien les problèmes de tons de celui-ci et le fait qu’à force d’essayer de faire un spectacle adulte tout en alimentant l’aspect enfantin du projet il n’aboutit dans aucune des deux démarches. Il essaye même de remettre la scène culte du serpent Kaa mais il l’a réduite à une simple scène d’explication sur les origines de Mowgli et l’expédie en une poignée de secondes. Elle n’est ni le sommet d’hilarité qu’elle était dans le dessin animé, ni la scène menaçante et glauque que l’on veut nous laisser entrevoir durant son exposition. Dans l’ensemble, la plupart des idées ou des tentatives entreprises ici se soldent par des échecs. Le méchant est caricatural et la manière que le récit à de le lier à Mowgli est maladroite voire même extrêmement ridicule lors du final, la relation entre Mowgli et Baloo est expédiée comme le traitement de Bagheera ainsi que tout ce qui entoure les hommes. Car il y a vraiment une recherche de mystification autour des hommes, les présenter comme des êtres abstraits et menaçants mais même cette tentative assez intéressante est gâchée par un traitement trop en surface pour que cela puisse prendre une véritable importance. Après on retiendra quand même le développement fait autour des loups, la vie de Mowgli au sein de la meute étant plus développée que par le passé, donnant un vrai poids à ses motivations même si on regrette que Mowgli soit lui-même traité en facilité scénaristique, étant une espèce de MacGyver qui sait se sortir de n’importe quelle situation, enlevant de la sorte tout enjeu au récit. Au final, la seule séquence qui apparaît comme une véritable réussite, entre hommage amusant au dessin animé et renouveau plus sombre, c’est celle qui implique le Roi Louie. Prenant, bien écrit et efficace, c’est le seul passage qui parvient vraiment à accrocher et à faire ressentir des choses aux spectateurs.

Le tout parvient quand même à être soutenu par un casting vocal impeccable. Même si les prestations d’acteurs ne sont pas folles, la distribution des rôles se montre ingénieuse. Bill Murray apparaît comme une évidence dans le rôle de Baloo avec sa voix rassurante et bon enfant tout comme Idris Elba qui fait vraiment des merveilles en Shere Khan avec son timbre grave et menaçant. L’idée de génie vient surtout dans le fait d’avoir donné le rôle de Kaa à Scarlett Johansson qui grâce à sa voix envoûtante et son timbre si particulier arrive à magnifier le personnage. Il est juste dommage qu’elle soit totalement sous exploitée. Le reste du casting est aussi très bon, même s’ils font un travail plus classique dans leur genre, comme Ben Kingsley qui au final reste égal à lui-même en Bagheera. On regrettera juste que le jeune Neel Sethi ne soit pas particulièrement bon acteur, surjouant beaucoup trop et ne parvenant pas à rendre son Mowgli mémorable ni même attachant.

Pour ce qui est de la réalisation, il faut reconnaître que la prouesse technique est bien là. Les effets spéciaux semblent plus vrais que nature, les détails sur les animaux, dans les décors, etc. sont vraiment impressionnants. Même si évidemment tout ça n’est pas parfait (les effets de la pluie sont assez mal retranscrits sur les animaux car on a du mal à percevoir s’ils ont le poil mouillé ou non) ça reste suffisamment discret pour ne pas entacher le visionnage. Surtout que l’ensemble est soutenu par une photographie chatoyante, qui rend les couleurs criardes et très chaudes lors des moments d’insouciance comme elle peut se montrer très sombre voire anxiogène lors des scènes de tension. Le montage permet une lisibilité constante sur les événements et assure un rythme effréné, le film malgré ses défauts n’ennuie jamais, tandis que la musique est correcte même si elle manque d’inspiration. Elle accompagne bien les images, reprend de différentes manières les anciennes chansons du dessin animé mais reste peu mémorable. La mise en scène de Jon Favreau sent le chaud et le froid. Même si on reste admiratif devant sa capacité à associer prises de vue réelles et animation et que l’on s’incline devant sa manière très fluide de jouer avec la verticalité des décors, on ne peut qu’être déçu de le voir autant de fois céder à la facilité. Pompeux par moments, bien trop théâtral et lourd dans certains de ses effets et usant en abondances des jumpscares, il se montre autant inventif et énergique dans son travail que paresseux et prévisible. C’est d’autant plus dommage qu’il arrive vraiment à offrir des séquences mémorables à l’imagerie forte comme la scène au royaume des singes qui est un très bon moment de mise en scène, mis à part peut être un jumpscare trop prévisible, mais à cause de certains effets trop génériques, il les dépossède de leur force iconique pour en faire un rendu global sans âme et peu innovant.

Le Livre de la jungle est une adaptation plutôt moyenne du livre de Rudyard Kipling et un remake décevant du dessin animé de 1967. Il ne parvient jamais vraiment à trouver sa propre voie ni même à justifier son existence en dehors de l’appel du profit. La démarche est assez honteuse mais il faut admettre que dans la catégorie remake en prises de vue réelles, il est peut être le plus réussi sorti à ce jour. Même si l’écriture maladroite l’empêche d’être un bon film pour enfants comme un film adulte et que le traitement global de l’histoire est bien trop succinct et caricatural, on reste conquis par la prouesse technique qui en fait au moins un divertissement qui se suit. Car la mise en scène, au-delà de ses relents de fainéantises, possède vraiment ses fulgurances et arrive à offrir ici et là de très bonnes scènes toujours soutenues par un casting vocal au top. Dommage que le seul acteur physiquement présent ne soit pas aussi convaincant dans son rôle. Une suite semble déjà être en préparation et il ne fait aucun doute que le film va trouver son public et être un joli succès commercial, mais hormis ça il n’est pas grand chose de plus. Un simple produit destiné au profit qui se regarde, qui peut parfois se faire apprécier mais qui au final s’oublie très vite.

Le Livre de la jungle : Bande annonce

Le Livre de la jungle : Fiche technique

Titre original: The Jungle Book
Réalisateur : Jon Favreau
Scénario : Justin Marks, d’après le roman éponyme de Rudyard Kipling
Interprétation: Neel Sethi (Mowgli), Bill Murray (Baloo), Ben Kingsley (Bagheera), Idris Elba (Shere Khan), Lupita Nyong’o (Raksha), Christopher Walken (King Louie), Scarlett Johansson (Kaa),…
Image: Bill Pope
Montage: Mark Livolsi
Musique: John Debney
Costumes : Laura Jean Shannon
Décor : Amanda Moss Serino
Producteur : Brigham Taylor
Société de production : Walt Disney Pictures
Distributeur : Walt Disney Pictures
Récompenses : Oscars 2017 du Meilleur effets visuels pour Robert Legato, Adam Valdez, Andrew R. Jones et Dan Lemmon
Durée : 105 minutes
Genre: Aventures
Date de sortie : 13 avril 2016

