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Dalton Trumbo, un film de Jay Roach : Critique

Synopsis : En 1947, Dalton Trumbo est le scénariste le plus en vue, et le mieux payé, d’Hollywood mais il est parallèlement membre du Parti communiste. Lorsque la Commission sur les activités anti-américaines décide de l’écarter de l’industrie cinématographique, il choisit de poursuivre son activité dans la clandestinité.

Au nom du premier amendement

Même s’il n’est connu des spectateurs français que pour ses comédies, la trilogie Austin Powers et Mon beau-père et moi, Jay Roach a également signé des téléfilms politiques sur les élections présidentielles de 2000 et 2008. Cela faisait-il de lui le cinéaste le plus légitime pour mettre en scène un biopic révélateur de la période la plus sombre de la politique américaine du siècle dernier ? Rien n’est moins sûr. Pour quiconque connait un tant soit peu l’histoire du cinéma américain, le nom de Dalton Trumbo évoque deux choses : d’une part le film le plus antimilitariste de la guerre froide, Johnny s’en va en Guerre, et d’autre part la liste noire à laquelle il a été rattaché pour ses convictions politiques communistes. C’est sur cet aspect de la vie du scénariste que ce biopic a fait le choix de se concentrer.

Ayant déjà collaboré avec Bryan Cranston dans le cadre d’une pièce de théâtre (qui fut depuis elle-aussi déclinée en téléfilm) dans laquelle il incarnait le président Lyndon Johnson, Roach a décidé de lui confier le rôle-titre. De quoi satisfaire les fans de l’ancien interprète de Walter White dans Breaking Bad qui ne trouve depuis que des rôles très secondaires (Argo et Godzilla). Une opportunité d’autant plus alléchante que l’on sait l’Académie des Oscars amatrice de ces interprétations de personnages réels, un adage qui s’est d’ailleurs vu confirmé par la nomination de Cranston à l’Oscar du meilleur acteur. Et pourtant, la prestation Cranston dans la peau du scénariste blacklisté est à l’image de l’ensemble du film : bien trop sage. Il est indéniable que l’acteur fait profiter au personnage de son charisme naturel, mais l’ambiguïté que le film aimerait lui donner n’est jamais concrète.

Si le personnage est bien plus lisse qu’on aurait pu l’espérer, c’est toutefois moins du fait du jeu en retenue de son acteur que de l’écriture frileuse. L’une des intentions premières du scénariste John McNamara était d’observer les conséquences de la « chasse aux sorcières » sur les proches de ses victimes. C’est ainsi que l’intrigue tourne essentiellement autour de la vie de famille Trumbo. Une approche bien moins intéressante à suivre que ne l’aurait été une interrogation sur la création artistique ou la façon dont un discours politique anticonformiste peut se diffuser via le cinéma. Au lieu de ça, ce sont donc les relations entre Dalton Trumbo, sa femme et leurs enfants qui réussissent à devenir un enjeu au moins aussi important que la carrière de l’homme de la maison. Un comble quand on réalise, au final, à quel point les personnages de Cléo, Chris et Niki ont été sous-exploités par le développement de l’intrigue. Et la vie de cette famille aurait encore été bien plus captivante si le film avait respecté un minimum la vérité historique, c’est-à-dire en retranscrivant son exil forcé au Mexique plutôt que de les installer dans un petit pavillon américain.

Le non-respect de la vérité historique est en effet l’un des plus gros reproches que l’on puisse faire à ce biopic : Le fait de ne jamais évoquer Johnny s’en va en Guerre (hormis une jaquette de livre  aperçue dans le générique d’ouverture), dont la réalisation fut tout de même l’aboutissement de la carrière de Dalton Trumbo relève presque du manque de respect à son égard !

Le réalisateur préfère concentrer ses efforts sur la reconstitution du Hollywood des années 40-50. Il faut reconnaitre que la direction artistique est en cela très réussie, et que le plaisir de croiser quelques stars connus rend certaines scènes agréables. Peut-être d’ailleurs aurait-on aimé en voir un peu plus… ne serait-ce que Kubrick ou Paul Newman. Mais autant Dean O’Gorman (le nain Fili dans Le Hobbit) est étonnamment convaincant en Kirk Douglas, autant David James Elliott offre une image des plus réductrices de John Wayne. De quoi choquer ses fans. Encore une fois, la faute en revient à l’écriture du scénario et à sa volonté de vulgarisation de la réalité. Preuve en est le stéréotype de producteur opportuniste interprété par John Goodman, une version poussive de ses rôles dans The Artist ou  Panic sur Florida Beach. Mais le pompon du surjeu revient immanquablement à Helen Mirren qui, dans la peau d’une chroniqueuse de la presse à scandale, réussit à être plus caricaturale que ne l’est Tilda Swinton qui tenait un rôle similaire dans Ave Ceasar des frères Coen.

La mise en scène de Roach s’accorde de plus à l’académisme du scénario. Sa réalisation très plan-plan, aucunement supérieure à un format téléfilmique, ne met que trop rarement en avant son personnage et son interprète (seule la scène du passage devant la commission est en cela assez réussie). Plus dommageable encore, l’idée que les excès de la censure anti-communiste puisse faire écho à  l’actuel conservatisme dont souffre Hollywood ne semble pas avoir traversé l’esprit du réalisateur. Il est même difficile de discerner vers quel message politique tend ce long-métrage qui, pourtant, a tout du film à discours. Au-delà des valeurs familiales et du manichéisme puéril opposant les vilains censeurs aux gentils défenseurs de la liberté d’expression sur lesquels repose cette dramaturgie pleine de bons sentiments, l’idéologie communiste semble tout autant défendue que la loi du marché régissant l’industrie hollywoodienne. Un paradoxe sur lequel a vraisemblablement su jouer Dalton Trumbo pour faire prospérer sa carrière mais à propos duquel il aurait été bon que ce film ait le courage de trancher clairement. Le manque d’audace, tant sur la fond que sur le forme, dans le traitement de ce sujet qui, il y a de ça moins de 20 ans entre les pattes d’un réalisateur tel qu’Oliver Stone, aurait abouti un brûlot acerbe sur les ravages de la bien-pensance américaine sur la liberté d’expression, est symptomatique du déclin artistique que traverse actuellement Hollywood s’interdisant toute innovation et remise en question.

De nombreux films ayant déjà abordé la question épineuse des conséquences du Maccarthysme sur l’industrie cinématographique (à commencer par le très bon La Liste Noire d’Irwin Winkler en 1991), ce biopic de Dalton Trumbo n’a rien de neuf à nous apprendre sur le sujet. Aussi pompeux et impersonnel que peut l’être le discours d’hommages qui lui sert de conclusion, on ne retiendra de ce long-métrage que la surprise de constater que Bryan Cranston porte bien la moustache.

Dalton Trumbo : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=HgxxEgiLnUo

Dalton Trumbo : Fiche technique

Titre original : Trumbo
Réalisation : Jay Roach
Scénario : John McNamara d’après le livre de Bruce Cook
Interprétation : Bryan Cranston (Dalton Trumbo), Diane Lane (Cleo Trumbo), Elle Fanning (Niki Trumbo), Helen Mirren (Hedda Hopper), Louis C.K. (Arlen Hird)…
Montage : Alan Baumgarten
Photographie : Jim Denault
Musique : Theodore Shapiro
Production : Michael London, Janice Williams, John McNamara, Jay Roach, Shivani Rawat, Nimitt Mankad
Société de production : ShivHans Pictures
Distribution : UGC Distribution
Genre : Biopic
Durée : 124 minutes
Date de sortie : 27 avril 2016
Etats-Unis – 2015

Les enquêtes du Département V : Délivrance, un film de Hans Petter Moland : Critique

Initiée il y a tout juste un an avec deux films sortis coup sur coup avec une terrible maladresse de la part de son distributeur (Wild Bunch, qui a sorti le premier, Miséricorde, en e-cinéma, alors que le second, Profanation, a eu droit à une sortie en salles à peine quelques jours plus tard), la saga policière danoise Les enquêtes du département V prend de l’ampleur.

Synopsis : La police danoise trouve une bouteille contenant un appel au secours. Celui-ci datant de huit ans, l’enquête est confiée au Département V, en charge des affaires non résolues. Assad va en profiter pour faire sortir Carl de son congé prolongé pour se lancer à la recherche d’un kidnappeur fanatique.

