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Etrange Festival : Trois derniers films et le palmarès

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Et voilà, c’est fini… après 12 jours de pur plaisir cinéphilique, le XXIIème Étrange Festival touche à sa fin. La programmation nous a offert trois derniers films, de quoi finir sur une touche qui rend toujours plus impatient de voir commencer la prochaine édition: 

Déluge, Grave et The Marriage of Reason & Squalor

Mais tout d’abord, le palmarès tant attendu: 

Grand Prix du Court-métrage (remis par l’équipe Canal +) : Klem, un sketch néérlandais qui met un couple dans une situation délicate pour amplifier leurs problèmes de communication.

Prix du public du Court-métrage : Strangers in the Night, une comédie romantique irlandais pas comme les autres puisqu’elle détourne le folkore fantastique local.

Prix Nouveau Genre (remis par l’équipe Canal +) : Pour la première fois, ce prix a été remis à deux films ex-aequo, Headshot et Jeeg Robot, que nous-même, à la rédaction, n’avons pas su départager.

Prix du public : Sans réelle surprise, mais loin d’être injustifié, c’est Poesia sin fin d’Alejandro Jodorowsky qui a remporté l’adhésion massive du public du Festival, dont il est -ça mérite d’être rappelé- le Président d’honneur.

Dans le cadre des films de la tournée « retour de flamme », le partenaire du Festival Lobster nous a permis de découvrir la version restaurée d’une oeuvre réputée disparue depuis plus de 80 ans. Déluge, réalisé en 1933, se voulait un film spectaculaire aux proportions bibliques, ce que l’on qualifierait de nos jours de film catastrophe. Avec les moyens dont disposait le réalisateur à l’époque, il fait preuve d’une folle ingéniosité pour nous faire vivre, dans la première partie de son récit, la destruction massive de New-York et les réactions de ses habitants. Des scènes impressionnantes qui pourraient presque rendre ringardes certains films de Roland Emmerich. Plus calme, la seconde partie n’en est pas moins audacieuse puisqu’elle raconte une histoire d’amour extra-conjugale. Ce genre de sujet qui, agrémenté d’une scène de tentative de viol et alors que le code Hays était sur le point d’entrer en vigueur, pouvait sembler provocatrice même si aujourd’hui son traitement risque de paraître un peu trop fleur-bleue pour coller à la dimension amorale de cette civilisation renaissante sur fond post-apocalyptique.

Très attendu par tous les festivals parisiens après le tumulte qu’il a fait à Cannes et à Toronto, Grave de Julia Ducournau est une première réalisation pleine d’ambitions. La première d’entre elles est de nous placer devant un spectacle malsain, basé sur une initiation de son héroïne aux plaisirs de la chair, dans tous les sens du terme. Cette idée de faire s’entrecroiser l’éveil sexuel et le gout pour l’anthropophagie aurait pu être le cœur d’un scénario intelligent et politiquement incorrect s’il avait été plus creusé plutôt que de se voir parasiter par son contexte estudiantin lui-même axé sur les humiliations faits aux bizuts. Cette sous-intrigue poussive a beau rendre l’ensemble terriblement dérangeant, il amoindrit l’ambiguïté psychologique propre au développement son héroïne, qui lui-même semble ne pas savoir vers quelle fin aboutir. C’est donc, à défaut, vers une chute presque rigolote mais aucunement provocatrice que s’achève ce film dont on a finalement du mal à cerner l’objectif.  Fort heureusement, on en retiendra les excellents acteurs, les jeunes comme les adultes, qui aident pleinement à rendre ce teen-movie éprouvant, dans ce que cet adjectif peut sous-tendre de meilleur.

En guise de clôture, les programmateurs ont choisi un téléfilm anglais. Un choix qui pourrait sembler curieux s’il n’avait s’agit du premier film de Jake Chapman, directement inspiré de l’un de ses propres romans. Bien connu pour ses œuvres plastiques baroques, cet artiste signe là une réalisation toute aussi insolite dont le choix semblait faire écho au discours de Jodorowsky en faveur du cinéma surréaliste qui l’a précédé. Le film consiste en effet à perdre son héroïne, et par extension les spectateurs, entre les limites de la réalité et de fiction. Chaque scène semble avoir,  sa propre idée visuelle qui vient amplifier cette confusion, qu’il s’agisse de mise en scène onirique ou de mise en abyme de la narration. Ceci fait du tout un vivier d’aliénations narratives et graphiques souvent très astucieuses. Si la plupart des passages sont entièrement dédiés à cette volonté de rendre flou le bien-fondé des événements, il en est d’autres qui se veulent plus linéaires, provoquant ainsi un rythme assez bâtard. Dans une pure tradition dadaïste, le scénario réussit malgré tout à provoquer un certain romantisme entre les personnages brillamment incarnés par Rhys Ifans et Sophie Kennedy Clarke. Un film étrange, pile ce qu’il fallait pour achever un Festival ainsi qualifié.

The Beatles, Eight Days A Week : The Touring Years, un documentaire de Ron Howard

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Sorti juste après le 50ème anniversaire du concert final des Beatles en Août 1966, The Beatles, Eight Days a Week the Touring Years est une invitation à un voyage à vitesse grand V, dans les coulisses de l’un des plus grands groupes du monde, les Beatles.

Synopsis : Avec des images rares et exclusives, The Beatles : Eight Days A Week – The Touring Years retrace les premières années de la carrière des Beatles de 1962 à 1966, marquées par les tournées incessantes à travers le monde. Des centaines de dates, des milliers de fans, des heures de concerts ont permis aux Beatles d’entrer dans la légende, mais aussi d’apprendre à se connaître, à se chercher, à se renouveler et à écrire ensemble toujours plus de chansons mythiques. Du Cavern Club de Liverpool à leur dernier concert au Candlestick Park de San Francisco, découvrez les Beatles comme vous ne les avez jamais vus et jamais entendus, à travers des enregistrements live et archives inédites.

« Je suis fils unique et je me retrouvais soudainement avec trois frères » – Ringo Starr

L’expression « Eight Days a Week » est née d’une blague de Ringo Starr qui évoquait l’intensité des plannings de travail du groupe, qui gagna une renommée internationale en seulement quatre ans. De l’Angleterre à l’Allemagne en passant par les Etats-Unis, le film célèbre les quatre années de tournée mondiale qui les ont fait et les ont brisé.

Les Beatles comptaient initialement John Lennon, Paul McCartney, George Harrison et Pete Best. Cependant, lorsque ce dernier ne put jouer pour un show en Février 1962, ils firent appel à Ringo Starr, rencontré des mois plus tôt à Hambourg en Allemagne, où le groupe de Ringo Starr, Rory Storm and the Hurricanes et les Beatles jouaient. Ringo Starr rejoint officiellement la bande en Août 1962, formant ainsi le monstre à quatre têtes qu’était les Beatles.

« Un super petit groupe de rock and roll » – Paul McCartney

L’acteur Ron Howard, qui porte cette fois-ci la casquette de réalisateur et à qui l’on doit déjà les films Apollo 13, Frost/Nixon, l’heure de vérité et Un homme d’exception, a été approché par la compagnie des Beatles, Apple Corps. afin de raconter dans ce film documentaire leurs plus grandes années. À travers des images d’archives, ils voulaient rendre compte du succès du groupe (pionnier des concerts en stades) et de la pression extérieure que subissaient les quatre rockstars pendant les années de la Beatlemania.

Le documentaire, qui démarre en fanfare en 1963 avec de vibrantes images en couleur de leur prestation live du titre She Loves You sur le plateau d’ABC Cinema (pour la chaîne britannique ITV), témoigne du travail méticuleux entrepris par l’équipe du réalisateur qui a obtenu ces images d’archives des quatre coins du monde. Polies et restaurées pour le film ces images, d’archives ou issues de vidéos amateurs, ont été ramenées à la vie avec brio. Même chose pour la bande son arrangée par le fils de Georges Martin (producteur des Beatles), Giles Martin. C’est ainsi que la chanson I Saw Her Standing There, jouée lors de la première performance du groupe aux Etats-Unis, à Washington DC en 1964, semble avoir été enregistrée hier.

Ponctué par des hits du célèbre quatuor, ce long métrage est l’occasion de se délecter des titres She Loves You, Can’t Buy Me Love, Ticket To Ride, ou Day Tripper, remastérisés pour l’occasion. Comme une volonté de ressusciter les émotions que produisaient ces sons vintages, on est notamment émerveillé par la facilité déconcertante avec laquelle ils créèrent le titre folk/rock/psychédélico-oriental, Norwegian Wood.

