Mission Pays Basque, une comédie qui, sous ses airs de choc des cultures, cache en réalité une intrigue romantico-policière des plus convenues, et apparaît par conséquent bien plus anodine (et oubliable) qu’elle n’y paraît !
Synopsis : Sibylle, jeune Parisienne aux dents longues, entend briller dans ses nouvelles fonctions professionnelles en rachetant une quincaillerie au Pays Basque afin d’y implanter un supermarché. Elle s’imagine avoir «roulé» le vieux propriétaire mais ce dernier est sous curatelle. Sibylle doit donc faire affaire avec Ramon, le neveu, pour récupérer son argent et signer au plus vite. Sinon, c’est le siège éjectable assuré. Elle va rapidement s’apercevoir que les basques n’ont pas l’intention de se laisser faire par une parisienne, si jolie soit-elle.
« Je suis ni français ni espagnol ! Je suis basque ! »
L’Ascension, le premier long métrage de Ludovic Bernard, était une bonne surprise. Sorti au début de cette année, ce périple d’un banlieusard vers le sommet de l’Everest, véritable quête du dépassement de soi, touchait par sa sincérité et ses bons sentiments, sans tomber dans la niaiserie. Malheureusement, le réalisateur ne transformera pas l’essai avec Mission Pays Basque, son deuxième long métrage, sorti de façon très discrète quelques mois après.
Et pourtant, tous les ingrédients étaient réunis pour en faire un film populaire et réussi. Basé sur un schéma d’opposition certes très classique entre deux personnages (d’un côté, une carriériste de la upper class pas vraiment habituée à la ruralité, et de l’autre un ex taulard adepte de Luis Mariano et très attaché à ses racines), le film pouvait prétendre à une petite guerre savoureuse à base de coups bas et autres instants drôles, le tout sur fond de présentation de la culture basque.
Il n’en sera rien. C’est triste à dire, mais le film n’est tout simplement pas drôle. Aucun rire à l’horizon ! Un sourire ou deux, tout au plus. Car au lieu de s’orienter vers ce type de canevas, le film préfère se concentrer sur une intrigue policière des plus pataudes, impliquant trafic d’armes, prise d’otage et amour empoisonné. Le tout filmé sans envie, ni passion, digne d’un téléfilm TF1 à regarder sous un plaid un après-midi pluvieux d’automne, alimenté par des comédiens ne donnant même pas l’impression d’essayer de faire corps avec leurs personnages avec un minimum de crédibilité sans tomber dans la caricature grossière (mention spéciale à Daniel Prévost et Damien Ferdel, horripilants !), ni de créer un semblant d’alchimie entre eux.
Et ne vous attendez pas non plus à apprendre quantité de choses sur les coutumes basques. On survolera juste quelques situations clés, comme le concours de cris de bergers, le soulevé de pierres, ou le caractère très chauvin de la population. D’autant plus dommageable que ce petit bout de terre est pour une fois mis en avant sur grand écran ! Et bien force est de constater que Mission Pays Basque échouera dans son hommage, ne rendant pas honneur à la richesse de ce coin, ni à ses magnifiques paysages.
Caractéristiques techniques du DVD :
Image: 1.66 (16/9 compatible 4/3) – Couleur
Audio: Français Dolby Digital 5.1 et Stéréo
Sous-titres: Sourds et malentendants
Durée du film: 1h40
Bonus : Néant
Mission Pays Basque : Bande Annonce
https://www.youtube.com/watch?v=4sc9vteUE_s
Mission Pays Basque : Fiche technique
Réalisation : Ludovic Bernard
Scenario : Michel Delgado, Eric Heumann
Interprétation : Elodie Fontan (Sibylle Garnier), Florent Peyre (Ramuntxo Beitialarrangoïta), Daniel Prevost (Ferran Beitialarrangoïta), Nicolas Bridet (Raphaël Moralès), Barbara Cabrita (Aranxa), Ludovic Berthillot (Altzibar) …
Photographie : Yannick Ressigeac
Montage : Romain Rioult
Décors : Mathieu Menut
Costumes : Claire Lacaze
Son : Amaury de Nexon
Musique : Lucien Papalu, Laurent Sauvagnac
Production : Paradis Films, Orange Studio, D.LIVINSTONE
Distribution : Paradis Films
Durée : 100 minutes
Genre : Comédie
Date de sortie DVD : 14 novembre 2017 France – 2017
Après la découverte en avant-première de Sparring lors de l’Arras Film Festival, place à la rencontre avec son réalisateur Samuel Jouy.
Le Quotidien du Cinéma – Votre film est d’une certaine façon l’histoire d’un homme qui n’a jamais eu son épopée, à l’inverse de Rocky. Qu’est-ce qui vous a donné envie de raconter cette contre-histoire de la boxe à travers un personnage qui n’a jamais été destiné à briller sous les spotlights ?
Samuel Jouy : « Déjà, il y avait quelque chose qui m’intéressait dans la fonction de sparring partenaire. Il y avait autre chose : il y a quatre-vingt à quatre-vingt-cinq pour cent des boxeurs professionnels qui sont des boxeurs comme Steve. C’est-à-dire des mecs qui ne seront jamais destinés à être en haut du panier, qui sont juste là pour donner la réplique. Ça m’intéressait de parler de ces gens là, parce que je trouve qu’on ne les montre jamais au cinéma. Et je ne voulais surtout pas qu’il y ait de possible accès à une étoile ou de possible rédemption, ou autre. Donc c’était un pari risqué parce qu’on peut avoir un personnage qui a une trajectoire horizontale. Mais je faisais confiance au personnage et à l’acteur qui allait l’incarner. Et voilà, c’était rendre hommage à ces hommes de l’ombre. Si j’avais voulu faire un film sur le cinéma, j’aurais fait un film sur un figurant. »
CineSeriesMag – La scène où la fille voit son père se faire moquer, c’est une scène d’humiliation terrible. Elle est très psychologique, et il y a aussi une violence physique, plus intime que spectaculaire. On pense par exemple au personnage de Steve qui explique avoir des pertes de mémoire… C’est très fort de la représenter au cinéma.
Samuel Jouy : « Oui, eh bien merci beaucoup. C’est vrai. J’ai été bien aidé par les acteurs, parce qu’il y avait un parti pris avant le tournage que j’avais imposé. Je voulais que les coups soient portés. Donc ça change déjà par rapport à des films où il n’y a que des poings qui passent devant les visages, etcetera. Ici, dans les yeux des acteurs, on sent la violence. Et puis, il y avait Souleymane (M’Baye, champion du monde de boxe des super-légers), et tous les autres sont de très bons boxeurs aussi. »
Steve (Matthieu Kassovitz) et Tarek (Souleymane M’Baye) s’entraînent.
Le Quotidien du Cinéma – Vous capturez des moments qui sont parfois un peu délaissés dans les films de boxe. Par exemple, il y a cette scène où on voit Matthieu Kassovitz qui entre pour la première fois dans l’hôtel qui sert aussi de salle d’entrainement. Vous filmez en plan-séquence, on ressent tout, sa nervosité, sa peur de monter sur le ring… Et ça passe par des éléments de mise en scène qui ne sont pas forcément ostentatoires, mais travaillés de manière discrète sur le son, le cadrage… Comment avez-vous pensé cela ?
Samuel Jouy : « Complètement, ça me fait plaisir que vous l’ayez remarqué, déjà. Parce que ce sont des paris assez risqués, parce que je voulais quelque chose de sobre, de délicat. Je voulais exprimer des sentiments forts avec des moyens sobres. Alors c’est toujours risqué parce qu’il y a déjà des gens qui ne voient pas le film. Il y en a qui passent à côté de mon film. Je peux le comprendre. Par exemple, je voulais raconter la violence de la boxe de manière physique. Je me disais qu’un mec qui se réveille, qui a l’œil collé sur l’oreiller à cause des coups pris la veille, ça fait travailler l’imaginaire du spectateur sur la violence, et ça m’intéresse davantage. Le son, on l’a travaillé à mort. Le son des coups… Je fais de la boxe et je n’ai jamais entendu le son que je connais des gants de boxe dans un film du genre. Parce que c’est quelque chose de presque délicat, de soft. Alors que d’habitude, on accentue… (…) Mais nous on était dans autre chose, je voulais quelque chose de sensuel dans le bruit des gants, pas qui inspire de la violence. »
« Le mec qui fait sa lessive, qui met ses bouteilles dans ses gants, c’est par ces petits détails là que je voulais raconter la boxe. »
– Samuel Jouy –
CineSeriesMag – La délicatesse est aussi présente au niveau musical. Il y a un moment marquant dans le film, lorsque vous utilisez La Valse Triste. Est-ce que cela participait à votre vision de la boxe, c’est-à-dire un spectacle physique – il y a quelque chose de très dansant – et pathétique dans le sens de poignant ?