Ayant battu tous les records, d’abord en librairie et maintenant au box-office danois, il ne fait aucun doute que les six romans de Jussi Adler-Olsen (et, à long-terme, les dix prévus) se verront adaptés à l’écran, devenant ainsi une saga potentiellement longue et fructueuse. L’ambition initiale des studios Zentropa films (crée par Lars Van Trier, rappelons-le) était de confier chaque opus à un réalisateur différent, ce qui n’a pas pu être fait pour les deux premiers, réalisés coup sur coup, d’où le sentiment de redite dont souffrait quelque peu Profanation. En faisant réaliser le troisième épisode au norvégien Hans Petter Moland –dont on a remarqué le talent grâce à son savoureux Refroidis récompensé au festival de Beaume en 2014-, la saga s’assure davantage qu’une une rupture formelle, mais un renouveau qui la remet sur les meilleurs rails. A l’inverse de Mikkel Nørgaard dont la mise en scène très « fincherienne » avait tendance à noyer ses personnages dans un univers extrêmement sombre, un poncif formel de ce que l’on appelle le « scandi-noir », l’approche de Moland est de les placer dans des décors plus apaisants afin de mieux faire ressortir leur part de ténèbres.

Lorsqu’on le retrouve, la mécanique du trio que forme cette section spéciale de la police n’a pas évolué : Carl est toujours aussi irascible, poussé au bord du burn-out par le manque de travail, tandis qu’Assad fait preuve de beaucoup de flegme et que leur secrétaire Rose est pleine d’énergie. Toutefois, une nouvelle thématique va apparaitre dans cette affaire et devenir un angle d’approche intéressant dans la relation entre les deux enquêteurs, il s’agit de la religion. Lorsque Assad parle de sa foi en Dieu, il suscite une certaine défiance de la part de son collègue, mais non pas parce qu’il musulman –contrairement à certains racistes qui croiseront leur route– mais parce que la simple idée d’une divinité protectrice est une aberration pour quelqu’un d’aussi nihiliste que Carl. L’excellente interprétation de Nikolaj Lie Kaas apporte une nouvelle fois à son personnage une fragilité à fleur de peau sans s’embarrasser à évoquer les stigmates de son passé et de sa vie de famille explosée comme ça a été, légitimement, le cas dans les films précédents. De la même manière, le jeu très posé de Fares Fares assure à Assad une certaine profondeur, même si on regrettera qu’il reste une fois de plus en retrait. Mais incontestablement, le personnage le plus emblématique de ce troisième opus est son « méchant ». Incarné par l’emblématique Pål Sverre Valheim Hagen, ce tueur se définit lui-même comme un « serviteur du Diable », de quoi introduire instinctivement un affrontement manichéen au sens le plus romanesque du terme. Or Carl et Assad, malgré leurs efforts, sont incapables d’incarner cette justice divine que recherchent les parents des victimes et, implicitement, leur ravisseur. Cet état de fait va mener Carl à se remettre en question, brisant l’armure nonchalante que les deux premiers films n’avait fait finalement que renforcer.

Cette volonté de creuser les personnages pour faire ressortir leurs contradictions se ressent également dans la mise en scène. Là où le réalisateur des deux précédents opus enfermait constamment Carl, Assad et plus encore les victimes dans des lieux glauques, et que son chef opérateur lui fournissait une photographie grisonnante constante, ce troisième film assure une vision radicalement différente. S’y multiplient notamment les plans larges et ensoleillés sur les champs en fleurs, ou des lieux symboles de vie (un hôpital, la mer ou bien une église) et de mouvements (un train, des éoliennes). Même le petit bureau dans lequel travaillent les trois héros semble avoir gagné en superficie et en luminosité. C’est donc bien plus grâce à l’approfondissement psychologique, appuyé par de nombreux gros plans, qu’à la mise en place d’une atmosphère visuelle que le film parvient s’affirmer comme polar noir et tendu. Une tension qui d’ailleurs devient palpable dans les moments de suspense qui faisaient, là encore, défaut aux précédents films. On retiendra évidemment la course-poursuite du train, dans laquelle le réalisateur fait preuve d’un sens du rythme et du découpage qui nous garantissent une montée d’adrénaline magistrale. Peut-être la limite du film, et de la saga dans sa globalité, vient de sa volonté à opposer chaque fois les policiers à des psychopathes dont le sadisme est si exacerbé qu’ils en deviendraient presque granguignolesques. Evidemment, ceci est à mettre sur le compte de Jussi Adler-Olsen et non pas des réalisateurs qui vont se succéder pour donner corps à ces enquêtes macabres, même si c’est à Nikolaj Arcel, en charge des adaptations, que l’on peut reprocher d’avoir fait le parti-pris de simplifier les enjeux humains, en faisant l’impasse sur la vie privée de Carl et en délaissant complètement le personnage d’Assad, pour se concentrer sur une narration purement digne d’une série policière.

Incontestablement, ce troisième épisode des Enquêtes du Départmement V est à l’heure d’aujourd’hui le plus maitrisé de la saga, mais ce semblant de pente ascendante pourrait n’être que de courte durée. On attend maintenant de connaitre le nom du réalisateur qui sera en charge du suivant (intitulé Dossier 64) pour se donner une idée de la façon qu’il aura de faire perdurer cette franchise qui risque de rapidement être rendue ronronnante par sa mécanique scénaristique privé de réel renouveau.

Les enquêtes du Département V : Délivrance : Bande-annonce (VOST)

Les enquêtes du Département V : Délivrance : Fiche Technique

Titre original : Flaskepost fra P
Réalisateur : Hans Petter Moland
Scénario : Nikolaj Arcel, d’après l’oeuvre de Jussi Adler-Olsen
Interprétation :  Nikolaj Lie Kaas (Carl Mørck), Fares Fares (Assad), Johanne Louise Schmidt (Rose Knudsen), Pål Sverre Valheim Hagen (Johannes), Jakob Oftebro (Pasgård), Soren Pilmark (Marcus Jacobsen)…
Photographie : John Andreas Andersen
Montage : Olivier Bugge Coutté
Musique : Nicklas Schmidt
Productrice: Louise Vesth
Société de production: Zentropa Entertainments
Distribution (France) : Wild Bunch
Durée : 112 minutes
Genre : Policier
Date de sortie : 6 mai 2016 en e-cinema

Danemark – 2015v

Krampus, un film de Michael Dougherty: critique

Aux origines Krampus (« griffe » dans la langue de Goethe) est le pendant démoniaque de Saint-Nicolas, il est un démon qui trouve son origine dans l’Allemagne du XIème siècle.

Synopsis: Noël approche et comme chaque année, la famille du jeune Max se réunit pour le pire: s’étriper à grand renfort d’insultes et de mépris. Max décide alors de ne plus croire en l’Esprit de Noël, pour le plus grand bonheur du Père Fouettard de service: Krampus, qui va lui faire regretter son manque de foi.

Tout à la fois punisseur d’enfants pas sages et piétineur de coutumes sacrées, il trouve son équivalent dans la Père Fouettard lorrain. Il est bâton quand Saint-Nicolas se fait carotte. Rien d’étonnant à ce qu’un tel sujet se retrouve adapté sur grand écran, les bons ingrédients sont légion et même un réalisateur, jusqu’ici plus convaincant à l’écriture que derrière la caméra comme Michael Dougherty (scénariste sur X-Men 2 et Superman Returns), réussit un film pas trop absurde.

Pourtant c’est dans l’absurde et le contre-pied que Krampus se démarque. Même si certains diront qu’il ne sait pas sur quel pied danser, c’est un bonheur que de voir mélangés Les Simpsons, GremlinsMr Jack ou encore Le Labyrinthe De Pan. Sans évidemment en égaler les qualités, Michael Dougherty parie sur un « mix produit » qui sauve une réalisation assez pauvre, bien que bénéficiant d’un univers marquant. Le décor est une réussite, mais Dougherty le filme sans génie. Surprenant et déroutant, Krampus démarre sur une comédie détonante, irrespectueuse et souvent hilarante pour finir sur l’épouvante de jouets pour enfants devenus monstres affamés. Le concept et la conclusion (la famille c’est super important…) sentent le déjà-vu, mais le reste réserve ses petites bulles de bonheur sombre.

