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Louis-Ferdinand Céline, de Emmanuel Bourdieu : Sortie DVD le 6 septembre

Louis-Ferdinand Céline réalisé par Emmanuel Bourdieu, sortie DVD le 6 septembre.

Synopsis : 1948. Accusé par la justice française d’avoir collaboré avec les Nazis, Louis-Ferdinand Céline s’est exilé au Danemark avec sa femme, Lucette. Milton Hindus, jeune écrivain juif américain, qui l’admire et le soutient avec ferveur, le rejoint au fin fond de la campagne danoise, avec l’intention de tirer de leur rencontre un livre de souvenirs. De la confrontation entre les deux hommes, personne ne sortira indemne…

Le dernier film d’Emmanuel Bourdieu brosse un portrait sans fard d’un maître de la littérature

L’avis de la rédaction à propos de Louis-Ferdinand Céline : Denis Lavant fait partie de ces acteurs français dont le talent n’est plus à prouver. Ses collaborations avec Leos Carax (Boy Meets Girls, Mauvais Sang, Holy Motors…) ont fait de lui un acteur à part entière au physique singulier. Devant la caméra d’Emmanuel Bourdieu, Denis Lavant se conforme dans sa place d’acteur talentueux. La voix, le phrasé, et même la ressemblance physique entre les deux hommes confortent le spectateur dans son idée que Denis Lavant est un des plus habiles et ingénieux acteurs de notre époque. Interpréter ce personnage tiraillé qu’était Louis-Ferdinand Céline n’est pas chose aisé, mais c’est ici un défi remarquablement relevé. Et sous ses dimensions cinématographiques, le jeu de Denis Lavant interpelle et ne peut que rappeler le théâtre, art cher à l’acteur (il avait d’ailleurs déjà incarné l’écrivain sur les planches). Mais la vie de l’écrivain est aussi rythmée par la présence de sa femme, Lucette Destouches, qui ne sera rien d’autre que sa muse, ici interprétée par Géraldine Pailhas. Le jeu de l’actrice est beaucoup plus nuancé, et elle ne parvient pas à égaliser le maître. Elle reste dans l’ombre d’un acteur ravageur, et ne parvient pas à attribuer à son personnage le rôle qu’il aurait dû avoir au sein du récit. Ce certain pathos et cette interprétation insipide font de Lucette Destouches une femme qui n’est pas considérée à sa juste valeur, elle qui n’a pourtant jamais trahi l’homme si contesté et critiqué, mais néanmoins talentueux, Louis-Ferdinand Céline.

L’œil du réalisateur, Emmanuel Bourdieu, sur les faits racontés, est à la hauteur du personnage qu’était l’écrivain et de la prestation de Denis Lavant. La mise en scène est minutieuse, d’apparence simpliste, mais incroyablement réfléchie. Quel plaisir d’apprécier une telle pureté en terme de réalisation. Bourdieu et ses acteurs se complètent, et se fondent dans un Danemark magnifié, prodigieusement projeté dans le passé.
Louis-Ferdinand Céline est donc une réussite, de laquelle émane tout le talent de son acteur principal et de son réalisateur.

Louis-Ferdinand Céline Recap DVD

Caractéristiques techniques du DVD 

DVD-9 – Zone 2 – PAL – Format film 1.85 (16/9 compatible 4/3)

Couleur – Langue : français

Sous-titres : français – Stéréo et 5.1 – Durée : 1h37 minutes

Réalisateur : Emmanuel Bourdieu
Casting : Denis Lavant, Géraldine Pailhas, Philip Desmeules, Rick Hancke…
Distribution France : Paradis Films

Louis-Ferdinand Céline : Bande-annonce

 

Snowden, un film d’Oliver Stone : Critique

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Meilleur film d’Oliver Stone depuis plus de 15 ans, Snowden est un sujet qui colle parfaitement à sa filmographie puisqu’il lui permet à la fois de poser son regard très dur sur ce qui fait  la fierté l’Amérique (la sécurité intérieure) et de révéler la décadence de la civilisation occidentale (Big Brother).

Synopsis : Hong-Kong, juin 2013, un groupe de journalistes rencontre un analyste de la NSA qui leur révèle des informations qui vont jeter le scandale sur les méthodes qu’ont les renseignements américains de bafouer la vie privée des citoyens. A travers le récit de son initiation à ses secrets, Edward Snowden raconte ce qui l’a poussé à trahir sa hiérarchie.

Vous connaissez son histoire, pénétrez sa vie privée

Il en aura fallu du temps pour le retrouver, mais ça y est, après un début de siècle très mal engagé il est enfin de retour avec un matériau qu’il maîtrise. Oliver Stone, qui, après s’être fait connaître   en tant que scénariste du Scarface de DePalma, a signé dans les années 80-90 les meilleurs portraits de la société américaine, que ce soit via son système économique (Wall Street), sa fascination pour la violence (Tueurs Nés), la musique (The Doors), le sport (L’enfer du dimanche), et bien sûr sa politique (Nixon). Mais le réalisateur s’était depuis quelques années fourvoyé avec notamment un World Trade Center aussi subtil qu’un film de propagande datant de la seconde Guerre Mondiale, ou encore la suite sans saveur de Wall Street. Cette suite d’échecs a fait perdre, ce qui fut il y a encore 20 ans, une certitude, à savoir qu’il serait le seul réalisateur du marché à savoir tirer pleinement toute la puissance dramaturgique et la résonnance sociologique de l’Affaire Snowden. Fort heureusement, c’est l’avocat de ce dernier qui a affirmé sa pleine confiance au réalisateur pour mettre en image le parcours de celui que son pays considère tout autant comme un traître que comme un héros. Un personnage hors norme à fort potentiel cinégénique donc, que le documentaire Citizenfour avait d’ailleurs, 18 mois plus tôt, déjà réussi à pleinement exploiter.

Ce que le scénario de  Kieran Fitzgerald (The Homesman) propose, c’est de partir de la situation du documentaire, à savoir la rencontre entre Edward Snowden et des journalistes (incarnés ici par Melissa Leo, Zachary Quinto et Tom Wilkinson) à partir de laquelle le récit du célèbre lanceur d’alerte prend la forme d’un long flashback qui ira occuper la narration jusque dans les dernières minutes du film. Dès cette introduction, on remarque le travail de transformation opéré par Joseph Gordon-Levitt (The Dark Knight Rises, The Walk…), qui a adopté une ressemblance confondante avec son personnage. Mais au-delà de ce rapprochement physique frappant, l’attitude de Snowden semble, dans un premier temps, si  crispée que l’on en vient à remettre en question l’aisance de Gordon-Levitt  à entrer dans la peau de Snowden, à moins de vouloir le faire apparaître comme un individu limité à ses connaissances en informatique (peut-être même atteint d’un syndrome d’Asperger !). Mais il apparaît après coup que ce jeu tout en retenue est un parti pris qui devra souligner la façon dont le personnage s’est décoincé au contact de Lindsay, et  aussi l’influence de leur histoire d’amour sur son cheminement intérieur.

Interprété par  Shailene Woodley (Nos Etoiles ContrairesDivergente…), le pygmalion de l’analyste est aussi la source de nombreuses scènes romantiques parfois mielleuses, faute à un jeu un peu naïf de la part de l’actrice, mais pourtant indispensables dans le parcours de Snowden, puisque c’est grâce à elle  que cet exploitant ultra-patriote va voir naître en lui une certaine conscience contestataire. Autre passage obligé dans son histoire : La découverte et l’initiation aux méthodes d’espionnage qu’il prendra soin de dénoncer par la suite. C’est au cours de son premier poste en Suisse que les agents de la CIA lui présentent le fonctionnement de ces logiciels de collection des données et la violation de vie privée qu’ils génèrent. Une scène inévitablement didactique faite d’explications techniques et au cours de laquelle les regards tour à tour admiratifs et outrés du personnage principal en disent long sur son comportement à venir. Un retournement moral qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler celui de Ron Kovic (Tom Cruise) dans Né un 4 Juillet, le film le plus ouvertement antimilitariste du réalisateur. Parmi les autres scènes que l’on retiendra et qui apparaissent comme les plus parlantes de l’évolution de Snowden vis-à-vis du pouvoir, ses face-à-face avec le directeur de la CIA interprété par Rhys Ifans se posent là.