Samuel Jouy : « Complètement. La Valse Triste est un chef d’œuvre de la musique classique. Il y a beaucoup de metteurs en scène qui ont essayé de l’utiliser mais comme les ayant-droits sont des fous, c’est impossible. (…) Mais c’est grâce à mon producteur. Beaucoup d’autres l’ont voulue, mais les ayant-droits ont demandé des sommes astronomiques. Et moi je lui ai dit : « okay, si on n’a pas La Valse Triste, eh bien je remonte complètement le film » puisque j’ai toujours pensé à ce moment là avec La Valse Triste. Parce que, comme tu le dis, c’est une valse, il y a quelque chose qui envoûte, qui entraîne tout le mouvement. Et puis il y a une mélancolie dans ce morceau qui colle parfaitement au personnage de Steve. J’adore quand il y a le plan sur lui, que la valse repart et que lui a son coach dans le grand hôtel et que l’autre (Tarek M’Bareck, le champion sur le retour interprété par Souleymane M’Baye) est en train de se faire bander les mains… Je ne parle pas en tant que réalisateur, mais en tant que spectateur, c’est un de mes moments préférés du film. »
La Valse Triste, Jean Sibelius, orchestré par Herbert Von Karajan.
Le Quotidien du Cinéma – Cette délicatesse se ressent aussi dans le choix de Matthieu Kassovitz. Ce n’est pas quelqu’un qu’on aurait imaginé dans le rôle, mais il a en lui une délicatesse qui éponge la violence qu’il encaisse sur le ring. Aussi vous imposez une silhouette. Il semble crispé dans sa manière d’avancer. Comment avez-vous travaillé avec l’acteur ? Et est-ce que vous avez pensé ainsi le personnage dès le début du processus de création ?
Samuel Jouy : « Oui, en fait, j’ai passé beaucoup sur l’écriture du film, quatre ans. Et quatre ans c’est beaucoup pour écrire un scénario. Avec mon producteur, on avait fait le tour de tous les acteurs du cinéma français, ceux qui vous amènent de l’argent, ceux qui ne vous en amènent pas. Et je connais bien les acteurs, même ceux du théâtre (…). Je ne trouvais pas mon personnage idéal. Et je n’avais jamais pensé à Kassovitz. En fin d’écriture, un jour, j’ai eu un flash, je me suis dit : « putain mais Kassovitz ». Mais il était un peu plus vieux que le personnage que j’avais écrit qui avait trente-huit, quarante ans. Et Matthieu a déjà quarante-huit, cinquante. Et quand j’ai pensé à lui, je me suis que c’était fait pour lui. Je suis allé voir s’il faisait de la boxe, j’ai vu qu’il faisait de la boxe. Ce qui se passe, c’est que les grands acteurs sont des corps. Et Matthieu, le premier plan sur lui, avec le tatouage… Il y a le tout le personnage. Et puis, Matthieu arrive à un moment de sa vie où lui aussi a encaissé des trucs. Donc il a eu l’intelligence de le mettre dans sa démarche. Et puis c’est un instinctif, pas un mec qui intellectualise, donc au fur et à mesure des jours de tournage, je le voyais de plus en plus prendre la posture du personnage. Et même dans le rythme, dans la parole, il parlait un peu plus lentement. »
« C’est pour ça que c’est un très grand acteur. »
– Samuel Jouy à propos de Matthieu Kassovitz –
CineSeriesMag – Il y a eu un travail important sur les scènes du quotidien. On se laissait imaginer un Kassovitz assez violent, assez sombre. Et c’est tout le contraire, on a un vrai père de famille à l’écran.
Samuel Jouy : « Eh bien ça, c’est lui. Je le voyais comme ça aussi. Je vais te donner un exemple. Il y a eu la scène de famille où vers sa fin, elles (la mère et la fille) insistent pour quelque chose et lui dit « ah vous me saoulez, je me casse » et il sort fumer un joint dans le garage. J’imaginais la scène beaucoup plus violente, je lui disais : « vas-y ». Il me répondait : « non, non, non, je le sens pas si violent ». Il y avait un autre moment sur la plage… Je lui disais : « lorsqu’il te dit : « j’ai pas besoin d’un sac », tu lui rentres dedans : je suis pas un sac, d’accord ? » et lui me disait : « non, parce que c’est irrespectueux vis-à-vis de lui et que ça n’est pas le personnage ». Donc il avait un truc… C’est ça les grands acteurs, à un moment, ils vous font voir l’endroit où vous êtes surpris alors que vous avez écrit le rôle. Et il avait raison là-dessus. Je pense que si Steve avait eu cette agressivité que j’imaginais, ça l’aurait un peu diminué quelque part. Alors que là, le mec est formidable. »
CineSeriesMag – Il est surprenant, il a une humilité qui est complètement inattendue. Il se prend des coups tous les jours. D’ailleurs, même si vos coups sont portés, l’utilisation de la musique que vous faites montre à quel point ces boxeurs ne sont pas des tordus qui se mettent des coups, mais bien des sportifs. Pas juste des gladiateurs modernes, mais des êtres humains qui se donnent complètement, et cela dans le respect de l’autre ?
Samuel Jouy : « Oui, oui, complètement. Je voulais aussi qu’on sente ce truc étrange lorsqu’on ne connaît pas bien la boxe qui consiste en ce que les mecs se tapent, et à la fin, deviennent amis. C’est un truc qui est surprenant. Quand je suis avec des potes ou dans ma famille, qui connaissent pas trop la boxe, on me dit : « ils se sont tapés sur la gueule pendant une heure, et maintenant ils se prennent dans les bras ». Ma mère me disait ça l’autre fois. Je lui dis : « bah oui mais c’est ça la boxe ». Et peut-être que dans nos sociétés, on n’a pas assez la culture de la frappe, et qu’elles seraient moins violentes… »
« Les films, quand ils sont bien faits, racontent des choses à tout le monde. »
– Samuel Jouy –
Le Quotidien du Cinéma – On reproche souvent aux acteurs qui font un film de boxe d’être des acteurs qui se sont formés à la boxe « deux semaines avant », mais ici, même si on sent que Kassovitz s’est énormément entrainé, ça sert énormément le film, puisqu’on voit alors la différence de technique entre Souleymane, qui incarne le champion, et Matthieu Kassovitz. Justement, comment s’est passé leur échange ?
Samuel Jouy : « C’était génial, parce qu’une fois qu’il a accepté le rôle… Il avait des bases de boxe thaï, mais ça n’a rien à voir, c’est pas la même garde, pas les mêmes appuis. Il s’est investi à fond dans la boxe anglaise. Et Souleymane et lui se sont entraînés ensemble, j’avais mes autres potes qui font les sparring, qui sont des acteurs mais qui sont d’excellents boxeurs que je connais. Ce sont des amis. Tous les gens autour du ring sont de mon club de boxe. Donc les mecs se sont entrainés deux-trois mois, ils ont baigné dans la boxe. Et Matthieu a progressé vraiment très vite. Et c’est vrai qu’à l’inverse de ce qui se fait habituellement dans les films où ce sont des chorégraphies apprises par cœur, là je leur donnais des thèmes, pas des chorégraphies. Je leur disais : « voilà, pendant une minute, toi tu essaies de le toucher deux coups, – comme on fait dans les entraînements de boxe – et toi tu esquives un coup ». Ce qui fait que les mecs boxent vraiment, dans un canevas. (…) ça donne un truc différent je trouve. »
CineSeriesMag – Par rapport à la scène finale, lorsqu’on voit la fille passer tant bien que mal un concours. Steve l’observe, sourit, puis quitte le champ et l’espace. Peut-on dire du père qu’il a terminé son cycle, et que maintenant, c’est sa fille qui poursuit les efforts, le combat, avec ses échecs et succès dans un autre domaine ?