« C’est un peu bête de séparer les gens… Je pense que c’est juste stupide. On ne peut pas traiter un autre être humain comme un animal…Il n’y a jamais eu de ségrégation dans nos salles de concerts en Angleterre -et s’il y en avait, nous n’y aurions pas joué »  – Paul McCartney

Réussissant à rassembler des images inédites des médias d’époque, des images d’archives télévisées internationales, de fans et des Beatles eux-même pour dépeindre la Beatlemania à son apogée, Howard comprend que l’histoire des Beatles perdrait sans doute de sa teneur, si les tournées américaines en 1964, où la frénésie de la Beatlemania atteignait son paroxysme, n’étaient pas évoquées. Le journaliste américain Larry Kane, qui suivit le groupe emblématique pendant ses 25 dates américaines, se souvient de ces instants comme s’il avait assisté à une troisième guerre mondiale.

Brillamment cousu, un des moments forts du documentaire est la mention de la lutte des Beatles pour les droits civiques aux Etats-Unis : alors que Brian Epstein, manager du groupe, avait spécifié dans leur contrat de tournée qu’ils ne pouvaient jouer devant une foule ségréguée, les quatre jeunes hommes insistèrent pour performer devant un public mixte, sans aucune ségrégation. Dans cette hagiographie de la vie du plus célèbre groupe d’Angleterre, impossible donc de croiser l’Histoire et ses grands moments clés, comme l’assassinat du président américain John Fitzgerald Kennedy. On comprend bien vite qu’Howard implante les Beatles dans cette chaîne historique, avec une frise pointant les époques clés de leurs quatre années de tournée intensive.

« On voulait juste jouer » – Ringo Starr

Pionniers des concerts joués dans les stades, le film se penche particulièrement sur l’aspect périlleux que prenait de manière exponentielle chacune des interventions des rockstars britanniques. Et plus le lieu où se tenait le concert était grand, plus la menace était grande. Les images de leur concert au Shea Stadium en Août 1965 mettent particulièrement en exergue cette insécurité latente : le manque de sécurité, alors qu’une horde de fans se ruait sur la scène, témoigne du danger encouru par les Beatles à chaque show, et même à chaque sortie. Cette insécurité atteignit son paroxysme lorsque John Lennon affirma que les Beatles étaient plus populaires que Jésus. Cette déclaration entraîna une pluie de menaces de morts, qui s’ajoutèrent à celles du Ku Klux Klan qui promettait de les assassiner.

eight-days-a-week-thebeatles-documentaireOn assiste là à la détérioration de l’image du groupe, dont toute l’euphorie et la vitalité diminuaient pour laisser place au drame. Adeptes du cannabis et du L.S.D., Ron Howard évoque furtivement cette période sombre des stars anglaises, qui finit d’achever leur volonté de jouer sur scène et les poussa, en Août 1966, à mettre définitivement fin à leur tournée mondiale. La dernière performance publique du groupe britannique se déroula toutefois à Savile Row à Londres, le 30 janvier 1969. Ce célèbre concert sur le toit, achève l’histoire de la tournée sur deux morceaux phares du groupe Don’t Let Me Down et I’ve Got A Feeling.

Composé de quatre personnages charismatiques et intelligents, les Beatles ont été capables de créer une musique ambitieuse et une identité authentique. Parfaitement illustrées dans ce documentaire, l’hystérie et la frénésie que les Fab Four produisaient lors de leurs folles années de tournée ont fait d’eux un véritable mythe pour la pop culture.

The Beatles, Eight Days A Week : Bande Annonce

The Beatles, Eight Days A Week : Fiche Technique

Réalisation : Ron Howard
Musique originale : The Beatles
Sociétés de production : White Horse Pictures, Imagine Entertainment
Production : Nigel Sinclair, Scott Pascucci (White Horse), Brian Grazer et Ron Howard (Imagine) et Marc Ambrose
Producteurs délégés : Jeff Jones, Jonathan Clyde (Apple Corps), Michael Rosenberg (Imagine), Guy East, Nicholas Ferrall (White Horse), Matt White, Stuart Samuels et Bruce Higham (OVOW)
Montage : Paul Crowder
Scénarisation : Mark Monroe
Consultant au scénario : P.G. Morgan
Producteur de la trame sonore : Giles Martin

Sortie en France le 15 Septembre 2016

Cézanne et Moi, un film de Danièle Thompson : Critique

En voulant sortir des sentiers battus et s’attaquer à un double biopic d’envergure, Danièle Thompson s’entoure de deux grands comédiens pour refaire vivre sous nos yeux un duo d’artistes de légende, le peintre Paul Cézanne et le romancier Emile Zola. Mais à force de trop mettre l’accent sur leur histoire d’amitié, la réalisatrice en néglige le contexte historique et noie le propos de départ sous une écriture niaise et des effets de mise en scène lourds qui amoindrissent l’impact de son long métrage, sans ampleur ni finalité. Le résultat n’est pas à la hauteur des attentes. 

Synopsis : Médan, 1888. Chez lui, le grand romancier Emile Zola s’apprête à recevoir la visite de son vieil ami, le peintre Paul Cézanne. Mais les deux hommes, qui se connaissent depuis l’enfance, entretiennent une relation chaotique et la publication du dernier ouvrage de Zola va raviver les rancœurs entre les deux artistes, jusqu’au point de non retour. 

Sur le papier, Cézanne et Moi avait tout pour plaire : un contexte historique et artistique charnière, un double portrait sur deux légendes du patrimoine français, une histoire d’amitié fusionnelle troublée par les affres de la création et des rivalités en tous genres, des paysages magnifiques… Pourtant, en dépit de tous ces ingrédients prometteurs, Danièle Thompson passe inexplicablement à côté de son sujet et nous livre une sorte de bluette désuète aux airs de bromance contrariée, qui souffre de surcroît d’un rythme lent et ennuyeux doublé d’effets visuels étrangement lourds. Décryptage.

Un montage maladroit

Le film affiche une construction scénaristique éclatée qui se retrouve maladroitement dans un montage laborieux, où s’enchaînent succinctement des épisodes de la vie quotidienne de Cézanne et Zola sans grande importance. Il aurait été intéressant de travailler en profondeur la relation ambiguë des deux hommes, en montrant que les tensions et les jalousies qui gangrènent progressivement leurs rapports proviennent de leur différence d’évolution. Tandis que Zola, parti de rien, connaît peu à peu une ascension fulgurante et se fait une place au sein des élites culturelles, Cézanne, quant à lui, stagne et décline douloureusement, sans que ses œuvres ne soient reconnues par le grand monde. La dialectique entre réussite et échec, arc narratif riche et pertinent, aurait pu servir de fil rouge à Danièle Thompson, qui ne l’exploite pas. A la place, elle fait le choix de nous montrer l’une des dernières rencontres entre le peintre et le romancier, en 1888, dans la maison de Zola, séquence qui s’étale sur 1h53, entrecoupée d’une enfilade de « flashbacks » chronologiques censés revenir sur les moments forts de la vie de chaque artiste. Résultat ? On se retrouve face à des scènes dignes d’un film de Barratier mélangées à du Pagnol, avec de faux airs de cinéma de papa. Où sont les enjeux ? Alors qu’on pensait voir un biopic sur deux monstres sacrés, on a droit à une chronique bon enfant et plate sur une amitié gentiment houleuse, dénuée de relief.

Des comédiens qui cabotinent

Autre souci majeur de Cézanne et Moi : l’interprétation. Alors que Guillaume Canet et Guillaume Gallienne, tous deux acteurs et réalisateurs, nous ont souvent habitués à des performances justes et convaincantes, ici, ils s’adonnent à un jeu de cabotinage à grand renfort de perruques et autres postiches (faux ventre et lunettes pour l’un, chapeau large et vêtements informes pour l’autre). Déguisés de manière presque ridicule, les comédiens livrent une performance qui paradoxalement n’est pas incarnée. Simples représentations des icônes auxquelles ils prêtent leurs traits, ils ne les font pas revivre sous nos yeux mais les singent. Ils font acte de présence sans jamais établir de réelle interaction entre eux, en dépit des nombreuses scènes parfois intenses et tendues qu’ils partagent. Sans connivence ni complicité, ils lancent leurs répliques comme s’ils se donnaient en spectacle, et ne parviennent pas à trouver le ton juste. Pour preuve, certaines tirades censées être assassines nous arrachent un rire gêné ! Passée la surprise de voir Canet et Gallienne dans des rôles de composition avec transformation physique à la clé, on s’aperçoit bien vite que ces artifices ne suffisent pas à masquer l’avarie des dialogues ni la bataille d’égo qui a dû se faire sentir entre les deux Guillaume.

