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18ème Festival de la fiction tv française et européenne de La Rochelle

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4 jours en bord de mer pour le festival de la fiction tv édition 2016

En cette rentrée 2016 et comme chaque année depuis 1999, le petit écran français est à l’honneur. 17 prix sont décernés au terme de ces 4 jours de festival. L’actrice Isabelle Carrée, présidente du jury, décernera dimanche 18 septembre, soirée de clôture animée par l’humoriste Mathieu Madénian, les prix de la meilleure série, meilleur programme court en série, meilleur téléfilm, meilleur téléfilm de comédie, meilleure fiction Web, meilleure réalisation, meilleur interprétation masculine, meilleure interprétation féminine, le prix du jeune espoir masculin, jeune espoir féminin, meilleure direction artistique, meilleur scénario, meilleure musique, le prix des collégiens de Charente-Maritime, le label Poitou-Charentes, la meilleure fiction européenne et le prix du public de la meilleure nouvelle série.

Le festival, sur 3 spots (le dragon, le village, la coursive) et malgré la démission de Quentin Raspail, tient à réunir tous les acteurs de la fiction, de la production à la distribution en passant par la composition musicale et les scénaristes au cours de focus, table ronde, dédicaces, ateliers et projections. Cette année, l’adaptation française avec Frank Dubosc, sur M6 le 4 octobre prochain, de la comédie québécoise Les Beaux Malaises de Martin Matte à ouvert le bal. Le Quebec est d’ailleurs à l’honneur avec 3 coups de projecteur : Mon Ex à moi de Miryam Bouchard (2×22′), Boomerang de Charles-Olivier Michaud (2×30′) et Pour Sarah d’Éric Tessier (60′). Des programmes hors compétition seront également présentés tels que Carole Matthieu sur Arte, La Main du mal (TF1), Fais pas ci fais pas ça (France 2), Jour Polaire (Canal +) ou encore Marion, 13 ans pour toujours sur France 3…

On y découvre ou reconnait des séries telles que la déjantée et hors-norme Chewing-gum de Michaela Coel pour la Grande-Bretagne, la politique et glamour The Embassy pour l’Espagne, la cruel et sans concession The White Rabbit pour l’Allemagne … Mais également Au-Delà des murs du duo français Hervé Hadmar, Marc Herpoux (Pigalle la nuit, Les Témoins) qui sera diffusé sur Arte le 22 septembre prochain. En compétition, Glaçé (6×52′) sur M6, un thriller adapté du best-seller de Bernard Minier, tourné dans les Pyrénées avec Charles Berling et Julia Piaton. Les Petits Meurtres d’Agatha Christie : Albert Major parlait trop (90′) sur France 2 avec Samuel Labarthe et Blandine Bellavoir toujours. Ou encore Les Grands (10×26′) sur OCS découvert au showeb en janvier dernier. (CSM est d’ailleurs convié à un petit déjeuner avec l’équipe le 26 septembre!!! On vous tiendra au courant).

Parmi les évènements à ne pas manquer : l’atelier BBC: « Au-delà du linéaire – la narration dans le numérique » et la table ronde de l’ACS – « Fini de rire? La série comique française en questions. »

Retrouvez le programme ici

Rogue One – A Star Wars Story : Alexandre Desplat ne composera pas la musique du film !

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On ne présente plus Alexandre Desplat. Compositeur émérite ayant tenté sa chance en Amérique (The Grand Budapest Hotel, Le Discours d’un Roi, Godzilla), il est la preuve que la french-touch et les compositions symphoniques font encore des ravages dans le domaine de l’art musical. Manque de pot, voilà qu’elle a justement été évincée du projet le plus attendu (comprenez redouté) du français : Rogue One – A Star Wars Story

Quelle n’avait pas été notre joie quand, en plus de compter Gareth Edwards dans ses rangs, l’audacieux projet Rogue One – A Star Wars Story s’était arrogé l’un des meilleurs compositeurs du monde, Alexandre Desplat. Il faut dire qu’au vu de l’alchimie déployé par les deux sur Godzilla, on était enthousiaste si ce n’est extatique à l’idée de les voir écrire ensemble une nouvelle page de l’histoire de Star Wars. Malheureusement, voilà bien une situation à laquelle on ne pourra désormais que rêver puisque selon The Hollywood Reporter, le compositeur français a été remplacé par le non moins réputé Michael Giacchino (Star Trek, Ratatouille, Doctor Strange, Vice-Versa), devenu en très peu de temps le compositeur attitré de la maison Disney. Mais, pourquoi un tel revirement, qui plus est à 3 mois de la sortie du film ? Les nombreux reshoots survenus au mois de juillet, qui auraient selon certains exécutifs du studio profondément modifié l’agenda de production du film, quitte à menacer et par conclusion rendre impossible la présence du français dans l’équipe, du fait de son agenda surchargé.

Cela laisse donc moins de 3 mois à l’artiste américain pour emballer la musique de ce qui sera sans nul doute l’un des films les plus attendus de cette fin d’année et accessoirement l’un des cartons au box-office de Disney. Puisse donc la force être de son coté pour l’aider à accomplir pareille entreprise !

Pour rappel, Rogue One – A Star Wars Story sortira dans les salles le 14 Décembre prochain. Bande-Annonce : 

Ainsi va la vie, un film de Rob Reiner : Critique

Une nouvelle comédie romantique américaine de plus. Sorti en 2014 aux Etats-Unis, Ainsi va la vie a mis deux ans à nous parvenir. Un peu comme pourrait l’être un chef d’oeuvre qui, après une rude bataille contre les censeurs, réussissait à se faire sortir. Ce n’est évidemment pas le cas du film de Rob Reiner, loin de là.

Synopsis : Oren Little est un agent immobilier aigri et égoïste, à qui son fils vient confier la garde de sa petite-fille, dont il ignorait l’existence. Incapable de s’en occuper, il est contraint de demander de l’aide à sa voisin Léah, avec qui il va apprendre à se sociabiliser.

On en vient presque à regretter que le film ait finalement pu sortir. Il empêche à un autre film potentiellement meilleur de rencontrer son public. Pourquoi diable avoir attendu pour l’exporter ? Habituellement, les producteurs sortent un film d’abord aux Etats-Unis, et ensuite l’exporte, plus ou moins rapidement selon le succès au box-office. Parfois, le distributeur ne le sort qu’en DVD. Seulement, on remarque d’ailleurs que Ainsi va la vie est sorti dans le monde entier en 2014, sauf dans l’hexagone. Du coup, nos théories ne marchent plus, et on est en droit de se demander pourquoi le producteur a attendu si longtemps pour nous montrer ce film extraordinaire. Si vous avez une réponse, merci de commenter, parce qu’ici nous sommes dans la perplexité la plus totale.