Etats-Unis – 2016

Séries Mania 2016 : The Five d’Harlan Coben

0

Festival Series Mania 7eme édition : The Five et la rencontre avec Harlan Coben

On termine avec la première série en compétition mondiale et internationale. 20h25. Les portes ré-ouvrent bien tardivement, normal, après David Chase, il fallait bien libérer la salle 500. La directrice des acquisitions étrangères de Canal + laisse planer le mystère sur la première création télévisuelle de l’écrivain à succès (de retour après Une chance de trop avec Alexandra Lamy), si ce n’est la date de diffusion du 28 avril 2016. The Five part d’une base simple, aux couleurs superficiellement électriques. Jesse Wells, un petit garçon âgé de 5 ans, qui s’est enfui en plein après-midi du parc alors qu’il était sous la surveillance de son frère Mark et de sa petite bande de copains. Vingt ans plus tard, Danny, un des amis de Mark devenu flic, apprend que l’ADN de Jesse a été retrouvé sur une scène de crime. Il est vivant, quelque part, et peut-être est-il devenu meurtrier. Son frère et ses amis se lancent à sa recherche. Quelle déception! En plus de véhiculer un surplus de clichés scénaristiques éculés (le duo genré de policiers, la disparition de l’enfant, les retrouvailles amicales, les secrets familiaux), le récit peine à faire exister ses personnages réellement. La relative bonne surprise pour les sériphiles restent le retour de O. T. Fagbenle (Looking) et Tom Cullen (Week End, Downton Abbey) qui jouent sans nuances des personnages hétéros. Malgré une amère et persistante impression de déjà vu, The Five ressuscite le club des 5 pour une énième disparition d’enfant. Si The Missing nous prend aux tripes, le show en 10 épisodes n’a aucune saveur originale, ennuierait presque autant que The Family sur ABC. Les mouvements de caméra sont amples et aériens, l’utilisation de la musique inappropriée et les dialogues risibles par leur manque de conviction.

Tout ceux qui prennent la parole ont été convaincu par cette heure et demi de ce polar inspiré d’un mauvais épisode des Experts. Le jury quitte précipitamment leurs sièges lorsque les lumières se rallument avant même que Harlan Coben n’ait pu s’installer sur le tapis central rouge. Pas bon signe ?

The Five: Fiche Technique

Créateur(s) Harlan Coben
Scénariste(s) Danny Brocklehurst, Avec Tom Cullen, O-T Fagbenle, Lee Ingleby, Sarah Solemani
Réalisateur(s) Mark Tonderai
Producteur(s) Red Production Company
Vendeur international StudioCanal
Diffuseur(s) R.-U. : Sky 1

Année de production 2016
Version vostf
Pays R.-U.

Festival Séries Mania 2016 : Four Seasons in Havana

Four Seasons In Havana : flic, mélancolie, passion, sexe, meurtre et narcotiques

            À l’occasion de la projection de ses deux premiers épisodes, CineSeriesMag a découvert la série Four Seasons in Havana en première mondiale. Créée et co-scénarisée par le cubain Leonardo Padura d’après ses propres nouvelles, le show allemano-espagnol nous emmène à Cuba dans les années 90. Conde, un lieutenant de police mélancolique et désabusé, enquête sur l’assassinat d’une jeune professeure de lycée, militante de la Jeunesse communiste, dans la Havane gangrénée par d’obscurs mafieux, et contaminée par les drogues.

            Dans le programme du festival, on peut lire ceci : « Une série fidèle au roman noir de Padura, pour goûter l’atmosphère du pays et lever le voile sur les contradictions de la société cubaine ». D’abord, nous ne saurions dire si ce que nous avons vu est fidèle ou non à l’œuvre originale. Toutefois il faut rappeler que le romancier est créateur et coscénariste de la série, donc nous réfléchirons tout de même son écriture, « formidable » a-t-on pu entendre en introduction de la séance. Four Seasons in Havana possède tous les codes du genre Noir. Un flic désabusé et mélancolique, une atmosphère lourde, un commissaire un peu balourd, collègue qui ne manque d’humour, le love-interest avec une histoire d’amour « impossible », une ville-personnage qui nous apparaît tel un labyrinthe avec les nombreuses contre-plongées… Il être clair sur un point, l’intrigue et les codes du genre n’apportent rien de nouveau dans l’univers télévisuel. C’est vu, revu et digéré mille fois. Les fans de roman/film noir devraient s’amuser à retrouver cette éternelle galerie de personnages et cette intrigue aux péripéties et séquences devenues des archétypes (l’interrogatoire, le mensonge d’un personnage, puis ses révélations ; le flic désabusé avec son love interest qui lit en lui, car elle est la seule à pouvoir vraiment communiquer avec ; le flic-justicier ; etcetera). La série ne réutilise pas ces codes pour mieux les réinventer hélas, mais elle a quelques atouts.

            Son atout de taille est son espace, la Havane. La ville cubaine se présente comme un labyrinthe étouffant, coloré mais usé par son Histoire. Histoire avec un grand H de la ville, et plus largement de Cuba. Ainsi l’on trouve à de nombreuses reprises dans l’image des panneaux de propagande du gouvernement Castriste vantant la révolution, exposant de par leur distance avec la réalité abimée de la ville, ou encore celle du policier, embourbée dans la mort et la drogue, les paradoxes du pays. Ces instants sont intéressants et légers, subtils pourrait-on dire, à l’inverse des moments de nostalgie présents dans la série. « Moment » parce-que l’on peut distinctement les noter tant le manque de subtilité de l’écriture et de la réalisation est important. Un exemple : le policier héros est mélancolique (oui, encore et toujours) à cause de la femme dont il vient de faire la rencontre et de tomber amoureux, tout à coup son frère lui parle de l’Angola, de cette guerre pour laquelle il a combattu sans savoir pourquoi. Après ce discours, il termine en lui disant : « Vie ta vie à fond ». Un deuxième exemple : le héros est en soirée avec des amis, ils boivent, ils parlent du passé, puis de leur présent, et assènent des critiques envers ce pays qu’ils ont servi, qu’ils servent, mais qui les a desservi voire asservi, peut-on entendre.