Etrangement, le personnage apparaissant comme important dans le fléchissement du héros, comme un mentor aussi bien technique qu’intellectuel, Hank Forrester n’apparaitra que dans deux scénes, dont une à la toute fin. Une figure injustement sacrifiée au montage, ce qui autant d’autant plus regrettable que c’est Nicolas Cage qui lui prête ses traits et trouvait de fait son meilleur rôle, lui aussi , depuis très longtemps. Sans doute Stone a–t-il  évité d’extrapoler autour de scènes de vie factuelles pour s’attarder sur l’intériorité de son héros, même si celui-ci est loin des figures viriles de ses films majeurs, Edward Snowden relevant d’une certaine fragilité qu’il a un certain mal à mettre en image (d’où le romantisme doucereux) mais qui, à son avantage, est magnifiquement interprété par un Joseph Gordon-Levitt légitimement oscarisable. Et le récit étant lui-même connu de tous, le suspense est malheureusement aux abonnés absents, jusque dans les dernières minutes où le réalisateur réussit à utiliser toute sa maîtrise pour faire de la fuite de Snowden un moment d’une intensité à prendre aux tripes. Un magnifique talent pour faire d’une histoire contenue dans un article de journaux le récit d’un monde en pleine remise en question morale.

Incontestablement, Oliver Stone maîtrise son sujet, réussissant, contrairement à ses derniers films moins aboutis, à parfaitement dessiner en profondeur son personnage et à en faire le porte-étendard d’une génération qui appelle à une transition sociale. Entre ses mains, cette histoire vraie retentissante parvient à être à la fois moderne et aussi épouvantablement intemporelle qu’ a pu le devenir le 1984 de George Orwell.

Snowden : Bande-annonce (VF + VOST)

Snowden : Fiche technique

Réalisation: Oliver Stone
Scénario: Kieran Fitzgerald et Oliver Stone, d’après les livres « The Snowden Files » de Luke Harding et « Time of the Octupus » d’Anatoli Koutcherena
Interprétation: Joseph Gordon-Levitt (Edward Snowden), Shailene Woodley (Lindsay Mills), Zachary Quinto (Glenn Greenwald), Melissa Leo (Laura Poitras), Rhys Ifans (Corbin O’Brian), Tom Wilkinson (Ewen MacAskill), Scott Eastwood (Trevor James)…
Image: Anthony Dod Mantle
Montage : Alex Marquez
Direction artistique : Mark Tildesley
Musique: Craig Armstrong et Adam Peters
Producteur(s): Moritz Borman, Eric Kopeloff, Philip Schulz-Deyle et Fernando Sulichin
Production: Endgame Entertainment, KrautPack Entertainment, Onda Entertainment et Vendian Entertainment
Budget : 50 000 000 $
Distribution : Open Road Films
Genre : Thriller politique, biopic
Durée: 134 minutes
Date de sortie: 2 novembre 2016

Etats-Unis – 2016

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Blade Runner 2 : Denis Villeneuve est « sous pression »

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Le réalisateur de Sicario et de l’attendu Premier Contact est actuellement affairé en Hongrie où il tourne Blade Runner 2. Et sans surprise, voilà que le cinéaste s’est fendu de quelques révélations laissant transparaître toute la pression mais surtout la lucidité qu’il a à s’approprier l’héritage transmis par le long-métrage de Ridley Scott. 

On aura beau arguer que le film de Ridley Scott se suffit à lui-même mais bon, les voies de la création artistiques hollywoodiennes sont ce qu’elles sont : impénétrables et insondables. Il faudra donc composer avec une suite, que tourne actuellement Denis Villeneuve, le canadien (ou plutôt l’un des canadiens si l’on compte aussi Xavier Dolan) le plus connu de la profession. Loin d’être manchot sitôt qu’on le place derrière une caméra, Villeneuve affiche par ailleurs une relative lucidité vis-à-vis de lui-même et surtout de son monde. Résultat, lorsque on l’interroge sur sa démarche, en l’occurrence, marcher dans les pas de Ridley Scott et se confronter, selon l’opinion public, à l’un des meilleurs si ce n’est le meilleur film SF de tous les temps, l’intéressé est fébrile mais réaliste :

« Avant tout, ce n’est pas possible d’être à la hauteur de l’original. C’est du Ridley Scott. C’est un chef-d’œuvre. C’est l’un des meilleurs films de science-fiction, l’un des meilleurs films de ces cinquante dernières années »

Un propos tendant au pur hommage mais qui révèle aussi en substance une humilité suffisamment rare pour être soulignée. Une humilité teintée de peur qu’on retrouve d’ailleurs dans l’idée qu’il a de ce projet. Ainsi, si l’on se fie à ses propos, il n’est pas question pour lui de réaliser une banale suite au film de Scott, mais plus de s’approprier l’héritage de ce dernier pour livrer une nouvelle vision de l’univers crée par le scénariste Hampton Fancher

« Ce qui me terrifie pour l’instant c’est que je dois m’approprier ‘Blade Runner’ et en faire l’un de mes films. Quand je regarde les rushs quotidiens, je sais que ce n’est pas du Ridley Scott. C’est mon style, c’est différent. L’univers est commun, on partage le même rêve mais c’est ma vision.  Je regarde avec admiration l’oeuvre de Ridley, bien sûr, mais je ne dois pas refaire la même chose. Et je dois procéder sans savoir comment le public réagira à ma vision »

Des propos qui rendent compte d’une certaine pression, mais qui, selon ses dires, n’affectent en rien son envie de continuer, car en véritable stakhanoviste de la caméra qu’il est, le cinéaste s’astreint à une cadence impossible pour ne pas dire infernale :

« Je me réveille à six heures, je me couche à minuit. C’est sept jours sur sept et je ne rêve que de ça. Je suis trop excité, il y a tellement de travail que j’en perds le sommeil. Et lorsqu’on me demande ce que je ferai après Blade Runner, je dis tout simplement que j’irai dormir »

On se doute que la sortie, calée à la fin 2017, doit grandement influer sur son agenda de production, mais on sait par expérience que le cinéaste aime tourner rapidement, autant pour pouvoir y revenir par la suite, que pour saisir les premiers émois de ses acteurs. Mais grosse production oblige, c’est aussi la contrainte d’un film de studio qui le pousse à tourner aussi vite. La preuve étant faite : le réalisateur n’aura pas le final cut (avoir le dernier mot sur le montage final d’un film) :

« J’ai accepté de le faire parce que les producteurs derrière Blade Runner 2 sont des amis. J’ai fait Prisoners avec eux et je savais qu’ils me créeraient un environnement de travail très rassurant. Je n’ai pas vraiment le final cut sur ce film. Ce que j’ai compris à propos du final cut, c’est qu’il s’agit du pouvoir du meilleur montage. Je n’avais pas le final cut sur Prisoners et ce que vous avez vu était le meilleur montage. Sicario est un director’s cut, Premier Contact est un director’s cut. La relation avec les gens avec lesquels je travaille est très solide et, au bout du compte, celui qui gagnera sera le meilleur film. »

De biens grands mots qui n’auront pas vocation à rassurer les plus sceptiques mais compte tenu du casting dithyrambique que le cinéaste s’est arrogé pour le film : Harrison Ford (Star Wars : Le Réveil de la Force), Ryan Gosling (The Nice Guys), Robin Wright (House of Cards), Mackenzie Davis (Seul sur Mars), Dave Bautista (Spectre), Barkhad Abdi (Captain Phillips), Lennie James (The Walking Dead) et Roger Deakins (célèbre chef-opérateur des frères Coen), on aurait tendance à être rassuré sur la qualité de ce que nous prépare le québécois. Verdict le 6 Octobre 2017 ! 