C’est l’histoire d’un vieux papy ronchon (Michael Douglas) qui a perdu sa femme et qui déteste tout le monde qui rencontre une vieille mamie gentille (Diane Keaton) qui a perdu son mari. Voilà, rien que comme ça vous avez déjà vu tout le film, compris toutes les péripéties et comment ça allait se terminer. Le scénario, pour rapprocher ces deux êtres que tout oppose, décide de flanquer dans les pattes de Oren Little sa petite-fille. Car le père de la petite-fille (le fils de Douglas, si vous avez bien suivi) est toxico, il va en prison, la mère aussi est toxico. Ça c’est le prétexte pour rapprocher les deux. Il faut admettre que l’histoire est inintéressante au possible, ce qui n’aide pas pour accrocher à l’histoire. Oren Little vend des maisons à 8 millions de dollars, c’est donc un monsieur aisé. Rob Reiner filme donc une Amérique toute lisse, bien propre sur elle. Une représentation inintéressante, à la limite de l’écœurement.

Mais que peut-on bien trouver dans ce film ? Il paraît que Michael Douglas a réécrit son personnage : c’est donc un film basé sur la construction des protagonistes ! Que nenni. Tout est surappuyé, surjoué. Michael Douglas et Diane Keaton ne sont pas bons dans ce film, il n’y a vraiment rien à sauver c’est une catastrophe. Rob Reiner ne réussit pas à dresser des personnages suffisamment intéressants pour nous faire rester dans la salle. En guise de construction des personnages, un exemple de dialogue : le fils de Oren Little lui dit qu’il a appelé sa fille Sarah, et Little lui répond « Comme ta mère ». Horreur et dépression, ce dialogue là sonne terriblement faux, pourquoi ? Parce qu’il n’est pas du tout crédible un seul instant, et qu’il résonne dans notre tête comme une « information clé à donner au spectateur », et là encore on peut se demander : en quoi c’est important ? Pour montrer que le vieux est aigri à cause de sa femme et qu’il va s’attacher à la gamine pour cette raison-là, mais ça on l’a deviné dès le moment où Michael Douglas prononce cette phrase que personne ne dirait à son propre fils…

Ainsi va la vie est déplorable, tout simplement. Il y a quelques mois, nous avions été plutôt indulgents avec une comédie du même ressort, Joyeuses Fêtes des Mères. A regrets, car cette indulgence permet comme dit plus haut à ce genre de comédie sans consistance de persister, d’arriver sur nos écrans, d’entretenir le système, d’empêcher un potentiel bon film de se faire connaître, et fait perdre du temps au spectateur alors qu’il aurait pu être surpris, émerveillé. C’est à priori à cela que sert le cinéma.

Ainsi va la vie : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=cLNCzyht-2w

Ainsi va la vie : Fiche technique

Titre original : And So It Goes
Réalisation : Rob Reiner
Scénario : Mark Andrus
Interprétation : Michael Douglas (Oren Little), Diane Keaton (Leah), Sterling Jerins (Sarah)…
Photographie : Reed Morano
Montage : Dorian Harris
Direction artistique : Matteo De Cosmo et Jan Jericho
Musique : Mark Sheiman
Production : Mark Damon, Alan Greisman et Rob Reiner
Sociétés de production : Castle Rock Entertainment, Foresight Unlimited et Envision Entertainment
Budget : 30 000 000 $
Genre : comédie romantique
Durée : 94 minutes
Dates de sortie : 14 septembre 2016

Etats-Unis – 2014

A l’Etrange Festival, on va de surprises en surprises

Il ne reste plus que quelques jours de compétition à l’Étrange Festival, mais la programmation continue à réserver chaque jour son petit lot de films étonnants :

The Sion Sono, La Dernière Vague, Détour et Where Horses go to Die

Plongée passionnante dans le travail et la vie du cinéaste Sono Sion, The Sion Sono de Arata Oshima est un documentaire unique et précieux qui permet de faire découvrir un artiste iconoclaste, prolifique mais au final assez mystérieux. Qu’on le voit en pleine conception de son travail soit pour un film ou dans ses peintures, on se fascine pour la réflexion brillante de l’homme qui arrive à réaliser pas moins de 4 films en un an. Mais ce qui intéresse le plus ici, c’est son intime. Son rapport avec le cinéma des autres, ses racines et sa femme. On est confronté à sa façon extrême de pousser ses acteurs mais aussi à ses réflexions sur la vie et sur son pays après le drame de Fukushima. Bien fait, débordant de passion et d’humour, le documentaire plaira assurément aux fans du cinéaste mais devrait aussi intéressé ceux qui s’intéresse en cinéma. Par contre, ce n’est pas cette exploration de sa vie qui devrait réconcilier ses détracteurs avec son cinéma.

On a aujourd’hui tendance à oublier que Peter Weir (Le cercle des poètes disparus, The Truman Show…) a fait ses premières armes dans le domaine du fantastique, mais heureusement le rockeur Jaz Coleman a profité de la Carte blanche que lui a accordé l’Etrange Festival pour nous faire redécouvrir un sommet du cinéma de genre australien : La dernière vague. En se voulant à la fois un thriller juridique et une initiation au mysticisme tribal, le scénario s’aligne parfaitement sur le double niveau de perception des aborigènes tel qu’il est décrit dans le film, c’est-à-dire via l’existence d’une dimension spirituelle parallèle à notre monde matérialiste, et ce pour mieux étudier la place de ces natifs dans l’Australie contemporaine. On suit, à travers les yeux du personnage d’avocat brillamment interprété par Richard Chamberlain (qui tenait là son meilleur rôle), toute une interrogation sur la négation de la culture ancestrale de ces indigènes locaux par la bien-pensance moderniste ainsi que sur la condescendance avec laquelle ils sont traités, en premier lieu par sa propre femme. De plus, en ne chargeant pas la dimension fantastique de son film en effets spéciaux tape-à-l’œil, Weir s’est assuré de signer l’une des œuvres du genre qui a le moins vieilli ainsi qu’un discours universel sur le besoin de se pencher sur les acquis de nos aïeux pour éviter le pire de ce qui est à venir.

Christopher Smith est un cinéaste qui a déjà une certaine réputation, et il vient ici définitivement l’asseoir avec son Detour. Le film est un leçon de cinéma en ce qui concerne le montage et la mise en scène, tout transpire la virtuosité pour venir mettre en image à la fois un road trip prenant et en parallèle un huit clos sous tension. Déconstruisant son récit avec brio, Smith s’amuse de la linéarité de l’ensemble et à brouiller les pistes dans un jeu incontrôlable qui montre comment une journée peu très mal tourner. Confrontation des points vues, utilisation intelligente des splits screen etc. Tout ça vient brouiller la perception du spectateur pour mieux le prendre par surprise. Malheureusement c’est aussi là que l’oeuvre trouvera une certaine limite, car si le tout marche très bien pour le premier twist, il faut reconnaître que la sauce prend plus difficilement par la suite. La deuxième partie du récit tombe dans quelques facilités et peine à se renouveler. Mais l’écriture reste malgré tout impeccable, arrivant à rendre son trio principal vraiment attachant, surtout qu’ils sont interprétés à la perfection notamment Tye Sheridan qui signe son meilleur rôle. Detour est une réflexion habile sur le meurtre, que ce soit à travers ses justifications et ses conséquences, il est mis en scène avec minutie et il se doit assurément d’être vu car il est un indispensable pour tout amateur de cinéma et de grand divertissement.