Un propos inexistant 

Paris, XIXème siècle. Berceau d’un renouveau artistique, capitale culturelle bouillonnante peuplée de jeunes talents, et siège d’une forte agitation politique, la ville telle qu’elle est dépeinte dans Cézanne et Moi aurait pu s’imposer comme un personnage à part entière. Zola, Cézanne et tous leurs amis forment un cercle moderne, en quête d’absolu et avides de bousculer les carcans d’une société dans laquelle ils ne se reconnaissent plus. Parmi leurs proches, on croise furtivement Manet, Monet, Renoir, Morisot, Pissaro ou encore Maupassant, mais là encore, le scénario s’avère très carencé et la présence de tous ces artistes se limite à de la figuration ponctuée de name dropping. La contextualisation est laborieuse voire inexistante et les liens intrinsèques qui existaient à l’époque entre peinture et littérature ne sont pas montrés non plus. Enfin, les thèmes abordés, comme l’amitié, la rivalité amoureuse, les ambitions vs la réalité, le temps qui passe, les non-dits et les divergences d’opinions qui sabotent insidieusement une relation sur le long terme ne sont pas suffisamment creusés : les échanges entre Cézanne et Zola sont plats, mornes et bien trop écrits pour être vivants et spontanés. C’est un film qui pose, sans mouvement.

En conclusion, Cézanne et Moi sabote ses sujets et gâche sa matière d’origine pour un rendu faible digne d’un téléfilm, avec des couleurs criardes, un style ringard, un rythme lent qui s’essouffle et un tête à tête dénué d’enjeux pour aboutir à un film qui ennuie, avec une construction dramatique dont les atouts avoisinent le néant. 

Rencontre avec la réalisatrice Danièle Thompson et Guillaume Canet

Cézanne et Moi : Bande-annonce

Cézanne et Moi : Fiche technique

Réalisation : Danièle Thompson
Scénario : Danièle Thompson
Interprétation : Guillaume Gallienne (Paul Cézanne) ; Guillaume Canet (Emile Zola) ; Alice Pol (Alexandrine Zola) ; Déborah François (Hortense Fiquet) ; Sabine Azéma (Elisabeth Aubert) ; Laurent Stocker (Ambroise Vollard)
Décors : Michèle Abbé-Vannier
Costumes : Catherine Leterrier
Photographie : Jean-Marie Dreujou
Montage : Sylvie Landra
Musique : Eric Neveux
Producteur : Albert Koski
Société de production déléguée : G Films
Coproduction : G.Films / Pathé / Orange Studio / France 2 Cinema / U Media / Alter Films
Société de distribution : Pathé Distribution / Orange Studio Distribution
Langue originale : français
Format : 2.35
Genre : Biopic, drame
Durée : 113 minutes
Date de sortie : 21 septembre 2016

France-2016

 

One of us, une série de Harry et Jack Williams : critique du pilote

One of us, une mini-série construite comme un whodunit

Synopsis: Dans un petit village écossais, deux personnes issues de deux familles différentes sont assassinées. Dans une recherche effrénée de la vérité, des secrets longtemps enfouis seront dévoilés, menaçant le quotidien des personnes impliquées de ces deux familles.

Les frères Harry et Jack Williams sont connus pour avoir créés The Missing en 2015, nommée aux Golden Globes, Baftas et Emmy pour meilleure réalisation (Tom Shankland) de mini-série. Diffusée sur France 3 en avril dernier, la série est attendue par les sériephiles pour la saison 2. Avec leur boîte de production, Two Brothers, les deux scénaristes sont passés du côté obscur en signant One of us, un drame rural aux allures de thriller familial, dont le nom sonne déjà comme un whodunnit christinien faisandé. En effet, ils ont commencé leur carrière avec la comédie et la romance (Roman’s Empire, Fried, Tripped et maintenant Fleabag) pour se tourner brillamment vers un univers de polar aux conflits familiaux bouleversants. La mini-série en 4 épisodes One of us, entièrement tournée à Edimbourg et les Highlands et attendue depuis plus d’un an, est diffusée sur BBC Scotland depuis le 23 août 2016. Nous emportera-t-elle dans ses mailles du filet? Début de réponse.

Patience et longueur de temps Font plus que force ni que rage

Morale qui conclut la fable de La Fontaine intitulée Le Lion et le Rat.

Aux confins d’une Ecosse champêtre, une des scènes liminaire, copié probablement à contre gré de Funny Games (l’original) d’Haneke, nous invite à rejoindre le pré-établi, le déjà vécu en contre balançant avec le bonheur certain d’un mariage tourné en found footage, et la violence provoquée par la mort, immobile, des deux époux. Dès à présent, les intentions sont criardes et les rouages très peu originaux. L’assassin, schizophrène pour tendre de manière malsaine vers le pathos et la gratuité de son acte inexpliqué, court toujours et finira les 4 roues en l’air chez la famille du couple défunt, un soir d’orage, comme pour ajouter une plus-value scénaristique. Mais le ridicule ajouté à l’amère impression de déjà-vu achève de nous faire rire jaune, tant l’ensemble est trop commun. Inspiré grossièrement de Mais qui a tué Harry? du maître ventripotent sans l’humour noir et les bons acteurs que sont Shirley MacLaine, John Forsythe ou Edmund Gwenn, One of us cumule des clichés qui auraient tout à fait leur place sur les planches d’un théâtre, mais qui, agglomérés sur 60 minutes, finissent par tirer sur le tendon d’Achille créant une sensation de fourmillement dans les jambes. On s’impatiente, on soupire de déception devant ces coquilles vides que sont ces pantins articulés, ces personnages soit-disant torturés par un dilemme moral, vus mille fois dans de bien meilleurs fictions britanniques. L’unique plaisir semblerait être de retrouver des têtes familières, Joe Dempsie (Skins, Game of Thrones) en mari et frère impassible, Laura Fraser (Breaking Bad) en détective « résolument savante » et Juliet Stevenson (The Hour, Accused, The Einfeld Haunting) en mère déterminée ou John Lynch (The Fall*) en père timide… Les adjectifs sont peu équivoques et les caractères superficiels, bien que le noyau familial soit crédible et sommes toutes attendrissant. Mais il s’avérerait que le quatrième épisode de conclusion soit riche en bouleversements. Armez donc vous de beaucoup de courage pour survivre 4 heures durant et de nous dire si la mini-série valait les jambes lourdes et quelques bâillements ! Les frères Williams resteront-ils maîtres en secrets de famille ?

* la série britannique à succès sera adaptée sur TF1 avec Emmanuelle Seigner et Melvil Poupaud dans les rôles de Gillian Anderson et Jaimie Dornan

One Of Us: Trailer – BBC One

Créée par Jack Williams (II), Harry Williams (2016)
Avec Steve Evets, Laura Fraser, Gary Lewis, John Lynch, Joe Dempsie, Adrian Edmondson, Georgina Campbell, Kate Dickie, Juliet Stevenson, Joanna Vanderham
Nationalité : Britannique
Genre : Drame, Thriller

FEFFS 2016 : Des tueurs, des sorcières et du gras

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Premier jour de compétition au FEFFS avec au menu des serials killers, des sorcières et un film bien répugnant.

Après avoir démarrer sur de grandes pompes avec la présentation de Swiss Army Man en ouverture, il est temps pour le FEFFS d’entrer dans le vif du sujet avec le début de la compétition. Au programme, un film crossovers, deux films en compétition internationale et bien sûr le premier des très attendus Midnight Movies.

[Compétition Crossovers] Detour

Réalisé par Christopher Smith (UK, 2016) Date de sortie inconnue.

Synopsis : Harper, jeune étudiant en droit dont la mère est dans le coma, voue une certaine haine pour son beau-père. Après avoir fait la rencontre dans un bar d’une petite frappe local du nom de Johnny et d’une stripteaseuse nommée Cherry, le voilà embarqué dans un road-trip vengeur vers Las Vegas.

Pour la première fois les films de la section Crossovers (section dédiée aux films se trouvant au croisement de plusieurs genres) se voient en compétition pour un prix. Le premier film à ouvrir la compétition est le nouveau film du réalisateur britannique Christopher Smith (réalisateur entre autres de Black Death ). Déjà présenté à l’Etrange Festival quelques jours auparavant, le film écrit au même moment que Triangle sorti en 2009 est selon les dires du réalisateur un hommage aux films noirs et aux films des années 90″ qu’on ne fait plus ».

Disons le tout de suite, le scénario de Detour n’est pas foncièrement original. On retrouve de nombreux clichés de ce genre de polar nerveux, et certains personnages sont un peu trop stéréotypés. Ce qui au contraire fait la particularité de ce Detour c’est sa construction. En effet par un usage très astucieux du split-screen, Christopher Smith va offrir plusieurs versions d’un même événement, se jouant même de la perception du temps par le spectateur. Malheureusement si le procédé s’avère très efficace au début, le film peine vers la fin et fait preuve d’une certaine fainéantise, à un tel point qu’on se demande si Smith ne mise pas tout sur son idée originale. En dehors de cela, le film est très soigné, offrant une réalisation léchée et des plans très intéressant. Tye Sheridan découvert dans Mud de Jeff Nichols trouve ici un premier rôle très convaincant avec ce personnage partagé entre la moralité de ses actions et un amour maternelle vengeur.