            Hormis les couleurs de la ville et sa présence bien réelle à travers des plans en contre-plongée inspirés de Collatéral entre autres, les acteurs existent bien en tant que tels. C’est-à-dire que les acteurs et leurs personnages ne sont respectivement pas crédibles et réalistes sauf si l’on accepte que Four Seasons in Havana soit une pure fiction. Les acteurs, s’ils ne sont pas mauvais, en font bien trop comme leurs personnages. On peut se remémorer la scène de l’attaque de la planque d’un mafieux, il nous faut alors arrêter de penser au réalisme, puisque le héros abandonne rapidement ses collègues, plus intelligent et observateur que quiconque, il saura retrouver le malfrat. Un autre policier saura tout de même le rejoindre au moment propice, histoire de pimenter l’action, d’apporter la péripétie, l’event. Si la réalisation est très inspirée, elle n’est pas donc pas originale. Vous trouverez même les éternels plans proches du téléphone qui sonne, le personnage en arrière plan flou arrive pour l’attraper et reçoit l’appel révélateur ; le moment Deus Ex Machina en somme. On sera toutefois surpris par l’épisode 2 qui présente bien des scènes de passion, de nu et de sexe. L’une d’entre elle, avec la musique « jazzy » en fond sonore, est kitch à souhait. On y voit quasiment entièrement le corps nu du love interest du héros. Les deux ont un rapport sexuel dans une certaine position, et avec une position et un angle de caméra un peu en biais en diagonale par rapport aux corps du duo. Le film érotique du samedi soir n’est pas loin. Cette scène est assez symptomatique des épisodes qui ont été projetés, l’ensemble semble appeler à un rejeu des codes et clichés du genre, sans chercher à le penser et à le réinventer.

            Enfin le personnage principal est étrangement paradoxal, il est flic mélancolique mais tout de même enjoué. On sait que le héros du genre noir peut être paradoxal, toutefois l’interprétation tient plus à retranscrire une schizophrénie du personnage qui peut virer de la passion à la nostalgie noyée dans la tristesse, du détective cool au héros tendu sous pression… Aussi parce-qu’il est amoureux, il va se remettre tout à coup à écrire… Certes, un humain réagit de manière différente selon les situations, mais répétons-le : au-delà de l’écriture parfois troublante du personnage, le jeu du comédien principal, Jorge Perugorria – acteur reconnu grâce à sa performance dans Fraise et Chocolat de Tomàs Gutiérrez Alea – est tel que le personnage parait schizophrène, tant il ne cesse de surprendre, n’ayant pas de véritable conduite relativement claire et cohérente, n’étant pas assez dessiné. Mais attention, cet écrit porte sur les deux premiers épisodes, l’arc des « Vents de la Havane ». Qui sait ? Peut-être l’avenir apportera du changement, notamment de la nouveauté et un récit mieux maîtrisé et donc plus homogène.

Juste une dernière note concernant la projection qui fut quelque peu gênée par des problèmes visuels, l’image se disloquait littéralement dans une pixellisation blanche, et des problèmes sonores causés par la/les personnes manipulant le PC servant à la projection. En effet nous avons pu entendre à de nombreuses reprises des sons indiquant le succès de copie ou encore le chargement de pages internet. Ce qui est plutôt moyen.

Four Seasons In Havana: Fiche technique

Créateurs: Leonardo Padura, Lucía López Coll, d’après les nouvelles de Leonardo Padura
Scénaristes: Leonardo Padura, Lucía López Coll
Réalisateur: Félix Viscarret
Avec Jorge Perugorría Carlos Enrique Almirante, Mario Guerra, Luis Alberto García
Producteurs: Tornasol Films, Nadcon
Vendeur international Wild Bunch TV
Diffuseur(s) Espagne : TVE
Année de production 2016
Version vostf
Pays Espagne-Cuba-Allemagne

Festival Séries Mania 2016 : Norskov, le nouveau polar nordique

Norskov, le nouveau souffle du polar nordique

            Un discours politique, celui du maire de la ville danoise, Norskov. Il a de grands projets pour la ville, un éco-port, un nouveau lycée… Le discours terminé, il se rend au match de hockey sur glace, sport fédérateur de la ville. Le stade est en ébullition. Pendant ce temps, une voiture emplie arrive sur le parking du bâtiment. À l’intérieur du véhicule, des jeunes gens sont énervés, excités. L’un d’eux sort une quantité importante de cocaïne. Un autre garçon, Oliver, est débecté de voir ça, il sort de la voiture et part voir le match. Les autres se « poudrent le nez » de manière inconséquente. L’une des jeunes femmes sniffe deux rails blancs. Elle souffre au niveau du crâne, ses camarades paniquent. Elle fait une overdose. La voiture quitte le parking sur les chapeaux de roue, laissant sur le pavé du parking la lycéenne. Ainsi commence Norskov, la série policière danoise créée et scénarisée par Dunja Gry Jensen, dont les trois premiers nous ont été présentés en avant-première française au festival Séries Mania.

            Tom Noack (interprété par Thomas Levin, notamment aperçu dans Borgen), policier spécialisé dans les trafics de stupéfiant, revient dans sa ville d’origine, Norskov. Au service de la ville qui l’a vu grandir, il doit enquêter sur les affaires de drogues minant la cité et ses grands projets. Le maire, son beau-frère, est satisfait de ce retour, et compte sur lui pour réussir sa mission. Mais la ville a changé, certains amis et d’autres connaissances aussi. On pourrait dire du pitch de la série qu’il n’est pas brillant d’originalité, nous assure le présentateur de la séance. Après tout on y retrouve du Friday Night Lights, du Hot Fuzz ou encore l’aspect village transformé de L’invasion des profanateurs de sépulture. Et pourtant, Norskov ne manque pas de l’être, brillante.

            La force du show se situe dans le scénario et son traitement visuel, le récit donc. Car à l’inverse des espaces froids et glauques aperçus dans des séries nordiques (The Killing par exemple) et plus largement des polars, Norskov se présente à de nombreuses reprises comme une ville vibrante et vivante la nuit mais toutefois plongée dans ses ténèbres. Une bande-son électro fait de cette ambiance urbaine nocturne un élément passionnant véritablement inspiré par Michael Mann : on pense à Heat et Manhunter. Élément qui fait transcender la série de son genre pour l’exposer en tant qu’œuvre sur l’humain.

            Si le traitement de la ville tient presque du travail de symbolisme même si elle reste souvent filmée à hauteur d’homme, à partir du point de vue d’un personnage, le reste de l’action est justement caméra à l’épaule. L’objectif accompagne les faits et gestes des personnages principaux, et de ceux qui occupent l’espace investi. Ainsi l’introduction du pilote capture le discours du maire, puis les corps sportifs sur la glace, leurs coups de crosse, leurs mouvements de patins, et ceux des jeunes se droguant : la tête se penche, la narine se resserre tandis qu’elle sniffe. En cela, il s’agissait de capter une double euphorie, celle due par l’annonce de grands projets collectifs et l’expérience aussi collective – on dira même communautaire – du sport, et l’autre, causée par les ténèbres de l’humain, sa folie, et surtout sa perte, incarnée par la drogue dure. Il ne s’agit pas pour la créatrice-scénariste de juger de manière manichéenne les agissements des individus. Bien au contraire, Dunja Gry Jensen utilise toute son expérience du documentaire (et bien sûr celle acquise dans la fiction) pour filmer les faits et gestes des individus et du collectif, captant les vérités individuelles et la réalité collective. La série capte ainsi de manière réaliste et surtout naturaliste Norskov, ses habitants et ses événements. Hormis quelques images stylisées à coup de musique électro contemplative (par exemple, les plans sur la ville), la série tient presque du document sur le fonctionnement judiciaire et politico-administratif de Norskov. Ici, pas de flic avec un sixième sens, mais des agents travaillant ensemble, avec chacun leurs qualités. Brammar, le collègue de Tom, a le sens de la répartie et du relationnel, en plus d’être un agent efficace. Tom est plus discret, mais a le sens de l’observation, tout étant aussi un policier efficace, c’est-à-dire expérimenté, connaissant son métier, son cadre légal en termes d’action… Ici il ne s’agit pas de l’agent qui va organiser une opération d’attaque sur un repère sans mandats d’arrestation et de perquisition. Les lois existent dans la série telles qu’on les connaît, avec leurs contraintes, telles que le temps nécessaire pour obtenir une autorisation d’action, temps qui pourrait leur faire perdre des initiatives. Pareil du côté de la mairie où le beau-frère de Tom trichera quelque peu avec ces mêmes lois pour se jouer de ce temps qu’il n’a plus.