Samuel Jouy : « Il y a de ça, oui. (…) Pour moi, cette audition de fin, ce que je raconte, c’est qu’il l’a amenée jusque-là, et que maintenant, elle ne joue pas parfaitement bien. Il y a ce moment où on voit qu’elle hésite un peu, c’est pas une Mozart du piano, c’est pas une naze. C’est quelqu’un comme lui, mais elle a le droit d’avoir sa chance. C’est ça la dernière scène, entre autres choses. Et puis si tu vois autre chose dedans, c’est très bien. Chacun y voit ce qu’il veut. »
Remerciements : Samuel Jouy, EuropaCorp Distribution.
Sparring, sortie en salles prévue le 22 novembre 2017.
M est un premier film, une toute première fois touchante et fougueuse qui manque parfois d’originalité dans le récit de l’histoire d’amour, mais qui sait créer de l’émotion, en jouant sur les corps à corps au-delà des mots. En effet, Lila est bègue (c’est Sara Forestier) et Mo ne sait pas lire (c’est Redouanne Harjane), mais ils vont s’aimer, se déchirer et peut-être bien se retrouver.
« Toi et moi contre le reste du monde »
M est un premier film qui n’hésite pas à foncer dans les clichés des histoires d’amour grandiloquentes, impossibles et qui finissent bien en général. Pourtant, Sara Forestier y distille de la douceur comme de la brutalité et donne au personnage de Lila une interprétation plutôt touchante. On regretta seulement un sens de la mise en scène plutôt minimaliste voire absent, les plans se succèdent sans audace particulière, et surtout sans construction savante. Cependant, ce n’est peut-être pas ce que recherche Sara Forestier qui décide avec M de se placer du côté de l’émotion, en refusant de prendre des postures et en osant même la naïveté assumée dans la construction de son histoire d’amour centrale : du coup de foudre au rabibochage express. Le film finalement lui ressemble : fougueux et naïf, doux et rugueux, fonçant dans le corps à corps des gens qui s’aiment, qui se racontent et qui s’écorchent, toujours à vif. La mise en scène est une mise en scène du corps, sans cesse clouée à eux, à leurs désirs, à leurs douleurs. Ainsi, Mo (le fameux « M » du titre, mais pas que) est un homme sec et nerveux. Sara Forestier répète ainsi à loisir (en interview) que Redouanne Harjane a dû perdre 20 kilos pour ce rôle. C’est d’ailleurs son tout premier rôle qu’il interprète tel un animal en cage. Il dessine un être blessé, un gueulard qui roule à fond dans sa bagnole de « sale type » ou de « frimeur » comme dirait sœur de Lila, petite fille sauvage, elle aussi. Pourtant, il joue surtout une fêlure, un gars qui veut une toute petite souris à protéger et qui ne supporte pas trop quand elle sort de sa cage, s’épanouit. Mais Lila n’est pas prête à se ratatiner devant lui. Elle va aller percer son secret, l’émouvoir comme jamais, l’accompagner. S’aimer c’est aussi parfois être la béquille de l’autre, son cocon, un peu à la « toi et moi contre le reste du monde ».
Pour le réconfort
L’originalité ou du moins l’intérêt du propos de Sara Forestier tient peut-être dans sa réflexion sur le langage ou du moins l’impossibilité à le faire émerger. Quand Mo rencontre Lila, elle ne parle pas ou plutôt elle refuse de parler, par peur du ridicule, par crainte de ne pas parvenir à terminer sa phrase à temps. Elle est bègue et en a honte. Elle veut alors faire un dessin à Mo, écrire, mais lui qui ne sait pas lire et ne veut pas le dire le prend très mal. Il se jette donc sur elle, la griffe, l’emprisonne, la force à sortir un cri. C’est le temps du corps à corps, des séances de lutte doucereuses entre les deux amants (avant les séances de lutte tout court). Il a 30 ans, elle en a 18 (même si on peine un peu à croire à cette histoire de Sara Forestier qui passe le bac). On sent très bien les influences d’une actrice qui a fait ses débuts auprès d’Abdellatif Kechiche. Il n’y a pas de concession. Il y a de la poésie (métaphorique et réelle, balancée comme ça sur un fond noir, ce sont les mots de Lila), sur les contraires qui s’attirent, le besoin de réconfort. Il y a donc beaucoup de déjà-vu dans M, mais aussi des scènes très atypiques, comme ce coup de foudre improbable, cette longue non-conversation dans la voiture, où rien ne sort, un dîner improbable dans un restaurant. Et tous ces moments où le corps ne peut plus rien quand se sont les mots qui doivent sortir et que rien ne vient, quand c’est trop dur, quand on ne veut plus. Récemment, Sara Forestier a dit combien l’injonction à être sexy pour une femme pouvait être étouffante et devait être combattue, dans M, elle prouve complètement cela et ses personnages se fichent des apparences. Mo cogne, refuse qu’on lui parle mal, gueule. Lila ne parle qu’à ceux qui l’écoutent, écrit des mots dégueulasses qu’elle rend beaux. C’est un film sauvage, naïf, tendu, rêveur, tout ça à la fois. Il promet à Sara Forestier quelques moqueries, mais il touche aussi au cœur, car il ressemble à d’autres histoires d’amour filmées au cinéma et à aucunes à la fois. Les acteurs sont incroyables souvent, Redouanne Harjane ne semblant pas toujours savoir comment jouer juste, mais donnant beaucoup. M frise parfois le ridicule mais atteint souvent quelque chose d’autre, entre le burlesque et l’art de rue, comme un cri dans la nuit, qui viendrait du tréfonds d’un corps qui enfin se libère. Car la nuit, le silence est unique, transperçant, inspirant autant que déchirant.
M : Bande-annonce
https://www.youtube.com/watch?v=UjrYvWSQ5gM
M : Fiche technique
Synopsis : Mo est beau, charismatique, et a le goût de l’adrénaline. Il fait des courses clandestines. Lorsqu’il rencontre Lila, jeune fille bègue et timide, c’est le coup de foudre. Il va immédiatement la prendre sous son aile. Mais Lila est loin d’imaginer que Mo porte un secret : il ne sait pas lire.
Réalisation : Sara Forestier
Scénario : Sara Forestier
Interprètes : Sara Forestier, Redouanne Harjane, Jean-Pierre Léaud, Liv Andren, Nicolas Vaude, Djouhra Lacroix
Photographie : Guillaume Schiffman
Montage : Eric Ambruster, Pauline Casalis, Louise Decelle, Isabelle Devinck, Sara Forestier, Joëlle Hache
Producteurs : Hugo Sélignac et Vincent Mazel
Sociétés de production : Archipel 35, France 3 Cinéma
Distribution : Ad Vitam
Genre : drame
Durée : 98 minutes
Date de sortie : 15 novembre 2017
Les deux frères s’emparent à nouveau de la caméra après La Délicatesse (adaptation de leur roman ayant reçu deux nominations aux Césars 2012) avec Jalouse, une comédie dramatique douce amère qui touche en plein cœur, notamment grâce à Karin Viard qui nous offre un de ses plus beaux rôles.
Synopsis : Nathalie Pêcheux, professeure de lettres divorcée, passe quasiment du jour au lendemain de mère attentionnée à jalouse maladive. Si sa première cible est sa ravissante fille de dix-huit ans, Mathilde, danseuse classique, son champ d’action s’étend bientôt à ses amis, ses collègues, voire son voisinage… au risque de faire le vide autour d’elle.