Parce que l’Etrange Festival n’a jamais eu peur de s’aventurer dans le domaine du cinéma estampillé « LGBT militant » ou « queer », l’une des réalisations les plus frapadingues de cette compétition nous vient de Where Horses go to Die, signé par le jeune Antony Hickling, dont le pape du genre Bruce LaBruce avait salué le précédent film, le moins barré mais aussi poétique Little Gay Boy. Cette fois-ci le cinéaste nous fait vivre de l’intérieur les divagations fantasmatiques d’un homme qui a encore du mal à assumer son homosexualité mais qui va se décoincer au contacter de personnages haut en couleurs. Le film sombre vite dans un certain onirisme très sexué, jouant tout autant sur ses ambiances monochromatiques que sur la sublimation des corps. Ces envolées lyriques, qui peuvent être très drôles, nous invitent évidemment à profiter des délices de la chair mais aussi à ne pas avoir peur de ce formatage moral et esthétique prôné par le cinéma mainstream et dont Hickling s’affranchit avec brio. Parce qu’il ne dure pas longtemps, le film ne sombre pas, comme beaucoup, dans la surenchère graphique et nous laisse sur le souvenir d’une œuvre aussi libertaire que bien inspirée.

Une Vie Entre Deux Océans: Musique, la bande-originale d’Alexandre Desplat

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Une Vie Entre Deux Océans – La B.O./Trame sonore/Soundtrack

Une fois n’est pas coutume avec la bande-originale d’Une Vie Entre Deux Océans (en salles le 05 octobre 2016), Alexandre Desplat signe une œuvre simple, intime et pourtant puissante, à cent lieues des accouchements insipides auxquels ce bourreau de travail nous avait parfois habitué (écouter par exemple Marseille). Les arrangements n’innovent pas, cela reste de la musique symphonique, brillamment portée à l’écran avec tout ce que cela comporte d’émotion, de panache et de romantisme. C’est ce que Desplat transmet ici le plus naturellement du monde, privilégiant une heureuse sobriété qui évite la pompe ad nauseam de trop nombreuses compositions classiques. Piano, violon, parfois les deux en même temps, parfois accompagnés ; Desplat travaille cette fois par touches musicales, comme convaincu que l’émotion la plus grande serait cachée dans la note la plus petite, ou en tout cas la plus juste.

Mais surtout, cette fois Alexandre Desplat semble avoir appliqué la recette, qui fait que cinéphiles et mélomanes se satisfont de la bande originale d’un film: composer un thème principal qu’on n’oublie pas. C’est chose faite avec le superbe Letters, qui égraine les notes au piano, comme on égraine les larmes de souffrance d’une défaite amoureuse. Cette mélodie d’une simplicité féroce, d’une sobriété radicale et d’une intensité bouleversante, nous rappelle que M. Desplat devrait lever le pied et choisir le chemin de l’exigence, tracé par ses plus grands aînés à savoir, donner du temps à la perfection. Il est certain qu’alors, Alexandre Desplat deviendra une des raisons qui poussent à aller au cinéma.

Sortie: 2 septembre 2016

Distributeur: Lakeshore Records

Durée: 62’12

Tracklist:

1. Letters 2:00
2. Tom 3:06
3. At First Sight 3:13
4. The Dinghy 2:20
5. Isabel 1:27
6. In God’s Hands 4:56
7. The Rattle 2:35
8. To Resent 4:35
9. Janus 1:48
10. A Wonderful Father 3:21
11. Lucy Grace 3:33
12. Path of Light 2:36
13. The Return 3:59
14. Hannah Roennfeldt 2:19
15. Still Your Husband 4:57
16. To Forgive 1:39
17. Each Day We Spent Together 4:48
18. To Be Loved 4:58
19. The Light Between Oceans 4:02

Headshot, un film de Timo Tjahjanto et Kimo Stamboel : Critique

Nouveau film des Mo Brothers, cinéastes indonésiens qui se sont faits une jolie réputation au fil des ans, Headshot est le film qui fait trembler les festivals grâce à sa folle promesse de venir se battre sur le terrain des The Raid.

Synopsis : Un amnésique voit son mystérieux passé de machine à tuer revenir à la charge alors qu’il doit combattre un baron de la drogue.

Reprenant quelques acteurs de The Raid 2 de Gareth Evans, dont Iko Uwais l’acteur principal, le film s’assure déjà d’être chorégraphié à la perfection et d’être un grand shot d’adrénaline. Mais le long métrage s’avère être plus scénarisé que les précédents films où a été impliqué Iko Uwais et apparaît comme celui qui va venir tester les limites de la star, qui devra prouver qu’il vaut autre chose que d’être un formidable distributeur de bourre-pifs. Les attentes pour ce Headshot sont donc assez élevées surtout dans le contexte d’un cinéma indonésien en perte de vitesse quant au genre horrifique, ce qui a pendant longtemps été ce qu’il gérait le mieux, et qui se doit de trouver une nouvelle vie dans le cinéma d’action.

Fight Club

Les productions indonésiennes trouvent alors en Iko Uwais le sauveur idéal. Celui capable de venir détrôner toute concurrence en terme de films d’action, notamment face aux américains. L’acteur faisant lui-même les chorégraphies des films et ses cascades, il va plus loin que tout ce que l’on peut voir dans le genre en termes d’énergie, de brutalité et de maîtrise. Ici, encore plus que dans les The Raid, il assoie son statut d’icône naissante et s’impose comme celui qui se rapproche le plus de la succession de Bruce Lee dans les long métrages d’art martiaux. Faisant preuve d’un charisme renversant, l’acteur est un véritable félin, tantôt animal blessé, tantôt machine à tuer implacable. Cependant, même s’il est admirable dans l’action, il faut reconnaître que ce n’est pas nécessairement le cas dans l’émotion. En raison du scénario, l’acteur à beaucoup plus à jouer ici et même s’il se montre correct la plupart du temps, il peine à convaincre lorsqu’il doit être davantage dans un registre à fleur de peau. C’est un reproche qui peut globalement s’étendre à tout le casting, les acteurs n’étant pas aussi efficace en dehors de leurs scènes musclées, beaucoup tombant dans le surjeu et l’approximation. Mais le problème reste assez mineur car le film a l’intelligence de faire avancer ses personnages au sein de l’action, tirant le meilleur de ses acteurs lors des scènes cruciales. Les moments intimistes étant suffisamment restreints pour ne pas envahir le récit même si le début de la romance entre le héros et son infirmière est quelque peu niaise et que la conclusion joue beaucoup trop la carte du cliché. Le scénario tombe d’ailleurs assez souvent dans les stéréotypes et se montre très classique et prévisible dans son déroulé, suivant la trame déjà-vue de l’homme amnésique qui doit affronter son passé. Même s’il est plus développé que la moyenne du genre sans être franchement mémorable, le récit ne vient pas handicaper l’efficacité renversante de l’oeuvre et son énergie. On regrettera cependant que certains personnages ne soient là que pour l’action, comme pour celui de Julie Estelle qui a du mal à justifier sa présence et que l’écriture tente de le faire avec maladresse.