[Compétition internationale] I am not a serial killer

Réalisé par Billy O’Brien ( UK/Irelande, 2016) Date de sortie inconnue.

Synopsis : Une petite ville du Minnesota est la proie depuis quelques temps de meurtres sauvages. A côté de ça, John Cleaver est un jeune lycéen qui possède un attrait très particulier pour les serials killers. Obsession qui va le mettre sur le chemin du tueur en série sévissant près de chez lui.

Le réalisateur irlandais Billy O’Brien ouvre donc la compétition internationale avec cette adaptation du premier tome de la série de romans John Wayne Cleaver racontant l’histoire d’une jeune garçon luttant avec ses pulsions meurtrières. L’une des premières choses qui frappe c’est le grain de l’image, opérant une sorte de retour à la fin des années 90 ou début des années 2000. A tel point que lors de l’une des premières séquences du film où l’on voit John faire du vélo sur une musique rock, on se croirait face à un film de Gus Van Sant ou de Larry Clark. Il faut dire que Billy O’Brien a préféré tourner le film sur pellicule. La comparaison avec les films sur l’adolescence des réalisateurs cités précédemment peut encore se faire au début du film quand on est témoin de la vie du jeune John Cleaver au sein de son lycée. Entre mal-être et harcèlement, on retrouve tout les ingrédients de ce genre de film.

Mais très vite, le film va prendre une nouvelle dimension. La particularité de John Cleaver est qu’il a été diagnostiqué sociopathe et ressent divers pulsions qu’il doit réprimer. D’autant plus qu’un serial killer particulièrement violent rôde dans les alentours, ce qui va déclencher une sorte d’obsession chez John. A partir de ce moment, le film de Billy O’Brien possède un petit côté Cronenberg avec cette réflexion sur les pulsions qui anime le jeune garçon, d’autant plus que la famille de ce dernier possède une entreprise de pompes funèbres. Un côté Cronenberg qui s’accentue également avec le côté organique du tueur volant des organes à ses victimes afin de rester en vie.  A la frontière entre réalisme de par le grain de l’image et sa représentation de l’environnement dans lequel évolue John, et du fantastique avec ce tueur aux aspects surnaturels, I am not a serial killer est une œuvre singulière et soignée. Une véritable petite surprise permettant d’ailleurs à ce cher Doc Brown de revenir sur le devant de la scène dans un rôle plutôt inquiétant. Un film dont le réalisateur ne serait pas contre faire une suite, si bien sûr celui-ci marche bien.

[Compétition internationale] The Love Witch

Réalisé par Anne Biller (USA, 2016) Date de sortie inconnue.

Synopsis : Elaine est une sorcière, mais avant toute chose, Elaine cherche l’amour. Malheureusement pour elle tout les hommes qui tombent sous son charme semble mourir de façon étrange. Un détective va alors enquêter sur ces mystérieuses affaires et croiser la route d’Elaine.

Premier gros coup de cœur de la compétition, le film écrit, produit et réalisé par Anne Biller (qui a d’ailleurs également contribué à la musique, aux costumes et aux décors) est un véritable petit bonbon à l’atmosphère kitchissime. La grande particularité de The Love Witch réside dans son esthétique nous renvoyant directement dans les années 50-60, les années du technicolor et de l’émergence du cinéma bis italien avec notamment Mario Bava comme figure de proue. Couleurs vives, décor criard, et bien évidemment la mise en scène, nous donnent l’impression d’un retour dans le passé. Film délicieusement anachronique où l’on côtoie à la fois téléphone portable et style vestimentaire typiquement 60s, The Love Witch suit les aventures d’Elaine, jeune sorcière à mi-chemin entre la princesse fascinée par le prince charmant et une veuve noire croqueuse d’hommes.

Qui dit années 60, dit également mœurs très différentes. La vision de la femme est en effet peu flatteuse dans ce film, mais cela ne l’empêche pas d’avoir un aspect féministe au travers de son personnage principal cherchant à prendre l’ascendant sur le sexe opposé, et à faire de ces hommes ses objets à l’aide de philtre d’amour ou de danse suggestive. Mêlant érotisme et ésotérisme, offrant des séquences complètements hallucinées que n’aurait pas renié un Jodorowsky sous LSD, The Love Witch est un petit joyau particulièrement drôle, parfois peu subtil mais à la démarche intéressante. On regrettera cependant sa longue durée, près de 2h et un film qui peine à conclure pouvant donc faire poindre un ennui poli sur la fin. Il en restera un film très original à l’ambiance rétro bien cultivée.

[Midnight Movies] The Greasy Strangler

Réalisé par Jim Hosking (USA,2016) Date de sortie inconnue

Synopsis : Brayden vit avec son père Ronnie. Ensemble ils gagnent leur vie en offrant une visite de LA sur le thème du disco. Un jour, Brayden rencontre Janet dont il tombe amoureux, ce qui va provoquer un conflit entre père et fils. Au même moment un tueur dénommé le Greasly Strangler débarque en ville.

Les Midnight Movies font partie des films les plus attendus par les festivaliers car ils sont souvent synonyme de bonne tranche de rire. The Greasy Strangler ne sera pas en reste. Présenté comme un véritable archétype du midnight movie et transgressif à souhait, The Greasy Strangler se pose certainement comme l’un des films les plus dégoûtants de l’histoire du cinéma. Digne héritier des œuvres de John Waters et Divine dans les années 70, The Greasy Strangler est un véritable déluge de séquences très très grasses (au sens propre comme au figuré). Avalanche de pénis, de nudité frontale, de nourriture répugnantes, le film érige le mauvais goût en art, au point qu’il en devient plutôt drôle.

Nous offrant des séquences complètement absurdes (comme celle du distributeur de chips), une esthétique, une bande originale et un jeu d’acteur rappelant à certains moments les films de Quentin Dupieux, The Greasy Strangler cultive cependant le trash à outrance. Pas subtil pour un sou, le film pourra  très vite énerver certaines personnes, en dégoûter d’autres et sera certainement un long calvaire pour les personnes peu réceptives à cet humour, car les répétitions dans ce long-métrage de 1h40 sont assez nombreuses. The Greasy Strangler n’a cependant pas volé son étiquette de midnight movies et vient clôturer de façon très spéciale cette deuxième journée du FEFFS.

Les démons, un film de Philippe Lesage : Critique

Synopsis : Félix, dix ans, enfant imaginatif et sensible, termine son année scolaire dans une banlieue d’apparence paisible. Félix a peur de tout : du possible divorce de ses parents, des maniaques qui s’en prennent aux petits garçons, des voisins louches, et même du sida. Peu à peu, les démons imaginaires de l’enfant côtoient les démons d’un monde réellement inquiétant…

The devil inside

Le canadien Philippe Lesage surprend avec les Démons, son premier film de fiction montré en France. L’affiche française du film montre un jeune garçon recroquevillé sur lui-même, les yeux presque dans le vide : la menace d’un film triste et déprimant se profile aux yeux du spectateur.
Il n’en sera rien. Félix (Edouard Tremblay-Grenier, épatant), le petit protagoniste du récit, un pré-adolescent de dix ans que des indices épars situent dans les années 80 (le décor, la référence au sida), sans doute à l’époque même de l’enfance du réalisateur, Félix est un personnage à la croisée des chemins, pile dans le moment où la vie dessille les yeux des enfants pour les mettre face à la réalité des adultes.

Ouvrant sur une chorégraphie enfantine sur fond de Passion selon Saint-Mathieu de J.S. Bach, Les Démons présente Félix parmi ses petits camarades, comme perdu, hors de l’espace, hors du temps, semblant à la fois peu concerné par ce qui l’entoure, et pourtant en permanence aux aguets : quand il dort chez Mathieu, son meilleur copain, la visite très tardive de Marc, son propre père (Laurent Lucas), seul, à la mère de Matthieu, seule, le tient éveillé et inquiet toute la nuit. Les rires, le vin, et la nudité de la jeune femme dont il a été le témoin le matin même en arrivant chez Mathieu, le laissent perplexe. Et voir ces deux personnes faire comme si de rien n’était le lendemain, à l’anniversaire de son grand frère François (Vassili Schneider, le frère prometteur de Niels), conforte ses craintes filiales. Ses terreurs sont par la suite confirmées par une dispute conjugale, mémorable aussi bien pour les trois enfants du couple, Félix et ses grands frère et sœur, que pour le spectateur, saisi par la violence de la séquence : le passé de documentariste de Philippe Lesage est sans doute pour beaucoup dans l’élaboration de cette impressionnante et terrible séquence plus vraie que nature…