L’enfer, c(e n)’est (pas que) les autres…
L’un est romancier, l’autre directeur de casting et scénariste, ils ont visé juste en 2011 en donnant à François Damiens et Audrey Tautou, les rôles de deux amoureux a priori incompatibles dans l’adaptation du roman de David Foenkinos, La Délicatesse. Six années après, ils reviennent ensemble pour donner à Karin Viard un de ses plus beaux rôles, celui d’une quadra-quinquagénaire au bord du burn out. La faute à la ménopause? Pas seulement. Nous ne sommes pas tous et toutes des femmes célibataires en plein midlife crisis (crise de la quarantaine semble être une rapide et mauvaise traduction) et pourtant l’impact d’une vie bancale, incomplète résonne en chacun de nous. Voir son ex heureux avec une plus jeune aux premiers abords ingénue et tendrement peu réactive joue un peu sur son humeur et ce malgré le deuil de la rupture faite. L’humain est conçu de la sorte. « Pourquoi l’autre avant moi? » Voir sa propre fille talentueuse qui avait l’habitude de papillonner heureuse en couple doit probablement peser dans la balance. Et la goutte d’eau provient de cette nouvelle professeure dans ce lycée préparant à Khâgnes, tout juste âgé de 28 ans sous les traits d’Anaïs Demoustier. On manque tous probablement de recul nécessaire et ce n’est pas la proche compagnie – Anne Dorval en meilleure amie – qui va apporter le souffle nécessaire. Les acteurs sont triés sur le volet, on retrouve Mathias de 10% (Thibault de Montalembert est un peu trop dandy), le jeune Tom de Quand on a 17 ans d’André Téchiné (Corentin Fila est le jeune amoureux transit) et Bruno Todeschini qu’on ne présente plus en prince charmant à retrouver. La synthèse est maladroite, car malgré l’étiquette, le cliché n’a rien de pesant, si tant est qu’il en soit un. Bien au contraire, la plongée dans le quotidien se fait le plus naturellement possible et il est de plus en plus rare d’assister à de réelles tranches de vie, comme puisées du réel, tout en immergeant le spectateur dans les méandres subtiles du personnage principal.
Ici, Karin Viard interprète, avec toujours sa gouaille rieuse, cette mère célibataire professeur de lettres qui glisse progressivement vers la dépression. Les deux réalisateurs ont, avec la plus grande des délicatesses, réussi soigneusement à nous transporter dans le récit de cet(te) mère/femme/individu pas mal dans sa peau, mais un peu trop négative sans jamais effleurer la moindre pesanteur ou impression de déjà vu essentiellement liée au stéréotype. Il n’est en effet pas rare de voir que le long métrage est souvent prétexte au concentré isolé comme un effet de loupe grossissante plus qu’un passage, entrecoupé, comme choisi aléatoirement, d’une vie. A l’anniversaire de Mathilde (la danseuse l’emporte sur l’actrice, peu charismatique), Nathalie sa mère, aux allures antipathiques par son amertume joviale, ne peut que nous faire décrocher le sourire, mais on sent toute la lourdeur qui découle d’un sentiment de manque. Karin Viard est de celle qui arrive toujours à provoquer l’empathie, comme Juliette Binoche ou Meryl Streep (si l’on excepte Le Diable s’habille en Prada). Et le spectateur cherche, comme il chercherait en lui, l’intérieur du problème avec la légèreté d’une comédie au mot bien trouvé (« je peux pas, j’ai piscine »). Bien que la rencontre avec Monique à la piscine peut paraître téléphonée, l’ensemble est traité avec suffisamment de maîtrise pour nous captiver, malgré un sujet peu réjouissant, aux relents amers. Après avoir collaboré avec la talentueuse Emilie Simon dans La Délicatesse, les réalisateurs ont accepté de travailler avec deux nouveaux talents issus notamment du jazz pour Paul-Marie Barbier, – pianiste, vibraphoniste et percussionniste dans le groupe électro swing Caravane Palace – pour composer la bande son inspirée d’Eternal Sunshine of the Spotless Mind.La musique moderne, spontanée et singulière laisse son empreinte et contribue à l’adhésion de cette comédie romantico-existentielle.
L’arc sentimental par ailleurs n’empiète pas sur l’arc principal, qui est la compréhension de soi, face à son entourage et sa famille, et cela permet une meilleure respiration. Par conséquent, Bruno Todeschini ne tient pas le haut du podium tant il est effacé du tableau. Le personnage de la meilleure amie jouée par Anne Dorval peut sembler plus adjuvant que réelle entité, mais pourtant son implication est entière. La plus grande surprise vient de Marie Jule Baup et de son personnage, la nouvelle compagne de l’ex mari, qui ne semble pas avoir inventé l’eau chaude et pourtant d’une gentillesse et d’une humanité sans limite qui la rend la plus intelligente de tous. Karin Viard occupe tout l’espace, tout le champ. Si l’on se reconnait par ses traits sarcastiques et maladroits, dans ses propos peu réfléchis, l’empathie crève l’écran. Mais si le spectateur se tient à quelques lieux de ce genre de problème, la dépression, la maladresse, le mal être intériorisé, il sera probablement moins réceptif à toutes les nuances et les subtilités de l’écriture. Ce qui pose une question cinéphilique et théorique intéressante à (re)soulever : faut-il se reconnaître pour entrer dans la fiction?¹. François Mauriac déclare dans Le romancier et ses personnages en 1933 que les personnages de roman – à étendre à la fiction – « nous aident à nous mieux connaître et à prendre conscience de nous-mêmes. »
Stéphane (qui apprécie les caméo, ici en professeur de yoga) et David Foenkinos déploient une énergie et une justesse telle que, malgré des légères faiblesses ou imperfections, comme la fille plus danseuse qu’actrice ou l’ex mari trop bobo, l’admiration prend le pas sur les possibles critiques faites à leur encontre « un scénario bon enfant », « un portrait trop amer », « une jalousie mère/fille caricaturale », « une comédie douceâtre peu inspirée ». A côté, Aurore de Blandine Lenoir, déjà décapant, avec Thibault de Montalembert plus accessible par sa barbe et Agnès Jaoui, est une comédie plus cocasse et directe dont le message semble moins touchant. Ce deuxième long métrage des frères Foenkinos est empli de poésie et de tendresse qui nous décroche une larme sincère sans nous remuer. A voir et à revoir…
¹ lire à ce propos Le Signifiant Imaginaire, Christian Metz, 1977
Jalouse : Bande Annonce
https://www.youtube.com/watch?v=LyRB5voCAFg
Jalouse : Fiche Technique
Réalisation : David et Stéphane Foenkinos
Scénario : David et Stéphane Foenkinos
Interprètes : Karin Viard, Anne Dorval, Thibault de Montalembert, Marie Jule Baup, Anaïs Demoustier, Dara Tombroff , Bruno Todeschini, Marie-Julie Baup, Corentin Fila, Stéphane Foenkinos, Éric Frey.
Photographie : Guillaume Deffontaines
Montage : Virginie Bruant
Casting : David Bertrand
Décors : Marie Cheminal
Costumes : Emmanuelle Youchnovski
Musique : Paul-Marie Barbier et Julien Grunberg
Producteurs : Nicolas et Eric Altmayer
Sociétés de production : Mandarin Production
Société de distribution : StudioCanal
Durée : 102
Genre : comédie dramatique
Date de sortie : 8 novembre 2017 – 26 août 2017 (Festival d’Angoulême)
Si Jackie Chan n’a pu, à l’époque de la suite de La fureur de vaincre, marquer les esprits et le box office, dans la défroque initialement tenue par Bruce Lee, il est aujourd’hui aussi réputé que le « petit Dragon ». A l’occasion de son nouveau film, où il partage l’affiche avec Pierce « 007 » Brosnan, retour sur les plus grands films de « l’homme aux mille fractures ».
Si Jackie Chan débute sa carrière cinématographique dès l’âge de 8 ans, ce n’est qu’en 1978 avec Le chinois se déchaîne puis Le maître chinois que l’acteur/cascadeur rencontre le succès dans son pays.
Hollywood lui fait rapidement les yeux doux avec Le chinois et sa suite ainsi qu’un petit rôle dans L’équipée du Cannonball avec la superstar US d’alors Burt Reynolds. Mais le manque de succès de ces productions le ramène à Hong Kong. De retour l’acteur commencera la saga des Police Story puis le Indiana Jones à la chinoise avec Mister Dynamite. Banco pour l’acteur qui devient une super star en Asie et acquiert une solide réputation mondiale grâce à ses nombreuses cascades dangereuses. Il décide alors de retenter l’aventure hollywoodienne.