Les Mo Brothers ont aussi l’intelligence de rythmer leur film comme un jeu vidéo. Alors que pour la plupart des films cela semblerait péjoratif, ici cela permet aux scènes intimistes de venir s’inscrire entre les scènes d’actions comme des cinématiques entre les phases de gameplay. Le rythme n’en est que plus aéré et évite les longueurs qu’a pu avoir un The Raid 2 par exemple, qui développait tout son scénario au début pour ne plus être qu’un enchaînement d’action à la fin. Le montage manque par moments de fluidité en raison de cela, il jongle entre les personnages et les flashbacks de manière trop abrupte surtout que les scènes avec l’antagoniste du film ne sont pas les plus intéressantes et réussies. Par contre, une fois que les cinéastes se plongent dans l’action, ils y restent au cœur et font preuve d’une virtuosité sans pareille. La mise en scène percutante fait totalement corps avec les mouvements des personnages et décide de ne pas laisser de distance entre le spectateur et l’action. On est totalement immergé dans les séquences de baston au point d’en être essoufflé. La scène la plus impressionnante étant probablement celle se situant dans un commissariat et qui est clairement le coup de grâce du film. Même si ici on n’aura pas une séquence de l’intensité du final de The Raid 2, on reste dans des scènes de combats bien supérieures à toute concurrence. On en sort épuisé et avec la mâchoire décrochée

Headshot est un film survitaminé et jouissif, qui, sans pour autant détrôner le diptyque The Raid, arrive a s’imposer comme un très sérieux concurrent. Il le surpasse même sur son rythme et sa façon plus percutante de s’engager dans les combats par sa mise en scène, même s’il dispose d’un scénario plus plan-plan, d’un casting qui montre davantage ses limites et une ambition bien plus restreinte. Mais il n’y a clairement pas de quoi bouder son plaisir face à un film d’action qui vient tenir la dragée haute à la concurrence et qui assoit définitivement l’icône du cinéma d’art martiaux qu’est Iko Uwais. En tout cas, il ne fait aucun doute que les productions indonésiennes devraient vraiment exploser en ce qui concerne les films de combats avec un public de plus en plus demandeur de ses purs moments de folies, le film ayant fait l’unanimité à l’Étrange Festival.

Headshot : Bande-annonce

Headshot : Fiche technique

Réalisation : Timo Tjahjanto et Kimo Stamboel
Scénario : Timo Tjahjanto
Interprétation: Iko Uwais (Ishmael), Sunny Pang (Lee), Julie Estelle (Rika), Chelsea Islan (Ailin), Very Tri Yulisman (Besi ), …
Image : Yunus Pasolang
Montage: Iqbal Marjono
Musique: Fajar Yuskemal
Costumes : Aldie Harra
Producteur : Shinjiro Nishimura, Wicky V. Olindo, John Radel et Mike Wiluan
Récompense : Grand Prix à l’Étrange Festival 2016
Durée : 117 minutes
Genre : Action
Date de sortie : Prochainement

Indonésie – 2016

L’Étrange Festival, point de convergence des cinémas les plus extrêmes

Huitième jour de Festival au Forum des Images. La programmation hétérogène nous fait enchainer les  séances et les rencontres qui nous rappellent que -en bien ou en mal- le cinéma sait être radical dans ses propositions artistiques:

Le Baron de Crac, Bad Cat, Officer Downe, Alipato

Dans le cadre de sa carte blanche, le graphiste Stéphane Blanquet a fait profiter aux festivaliers de la version restaurée d’une variation audacieuse des aventures du Baron de Münchausen. Si ce nom est bien connu des cinéphiles, c’est grâce aux adaptations faites par Georges Meliès en 1911 ou par Terry Gilliam en 1988, des romans de  Rudolf Erich Raspe au 18ème siècle qui popularisèrent ce célèbre et fantasque mercenaire allemand et ses affabulations rocambolesques. C’est sous son surnom de Baron de Crac (« baron des mensonges »), que le tchécoslovaque Karel Zeman a bâti, en 1962, un travail visuel foisonnant qui est celui des 3 films les plus populaires dédiés au personnage qui a le mieux vieilli. Sur une narration qui donne une place importante au cosmonaute, le réalisateur donne de plus un sous-texte, qui prend sens à son époque marquée par la course à l’exploration spaciale entre les deux blocs de la Guerre Froide, rappelant que la magie n’est pas à aller sur la lune mais bien sur Terre. Faisant preuve d’une ingéniosité sans borne, ce maitre de l’animation de l’Europe de l’Est accumule, de scène en scène les trouvailles pour donner vie aux exubérances de son récit. Mélange habile d’images live et de décors picturaux animés, son ouvrage est un magnifique ouvrage graphique teinté d’onirisme intemporel.

Dans le cinéma turc, les films d’animation sont assez rares pour mériter d’être remarqués, et quand, de plus, il possède un fort potentiel irrévérencieux, il aurait été dommage que l’Etrange Festival passe à côté. Imaginez un lointain cousin de Garfield aussi vulgaire que l’ourson Ted, dans un film qui soit un mélange entre Comme des Bêtes et Affreux, sales et méchants. C’est exactement ce qu’est  rôle-titre de Bad Cat, le chat Shero, dont les échanges avec ses deux amis (une mouette et un rat) sont lourdement chargés en grossièreté. Tout l’humour de ce scénario repose donc dans ces dialogues corrosifs, alors que l’intrigue va se montrer incapable de tirer profit de son histoire de retrouvailles avec un fils illégitime et même du sous-texte politique qu’aurait pu engendrer le décalage social entre l’extravagant Shero et la chatte angora dont il va tomber amoureux. Au lieu de ça, le scénario va préférer un récit aussi grand-guignolesque qu’immature de méchant zombie qui reviendra chaque fois essayer de le tuer. Fort heureusement la fluidité de l’animation et le rythme survolté font de ce dessin-animé un  divertissement réjouissant ainsi qu’un souffle d’air frais sur l’industrie cinématographique turque.

Avant d’être le réalisateur de Officer Downe, Shawn Crahan est avant tout le créateur et le percussionniste du groupe de métal Slipknot. Autant dire que l’on était assez curieux de voir ce qu’il peut donner devant un caméra, si, à l’instar de Rob Zombie -un autre musicien/réalisateur-, il allait se lancer une filmographie intéressante. Il ne faudra pas longtemps après l’intro plutôt jolie, faite de dessins et avec une voix-off bien badass, pour savoir que l’on va assister à une catastrophe industrielle. La première scène est un moment de sexe qui a le bon goût d’avoir un compteur d’orgasme pour montrer à quelle point le héros est un homme, un vrai. On enchaîne, sans cohérence aucune, une scène d’action mal filmée et indigeste pour ensuite nous présenter un petit nouveau qui rentre dans la police et qui sera le vrai personnage principal. Où est passé la voix off d’Officer Downe qui doit nous raconter son histoire comme il l’a promis ?  En moins de dix minutes, le film a déjà démontré qu’il ne savait pas faire le moindre choix de narration et cela va continuer pendant presque 1h30 qui semblera une éternité. Le scénario est catastrophique, l’histoire est inexistante, les personnages sont mal présentés, l’ensemble est caricatural… et évoquera à peine un casting extrêmement mauvais, en se demandant pourquoi Kim Coates s’est retrouvé dans cette purge! On priera surtout pour que Shawn Crahan ne se retrouve plus jamais avec une caméra dans les mains tellement son travail sent l’amateurisme et que son Officer Downe ressemble à un mauvais clip tourné dans un garage.