Plus terre à terre, et au-delà du manque d’inspiration de Dougherty, il y a certaines erreurs de casting. Pas du tout du côté de Toni Colette (Little Miss Sunshine, Hitchcock), toujours impeccable (pour une fois qu’une grande actrice a plus qu’une jolie bouille à vendre), mais plutôt du côté d’Adam Scott (La Vie Rêvée De Walter Mitty). Ils ont beau avoir le même âge, leur couple prend difficilement, manque par moments cruellement de crédibilité. Heureusement qu’il reste David Koechner (Shérif, Fais-Moi Peur40 Ans, Toujours Puceau), toujours formidable dans ses seconds rôles de gros imbécile sorti de sa cambrousse natale. Sans oublier la bombe de service, jeune, belle et sexy qui fait avancer l’égalité des sexes à Hollywood: Stefania Owen.

Sans convaincre, Krampus parvient quand même à intriguer. Il capte l’attention par son art du mélange, sacrifiant une famille de lourdingues aux foudres d’un démon sans âge, en quête d’âmes corrompues à punir. En parfait réalisateur interchangeable, Michael Dougherty est en service minimum derrière la caméra pour filmer le superbe travail de décoration et d’éclairage. Reste une question cruciale: pourquoi, alors que le film est sorti le 4 décembre aux U.S.A., attendre le 4 mai pour en faire profiter l’hexagone ?! Mais quelle idée de sortir un film de Noël au printemps ?!

Krampus: Fiche Technique

Réalisation : Michael Dougherty
Scénario : Todd Casey, Zach Shields, Michael Dougherty
Distribution: Adam Scott, Toni Collette, David Koechner, Allison Tolman, Conchata Ferrell, Emjay Anthony, Stefania LaVie Owen, Krista Stadler, Lolo Owen, Maverick Flack, Queenie Samuel, Luke Hawker
Direction artistique : Jules O’Loughlin
Montage : John Axelrad
Musique : Douglas Pipes
Production : Thomas Tull, Jon Jashni, Alex Garcia, Michael Dougherty
Sociétés de production : Legendary Pictures, Zam Pictures
Société de distribution : Universal Pictures
Budget : 25 millions de dollars
Pays : États-Unis
Genre: Horreur, fantastique, comédie horrifique
Durée : 98′
Dates de sortie France: 4 mai 2016

 

Festival Séries Mania : Masterclass de David Chase

David Chase fait sa masterclass : drôle, émouvant, intelligent, professionnel, humble, génial… Humain.

            Le président du jury de l’édition 2016 du festival Séries Mania, David Chase, a eu le droit le samedi 17 avril à sa masterclass. Événement à ne pas rater quand on sait que c’est extrêmement rare que le créateur-cinéaste revienne sur son œuvre en public ou, du moins, fasse une conférence. Le créateur-scénariste-réalisateur des Sopranos et du film Not Fade Away, ou encore le co-créateur du show télévisuel Almost Grown, est ainsi revenu sur l’ensemble de sa carrière. La rencontre était animée par Olivier Joyard des Inrockuptibles. Maintenant, place au maître, David Chase…

Poursuite de la jeunesse et des premières fois dans l’art

            Aujourd’hui âgé de 70 ans, le créateur continue d’évoquer sa jeunesse en expliquant qu’il était «l’éduqué » de sa famille. Sa première « entrée » dans l’art s’est faite lorsqu’il a consulté la définition du mot « art » dans l’encyclopédie du monde. La première chose qu’il a écrite ? – questionne Olivier Joyard, « Some fictionnal storie in highschool (…) about Jésus Résurrection » répond Chase (un histoire d’étudiants à propos de la résurrection de Jésus). L’histoire suivait des personnages qui venaient voler le corps du Christ qui se réveillait alors devant eux. « C’était certainement la chose la plus cool jamais écrite » dit-il avoir pensé à l’époque.

Si le roman de Kerouac, Sur la route, l’a inspiré, il a décidé de faire du cinéma lors d’une séance d’un film de Polanski en 1965, probablement sous LSD, rajoute-t-il. C’est là qu’il s’est rendu compte qu’un film était l’œuvre de quelqu’un ou d’un groupe d’individus. Avant cela « I wanted to be a rockstar » dit-il (je voulais être une rockstar), amusant les spectateurs.

Débuts dans les images

            Lorsqu’il a trouvé un job dans l’audiovisuel, son travail ressemblait à du documentaire, mais il a « toujours voulu faire de la fiction ». « De façon magique, vous êtes allés à Hollywood », lui adresse Olivier Joyard. « Ça n’était pas magique », lui répond David Chase, provoquant des rires dans la salle. Il explique que ce déplacement et tout ce qu’il a fait dans sa vie a été soutenu par sa femme. Pendant les années 70, 80 et 90, il écrit 30 à 40 scripts qui ne seront jamais produits.

            En 1987, il co-crée Almost Grown, une série qui suit des couples sur trois périodes de leurs vies, et qui connaîtra un succès critique mais une faible audience pour sa poursuite.

« I never wanted to do in television, I wanted to do movies » – D. Chase

(Je n’ai jamais voulu travailler à la télévision, je voulais faire des films.)

            S’il se plaint des grandes chaînes hertziennes et de leurs « pubs merdiques », il est heureux d’avoir travaillé avec des gens géniaux comme James Garner.

À propos des Rêves dans les œuvres de David Chase

            Après avoir diffusé des extraits d’Almost Grown avec des rêves très amusants (une jeune américaine conduit un taxi accompagnée d’un chien québécois parlant alors français, par exemple), suivis d’un extrait de séance de psy, Olivier Joyard explique que cette séquence est signée David Chase, on ne peut que penser à lui quand on la voit, et elle annonce notamment les séquences de rêves dans Les Sopranos. « Oh ! Je n’ai jamais pensé à ça. », dit Chase, amusant la salle. Le journaliste des Inrocks lui répond (bien sûr, toujours sur un ton humoristique) alors : « Vous ne pourriez pas m’aider un tout petit peu ? ».

« I love dreams (…) Films are almost like dreams. » – D. Chase

(J’aime les rêves… Les films sont presque comme des rêves)

Le créateur explique ensuite avoir beaucoup lu Freud, et aussi avoir fait une thérapie. Il est fasciné par les rêves.

La genèse des Sopranos

            « The Sopranos était une idée de film ». Concernant l’une des trames importantes du récit, la relation mère/fils, Chase s’est inspiré directement de sa propre expérience. « My mother is crazy », dit-il, provoquant des rires dans la salle. Et « tous mes amis disaient que je devrais écrire sur ma mère. Mais ma mère n’a jamais voulu me tuer », cependant il a été marqué par certains choses qu’elle lui a dites, notamment une : elle préférait le voir mourir dans un accident de voiture que de le voir partir au Vietnam.

            Si la série est si précise, détaillée et réaliste en terme d’écriture et de mise en scène de la famille, il faut rappeler que Chase vient d’une famille italo-américaine. Il explique avoir « essayé de la rendre vraie. C’est quelque chose de très personnel.»

« I think it’s a sad show but i don’t think it’s cynical (…) This is my opinion. »

(Je pense que c’est un show triste mais je ne pense pas que ce soit cynique (…) C’est mon opinion.)

Puis il a trouvé l’idée du contexte mafieux, au début rejetée par son agent, soulevant une vague d’amusement ironique dans le public. « Il est toujours mon agent », précise-t-il. On lui avait demandé de faire une sorte de Parrain en série télévisée : « Pour quoi faire ? Le Parrain existe déjà».

            Il avait à l’époque la volonté de tout secouer dans le monde de la télévision. Il a quitté la Fox, et rejoint HBO qui fut très enthousiasmée par le pilote.

            À son lancement, Les Sopranos connût un énorme succès. Chase explique n’avoir eu qu’une seule mauvaise critique sur deux cents. Est-ce-que le succès a changé ses méthodes de travail ou son attitude ? « Rien n’a changé ». Il explique notamment que si l’on attend d’une série sur la mafia un certain nombre de morts, il fallait « toujours une balance, un équilibre. Qui allait être tué ? ».