            Cette force de documentation et de captation des faits et gestes de personnages de deux univers différents mais collaborant ensemble n’est pas sans rappeler The Wire de David Simon. Enfin l’une des autres puissances remarquables de la série est sa galerie de personnages, leur écriture et interprétation. Il ne s’agit pas de jouer à un jeu de révélation, ou encore à une certaine sur-écriture humoristique pour rentrer dans le genre de la comédie. La vie se déroule devant nous, ainsi une blague tout à fait banale déjà vécue dans votre quotidien et faite pas les personnages les font rire comme ils nous font rire. Il y aura toutefois une importante révélation dans le troisième épisode, mais qui n’arrive pas comme un poil sur la soupe même si dans la salle, bien des spectateurs semblaient surpris. Soit les indices étaient maigres, mais tout de même. À voir comment avancera la série.

            CineSeriesMag vous conseille absolument la découverte de ce petit joyau télévisuel venu du nord. Vous pourrez d’ailleurs le découvrir prochainement sur Arte. Une dernière remarque : ayant pu découvrir les séries sur grand écran, nous avons été positivement surpris du potentiel cinématographique de Norskov, qui mériterait une place sur le grand écran.

Norskov: Fiche Technique

Créateur: Dunja Gry Jensen
Scénariste: Dunja Gry Jensen
Réalisateur(s) : Louise N.D. Friedberg, Birgitte Stæremose, Søren Balle
Avec Thomas Levin, Claus Riis Østergaard, Jakob Ulrik Lohmann, Anne Sofie Espersen
Producteur (s): SF Film Production
Vendeur international DR Sales
Diffuseur(s) Danemark : TV2 Danmark / diffuseur France : ARTE
Année de production 2015
Pays Danemark

Daredevil saison 2, une série de Drew Goddard: critique

La série Daredevil, qui peut être considérée comme étant à ce jour, la plus brillante des mises en images de l’univers Marvel, est aussi devenue le moyen de réconcilier les fans de Stan Lee et de DC Comics.

Synopsis: La suite des aventures de Matt Daredevil Murdock, le démon de Hell’s Kitchen, cette fois confronté à des Yakuzas, au Punisher et à son amour pour Élektra et…une autre femme.

Man In Red

Sombre, âpre et d’une brutalité crue comme on en voit peu ailleurs, Drew Goddard fait le pari de sortir l’adaptation super-héroïque de la mécanique des films pornographiques. On a trop pris l’habitude en effet, de vivre ce genre en tenant peu compte de scènes parfois plates, pour n’attendre que de voir le héros et ses super-pouvoirs en pleine action. Faute aux fans et faute à la production qui parfois, mise tout sur l’action et les effets spéciaux.

Daredevil va beaucoup plus loin, on croyait avoir atteint un sommet avec la première saison, reçue comme un étonnant coup de poing dans l’estomac, on n’arrive pas à croire que la deuxième est encore meilleure. La violence tellement marquée, donne cette fois dans le glauque et le malsain, retournant les estomacs peu préparés, les personnages secondaires prenant de l’épaisseur et gagnant en intérêt. Surtout, le diable de Hell’s Kitchen et désormais bien lui-même, de rouge vêtu et déchiré par des principes moraux, parfois peu en adéquation avec la mission qu’il s’est donnée: protéger New-York.

Cette deuxième saison résonne comme une amplification des qualités de la première, ce qui était une ébauche fait sens. On descend plus profondément dans l’esprit du héros, qui prend des coups comme aucun autre avant lui. Plus que tout autre, Drew Goddard parvient à faire de cette histoire une mythologie, rendant la « normalité » de Matt presque divine, rendant son sacrifice pour sa ville presque biblique. Il lui offre deux apôtres: Elektra et le Punisher, tous deux déjà adaptés sur grand écrans, qui trouvent ici leur idéal télévisuel. Elektra, c’est la française Élodie Yung (Gods Of Egypt). Féline, charnelle et sensuelle, elle devient rapidement le côté obscur de Matt, sa mauvaise conscience. Le Punisher est interprété par Jon Bernthal (Le Loup De Wall Street, Sicario), trainant parfaitement sa tristesse, sa mélancolie et surtout une soif de vengeance sans égale, comme autant de chaines à ses pieds. Si la série est brillante, le casting l’est tout autant.

Mais le tour de force de Daredevil la série, c’est peut-être sa construction, sa narration. Tout en la laissant exister pour elle-même, Drew Goddard parvient à faire de chaque saison (car c’est valable également pour la première) une transition vers la suivante. Dès la première minute du premier épisode, qui se suffit à lui-même, on est déjà dans la transition, dans la mise en place de la saison suivante. Rien d’artificiel là-dedans, rien de rébarbatif non plus, ça marche totalement et, cette soif d’une suite qu’on ressent généralement au dernier épisode, on la sent monter lentement comme une marée jusqu’à la dernière scène du dernier épisode, synonyme de jouissance de ce qu’on a vu et qu’on verra.

Daredevil confirme ses qualités de joaillerie haute-couture, l’ennui en moins. On sent la volonté de Goddard de faire un chef-d’oeuvre mais sans arrogance, avec juste la prétention du plaisir à offrir. Soignant autant les dialogues que l’esthétique des combats, autant les images que la bande-originale, il refuse de prendre les fans du devil pour de sombres crétins simplement assoiffés de sang. Il les sait fans de culture mythologique et persuadés qu’un jour, après la mythologie grecque, on apprendra à l’école la mythologie Marvel. Le temps dira s’ils se sont trompés.

