Séries Mania 2016 : Video Library, London Spy

Festival Series Mania 7eme édition: une consultation en libre accès pour les accrédités et un thriller paranoïaque sur fond d’amour homosexuel

En ce troisième dimanche d’avril (et oui déjà) et premier du festival, toujours une excellente programmation, l’intégrale de Show Me A Hero est diffusée dès 11h30 tandis que l’ovni télévisé de cette édition, Lola Upside Down, représentant la Finlande (avec Bordertown) au prix des blogueurs, fait relativement sensation. Si elle mérite le détour par ses accents surréalistes et sa satire communautaire mordante, elle ne suffira pas à retenir l’attention. Il faut avouer que la série est la moins accessible de tout le festival. Un univers entre Coen et Bergman, le récit oscille en permanence entre gravité, atmosphère sombre, et légèreté, humour distancié, au point de ne savoir réellement se positionner. D’autant plus qu’il faut s’accrocher pour comprendre les connexions relationnels.

A 18h se tient la projection de The Kettering Incident. En parlant de « s’accrocher », nous terminons déjà par un des plus gros succès récent de la BBC Two. La minisérie diffusé en novembre dernier et repris sur BBC American le 21 janvier est la première création originale télévisée du jeune romancier/scénariste Tom Rob Smith. Son premier ouvrage Enfant 44 est un best seller et traduit en 36 langues, puis adapté sur grand écran par Daniel Espinoza en 2014. Au travers une histoire d’amour entre deux hommes et inspiré d’un fait divers, London Spy offre un joli rôle à Ben Whishaw et casse les codes de la série d’espionnage. Il retrouve Jim Broadbent depuis Cloud Atlas et Charlotte Rempling pour courir après un souvenir qui n’est pas perdu. Captivante, mais loin d’être passionnante, le show britannique pâtit d’un format qui aurait sévèrement du être raccourci, mais la politique des networks est impitoyable. La faute au réalisateur Jakob Verbruggen qui s’est approprié l’écriture. Si sa maîtrise du cadre lui a valu de participer à deux épisodes de la saison 4 d’House of Cards, son orgueil lui vaudra de prendre le pas sur l’aspect scénaristique. En présentation, Frédéric Lavigne, le directeur du festival, nous avoue le conflit d’intérêt qu’il y a eu sur le tournage entre Smith et Verbruggen. Le résultat s’en ressent. Le pilote est grandiose et fortement envoûtant en déployant avec force et délicatesse la relation des deux personnages masculins, mais lorsque Wishaw se retrouve seul à la manière d’un faux coupable hitchockien, l’incompréhension prend le pas sur l’attention. Souffrant par moment d’un manque de rythme, la série devient parfois trop bavarde, ce qui ne permet pas l’imaginaire de se construire. Les références aux Maître du suspense sont étouffantes. Le salon/ bibliothèque de Charlotte Rempling est le même que dans La Mort aux trousses, la scène sur se tronc en forêt fait écho à Mais qui a tué Harry?, les baies de la tamise lugubre à Frenzy, le coffre à La Corde… La fin de la saison 1 ouvrirait plusieurs portes pour permettre une saison 2 en écriture. On hésite entre scepticisme et curiosité.

Trailer London Spy

London Spy  : Fiche Technique

Créateur et scénariste: Tom Rob Smith
Réalisateur: Jakob Verbruggen
Avec Ben Whishaw, Jim Broadbent, Charlotte Rempling, Edward Holcroft
Vendeur international : NBC Universal
Diffuseur(s) : BBC Two
Année de production 2016
05×60′
Pays USA

 

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Signes de vie, de Werner Herzog : à perdre la raison

Exploration à bas bruit des frontières de la rationalité humaine ? Faille spatio-temporelle où l’Homme quitte le sentier d’un destin médiocre ? Pas de doute, le cinéma de Herzog est déjà en place.

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Voyage à deux : le désenchantement conjugal

Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.
Antoine Mournes
Antoine Mourneshttps://www.lemagducine.fr/
Mes premières ambitions, à l'âge d'une dizaine d'années, était d'écrire des histoires à la manière des J'aime Lire que je dévorais jusqu'en CM2. J'en dessinais la couverture et les reliais pour faire comme les vrais. Puis la passion du théâtre pour m'oublier, être un autre. Durant ses 7 années de pratique dans diverses troupes amateurs, je commence des études d'Arts du Spectacle qui débouche sur une passion pour le cinéma, et un master, en poche. Puis, la nécessité d'écrire se décline sur les séries que je dévore. Depuis Dawson et L’Hôpital et ses fantômes de Lars Von Trier sur Arte avec qui j'ai découvert un de mes genres ciné préférés, l'horreur, le bilan est lourd, très lourd au point d'avoir du mal à établir un TOP 3 fixe. Aujourd'hui, c'est Brooklyn Nine Nine, Master of Sex et Vikings, demain ? Mais une chose est sûre, je vénère Hitchcock et fuis GoT, True Detective et Star Wars. L'effet de masse m'est assez répulsif en général. Les histoires se sont multipliées, diversifiées, imaginées ou sur papier. Des courts métrages, un projet de série télévisée, des nouvelles, un roman, d'autres longs métrages et toujours plus de critiques..?

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.