Sur le personnage de Tony Soprano

Pour la présence de Rio Bravo dans un épisode de la série, il explique juste avoir aimé la chanson. Ça lui parlait. Concernant le personnage de Tony Soprano, Olivier Joyard en parle comme d’un héros, ce à quoi Chase répond que pour lui, il ne s’agissait pas de penser le personnage comme un héros ou un protagoniste, mais comme un individu, avec ses façons de penser, d’agir, ses qualités et ses défauts, un être humain comme un autre en somme, sans le juger :

« I just thought he was Tony Soprano. »

(Je pensais juste que c’était Tony Soprano)

            Sur l’obsession de Tony pour Gary Cooper, « a true american » (un vrai américain) dit le personnage à plusieurs reprises dans la série, car fort, silencieux, courageux, supportant sa peine seul. Le créateur explique que « pour lui, c’est ce que les américains croient à propos d’eux-mêmes (…) être un personnage seul et individuel ». Il dit aussi que « les européens sont plus communautaires », et justement si Tony est quelqu’un d’individualiste, solitaire, il « fait aussi partie d’une communauté », européenne d’ailleurs, la mafia.

            Concernant le choix de James Gandolfini dans le rôle titre, Chase a été impressionné par ce visage habité par la mélancolie. « C’était un miracle à voir ».

            Les mafieux de The Sopranos font partie intégrante de notre monde, ainsi ils aiment le cinéma et connaissent par cœur Le Parrain : « Tony et ses hommes sont très conscients à propos de ce film » et même des films, de manière générale. Chase continue en disant avoir du temps pour soigner, parfaire chaque détail. Aussi s’il y avait un problème ou une interrogation concernant l’écriture d’un personnage, un détail dans la mise en scène, sur le plateau ou autre, il fallait l’appeler.

Une journée typique dans la salle des scénaristes ? – questionne Olivier Joyard.

            À 9h00, tous les scénaristes se réunissaient. Ils repensaient à toute la saison et retravaillaient ensuite les histoires, et l’aspect sous-jacent de chaque épisode. « De quoi l’épisode parle-t-il vraiment ? » était une question essentielle au processus d’écriture de la série.

            À midi, ils allaient prendre un repas italien dans un très bon établissement dans le Queens, puis à 14h revenaient dans la salle de travail, et souvent, les scénaristes disaient « toujours rien à dire ». Puis l’un d’entre eux racontait une histoire de son enfance, un autre parlait de sa propre jeunesse, et alors Chase pensait/disait : « peut-être que ça peut faire une histoire ».

            Ensuite venait l’écriture, et les réécritures. Chase reprenait et retravaillait les scénarios. Il y avait « encore plus de travail » quand « certains ne comprenaient pas les Sopranos ».

            D’ailleurs, concernant deux de ses scénaristes, Terrence Winter et Matthew Weiner, créateurs respectifs de Boardwalk Empire (aussi scénariste du Loup de Wall Street) et de Mad Men, il en est très fier.

         Les scénaristes devaient avoir certaines habiletés : « Ils devaient comprendre les personnages ». « Terry (Terrence Winter)  a grandi à Brooklyn. Il était né pour faire ça »

Sur les séquences de la série où la famille Soprano parle de profiter des bons moments

            La musique This Magic Moment a été utilisée pendant la dernière séquence de la série, qui suit un repas de famille des Sopranos, « C’était l’idée que la vie est très courte (…) nous devons apprendre et accomplir le meilleur d’elle » explique David Chase. « C’est juste maintenant (…) pas le passé, pas l’avenir ». Le repas semble épié par un individu, d’autres arrivées font monter l’angoisse. Une fois la famille réunie, la scène est coupée brusquement dans un cut, nous laissant en plein suspense. Cette scène finale met en place « le suspense comme poésie et la poésie comme suspense. Je voulais avoir du silence à la télévision ». Dans cette séquence finale, « il n’y a pas d’intrigue (…) mais c’est empli de suspense (…) avec certaines techniques – le montage notamment -, vous pouvez créer tout un univers ».

            « Tony Soprano a créé sa propre vie, réalisé le propre film de sa vie. Nous le faisons tous ». Dans la séquence sur le ponton d’un lac, « il regarde, et il se voit presque lui-même dans l’imageUne grande partie de la vie (…) est silencieuse et introspective ».

            Anecdote amusante, certains de ses collègues détestaient les musiques qu’il choisissait, mais Chase justifiait ce choix en expliquant que « c’est ce que Tony pourrait avoir entendu au lycée avec Carmela ».

Sur son premier film de cinéma, Not Fade Away (2012)

            C’est un film qui traite beaucoup de la musique dans les années 70. « Nobody saw this movie » (personne n’a vu ce film) déclare Chase amusé et amusant le public. « Après les Sopranos, j’ai eu beaucoup d’opportunités ». Le cinéaste a alors décidé de faire ce film. « La poésie dans le rock n’roll, c’est ce que je voulais capturer ».

            Chase inscrit la présence de Blow Up (Antonioni, 1966) dans le film pendant une séance de cinéma. L’un des personnages dit qu’il n’y a pas de musique dans le film, puis déclare dans un éclair de conscience que c’est le bruit des arbres qui crée la musique. Olivier Joyard demande au cinéaste où est-ce qu’il a trouvé ce dialogue ? « C’est venu tout seul » répond Chase, provoquant des rires dans la salle. Le cinéaste raconte avoir vu Blow Up à 18 ans, et les films de « Fellini, Bergman, you know, all the dead white men » (vous savez, tous ces hommes blancs morts) « Il n’y a pas de Sopranos sans Truffaut et Godard.» Enfin, « le noir et blanc était au début du film, mais je l’ai gardé pour la fin ».

Derniers mots

            « J’ai peur de mourir ! » répond-il à une spectatrice qui parle des buts dans sa vie, de ses plans. « Le présent est vraiment ce qui est en train de se passer ! ».

Concernant son nom de famille Chase, à l’origine DeCesare, le créateur explique : « Mon père a changé le nom, pas moi ». Cela, pour éviter d’être retrouvé, tracé après son entrée illégale aux USA.

Ce fut alors la fin de la masterclass de David Chase qui remercia Olivier Joyard, le festival et le public bien sûr pour son formidable accueil.

Kaili Blues, un film de Bi Gan : Critique

Il semble que 2015 fût une très bonne année pour les premières œuvres : Le Fils de Saul et Mustang à Cannes, L’Enfance d’un chef de Brady Corbet à Venise, pour ne citer que les plus connus. Une autre grande découverte aux festivals l’année dernière était le premier long métrage de Bi Gan, primé meilleur nouveau réalisateur à Locarno. Le jeune cinéaste chinois (né en 1989) a commencé le tournage avec 20 000 yuan (3000 euros) dans la poche et une équipe encore plus jeune que lui. Heureusement, l’investissement a suivi et le quatrième festival d’Europe l’a pris.

Synopsis : Chen Sheng, ancien voyou et détenu, mène une vie tranquille et solitaire comme « médecin aux pieds nus » dans la petite ville Kaili au Guizhou, une province pauvre au sud-ouest de la Chine. Quand Weiwei, son neveu bien-aimé, est vendu par son propre père, Chen Sheng part le chercher, malgré l’hostilité de son frère. Ce voyage déclenche une série d’expériences surréalistes, qui lui permettent de réfléchir ce qu’il a parcouru toute sa vie.

Pour les connaisseurs de l’industrie cinématographique en Chine, même avant de voir Kaili Blues, le parcours de son auteur est déjà une étonnante exception. Depuis au moins trois ou quatre décennies, les cinéastes chinois qui ont fait du bruit à l’échelle internationale, étaient tous formés à la prestigieuse Beijing Film Academy, pendant longtemps la seule formation du cinéma qui existait dans la République populaire. Cependant, Bi a fait ses études à l’Université de communication de Shanxi, une faculté sans aucune importance jusqu’ici. Une fois diplômé, au lieu d’entrer dans l’un des grands studios de l’état comme tous les anciens élèves de l’Academy, il a signé un contrat avec Heaven Pictures, une entreprise privée.

« On voulait juste finir le film ; personne n’a pensé à l’exploiter » dit-il lors d’une interview. Pourtant, depuis fin mars, ce premier long métrage a pu sortir en salle dans l’hexagone — un destin rare pour ce genre de film de nature fort expérimentale. En plus, après une sortie taïwanaise en avril, il verra le grand public en Chine, où la culture consumériste et l’obsession avec les blockbusters américains ces dernières années ont presque tué le cinéma d’auteur. Avec ses expérimentations audacieuses sur le fond et la forme, Kaili Blues annonce une nouvelle génération de cinéastes chinois, qui montent sur scène avec plus d’ambitions que les précédentes.