Alipato est le syndrome même du réalisateur qui se regarde filmer. Lorsqu’une séquence de trois minutes consiste juste à suivre un homme marcher avec pour seul bruit sonore ses pas, on se dit bien que l’expérience va être difficile. Le procédé est intéressant pourtant, suivre l’évolution d’un gang durant toute leur existence de manière allégorique aurait pu donner quelque chose de vraiment tétanisant mais sur un long métrage, la sauce ne prend pas. La mise en scène suit toujours le même procédé, celui de suivre un personnage rentrer dans une pièce, faire un mouvement circulaire dans la pièce pour étudier chaque actions, puis quitter la pièce. Ou encore mettre un remix de musique classique puis faire un arrêt sur image pour présenter chaque personnages et couper la scènes par des cut sur des pierres tombales. C’est la même chose encore et encore pendant plus d’une heure de film au point que ça en soit éreintant et que cela paraisse interminable. Alipato est très clairement une expérience douloureuse et qui, en dehors de son aspect visuel -très beau, il faut bien le dire, grâce à une gestion de la lumière splendide-, n’a rien à offrir.

 

Musique Under The Skin : ambiance glaçante et cosmique de Mica Levi

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La fusion horrifique du naturalisme de Jonathan Glazer avec l’expérimentation de Mica Levi. 

Musique Under The Skin – la BO / Trame sonore / Soundtrack

Under the Skin est une œuvre inclassable. Viscéral et iconique, c’est un lambeau de peau qui se déchire et dissout son visage aliéné sur l’autel de la flamme sacrificielle. Jonathan Glazer offre avec Under the Skin un spectacle rare, sortant des sentiers battus, qui se place entre l’esthétique fragmentaire d’un Philippe Grandrieux et un film horrifique charnel digne d’un David Cronenberg. Se rajoute à cela, l’introspection cinématographique d’une actrice qui se met à nu comme jamais, une Scarlett Johansson envoûtée et envoûtante, incarnant alors une alien essayant de défraîchir son humanité. Mais dans cet orgasme visuel, se cache un autre monstre, une hypnose tentaculaire qui pompe le sang jusqu’à la dernière goutte. Son nom est Mica Levi : une jeune artiste britannique, compositrice presque inconnue, qui avec Under the Skin, éclabousse le cinéma de son talent par le biais de ses convulsions sonores miraculeuses (« Love »).

Rares sont les bandes originales qui collent à la peau, qui vous enfouissent dans une telle immersion scénique qu’il devient difficile de s’en dépêtrer. Après le visionnage d’Under The Skin, aucun autre score musical n’aurait pu mieux symboliser le film. La partition de Mica Levi, qui ressemble à du These New Puritans, est le parfait miroir du métrage de Jonathan Glazer : un objet artistique aussi organique que psychotique, qui caresse autant les courbes aguicheuses de son actrice qu’elle n’interprète la conscience même de son personnage. Davantage que ces mélodies cryptiques, c’est l’opacité dans laquelle on s’enfonce qui fait tout le charme de cette bande son marquante. Sans les images, le travail de Mica pourrait s’avérer moins puissant dans l’évocation de ses multiples émotions, mais même écoutée isolement, cette composition enchante autant par la fluidité de ses nappes électroniques que par la désynchronisation de ses nombreuses sonorités qui prennent à bras le corps le genre horrifique sans passer par la case électro/pop.

Tout comme Under the Skin, Mica Levi imprègne sa création de deux versants bien distincts : là où Glazer agence sa dualité entre l’extraterrestre et l’humain, la musicienne mélange les instruments à cordes (violons) et musicalité expérimentale. C’est alors que ces deux composites ne vont faire qu’un, s’interpénétrer et suggérer la dimension pessimiste d’une œuvre fantastique. Pour preuve, l’incroyable « Love », et ses dissonances mélodieuses proches de la science-fiction, illustre parfaitement toute la fragilité existentielle du personnage : où malgré l’apparition d’une lumière béate, c’est la noirceur de son destin qui se renferme sur elle-même. De cette inspiration, se révèle une « tracklist » homogène dans l’exégèse de son ambiance mais aussi très hétérogène dans la fluctuation de ses effets : par les distorsions aliénantes et pénétrantes qui agrippent les synapses mentales (« Lonely Void »), par le rythme plus doux et évanescent (« Creation ») ou finalement par l’effluve de certaines secousses cosmiques (« Meat to Maths »).

De ce bourdonnement électronique et gothique, Mica Levi ramifie les genres cinématographiques pour engendrer un ballet mortifère dont l’architecture semble parfois confuse tant les mélodies semblent emmêlées. Mica Levi s’inspire de l’imagerie d’Under the Skin dans ses fondations fantastiques et naturalistes mais aussi de la structure même du récit : un film d’ambiance où il n’est aisé d’assembler tous les indices de l’œuvre et qui se noie dans un trouble infini, un océan d’eau noire, un liquide embryonnaire diffus. C’est toute la beauté centrifuge d’une BO dont le champ lexical est inépuisable. Qui, irrémédiablement, puise la sève de sa torpeur dans la tension humaine et nocive qui retranche le personnage sur lui-même.

mica-levi-muique-under-the-skin-soundtrack-bande-orginaleMica Levi cultive ses interférences sonores en corrélation avec le chemin de croix que s’inflige le personnage joué par Scarlett Johansson : comme en témoigne le somptueux (« Alien Loop ») qui alterne soubresauts épileptiques et minimalisme apaisant. Mais au lieu de décrire uniquement les sentiments d’un protagoniste, qui passe de l’état de prédateur à celle de proie, Mica Levi crée un organisme, presque vivant, qui assimile avec exactitude l’environnement singulier développé par Jonathan Glazer : celui d’une Écosse périphérique et forestière qui entrave ses routes d’entités damnées, de spectres polymorphes, d’où l’atmosphère pesante qui découle des menaçantes percussions rappelant alors le drone imposant d’artiste tel que ThisQuietArmy (« Bothy »).

Se rajoute à ce cosmos musical, un sentiment de solitude et de désolation, macabre et puissant, qui tapisse toutes les sonorités de cette tracklist : cette impression du tonnerre qui tombe du ciel ou du sol qui se dérobe sous nos pieds. Avec cette empreinte maléfique, Mica Levi désosse le squelette de tout un film, pour mieux le rénover et le dessiner à sa guise, comme si elle était le Dr Frankenstein. C’est un euphémisme de dire que Mica Levi signe là une composition magistrale, qui aurait pu s’avérer ordinaire mais qui détient sa propre personnalité. Ses créations pourraient être comparées à celles de Cliff Martinez sur la série The Knick ou de Disasterpeace sur It Follows, mais Mica Levi est beaucoup plus singulière dans ses projections, indépendante dans ses tonalités DIY. C’est en ce sens qu’Under the Skin fait partie de ces œuvres qui se regardent et se comprennent par la seule formule du symbole : là où l’art sensoriel autant visuel qu’auditif s’achemine vers la perfection.