Bande-Annonce de Premier Contact (prochain film de Villeneuve qui sort le 7 Décembre en France) : 

The Predator : Benicio Del Toro au casting ?

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L’acteur américano-espagnol qui tâtera bientôt du sabre dans le prochain volet de la saga Star Wars, serait selon certaines rumeurs, bien placé pour mener la vie dure à l’entité extra-terrestre The Predator, qui avait en son temps décimé l’équipe de Arnold Schwarzenegger, dans le film que prépare Shane Black (The Nice Guys). 

Au Festival de Cannes, pas une personne n’avait évoqué le sujet. Pensez donc : le Predator, l’entité extra-terrestre très portée sur les dreadlocks et les poignards allait se taper un ravalement de façade sous la houlette du très référentiel Shane Black. Un brin ironique quand on sait que le réalisateur donnait lui-même de sa personne dans le film original et se faisait sauvagement massacrer. Mais pas rancunier pour un sou, l’auteur/réalisateur américain a souhaité, alors qu’il est au sommet de la vague, donner sa vision de cette bête légendaire. Si l’on ignore encore quelles seront les têtes d’affiches et même quel sera le ton de cette (suite/prequel/remake ?), on est en tout cas sûr qu’un acteur a manifesté un vif intérêt à rejoindre le projet : Benicio Del Toro. L’acteur américain-espagnol, aurait, à en croire les rumeurs de nos confrères américains de chez Empire, entamé les négociations avec l’équipe en vue de rejoindre l’escouade qui mettra, on l’espère, une grosse branlée à ce digne représentant de l’espèce alien. Il est encore trop tôt cela dit pour espérer donner une date de sortie et encore moins une date de début de tournage pour  The Predator (bien que l’on ait entendu parlé d’un début de tournage à la mi-Novembre). Mais nul doute qu’avec pareille pointure au casting, on peut espérer une équipe éclectique, tant pour le jeu racé de l’espagnol que sa stature, résolument à contre-courant de l’action-man bourrin qu’était en son temps Schwarzy.

Redécouvrez la bande-Annonce de The Nice Guys (dernier film de Shane Black)  présenté à Cannes en 2016 :

A l’Étrange Festival, le cinéma explore le vice sous toutes ses formes

Sixième jour à l’Etrange Festival, et les films se suivent, dans des genre divers et variés, mais toujours trop malsains pour espérer une exploitation commerciale :

Trash Fire, Wet Woman in the Wind, The Neighbor et We are the Flesh

Sélectionné à Sundance dans la catégorie Midnight, le troisième long métrage de Richard Bates Jr. est assurément l’un des outsiders pour figurer au palmarès de L’Étrange Festival. Sans compter qu’il a également été sélectionné à Neuchâtel (NIFFF) en juillet dernier, et sera bientôt à Strasbourg (FEFFS). Il faut dire que le cinéaste est déjà considéré comme l’un des représentants d’une nouvelle vague de talents émergents dans le milieu du cinéma indépendant fantastique. Les amateurs se rappelleront de son fascinant Excision (adapté de son propre court métrage), peut-être moins de Suburban Gothic. Cette fois-ci, s’il conserve toujours autant son amour pour les familles pas très normales, il aborde le sujet avec plus de cynisme, notamment dans sa vision du couple, mais toujours autant d’humour noir. On pourrait définir Trash Fire comme le croisement de Psychose et des films de Judd Appatow, le côté grinçant en plus. Surtout quand on sait que le film a été écrit lorsque le réalisateur était en pleine dépression, ce qui fait de la souffrance personnelle l’un de ses thèmes récurrents. Trash Fire est divisé en deux parties, la première nous présentant ce couple dysfonctionnel qui tente de redonner péniblement un souffle à leur amour et la deuxième qui envoie ce couple renouer avec la famille du conjoint, dont le passé complexe va être l’ultime épreuve pour ce couple au bord de la crise de folie. Mise en scène léchée mais jamais surfaite, Trash Fire arrive à nous offrir quelques bonnes scènes, notamment une dernière séquence absolument marquante. Le dernier né de l’esprit de Richard Bates Jr. est donc un bon film mais il n’atteint pas encore les sommets du genre, la faute à une mécanique qui tourne vite en rond et une tension qui a dû mal à décoller. Trash Fire réussit néanmoins à nous captiver et juste pour ça, on attend avec un vif intérêt quatrième film de son auteur.

Renouant avec ses pinku eigas à « gros » budgets des années 60-70, la Nikkatsu, principal studio japonais, a fait appel à l’un de ses réalisateurs les plus réputés du genre pour signer Wet Woman in the Wind, un nouveau roman porno dans la plus pure tradition. Akihiko Shiota, que l’on ne connait en Europe que pour son film fantastique Dororo (2007) réalise ainsi une comédie dramatique riche en scènes érotiques. Basé sur la relation entre Kosuke, un écrivain qui s’est exilé à la montagne, et Shiori une ravissante nymphomane, le scénario exploite la difficulté du jeune homme à réfréner ses pulsions sexuelles au contact de cette allumeuse qui lui tourne autour. En cela, on peut évoquer un récit féministe, mettant en avant la façon que peuvent avoir les femmes de jouer de leur physique pour prendre le dessus sur des mâles possédés malgré eux par leur libido. Et pourtant, le jeu de frustration ne va pas réussir à se maintenir pendant les 75 minutes, le scénario allant dès le second tiers se reporter sur des éléments plus comiques grâce à l’intervention d’une étonnante troupe de comédiens, créant ainsi un parallèle assez peu subtil entre le jeu d’acteurs et la sexualité. Mais c’est dans son dernier tiers que le film touche clairement ses limites, puisque les scènes de cul, jusque-là disséminées avec parcimonie, prennent alors toute la place centrale, et font des vingt dernières minutes une interminable succession de plans sur les fesses et des seins, et pas forcément excitants pour autant. Un problème de dosage qui nuit gravement tout autant au propos qu’à l’effet escompté… pour cela, on se reportera après coup sur un petit Jacquie et Michel.

Ayant travaillé sur les opus du 4 au 7 de la saga Saw et réalisateur du diptyque The Collection/The Collector (déjà présentés dans les éditions précédentes de L’Étrange Festival), Marcus Dunstan s’est rapidement imposé comme l’un des réalisateurs à suivre. Peu étonnant alors que l’Étrange Festival ait décidé de retrouver ce cinéaste désormais habitué de la boutique et d’intégrer The Neighbor dans la compétition internationale. Avec son nouveau film, il ne faut pas s’arrêter sur la trame simpliste (un livreur de drogues voit sa compagne portée disparue, il soupçonne alors son voisin) mais bel et bien approfondir son jugement et apprécier la manière dont Marcus Dunstan développe son intrigue, apporte les bonnes réactions à ses personnages dans les situations d’urgence et n’hésite pas à apporter un vent de fraîcheur sur le « thriller voisinal ». On lui reprochera quelques facilités rocambolesques, et une intrigue qui met longtemps à démarrer mais ce serait passer à côté de la dernière demi-heure aussi tendue que jouissive, et dont les rebondissements sont amenés avec une maîtrise modeste. Le réalisme est là, le montage est correct même si certains choix sont de mauvais goûts et les personnages développées dans un minimalisme assumé tiennent la route et montrent leur caractère dès lors que l’affrontement est inévitable. Le festival tient là un thriller des plus efficaces, sans originalité certes mais qui s’amuse à tordre quelques codes du genre pour livrer l’une des séances de l’Étrange Festival les plus jubilatoires. Un Prix du Public ne serait pas démérité.