Le plan-séquence et la jeunesse

Depuis son avant-première mondiale dans la petite ville lacustre helvétique, ce dont tout le monde parle est un remarquable plan-séquence d’environ 40 minutes. Dans la deuxième moitié du film, lors d’un voyage en quête de son neveu, Chen Sheng est emmené, par un motard prénommé également Weiwei, dans un petit village au bord de l’eau. Il y rencontre des personnages qui sont essentiellement les projections des connaissances importantes dans sa vie, y compris sa femme, décédée en son absence. Ici la caméra est endossée d’une subjectivité remarquable. Elle suit tantôt le protagoniste, tantôt d’autres personnages secondaires, parfois même les villageois mobilisés comme figurants. Le décalage entre les mouvements de caméra et les acteurs, tout en renforçant cette subjectivité, crée un effet de flâneur rêveur.

Malgré quelques défauts techniques dus, sans doute, à la longueur extrême du plan, il est difficile à croire que le chef opérateur Wang Tianxing est aussi un first-timer. La mise en scène et l’opération de caméra sont méticuleusement calculées et les jeux des acteurs, amateurs pour la plupart, révèlent un naturalisme très personnel. Au début du plan-séquence, quand Weiwei et Chen Sheng descendent la rue principale à moto, la caméra prend un raccourci entre les bâtiments pour les rejoindre en bas, ce qui crée un effet de course-poursuite entre le public et les personnages. Ce mouvement de caméra hors norme signale le commencement d’une séquence surréaliste et nous prépare pour une forte présence de la volonté de l’auteur sur l’écran. Un autre exemple est quand on suit Yangyang, dont Weiwei est amoureux, pour faire un tour du village. Le réalisateur joue beaucoup sur le son pour remplir le vide laissé par l’image, pour créer une profondeur globale et enfin immerger la caméra (et ainsi le public) complètement dans l’ambiance du village. Cette caméra personnifiée participe ensuite à la quasi-course-poursuite de Weiwei et Yangyang, formant une sorte de triangle amoureux. Bi Gan explore ainsi une nouvelle dimension dans la narration d’un cliché thématique.

Il y a une prédilection de l’auteur très marquée pour les longs plans : le film s’ouvre avec une série de longs plans descriptifs ; la mise en scène est très travaillée pour remplacer le montage, employé seulement où il est absolument nécessaire. Mais le plan-séquence de 40 minutes, en plus d’un choix esthétique, s’opère bien dans le grand schéma narratif du film. Il est une déviation narrative qui est autrefois souvent présenté comme analepse sur le plan narratif et est marqué par le montage. Ici, pourtant, aucun outil formel n’est convoqué pour diviser les intrigues principales et secondaires ; c’est un choix esthétique (le plan-séquence) qui nous indique que le récit de ces 40 minutes est une parenthèse par rapport au film entier. Si les procédés filmiques (le montage, la voix off, etc.) pour jalonner une subplot héritent directement de ceux du littéraire (ex. les sauts de ligne, le chapitrage — pensez à Un amour de Swann de Proust), le choix de Bi Gan doit son inspiration au jeu vidéo, dont la quête secondaire n’a pas une rupture formelle avec la narration principale mais souvent marquée par son contenu clairement dévié.

Le bouddhisme et le temps

Paradoxalement, ce jeune cinéaste avec plein d’esprit innovateur a cité un ancien texte bouddhiste comme épigraphe de son film. La pensée bouddhiste se trouve dès le début de sa carrière. Jin Gang Jing, le titre chinois de son unique court métrage The Poet and the Singer, est la traduction chinoise du Sūtra du Diamant, dont la phrase plus connue s’affiche au début de Kaili Blues : « La pensée du passé n’est pas saisie, la pensée du futur n’est pas saisie, la pensée du présent n’est pas saisie.» Elle est donc la clé pour comprendre le film dont le temps est le thème central.

Le remords persistant du passé et l’espoir fort pour l’avenir sont tous les deux condamnés par le bouddhisme. Ces « péchés » sont précisément ce que pratique Chen Sheng, qui ne cesse pas de regretter sa jeunesse de gangster et la mort de sa femme, alors qu’il place toutes ses espérances sur la prochaine génération (son neveu Weiwei). C’est là que s’arrêtent la plupart des lectures mondaines du Sūtra du Diamant, mais Bi Gan va plus loin dans le sens philosophique. Il s’agit d’une vacuité totale, par laquelle le texte bouddhiste nie le caractère fixe et inchangeable de toute chose, au passé, au présent ou au futur. Donc le protagoniste rencontre, lors de son détour dans le super-plan-séquence, ses connaissances du passé et de l’avenir, dont un personnage qui ressemble à sa femme défunte et un jeune qui a le même prénom que son neveu : ils sont essentiellement sa femme rajeunie et un Weiwei grandi. Les divisions entre les différents objets/personnes et espace-temps sont ainsi brisées.

La seule motivation de Chen Sheng dans la deuxième moitié du film est de sauver son neveu — on suppose qu’il est maltraité, même abusé comme la plupart des enfants enlevés. Mais quand il le trouve, Weiwei vit mieux avec son acheteur qu’avec son propre père. Le bonheur de Weiwei est ce qui préoccupe Chen Sheng, il est précieux comme le diamant très recherché dans le Sūtra, symbole de l’obsession qui empêche la progression de sagesse et l’atteinte de l’éveil. Après ces aventures, Chen Sheng prend le train pour rentrer chez lui ; c’est là où il retrouve la paix et le sommeil. Il atteint enfin l’état parfait que certains appellent zen, endormi mais éveillé.

Également dans ces derniers plans, il y a des graffiti d’horloges sur le train qui va en contre sens et quand les trains se croisent en haute vitesse, ces images créent l’effet visuel d’une seule horloge tournant en contre sens. C’est le moyen, selon Weiwei le motard, de remonter le temps, mais aussi le fonctionnement d’un film : une série de photogrammes en mouvement de grande vitesse. C’est donc le commentaire métafilmique de Bi Gan : le cinéma est une magie qui nous permet de remonter le temps, de retrouver les vielles connaissances, de se libérer de tout remords et de toute obsession, d’atteindre un nouvel état de vie, s’il n’est pas l’éveil final.

La tradition et la poésie

La poésie lyrique a une place éminente dans la littérature chinoise, elle influence toute création artistique, y compris le cinéma. Un autre film Chang Jiang Tu, le gagnant d’un Ours d’argent à Berlin cette année et probablement le représentant chinois aux Oscars 2017, se construit autour de la poésie. Bi Gan est un poète publié et il n’hésite pas à insérer ses poèmes dans sa création cinématographique. Lu Bian Ye Can (littéralement « pique-nique au bord de la route »), le titre chinois de Kaili Blues, vient du titre d’un recueil de poèmes de Bi Gan. Dans le film, il est aussi le titre d’un recueil de Chen Sheng, qui est un « mauvais poète », selon le réalisateur.

Chen Sheng, toujours joué par le même acteur amateur (il est en fait l’oncle du réalisateur), est un protagoniste récurrent dans l’œuvre de Bi Gan. Il sert au personnage principal dans The Poet and the Singer et le sera dans La Dernière nuit de la Terre (titre et traduction provisoires), le prochain film en préproduction de M. Bi. L’image du poète serait la réflexion du réalisateur lui-même et les qualificatifs « mauvais », « amateur » relèvent de l’autodérision des artistes, vus par le monde consumériste comme « inutiles ». Cette autodérision, qui se trouve aussi dans Chang Jiang Tu, est le fruit amer de la société chinoise autant plus concentrée sur le profit économique.

Le poète-cinéaste regarde la tradition avec des avis complexes. D’une part il veut se révolter contre la tradition pour créer son propre style, mais de l’autre la tradition est ce qui garde certaines valeurs précieuses de la société. Bi Gan vient de Kaili, la ville éponyme du film habitée principalement par la minorité ethnique Miao, à laquelle il fait partie. Kaili Blues parle aussi de ses racines et son identité. À part la recherche de Weiwei, Chen Sheng doit aussi trouver un maître musicien miao, qui fut l’amoureux de sa vieille collègue à la clinique. Quand il arrive chez lui, le maître est absent et ses jeunes élèves sont contents de pouvoir faire un concert du pop, le genre de musique interdit en présence de leur maître.