Dardevil, saison 2 : bande-annonce

Daredevil Saison 2 : Fiche Technique

Titre original : Marvel’s Daredevil
Création : Drew Goddard
Réalisation : Peter Hoar, Phil Abraham, Stephen Surjik, Marc Jobst, Floria Sigismondi, Andy Goddard, Ken Girotti, Michael Uppendahl, Euros Lyn
Showrunners : Marco Ramirez et Douglas Petrie (saison 2)
Interprétation : Charlie Cox (Matt Murdock / Daredevil), Deborah Ann Woll (Karen Page), Elden Henson (Foggy Nelson), Jon Bernthal (Frank Castle / Punisher), Élodie Yung (Elektra Natchios), Rosario Dawson (Claire Temple)…
Décors : Loren Weeks
Costumes : Kevin Draves
Photographie : Matthew J. Lloyd
Montage: Jonathan Chibnall, Monty DeGraff, Michael N. Knue
Musique : John Paesano
Casting : Laray Mayfield et Julie Schubert
Producteurs délégués : Dan Buckley, Jim Chory, Steven S. DeKnight, Alan Fine, Peter Friedlander, Drew Goddard, Allie Goss, Kris Hennigman, Cindy Holland, Stan Lee, Jeph Loeb, Joe
Genre : Super-héros, action, thriller
Format : 13 épisodes de 42 minutes
Diffusion: Netflix

Etats-Unis – 2016

American Crime Story saison 1, une série de Ryan Murphy : Critique

Après cinq saisons réussies, American Horror Story nous offre son spin-off American Crime Story : The people vs O.J. Simpson, toujours diffusé sur FX depuis le 2 février 2016, et qui s’est achevé le 5 avril 2016.

Synopsis : Dans une villa luxueuse du quartier de Brentwood à Los Angeles, Nicole Brown Simpson et son ami Ron Goldman sont retrouvés assassinés la nuit du 12 juin 1994. Les indices retrouvés sur la scène du crime laissent penser que le meurtrier serait son ex-mari, le célèbre sportif Orenthal James Simpson. Une longue enquête déterminera si il est coupable, mais concernera surtout le respect des droits du peuple afro-américain aux États-Unis…

O.J. Simpson ou le procès du siècle.

Le principe est le même que pour la série mère : une anthologie qui reprend plus ou moins le même casting, mais qui interprètera de nouveaux personnages dans un univers différent chaque année.
Ryan Murphy (à qui l’on doit les célèbres séries Nip / Tuck, Glee, et American Horror Story) propose cette fois de se concentrer sur un crime, une affaire judiciaire qui sera le procès ultra médiatisé de O.J. Simpson, accusé d’avoir tué sa femme et son amant.
On peut imaginer les intentions de son réalisateur qui seront de renouveler tous les ans le genre en racontant l’histoire d’un meurtre réaliste, sous différents aspects.
En effet, la première saison aborde toutes les tournures du procès de Simpson, alors que la saison deux devrait se consacrer normalement à l’ouragan Katrina et ses conséquences.

Cette première saison, pleinement inspirée du livre de Jeffrey Toobin, The run of his life : The People vs O.J. Simpson, a parfaitement ré-adapté l’événement sous forme sérielle, de manière intelligente sans exagération et sans porter de jugement. C’est d’ailleurs là toute la force de cette histoire bien écrite car on traite du procès sous tous les angles sans prendre un parti particulier, que ce soit sous le regard de la défense, des procureurs, de l’accusé, ou même du jury. Nous développons ainsi, à travers un ou deux épisodes, les travaux de chaque personne concernée dans cette affaire, permettant aux spectateurs de mieux comprendre le déroulement du procès.

Murphy a fait les choses en grand pour cette nouvelle série en nous proposant un casting quatre étoiles. La talentueuse Sarah Paulson (connue pour avoir joué dans presque toutes les saisons de American Horror Story) interprète la procureure Marcia Clark, l’oscarisé Cuba Gooding Jr. reprend les traits de O.J. Simpson, et sa « Dream Team » est composée de David Schwimmer (Friends), John Travolta, et Courtney B. Vance, qui jouent respectivement Robert Kardashian, Robert Shapiro et Johnnie Cochran.
On retiendra essentiellement Sarah Paulson et Courtney B. Vance qui font le show tout le long de cette affaire.
Ils donnent tout, et nous offrent une magnifique interprétation qui prouve qu’ils sont les héros de ce procès et de cette première saison car on vit avec eux, on est témoin de leur combat, de leurs convictions en ce qui concerne O.J. Simpson. Nous ressentons également leur état d’esprit, leur force mais aussi leur épuisement sur ce cas qui a pris tout leur temps, on suit aussi leur intimité comme on ne pouvait pas forcément la représenter ou se l’imaginer à l’époque surtout pour le personnage de Marcia Clark qui a beaucoup souffert à cause de la presse et des médias s’en prenant constamment à elle.

La réussite de cette série se place aussi en son authenticité et cet effet de réalisme en reprenant des images d’archives d’époque qui servent à nous marquer, nous impliquer quand on regarde ces scènes de manifestations dans les rues, filmées par les journalistes ou des amateurs.
On peut voir ainsi un effet quasi documentaire qui présente et retrace un point important de l’histoire américaine avec la chute du personnage médiatique de O.J. Simpson.
Cette affaire a obsédé la population et rend la série tout aussi prenante qu’elle devait l’être dans les années 90 car elle mélange tous les codes propres de l’Amérique sur fond de drama : de la violence, du sexe, la race, le sport (combiné par le personnage de O.J.) avec comme seul témoin du crime le chien de la victime, la vérité est donc extrêmement difficile et délicate à obtenir.

De plus, une construction en 10 épisodes au lieu de 13 est une bonne idée. Cela permet une narration soutenue, développant de manière égale les différents personnages et de traiter du sujet à bonne allure, surtout avec les 3 premiers épisodes introduisant la découverte des corps, la suspicion autour d’O.J. mais aussi la maladresse de ce dernier qui décide de partir sans laisser de traces entrainant une course poursuite avec la police, diffusée en direct sur tous les écrans jusqu’à son arrestation et son jugement.
Finalement, cette série permet de remettre en perspective une affaire qui a eu lieu il y a plus de 20 ans aux jeunes générations qui ne sont pas forcément au courant de ce drame qui fut considéré comme le procès du siècle.

Enfin, par rapport au contexte, avec les premières minutes du pilote (qui montre une succession d’images d’archives), nous constatons que cette première saison traitera du déroulement du procès très médiatisé et de ce qu’il se passait en coulisse, mais pas seulement. Cela va bien plus loin en dénonçant les luttes raciales, car l’affaire en elle-même porte un regard sur le racisme dans le choix du jury, de certains avocats pour tenter de libérer ou, au contraire, emprisonner Simpson.
L’arrestation fait d’ailleurs directement écho à un autre événement marquant : les émeutes de 1991 à Los Angeles en réponse à la violence injustifiée de policiers qui ont frappé et brutalisé un membre innocent et non armé de la communauté afro-américaine, Rodney King.
Nous avons donc un rappel de cette lutte contre la discrimination dans ce procès avec le personnage de Mark Fuhrman (interprété par Steven Pasquale), policier raciste qui a contaminé la scène de crime avec des éléments incriminants dans l’espoir de renforcer l’incarcération d’O.J. Simpson.
Par conséquent, l’écriture et la réalisation permettent aux spectateurs de s’impliquer autant que les Américains des années 90 qui regardaient et suivaient toute l’affaire que ce soit dans les journaux, ou en direct à la télévision et sur de multiples écrans.