Les idées de We Are the Flesh sont plutôt bonnes, mais c’est la manière dont Emiliano Rocha Minter les exploite qui peine à convaincre. Il arrive à créer un monde onirique et purement sensitif avec un certain brio, là où vont évoluer les personnages dans un univers à la lisière du fantasmagorique. C’est un véritable empire des sens, picturalement superbes et qui dispose de merveilleuses idées de mise en scène par moments. Mais Emiliano Rocha Minter a un style bien trop précieux, et on aura du mal de s’enlever l’image d’un cinéaste qui se papouille joyeusement son membre viril en ayant le sentiment d’être un petit génie. Surtout que finalement son oeuvre tourne très vite à vide, car sa réflexion de l’Homme enfermé dans les besoins de sa propre chair a suffisamment été exploitée pour ne plus rien apporter de neuf, et le film n’a rien d’autre pour justifier son existence. Après la recherche de la transcendance et de renaissance qui en découle distille ici et là quelques pistes intéressantes à explorer mais le tout est noyé dans une certaine prétention, notamment lors d’un final qui se veut bien plus malin qu’il ne l’est. We Are the Flesh est un film qui va avoir du mal à trouver son public, qui est répulsif sur bien des aspects mais qui n’est pas une oeuvre inintéressante pour autant. Il fait partie peut-être de ces OVNI trop conscients d’eux-mêmes pour échapper aux grosses maladresses mais qui par moments arrivent à toucher à quelque chose de très juste sur le genre humain.

Jeeg Robot, un film de Gabriele Mainetti : Critique

On L’appelle Jeeg Robot, le film de super-héros italien questionne subtilement le déterminisme social. Une vraie réussite mêlant humour et violence. Rafraichissant !

Synopsis : Poursuivi par la police dans les rues de Rome, Enzo plonge dans les eaux du Tibre et entre en contact avec une substance radioactive qui le contamine. Il réalise bientôt qu’il possède des pouvoirs surnaturels : une force et une capacité de régénération surhumaines qu’il décide de mettre au service de ses activités criminelles. Du moins jusqu’à ce qu’il rencontre Alessia, une jeune fille fragile et perturbée qu’il sauve des griffes de Fabio, dit « le Gitan » un mafieux psychopathe ultra violent qui travaille avec la Camorra.

Gabriele Mainetti avait déjà fait sensation avec son précédent court métrage, Tiger Boy, qui avait eu le privilège d’être nommé aux oscars. Pour son premier long métrage, il a l’audace de vouloir poser sa marque dans le genre très populaire du super-héros, là où la concurrence est très rude, du moins sur le plan purement commercial. Au niveau artistique, Jeeg Robot a toute la place qu’il faut pour impressionner et c’est ce qu’il fait dans la plupart des festivals où il est présent, comme actuellement à l’Étrange Festival. Un film qui vient s’imposer dans le contexte difficile d’un cinéma italien en plein déclin depuis plusieurs années et qui a perdu toute renommée. Alors quand une oeuvre italienne s’instaure dans le super-héros en ayant le titre d’un dessin animé japonais, il est très vite facile de s’attendre à un bon gros nanar. Mais il faut très vite mettre ce préjugé de côté car ce serait se priver d’une belle surprise.

Sur sa trame narrative, le film ne révolutionne rien. L’apprentissage du héros est des plus classiques dans ce qui entoure la découverte de ses pouvoirs. C’est plutôt son évolution psychologique qui sera plus intéressante, dans la mesure où il commence l’histoire en n’étant qu’un petit voyou sans envergure. Et c’est à ce niveau que le long métrage se scinde en deux. D’un côté, on aura un film de super-héros classique et attachant et d’un autre, l’exploration minutieuse de l’univers mafieux avec pour personnage central, le bad guy de service. Voir en parallèle la montée en puissance du protagoniste et de l’antagoniste est une idée assez intelligente, car elle permet de donner à ses deux personnages une réelle tangibilité. Pour Fabio, le méchant, son côté over-the-top flirte avec le caricatural mais n’y tombe jamais grâce à une finesse d’écriture vraiment impressionnante. Il dispose du parcours le plus passionnant, le plus barré et le plus drôle qui arrive toujours à le nuancer et donner un poids non négligeable à ses motivations. On peut cependant être déçu que son personnage devienne un peu trop un « Joker » lors du dernier acte mais ceci est compensé par la prestation impeccable et jubilatoire de Luca Marinelli, l’acteur qui l’incarne. Le casting est globalement de haute tenue d’ailleurs, même si Claudio Santamaria est un peu plus monolithique et manque d’envergure en premier rôle, c’est aussi voulu par l’écriture de son personnage, mais sa performance est magnifiquement contre-balancée par l’énergie et la justesse de Ilena Pastorelli. Le duo qu’ils forment fonctionne à merveille et permet à l’apprentissage du héros de gagner en saveur. Car même si le traitement du personnage principal est trop classique pour pleinement captiver, l’ajout de Alessia est un vrai vent de fraîcheur qui va au-delà du simple « love interest ». Le personnage est original et finement amenée au sein du récit et possède une histoire plus suggérée que vraiment explicitée, ce qui en fait toute sa force. La relation qu’elle entretient avec le héros est touchante, ne tombe jamais dans la niaiserie et est même incroyablement pertinente lorsque que le film traite frontalement les fêlures de nos icônes. Que même le héros n’est pas parfait et que la vie n’est que désillusion.

Malgré tout, c’est un film qui appelle à ne jamais abandonner. Même si il dispose d’un propos actuel et très terre-à-terre, c’est une oeuvre qui pousse aussi à l’imaginaire et qui se sert avec habilité de son héros et des symboles visuels pour faire passer cela. La mise en scène de Gabriele Mainetti est d’une maîtrise sidérante que ce soit techniquement -le film dispose d’un petit budget mais ça ne se ressent jamais- ou en terme d’idées. Les situations sont souvent loufoques, le tout ne lésine pas sur l’humour malgré son sérieux affiché, et toujours mises en images avec soin, grâce aussi à une photo léchée et accompagnée d’une musique classique mais efficace. Les scènes d’action qui impliquent les pouvoirs manquent peut-être un peu de dimension, elles sont restreintes en raison du budget mais elles se montrent quand même très impressionnantes pour ce qu’elles ont à offrir, notamment lors du climax. Après on remarque assez vite que Mainetti est plus inspiré lorsqu’il livre un pur film de gangster que lorsqu’il s’occupe des péripéties du super-héros. D’ailleurs, la différence des genres et parfois trop marquée entre les deux intrigues, elles ont du mal à s’entremêler même si la barre est redressée lors du dernier acte mais ce n’est permis que par certaines facilités narratives. Le scénario étant parfois pas très regardant quant aux capacités de son personnage pour créer de la tension et on se dit que certaines situations auraient pu être conclues avec plus d’intelligence.

Jeeg Robot est une très belle réussite malgré quelques petites imperfections par-ci par-là. Mais il n’y a clairement pas de quoi bouder son plaisir devant ce qui est la plus grosse surprise de L’Étrange Festival tout comme probablement le meilleur film de super-héros de l’année. L’oeuvre sait faire preuve d’audace dans un traitement pour le moins classique mais très efficace. Il y a une véritable vision d’auteur qui arrive à être accessible à tous grâce à un divertissement géré avec une main de maître, Gabriele Mainetti s’imposant comme un petit prodige capable de faire de belles choses avec un budget dérisoire. Les promesses pour la suite de sa carrière sont grandes et c’est assurément un cinéaste à suivre de très près. En tout cas, il serait dommage de se priver de son Jeeg Robot qui devrait sortir en salles au début de l’année 2017, et qui devrait assurément séduire grâce à son écriture pleine de finesse, sa mise en scène acérée et son casting impeccable.