Leur concert et la musique pop servent de musique d’ambiance pour le super-plan-séquence et participent brièvement au récit. Une liberté retrouvée de ces musiciens est mélangée avec la nostalgie de Chen Sheng, preuve de l’ambivalence de Bi Gan devant les conflits entre la tradition et la modernité. On sait à la fin que le maître est mort, quand le film se clôt avec son cortège funèbre où ses plus anciens élèves se réunissent pour lui jouer la dernière fois le lusheng, un instrument traditionnel du peuple Miao. Les réflexions de l’auteur sur la tradition et sur l’identité n’ont pas une conclusion définitive dans cette première œuvre, mais elles trouveront certainement une continuation dans la future création du jeune cinéaste.

Bande-annonce : Kaili Blues (Lu Bian Ye Can)

Fiche Technique : Kaili Blues (Lu Bian Ye Can)

Réalisation : Bi Gan
Scénario : Bi Gan
Interprétation : Chen Yongzhong (Chen Sheng), Xie Lixun (Tête de fou), Guo Yue (Yangyang), Yu Shixue (Weiwei le motard), Luo Feiyang (Weiwei, l’enfant)
Image : Wang Tianxing
Montage : Qin Yanan
Son : Liang Kai, Lou Kun
Musique : Lim Giong
Décors : Zhu Yun
Production : Wang Zijian, Li Zhaoyu, Shan Zuolong, Wang Jianguo
Société de production : Blackfin-Beijing Culture & Media Co. Ltd., Heaven Pictures The Movie Co. Ltd.
Diffusion : Capricci Films
Durée : 113 min
Festivals : Locarno, Nantes
Date de sortie : 23 mars 2016

Chine – 2015

Rencontre et débat avec Vincent Poymiro,Tony Grisoni : Séries Mania 2016

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Festival Séries Mania 7ème édition : comment soutenir les auteurs dans l’innovation et rencontre avec Tony Grisony

Cette quatrième journée de festival est marquée par la rencontre avec Tony Grisoni, scénariste de Terry Gilliam et Michael Winterbottom, ainsi que membre du jury. Mais en premier lieu, se tenait la première table ronde professionnelle sur « comment mieux accompagner les auteurs dans l’innovation ? ». Pour animer le débat, le scénariste/metteur en scène/réalisateur et membre de la SACD, Laurent Levy. Autour de lui, Marie-Pierre Thomas, membre de la guilde des scénaristes et également membre de la SACD,  David Robert, auteur émergeant, membre du collectif européen « The Dirty Dozen », Vincent Poymiro créateur de la série Ainsi-Soient-Ils, Claude Scasso scénariste sur Caïn (France 2) et créateur de la prochaine série de science-fiction Transfert et Fabienne Aguado Responsable du Centre des écritures cinématographiques au Moulin d’Andé, résidence à l’écriture en Haute-Normandie.

Le débat en trois parties, a permis de pointer du doigt, notamment grâce à Vincent Poymiro, le monopole des grandes chaînes qui, sclérosées dans le « plaire au plus grand nombre » ne permettent pas l’innovation. Marie-Pierre Thomas, féministe convaincue, liste l’exemple du genre policier, médical, mais elle oublie l’univers scolaire/adolescent qui, avec la série Sam (TF1) à 20h, enfonce le clou sur la redite et le cliché éculé. Elle critique la proéminence du masculin dans la création, le manque de femmes dans la prise des décisions et leur absence dans les instances financières. Pourquoi n’y a-t-il que les petites chaînes pour bousculer les codes ? Implicitement, on pense à OCS, même si son nom n’est jamais désigné. Canal +, autre câblée permet à une autre échelle l’innovation. L’étiquette « création originale » suffit-elle à valider cette acceptation ? Si Baron Noir est mis en avant par la dernière intervenante citée, on pense dernièrement à Section Zéro d’Olivier Marchal (Braquo) qui reprend un genre rarement abordé en France : l’anticipation. C’était en effet Arte qui était représentée aujourd’hui par Claude Scasso et Vincent Poymiro qui revient sur Trépalium – cette dernière série était grandement attendue par la rédaction, plus que déçue par le caractère profondément froid et distancié, que ce soit dans la mise en scène ou le jeu des acteurs.

Pourquoi le modèle français n’arrive-t-il pas à innover à la manière des plateformes telles Netflix, Amazon ou Hulu? Claude Scasso y répond très pragmatiquement. « Tout est une question de budget… Nous doutons que cela suffise. Ne pouvons-nous pas ajouter à cela une certaine tradition nationale dont les institutions en seraient fières ? » Paradoxe, puisque quasi 50% des programmes à succès sont des adaptations notamment anglo-saxones. The Voice, Top Chef, Danse avec les stars… TF1 est quand même régulièrement sur le ring !

La création des programmes de deuxième partie de soirée (8 en un an) sur France 2 notamment était un point survolé puisque cette question ne pouvait être posée légitiment qu’aux distributeurs absents de cette table ronde, comme l’a fait remarquer un homme dans le public. On retient la prise de parole du créateur d’Ainsi Soient-Ils qui a utilisé la métaphore d’une petite fenêtre pour souligner l’ouverture étroite dans laquelle les auteurs doivent s’engager avec leurs producteurs. Car le duo créatif semble être une nécessité pour peser sur le marché face aux grandes imminences institutionnelles closes. D’autres, comme Tony Grisoni, peuvent tout simplement avoir la chance de tomber sur la bonne personne au bon moment…

J.J. Abrams et Daisy Ridley à nouveau réunis pour Kolma

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Daisy Ridle retrouve J.J.Abrams pour un nouveau film fantastique intitulé Kolma, remake d’un téléfilm israélien sorti en 2003

Après  le carton monumental de Star Wars : Le Réveil de la Force, J.J. multiplie les projets, que ce soit en tant que réalisateur ou producteur. Malgré un 10 Cloverfield Lane plutôt décevant sur le fond, Abrams repart à la production d’un nouveau film de science fiction prometteur, appelé Kolma. La nouvelle est doublement réjouissante d’autant qu’il est rejoint dans son projet par Daisy Ridley, révélée aux yeux du grand public dans l’épisode VII de la saga interstellaire. A ce projet prometteur s’ajoute la présence de Marielle Heller à la réalisation, découverte avec le long métrage Diary of a Teenage Girl.

Kolma serait ainsi un long métrage de science fiction saupoudré de romance et de drame adapté d’un téléfilm israélien (Kol Ma She’Yesh Li de Keren Margalit) datant de 2003. Il suit une jeune femme de 22 ans perdant son petit ami dans un accident de voiture. S’étant remariée et ayant fondée une famille, la jeune femme se retrouve confrontée à un réel dilemme lorsqu’elle atteint l’Au-Delà : Continuer sa vie telle qu’elle avec sa famille ou tout oublier pour retrouver son premier amour qui l’attend de l’autre côté.

 

Le projet est dans les cartons de la Paramount depuis quelques années déjà et nul doute que la présence de Daisy Ridley fera accélérer la production. A ce jour, c’est la scénariste Megan Holley (Sunshine Cleaning) qui a signé la version la plus récente du script. Daisy Ridley étant en plein tournage de Star Wars : Épisode VIII, il faudra encore patienter avant de la voir ailleurs que dans la célèbre saga. J.J. Abrams se concentre donc sur ses productions qui ne cessent de s’accumuler : à quand un retour derrière la caméra pour le très talentueux réalisateur de Mission Impossible 3 ou encore Super 8 ?

Serie Mania 2016 : « Sam », une prof pas comme les autres

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Festival Series Mania 7eme édition : Sam, une prof pas comme les autres pour un programme comme les autres

Pour clôturer cette 4ème journée, il nous fallait bien un peu de légèreté après une table ronde, la rencontre avec Tony Grisoni et le pilote de Capital (critique de l’intégral à venir) en Video Library. Sam, l’adaptation par TF1 de la comédie danoise Rita semble être bien choisie. La curiosité l’emporte sur la conscience professionnelle et malheureusement nous ne pouvons voir la troisième série en compétition internationale, El Marginal venue représenter l’Argentine, dépeignant un univers carcéral « au plus près du réel ».

