Séries Mania 2016: Series Rebellion et Thirteen

Festival Séries Mania 7eme édition: La naissance de l’Irlande et l’adolescence kidnappée avec les séries  Rebellion  et  Thirteen

En plus d’une table ronde d’ouverture sur « l’avenir des séries est-il dans son passé ? » très peu stimulante (les journalistes semblent plus étendre leur savoir que faire avancer le débat), par rapport à l’année précédente, cette première journée s’est achevée avec plus d’une heure de retard sur la projection de Vinyl qui laisse vraisemblablement de glace. Aucun jugement n’est porté sur la réalisation de Martin Scorsese, mais le pilote de deux heures ne semble que peu convenir à un format télé et malgré tous les stéréotypes éculés (le juif porté sur l’argent, la blonde qui couche pour réussir, l’épouse triste), l’univers machiste porté par le trio célèbre, Jagger, Winter, Scorsese, ne sort que très peu des sentiers battus. En s’adressant à un public formaté à Broadwalk et au film Le Loup de Wall street, le pari était peu osé et l’on n’attache que peu d’importance au sort des producteurs. Heureusement que l’humoriste Nora Hamzawi nous a fait la surprise de chauffer la mythique salle du Grand Rex. Après la présentation des jury et particulièrement de David Chase qui a eu droit à une vidéo reprenant seulement plusieurs extraits des Soprano (pourquoi ? il a fait d’autres choses dans sa carrière), Bobby Cannavale est venu répondre à quelques questions posées par Charlotte Blum. Une année s’est écoulée entre le tournage du pilote, qui a duré plus d’un mois, et le deuxième épisode.

L’indépendance de l’irlande et une adolescence perdue

La deuxième journée ouvre sur la projection à l’UGC de Rebellion, sélectionnée au Panorama pour le prix coup de cœur des blogueurs. Cette mini-série irlandaise, la plus onéreuse de son histoire avec plus de 6 millions pour les 5 épisodes, créée par un dramaturge inconnu du grand public est portée par un trio féminin impliqué dans l’insurrection qui aboutira à la naissance de l’Irlande moderne. Entre War & Peace et Call The Midwife, la mise en scène élégante et le casting qui semble être sorti d’un remake de Downton Abbey ne suffisent pas à créer l’intérêt sur l’ensemble. Nous n’avons probablement pas la même vision du format sériel sensé habilement déconstruire un récit épique pour fidéliser le public. Il y a un arrière goût d’épique dans Rebellion, mais la linéarité scénaristique et dramaturgique rappelle celle d’un long métrage en plusieurs parties. Totale indifférence.

Extrait Trailer Rebellion

https://www.youtube.com/watch?v=2ueThSkUgk4

Rebellion  Fiche Technique

Créateur et scénariste: Colin Teevan
Réalisateur: Aku Louhimies
Avec Charlie Murphy, Ruth Bradley, Sarah Greene, Brian Gleeson
Vendeur international : Zodiak Rights
Diffuseur(s) : RTE One
Année de production 2016
05×52′
Pays Irlande

Thirteen n’est pas une surprise, nous avions découvert cette série il y a quelques semaines. Habitués au savoir-faire des britanniques en matière de drames (Broadchurch, Dr Foster, And Then There Were None, The Lucky Man …), nous avons une fois de plus savouré cette mini-série en 5 épisodes qui exploite, après Unbreakable Kimmy Schimdt, Room ou la récente et désastreuse série ABC The Family, la réclusion forcée et le trouble de l’adolescence/enfance à retrouver. La photographie fait écho à In The Flesh et le milieu judiciaire ainsi que les caractères font penser à The Fall. Si malheureusement la musique n’est que peu exploitée, l’approche emplie à la fois de tendresse et de mysticisme attise toutes les curiosités à la manière de The Enfield Haunting, en 3 parties avec Timothy Spall (Harry Potter, Mr. Turner). L’horreur n’est pas explicite ou sous forme de possession/exorcisme (quoique), mais elle est présente en filigrane, subtilement, dans le retour de cette adolescente de 26 ans au regard trouble et au teint de porcelaine, telle une poupée en pyjama qui n’aurait jamais vu la lumière du jour. Jodie Comer porte quasi à elle seule le show. La créatrice Marnie Dickens ayant fait ses armes sur Hollyoaks ou Ripper Street dépeint par oxymore le secret au sein d’une famille recomposée pour l’occasion. Au grain poussiéreux s’ajoute la fraîcheur d’une mise en scène moderne, couleurs ternes et chaleurs vives, se remémorer l’oubli… On aime !

