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A l’Étrange Festival, le cinéma explore le vice sous toutes ses formes

Sixième jour à l’Etrange Festival, et les films se suivent, dans des genre divers et variés, mais toujours trop malsains pour espérer une exploitation commerciale :

Trash Fire, Wet Woman in the Wind, The Neighbor et We are the Flesh

Sélectionné à Sundance dans la catégorie Midnight, le troisième long métrage de Richard Bates Jr. est assurément l’un des outsiders pour figurer au palmarès de L’Étrange Festival. Sans compter qu’il a également été sélectionné à Neuchâtel (NIFFF) en juillet dernier, et sera bientôt à Strasbourg (FEFFS). Il faut dire que le cinéaste est déjà considéré comme l’un des représentants d’une nouvelle vague de talents émergents dans le milieu du cinéma indépendant fantastique. Les amateurs se rappelleront de son fascinant Excision (adapté de son propreetrange-festival-trash-fire court métrage), peut-être moins de Suburban Gothic. Cette fois-ci, s’il conserve toujours autant son amour pour les familles pas très normales, il aborde le sujet avec plus de cynisme, notamment dans sa vision du couple, mais toujours autant d’humour noir. On pourrait définir Trash Fire comme le croisement de Psychose et des films de Judd Appatow, le côté grinçant en plus. Surtout quand on sait que le film a été écrit lorsque le réalisateur était en pleine dépression, ce qui fait de la souffrance personnelle l’un de ses thèmes récurrents. Trash Fire est divisé en deux parties, la première nous présentant ce couple dysfonctionnel qui tente de redonner péniblement un souffle à leur amour et la deuxième qui envoie ce couple renouer avec la famille du conjoint, dont le passé complexe va être l’ultime épreuve pour ce couple au bord de la crise de folie. Mise en scène léchée mais jamais surfaite, Trash Fire arrive à nous offrir quelques bonnes scènes, notamment une dernière séquence absolument marquante. Le dernier né de l’esprit de Richard Bates Jr. est donc un bon film mais il n’atteint pas encore les sommets du genre, la faute à une mécanique qui tourne vite en rond et une tension qui a dû mal à décoller. Trash Fire réussit néanmoins à nous captiver et juste pour ça, on attend avec un vif intérêt quatrième film de son auteur.

Renouant avec ses pinku eigas à « gros » budgets des années 60-70, la Nikkatsu, principal studio japonais, a fait appel à l’un de ses réalisateurs les plus réputés du genre pour signer Wet Woman in the Wind, un nouveau roman porno dans la plus pure tradition. Akihiko Shiota, que l’on ne connait en Europe que pour son film fantastique Dororo (2007) réalise ainsi une comédie dramatique riche en scènes etrange-festival-wet-woman-in-the-windérotiques. Basé sur la relation entre Kosuke, un écrivain qui s’est exilé à la montagne, et Shiori une ravissante nymphomane, le scénario exploite la difficulté du jeune homme à réfréner ses pulsions sexuelles au contact de cette allumeuse qui lui tourne autour. En cela, on peut évoquer un récit féministe, mettant en avant la façon que peuvent avoir les femmes de jouer de leur physique pour prendre le dessus sur des mâles possédés malgré eux par leur libido. Et pourtant, le jeu de frustration ne va pas réussir à se maintenir pendant les 75 minutes, le scénario allant dès le second tiers se reporter sur des éléments plus comiques grâce à l’intervention d’une étonnante troupe de comédiens, créant ainsi un parallèle assez peu subtil entre le jeu d’acteurs et la sexualité. Mais c’est dans son dernier tiers que le film touche clairement ses limites, puisque les scènes de cul, jusque-là disséminées avec parcimonie, prennent alors toute la place centrale, et font des vingt dernières minutes une interminable succession de plans sur les fesses et des seins, et pas forcément excitants pour autant. Un problème de dosage qui nuit gravement tout autant au propos qu’à l’effet escompté… pour cela, on se reportera après coup sur un petit Jacquie et Michel.

Ayant travaillé sur les opus du 4 au 7 de la saga Saw et réalisateur du diptyque The Collection/The Collector (déjà présentés dans les éditions précédentes de L’Étrange Festival), Marcus Dunstan s’est rapidement imposé comme l’un des réalisateurs à suivre. Peu étonnantetrange-festival-the-neighbor alors que l’Étrange Festival ait décidé de retrouver ce cinéaste désormais habitué de la boutique et d’intégrer The Neighbor dans la compétition internationale. Avec son nouveau film, il ne faut pas s’arrêter sur la trame simpliste (un livreur de drogues voit sa compagne portée disparue, il soupçonne alors son voisin) mais bel et bien approfondir son jugement et apprécier la manière dont Marcus Dunstan développe son intrigue, apporte les bonnes réactions à ses personnages dans les situations d’urgence et n’hésite pas à apporter un vent de fraîcheur sur le « thriller voisinal ». On lui reprochera quelques facilités rocambolesques, et une intrigue qui met longtemps à démarrer mais ce serait passer à côté de la dernière demi-heure aussi tendue que jouissive, et dont les rebondissements sont amenés avec une maîtrise modeste. Le réalisme est là, le montage est correct même si certains choix sont de mauvais goûts et les personnages développées dans un minimalisme assumé tiennent la route et montrent leur caractère dès lors que l’affrontement est inévitable. Le festival tient là un thriller des plus efficaces, sans originalité certes mais qui s’amuse à tordre quelques codes du genre pour livrer l’une des séances de l’Étrange Festival les plus jubilatoires. Un Prix du Public ne serait pas démérité.

etrange-festival-we-are-the-fleshLes idées de We Are the Flesh sont plutôt bonnes, mais c’est la manière dont Emiliano Rocha Minter les exploite qui peine à convaincre. Il arrive à créer un monde onirique et purement sensitif avec un certain brio, là où vont évoluer les personnages dans un univers à la lisière du fantasmagorique. C’est un véritable empire des sens, picturalement superbes et qui dispose de merveilleuses idées de mise en scène par moments. Mais Emiliano Rocha Minter a un style bien trop précieux, et on aura du mal de s’enlever l’image d’un cinéaste qui se papouille joyeusement son membre viril en ayant le sentiment d’être un petit génie. Surtout que finalement son oeuvre tourne très vite à vide, car sa réflexion de l’Homme enfermé dans les besoins de sa propre chair a suffisamment été exploitée pour ne plus rien apporter de neuf, et le film n’a rien d’autre pour justifier son existence. Après la recherche de la transcendance et de renaissance qui en découle distille ici et là quelques pistes intéressantes à explorer mais le tout est noyé dans une certaine prétention, notamment lors d’un final qui se veut bien plus malin qu’il ne l’est. We Are the Flesh est un film qui va avoir du mal à trouver son public, qui est répulsif sur bien des aspects mais qui n’est pas une oeuvre inintéressante pour autant. Il fait partie peut-être de ces OVNI trop conscients d’eux-mêmes pour échapper aux grosses maladresses mais qui par moments arrivent à toucher à quelque chose de très juste sur le genre humain.