L’équipe au quasi grand complet est venue faire honneur à ce nouveau programme, loin d’innover le genre et encore moins la création, pour faire écho au débat précédent, et surtout rendre un bel hommage à la réalisatrice, Valérie Guignabodet, qui nous a quitté en février dernier. La directrice de la fiction à TF1 nous présente la série comme audacieuse. Mathilde Seigner s’enorgueillit d’être entourée de femme qui en ont une belle paire (de cou***). Mais en vérité, Sam, pour être rester les deux épisodes durant (bien que le désir de quitter la salle en cours de pilote était plus pressante qu’une envie d’uriner), n’est qu’une ersatz de bien-pensance inversée, à la photographie terne, au mouvement de caméra flottant comme hésitant (la steady cam n’est pas un jouet) et aux jeux des acteurs pour ainsi dire mauvais. Les intentions sautent aux yeux comme un teckel non sevré et affamé. Les fans de programmes français de la première chaîne, Camping Paradis, Joséphine ange gardien ou une autre abstraction populaire télévisuelle (la série Clem n’est pas entièrement visée, car son potentiel nous semble légitime), sans réelle volonté de mise en scène, y trouveront leur compte avec leur dose de personnages sur-attachants, la résolution en 45 minutes d’une pseudo-intrigue sociétale et des thématiques prônant la tolérance. Après le succès des Profs (oui un trois en préparation), la série Pep’s ou les mêmes images d’adolescence véhiculée sur un ton léger, mais qui se veut touchant, Sam rajoute une couche de graisse dans les déjà trop lourds programmes calibrées et manquant de vraisemblable esprit d’innovation de TF1.

Sam : Bande Annonce

https://www.youtube.com/watch?v=OPr3K_YxQdQ

Sam : Fiche Technique

Créateur : Claire LeMaréchal
Scénaristes : Claire LeMaréchal, Stéphanie Tchou-Cotta
Réalisatrice et directrice artistique : Valérie Guignabodet
Avec Mathilde Seigner, Fred Testot, Jean-Pierre Lorit, Camille Jappy, Kevin Dias, Roxane Bret, Valentin Byls
Producteur : Authentic Prod
Diffuseur(s) : TF1
Année de production : 2016
Format : 06×52′
Pays : France

Rencontre avec Keanu Reeves pour OCS spécial Cannes 2016

Entretien avec Keanu Reeves à l’occasion de la présentation du programme spécial Cannes de la chaîne OCS :

OCS met Cannes à l’honneur dans une programmation riche et exceptionnelle :

Le festival de Cannes approche à grands pas ! Pour l’occasion, OCS a présenté à la presse sa programmation spéciale prévue pour toutes les chaînes du bouquet avec en prime une entrevue exceptionnelle avec Keanu Reeves. Sur OCS Max, une émission quotidienne « Cannes, Séries & Cie » sera présentée par Sophie Soulignac et Stéphane Charbit dès le 14 mai à 20h20. La chaîne diffusera entre autres une sélection de films des plus grands réalisateurs : David Cronenberg, Jane Campion, Walter Salles, Sofia Coppola, Xavier Dolan, Woody Allen, Quentin Tarantino…
OCS City proposera un palmarès cannois avec des films emblématiques tels que The tree of life de Terrence Malick, Gomorra et Reality de Matteo Garrone, Thirst de Chan-wook Park, Le Scaphandre et le papillon de Julian Schnabel, Les Invasions Barbares de Denys Arcand et bien d’autres encore primés dans les différentes catégories.
La chaîne OCS Choc prévoit deux soirées spéciales autour de Nicolas Winding Refn et Paul Verhoeven tandis que OCS Géant programmera deux soirées en hommage à Ettore Scola, cinéaste engagé italien décédé en janvier dernier, à 84 ans.

Keanu Reeves et la révolution numérique :

Dans le cadre de la programmation cannoise, OCS City diffusera un documentaire inédit produit par Keanu Reeves : Side by Side, la révolution numérique. Dans ce film, Keanu a interrogé de grands noms de l’industrie du film (Martin Scorsese, George Lucas, Vittorio Storaro…) sur les progrès du cinéma et sur la technologie numérique. Est-ce une révolution ? Est-ce la fin du Cinéma ?
Lors de la présentation de ce programme Spécial Cannes, l’acteur et réalisateur s’est joint à l’équipe d’OCS pour un échange passionné autour du cinéma d’hier et de demain. La présentatrice Sophie Soulignac a dirigé l’interview dont vous trouverez, ci-dessous, un extrait rédigé en français et en anglais, et complété par un autre filmé :

Sophie Soulignac : How did you transform into an interviewer ? You wanted to be as a layman or a future expert ?
Comment êtes-vous entré dans la peau d’un interviewer ? Vous vouliez être comme un profane ou comme un futur spécialiste ?
Keanu Reeves : Actually when I was a kid, I was a host of a talkshow, of a « kidshow ». And when I was 17, I did the show, I was interviewing people and I enjoyed it very much because I was investigating a subject, something that I love. So it was very cool to do the research on everyone that I was meeting and I was learning aswell.
En fait, quand j’étais petit, j’animais un talkshow, un « kidshow ». Et à 17 ans, dans le contexte du show, j’ai interviewé des gens et j’ai vraiment aimé ça car je devais enquêter sur un sujet, sur quelque chose que j’adorais. C’était vraiment génial de faire des recherches sur tous ces gens que je rencontrais et dont j’ai appris en même temps.

Before you made this documentary, did you imagine how brutal this revolution would be ?
Est-ce que vous aviez conscience avant de démarrer ce documentaire à quel point cette révolution avait été violente ?
Keanu Reeves : Absolutly not. When I was starting the documentary, I didn’t think that Henry’s Crime, the project that I was on, would be the last work I would ever be a part of that sort of films. When I was working on Henry’s Crime in 2011, film was the majority technology use. Today in 2016, it’s the minority and not almost. I wasn’t expected that. So George Lucas was right. (Editors note : in the documentary, Lucas said : « A lot of big meetings say I was the devil incarned. I was going to destroy the industry, I was going to destroy all their jobs. »)
Absolument pas. Quand j’ai commencé ce documentaire, je n’imaginais pas que Henry’s Crime, le projet sur lequel je travaillais, serait le dernier film du genre que je tournerais. Quand je travaillais sur Henry’s Crime en 2011, la pellicule était la technique la plus utilisée. Aujourd’hui en 2016, c’est celle qu’on utilise le moins voire quasiment pas. Je ne m’attendais pas à ça. Donc George Lucas avait raison. (NDLR : dans le documentaire, Lucas expliquait : « Dans de nombreux débats, on disait que j’étais le diable incarné, que j’allais détruire l’industrie, que j’allais détruire leurs métiers. »).

What can we expect concerning the digital technology ?
A quoi peut-on s’attendre concernant le numérique ?
Keanu Reeves : Numerical aspect created the possibility to tell stories in so many way. The technology is definitly implosing itself on traditional exhibitions and the executors are pushing it back. But it’s a big wave that’s coming. What I’ve seen is that people are trying to create other experiences for communal. We’ve seen a lot more of amusment parc ideas in 4D and in China, they’re exhibiting tv shows in theatres. So there obviously seems to be an impulse wether it’s from the business side who find an opportunity to create another monetizing experience but people want to get together, they want to get outside…
L’aspect numérique a déclenché cette possibilité de raconter des histoires en grand nombre de plein de façons différentes. La technologie s’impose véritablement sur les méthodes traditionnelles de diffusion et les distributeurs se rebiffent mais c’est une grande déferlante qui arrive. J’ai aussi constaté que les gens essayent de créer de nouvelles expériences partagées. Nous voyons émerger beaucoup de parcs d’attractions en 4D et, en Chine, ils projettent des émissions de télé dans les cinémas. Donc il y a sans doute une impulsion de la part du marché qui y voit une opportunité de faire de l’argent mais toujours est-il que les gens aiment se rassembler, ils aiment sortir…

Suite de l’entretien avec Keanu Reeves en vidéo (à retrouver sur notre chaîne Youtube) :

« To be a cinematographer is to have the knowledge of the Art. Without any doubt, Cinema today is a mixing of art in technology. » – Vittorio Storaro, Side by Side. (Être un directeur de la photographie c’est avoir la connaissance de l’Art. Sans aucun doute, le cinéma d’aujourd’hui est un mélange d’art et de technologie)

Series Mania 2016 : Casual, NSU German History X

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Festival Series Mania 7eme édition: le dating online contre un groupuscule néonazi