Mais souvent, le réalisateur des Démons se contente de scènes en apparence beaucoup plus ordinaires, notamment ces scènes aquatiques à la piscine municipale de cette banlieue de Montréal, lieu porteur d’émois juvéniles s’il en est. Avec son chef opérateur, Nicolas Canniccioni, Philippe Lesage réussit ce défi intéressant qui consiste à adopter le point de vue de Félix, son regard sur le monde des adultes, en même temps qu’il nous le donne à voir, avec de très longs et lents travellings avant au fil de l’eau et sous un soleil écrasant, qui viennent se focaliser sur le jeune garçon, accompagnant ainsi le regard du spectateur qui s’était déjà mis à scruter l’image à sa recherche. Un vrai beau geste de cinéma, qui peut toutefois dérouter par moments quand il se termine un peu abruptement, sans véritable chute. Des scènes assez froides qui montrent qu’à l’image d’un disque dur, le jeune garçon emmagasine des tranches de vie comme des data qui vont le façonner, couche après couche. C’est ainsi que le cinéaste va saisir joliment les peurs nocturnes de Félix, après le visionnage d’un film d’horreur, ou encore après les récits de François et de ses amis, relatifs à un kidnappeur violeur meurtrier qui s’en prendrait aux enfants de son âge. C’est ainsi également qu’il va le filmer en gros plans de plus en plus rapprochés, dans sa touchante sidération lorsqu’il se trouve à proximité de sa prof de gym Rebecca (Victoria Diamond) dont il est éperdument amoureux…

En arrière-plan de ces apprentissages plus ou moins douloureux, le cinéaste déroule un drame plutôt éprouvant sur fond de pédophilie qui va occuper largement la deuxième partie du film, sans qu’il ne perde le jeune Félix de vue. La victime est un enfant, le bourreau est à peine plus vieux, et le dispositif s’insère dans un schéma global qui montre que les enfants, grands et moins grands, ont leurs propres démons intérieurs (Félix y compris d’ailleurs, quand il se surprend à enfermer un petit camarade dans une cabine du vestiaire de la piscine). Ces démonstrations ne sont pas simplistes : dans le cadre de l’omniprésence des enfants à l’image, de leur proche côtoiement d’un monde perverti sans qu’ils n’aient vraiment conscience des dangers, sans qu’ils ne se départissent de leur innocence enfantine et joyeuse, elles rendent les intentions du réalisateur limpides et percutantes.

Les Démons est une fable presque onirique réussie, aucunement misérabiliste. Malgré une habile mise en scène qui lui donne par moments le relief d’un enfant « différent », mystérieux,  Félix est un enfant tout ce qu’il y a de plus ordinaire, entouré d’une famille aimante (il faut voir la fratrie se déhancher en chœur sur le Pata Pata de Miriam Makeba) ;  la force de la démonstration de Philippe Lesage réside dans cette perpétuelle cohabitation entre un monde d’apparence normale (l’hypocrisie sociale des adultes, la naïveté apparente des enfants, l’inoffensivité supposée des uns et des autres) et le tumulte d’un monde caché dans les caves des maisons et les citernes abandonnées, ou encore et surtout dans la tête et le cœur des enfants, des adultes en devenir.

Les Démons : Bande annonce

Les Démons : Fiche technique

Réalisateur : Philippe Lesage
Scénario : Philippe Lesage
Interprétation : Édouard Tremblay-Grenier (Félix), Pier-Luc Funk (Ben),Vassili Schneider (François), Sarah Mottet (Emmanuelle), Laurent Lucas (Marc), Pascale Bussières (Claire), Victoria Diamond (Rébecca), Yannick Gobeil-Dugas (Mathieu), Alfred Poirier (Alexandre), Mathis Thomas(Patrick)…
Photographie : Nicolas Canniccioni
Montage : Mathieu Bouchard-Malo
Producteurs : Philippe Lesage, Galilé Marion-Gauvin
Maison de production : Les films de l’Autre
Distribution (France) : Paname Distribution
Récompenses : New director’s Prize pour Philippe Lesage au Festival International de San Francisco
Durée : 118 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 14 Septembre 2016
Canada – 2015

Étrange Festival : La dernière ligne droite

Alors que la clôture du festival, et le palmarès qui va avec, approchent à grands pas, la compétition nous a dévoilé deux de ses films les plus prometteurs, tandis que la sélection Nouveaux Talents nous a proposé l’avant-première du film d’horreur le plus attendu de cette fin d’année: 

La vengeresse, The Tenants Downstairs et Blair Witch

Que l’on adhère ou pas à son trait si particulier, il est impossible de nier la place importante de Bill Plympton dans l’industrie de l’animation, puisqu’il tient lieu depuis des années de référence à tous ceux qui désirent faire des dessins animés un tant soit peu borderline, voire subversifs. Il semblait même jusque-là que personne n’ait osé copier son style, mais c’est en la personne de Jim Lujan que Plympton a lui-même trouvé son digne héritier. Auteur du scénario, du design des personnages mais aussi de leur voix (ce qui a souvent manqué à Plympton), Lujan a reçu l’aide de son modèle pour signer l’animation. Le résultat de cette collaboration est des plus probantes car La Vengeresse est probablement le film le plus cinglant de l’artiste à l’égard de son pays: Bikers surarmés, fanatiques religieux, politicards corrompus, trafiquants de drogue, chasseurs de prime, rednecks alcooliques, manipulation médiatique… il semble que tout soit là pour faire de cette farce grotesque une peinture au vitriol de l’Amérique d’aujourd’hui. Sur un scénario mêlant thriller et road-movie, digne des plus belles heures des frères Coen, l’humour carnassier et déluré de ce cartoon hors normes fait mouche à tous les coups.

Après avoir fait son trou dans la musique, Adam Tsuei se lance dans le cinéma avec son premier long métrage, The Tenants Downstairs. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a surpris pas mal de monde. Très influencé par le cinéma de David Fincher, il brosse un portrait peu flatteur mais très juste de la nature humaine, enfermant ses personnages, tous d’apparence banale, pour les pousser dans leurs retranchements et montrer ce dont l’Homme est vraiment capable. Parfois burlesque mais souvent traumatisant, le film devient malaisant par son approche très second degré de l’horreur absolu, nous poussant à rire jaune et à vraiment faire ressentir au spectateur tout l’abject des pulsions humaines. Le film évoque dans ses moments les plus gores et angoissants Audition de Takashi Miike, mais arrive souvent à dépasser ses références pour faire quelque chose d’assez original. Sa mise en scène peut se targuer d’être dynamique et très rythmée grâce à un montage habile qui évoque parfois une chorégraphie. Mais The Tenants Downstairs, malgré sa réussite, n’échappe pas à quelques défauts. Comme par exemple la narration beaucoup trop didactique et qui appuie bien trop le propos de l’oeuvre, où encore un twist final qui sort de nulle part, qui est mal amené et qui en plus n’était pas nécessaire. Le film ratant malheureusement sa dernière note.

En 1999, Le Projet Blair Witch révolutionnait le genre horrifique en relançant la mode du found-footage : des tournages rentables et des films symptomatiques de l’ère numérique où chacun se promène constamment avec une caméra dans la poche. Depuis, le processus a connu le meilleur comme le pire. Et même de plus en plus souvent le pire. Alors que l’on sait tous que le système n’a plus rien à offrir, les décideurs de la Lionsgate ont toutefois voulu relancer la machine à fric avec une suite, sobrement intitulé Blair Witch (qui fait d’ailleurs l’impasse sur Blair Witch 2 réalisé en 2000), et en faisant appel à un artisan de l’épouvante, Adam Wingard. Malgré son talent pour jouer du pouvoir de suggestion du hors-champ, il semble ne jamais réussir à s’affranchir du lourd cahier des charges qui fait de cette suite une simple redite du premier film. Impossible alors de ne ressentir comme une impression de déjà-vu devant ses hurlements nocturnes en forêt.

The Walking Dead Saison 7 vu par Andrew Lincoln & Robert Kirkman…

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En attendant le 23 octobre et le verdict de TWD, retour sur les confessions d’Andrew Lincoln et Robert Kirkman :

Alors que la date de TWD saison 7 approche et qu’on attend tous de connaître le sort de nos héros, les plus concernés nous mettent l’eau à la bouche avec des révélations troublantes. Il y a trois jours, Andrew Lincoln (Rick) nous vendait un premier épisode « hystérique, avec beaucoup de rigolades ». Attendez… On parle bien de The Walking Dead  là ?