On l’appelle Jeeg Robot : Bande annonce

On l’appelle Jeeg Robot : Fiche technique

Titre original : Lo chiamavano Jeeg Robot
Réalisation : Gabriele Mainetti
Scénario : Nicola Guaglianone et Menotti
Interprétation: Claudio Santamaria (Enzo Ceccotti, «Jeeg Robot»), Luca Marinelli (Fabio Cannizzaro, « le Gitan »), Ilenia Pastorelli (Alessia), Stefano Ambrogi (Sergio),…
Image : Michele D’Attanasio
Montage: Andrea Maguolo
Musique: Gabriele Mainetti et Michele Braga
Costumes : Mary Montalto
Décor : Massimiliano Sturiale
Producteur : Gabriele Mainetti
Société de production : Goon Films
Récompense : Grand Prix à l’Étrange Festival 2016
Durée : 118 minutes
Genre : Super-héros
Date de sortie : le 3 Mai 2017

Italie – 2016

Devious Maids, une série de Mark Cherry : Critique

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Créée par le papa de Desperate Housewives, Marc Cherry, Devious Maids est l’adaptation américaine de la telenovela Ellas son…la alegria del hogar (qu’on peut traduire par « Elles sont la joie de la maison »).

Synopsis : Marisol, Rosie, Carmen et Zoila sont quatre domestiques d’origine hispanique, travaillant dans un quartier résidentiel très calme de Beverly Hills. Elles sont entourées de luxe et de privilèges, mais on leur rappelle constamment qu’elles ne sont que de simples domestiques. Leur travail consiste à nettoyer derrière les rock stars, les milliardaires et les célébrités égocentriques pour qui elles travaillent. Toutefois, quand leur amie et employée de maison, Flora, est retrouvée sauvagement assassinée, leur quotidien est bouleversé…

La série, initialement prévue pour la chaîne américaine ABC qui l’a rejeté, atterrit en 2013 sur Lifetime. Largement inspirée de la pépite d’or d’ABC, Desperate Housewives, qu’elle devait remplacer, Devious Maids suit l’histoire de quatre latinas (Marisol interprétée par Ana Ortiz, Rosie jouée par Dania Ramirez, Carmen par Roselyn Sanchez et Zoila par Judy Reyes), liées d’amitié par leur travail et qui, entre turpitudes amoureuses, excentricités et secrets de leurs employeurs, et meurtres mystérieux, font face ensemble à leur univers mélodramatique.

Annulée au bout de sa quatrième saison, les trois premières saisons de Devious Maids comptabilisaient chacune, 13 épisodes. Cependant, les audiences qui dégringolaient d’année en année, poussèrent Lifetime à ne commander que 10 épisodes pour sa quatrième et dernière saison. Ce qui était déjà un mauvais signe, surtout que l’annonce de ce dernier renouvellement eut lieu en retard et que l’autre grande star sur Lifetime, la série UnREAL (lancée en 2015), solidifiait toujours plus sa position de nouvelle série phare de la chaîne.

Présentée comme bien plus prometteuse et plus divertissante que sa cousine d’ABC, Mistresses, Devious Maids tire aujourd’hui sa révérence avec un cliffhanger haletant. En effet, la fin de saison laissa la porte ouverte à plusieurs intrigues comme la disparition de Marisol le jour de son mariage. L’a-t-on kidnappé ? Avait-elle vu quelque chose qu’elle n’était pas censé voir ? Aussi, le regard échangé entre Adrian Powell et Zoila à l’église laissait supposer des choses sur la future relation entre les deux personnages. La faible intrigue autour de Rosie et Spence tout au long de cette saison promettait pourtant d’être intéressante la saison prochaine avec l’annonce de la grossesse de Rosie et le silence de cette dernière sur le fait que Tucker ne soit pas le fils de Spence. La productrice exécutive de la série avait déjà annoncé que Carmen, quant à elle, allait retrouver son grand amour, père de sa fille, Daniela (jouée par Sol Rodriguez). Autant de possibilités d’intrigues qui ne verront donc pas le jour.

Néanmoins, on reste satisfait de l’évolution globale des personnages comme l’exubérante, narcissique et aspirante star de la chanson, Carmen Luna qui se révèle particulièrement altruiste après sa rencontre avec Daniela. Chacune des protagonistes fut mise en avant au fil des années. L’occasion notamment pour la naïve et candide Rosie des premières saisons de prendre de l’assurance. Les personnages secondaires n’étant pas en reste, on est heureux d’assister à la transformation de la « socialite » Geneviève Delatour (interprétée par Susan Lucci, All My Children), beaucoup moins égocentrique à la fin de la saison. Quant au couple Powell, alors qu’on les croyait atteindre le point de non retour, ils nous rassurent et nous captivent au final par l’amour passionnel qui les habite.

Avec un casting 100% latinos à son démarrage, la série fut pointée du doigt outre-atlantique à son démarrage car elle était portée par des femmes hispaniques et semblait beaucoup jouer sur les stéréotypes. Toutefois, c’était sans compter sur son casting explosif avec des acteurs qui ont réussi à maintenir avec consistence et humour la série pendant quatre ans. Consultante pour la série, la participation d’Eva Longoria permit à Marc Cherry de dépeindre de manière plus authentique les latino-américaines. Pavant le chemin pour les séries latines à l’instar du désormais culte Ugly Betty (où Ana Ortiz œuvrait déjà), l’émergence de la communauté hispanique ne cesse aujourd’hui de croître sur petit écran. On peut évoquer là Telenovela, Cristela ou encore la lauréate des Golden Globes, Jane the virgin.

Interprétées par des actrices d’exception dont l’évidente alchimie a fait de ce show un délice, nos quatre héroïnes ont su séduire les téléspectateurs par leur énergie débordante, leur humour et leur force. Aussi, loin d’être timides, déférentes et sans pouvoir, ces bonnes ‘nouvelle génération’ ont été dépeintes comme intelligentes, indépendantes et ambitieuses, tordant le cou aux idées reçues sur les domestiques. Mais le déclin du nombre d’audience aura malheureusement eu raison de la série laissant les fans sur leur faim.

Devious Maids – Bande Annonce

Devious Maids, Fiche Technique

Créateur : Marc Cherry
Réalisation : Paul McGuigan, Rob Bailey, Tawnia McKiernan, John Scott, Larry Shaw, David Warren, Tara Nicole Weyr
Scénario : Marc Cherry, Gloria Calzada, Anahi Lopez, Juan Meyer, Alonso Ramos, Carolina Rivera, Salvador Rizo, Gloria Calderon Kellett, Victor Levin, Tanya Saracho, Brian Tanen
Interprétation : Ana Ortiz (Marisol Duarte), Dania Ramirez (Rosie Falta), Roselyn Sanchez (Carmen Luna), Judy Reyes (Zoila Diaz), Edy Ganem (Valentina Diaz), Rebecca Wisocky (Evelyn Powell), Tom Irwin (Adrian Powell), Susan Lucci (Geneviève Delatour), Drew Van Acker (Remi Delatour), Grant Show (Spence Westmore), Mariana Klaveno (Peri Westmore), Brianna Brown (Taylor Stappord), Brett Cullen (Michael Stappord)
Production : Brian Tanen, Gloria Calderon Kellett (superviseur) ; Justin Lillehei (associé) ; Sabrina Wind, Larry Shuman, David Lonner, John Mass, Michael Garcia et Eva Longoria (productrice exécutive)
Sociétés de production : ABC Studios, Cherry/Wind Productions et Televisa Internacional
Genre : Comédie dramatique
Format : 10 épisodes de 43 minutes
Chaîne et Sociétés de distribution : Lifetime et Lifetime Television
Durée: 42 minutes

Etats-Unis – 2016

A l’Étrange Festival, les crimes se font sur le ton de l’humour

Pour ce cinquième jour à l’Étrange Festival, on rigole enfin un peu avec trois films légers, mais pas dénué d’une certaine noirceur, et qui chacun relève bien de l’humour propre au pays d’où il est issu :

Jeeg Robot, War on Everyone et When Geek meets Serial-Killer.