Ce spin-off, qui reprend la forme d’anthologie, a démarré sur une première saison qui s’approche de la perfection tant dans l’écriture, la mise en scène, que dans l’interprétation des acteurs. Ryan Murphy fait une proposition avec une série qui pourrait se montrer militante, mais son ingéniosité apporte beaucoup plus de nuances, le but étant surtout de représenter un pan de l’histoire américaine, et de montrer la véracité des faits sur ce procès, les conséquences que cela a engendré pour les citoyens américains, et les nouvelles façons de diffuser l’information qui a pris beaucoup de place dans le média audiovisuel.

Le pilote a rassemblé 5,11 millions de téléspectateurs, et la saison s’est achevée avec 3,268 millions de téléspectateurs.

American Crime Story : Bande Annonce

American Crime Story : Fiche Technique

Créateurs : Scott Alexander, Larry Karaszewski, Ryan Murphy
Acteurs principaux : Cuba Gooding Jr. (O.J. Simpson), Sarah Paulson (Marcia Clark), David Schwimmer (Robert Kardashian), Courtney B. Vance (Johnnie Cochran), John Travolta (Robert Shapiro), Sterlking K. Brown (Christopher Darden)
Producteurs : Ryan Murphy, Brad Falchuk, Nina Jacobson, Brad Simpson, Scott Alexander, Larry Karaszewski, Dante Di Loreto
Société de production : 20th Century Fox Television, Ryan Murphy Productions, Brad Falchuk Teley-Vision
Format : 10 épisodes de 42 minutes à 1h
Genre : Drame, Biographie
USA – 2016

Séries Mania 2016: Series Rebellion et Thirteen

0

Festival Séries Mania 7eme édition: La naissance de l’Irlande et l’adolescence kidnappée avec les séries  Rebellion  et  Thirteen

En plus d’une table ronde d’ouverture sur « l’avenir des séries est-il dans son passé ? » très peu stimulante (les journalistes semblent plus étendre leur savoir que faire avancer le débat), par rapport à l’année précédente, cette première journée s’est achevée avec plus d’une heure de retard sur la projection de Vinyl qui laisse vraisemblablement de glace. Aucun jugement n’est porté sur la réalisation de Martin Scorsese, mais le pilote de deux heures ne semble que peu convenir à un format télé et malgré tous les stéréotypes éculés (le juif porté sur l’argent, la blonde qui couche pour réussir, l’épouse triste), l’univers machiste porté par le trio célèbre, Jagger, Winter, Scorsese, ne sort que très peu des sentiers battus. En s’adressant à un public formaté à Broadwalk et au film Le Loup de Wall street, le pari était peu osé et l’on n’attache que peu d’importance au sort des producteurs. Heureusement que l’humoriste Nora Hamzawi nous a fait la surprise de chauffer la mythique salle du Grand Rex. Après la présentation des jury et particulièrement de David Chase qui a eu droit à une vidéo reprenant seulement plusieurs extraits des Soprano (pourquoi ? il a fait d’autres choses dans sa carrière), Bobby Cannavale est venu répondre à quelques questions posées par Charlotte Blum. Une année s’est écoulée entre le tournage du pilote, qui a duré plus d’un mois, et le deuxième épisode.

L’indépendance de l’irlande et une adolescence perdue

La deuxième journée ouvre sur la projection à l’UGC de Rebellion, sélectionnée au Panorama pour le prix coup de cœur des blogueurs. Cette mini-série irlandaise, la plus onéreuse de son histoire avec plus de 6 millions pour les 5 épisodes, créée par un dramaturge inconnu du grand public est portée par un trio féminin impliqué dans l’insurrection qui aboutira à la naissance de l’Irlande moderne. Entre War & Peace et Call The Midwife, la mise en scène élégante et le casting qui semble être sorti d’un remake de Downton Abbey ne suffisent pas à créer l’intérêt sur l’ensemble. Nous n’avons probablement pas la même vision du format sériel sensé habilement déconstruire un récit épique pour fidéliser le public. Il y a un arrière goût d’épique dans Rebellion, mais la linéarité scénaristique et dramaturgique rappelle celle d’un long métrage en plusieurs parties. Totale indifférence.

Extrait Trailer Rebellion

https://www.youtube.com/watch?v=2ueThSkUgk4

Rebellion  Fiche Technique

Créateur et scénariste: Colin Teevan
Réalisateur: Aku Louhimies
Avec Charlie Murphy, Ruth Bradley, Sarah Greene, Brian Gleeson
Vendeur international : Zodiak Rights
Diffuseur(s) : RTE One
Année de production 2016
05×52′
Pays Irlande

Thirteen n’est pas une surprise, nous avions découvert cette série il y a quelques semaines. Habitués au savoir-faire des britanniques en matière de drames (Broadchurch, Dr Foster, And Then There Were None, The Lucky Man …), nous avons une fois de plus savouré cette mini-série en 5 épisodes qui exploite, après Unbreakable Kimmy Schimdt, Room ou la récente et désastreuse série ABC The Family, la réclusion forcée et le trouble de l’adolescence/enfance à retrouver. La photographie fait écho à In The Flesh et le milieu judiciaire ainsi que les caractères font penser à The Fall. Si malheureusement la musique n’est que peu exploitée, l’approche emplie à la fois de tendresse et de mysticisme attise toutes les curiosités à la manière de The Enfield Haunting, en 3 parties avec Timothy Spall (Harry Potter, Mr. Turner). L’horreur n’est pas explicite ou sous forme de possession/exorcisme (quoique), mais elle est présente en filigrane, subtilement, dans le retour de cette adolescente de 26 ans au regard trouble et au teint de porcelaine, telle une poupée en pyjama qui n’aurait jamais vu la lumière du jour. Jodie Comer porte quasi à elle seule le show. La créatrice Marnie Dickens ayant fait ses armes sur Hollyoaks ou Ripper Street dépeint par oxymore le secret au sein d’une famille recomposée pour l’occasion. Au grain poussiéreux s’ajoute la fraîcheur d’une mise en scène moderne, couleurs ternes et chaleurs vives, se remémorer l’oubli… On aime !