A priori, on peut déjà compter sur le sourire sadique et l’humour grinçant dont Negan nous a gratifié lors du final de la saison 6 mais de là à s’étouffer de rire… Lincoln ajoutait quand même que l’émotion était sous-jacente : « Quelqu’un va perdre son boulot dans l’histoire (…) après tout, nous sommes une famille ». L’acteur a conclu sur ces bonnes paroles : « Il faut s’attendre à quelque chose de plus grand. (…) C’est juste la continuité d’une histoire encore plus énorme ! »

Hier, Robert Kirkman faisait échos aux affirmations d’Andrew Lincoln en nous vantant les mérites d’une saison grandiose. Kirkman a déclaré dans son interview à Entertainment Weekly que la saison tenait en un mot :

« Le mot est : épique ! Le show est en pleine expansion. Nous introduisons le Royaume comme nous l’avons déjà fait avec Hilltop. Nous allons en savoir plus au sujet des Sauveurs et du Sanctuaire dans lequel ils vivent et, plus encore à propos de Negan, de sa vie quotidienne et ses habitudes, ce qui est extrêmement intéressant. Nous découvrirons qu’il y a beaucoup de civilisations là-bas. Il y a des petits groupes ici et là qui ont su prospérer et ça va être relativement palpitant d’apprendre comment ils ont survécu alors que beaucoup d’entre eux ont évolué d’une manière très différente de celle Rick et son groupe. (…) Certains d’entre eux se sont développés comme le groupe de Negan, d’autres évoluent comme celui d’Ezekiel, et d’autres encore comme le groupe de Gregory au Hilltop. Les différences entre ces groupes et leurs modes de vie, c’est ce qui va rendre cette saison excitante à découvrir. (…) La réalité des choses est en train de changer. Ce n’est pas juste une mort mais un changement fondamental sur leur perception du monde et ceci va tout remettre en question. »

Si nous ne savons jamais sur quel pied danser avec cette série, c’est parce que Robert Kirkman fait vraiment bien les choses. Le créateur de The Walking Dead admet franchement qu’il tient « absolument à ce que les fans vivent une expérience différente selon qu’ils lisent le comic ou visionnent la série. » Pari réussi puisque le doute subsiste quant à l’identité de la victime de Lucille – bien que nombre de sites suggèrent qu’il s’agit de Glenn (Encore lui !!!) pendant que d’autres diffusent des photos du tournage de la saison 7…

Nous, en vrai fans, on ne vous dira rien !

La semaine dernière, la FOX diffusait un second trailer qui faisait suite à la promo rendue publique lors du Comic Con. On y découvrait de nouveaux personnages, le roi Ezekiel, la tigresse Shiva (pour info, la bêbête est faite entièrement en images de synthèse)… Evidemment, la vidéo n’en dit pas davantage au sujet des survivants et se concentre sur les membres de la Hilltop Colony et sur un Negan Tout-Puissant qui déclare en fin de film-annonce : « I am everywhere ! «  (Je suis partout). Une belle promesse de terreur qui justifie ces derniers propos de Robert Kirkman :

« Tout cela va introduire un nouveau niveau de frayeur pour les personnages (…). Cette peur va les affecter de plusieurs façons mais ça va aussi les séparer et les projeter dans des directions opposées. Il y aura donc beaucoup de divisions à l’intérieur du groupe et de nombreux conflits. »

 

Terminator 2 : Le film culte de James Cameron de retour dans une version 3D en 2017 dans les salles obscures

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Terminator 2 : I’ll be back… in 3D !

Le film culte de James Cameron, Terminator 2 : Le Jugement Dernier, qui a marqué des générations entières de cinéphiles grâce à des effets spéciaux à couper le souffle et des séquences inoubliables (la poursuite avec le camion, l’opération du bras ou bien encore la scène de l’hélicoptère) va ressortir au cinéma l’année prochaine dans une toute nouvelle copie. Les spectateurs devront se munir de leurs paires de lunettes 3D pour revivre les aventures de John et Sarah Connor face aux plans terrifiants d’extermination de la race humaine par l’intelligence artificielle Skynet, censée protéger la population en cas d’attaque nucléaire.

Terminator 2 fête ses 25 ans en 2016. Le film était sorti sur nos écrans le 16 Octobre 1991 en France. Ce long-métrage avait mis la barre très haute et redéfinit les codes du cinéma d’action. Terminator 2 reste encore aujourd’hui presque indépassable. Les nombreuses suites n’ont d’ailleurs pas été à la hauteur des qualités des deux premiers films de la sagaTerminator 2 : Le Jugement Dernier a engrangé  à l’époque près de 205 millions de dollars de recette aux USA et plus de 6 millions d’entrées en France.

Terminator 2 a fait entrer Arnold Schwarzenegger au panthéon d’Hollywood avec ce personnage du T-800 au grand cœur après sa partition inoubliable du robot exterminateur glaçant dans le premier film de la saga (les scènes au Tech Noir,  chez l’armurier et ses rencontres avec les femmes portant le même nom que Sarah Connor).

Les autres acteurs du film ont laissé une empreinte quasi-indélébile aux spectateurs : Robert Patrick (l’effroyable T-1000), Linda Hamilton (Sarah Connor) et Edward Furlong (John Connor adolescent).

James Cameron a annoncé que le film allait ressortir pour une exploitation en salles, dans une version 3D, en relief, en 2017. 

Cette nouvelle, communiquée à la fin du mois d’août, de la ressortie du long-métrage dans un nouveau format, va enchanter les fans purs et durs de la saga alors que d’autres considéreront que Cameron se repose sur ses lauriers, avant de s’atteler à la lourde tâche du tournage des suites tant attendues d’Avatar, avec cette vile exploitation commerciale de Terminator 2.

« 29 Août 1997 : le jour où Skynet a été mis en route.

29 Août 2016 : Le jour où vous avez vu le nouveau poster de Terminator II 3D pour la première fois. Arrivée au cinéma en 2017. »

En cas de succès, cette reprise du film d’action en 3D pourrait permettre de financer habilement le lourd chantier du marathon de la saga Avatar que James Cameron s’apprête à tourner.

La date exacte de la nouvelle sortie de Terminator 2 n’a pas encore été communiquée. La liste complète des pays concernés est encore inconnue également.

Les scènes d’action et de poursuites avec le T-1000 risquent de donner des sueurs froides aux spectateurs avec cette nouvelle copie 3D et cette sensation du relief.

James Cameron avait popularisé le retour de la 3D au cinéma déjà avec Avatar en 2009, l’un des plus gros succès au box-office de tous les temps, et le retour du port de lunettes pour les spectateurs dans les salles obscures. Le réalisateur d’Aliens, le retour a également déjà adapté cette méthode en relief pour l’un de ses films déjà sortis avec Titanic, à l’occasion des 100 ans du naufrage. Cette nouvelle exploitation avait permis de récolter à travers le monde un milliard de dollars de recettes supplémentaires.

Le réalisateur Canadien semble partir à la chasse aux records avec de nouvelles entrées faramineuses en perspective avec cette version inédite et ce lifting 3D de Terminator 2 : Le Jugement Dernier qui risque d’être proposé dans de nombreux pays à travers le monde.

Pour cette conversion 3D, James Cameron et Studiocanal se sont engagés aux côtés de DMG Entertainment, une société chinoise. Avec cette collaboration, James Cameron souhaite donc conquérir le marché chinois. Terminator 2 n’était pas sorti en Chine à l’époque, en 1991. Le tout dernier épisode de la saga, Terminator Genisys, a très bien fonctionné en Asie et a même permis au film de rentrer dans ses frais et d’atteindre les objectifs prévus.

Cette ressortie rappellera à de nombreux fans l’excellente attraction, réalisée également en 3D pour les besoins d’un parc à thèmes dans les années 1990, qui mettait en scène le T-800, le T-1000 et John Connor dans le futur.

Laissons les derniers mots au maître en personne, James Cameron :

« Si vous ne l’avez jamais vu, ce sera la version à ne pas rater et dont vous vous rappellerez. »

 

Terminator 2 3D – Battle Across Time (VO) – attraction du parc Universal Studios :

https://www.youtube.com/watch?v=wM0EZTwE9fM

 

 

 

Ash vs Evil Dead Saison 2 : Ash et sa bande de retour en France pour chasser les démons dès le 03 Octobre sur OCS

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Ash vs Evil Dead Saison 2 : OCS à l’heure américaine.

Après une première saison réussie, avec le retour de Bruce Campbell et Sam Raimi sur un projet de série horrifique et comique aussi ambitieux, la deuxième salve d’épisodes débarque très bientôt. Les téléspectateurs français pourront retrouver très prochainement la suite des aventures de Ash Williams et sa bande de chasseurs de créatures diaboliques sur les antennes de la chaîne OCS Choc.

Les démons peuvent trembler ! Ash sera de retour dès le Lundi 03 Octobre 2016 sur la chaîne OCS Choc, en prime time, pour la diffusion de la saison 2 de la série Ash vs Evil Dead. Ces nouveaux épisodes seront programmés en France seulement 24 heures après leur diffusion aux USA sur Starz ! Une excellente nouvelle et une très belle initiative à saluer de la part de la chaîne française câblée OCS.