Qui aurait pu croire qu’un film estampillé « super-héros » produit en Italie et réalisé par un jeune cinéaste encore inconnu aurait pu aboutir à une œuvre aussi maitrisée ? C’est pourtant la belle surprise de ce Jeeg Robot, qui, contrairement à ce que son titre semble indiquer, n’est aucunement une adaptation directe de la série animée de Masayuki Akihi datant des années 70. Mais, à côté de cette référence japonaise qui reste importante dans le parcours de son héros, le long-métrage digère habilement des influences locales (coté film de gangsters, on pense à du Matteo Garonne ou du Stefano Sollima, les deux maestros modernes) et américaines (des films de super-héros hors du carcan hollywoodien tels que Super ou Chronicles). Le résultat de ce mélange de genres aurait pu être un brun foutraque s’il s’était pris au sérieux, mais ici le tout est traité avec un humour ravageur qui en fait une redoutable comédie comme le cinéma italien ne nous en avait plus offert depuis longtemps. La carrière de Gabriele Mainetti est à présent à suivre de très près.

Après L’Irlandais et Calvary, le troisième long-métrage de John Michael McDonagh dénote complètement avec l’identité du cinéaste irlandais tel qu’on a pu la percevoir dans ses deux précédents films. Soit deux flics pourris jusqu’à l’os, amoraux et adeptes d’un humour noir grinçant, interprétés avec énergie par Michael Peña et Alexander Skarsgård dans une intrigue alambiquée au possible. Au-dessus de lois (War on Everyone) n’hésite pas à balancer à tout-va un flot incessants de punchlines sarcastiques et politiquement incorrects dans des situations absurdes. J.M. McDonagh porte un regard corrosif sur une Amérique empêtrée dans des controverses sans fin autour de l’éthique de sa police (le racisme au sein des unités, les meurtres contre les noirs, etc.). Si certaines critiques ont pu saluer l’impertinence de ce buddy movie regressif, on peut légitimement regretter le ton poussif qu’adopte le cinéaste, qui semble abandonner toute nuance et sensibilité en débarquant sur le territoire américain. Comme si le réalisateur britannique tentait de s’y faire accepter en essayant d’adopter le ton tout aussi cynique mais plus maîtrisé de son grand frère Martin McDonagh qui nous a offert les géniaux Bons Baisers de Bruges et Seven Psychopaths. Au-dessus des lois est loin d’être un mauvais film, il se regarde sans déplaisir mais il lui manque tout de même la flamme et une écriture plus développée pour faire partie des références du genre, à l’instar de L’Arme Fatale ou Starsky & Hutsch. On lui préférera dans le même registre Very Bad Cops ou The Nice Guys, le dernier né de l’esprit de Shane Black, l’incontestable spécialiste du buddy movie.

Pour la première fois, Eric Cheng voit une de ses bandes-dessinées adaptées en live, et ce dans le cadre d’une improbable coproduction sino-malaisienne. Il faut dire que, contrairement aux fables héroic-fantasy qui l’ont fait connaitre à Hong-Kong, Wolf & Mary (le comics dont est tiré When Geek Meets Serial Killer) est une histoire plus intimiste, aux inspirations personnelles évidentes, et surtout sur le ton de l’humour noir et burlesque le plus total. C’est dans ce sens que démarre d’ailleurs le film, nous plongeant dans l’imaginaire débridée de son héros, un jeune dessinateur introverti et dont nous partagerons les peurs et les divagations pendant près de la moitié de la diégèse, au cours de laquelle on le voit faire des pieds et des mains pour se débarrasser qu’un cadavre quelque peu encombrant. Cette première partie souffre surtout du peu d’empathie que suscite le personnage, une grossière caricature du « geek » si insupportable qu’on la croirait toute droit sortie de la variation asiatique de The Big Bang Theory. C’est dans la seconde partie, après que nous soit introduit l’autre rôle-titre –le serial-killer donc– que le rythme va s’accélérer, le scénario prenant alors la forme d’un petit jeu de massacre agréablement pervers. Trouver le sens de la vie en multipliant les meurtres, tel semble être la voie que va suivre le personnage, qui va sans surprise dépasser le maitre. Tourné en grande partie en huis-clos, ce vaudeville gentiment trash est le fruit d’un travail amateur, tant de la part de l’équipe technique que du casting, ce qui l’empêche de faire mouche avec le mordant qu’il aimerait avoir.

Alien 5 : Neill Blomkamp passe à autre chose !

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Neill Blomkamp cumule les projets en attendant Alien : Pacte (Prometheus 2)

Alors que les fans de la saga la plus monstrueuse du 20ème siècle n’en finissent pas d’attendre, le réalisateur de District 9 se lance dans un tout autre projet.

Le 17 août, Bloody Discusting affirmait dans un article « Ridley Scott est encore en production, mais il a insisté pour que Prometheus 2 soit fait en priorité », repoussant ainsi la sortie de l’Alien Untitled de Neill Blomkamp. Le nouvellement intitulé Alien : Pacte de Monsieur Scott sortirait donc en 2017, fixant ainsi la sortie d’Alien 5 en 2018. Et encore ! Sachant qu’il reste aussi la question de la disponibilité de Sigourney Weaver, nous, public languissant, ne sommes pas au bout de nos peines…

Dans cette attente insupportable, Neill Blomkamp a, lui, trouvé de quoi occuper son temps libre. Outre le projet d’un District 10, le réalisateur a piqué notre curiosité en postant jeudi une image mystérieuse sur son compte Instagram. Image suivie d’un commentaire tout aussi troublant : « Working on new things. Currently not alien » / Je travaille sur de nouvelles choses. Actuellement pas Alien.

Blomkamp ne donne pas beaucoup d’indices quant à ce nouveau film de SF et les spéculations vont bon train. S’agit-il de la suite de ce que Blomkamp présente comme la trilogie District 9 – ElysiumChappie ? Rien n’est moins sûr ! Car l’image montre un humanoïde, une créature prothétique au visage mutilé et au corps veineux, bien différente des créatures extraterrestres de District 9. Voyez plutôt :

Working on new things. Currently not alien

Une photo publiée par Brownsnout (@neillblomkamp) le

Dès lors, on pense d’avantage à une création originale mêlant Science-Fiction et Horreur, un film post-apo agrémenté de créatures mutantes façon La Colline à des Yeux. Quel suspense ! Mais on devrait en savoir plus incessamment sous peu si on tient compte de l’activité soutenue de Neill Blomkamp sur les réseaux sociaux…

L’Étrange Festival, la folie à l’internationale

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Après une journée de compétition en demi-teinte, l’Etrange Festival nous offre l’occasion de découvrir de sympathiques films de genre et des séances spéciales exceptionnelles.

Six ans après sa dernière intervention à l’Etrange Festival, Alejandro Jodorowsky nous a gratifiés d’une inoubliable intervention de « crypto-cinéma », au cours de laquelle il a mêlé deux de ses deux passions : Le 7ème art et l’ésotérisme. Il nous a en effet offert une analyse très personnelle, mais ô combien pertinente, de l’un de ses films favoris, Le Magicien d’Oz (Victor Fleming, 1939), nous expliquant qu’il ne s’agit pas uniquement d’un conte pour enfants qui a révolutionné le cinéma avec son usage du Technicolor, mais avant tout d’un cumul de symboles mystiques. Cartes de tarot à l’appui, ses explications nous ont permis de comprendre que les personnages qui entourent Dorothy sont des métaphores de son âme, son esprit, son intellect, ses émotions, sa sexualité, son égo et son Dieu intérieur, et que leur parcours les mènent à une élévation spirituelle. Un éclairage qui donne envie de se replonger de ce classique, mais aussi qui offre des clefs pour (enfin) décrypter ses films les plus énigmatiques.

