Enfant 44, un film de Daniel Espinosa : Critique

Enfant 44 est un film ambitieux, au casting impressionnant, mais qui ne donnera jamais la pleine mesure de tout son potentiel. Adaptation du premier tome de la trilogie de Tom Rob Smith, on suit Tom Hardy, un orphelin, devenu un héros de la nation, par le fruit du hasard.

Synopsis : Hiver 1952, Moscou. Leo Demidov est un brillant agent de la police secrète soviétique, promis à un grand avenir au sein du Parti. Lorsque le corps d’un enfant est retrouvé sur une voie ferrée, il est chargé de classer l’affaire. Il s’agit d’un accident, Staline ayant décrété que le crime ne pouvait exister dans le parfait Etat communiste. Mais peu à peu, le doute s’installe dans l’esprit de Léo et il découvre que d’autres enfants ont été victimes « d’accidents » similaires. Tombé en disgrâce, soupçonné de trahison, Léo est contraint à l’exil avec sa femme, Raïssa. Prenant tous les risques, Léo et Raïssa vont se lancer dans la traque de ce tueur en série invisible, qui fera d’eux des ennemis du peuple. 

De l’ombre à la lumière

C’est dans l’URSS Stalinienne, totalitaire et répressive, qu’évolue notre héros, devenu un inspecteur du MGB (police secrète russe). Sous sa carapace impressionnante et son visage marqué par les cicatrices, se cache un homme follement épris de sa femme Noomi Rapace. Il n’hésite pas à déclamer son amour, à son entourage. Elle est sa raison de vivre. Mais dans cet état ou les apparences sont trompeuses, l’amour est un luxe.

En parallèle à cette romance, il y a cet enfant retrouvé assassiner. Tom Hardy est frappé directement par ce décès, c’est le fils d’un de ses hommes. Mais dans cet état, le meurtre n’existe pas, car on ne tue pas au paradis…..par contre, si on pense le contraire, on est exécuté. Tom Hardy est pris entre son devoir envers son supérieur Vincent Cassel, son amitié pour Paddy Considine et sa condition d’orphelin, qui le renvoie à son sombre passé. Mais en coulisses, d’autres forces sont à l’oeuvre pour prendre sa place sociale, mais aussi maritale. Comment va-t’il réussir à protéger sa femme, ses enfants, mais surtout lui-même. C’est ce que l’on va découvrir dans ce film dense, mais brouillon.

Le réalisateur Daniel Espinosa était-il l’homme de la situation ? Sa filmographie ne plaide pas en sa faveur : Easy Money et Sécurité Rapprochée, des séries B de bonnes factures, visuellement réussi, mais qui s’oublie très rapidement. Il n’a pas su passer un cap, en étant pas à la hauteur de ce thriller sombre. La forme est réussie, les plans sur Moscou, sur ce train et l’immensité de ses forêts qui abrite un monstre, sont magnifiques. Il a su recréer l’URSS des années 50, tout en nous faisant ressentir la paranoïa de cette époque et la noirceur de l’intrigue. La photographie de Philippe Rousselot, participe grandement à cette atmosphère pesante.
Tom Hardy est encore une fois parfait. Même s’il fait preuve de tendresse envers sa femme, on sent aussi en lui, une violence qui peut exploser à tout moment. Il bouffe l’écran et son réalisateur semble aussi sous le charme, au point de perdre de vue, la cohérence de son histoire. Daniel Espinosa ne va jamais au fond du sujet, il reste en surface et semble pris de court, par la complexité des diverses intrigues politiques et policières. Il met beaucoup de temps à installer son histoire, à nous présenter les personnages, mais sans vraiment leur donner de la profondeur, en dehors du couple Tom Hardy et Noomi Rapace, de nouveau réuni après Quand vient la nuit.

Il faut s’armer de patience, pour que l’histoire s’intéresse enfin à ce serial killer. Ce qui est plutôt incohérent, vu que nous sommes dans un thriller…Il est inspiré d’Andreï Chikatilo surnommé « Le monstre de Rostov », dont la véritable histoire est assez différente que celle décrite dans le film. Mais sa traque reste superficielle, comme l’ensemble. Encore une fois et malgré un film de 2h15, Daniel Espinosa ne parvient pas à rendre l’histoire passionnante. La forme est belle, mais jamais le fond ne fait son apparition. On reste sur sa faim, face à ce film qui ne décolle jamais. Cette frustration est légèrement compensé par le jeu des acteurs, ou plutôt par des rôles à contre-emploi pour Joel Kinnaman et Gary Oldman, même si on ne leur laisse pas assez de temps, pour exprimer leur talent. Ils brillent avec le peu, qu’on leur offre, au contraire d’un Jason Clarke, rapidement sacrifié et dont on se demande encore, quelle était vraiment son utilité.
Puis pour un réalisateur de films d’actions, Daniel Espinosa ne brille pas non plus dans ce domaine, en semant la confusion, dans les rares moments de combats. Décidément, il semble vraiment larguer et la réponse ne fait plus de doute, il n’était pas l’homme de la situation. Il en est de même de son scénariste Richard Price, qui vit toujours sur la réussite de son premier scénario datant de 1986 La couleur de l’argent. Le duo n’a pas su relever le défi et on en sort, profondément ennuyé de n’avoir pas ressenti grand chose, face à ce semblant de thriller.