Musique Under the Skin Tracklist

  1. Creation
  2. Lips to Void
  3. Andrew Void
  4. Meat to Maths
  5. Drift
  6. Lonely Void
  7. Mirror to Vortex
  8. Bedroom
  9. Love
  10. Bothy
  11. Death
  12. Alien Loop

Crooked House, La Maison Biscornue d’Agatha Christie adapté à l’écran

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La Maison Biscornue (Crooked House), une des oeuvres préférées d’Agatha Christie, est en préparation pour le cinéma.

Le tournage de Crooked House, roman qui fit la fierté d’Agatha Christie, a d’ores et déjà commencé dans et autour de Londres. Dans cette Maison Biscornue (titre du roman français), le détective privé, Charles Hayward, va enquêter pour résoudre le meurtre de l’aïeul d’une famille plus qu’étrange. Le rôle du privé sera interprété par Max Irons (The Riot Club) tandis que les membres de la famille seront joués par Glenn Close et Gillian Anderson, qu’on ne présente plus, Christina Hendricks (Mad Men), Stefanie Martini et Honor Kneafsey. Un casting de choix !

C’est le français Gilles Paquet-Brenner (Dark Places) qui dirigera le casting d’un scénario écrit par Julian Fellowes (Downton Abbey), Tim Rose Price (The Serpent’s Kiss) et auquel Paquet-Brenner a ajouté sa touche personnelle. Le film est produit par Joe Abrams pour Brilliant Films ainsi que James Spring et Sally Wood.

En 2011, Julie Andrews, Gemma Arterton, Matthew Goode et Gabriel Byrne avaient signé pour jouer dans l’adaptation de ce scénario mais le projet fut abandonné. C’est une entreprise de longue date et une véritable passion pour Abrams qui a déclaré :

« Nous sommes ravis de porter à l’écran Crooked House d’Agatha Christie, l’une oeuvres personnelles favorites de la romancière, et qui n’a jamais été filmée avant. (…) Il y a quelques années, nous avons réfléchi à tout ce qui était possible en termes d’Agatha Christie et ce livre nous a vraiment sauté aux yeux pour un certain nombre de raisons. C’est une histoire indépendante, pas une enquête de Miss Marple ou de Poirot. Elle a une fraîcheur bien à elle et n’a pas vraiment pour sujet une histoire de famille. L’intrigue est portée par un jeune détective et une ingénue encore plus jeune qui ont eu une relation par le passé… La jeune femme sera soit un suspect, soit la prochaine victime. Et c’est ce qui va diriger toute la trame. »

Si tout se passe bien, Crooked House devrait voir le jour en 2018.

The Toxic Avenger : le remake confié au réalisateur de Sausage Party, Conrad Vernon

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The Toxic Avenger : Troma Entertainment à l’assaut de Hollywood

Conrad Vernon, le coréalisateur de Sausage Party, en salles le 30 Novembre en France, va s’attaquer à la lourde tâche du remake du film culte et bis The Toxic Avenger de Lloyd Kaufman, à la tête du studio indépendant Troma Entertainment.

C’est officiel !  Un accord a été signé à Hollywood pour l’arlésienne du cinéma bis et indépendant : le projet de remake de Toxic Avenger, longtemps annoncé par Lloyd Kaufman lui-même, mais qui n’avait pas pu aboutir. Le film était dans les cartons depuis trois ans. John Travolta et Arnold Schwarzenegger devaient même rejoindre le casting ! Le tournage de Terminator Genisys avait retardé la mise en chantier du long-métrage.

The Toxic Avenger, sorti en 1984, raconte les aventures d’un super-héros, un peu spécial, qui n’a rien à envier aux Avengers, à Deadpool et à la bande de doux dingues de Suicide Squad. Toxic n’est pas comme certains personnages de comics, il n’est pas du tout destiné à un jeune public mais à un public adulte. Le quotidien de Melvin Junko (interprété par Mark Torgl), un jeune garçon au physique un peu ingrat, bascule après une raillerie de trop de ses camarades tortionnaires à la salle de gym. Ces odieux adolescents lui ont fait miroiter une aventure avec la plus belle fille de Tromaville et lui ont demandé de porter ce jour-là un tutu pour encore mieux l’humilier. Alors qu’il occupe la fonction d’agent d’entretien, il se défenestre suite à la pression et à l’affront de ces jeunes voyous. Mais au lieu de se retrouver face contre terre sur le trottoir et plongé dans le coma, il tombe dans la remorque d’un camion et la tête la première dans un fût de déchets toxiques et radioactifs issus des pires usines de la ville.

Le pauvre adolescent va subir des effets secondaires suite à ce terrible accident et à son exposition aux produits toxiques. Sa mutation physique impressionnante le transforme en Toxic Avenger : une créature atrocement défigurée mais dotée d’une force considérable (Mitch Cohen incarne la créature sous le maquillage).

Sa soif de vengeance sera terrible. Le Toxic Avenger défend les habitants opprimés de Tromaville. Il met hors d’état de nuire les pires criminels. Il tente même d’endiguer la corruption en ville en s’en prenant au maire véreux (rôle confié à Pat Ryan). Il nettoie les rues de la ville à coup de serpillière et de mandales qui perforent et broient les corps des criminels sans foi ni loi.

Ce film fauché et bis est très éloigné des films de super héros de l’époque ou des blockbusters assez lisses de ces dernières années. La saga The Toxic Avenger, qui compte quatre films, est un cocktail improbable de comédie, de film gore (les combats particulièrement violents de Toxic Avenger face aux criminels), de séquences trash (la scène explicite de la mort d’un pauvre enfant renversé par une voiture totalement gratuitement par des chauffards) et de scènes sexy (l’histoire d’amour façon la Belle et la Bête entre Toxic et une jeune femme aveugle, Sara, interprétée par l’actrice Andree Maranda).

The Toxic Avenger a même été adapté en série animée, The Toxic Crusaders, avec un message écologique dans chaque épisode, une version décalée et indépendante du mythique Captain Planet. Une adaptation en comédie musicale du film The Toxic Avenger a même été créée.

Ce film et le personnage de Toxic ont permis au studio Troma d’obtenir une véritable aura auprès des mordus de cinéma de genre. Lloyd Kaufman et son entreprise sont le symbole du cinéma indépendant américain. Ils tentent de survivre face à l’ogre Hollywoodien.