Après le refus de jouer le rôle du méchant dans Demolition man face à Stallone (Wesley Snipes y fera merveille préfigurant ses rôles de grandes gueules dures à cuire), Chan trouve enfin chaussure à son pied dans un buddy movie mélangeant l’action à l’américaine avec le polar hong-kongais. Comme pour Les aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin (de John Carpenter), Chan n’est pas le faire valoir de l’Américain, présenté comme la star, mais bien le vrai héro de l’histoire, Tucker se réappropriant le rôle du faire valoir comique en en repoussant les limites à la façon d’un Eddie Murphy sous acide. La formule carbure au box office et le deuxième volet raflera une mise encore plus grosse.
Jackie Chan aime les scènes d’action chorégraphiées, effectuer ses cascades lui même à l’instar de Tom Cruise et est le cauchemar ambulant des assureurs américains qui détestent voir leurs stars prendre autant de risque sur un tournage. Les Rush hour sont donc à l’image des Police Story, un soupçon de rythme en moins, des roller coasters où l’humour de Tucker est confronté aux acrobaties toujours plus folles de Chan. En témoigne des bêtisiers où l’on peut voir l’acteur chinois répéter ad nauseam la même cascade et se prendre moult gadins spectaculaires lui ayant, au fil du temps, valu le sobriquet d' »homme au mille cicatrices ».
Le tandem avec Chris Tucker pour la trilogie Rush Hour propulse Chan en super star mondiale devant Jet Li (autre célèbre expert en arts martiaux connu aux quatre coins du globe). Viendront ensuite le tandem avec Owen Wilson pour les deux Shanghaï kid.
De coups de latte en sauts périlleux, de polars en films d’aventures ou en westerns tout public, le cinéma de Jackie Chan est toujours synonyme de grand spectacle généreux et pas prise de tête et ce quelque soit le côté du Pacifique dans lequel il tourne.
En plus d’un tempérament de feu, ses autres caractéristiques sont la générosité, l’humour et la politesse. De l’autre côté de l’écran, Chan est en effet un philanthrope réputé redonnant une grande part de ses bénéfices à des associations caritatives. La marque d’un grand qui lui vaut d’avoir son étoile à Hollywood, ce qui est rare pour un acteur non-américain et de continuer de carburer au box office à plus de soixante ans.
La suite de l’impressionnant Mad Max Fury Road pourrait bien ne jamais voir le jour. En cause : une histoire de gros sous (pour changer)
Mad Max Fury Roada beau avoir gagné près de 500 millions de dollars, 6 Oscars et la reconnaissance d’une génération entière de cinéphile, que son éventuelle suite demeure toujours autant un mystère. En effet, deux ans après sa sortie, on ignore encore si George Miller arrivera à sortir la suite aux aventures délirantes et sableuses de Max Rockatansky (Tom Hardy). C’est du moins ce que l’on pensait encore la semaine dernière ; puisque si l’on en croit la Warner, la suite tant attendue pourrait bien ne jamais arriver sur les écrans faute à George Miller.
En effet, ce dernier a attaqué en justice le studio, aux motifs qu’il n’aurait pas donné au réalisateur, certains bénéfices issus de l’exploitation du film. Il ajoute ainsi que :
Pour dire ça simplement, une partie non négligeable des bénéfices me revient, de par mon travail qui s’est étalé sur près de 13 ans : 10 afin de préparer le script et la production ; et 3 sur la production en elle même. Ce travail de longue haleine a donné un film au succès mondial. Je préférerais continuer à faire des films avec la Warner plutôt que de les attaquer en justice mais après plus d’un an à demander ces bénéfices, j’ai été incapable d’atteindre une résolution satisfaisante et j’ai désormais besoin de la loi pour arranger cela
La réponse de Warner ne s’est malheureusement pas faite attendre, le major américain ayant précisé qu’il n’en restera pas là et se défendra de ces accusations. Un postulat forcément inquiétant pour la suite, tant la Warner avait dépensé une somme faramineuse pour produire Fury Road ; somme que l’on doute qu’elle investira de nouveau si elle venait à être en mauvais terme (c’est un euphémisme) avec le réalisateur George Miller.
Avec notamment A Beautiful Day, les mois d’octobre et de novembre 2017 nous ont offert un large aperçu de la vision actuelle de la violence montrée au cinéma. Une possibilité, pour nous, de nous questionner une nouvelle fois sur certaines de ses représentations graphiques, sa réappropriation dans les films de genre et son rapport à la fascination du spectateur.
La violence au cinéma est un thème repris et analysé à de multiples reprises et qui présente une liaison très intime au regard du spectateur, en fonction de ses sensibilités et de son vécu, et qui apporte beaucoup de discordance et de mauvaise foi incurable : ces fameux faux débats sur la violence de l’art qui engrange celle de la société et donne des idées aux âmes les plus faibles. Alors que le contraire pourrait être plus approprié. Ce n’est pas nouveau, l’interdit attire toujours l’œil. Mais avec la pluralité des médias, cette connexion perpétuelle au monde qui nous entoure et l’aridité des images propagées sur n’importe quel support audiovisuel, la violence au cinéma change de degré en fonction des mœurs et des cultures mêmes de ses interlocuteurs. Chacun vit les images, les dialogues ou les propos mêmes véhiculés par le film avec sa subjectivité et son propre rapport au monde. Mais sans avoir pour but de retracer l’histoire de la violence dans le 7ème art et de son lien avec la censure, il est intéressant, à la vue des sorties cinéma de ces dernières semaines, de se demander d’une façon non exhaustive si la violence est encore un thème tabou dans les conversations cinéphiles.
« Violence Gore »
Prenons l’exemple de Jigsaw sorti dans les salles obscures le 1er novembre : la saga des Saw est l’archétype d’une violence qui devient indolore aux yeux de ses fans et qui n’a qu’un seul objectif : divertir. Divertissement et violence sont deux notions tout de même bien distinctes : sauf que la surenchère progressive de la terreur graphique, notamment celle du torture porn, amène une certaine désensibilisation de notre regard à l’acte sanguinolent ; et la portée mortifère n’a plus aucun impact et se détache complètement de notre réflexion vis-à-vis de la qualification de ce que l’on voit. La moralisation même qui est faite aux images est dénuée de tout sens car cette violence s’éloigne d’une certaine forme de réalisme dans lequel l’identification devient moindre et laisse place à une interprétation purement primitive et une envie presque jouasse de s’amuser du cinéma de genre. La violence devient donc un artifice, tel un placement de produit ou une attraction à sensation forte : la forme la plus gratuite de l’imagerie graphique de la sauvagerie mais amenée dans un contexte de thriller de « mise à mort ». Une sorte de « violence gore ».
Même si Saw premier du nom s’avère être un excellent thriller se basant avant tout sur un scénario solide et mystérieux, la suite deviendra une catharsis de la bouffonnerie sanguinolente : aussi conceptuel que régressif mais démontrant une nouvelle fois notre fascination de l’interdit, notre amusement presque déshumanisant devant l’envie de franchir des limites visuelles, à l’image du tortueux et polémique A Serbian Film, tout en connaissant le recul que nous avons devant les images fictives. Ce penchant prend le pas sur beaucoup de films d’horreur qui donnent primeur à la débauche de gore plutôt qu’à l’inventivité créatrice.
« Violence moralisée »
La gratuité, la complaisance sont des adjectifs qui reviennent souvent dans les débats qui entourent ce sujet et qui amènent à se questionner sur la volonté même du réalisateur quant à son rapport à la violence mais aussi à son désir de nous offrir sur un plateau sa vision du monde pour perturber ou pour même nous juger. Et dans les sorties qui viennent de remplir les salles de cinéma, deux noms viennent en tête : Happy End sorti le 12 octobre et La mise à mort du cerf sacré sorti le 1er novembre. Cette fois-ci l’artifice gomme son maquillage et dévoile alors toute sa portée émotionnelle et son aridité naturaliste. C’est assez symptomatique de parler de Happy End car Haneke a souvent milité contre l’orchestration et les chorégraphies faites autour de cette glorification de l’action de la violence (celle de Tarantino ou de John Woo). On pourrait considérer cela comme le torture porn de « films d’auteurs » ou « doloriste » : le cynisme, le nihilisme qui nous est balancé en pleine gueule sans agencement cinématographique (sans musique, sans prise de lumière thématique), comme si le réalisateur voulait à tout prix nous prendre par le coup et nous mettre le nez dedans en nous disant « alors tu aimes ça ? Comment te sens-tu en aimant cela ? ».