Trailer Thirteen

Thirteen : Fiche Technique

Créateur et scénariste: Marnie Dickens
Réalisatrices: Vanessa Caswill, China Moo-Young
Avec Jodie Comer, Aneurin Barnard, Richard Rankin, Valene Kane
Vendeur international : BBC Worldwide
Diffuseur(s) : BBC Three
Année de production 2016
05×60′
Pays Royaume-Uni

rebellion-thirteen

A venir : NSU German History X, Four season in Havana, la rencontre avec David Chase, Harlan Coben présentant The Five…

Chien Enragé, un film d’Akira Kurosawa : critique DVD

Édité chez Wild Side, Chien Enragé un drame policier et social d’Akira Kurosawa, à redécouvrir 

Synopsis : Dans le Japon d’après-guerre, Murakami, un jeune inspecteur de police, se fait voler son arme de service par un pickpocket. Avec l’aide de l’inspecteur Satô, il va enquêter dans toute la ville.

Après son premier chef d’œuvre L’Ange Ivre, et suite à un passage chez les concurrents de Daiei Productions, Akira Kurosawa retrouve la Toho et ses deux acteurs Toshiro Mifune et Takashi Shimura, ainsi que toute son équipe technique, pour un film apparemment bien différent mais où l’on peut reconnaître les méthodes habituelles du grand cinéaste.

Thriller social

De prime abord, Chien enragé se présente comme un film policier : les deux personnages principaux sont des inspecteurs de police menant une enquête dans des milieux parfois louches. L’arme perdue par Murakami va servir à des crimes divers, et Akira Kurosawa montre qu’il sait maîtriser les techniques narratives propres au genre. Ainsi, on a une scène pleine de suspense qui se déroule dans un stade lors d’un match de base-ball. Plus tard, il filme une séquence remarquable sur les lieux d’un crime, où les plans, la musique et les dialogues se mêlent pour instaurer une ambiance  glauque et dramatique. Une fois de plus, à travers cet aspect policier, on peut sentir toute l’influence du cinéma occidental, américain en particulier.

Mais Kurosawa ne se contente pas d’une simple intrigue policière : son film se transforme également en description sociale. Toujours préoccupé par le sort des plus faibles, le cinéaste n’hésite pas à plonger ses spectateurs dans les bas-fonds des grandes villes. Cela permet à Murakami de découvrir l’existence d’un monde sous-terrain, avec sa population, ses rites, etc. Chaque progrès de l’enquête entraîne le policier et les spectateurs dans des lieux différents. A l’inverse de L’Ange Ivre, qui ne se déroulait que dans un lieu unique, Chien enragé multiplie les décors, nous plongeant successivement dans un cabaret, dans des quartiers populaires ou dans un stade… Et chaque nouvelle scène, dans un lieu différent, est réalisée d’une façon différente également. Le film se fait donc kaléidoscope social.

Personnages en miroir

Kurosawa aime ses personnages. Il ne les juge pas. Et les caractères sont essentiels dans l’histoire.

L’enquête montre d’abord l’opposition entre les deux policiers. D’un côté, Murakami est un jeune fougueux et impulsif. Manquant cruellement de subtilité, il fonce directement droit devant lui. Il n’hésite pas à attaquer frontalement témoins et suspects, quitte à les renfermer sur eux-mêmes.

Satô apparaît tout de suite comme son antithèse. Lors de sa première scène, il est assis en train de plaisanter avec une suspecte, de façon tranquille et débonnaire. Aussi calme que Murakami est brutal, il ne brusque rien ni personne mais incarne une force tranquille. Face à l’énergie incontrôlée de son jeune collègue, Satô prend son temps mais agit avec plus de réflexion.

Face aux deux policiers se trouve Yusa, celui qui est en possession de l’arme. Là aussi, Kurosawa ne se limite pas aux apparences : toute la fin du film est construite sur un jeu de miroir entre le petit criminel et le jeune policier. Les rapprochements entre les deux personnages sont nombreux. Ils ont suivi le même parcours. Tous les deux ont fait la guerre et on leur a tout volé à leur retour. Murakami avoue lui-même qu’à ce moment-là, il aurait pu mal tourner. De plus, lors de leur combat final, ils se retrouvent quasiment semblables, presque impossible à différencier, écroulés au sol, couverts d’une boue qui transforme leur costume en uniforme, rappelant ce passé militaire qui les rapproche.

Cette similitude entre le jeune policier et le criminel permet à Kurosawa de développer un peu le personnage de Murakami, mais aussi d’instaurer un débat passionnant entre Satô et lui au sujet de la responsabilité des délinquants. Un criminel est-il quelqu’un de foncièrement mauvais ou sont-ce les circonstances de sa vie qui ont fait de lui un hors-la-loi ?

À côté de cela, d’autres personnages secondaires sont aussi magnifiquement développés. Parmi ceux-là, il faut citer Harumi, la « chérie » de Yusa, jeune femme qui fait la forte tête mais dont le masque va tomber petit à petit, en particulier lors d’une splendide séquence où elle sera en face-à-face avec sa mère. Le spectateur assiste alors à toute une tragédie humaine qui se déroule devant ses yeux.

Harumi s’est perdue car elle n’a plus ses repères socio-culturels. Cela permet au cinéaste de développer un des thèmes principaux du film, le portrait de toute une société qui ne sait plus qui elle est, la description d’un Japon en phase d’américanisation forcée. Les valeurs traditionnelles, sociales et familiales ont disparu. Ce n’est pas un hasard si l’une des scènes principales du film se déroule pendant un match de base-ball, sport qui est un des exemples de ce métissage culturel.

En conclusion, Akira Kurosawa signe, une fois de plus, un film qui montre sa maîtrise du langage cinématographique. Sa beauté et son inventivité formelles se mettent au service d’une histoire humaine, une description pleine d’empathie de personnages ayant perdu leurs repères culturels dans une société en pleine mutation.

 

chien-enrage-akira-kurosawa-dvd

 

Chien Enragé – Extrait

Chien Enragé – Fiche Technique

Titre original : Nora inu
Réalisateur : Akira Kurosawa
Scénario : Ryûzô Kikushima, Akira Kurosawa
Interprètes : Toshirô Mifune (Murakami), Takashi Shimura (Satô), Keiko Awaji (Harumi), Isao Kimura (Yusa), Eiko Miyoshi (mère de Harumi)
Musique : Fumio Hayasaka
Photographie : Asakazu Nakai
Montage : Toshio Gotô, Yoshi Sugihara
Production : Sôjirô Motoki
Sociétés de production : Film Art Association, Shintoho Film Distribution Committee, Toho Company
Société de distribution : Toho Company
Date de sortie (en France) : 12 janvier 1961
Durée : 120 minutes
Genre : Policier, drame

Japon- 1949

Under Construction, un film de Rubaiyat Hossein: critique

Certaines parties du monde ne sont que trop peu représentées à travers le prisme de l’écran, qu’il soit médiatique ou cinématographique. La culture globalisée qui tend à uniformiser les sécularismes pour mieux en recracher les segments les plus conformes à la consommation serait une première explication rationnelle.

