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American Horror Story Cult : Make America great again

Après trois dernières saisons très moyennes, American Horror Story Cult revient en force avec une critique virulente de la société américaine depuis l’élection du clown Donald Trump. La série horrifique d’anthologie n’a jamais été aussi politique. Cette fois les véritables monstres sont les humains.

Objet culte de Ryan Murphy, la série d’anthologie American Horror Story vient de conclure sa septième saison. N’ayant laissé fuiter que quelques informations avant son premier épisode, la saison 7 baptisée Cult était attendue au tournant. En effet, cela fait plusieurs saisons que la série horrifique a cessé de faire peur. Pourtant, les deux premières étaient des véritable coups de génie. Murder House réinventait le schéma classique du manoir hanté avec les éléments qui allaient devenir l’ADN de la série, à savoir une galerie de personnages étranges, du sexe et des séquences tordues. Le tout se constituait autour d’une intrigue simple et cohérente, croisement entre Rosemary’s baby et Poltergeist. La saison Asylum s’est imposée comme un chef d’œuvre télévisuel où l’abondance d’intrigues et de thématiques formaient un véritable spectacle d’horreur efficace et intelligent. Depuis, American Horror Story patauge. On retrouve des protagonistes excentriques à foison, des bonnes idées qui fourmillent entre les épisodes et des scènes toujours aussi dérangeantes. Mais la capacité de Ryan Murphy à construire un récit clair, qui ne se laisse pas ronger par ses personnages, est portée disparue. Éloignée du  » gothique chic  » de Freak Show ou Hotel la saison 7 propose un univers plus terre à terre et en phase avec l’actualité.

Pour cette saison, pas de fantômes, de sorcières ou de créatures étranges. Les vrais monstres sont les humains. Pour la première fois, la série n’a jamais porté aussi bien son nom. American Horror Story Cult conte l’horreur que la société américaine est en train de vivre depuis l’élection de Donald Trump et dresse le portrait d’une Amérique névrosée et tourmentée. Tout l’intérêt de la saison réside dans la métaphore politique qu’elle constitue. Chaque personnage est là pour représenter un pan de la société américaine. Le couple lesbien, porté par Sarah Paulson et Alison Pill, forme l’aspect progressiste et démocrate, meurtri par la défaite d’Hillary Clinton. Le personnage de Sarah Paulson, phobique des clowns, fait une crise de panique à chaque vision de Donald Trump. Futé. La baby-sitter Winter Anderson symbolise une jeunesse idéaliste en manque de repères, capable de basculer de la marche des femmes à l’extrême droite. Les voisins Wilton représentent la bien-pensance exacerbée sous forme de  » Social Justice Warrior « , ces justiciers de l’internet prêts à défendre chaque minorité. La journaliste biaisée, Beverly Hope, incarne les médias généralistes américains, qui sont accusés d’avoir contribué à l’élection de Trump.

Arrive alors le personnage clé de la saison : Kai Anderson, leader charismatique, joué par Evan Peters. Manipulateur aux cheveux bleus, il est l’allégorie de l’alt-right américaine. Surfant sur l’insécurité et la crise identitaire, le mouvement se renforce à travers son idéologie suprématiste et ultra-conservatrice. Le  » Cult  » du titre fait référence à la secte que constitue Kai. A une époque où on ne prospecte plus dans les lieux publics mais sur les forums en ligne, Kai va recruter tout le monde. Partout. Séducteur et doté d’une intelligence sociale, son discours s’adapte face à chaque personne qu’il veut endoctriner.  Moralement ambigu, son personnage est tout aussi perdu que les autres. D’un côté, il prône des valeurs familiales conservatrices, de l’autre il s’engage dans un plan à 3 avec sa sœur et son amant pour faire un enfant. Alors qu’il est prêt à sauver toutes les victimes d’un pasteur tordu, il ira plus tard assassiner chaque individu ayant une opinion contraire à la sienne. Finalement, Kai ne représente rien. Il dirige une secte où personne ne partage les mêmes valeurs. Toute la saison pourrait être la représentation physique de ce qui se passe sur Internet, là où les mouvances extrémistes recrutent les esprits influençables. Chacun des assassinats, commis par la secte, sont semblables aux  » raids  » sur les réseaux sociaux. Ces agressions numériques qui ont lieu lorsque qu’un groupe d’internautes se déchaîne et  insulte en masse une même cible de manière organisée. Les épisodes de la saison sont entre-coupés de reconstitutions historiques de vraies sectes qui ont marqué l’histoire des Etats-Unis pendant le 20ème siècle. Ces mêmes sectes qui inspirent Kai, qui se revendique comme un Charles Manson contemporain. Malgré une fin brouillonne, la dernière scène clôt avec force l’ambition morale et politique de la saison. Ally, élue démocratiquement sénatrice du Michigan, qui sous la même capuche de Valérie Solanas semble être bien près de fonder une nouvelle secte. La véritable prise de pouvoir est celle des femmes à l’image de la scène de débat qui oppose Kai, qui déblatère des propos sexistes, face à une Ally impassible.

Soyons clairs : la saison ne fait jamais peur. Véritable cri d’alarme sur une Amérique divisée en crise, Cult provoque l’effroi par son réalisme. American Horror Story se met enfin à reparler d’autre chose que de soi-même.