Parfois outrancière pour son mauvais gout mais géniale par sa générosité inventive (Irréversiblede Noé), abrasive par sa portée sociale et politique (Salo de Pasolini ou Orange Mécanique de Kubrick), dévorante de haine mais intelligente dans son choc des civilisations (Cannibal Holocaust), grossière et drolatique (Visitor Q), cette représentation de la violence est celle qui divise souvent le plus car elle nous est proche. Elle ne prend pas de gants pour emballer son propos, ne s’accommode pas d’une envie particulière d’amener un montage à l’action et accouche donc d’une acidité féroce dans laquelle la société est décrite, où l’horreur est parfois plus psychologique et thématique que visuelle.
Une sorte de « violence moralisée ». Cette démonstration demeure parfois très moralisatrice à l’encontre du plaisir pris par le public qui s’émeut devant ces coups de secousses esthétiques : par cet effet, ce genre de création nous pousse à réfléchir sur la place de notre sensibilité quant aux images véhiculées : peut-on admirer sans aimer ? Comment prendre du plaisir devant le sang ? De cette représentation du portrait du réel et de la misanthropie, c’est le visage même de notre société qui se dessine, où la violence devient une possibilité pour un auteur d’éclaircir et d’appuyer un discours, et prend le pouls de la tonalité du film.
Dans cette veine du Haneke-like, il est possible de s’orienter vers un certain versant du cinéma mexicain avec Michel Franco (Después de Lucia) ou même Amat Escalante qui lui a relié, cette année, un réalisme documentariste à l’atmosphère ténébreuse du fantastique avec le brumeux et torride La Région sauvage : ce cinéma mexicain se veut très sévère avec son pays et les mœurs qui y sont perpétuées et dégage une horreur vraie, sans déguisement. Malaisante, cette expérience, peut se retourner contre soi-même : le procédé voulant dénoncer les affres sombres de notre société peut rapidement s’additionner à un sentiment assez hypocrite quand le cinéaste s’approprie grossièrement lui-même cette violence pour la stigmatiser : la limite entre la mise en image d’un propos et la vaine provocation (souvent reproché à Gaspar Noé par exemple) est de rigueur. Mais derrière cette moralisation ou la surenchère gore de ce thème-là, vient une troisième notion, dont le ressort est de plus en plus répandu : l’iconisation.
« Violence esthétisée »
Ça tombe bien, A Beautiful Day, sorti le 8 novembre en est le parfait exemple : une alchimie parfaite entre l’affirmation du cinéma de genre (vigilante ou polar pour cet exemple-là), un esthétisme calfeutré, une tonalité sérieuse, une musique pesante, qui se chevauchent avec une violence qui se déchaîne à l’écran. L’iconisation à la fois du personnage mais aussi de ses agissements alimente chez le spectateur une forme de compréhension et une empathie quant aux actes perpétrés : tendance vers laquelle les films de super héros aimeraient arriver quand on voit la puissance gore d’un film comme Logan qui appartient à cette catégorie de films « entre deux » : films de super héros qui mutent en films de genre.
Cette capacité à vouloir iconiser, à rendre graphique et chromatique la « barbarie » permet aussi de la rendre « cool », élégante. Dans ce registre-là, Nicolas Winding Refn et son Drive en sont la parfaite illustration : l’alliage idéal entre une musique pop moderne, une mise en scène quadrillée et l’éruption d’un personnage central mutique. Cette façon de procéder reprend souvent les codes des westerns. Une sorte de « violence esthétisée ». Selon le réalisateur danois : il est normal de montrer à l’écran la violence car c’est aussi et surtout une « émotion » comme peut l’être la tristesse ou la joie. Avec ce postulat, la mise en scène viscérale permet, non pas de refléter la société, mais acquiert une velléité aussi graphique que mentale. Cette violence devient la mise en image d’un inconscient et donne au film une cohérence de fond avec la forme : le tableau d’un traumatisme qui gicle sur tous les recoins du cadre (Taxi Driver, Ichi Killer ou Old Boy).
« Violence chorégraphiée »
La proximité qu’on peut nouer avec un film est souvent liée à la mise en scène : souvent codifiée dans les films de genre qui répondent à un cahier des charges ou à un mimétisme enfantin et fan des codes du film de genre. En ce sens-là, on pourrait parler de « violence chorégraphiée ». Laissez bronzer les cadavres est un film sorti le 25 octobre. Proche du giallo ou du western, cette œuvre française est percutante par son amour du genre et son psychédélisme péremptoire. Au-delà de tout propos et de toute thèse sociétale, cette forme de violence trouve sa candeur dans son intérêt pour le genre et ses aptitudes de mise en scène : la démonstration est presque purement technique à l’image des films d’horreur que sont les slashers (Scream). Sans être vains, la cruauté et les assauts sanguinaires font partie intégrante de l’univers, de l’atmosphère même de l’œuvre.
Comme indiqué plus haut, il est aisé de mentionner Quentin Tarantino, John Woo ou même certains films de Brian Palma dans leurs volontés de « glorifier » les joutes d’armes et spectaculariser les actes qui précèdent la mort : ce qui compte c’est moins la finalité mortifère mais plus la mise sur un piédestal de l’action, la théâtralité des gestes « westerniens ». La dynamique filmique est toute autre. Alors que c’est le contraire chez les films de Refn par exemple où l’action n’est pas de mise mais c’est la violence qui l’intéresse, la mort en elle-même. Malgré ses positionnements purement graphiques, le lien avec la vengeance personnelle et le rapport armé entre les hommes fait parler les nombreux détracteurs de Tarantino.
De cette aspiration stylistique, la vision du monde et notre liaison aux armes n’est jamais loin (Reservoir Dogs) chez l’américain. Au cinéma, comme dans tout art, la violence graphique est plurielle, a une essence aussi futile que profonde, mais dépend surtout de deux choses pour qu’elles soient dignes de ce nom : de la mise en scène ou du propos du réalisateur et aussi de notre propre acceptation des images mises en lumière et de notre compréhension du contexte.
Cette année, l’Arras Film Festival a notamment mis à l’honneur le Whodunit, soit le récit policier à énigmes. Une rétrospective importante a ainsi accueilli nombre de spectateurs prêts à percer l’identité du ou des meurtriers.
Whodunit pour « Who (has) done it ? », en français « Qui l’a fait ? » : le genre en aura intrigué plus d’un, que ce soit par le roman, le cinéma ou la télévision (Les Cinq Dernières Minutes). Cette année, l’Arras Film Festival a décidé de mettre en avant ces jeux d’énigmes en mettant en place une riche rétrospective : Un cadavre au dessert, Passage à tabac, Le Crime de l’Orient-Express, Maigret et l’affaire Saint-Fiacre, le Mystère de la chambre jaune, entre autres. Crimes, mystères, indices puis résolutions ont ainsi rythmé les projections des films programmés.
Ci-dessous, la bande-annonce du formidable Crime de l’Orient-Express du grand Sidney Lumet : un must see du Whodunit.
https://www.youtube.com/watch?v=u0ykCP1AYlk
Les spectateurs ont pu ainsi, le temps de douze longs métrages, prendre peur face au meurtre, s’inquiéter du mystère, interroger des suspects, mettre en état d’arrestation les criminels, tout cela aux côtés d’Hercule Poirot, Jules Maigret, Sherlock Holmes, ou encore Joseph Rouletabille.
De plus, le programme compte une projection exceptionnelle, celle de The Lodger réalisé par Alfred Hitchcock en 1927, en ciné-concert. La version restaurée du film fut accompagnée par une bande-son soignée par le musicien compositeur Jacques Cambra, artiste associé du festival, dont la carrière fut souvent liée au ciné-concert. Il s’est ainsi produit à la Cinémathèque française, au Centre Pompidou, ainsi qu’à l’international. L’occasion donc de vivre en un même lieu un mystère hitchcockien et une expérience rare de cinéma.
