Independance Day : Resurgence, un film de Roland Emmerich : Critique

Après 20 ans d’attente, le roi du destruction porn revient (enfin) poutrer de l’alien. Cependant, pas de quoi se réjouir : c’est toujours aussi niais et ça a le chic pour être encore moins bien que le film de 1996.

Synopsis : Nous avons toujours su qu’ils reviendraient. La terre est menacée par une catastrophe d’une ampleur inimaginable. Pour la protéger, toutes les nations ont collaboré autour d’un programme de défense colossal exploitant la technologie extraterrestre récupérée. Mais rien ne peut nous préparer à la force de frappe sans précédent des aliens. Seule l’ingéniosité et le courage de quelques hommes & femmes peuvent sauver l’humanité de l’extinction.

Le retour du fils prodige.

Sept ans que ça le courait le Roland. Sept ans où le bougre germanique aura patiemment essaimé les genres, passant du drame historique teinté de secrets (Anonymous) au pamphlet pro-gay (Stonewall) pour se racheter une conduite et surtout se faire désirer. Car, on ne va pas se mentir, le crédo de celui qu’on appelle « Le Petit Spielberg de Sindelfingen », c’est pas le tricot, mais la destruction de masse. Du genre de celle qui égratigne les immeubles et fait des milliards de morts, tout en faisant fi de quelconques règles de physique. Et pour un peu qu’on accepte de se prendre au jeu, on doit bien reconnaitre un certain talent au bonhomme. Celui de captiver. Pour autant, c’était loin d’être gagné à l’époque. En 1996, les railleries étaient ainsi légion pour cet énergumène d’outre-Rhin, qui s’était fait le pari de venir dézinguer du petit homme vert au pays de l’Oncle Sam. Vingt ans après, même rengaine ? Ses terrains de jeux  (l’ère glaciaire dans Le Jour d’Après, une prophétie maya dans 2012) ont évolué (encore que) mais le réalisateur qu’il est, a pris de la bouteille. Fini les projets incendiaires d’antan et place au cinéma engagé. Un cinéma, qui au vu de son pedigree de pyromane, doit bien se voir payer par un asservissement tout ce qu’il y a de plus normal outre-Atlantique : le business. C’est donc vers son succès le plus emblématique que l’allemand s’est tourné : Independance Day. Et aussi improbable que cela puisse paraître, mais on se devait de saluer l’effort de ce revival mâtiné d’impératifs commerciaux, car de toute sa filmographie, ce ballet réactionnaire ou E.T se prend une mandale à bon coups d’ogive nucléaire était bien la seule oeuvre a mériter les honneurs d’une suite (encore que).

Independance Day : Répugnance. 