Le studio Troma a d’ailleurs fait les belles heures du Festival de Cannes il y a quelques années encore avec leur présence au marché du film. Il fut un temps où cet espace à Cannes était le paradis des « direct-to-video », un véritable repère de festivaliers un peu « freaks » sur les bords, arborant des imperméables malgré la chaleur accablante et trimbalant toujours avec eux un exemplaire des Cahiers du Cinéma dans un sac plastique. On pouvait encore y croiser la joyeuse bande loufoque de Lloyd Kaufman, toujours accompagné de sa mascotte mutante Toxic Avenger – du film éponyme – et de ses petites pépées, les Tromettes, jolies jeunes femmes en plein happening sur la Croisette, des années avant l’engagement militant des Femen. L’indépendance du studio Troma et de son créateur fou Lloyd Kaufman, à travers la promotion de films de genres, de série Z fauchées, un brin désuètes,  animait les allées du Festival de Cannes lors de leur présence au Marché du film avec des stands assez kitschs : rien n’était trop fou pour promouvoir le catalogue pléthorique du studio indépendant. Troma a déniché de nombreux talents au cours des années. Ils ont été les premiers à encourager et produire les œuvres de Matt Stone et Trey Parker, les créateurs devenus mondialement célèbres avec la série South Park ou bien encore James Gunn qui a dynamité les codes des blockbusters avec son adaptation remarquée de la licence des Gardiens de la Galaxie.

Le studio indépendant Troma et sa survie au Marché du film participait à la légende, à la diversité et à l’éclectisme du festival de Cannes. Les amateurs de films de genre devenaient les acteurs et contribuaient à l’essor d’un cinéma indépendant et original. Ce temps a vécu. Le studio n’est plus présent depuis quelques éditions sur la Croisette, faute de moyens. Pour ceux qui n’auraient pas connu cet âge d’or, qui faisaient les belles pages de Mad Movies à l’époque où Jean-Pierre Putters et Didier Allouch étaient encore maîtres à bord, toute cette époque est retracée dans le documentaire All the love you Cannes !,  tourné en 2002. L’épopée fantastique et le séjour homérique et déviant du studio Troma, de son fondateur, de ses acteurs et monstres fétiches sur la Côte d’Azur sont captés dans ce documentaire.

Chaque année le studio indépendant organise le Troma Dance Festival avec des projections de films et des animations en ville. Après avoir sillonné le New Jersey, le festival est revenu à New York depuis 2014. La 17ème édition s’est déroulée au mois de Juillet dernier.

Ceux qui penseraient que Lloyd Kaufman a vendu son âme au diable et commis une terrible erreur avec cette signature pour un remake Hollywoodien seront sans doute rassurés d’apprendre qu’il sera producteur délégué sur le film. Le CV de Conrad Vernon et son dernier projet Sausage Party plaident en sa faveur et pourraient garantir aux fans hardcore un remake dans l’esprit de l’original.

Richard Saperstein, producteur chez Storyscape Entertainment, s’est confié à Variety sur ce projet de remake :

« Conrad Vernon est un génie de la comédie subversive. C’est le parfait réalisateur pour faire revivre cette franchise. »

Conrad Vernon est, pour sa part, très honoré d’être à la tête de ce projet :

« Cette occasion de réimaginer cette franchise culte de mes années lycées est un honneur. Toxie est une icône underground. Tout ce que j’aime ! »

Reste à espérer que le film soit dans l’esprit des productions Troma. Le casting et une date de sortie éventuelle n’ont pas encore été dévoilés. Les scénaristes de la série Archer, Mike Arnold et Chris Poole retravailleront la première version du script de 2013 de Steve Pink et D.C. Mitchell.

Ce nouveau remake risque de perturber les cohortes de fans des films Troma du monde entier. Espérons qu’ils ne soient pas aussi hostiles et agressifs vis-à-vis de ce reboot que ce qu’a connu Hollywood cet été avec la campagne de haine démesurée à l’encontre du Ghostbusters 100% féminin (messages misogynes sur la toile, piratage du site de la comédienne Leslie Jones avec la diffusion d’images racistes odieuses et de photos intimes de la star dérobées sur son compte I-cloud).

Lloyd Kaufman pourrait profiter de cette nouvelle de la mise en chantier du remake pour lancer de nouvelles productions au sein de son studio indépendant et pourquoi pas son projet de longue date d’un nouveau Toxic Avenger made in Troma, une cinquième suite, intitulée The Toxic Avenger 5 : The Toxic Twins !

The Toxic Avenger – bande-annonce (VO) – âmes sensibles s’abstenir: 

https://www.youtube.com/watch?v=6rLEIpP8His

All the Love you Cannes – bande-annonce du documentaire sur les participations au Festival de Cannes du studio indépendant Troma au marché du film (VO):

 

 

 

L’Etrange Festival : A des degrés divers, la violence est partout

Déjà une semaine que l’Étrange Festival a commencé et la compétition bât son plein! A côté, les sélections parallèles continuent de faire découvrir de nouveaux talents prometteurs ou de redécouvrir des films qui méritent de ne pas sombrer dans l’oubli:

Buongiorno Notte, Under The Shadow, Psiconautas  et Headshot

Dans la catégorie « La liberté ou la mort », plusieurs films traitent des années des Plomb dans leur pays respectif, c’est le cas de La Bande à Bader (Uli Edel, 2008) pour l’Allemagne, d’United Red Army (Kōji Wakamatsu, 2007) pour le Japon et de Buongiorno, Notte pour l’Italie. Ce dernier, contrairement aux autre susnommés, ne revient pas sur l’avènement des groupuscules communistes, mais s’attache au plus retentissant des crimes commis par les Brigades Rouges, puisqu’il a fait vaciller l’échiquier du pouvoir transalpin : L’enlèvement et le meurtre d’Aldo Moro en 1978. Réalisé en 2003 par Marco Bellochio, bien connu pour ses « films coups de poing », cette reconstitution est la première à s’intéresser frontalement à cette page d’histoire sensible, et il le fait sans se soucier des tenants et aboutissants politiques de ce sordide fait divers, mais uniquement de sa dimension humaine. Il y adopte le point de vue d’un de ses personnages, Chiara, seule femme de la cellule révolutionnaire et qui est en fait l’avatar d’Anna Laura Braghetti, l’ex-terroriste qui a écrit le livre dont le scénario est tiré. A travers les yeux de cette communiste, on partage, dans des scènes de huis-clos oppressantes, un profond désenchantement face à la décision de ses camarades de tuer leur otage. Il est alors difficile de saisir quel positionnement prend Bellochio vis-à-vis de l’affaire, puisqu’il n’hésite pas à la fois à sacraliser les utopies révolutionnaires dans une superbe scène chantée, et à faire un parallèle entre les méthodes des B.R. et celles des fascistes. Une absence de jugement qui rend plus pertinente cette analyse des dernières heures du combat d’une génération.

Under the Shadow hésite bien longtemps entre être un drame ou un pur film d’horreur et lorsqu’il décide de prendre enfin une direction, il ne prend pas forcément la plus intéressante. Babak Anvari a une mise en scène très minutieuse quand il s’agit de poser une ambiance et ses personnages, les deux premiers tiers de son récit sont un régal jouant habilement avec la gestion de l’espace -le film est quasiment un huit-clos- et ayant l’intelligence d’user brillamment du contexte de l’histoire. Ici l’horreur se trouve à la fois au sein de l’appartement mais aussi à l’extérieur, en Iran n’ayant pas le droit de se déplacer dehors comme elle l’entend surtout durant cette période troublée. Comment échapper à une situation horrifique alors que même dehors en public, le personnage n’est pas à l’abri ? L’horreur se transforme alors en drame, celui de la place de la femme dans une société patriarcale et totalitaire où elle n’est pas libre de ce qu’elle veut, professionnellement et personnellement. Elle ne peut compter sur aucune aide, et devra protéger sa fille à tout prix. Dommage par contre que le film soit trop classique dans son traitement, qu’il néglige l’intelligence de ses personnages au profit des effets horrifiques et qui tombe dans les jumpscares putassiers lors du dernier acte. Même s’il apparaît comme un drame intéressant et avec un vrai propos, il faut reconnaître que Under the Shadow est un film d’horreur décevant et qui ne fera certainement pas date.