Jean Gabin est Jules Maigret. Un rôle qu’il interprétera à trois reprises : Maigret et l’affaire Saint-Fiacre ; Maigret tend un piège ; & Maigret voit rouge.
Enfin, voici les films de la rétrospective : The Lodger (Alfred Hitchcock, 1927) ; Marie-Octobre (Julien Duvivier, 1959) ; L’Assassin habite au 21 (Henri-Georges Clouzot, 1942) ; Maigret et l’affaire Saint-Fiacre (Jean Delannoy, 1959) ; La Grenouille attaque Scotland Yard (Harald Reinl, 1959) ; Le Crime de l’Orient-Express (Sidney Lumet, 1974) ; Passage à Tabac (George Pollock, 1964) ; Un cadavre au dessert (Robert Moore, 1976) ; Mort sur le Nil (John Guillermin, 1978) ; Meurtre par décret (Bob Clark, 1979) ; Gosford Park (Robert Altman, 2001) ; Le Mystère de la chambre jaune (Bruno Podalydès, 2003).
Le Festival Européen du Film Court de Brest touche à sa fin. Après six jours de pur plaisir visuel, le moment est venu de mettre en lumière les meilleurs courts métrages de cette 32e édition.
Hier soir s’est déroulée à Brest, la cérémonie de remise des prix du festival du Film Court. Une soirée placée sous le signe de la convivialité et de l’humour. Pendant plus de 1h30, le public composé de spectateurs, réalisateurs et autres professionnels du cinéma a pu découvrir le tant attendu palmarès de la 32e édition du festival. Et on peut dire que, cette année, ce dernier a récompensé des œuvres particulièrement diversifiées. De la comédie au thriller, les courts métrages primés ont su mettre en lumière des genres filmiques tous bien différents.
Le palmarès du Festival Européen du Film Court de Brest
Le Prix France 2 (Compétition Française) : Plus fort que moide Hania Ourabah
Prix du public (Compétition Française) : Tangente de Julie Jouve et Rida Belghiat
Prix Shorts TV (Compétition Ovni) : Johnno’s Deadde Chris Sheper
Prix du Jury Jeune (Compétition Européenne) : Avec Thelma de Ann Sirot et Raphaël Balboni
Prix du public (Compétition Européenne) : Kukista ja mehiläisistä (About the Birds and the Bees) de J.J. Vanhanen
Prix spécial du jury : Fox-Terrier de Hubert Charuel
Grand Prix de la ville de Brest : Kukista ja mehiläisistä (About the Birds and the Bees) de J.J. Vanhanen
Qu’ils soient Français, Anglais, Belges ou encore Finlandais, les lauréats de cette 32e édition du Film Court se sont imposés notamment par leur jeune âge. La modernité de leur style, l’esthétisme de leur photographie et la justesse de leur scénario ont su captiver l’attention du public et des membres du jury.
Pour ceux et celles qui n’auraient pas pu découvrir ces courts métrages, sachez que les films primés seront rediffusés aujourd’hui au Festival Européen du Film Court à partir de 16h00, pour le plus grand plaisir de tous.
Ce jeudi 9 novembre, les cinéphiles et amateurs de films étrangers ont pu découvrir, en intégralité, les différents courts métrages sélectionnés dans la Compétition Européenne du Festival Européen du Film Court de Brest. L’occasion pour nous de revenir sur nos coups de coeur de la journée.
Vingt-six. C’est le nombre exact des courts métrages représentés dans la Compétition Européenne du Film Court. Autant dire que ce chiffre nous a permis de découvrir une large sélection d’œuvres diverses et variées. Si l’origine, le genre et le scénario de ces films ont une signification évidemment différente, il y a bien une chose sur laquelle ils se rejoignent tous : l’effet de surprise qu’ils suscitent chez le spectateur. Car, oui, un court métrage c’est avant tout une œuvre singulière qui arrive, en seulement quelques instants, à nous délivrer un message fort.
Et cette année, les choix artistiques du Film Court se sont tournés quelque peu vers l’innovation. En effet, la majorité des courts métrages européens présentés lors de cette 32e édition révèlent certaines prouesses techniques. L’histoire ne passe plus seulement par les mots, mais aussi et surtout par les images, et les jeunes réalisateurs l’ont bien compris.
Voici nos premiers coups de coeur !
Sette Pizze (compétition européenne 4)
Sara, une livreuse de pizzas, tombe dans un univers de merveilles, fiction et dangers mortels.
https://vimeo.com/203464096
Wannabe (compétition européenne 3)
Projet à la rencontre entre le cinéma et l’univers des vidéos en ligne, Wannabe raconte l’histoire d’une jeune YouTubeuse qui se construit un monde fictif sur internet.
Avec Thelma (compétition européenne 4)
Lorsqu’un volcan islandais bloque l’espace aérien au-dessus de l’Europe et retient les parents de Thelma à l’étranger, Jean et Vincent accueillent l’enfant chez eux à Bruxelles pour une durée indéfinie. Avec elle, ils découvrent les affres et les joies de la vie parentale.
Évidemment, il s’agit seulement de trois pépites parmi une longue listes de bijoux cinématographiques. Mais ce premier aperçu en dit long sur la richesse des courts métrages présentés pour cette 32e édition du Festival Européen du Film Court de Brest.
Découvert en avant première à l’Arras Film Festival, Sparring conte l’histoire d’un perdant qui va enfin avoir son épopée et alors afficher sa valeur et son courage dans un récit exposant un élément de la boxe méconnu du grand public : le sparring.
Synopsis : À plus de 40 ans, Steve Landry est un boxeur qui a perdu plus de combats qu’il n’en a gagnés. Avant de raccrocher les gants, il accepte une offre que beaucoup de boxeurs préfèrent refuser : devenir sparring partner d’un grand champion.
Le courage des sparring
Matthieu Kassovitz / Steve, un boxeur qui encaisse les coups.
Steve (Matthieu Kassovitz) n’est pas un grand boxeur. Mais c’est un sportif professionnel. Sa fille représente tout ou presque pour lui. Elle joue du piano, plutôt bien. Steve croît en elle, au point de se convaincre qu’elle a « le truc », soit le don. Afin qu’elle progresse, le père désire lui acheter un piano. L’instrument a un prix, lui rappelle la mère qui est aussi inquiète par rapport au paiement des mutuelles. Le boxeur est prêt à rapidement vivre son cinquantième combat. Le dernier, a-t-il promis à tous. Finalement, Steve n’arrive pas à se placer dans quelque match que ce soit. Mais l’un de ses plus grands défis arrive. Il demande à un entraineur de le prendre pour être un des sparring partners d’un grand champion sur le retour, Tarek M’Bareck (interprété par le champion du monde de boxe des super-légers Souleymane M’Baye). L’entraineur l’avertit de suite : « Je ne veux pas de sparring qui se plaigne ». Le job est très bien payé, mais il est physiquement destructif. Lorsque la femme de Steve l’apprend, elle lui renvoie à la figure d’anciens propos : « le sparring, tu m’avais pas dit que c’était envoyer des boxeurs à la boucherie afin qu’un autre se fasse la main avant un combat », lui dit-elle énervée.
Au prix d’une humiliation publique, de souffrances physiques et psychologiques, Steve gagne de quoi payer le piano de sa fille et la mutuelle. Il perdra au cours du récit la passion de sa fille pour son statut de boxeur. Elle lui déclarera même qu’elle ne peut pas supporter d’entendre les gens non pas l’insulter, mais lui souhaiter du mal. Mais le boxeur ne perdra pas de sa bravoure. Il ira plus loin, en donnant des conseils à l’ancien champion, et en acceptant même l’humiliation publique. Mais rien ne sera vain, puisque Tarek M’Bareck lui fera un cadeau. Le courageux, comme il l’appelle, aura droit au combat d’avant-programme de celui de Tarek. Soit un beau dernier combat avec un challenge et une grande victoire à la clef. Finalement, il réussira à réveiller la formidable joie de sa fille. Quant au champion, il gagnera grâce aux conseils de son brave sparring.