Après avoir fait sensation avec son Heli au Festival de Cannes 2013, où il avait remporté le prix de la mise en scène, Amat Escalante revient avec La región salvaje qui s’impose comme son film le plus étrange. Avec son atmosphère lourde et son rythme très lent -trop par moments d’ailleurs- le film se mue en véritable trip sensoriel aussi fascinant que hallucinatoire. A l’image des personnages, nous sommes plongés dans un véritable cauchemar/rêve (la limite est floue) éveillé. Il est passionnant de voir avec quelle grâce Escalante a été aussi loin dans son délire sans que son oeuvre perde en crédibilité, grâce à une mise en scène chirurgicale qui manie à merveille le hors champs et offre des plans d’une beauté sidérante. Réflexion sur l’effervescence des sens et la frustration sexuelle qui prennent ici forme de manière inattendue et très symbolique, l’oeuvre n’hésitant pas à se montrer exigeante envers son spectateur dans un traitement pour le moins original du désir et de ses conséquences. Après, certaines sous-intrigues peinent parfois à décoller ici, le film s’éparpillant sur trop de personnages et vient handicaper le cœur de son propos, les longueurs s’accumulant un peu trop lors du dernier tiers. La región salvaje reste un long métrage de très haute tenue qui mérite le coup d’œil à condition tout de même d’être un spectateur averti qui n’a pas peur de se lancer dans des expériences singulières.

Dans le cadre d’une Carte blanche laissée au graphziniste Stéphane Blanquet, l’artiste  plasticien a fait en sorte de nous concocté une sélection très proche de l’univers visuel qui est le sien. Celle-ci a débuté par le long-métrage L’Ange (Patrick Bokanowski, 1982), considéré par beaucoup comme une référence dans le domaine du cinéma expérimental. Il faut bien reconnaitre que, malgré l’absence de scénario, les 70 minutes passent très vite, tant on se laisse hypnotiser par la virtuosité musicale du montage et la splendeur des images jouant habilement sur les effets de lumière. La sélection s’est ensuite composée de courts-métrages tout aussi expérimentaux et non-narratifs, dont l’hallucinatoire Psychic Rallye In Heaven et des animations japonaises signées par Keiichi Tannami, comportant beaucoup de femmes nues et de phallus en érection. Un beau programme psychotrope et fortement déconseillé aux épileptiques.

Faisant parler de lui en festival depuis quelques mois, les taglines de la bande annonce de The Bodyguard évoquait sans modestie aucune « the best action movie of the last 20 years » et « the new Bruce Lee coming« . Forcément, l’attente n’en était que plus grande, qui plus est quand le réalisateur est également l’acteur principal et le propre maître de ses cascades. Déjà à l’origine du film The King of Streets, Yue Song est un sacré personnage, car si sa maîtrise dans les combats est exceptionnelle, son narcissisme l’est tout autant. Il n’hésite pas à surestimer grossièrement son film, surtout quand on a encore en tête le diptyque The Raid. Et on peut dire qu’elle est loin la réussite, la beauté et l’énergie des films de Gareth Evans qui vont encore rester un moment le modèle du film de combats du XXIème siècle, tandis que The Bodyguard se vautre lamentablement. Malgré les ridicules motivations du scénario, la trame narrative de The Bodyguard arrive tout même à tomber dans le rocambolesque. Rebondissements surréalistes, absence de psychologie des personnages, clichés à la pelle, autant d’erreurs d’écriture qui empêchent d’avoir une empathie pour l’histoire et pour le personnage incarné par Yue Song. Si au moins, les combats en valaient la peine. Mais le montage épileptique et agressif empêchent d’avoir une bonne lisibilité dans les séquences d’action, tandis que les effets spéciaux agacent l’œil (les orages dans le ciel, le loup en 3D, etc.). Et ce ne sont pas les ralentis utilisés à l’excès qui feront la différence. Il faut néanmoins reconnaître à Yue Song d’être un excellent chorégraphe (même si certains mouvements prêtent à sourire) et que son talent est là, non pas derrière la caméra. Sans compter que le cinéaste a jugé bon de souligner chaque séquence d’une musique lourde qui empêche le long métrage de bien utiliser les rares émotions qui se dégagent de l’intrigue. The Bodyguard est la preuve qu’un champion d’arts martiaux à la réalisation ne donnera pas forcément un bon film de kung-fu. Le long métrage, malgré lui, captive (et amuse) parce qu’il se noie dans la mélasse et les poncifs du genre. On lui sauvera tout de même certaines séquences de combat, notamment celles de fin dans l’entrepôt, plus maîtrisées et nettement plus impressionnantes. Au final, The Bodyguard est une déception, pire un très mauvais film. Mais le trop-plein de sérieux du cinéaste et son narcissisme en dehors du film en font un objet à part, surréaliste et involontairement drôle.

Michael O’Shea signe avec son Transfiguration la réflexion sur le symbole du vampires la plus intelligente depuis plusieurs années. L’approche se fait à contre-pied de tout ce que l’on peut en attendre et c’est ce qui perturbera sans doute le plus. Ses intentions sont très cachées et pourraient perdre le spectateur qui se retrouve non pas plongé dans un film fantastique mais dans un vrai drame social, qui se montre même assez poignant. L’approche et le regard que porte O’Shea sur son protagoniste est empathique et arrive à le rendre attachant malgré le mal très obscur qui le ronge. La partie romance est traitée avec tendresse et ne tombe jamais dans la niaiserie, le film trouve une justesse appréciable notamment dans le traitement très sobre de sa mise en scène. Par contre, on aura du mal à lui pardonner l’abattage incessant de ses références qui donne la sensation que le réalisateur fait son petit malin en citant ses inspirations mais qui limite systématiquement son film à la comparaison avec ces dernières. Retrouvez la critique complète ici.

Deauville 2016 : son palmarès dévoilé, Brooklyn Village remporte le Grand Prix du jury

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Alors qu’on voyait bien le sacre de la famille dysfonctionnelle menée par Viggo Mortensen dans Captain Fantastic, le jury du 42ème Festival de Deauville en a décidé autrement, en donnant les honneurs à Brooklyn Village, œuvre sociale sur les déboires d’une famille sud-américaine endettée. Retour sur le palmarès !

Après une semaine de compétition forte en émotions avec 14 films projetés, différents hommages (Stanley Tucci, Michael Moore et James Franco) et deux prix du Nouvel Hollywood attribués à Daniel Radcliffe et Chloé Grace Moretz, l’heure était venue de clore les festivités normandes. Le jury, présidé par l’ancien ministre de la Culture, Frédéric Mitterand se sera comme le veut la tradition retiré dans un lieu secret et entamé des délibérations qui auront duré une bonne partie de l’après-midi. Et alors que vont bientôt résonner les premières notes de War Dogs , film de clôture, le jury (qui on le rappelle compte Frédéric Mitterand (président), François Arnoul, Radu Mihaileanu, Éric Elmosnino, Ana Girardot, Douglas Kennedy, Emmanuel Mouret et Marjane Satrapi)  a finalement rendu son verdict.

Le palmarès du 42e Festival du Cinéma Américain de Deauville

Grand Prix : Brooklyn Village, réalisé par Ira Sachs
Prix du jury : Le Teckel, réalisé par Todd Solondz, ex-aequo avec Captain Fantastic, réalisé par Matt Ross
Prix Kiehl’s de la révélation : Le Teckel, réalisé par Todd Solondz
Prix du public : Captain Fantastic, réalisé par Matt Ross
Prix de la critique : The Fits, réalisé par Anna Rose Holmer

Que dire de ce palmarès ? Déception évidemment. Beaucoup de films ont ainsi été présentés sur les plages normandes pour un palmarès qui n’en aura gardé que quelques uns. Comment rester insensible devant le non-sacre de  Complete Unknown ou Christine ? Mais la logique d’un festival d’un est parfois de ne garder que le meilleur. A charge désormais pour ces films de jouir des retombées deauvillaises et poursuivre leur exploitation en salles comme tous les autres. C’est du moins ce qu’on leur souhaite.

Voilà, par ce dernier billet, s’achève les pérégrinations de nos reporters. Nul doute que grâce à vous, on sera au festival l’an prochain, toujours prêt à vous faire pénétrer dans les coulisses de cet évènement.