A 14h45 avait lieu la projection des trois premiers épisodes de la comédie Hulu, Casual. La plus grande salle du Forum des Images était comble et réagissait à la série. Peu étonnant, la création de Zander Lehmann et dirigée par Jason Reitman (Juno) est une des meilleures comédies de cette nouvelle année 2016. La rédaction s’apprête à rédiger un top 3 dans les semaines à venir. La séance était suivie d’un « débat » avec l’universitaire Iris Brey, auteure de La sexualité féminine à travers les séries TV. Sa prestation avait déjà été remarquée l’année dernière en employant à de nombreuses reprises le mot « cunnilingus » devant une salle entière amusée. Cette édition, sa prestation se résume en une rapide présentation des chapitres de son ouvrage en parallèle avec les trois premiers épisodes de la série. Casual aborde la sexualité/les relations amoureuses via internet de manière décomplexée autour de trois points de vue, le grand-frère Alex Cole créateur du site de rencontre Snooger auquel lui-même ne croit pas, sa sœur psychologue Valérie qu’il héberge depuis son récent divorce et la fille de Valérie, Laura de 16 ans. En plus de permettre deux très beaux retours à la télévision pour Eliza Coupe (Happy Endings, Benched) et Frances Conroy (Six Feet Under, American Horror Story), la dramédie provoque très rapidement l’addiction, de par ses personnages fortement attachants, ses répliques cinglantes et le caractère fortement moderne de ses thématiques.

Casual : Fiche Technique

Créateur: Zander Lehmann
Scénaristes: Zander Lehmann, Sheila Callaghan, Liz Tigelaar, Harris Danow, Halsted Sullivan
Réalisateur: Jason Reitman, Max Winkler, Michael Weaver, Tricia Brock, Fred Savage
Avec Michaela Watkins, Tommy Dewey, Tara Lynne Barr, Nyasha Hatendi, Frances Conroy, Eliza Coupe
Vendeur international : Lionsgate Television
Diffuseur(s) : Hulu, Canal + Series
Année de production 2016
10×26′
Pays USA

Après le rire, la poignante NSU German History X (oui le lien avec le film de 1998 avec Edward Norton est volontaire) nous replonge 20 ans en arrière à une époque sombre de l’histoire de l’Allemagne. Le Nationalsozialistischer Untergrund (“Clandestinité nationale-socialiste”) est le nom du trio formé par Uwe Böhnhardt, Uwe Mundlos et Beate Zschäpe, trois adolescents néonazis qui se sont radicalisés dès la fin des années 80. Leur procès, débuté en 2013 pour meurtres racistes et antisémites, est encore en cours. La minisérie en trois parties d’une heure et demi tient à se distinguer de la réalité en répétant en introduction à de nombreuses reprises par des cartons que ce n’est pas un documentaire. Les trois regards caméras ne manquent pas de nous sortir de la fiction et pourtant l’émotion résonne de part et d’autre. L’ellipse au noir est fondamentale et la photographie au grain jauni type Kodac participe à ce frisson historique. Le format est inhabituel et les deux autres parties qui suivent la première chronologiquement seront d’un tout autre de point de vue selon l’équipe de la série. La productrice Gabriela Sperl, un des acteurs principaux totalement bilingue Sebastian Uzendowsky et le créateur/scénariste Thomas Wendrich nous racontent leur expérience marquante. Si la jeunesse résistante s’appose à leurs parents subissant, c’est que l’après-chute du mur a marqué à jamais toute une génération. Les programmateurs de Séries Mania ont mis plusieurs jours avant de pouvoir parler de la série, nous comprenons pourquoi.

NSU German History X : Fiche Technique

Créateur et scénariste: Thomas Wendrich
Réalisateur: Christian Schwochow (Züli Aladag 02, Florian Cossen 03)
Avec Anna Maria Mühe, Albrecht Schuch, Sebastian Urzendowsky, Nina Gummich
Vendeur international : Beta Film
Diffuseur(s) : ARD
Année de production 2016
3X90′
Pays Allemagne

Soirée Sidney Lumet sur TCM Cinéma

Mardi 19 avril, TCM Cinéma rend hommage au cinéaste Sidney Lumet, décédé il y a cinq ans, à travers une soirée spéciale. Quatre films seront alors diffusés.

Le Gang Anderson ouvre la soirée, dès 19h00. L’occasion de rappeler à quel point Sean Connery est un acteur prodigieux. Savoureux film de braquage sorti en 1971, certains ont pu y voir une préfiguration du Watergate, tant le sujet de la télésurveillance y est présent. À la fois film d’action, comédie et œuvre politique, le film entame bien la soirée.

La soirée se poursuit, à 20h45, en changeant complètement de registre, avec le drame social et politique À bout de course, avec le regretté et incandescent River Phoenix (voir notre critique).

Ensuite, à 22h35, les spectateurs pourront (re)voir le premier long métrage du réalisateur (et son plus célèbre sans doute), Douze Hommes en colère. L’occasion de nous plonger à nouveau dans ce huis-clos magistral, au sein de la salle de délibération d’un tribunal. Henry Fonda (qui a poussé Lumet à faire ce film) interroge notre notion de justice dans une oeuvre maitrisée par Sidney Lumet qui signe ici une référence absolue en la matière.

https://www.youtube.com/watch?v=J5XbNZ2ylwk

Enfin, Le Prince de New-York terminera cette soirée spéciale, à 00h10. Long polar désabusé de 2h45, avec Treat Williams (acteur trop rare vu dans Hair, de Milos Forman) et Jerry Orbach (l’acteur de la série New-York, police judiciaire), ce grand film s’inscrit dans la droite ligne de Serpico, traitant de la corruption avec intelligence, complexité et ambiguïté, loin des facilités de scénarios et du manichéisme que l’on peut trouver ailleurs.

Les quatre films présentés lors de cette soirée permettent d’avoir un aperçu très juste des qualités de Sidney Lumet, ainsi que des thèmes qu’il parcourt régulièrement : la famille, la corruption, le rôle des médias et de la représentation, le personnage solitaire opposé à un groupe, etc. La promesse d’une soirée de cinéma subtil et intelligent, plein de suspens et d’émotions.

Series Mania 2016 : The Kettering Incident

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Festival Series Mania 7eme édition: nature 1 vs espèce humaine 0

Prochain rendez-vous, deuxième série en compétition internationale, The Kettering Incident. Venue représenter l’Australie, cette embardée lynchienne à la photographie sompteuse, à faire pâlir l’œuvre entière de Gus Van Sant, nous transporte telle une comptine dans un rêve éveillé. L’histoire est la suivante : Anna Macy se réveille en Tasmanie. Résidant à Londres, elle n’a aucune idée de la manière dont elle est arrivée là. Son retour sur l’île, qu’elle avait quittée suite à la disparition inexpliquée de l’une de ses amies, est de plus mal perçu par la population. Sur fond de fantastique, entre X-Files et Phénomènes de Night Shyamalan, The Kettering Incident met en scène la Tasmanie comme aucun documentaire ne pourrait le faire de manière plus saisissante. La showrunneuse Victoria Madden nous avoue avoir voulu explorer le sentiment de ne plus appartenir à ses origines, elle-même ayant ressenti ce décalage lorsqu’elle est rentrée au pays.

Néo-gothique, la série, s’appuyant une énième fois sur une disparition d’enfant, retiens l’attention grâce à son actrice principale, Elizabeth Debicki, vue dans  Agents très spéciaux : Code UNCLE ou The Night Manager (également au programme de Séries Mania), et son atmosphère dark ushuaianesque qui se déploie bien insidieusement. On regrette une histoire parallèle superficielle, pour favoriser une saison 2, mais le cœur y est malgré tout. A voir ! Quelles vont être les 6 autres séries compétitions..?

The Kettering Incident : Trailer

The Kettering Incident : Fiche Technique

Créateurs: Vicki Madden, Vincent Sheehan
Scénaristes: Vicki Madden, Louise Fox, Cate Shortland et Andrew Knight
Réalisateur: Rowan Woods and Tony Krawitz
Avec Elizabeth Debicki, Matthew Le NevezAlison Whyte, Katie Robertson, Marcus Hensley, Nathan Spencer, Brad Kannegiesser, Kris McQuade, Matthew Burto
Vendeur international : BBC Worldwide
Diffuseur(s) Australie: Foxtel, Showcase Channel
Année de production 2016
Version vostfr
Pays Australie