Ainsi Sparring est un film où la souffrance est intimement liée au courage. Loin des combats chorégraphiés de bon nombre de films du genre, le long métrage de Samuel Jouy a préféré capter les coups tels qu’ils sont. Et ils sont donnés, les acteurs suent, subissent, fatiguent, souffrent. De plus, les chocs des gants de boxe sur l’adversaire ne produisent pas de sons punchys tels qu’on en entend dans les Rocky. Les sons sont secs, exposant la violence soudaine des combats. Les conséquences touchent toutefois sur du long terme : les plaies de Steve s’ouvrent à nouveau facilement ; le sportif affiche des pertes de mémoire. En outre, les traces laissées par la violence de son sport sont visibles dans les espaces propres à l’environnement sportif comme dans ceux du quotidien : Steve, sous la douche, révèle un corps fatigué, profondément blessé ; on pense aussi au réveil difficile du boxeur dont la joue abimée reste collée à l’oreiller. Toutefois, les conséquences sur le psychologique ne prennent agréablement pas la forme du stéréotype de l’athlète sombrant dans ses ténèbres. Jouy travaille la justesse et les nuances du quotidien plutôt que le portrait sportif mythologique. Ainsi, Kassovitz incarne justement un père et un mari souriant, amuseur, vivant. Comme beaucoup, il subit parfois le quotidien : il triche lors de la pesée de ses fruits en supermarchés ; et il ne peut pas payer toutes les leçons de piano déjà accomplies par sa fille, dont certaines qu’il aurait régler il y a déjà un temps. Le courage du boxeur est aussi celui d’un homme comme les autres, qui fait au mieux pour les siens. Enfin, son humilité lui permettra d’accéder à son épopée.
La gloire des perdants
Le générique du film fait d’ailleurs le portrait de quelques boxeurs professionnels ayant connu peu de victoires et un grand nombre de défaites. On est d’ailleurs abasourdi face à celui qui eu trois succès pour environ deux cents cinquante échecs. Le postulat du film est ainsi clairement révélé : Jouy dédie son film aux perdants. Comme il le confirme dans l’interview qui nous a été donnée, le cinéaste voulait exposer les boxeurs de l’ombre, ceux qui souffrent et tombent, souvent pour servir la gloire de ceux restés debout. Steve dit d’ailleurs à Tarek : « Pour que des mecs comme toi puissent exister, il faut aussi des mecs comme moi ». Il expliquera aussi au champion que se remettre d’un chaos est difficile mais nécessaire pour pouvoir revenir dignement sur le ring.
Le courage des sparring – et plus largement de ces athlètes aux carrières difficiles – est ainsi lié à leur souffrance, et au fait d’assumer leur statut de perdant. Steve décrit son style de boxe ainsi : il prend des coups. Son premier entraîneur lui dira lors de son dernier combat qu’il lui faut arrêter d’être un bagarreur. Il lui donnera ensuite le meilleur des conseils : sois ce soir le boxeur que tu as toujours rêvé d’être. Le dernier combat de Steve sera alors épique. Un élément de réflexion se présente donc à nous : tous ces boxeurs qui ont connu tant de défaites et si peu de victoires auraient probablement voulu être des champions. Mais, pour telle ou telle raison, ils ont eu ces carrières difficiles qui ont permis d’élever celles des autres. D’ailleurs, l’utilisation de la Valse Triste de Sibelius lors de la préparation du combat final de Steve appuie la mélancolie de la représentation de ces braves méconnus.
Aujourd’hui le réalisateur nous invite à les reconnaître, à rendre hommage à ces tragiques héros du sport dont la gloire est enfin révélée par Sparring, premier beau film de Samuel Jouy.
Bande-Annonce – Sparring
Fiche Technique – Sparring
Réalisation : Samuel Jouy
Scénario : Samuel Jouy en collaboration avec Clément Roussier et Jérémie Guez
Interprétation : Mathieu Kassovitz, Olivia Merilahti, Souleymane M’Baye, Billie Blain, Lyes Salem
Directeur de la photographie : Romain Carcanade
Décors : Frédérique Doublet et Frédéric Grandclère
Costumes : Alice Cambournac
Montage : Tina Baz
Musiques : Olivia Merilahti
Production : EuropaCorp
Distribution : EuropaCorp Distribution
L’embargo américain autour de Justice League a pris fin aujourd’hui. Les avis sur les réseaux sociaux se multiplient…
Attendu au tournant, Justice League de Zack Snyder va débarquer dans les salles de cinéma du monde entier la semaine prochaine. Réunissant pour la première fois au cinéma l’équipe de super justiciers, le long-métrage est censé continuer la nouvelle ligne directrice de l’univers étendu DC, après le succès de Wonder Woman. Avant même le début du tournage, les studios annonçaient un film plus léger et fun que Batman V Superman et Man Of Steel. Depuis, la production du film a été marquée par le départ de Zack Snyder pour raisons personnelles, remplacé à la réalisation par Joss Whedon. De la disparition de personnages à la simplification de l’intrigue, les rumeurs concernant les modifications du film ont depuis défilé sur la toile. Alors, qu’en est-il du résultat final ?
« Justice League est un blockbuster fun, qui est assez divertissant pour surpasser ses défauts. L’équipe fonctionne très bien ensemble pour livrer quelques séquences héroïques spectaculaires, méritant vraiment d’être vues sur grand écran. Peut-être pas vraiment ce que certains espéraient, mais définitivement pas ceux dont certains avaient peur. »
#JusticeLeague is a fun blockbuster that is entertaining enough to overcome its flaws. The team works well together to deliver more than a few spectacular superhero moments worth seeing on the big screen.
Maybe not quite what some hoped, but definitely not what many feared.
« Justice League est un manège fun et mouvementé qui réussit ses personnages mais rate sa narration. C’est un produit mitigé qui est sauvé par ses acteurs, qui vont au-delà des défauts pour délivrer une entrée attrayante, drôle et prometteuse, bien qu’imparfaite, dans l’univers DC. »
#JusticeLeague is a fun, bumpy ride that succeeds in character, but fails in narrative. It’s a mixed bag of execution that’s saved by the actors, who rise above the shortcomings to deliver an engaging, funny and hopeful, yet flawed, entry to the DCEU. @joblocom
« Justice League est meilleur que prévu, mais n’est pas un coup de maître. L’interaction entre l’équipe est vraiment fun. Le film mène l’Univers DC dans une direction prometteuse. Flash et Aquaman volent la vedette. Cyborg et le méchant sont les points faibles. »
Justice League is better than expected, but not a home run. The interaction between the team is a lot of fun. The film sends the DCEU in a hopeful direction in line with where the brand should be headed. Flash and Aquaman steal the show. Cyborg and villain are the weak links.
« Justice League ! C’est okay. Narrativement, c’est un désastre. Les enjeux ne fonctionnent pas et le vilain n’est pas bon. Cependant, les héros sont supers. C’est drôle et il y a un vrai travail autour des personnages. Je n’ai pas adoré, mais il y assez d’éléments pour m’exciter pour le futur. »
JUSTICE LEAGUE! It's okay. Narratively it's a mess, the stakes don't work & the villain isn't great. HOWEVER, the heroes ARE great, it's funny, & there's some surprisingly effective character work. I didn't love it, but there are enough good pieces to excite me for the future. pic.twitter.com/OY4ARJ5vDY
« Justice League est divertissant une bonne partie du temps malgré une narration et un développement des personnages faibles. Il y a plus de fun, d’humour et de cœur que dans Batman V Superman, mais le film se précipite dans certaines scènes, ne laissant pas de temps pour développer. »
#JusticeLeague was entertaining for a good portion of the time though thin on storytelling and character development. There's more fun, humor and heart than BvS but it also feels very rushed with some scenes given zero time to develop.
Alors impatients ? Vous pourrez découvrir le film le 15 novembre dans les salles françaises. Réalisé par Zack Snyder, Justice League aura à l’affiche Ben Affleck, Gal Gadot, Jason Momoa, Ray Fisher, Ezra Miller et Henry Cavill.
« Après la mort de Clark Kent / Superman (Henry Cavill) des mains de Doomsday dans BvS, le justicier Bruce Wayne / Batman (Ben Affleck) réévalue ses méthodes extrêmes et commence à réunir des héros extraordinaires pour former une équipe de combattants afin de défendre la terre de toutes sortes de menaces. »