Le gouvernement russe a interdit la sortie du film Enfant 44, estimant que ce thriller hollywoodien sur un tueur en série dans l’URSS de Staline, déformait l’Histoire de manière « inacceptable »(source l’Express). Ce pays qui ne respecte pas les droits de l’homme, n’a décidément pas vraiment évoluer, en interdisant aussi le clip de campagne d’Hilary Clinton au moins de 18 ans, car on y voit des couples d’hommes et de femmes. Cela en dit long sur la mentalité de son gouvernement.

Enfant 44 est une déception. L’attente était grande, le casting est à la hauteur, mais on en revient à cette incapacité à donner de l’ampleur à une intrigue, qui avait tout pour être passionnante. Il a ses qualités, mais au final, c’est un énorme ratage.

Enfant 44 : Bande-annonce

Fiche technique : Enfant 44

Child 44
Etats-unis, Royaume-Uni et République Tchèque – 2015
Réalisation : Daniel Espinosa
Scénario : Richard Price d’après l’oeuvre de Tom Rob Smith
Distribution : Tom Hardy, Gary Oldman, Noomi Rapace, Joel Kinnaman, Jason Clarke, Vincent Cassel, Paddy Considine, Fares Fares, Nikolaj Lie Kaas, Charles Dance, Josef Altin et Agnieszka Grochowska
Photographie : Philippe Rousselot
Montage : Dylan Tichenor
Musique : Jon Ekstrand
Sociétés de production: Scott Free Productions, Summit Entertainment, Stillking Films et Worldview Entertainment
Société de distribution : SND
Budget : 50M$
Genre : Thriller
Durée : 136 minutes
Date de sortie française : 15 avril 2015

Auteur : Laurent Wu

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

« Insidious : l’invasion du Lointain » ne réveillera pas notre intérêt pour la saga…

Entre un scénario prévisible, des incohérences avec le canon établi et des excursions dans le Lointain sans ambition visuelle, ce sixième épisode déçoit malgré quelques bonnes idées.

Mutiny : castagne en haute mer

Jason Statham traque ceux qui l'ont piégé à bord d'un cargo hostile, dans ce thriller de Jean-François Richet. La mécanique de "Mutiny" est bien huilée par endroits, notamment lors du combat final, mais le récit patine et le huis clos promis ne se referme jamais vraiment sur son héros.

Sanjuro (1962), d’Akira Kurosawa : « Le meilleur sabre est celui qui reste dans son fourreau »

Réclamée par la Toho, la suite du "Garde du corps" (1962) mise en scène par Kurosawa réussit l’exploit de s’inscrire dans une continuité thématique tout en adoptant une tonalité qui en est le contrepied, troquant le cynisme et la violence du premier pour l’humour et l’observation qui évite de verser le sang. Porté par un Toshiro Mifune parfait dans la reprise de son rôle de ronin fruste, "Sanjuro" est un sommet de l’art de la mise en scène du maître nippon : concis, limpide, intelligent, esthétique, drôle, un brin provocateur. En un mot : jubilatoire.

Wake in Fright : les sirènes de la Yabba

"Wake in Fright" a électrisé Cannes en 1971, disparu pendant 40 ans, puis ressurgi comme le mythe fondateur du cinéma australien. Un instituteur s'enlise dans une ville minière où l'hospitalité se boit comme une sommation. 55 ans après, sa brutalité n'a rien perdu de son mordant.

« Soudain », un chemin patient vers l’intime

L'amitié entre une directrice française d'EHPAD et une metteuse en scène japonaise. De cet argument simple, Ryusuke Hamaguchi tire un film épuré et pourtant foisonnant, aussi sensible que politique, sans jamais forcer le trait si ce n'est dans quelques redondances. Analyse.

« Insidious : l’invasion du Lointain » ne réveillera pas notre intérêt pour la saga…

Entre un scénario prévisible, des incohérences avec le canon établi et des excursions dans le Lointain sans ambition visuelle, ce sixième épisode déçoit malgré quelques bonnes idées.

Mutiny : castagne en haute mer

Jason Statham traque ceux qui l'ont piégé à bord d'un cargo hostile, dans ce thriller de Jean-François Richet. La mécanique de "Mutiny" est bien huilée par endroits, notamment lors du combat final, mais le récit patine et le huis clos promis ne se referme jamais vraiment sur son héros.

Oklahoma Honey : le chant de la ruche

Andrew Patterson filme l'Oklahoma rural dans "Oklahoma Honey", une fable inspirante et généreuse portée par le retour de Matthew McConaughey en apiculteur charismatique, six ans après "The Gentlemen". Entre bluegrass, communauté et vengeance, Angelina LookingGlass fait des débuts marquants face à Kurt Russell.