Psiconautas est un film d’animation fascinant. Prenant la forme d’un récit choral, il va étudier avec une extrême finesse la déliquescence d’un monde. Faisant écho avec notre société, où les personnages sans avenir dans un univers qui stagne décide de s’évader la pression sociale et de la tyrannie de l’autorité. Les personnages refusent que leurs chemins soient tout tracés, mais l’oeuvre, plus cruelle, montre la dure réalité de la vie et bouleverse. Muni d’une direction artistique brillante et d’une animation somptueuse, le tout se mue en conte funèbre et magnifique qui distille une amère mélancolie chez le spectateur tout en sachant se montrer vraiment mignon et drôle. Peut-être que parfois les intrigues s’entrechoquent maladroitement mais c’est une oeuvre qui foisonne de bonnes idées de la part de Pedro Rivero et d’Alberto Vasquez, et qui malgré de très légères maladresses, s’impose comme un des gros coups de cœur de ce festival.

Un amnésique laissé pour mort par ceux-là qui ont fait de lui une machine à tuer et un héros que seule sa cicatrice au front rattache à son passé… non, il s’agit pas de Jason Bourne et Harry Potter mais bien de Abdi et Ishmael. Deux noms pour un même personnage, incarné par Iko Uwais, intronisé star de la castagne par le dytique The Raid. Alors que les films de Gareth Evans limitaient son personnage à statut de combattant increvable, Headshot lui propose, derrière son scénario certes convenu, de donner un minimum d’enjeu émotionnel à son rôle. L’acteur n’est pas venu seul puisque deux acteurs présents dans The Raid 2 sont aussi de la partie : Julie Estelle et Very Tri Yulisman, même si il parait évident que le scénario peine à leur donner une place. Mais le plus impressionnant est sans conteste l’aisance avec laquelle la mise en scène des Mo’ brothers, un peu plate dans les scènes « calmes », parvient à s’ajuster sur les chorégraphies des bastons, augmentant ainsi leur fluidité et faisant de chaque coup porté une véritable claque à l’égard du spectateur. Il faut reconnaître, c’est du brutal !

Le Mystère Jérôme Bosch, un film de José Luis Lopez-Linares : Critique

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Cet été la capitale européenne de la culture était incontestablement Madrid avec pour épicentre d’un séisme culturel son musée phare : Le Prado. Outre une exposition exceptionnelle de Georges de la Tour, la célèbre pinacothèque nous a offert l’œuvre del Bosco, plus connu en France sous le nom de Jérôme Bosh. À l’occasion de ce grand événement, le réalisateur espagnol José Luis Lopez-Linares consacre un documentaire sur ce notoire et non moins mystérieux peintre flamand du XVe siècle.

Synopsis : 500 ans après sa disparition, Jerome Bosch, l’un des plus grands peintres flamands continue à intriguer avec une œuvre aussi fascinante qu’énigmatique, aux interprétations multiples.  A travers « le Jardin des Délices », historiens de l’art, philosophes, psychanalystes en cherchent le sens et rendent un hommage vibrant à un artiste qui défie le temps.

Il y a incontestablement un mystère Jérôme Bosh, que ce film n’entend pas bien sûr déceler, mais au moins présenter à tous ceux qui n’en seraient pas familier. Chaque peinture élevée au rang d’art présente sa part de mystère, notamment derrière quelques figures personnifiées. Mais devant un tableau de Jérôme Bosh on mesure l’ampleur de l’énigme. Ses toiles représentent tout un monde avec une multitude de scènes fantasmagoriques d’une étonnante précision et d’une curieuse imagination. Peuplé de créatures étranges, mi-homme, mi-animal et où les proportions sont totalement réinventées, le monde que nous donne à voir Jérôme Bosh est souvent effrayant et particulièrement vertigineux de sens pour tout historien de l’art. Pour décortiquer tous ces mystères, un film n’y suffirait pas.

Lopez-Linares a eu la présence d’esprit de tourner son documentaire essentiellement autour d’un seul tableau, présenté à l’exposition du Prado : Le Jardin des délices. À travers ce chef-d’œuvre le documentaire s’emploie à nous présenter le mystère Jérôme Bosh. Celui-ci commence autour de la figure du peintre, dont on sait peu de chose, avant de se concentrer sur sa peinture et les nombreuses scènes qu’elle présente. José Luis Lopez-Linares entend accompagner son spectateur dans la découverte de l’œuvre en question. Son film commence par la réaction des anonymes à Madrid face à cet étonnant tableau. La parole est ensuite donnée aux spécialistes. Pas seulement les historiens de l’art, mais aussi des auteurs, des philosophes, des restaurateurs et même des amateurs… Tous donnent leur vision et leur ressenti devant l’œuvre du peintre hollandais. Cette multitude d’opinions finit par dégager une seule certitude : Jérôme Bosh ne laisse personne indifférent.

Si Le Mystère Jérôme Bosh jouit d’une distribution en salle, c’est que sa force ne le prédestine à priori pas à rester cloîtrer dans des musées. Sa durée d’1h20 (un minimum pour introduire et présenter les mystères de ce peintre) empêche certes une projection strictement muséale, mais rien dans sa forme et sa mise en scène n’a d’ampleur pour le grand écran. La limite de ce passionnant documentaire est qu’il n’a tout simplement pas été pensé pour le cinéma alors que la démesure d’un artiste comme Jérôme Bosh en laissait largement la place. C’est pour ses vertus purement pédagogiques et réflexives que Le Mystère Jérôme Bosh suscite l’intérêt. Pour ceux qui n’auraient pas encore entendu parler de ce grand maître de la peinture flamande, ce film fait figure d’indispensable introduction.

Le Mystère Jérôme Bosch : Fiche Technique

Réalisation : José Luis Lopez-Linares
Casting : Salman Rushdie, Orhan Pamuk, Cai Guo Qiang, Michel Onfray, William Christie
Image : José Luis Lopez-Linares
Son : Juan Carlos Cid Torrejon
Montage : Cristina Otero, Pablo Blanco Guzman et Sergio Deustua
Musique : Olafur Arnalds, Jacques Brel, Lana del Rey, Elvis Costello, Daniel Hope, jacques Ammon, Deutsches Kammerorchester Berlin, Simon Halsey, Max Richter, André de Ridder et Arvo Part
Production exécutive : Cristina Alovisetti
Produit par : Jose Luis Lopez-Linares, Cristina Monivar
Coproduit par : Guy Amon et Stéphane Sorlat
Production : Lopez-Ll Films avec le Musée National du Prado
Coproduction : Mondex et Cie

Sortie le 26/10/2016