Nous voilà donc 20 ans après. L’humanité a compté ses morts. Mais elle s’est surtout tenue prête. De concert avec Jeff Goldblum, propulsé chef du Earth Space Defense, un organisme inter-étatique visant à la protection de notre bonne vieille Terre face à l’envahisseur alien, le monde s’est unifié sous une seule et même bannière. Patatras, à peine le temps de souffler et d’exhumer quelques vieux acteurs et punch-line de la naphtaline que la menace alien resurgit. Résurgence, vous comprenez. Et place donc au naufrage. Car si le Titanic a eu les honneurs de couler avec un orchestre, nul doute que ce Resurgence entraînera par le fond qu’une masse de rires hilares venant d’une audience mortifiée devant autant de niaiseries. Au fond, difficile de leur reprocher. En 1996, l’explosion de la Maison Blanche était un must. Le son, le décor, les effets spéciaux, tout respirait le vrai.  A tel point qu’on se prenait presque d’affection au pauvre contribuable qui devrait éponger ce foutoir. En 2016, dans une industrie ayant transformé la destruction comme un passage obligé, difficile de feindre la surprise quand l’Empire State Building ou le Burj Khalifa (tout du moins leur copies en 3D) se font pulvériser. Un sentiment de redite, de déjà-vu qui amplifie malheureusement tous les travers du film. Car si le premier, régressif et réactionnaire en diable, avait su fonctionner et se hisser jusqu’à cet éden lucratif, c’était sans aucun doute pour la naïveté qu’il véhiculait. Des Etats-Unis égoïstes, une flopée de trompettes et de jingles héroïques, manquait plus que l’encart nous incitant à rejoindre les rangs pour se croire dans Starship Troopers. Et, de manière ironique, c’est précisément cette fougue et ce je-m’en-foutisme ambiant, ayant irrigué plus que de raison l’oeuvre, qui rendaient le tout sympathique. Fatalement, après 20 ans et une mutation radicale de l’industrie dans lequel le film s’insère, il était ainsi difficile d’espérer quoique ce soit. Tout au plus un divertissement bête et méchant comme le fut son aîné. Mais ça sera malheureusement trop demander au réalisateur allemand. Enquillant les passages obligés, les redites (tout le film est voulu comme une update du premier) et les fautes de goûts manifestes, le métrage ne peut assister qu’invariablement à sa propre perte. On passera ainsi sur le casting littéralement aux fraises (mais que diable est venu faire Charlotte Gainsbourg ?!), les effets spéciaux omniprésents nous faisant regretter les maquettes de jadis, le scénario ubuesque et la gestion du rythme tout bonnement catastrophique, là ou le premier excellait par sa puissance narrative à galvaniser le spectateur. Du reste, on ne pourra qu’être sidéré de voir Emmerich, pourtant crédité d’un budget titanesque, réitérer sans gêne la recette du premier film, sans pour autant la soumettre à évolution, et à minima en limiter le discours égoïste et réactionnaire, qui dans ces temps troublés, nous ramènent 100 ans en arrière, en plein impérialisme américain. Evidemment, certains se diront que tirer à boulet rouge sur un film dont le scénario n’a jamais été sa priorité, c’est petit, mais quand on assiste pantois à la destruction en plein vol de l’artificier ayant réussi à créer ce qu’on appelle le divertissement pop-corn, permettez nous de jouer les mauvaises langues. Car plus qu’un simple ratage, cet Independance Day : Resurgence est la preuve que le blockbuster bourrin, fleuron des 90’s, est bel et bien un genre en voie de disparition.

Casting au fraise, 3D raté, scénario crétin : Independance Day : Resurgence accumule les poncifs du mauvais divertissement estival à une telle vitesse que jamais une fin n’aura eu si bon gout. Mais outre d’être un ratage historique, le film d’Emmerich marquera une époque : celle de la fin du blockbuster bourrin et ouvertement con. RIP.

Independance Day : Resurgence – Bande-annonce VOST

Independance Day – Resurgence : Fiche Technique

Titre original : Independence Day: Resurgence
Titre de travail : ID Forever (Part 1)
Réalisation : Roland Emmerich
Scénario : Carter Blanchard, Dean Devlin et Roland Emmerich
Casting : Liam Hemsworth (Jake Morrison), Jessie Usher (Dylan Dubrow), Jeff Goldblum (David Levinson), Bill Pullman (Thomas J Whitmore), Charlotte Gainsbourg (Dr Catherine Marceaux), Sela Ward (la Présidente des États-Unis Elizabeth Lanford), William Fitchner (le général Adams), Vivicia Fox (Jasmine Dubrow), Maika Monroe (Patricia Whitmore), Judd Hirsch (Julius Levinson)
Costumes : Lisy Christl
Photographie : Markus Förderer
Montage : Adam Wolfe
Musique : Harald Kloser et Thomas Wander
Production : Dean Devlin, Roland Emmerich et Harald Kloser
Sociétés de production : Centropolis Entertainment, TSG Entertainment et Electric Entertainment
Société de distribution : 20th Century Fox
Budget de production : 200 000 000 $
Langue originale : anglais
Genre : science-fiction, fantastique, catastrophe
Date de sortie : 20 juillet 2016

Etats-Unis – 2016

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Antoine Delassus
Antoine Delassushttps://www.lemagducine.fr/
J'ai une profonde admiration pour les sushis, James Bond, Leonardo DiCaprio, Apocalypse Now, Zodiac, les bons films et le ski. Pas forcément dans cet ordre. Et à ceux pouvant critiquer un certain amateurisme, je leur répondrais simplement que l'Arche de Noé a été fabriqué par des amateurs et le Titanic par des professionnels.

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