Ben-Hur, un film de Timur Bekmambetov : Critique

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Après une série de flops réalisés cet été par les remakes, suites et autres spin-off américains (Independance Day, Ghostbusters et même Suicide Squad malgré un démarrage plutôt fort), la superproduction Ben Hur, avait pour ambition de fournir une adaptation moderne et remarquable de l’oeuvre littéraire du général américain Lew Wallace, Ben-Hur : A tale of the Christ. En vain.

Synopsis : Ben-Hur retrace l’histoire épique de Judah Ben-Hur, un prince accusé à tort de trahison par Messala, son frère adoptif, officier de l’armée romaine. Déchu de son titre, séparé de sa famille et de la femme qu’il aime, Judah est réduit à l’esclavage. Après des années en mer, il revient sur sa terre natale dans le but de se venger. Il va y rencontrer son destin.

Le roman, qui connut un franc succès à sa sortie en 1880 aux Etats-Unis en évinçant le bestseller en titre de l’époque, La case de l’Oncle Tom d’Harriet Beecher Stowe, ne fut dépassé par la suite que par la sortie du livre Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell. Véritable précurseur du genre péplum, cette fiction raconte l’histoire de Judas Ben-Hur, prince de Judée, injustement accusé de trahison et rendu à l’esclavage par son meilleur ami d’enfance et frère adoptif, l’officier romain Messala. Après un parcours initiatique jonché d’épreuves, Ben-Hur retrouve son rang de prince et renonce à ses désirs de vengeance, ayant été témoin de la crucifixion du Christ.

A la croisée entre le péplum et le film religieux, cette quatrième adaptation cinématographique du roman de Wallace a voulu se démarquer en produisant une version améliorée du film de 1959 réalisé par l’américain William Wyler. Raflant jusqu’à 11 oscars, le blockbuster de 1959 avec Charlton Heston dans le rôle de Ben-Hur est aujourd’hui considéré comme un classique pour plusieurs raisons : l’excellent casting, les scènes de tournages sublimes et une action honorablement menée par les cascadeurs.

Ainsi, saluée par la critique, l’adaptation de 1959 plaçait la barre très haute pour ses successeurs. Loin de suivre les traces de l’œuvre de Wyler, le remake de 2016 délivre tout de même ce qui était promis dans son trailer, une fiction épique respectant les grandes lignes du péplum Ben-Hur. Plutôt compétent sur sa partie technique, on doit cet accomplissement au réalisateur du film, Timur Bekmambetov (à qui l’on doit déjà le péplum russe Gladiatrix). Usant (et abusant) du montage sur-découpé des scènes d’action et des mouvements de caméra excessifs, Bekmambetov réussit tout de même la prouesse pour ce blockbuster au budget gigantesque de 100 millions de dollars, d’offrir avec authenticité à son audience, deux scènes phares : la bataille en mer des galères et la course de chars.

Véritable force motrice de ce remake, la dimension religieuse s’entrecroise tout au long du film au récit épique. En effet, tiré du roman de Lew Wallace, Ben Hur : A tale of the Christ, les références au christianisme avec la représentation du Messie, de sa prédication jusqu’à sa crucifixion pleuvent dans le film. De fait, alors que l’adaptation de 1959 était déjà particulièrement religieuse, ce nouveau remake innove en donnant la parole et un visage à Jésus Christ, ce qui n’était pas le cas avant. Devenue une véritable référence dans le genre suite à ses apparitions télévisées et cinématographiques (Les anges du Bonheur, La BibleSon of God) et son travail en tant que productrice déléguée dans le genre (La Bible, Son of God, Unveiled, The Dovekeepers, A.D. The Bible Continues), Jack Huston et Bekmametov s’accordent à reconnaître l’actrice et productrice irlandaise Roma Downey comme l’une des grandes forces derrière le virage religieux pris dans ce film où le prince judéen à l’esprit torturé, Judas Ben-Hur, est guidé dans ses choix par Jésus de Nazareth (interprété par Rodrigo Santoro, 300).

Entre revanche et rédemption, le message fort du pardon véhiculé dans le film participe à l’attachement émotionnel ressenti suite à l’implosion fortuite de cette famille judéenne. Jack Huston que l’on a pu découvrir dans la série Boardwalk Empire dans le rôle de Richard Harrow fournit une performance solide dans le rôle de Ben-Hur, bien qu’il lui manque la carrure et la prestance de Charlton Heston. Toby Kebbell (Black Mirror), interprète de Messala, convainc mais sans plus. Toutefois, on reste dubitatif sur le caractère dichotomique de ce dernier personnage. En effet, dépeint dans un premier temps comme un homme courageux plein d’humilité, de reconnaissance et d’amour envers ses proches, le protagoniste Messala devient en un tour de main l’antagoniste vil du film, rempli d’égoïsme, de cupidité et de vénalité.

Cette épopée qui insiste beaucoup sur la relation entre Ben-Hur et Messala, opère toutefois plusieurs changements dont on se demande s’il ne s’agit pas justement de l’une des causes de l’échec de ce long-métrage. De fait, il est intéressant d’observer que cette nouvelle adaptation élude de manière volontaire l’homosexualité latente des deux personnages principaux dans l’oeuvre littéraire. En définitive, le film qui s’attarde sur le phénomène humain, déçoit finalement par sa mise en scène bancale. Pour n’en citer que quelques uns : la très courte séquence de bataille sous la neige nous laisse sur notre faim alors qu’il s’agit d’un récit épique ; le décor, les costumes et armures sont bien trop propres si on veut rester fidèle au récit d’époque ; et alors que certaines scènes sont beaucoup trop longues par moment, la fin est survolée et négligée. Le doyen Morgan Freeman affublé de dreadlocks pour l’occasion et très peu impliqué dans sa performance, ne permet malheureusement pas de relever le niveau. Enfin, finissant d’achever ce remake, les spectateurs ont droit à un bel anachronisme avec un morceau de la chanteuse contemporaine Andra Day (Titre : The only way out) bien avant que le générique de fin ne commence.

Fort d’un échec cuisant au box office, cette nouvelle adaptation s’est rapidement et inévitablement heurtée à la version classique de William Wyler avec laquelle elle fut comparée. Toutefois, si l’on sort des sentiers battus par les précédentes versions de Ben-Hur, cette fiction reste néanmoins un divertissement pour quiconque décide de le voir, sans forcément y attendre un chef d’oeuvre.

Ben-Hur : Bande annonce [VO]

Ben-Hur : Fiche Technique

Réalisation : Timur Bekmambetov
Scénario :  Keith R. Clarke et John Ridley, d’après Ben-Hur de Lew Wallace
Interprétation : Judas Ben-Hur (Jack Huston), Toby Kebbell (Messala), Ildarin (Morgan Freeman), Jesus-Christ (Rorigo Santoro), Esther (Nazanin Boniadi), Naomi (Ayelet Zurer), Ponce Pilate (Pilou Asbaek), Tirzah (Sofia Black D’Elia)
Photographie : Oliver Wood
Montage : Dody Dorn
Direction artistique : Roberto Caruso, Félix Larivière-Charron, Massimo Pauletto, Gianpaolo Rifino et Alessandro Santucci
Décors : Naomi Shohan
Costumes : Varvara Avdyushko
Musique : Marco Beltrami
Production : Mark Burnett, Sean Daniel, Duncan Hendersen, Joni Levin, Roma Downey
Société de production : Bazelevs Company, Lightworkers Media et Sean Daniel Productions ; Metr-Goldwyn-Mayer et Paramount Pictures (coproductions)
Sociétés de distribution : Paramount Pictures (États-Unis, Mexique, Allemagne), United International Pictures (Singapour, Argentine)
Budget : 100 millions de dollars
Langue originale : anglais
Format : couleur
Genre : péplum
Durée : 125 minutes
Date de sortie : 7 septembre 2016

Etats-Unis – 2016