Comme nous vous l’annoncions il y a quelques mois, le pilote de la série devrait nous permettre de retrouver Ash qui se la coule douce et passe du bon temps auprès des siens à Jacksonville, en,Floride, après avoir envoyé en Enfer de nombreux démons lors de la saison 1. De nouveaux personnages, tous issus de l’entourage de Ash, feront leur apparition dans ces nouveaux épisodes: son père (incarné par Lee Majors), son ex-petite amie (interprété par la comédienne Michelle Hurd) et son ami d’enfance (rôle occupé par le propre frère de Sam Raimi, Ted Raimi) ! Mais Ash va vite devoir quitter ce paradis, le soleil et les petites pépées de la Floride pour retourner sur ses terres natales, à Elk Grove, dans le Michigan, avec ses acolytes. Une menace terrible plane en effet sur ses proches !

La saison 2 de Ash vs Evil Dead comporte 10 épisodes de 30 minutes environ. Seul l’épisode pilote devrait être un peu plus long que le reste de la série. Sam Raimi, Rob Tapert, Bruce Campbell et Ivan Raimi sont les producteurs délégués de ce programme aux côtés de Aaron Lam et Moira Grant.

D’après les premières images diffusées par les équipes de production et avec les  différentes bandes-annonces mises en ligne, cette nouvelle saison semble être à la hauteur de la première. Les évolutions du scénario promettent de belles surprises aux fans de la saga Evil Dead. La mythologie et l’histoire du personnage de Ash Williams (incarné à merveille par Bruce Campbell sur l’ensemble des films) risque de passionner les fans et d’être assez croustillante et bourrée d’humour avec tous les fantômes du passé qui risquent de resurgir suite à ses retrouvailles familiales, sentimentales et amicales dans le Michigan. Reste à savoir si les amateurs du genre seront un peu moins irrités par les effets spéciaux numériques et la durée assez brève des épisodes (25 à 30 minutes)  par rapport au format moyen des séries US (45 à 50 minutes). La concision est un gage de qualité et devrait garantir une densité incroyable, des rebondissements démoniaques et des affrontements gores et cartoonesques bien punchy !

Rendez-vous donc le Lundi 03 Octobre 2016 et jusqu’au début du mois de décembre à 20h40 pour découvrir en exclusivité sur OCS Choc la saison 2 de Ash Vs Evil Dead. Les épisodes seront disponibles à la demande également pour les abonnés au bouquet OCS.

Les coffrets DVD et Blu-Ray de l’intégrale de la saison 1 de la série Ash vs Evil Dead arriveront dans les bacs en France dès le 07 Décembre ! Une belle idée cadeau à mettre sous le sapin pour les Fêtes de Noël !

https://www.ocs.fr/serie/ash_vs_evil_dead

Ash vs  Evil Dead : Saison 2 – bande-annonce (VO) : Ames sensibles s’abstenir – Attention risque de spoils

 

FEFFS 2016 : Swiss Army Man en ouverture : Trois Daniel pour le prix d’un

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Pour ouvrir sa 9ème édition, le Festival européen du film fantastique de Strasbourg nous offre un véritable OVNI cinématographique.

Rendez-vous incontournable pour tout cinéphile, le Festival européen du film fantastique de Strasbourg ou plus simplement FEFFS, fait son grand retour avec une programmation pour le moins alléchante. Pour sa cérémonie d’ouverture, Daniel Cohen le directeur artistique du FEFFS a décidé de frapper très fort d’entrée en nous offrant la petite pépite qui avait déjà fait un sacré effet lors de sa présentation à Sundance : Swiss Army Man.

[Film d’ouverture] Swiss Army Man 

Réalisé par Daniel Kwan et Daniel Scheinert (USA, 2016) Date de sortie française inconnue.

Synopsis : Hank Thompson, naufragé au bord du suicide, voit sa vie basculer quand il tombe sur Manny, un cadavre pétomane cachant plus d’un tour dans son sac. C’est le début pour les deux « hommes » d’une véritable aventure humaine en pleine nature.

Si le film des Daniels, comme ils sont présentés lors du générique, a fait sensation, c’est bien évidemment à cause de son idée complètement surréaliste. Il faut dire que la première séquence donne directement le ton. Hank Thompson, jeune naufragé complètement désespéré s’apprête à en finir avec sa vie, quand soudain il voit apparaître sur la plage un cadavre. Il remarque alors très vite que le cadavre a la fâcheuse tendance à émettre des gaz. Après plus amples observations, le voilà en train de chevaucher le cadavre qui se déplace à la façon d’un jet-ski sous l’effet de ses flatulences.  Le film des Daniels va cultiver tout du long un certain humour potache, beaucoup de blagues scatophiles seront donc au rendez-vous, mais dans une ambiance légère qui ne va pas se traduire par une certaine lourdeur qui découle souvent de ce genre de blagues ( il faut dire que le problème « pétomane » sera vite réglé, cela évitant de nous infliger des bruits de fonds pendant toute la durée du long-métrage). En plus de sa fonction jet-ski, Hank va découvrir que Manny le cadavre lui offre plein d’autres avantages dans son long périple pour retrouver sa maison. En effet comme le titre du film l’indique, Manny est un véritable homme couteau-suisse qui va servir tour à tour de fontaine à eau, de fusil, ou encore d’allumette. La création est certainement le maître-mot de la mise en scène des Daniels. De part son personnage de Hank arrivant à l’aide de son cadavre à tout faire a recrée des véritables séquences de la vie quotidienne, mais également de part l’utilisation de l’environnement par les deux cinéastes pour nous offrir un film au champ de possibilités quasi-illimitées. 

Cependant Swiss Army Man est bien plus qu’une simple comédie potache au pitch WTF et à l’aspect créatif démesuré. Il s’agit également d’une très belle aventure humaine, et traitant d’un thème cher au film de naufragés, la solitude. Car Hank, même avant sa mésaventure, était un jeune homme très seul, et sa rencontre avec Manny va le bouleverser sur le point émotionnel. L’une des idées particulièrement géniales du film est sa façon de « rendre la vie » au cadavre.  Après avoir découvert que celui-ci pouvait parler, Hank va lui offrir une sorte d’initiation à la vie et surtout à l’amour, permettant même à Hank de revivre certains moments de sa propre vie par procuration au travers de Manny. Le film devient alors particulièrement touchant et offre une magnifique complicité entre les deux protagonistes, flirtant avec la bromance. Les deux acteurs sont très bons, la performance très sincère de Paul Dano s’allie à la perfection avec la prestation surréelle de Daniel Radcliffe.

Il est à première vue difficile de trouver de réel défaut à ce petit OVNI. On peut regretter certains gimmicks de mise en scène typique des films indépendants américains au niveau des ralentis ou de l’utilisation de la musique. Globalement, le premier film des Daniels est une franche réussite, offrant un bol d’air frais et ne se résumant pas à son idée folle. Le film s’avère être au final une sorte de conte moderne sur le mal-être et la solitude, rempli d’humour et très juste dans sa démarche.

Swiss Army Man

Un film de Daniel Kwan et Daniel Scheinert
Avec Daniel Radcliffe, Mary Elizabeth Winstead, Paul Dano
Distribution : /
Durée : 97 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : indéterminée

USA – 2016

A l’Étrange Festival, rencontre avec Stéphane Blanquet

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Parce que l’Étrange Festival est aussi un lieu pour faire de belles rencontres, nous y avons rencontrer Stéphane Blanquet. L’équipe du Festival a accordé à cet artistique protéiforme une carte blanche, une occasion pour nous de discuter cinéma.

Alors Stéphane, commençons par la raison de ta présence ici : ta carte blanche. Parle-nous un peu de ta sélection.

C’est une sélection qui est assez ouverte, puisqu’il y a d’abord Keiichi Tanaami qui fait des court-métrages d’animation depuis un bout de temps et que j’édite à présent. Il a fait du cinéma assez psychédélique avec toutes formes d’animation, dans l’esprit des années 70, donc avec sûrement pas mal de retours d’acide. C’était quelqu’un que je tenais à présenter parce qu’on connait ses images mais très peu ses films.
Après, il y a L’Ange (1), qui est un film qui me suit beaucoup, parce qu’il est expérimental mais dans quelque chose de plus minimaliste, plus proche de la musique concrète, avec un vrai rapprochement entre la musique et les images. C’est une autre atmosphère beaucoup lointaine où l’on ne sait pas bien ce qui se passe, c’est un peu flou comme ambiance et ça me plait assez puisque ça me rappelle les travaux de photographie qu’il a fait, et comme moi aussi je suis assez nébuleux ça me parle beaucoup. Et puis il y a des trouvailles visuelles qui me font penser à des gravures avec par dessus des prismes de lumières.
Ensuite, il y a TG: Psychic Rallye in Heaven (2) qui est un travail de film expérimental en Super-8 qui m’intéresse et que je tenais à montrer ne serait-ce que pour le grain du film. Je l’ai choisi pour ses recherches visuelles et de patine, proches de la peinture, sur la pellicule qui se rapprochent du polaroid un peu brûlé.
Et enfin, il y a Le Baron de Crac (3) que je voulais aussi montrer parce que c’est un peu comme Le Baron de Münchhausen de Terry Gilliam que j’aime beaucoup, mais finalement avec beaucoup plus de trouvailles et, je pense, d’inventivité. Je trouve qu’il y a une vraie magie qui est faite avec peu de choses et beaucoup d’astuces, un peu à la Méliès, des trouvailles optiques et des artifices pour créer des effets visuels. J’aime être inspiré par les choses comme ça parce que ça se rapproche plus du théâtre et de la magie justement et je trouve que, même si ça fait carton-pâte, il y a dans tous ces effets une vraie richesse pour peu de moyens.

