L’Étrange Festival, la folie à l’internationale

Après une journée de compétition en demi-teinte, l’Etrange Festival nous offre l’occasion de découvrir de sympathiques films de genre et des séances spéciales exceptionnelles.

Six ans après sa dernière intervention à l’Etrange Festival, Alejandro Jodorowsky nous a gratifiés d’une inoubliable intervention de « crypto-cinéma », au cours de laquelle il a mêlé deux de ses deux passions : Le 7ème art et l’ésotérisme. Il nous a en effet offert une analyse très personnelle, mais ô combien pertinente, de l’un de ses films favoris, Le Magicien d’Oz (Victor Fleming, 1939), nous expliquant qu’il ne s’agit pas uniquement d’un conte pour enfants qui a révolutionné le cinéma avec son usage du Technicolor, mais avant tout d’un cumul de symboles mystiques. Cartes de tarot à l’appui, ses explications nous ont permis de comprendre que les personnages qui entourent Dorothy sont des métaphores de son âme, son esprit, son intellect, ses émotions, sa sexualité, son égo et son Dieu intérieur, et que leur parcours les mènent à une élévation spirituelle. Un éclairage qui donne envie de se replonger de ce classique, mais aussi qui offre des clefs pour (enfin) décrypter ses films les plus énigmatiques.

Après avoir fait sensation avec son Heli au Festival de Cannes 2013, où il avait remporté le prix de la mise en scène, Amat Escalante revient avec La región salvaje qui s’impose comme son film le plus étrange. Avec son atmosphère lourde et son rythme très lent -trop par moments d’ailleurs- le film se mue en véritable trip sensoriel aussi fascinant que hallucinatoire. A l’image des personnages, nous sommes plongés dans un véritable cauchemar/rêve (la limite est floue) éveillé. Il est passionnant de voir avec quelle grâce Escalante a été aussi loin dans son délire sans que son oeuvre perde en crédibilité, grâce à une mise en scène chirurgicale qui manie à merveille le hors champs et offre des plans d’une beauté sidérante. Réflexion sur l’effervescence des sens et la frustration sexuelle qui prennent ici forme de manière inattendue et très symbolique, l’oeuvre n’hésitant pas à se montrer exigeante envers son spectateur dans un traitement pour le moins original du désir et de ses conséquences. Après, certaines sous-intrigues peinent parfois à décoller ici, le film s’éparpillant sur trop de personnages et vient handicaper le cœur de son propos, les longueurs s’accumulant un peu trop lors du dernier tiers. La región salvaje reste un long métrage de très haute tenue qui mérite le coup d’œil à condition tout de même d’être un spectateur averti qui n’a pas peur de se lancer dans des expériences singulières.

Dans le cadre d’une Carte blanche laissée au graphziniste Stéphane Blanquet, l’artiste  plasticien a fait en sorte de nous concocté une sélection très proche de l’univers visuel qui est le sien. Celle-ci a débuté par le long-métrage L’Ange (Patrick Bokanowski, 1982), considéré par beaucoup comme une référence dans le domaine du cinéma expérimental. Il faut bien reconnaitre que, malgré l’absence de scénario, les 70 minutes passent très vite, tant on se laisse hypnotiser par la virtuosité musicale du montage et la splendeur des images jouant habilement sur les effets de lumière. La sélection s’est ensuite composée de courts-métrages tout aussi expérimentaux et non-narratifs, dont l’hallucinatoire Psychic Rallye In Heaven et des animations japonaises signées par Keiichi Tannami, comportant beaucoup de femmes nues et de phallus en érection. Un beau programme psychotrope et fortement déconseillé aux épileptiques.