Trailer Thirteen

Thirteen : Fiche Technique

Créateur et scénariste: Marnie Dickens
Réalisatrices: Vanessa Caswill, China Moo-Young
Avec Jodie Comer, Aneurin Barnard, Richard Rankin, Valene Kane
Vendeur international : BBC Worldwide
Diffuseur(s) : BBC Three
Année de production 2016
05×60′
Pays Royaume-Uni

rebellion-thirteen

A venir : NSU German History X, Four season in Havana, la rencontre avec David Chase, Harlan Coben présentant The Five…

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.

Graham Swon — La parole comme territoire

Trois films, une carte blanche, et une même ligne de force : chez Graham Swon, la parole ne se contente pas d’accompagner l’image, elle la traverse, la déplace, parfois même la remplace. De la dérive poétique d’An Evening Song (for three voices) à l’expérience quasi hypnotique de The World Is Full of Secrets, en passant par l’étrangeté expressionniste de Careful, se dessine un cinéma où dire, c’est déjà faire advenir.

Good Luck, Have Fun, Don’t Die : autopsie d’une humanité sous perfusion numérique

Gore Verbinski convoque voyages dans le temps, IA malveillante et équipe de bras cassés pour radiographier notre addiction au numérique. "Good Luck, Have Fun, Don't Die" est un film généreux et inventif, hanté par l'ombre des Daniels, et qui bute, comme nous tous, sur l'incapacité à vraiment se déconnecter.

Juste une illusion : Ce qu’on croyait déjà vivre

Avec "Juste une illusion", Toledano et Nakache replongent dans les années 80 pour raconter l’éveil amoureux de Vincent, 13 ans, au cœur d’une famille juive et arabe haute en couleur. Entre les disputes des parents, les maladresses du grand frère et les premiers élans du jeune adolescent, le film explore avec humour et tendresse ce moment fragile où l’on croit déjà comprendre la vie. Porté par une mise en scène vibrante, une direction d’acteurs impeccable et une reconstitution délicieusement vintage, le récit mêle questionnements intimes, enjeux sociaux et nostalgie lumineuse. Une comédie dramatique généreuse, où chaque émotion sonne juste et où l’on se reconnaît, quel que soit notre âge.

La fille du konbini : disconnect days

Adapté du roman de Sayaka Murata, "La Fille du konbini" suit Nozomi, jeune femme en pleine reconstruction après avoir fui la toxicité du monde corporate. Refuge dans une supérette, camaraderie inattendue et redécouverte des plaisirs simples : Yûho Ishibashi filme avec une infinie délicatesse cette parenthèse suspendue où l'immobilité apparente cache une lente remontée à la surface. Un rejet en douceur des injonctions à l'ambition, porté par la retenue naturaliste d'Erika Karata.
Antoine Mournes
Antoine Mourneshttps://www.lemagducine.fr/
Mes premières ambitions, à l'âge d'une dizaine d'années, était d'écrire des histoires à la manière des J'aime Lire que je dévorais jusqu'en CM2. J'en dessinais la couverture et les reliais pour faire comme les vrais. Puis la passion du théâtre pour m'oublier, être un autre. Durant ses 7 années de pratique dans diverses troupes amateurs, je commence des études d'Arts du Spectacle qui débouche sur une passion pour le cinéma, et un master, en poche. Puis, la nécessité d'écrire se décline sur les séries que je dévore. Depuis Dawson et L’Hôpital et ses fantômes de Lars Von Trier sur Arte avec qui j'ai découvert un de mes genres ciné préférés, l'horreur, le bilan est lourd, très lourd au point d'avoir du mal à établir un TOP 3 fixe. Aujourd'hui, c'est Brooklyn Nine Nine, Master of Sex et Vikings, demain ? Mais une chose est sûre, je vénère Hitchcock et fuis GoT, True Detective et Star Wars. L'effet de masse m'est assez répulsif en général. Les histoires se sont multipliées, diversifiées, imaginées ou sur papier. Des courts métrages, un projet de série télévisée, des nouvelles, un roman, d'autres longs métrages et toujours plus de critiques..?

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.