Tous ces films sont finalement assez proches de ton propre univers visuel, d’une certaine manière tu as voulu montrer certaines de tes sources d’inspiration.

C’est assez proche oui, mais c’est inconscient tout ça. On ne peut pas savoir à moins d’être très marqué. Moi, c’est plutôt des atmosphères ou un plan… j’ai voulu montrer des choses qui m’inspirent sous une grande palette.

Dans le cinéma, qu’est ce que tu as d’autre comme inspiration qui te viendrais à l’esprit?

David Lynch évidemment (4)! Il y en a beaucoup après, comme Chris Marker (5) dans un autre genre. C’est très difficile comme ça… il y a évidemment les films de Russ Meyer (6) qui m’inspirent. J’aime assez les gens qui essaient de trouver leur propre patine, leur propre trait dans les images et même dans la façon de raconter une histoire.

J’ai lu que tu avais été marqué par L’Étrange Créature du lac noir (7).

Ça m’a marqué parce que je m’aperçoit qu’il y a une espèce de sensibilité que je n’avais pas trouvé avant… mais il faut dire que je l’ai vu très jeune. Il y a une espèce de sensualité, par exemple quand il nage, et finalement la créature je la dessine assez souvent, sous différentes formes. Elle est vraiment assez présente, ça m’a vraiment marqué dans l’esthétisme du monstre.

Et dans tes propres travaux, les films d’animation que tu as réalisé, vers quelles formes narratives et cinématographiques est-ce qu’ils tendent exactement ?

Je pense que ça se rapproche de petits sketchs. J’ai fait que des petits courts-métrages finalement, du coup je ne les voyais comme des films mais plutôt des objets comme des « images Malabar », parce qu’ils faisaient toujours environ une minute. J’ai aimé que ça ait pu être très impulsif. Il n’y avait vraiment de recherches du point de vue cinématographique mais plutôt de l’instant, qu’il soit ce qu’il est.

C’était aussi une volonté de donner vie à tes dessins, non? 

Ah oui, et c’est tombé vraiment par hasard en fait. J’ai un fait un film qui m’a donné envie d’en faire d’autres, et ainsi de suite. En fait, faire du cinéma en papier découpé fait qu’on n’est pas trahi par son dessin parce que c’est vraiment mon dessin qui est découpé et animé. C’est pas comme dans un dessin animé classique, où mon dessin serait animé, là c’est vraiment du pantin. C’était vraiment l’envie de voir le mouvement, c’est ce qui à la base du cinéma et du coup c’est ce qui m’a vraiment fasciné : Faire des tout petits dessins animés sans prétention et voir qu’on pouvait être ému et faire passer des petites histoires courtes… ou plus longues parce qu’après j’ai attaquer d’autres films qui font jusqu’à 10 minutes. C’est vraiment l’idée du mouvement qui me parait fabuleux à coté du coté du dessin.

Une Histoire Muette, un des épisodes de la série des courts-métrage d’1 minute de Stéphane Blanquet :

Et justement, il y aussi un travail statique que tu fais quand tu travailles sur les décors, ce que tu fais pour des scènes de théâtre mais aussi pour des films. 

Ça, c’est vraiment un travail intéressant parce qu’il y a toute la mise en espace qui est complètement différente par rapport à du dessin « plat » et on travaille avec des comédiens, du coup les gens peuvent se retrouver dans une échelle. C’est assez passionnant de voir la confrontation entre un humain et son décor qui va être disproportionné. C’est pour que ça rejoint un peu Le Baron de Crac  où les décors étaient peints ou ressemblaient à des gravures et où les personnages évoluaient dans ces sets. Par exemple, pour la pièce Richard III, j’ai fait un grand décor et c’était amusant d’y voir les personnages y évoluer parce qu’il y avait un côté carton-pâte volontaire. Pour que ça marche, il faut aussi beaucoup travailler le costume pour que tout ça se réponde, sinon l’acteur devient plat, et mon décor aussi.

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Et dans tes travaux plastiques, vers quelles performances tu désires encore te diriger? La dernière interview que j’ai lu de toi, tu te mettais à la tapisserie…

Je continue toujours, c’est quelque chose qui prend de plus en plus de temps et d’importance dans mon travail parce que j’ai la chance de travailler sur une grande série, ce sera 40 tapisseries de 2 mètres chacune. Mais ce qui me ferai plaisir ce serait de continuer à faire des films. Là, je prépare un projet de court-métrage plus expérimental et pornographique. Ça ressemblerait aux installations que j’ai pu faire, avec des jeux de miroirs, des choses comme ça. Ce sera une coréalisation avec Jessica Rispal, un travail uniquement visuel et, je l’espère, le plus troublant possible.

Puisque l’organique a toujours été au cœur de ton travail, c’est finalement logique que tu recherches de l’animation. Jusqu’où es-tu prêt à aller dans cette direction?

Ça devient difficile: il faudrait que je fasse des installations avec de la vraie chair mais c’est compliqué. Et les tatouages c’est quelque chose qui me parle de moins en moins parce que je trouve qu’il y a quelque chose de la décoration, et justement j’essaie de m’éloigner de la beauté de la décoration. A la limite, je préfère les cicatrices brutes! C’est difficile ce sujet de la chair… Ça me rapprocherait d’auteurs comme Cronenberg qui cherchent quelque chose de plus palpable. C’est aussi ce que je recherche dans ce film pornographique parce que je travaille directement avec le corps et des choses qui se mélangent. On aboutit sur vraiment quelque chose de complexe sans être de la décoration, sans oublier lainterview-stephane-blanquet-dessin-2 partie organique justement. Il faudrait trouver de nouvelles façons de filmer les corps et pour ça j’essaie de tirer profit de mes propres facilités, parce que c’est sûr que mes dessins peuvent faire penser à ce qu’on voit parfois en tatouage mais j’essaie de m’en éloigner. Je veux que ça reste facile d’accès mais trop dur pour le porter sur la peau, c’est surtout ça.

Et pour en revenir au cinéma, il y a-t-il des œuvres qui, récemment, t’aient marqué, que ce soit par leur audace ou au contraire par leur mauvais goût?

Je n’ai plus trop le temps d’aller aussi souvent que j’aimerai au cinéma mais ça fait longtemps que je n’ai pas été retourné par le mauvais goût, c’est même très rare quand ça arrive. Quand on s’intéresse à des artistes comme John Waters par exemple, qui est allé très loin, je trouve que ça devient, pour moi, très populaire, c’est-à-dire que mes yeux ont changé. Même ces vieux films (8), je les trouve maintenant plus accessibles. Je ne vois plus de films qui me dérange.

Et j’imagine que le cinéma mainstream, ce n’est pas quelque chose qui t’attire, que tu préfères l’expérimental, ce qui est plus rare.

Le côté mainstream me plait aussi parfois parce que j’aime assez le divertissement. Ça dépend vraiment parce que je ne me fixe pas de barrière, et puis je n’ai pas l’habitude de parler de cinéma. Je regarde les films comme ça, surtout en ce moment où je me suis investi à fond dans mes travaux, plus encore que d’habitude.

Et enfin, pour donner rendez-vous aux lecteurs, ta prochaine exposition, c’est pour quand?

Là, comme je travaille essentiellement sur mes tapisseries, j’en ai encore pour quelques mois, et j’ai un projet en Allemagne qui sera à la mi-2017.

Le mélange des couleurs, un autre court-métrage de Stéphane Blanquet :

 

(1) de Patrick Bukanowski, réalisé entre 1976 et 1982

(2) un court-métrage de Derek Jarman réalisé en 1981

(3) de Karel Zeiman, réalisé en 1962

(4) me dit-il en pointant mon T-shirt Elephant Man

(5) La Jetée, Le joli Mai

(6) Faster, Pussycat ! Kill ! Kill !, Mega Vixen

(7) de Jack Arnold, réalisé en 1959

(8)   Mondo Trasho, Pink Flamingos