Faisant parler de lui en festival depuis quelques mois, les taglines de la bande annonce de The Bodyguard évoquait sans modestie aucune « the best action movie of the last 20 years » et « the new Bruce Lee coming« . Forcément, l’attente n’en était que plus grande, qui plus est quand le réalisateur est également l’acteur principal et le propre maître de ses cascades. Déjà à l’origine du film The King of Streets, Yue Song est un sacré personnage, car si sa maîtrise dans les combats est exceptionnelle, son narcissisme l’est tout autant. Il n’hésite pas à surestimer grossièrement son film, surtout quand on a encore en tête le diptyque The Raid. Et on peut dire qu’elle est loin la réussite, la beauté et l’énergie des films de Gareth Evans qui vont encore rester un moment le modèle du film de combats du XXIème siècle, tandis que The Bodyguard se vautre lamentablement. Malgré les ridicules motivations du scénario, la trame narrative de The Bodyguard arrive tout même à tomber dans le rocambolesque. Rebondissements surréalistes, absence de psychologie des personnages, clichés à la pelle, autant d’erreurs d’écriture qui empêchent d’avoir une empathie pour l’histoire et pour le personnage incarné par Yue Song. Si au moins, les combats en valaient la peine. Mais le montage épileptique et agressif empêchent d’avoir une bonne lisibilité dans les séquences d’action, tandis que les effets spéciaux agacent l’œil (les orages dans le ciel, le loup en 3D, etc.). Et ce ne sont pas les ralentis utilisés à l’excès qui feront la différence. Il faut néanmoins reconnaître à Yue Song d’être un excellent chorégraphe (même si certains mouvements prêtent à sourire) et que son talent est là, non pas derrière la caméra. Sans compter que le cinéaste a jugé bon de souligner chaque séquence d’une musique lourde qui empêche le long métrage de bien utiliser les rares émotions qui se dégagent de l’intrigue. The Bodyguard est la preuve qu’un champion d’arts martiaux à la réalisation ne donnera pas forcément un bon film de kung-fu. Le long métrage, malgré lui, captive (et amuse) parce qu’il se noie dans la mélasse et les poncifs du genre. On lui sauvera tout de même certaines séquences de combat, notamment celles de fin dans l’entrepôt, plus maîtrisées et nettement plus impressionnantes. Au final, The Bodyguard est une déception, pire un très mauvais film. Mais le trop-plein de sérieux du cinéaste et son narcissisme en dehors du film en font un objet à part, surréaliste et involontairement drôle.

Michael O’Shea signe avec son Transfiguration la réflexion sur le symbole du vampires la plus intelligente depuis plusieurs années. L’approche se fait à contre-pied de tout ce que l’on peut en attendre et c’est ce qui perturbera sans doute le plus. Ses intentions sont très cachées et pourraient perdre le spectateur qui se retrouve non pas plongé dans un film fantastique mais dans un vrai drame social, qui se montre même assez poignant. L’approche et le regard que porte O’Shea sur son protagoniste est empathique et arrive à le rendre attachant malgré le mal très obscur qui le ronge. La partie romance est traitée avec tendresse et ne tombe jamais dans la niaiserie, le film trouve une justesse appréciable notamment dans le traitement très sobre de sa mise en scène. Par contre, on aura du mal à lui pardonner l’abattage incessant de ses références qui donne la sensation que le réalisateur fait son petit malin en citant ses inspirations mais qui limite systématiquement son film à la comparaison avec ces dernières. Retrouvez la critique complète ici.

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Frédéric Perrinot
Frédéric Perrinothttps://www.lemagducine.fr/
Passionné de cinéma depuis mon plus jeune âge, j'articule depuis ma vie autour du 7ème art, un monde qui alimente les passions et pousse à la réflexion. J'aspire à faire une carrière dans le cinéma, ayant un certain attrait pour l'écriture et la réalisation. J'aime m'intéresser et toucher à toute sorte d'arts ayant fait du théâtre et de la musique. Je n'ai pas de genres de films favoris, du moment que les films qui les représentent sont bons. Même si je tire évidemment mes influences de cinéastes particuliers à l'image de David Lynch, mon cinéaste fétiche, Michael Mann ou encore Darren Aronofsky. Ces cinéastes ayant en commun des univers visuels forts et un sens du romantisme qui me parlent particulièrement.

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