Synopsis: Roya, femme musulmane moderne issue de la classe moyenne, se bat pour trouver sa place dans le tentaculaire Bangladesh urbain. Après avoir été remplacée par une actrice plus jeune pour jouer le personnage de Nandini, l’archétype de la féminité bengalie, personnage central de la pièce politique de Rabindranath Tagore, Les Lauriers-rouges roses, elle réagit en décidant de recréer une nouvelle Nandini, mettant en avant son identité et sa sexualité, dans une nouvelle adaptation de cette pièce qu’elle situe dans une fabrique moderne de prêt à porter à Dhaka. 

L’Élégie des Possibles

 Une autre serait de s’abriter consciencieusement derrière la géographie lointaine de ces continents dont nous ne parviennent que des échos furtifs, raison de notre plate indifférence à cet «Ailleurs» plus dense et complexe que nos idées préconçues. Car il est une chose d’identifier un pays à un contexte politique ou social d’après des bribes d’informations retenues ici et là, il en est tout autre de lui rendre sa vérité pleine et entière, à fortiori lorsque l’identité multiconfessionnelle le constitue.

Le Bangladesh est un cas concert de cette tendance à l’audience hexagonale ténue. Plus que rares sont les possibilités qui nous sont offertes d’avoir accès à un pan de son histoire. Et lorsqu’elles existent, le confinement leur tient une place préférentielle. Saluons alors la très bonne initiative du Festival des Cinémas D’Asie de Vesoul, qui met à disposition du grand public des films rares venus d’une large partie de L’Asie mais aussi du Proche et Moyen-Orient ainsi que d’autres contrées voisines. Un bien beau panorama, dont l’on ne peut que se féliciter qu’il existe grâce à quelques défricheurs. Arrêtons-nous alors sur le dénommé Under Construction, prix du jury prix de la critique internationale et prix Emile Guimet à Vesoul ainsi que prix du public et du meilleur film de femmes au festival international de Dhaka. La réalisatrice Rubaiyat Hossain entend raconter le quotidien harassant de femmes en proie au patriarcat qui régit de fait la société bengalie. Et elle tente parallèlement d’esquisser un point de vue global sur la situation d’un pays ou les contradictions affirment sa lente avancée démocratique. Dans la classe moyenne d’aujourd’hui, une jeune femme musulmane moderne s’interroge sur la pratique de son art théâtral. Et elle veut remettre en cause la vision archaïque de la féminité que prône l’illustre auteur et dramaturge Rabindranath Tagore, poète d’un autre siècle.

En utilisant les ressorts artificiels de l’interprétation pour interroger l’essence de l’acte politique, la cinéaste nous tend une première piste sur ce qui pourrait s’apparenter à un discours sur le rapport de domination. Tandis que le metteur en scène, sûr de ses intentions, atone des sentences péremptoires sur la direction à suivre, la comédienne  creuse d’autres pistes qui redéfiniraient un contexte plus actuel. Il en va de même dans sa relation maritale, l’homme se satisfaisant de son aimable épouse tant que celle-ci n’outrepasse pas les règles de bonne conduite qu’il aura préalablement édicté sans son consentement. Mais dès lors qu’elle se permet de s’affranchir et qu’elle ose émettre une opinion personnelle plus avertie, la relation s’en voit menacée. Le socle familial n’est pas plus cet espace d’épanouissement, le père étant une figure lointaine dont il n’est même pas certain qu’elle soit ici mentionnée et la mère se cherchant dans les méandres d’une liberté provisoire qu’elle semble incapable de cerner. Enfin, la hiérarchie sociale devient de plus en plus pernicieuse, il n’est qu’à observer la dualité complice qui s’opère entre la maîtresse de maison et sa petite servante. Marâtre protectrice, grande sœur attentive autant que vitupérante, elle instaure à la relation une ambiguïté fluorescente qui pourrait bien signifier la fin de la servilité.

On le voit bien, cette navigation dans les eaux troubles d’une mutation sociologique rend compte avec discernement du nouveau paysage en cours. Le dogme religieux y est aussi traité mais jamais  ostentatoire. La place centrale qu’occupe la confession musulmane dans la région y est vue avec la distance nécessaire à sa compréhension. Elle  irrigue inévitablement son idéologie du sacré et conduit invariablement sa stratégie étatique. Qui peut malheureusement prêter à des dérives sectaires en conséquence. Proche d’un monothéisme dans son façonnement, elle ne supporte que difficilement la non-croyance en un Dieu archange protecteur et obscurcit les esprits étriqués. L’athéisme fait donc office d’acte philosophique blasphématoire et est promis aux pires feux de L’Enfer. Oser questionner cette approche est déjà en soi un défi courageux, qui plus est de la part d’une cinéaste émancipée qui essaye de faire bouger les mentalités.

Fort de cet esprit conquérant, elle essaime une superbe mise en forme de ce fond. S’appuyant sur un tragique fait-divers propre aux nations dites du «Tiers-Monde» (l’effondrement voici quelques années d’un bâtiment abritant les plus grandes marques du textile), la caméra tisse des plans de paysages en ruine et navigue régulièrement en rêves cauchemardesques et réalité non moins brillante. Ce procédé agit comme une prise de conscience soudaine que la «colonisation» étrangère cause bien plus de fracas qu’elle n’apporte de solutions bénéfiques. La sous-traitance industrielle banalise la mainmise destructrice du Nord repu de richesse sur son corollaire sudiste laissé pour compte.

Imbriquer cette idée dans la mise en scène du spectacle final revient à confondre dans un geste captivant la représentation objective du véritable dans l’illusoire démonstrative des images. Le cinéma est prétendument un art du visible mais son sens caché (lorsqu’il existe) le rend bien plus attrayant, rejoignant en cela la force évocatrice de la littérature. Il faut alors comprendre ces nombreuses embardées dans des habitations en fortification et ces sons hors-champ de marteau-piqueur comme une métaphore du devenir, Under Construction. Toujours passionnant de bout en bout, cela laisse présager d’un futur intéressant pour la visibilité de ce genre de films. Et plus encore d’une meilleure équité pour les passionaras du monde entier. 

 Under Construction : Fiche technique

Réalisation : Rubaiyat Hossein
Scénario : Rubaiyat Hossein
Interprétation :  Shahana Goswami, Rikita Nandini Shimu, Mita Rahman, Rahul Bose, Shahadat Hossain
Direction artistique : Joya Haq, Nitee Mahbub
Montage : Sujan Mahmud
Son : Sujan Mahmud, Harikumar Pillai
Musique : Shayan Chowdhury
Production : Khona Talkies, Rubaiyat Hossain, Ashique Mostafa
Durée : 88 minutes
Genre : Drame social
Date de sortie française: inconnue
Bangladesh – 2015

Auteur : Le Cinéphile Dijonnais