American Horror Story Cult : Bande-annonce

En bonus le générique d’American Horror Story Cult :

https://www.youtube.com/watch?v=XAmTyoE-imA

American Horror Story Cult : Fiche technique

Créateur & Showrunner : Brad Falchuk, Ryan Murphy
Casting : Sarah Paulson : Rôle : Ally Mayfair-Richards, Cheyenne Jackson : Rôle : Dr. Rudy Vincent, Evan Peters : Rôle : Kai Anderson, Billie Lourd : Rôle : Winter Andersonn, Alison Pill : Rôle : Ivy Mayfair-Richards
Nombre d’épisodes : 10
Nb. d’épisodes : 11
Chaîne d’origine : FX

USA – 2017

Vice Principals, saisons 1 et 2 : Un examen réussi haut la main

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La deuxième et ultime saison de Vice Principals a pris fin la semaine dernière sur HBO. Retour sur cette série attachante créée par l’équipe de Kenny Powers (Eastbound and Down).

Synopsis : Neal Gamby et Lee Russell sont tous les deux vices-proviseurs au lycée North Jackson. Ils ne peuvent pas se blairer mais ils partagent un même rêve : devenir le proviseur de l’établissement. Hélas, leur rêve s’effondre à l’arrivée du Professeur Belinda Brown à la tête de North Jackson. Gamby et Russell vont alors s’allier pour faire partir Brown…

Il n’y a pas que les élèves qui font d’énormes bêtises. Les professeurs et même les proviseurs peuvent aussi en faire. Vice Principals raconte en dix-huit épisodes dispatchés sur deux saisons, la guerre entre deux professeurs/vice-proviseurs comme le titre l’indique, qui se battent pour avoir la place suprême de proviseur délaissée par Bill Murray. Déjà, ça commence bien. Et jusqu’au tout dernier épisode, la série est complètement barrée. Mais pas que justement.

A l’origine, Vice Principals devait être un long-métrage. Le projet, initié par les créateurs de Kenny Powers (Eastbound and Down), s’est finalement transformé en série. Pourtant, la marque du projet initial est plus ou moins présente, notamment à travers le découpage des saisons (qui pourrait pratiquement être perçu comme des chapitres dans un film ou même un entracte) :

« Toute la série dura seulement 18 épisodes. Et puis c’est tout. Nous voulions faire comme un très long film. L’histoire se passe sur une année scolaire, c’est une histoire complète et finie. À la base, c’est un vieux scénario que Jody Hill et moi avons écrit, en 2006. On a rajouté des choses et on retravaillé le truc, pour que ça fasse une histoire en 18 segments. HBO nous a fait confiance. Totalement. Personne n’a même vu ce qu’on a fait ! »  (Danny McBride, Première)

La saison 2 est la suite directe de la saison 1 (cette dernière termine sur un cliffhanger – on connait toute la vérité à la fin de la série) à part que le – vrai – personnage principal, Neal Gamby, évolue considérablement (évolution en question qui reste étonnamment crédible en humanisant le personnage). Ainsi, la première saison se concentre sur la destruction (dans tous les sens du terme) tandis que la seconde porte davantage sur la rédemption.

Au-delà d’une structure qui solidifie considérablement le récit, les personnages principaux (Gamby, Russell et Brown) bénéficient aussi d’une écriture de qualité dans le sens où ils ne sont pas caricaturaux et encore moins manichéens. Les scénaristes ont su faire la différence entre des traits grossis et la pure caricature qui aurait pu tout gâcher. Ils ont alors su dresser les portraits de personnages qui ont besoin d’une reconnaissance publique. Ce sont des personnages marqués par leurs histoires intimes, leurs différences aussi. Leurs failles les humanisent sans évidemment condamner les actes qui sont condamnables.

Danny McBride (Alien : Covenant, Sausage Party) parvient grâce à son interprétation sans failles à montrer la sensibilité qui se cache derrière son personnage : a priori Neal Gamby est un odieux personnage mais il est en réalité un gros nounours qui manque cruellement confiance en lui. Walton Goggins (The Shield, Les 8 Salopards) est certainement celui qui se détache le plus du reste de la distribution. Il est hilarant dans ce rôle de salaud blessé? excentrique et maniéré. Enfin, la méconnue Kimberley Herbert Gregory est surprenante dans le rôle du Professeur Brown, cette mère célibataire et proviseure à la fois très compétente, professionnelle mais également dure dans certaines situations. 

En revanche, et c’est peut-être un des seuls défauts notables de cette très bonne série, les personnages secondaires ne bénéficient pas de cette même qualité d’écriture. On pense principalement au cas d’Amanda Snodgrass (interprétée pourtant par la charismatique Georgia King, dont on garde un excellent souvenir d’elle dans Wild Child) qui reste encore un peu creux. Son histoire avec Gamby est hélas mal exploitée pour ne citer que cet exemple.

Vice Principals est une comédie attachante, souvent drôle mais également très touchante. Notamment dans l’exploitation de la bromance entre Neal et Lee. Peut-être même une des meilleures bromances vue à la télévision. On quitte cette série à contre-coeur.

Vice Principals : bande-annonce

Vice Principals : fiche technique

Créée par Danny McBride et Jody Hill
Casting : Danny McBride, Walton Goggins, Kimberly Hebert Gregory, Georgia King, Busy Philipps, Shea Wingham
Genre : comédie
Format : 30 minutes
Premier épisode  : 17 juillet 2016
Chaîne d’origine : HBO

Le Musée des merveilles de Todd Haynes, un conte éblouissant sur l’enfance

Sous ses allures de film délicat sur l’enfance, Le Musée des Merveilles est un conte initiatique illuminé et émouvant qui suit la fuite de deux enfants sourds à la poursuite de leurs destins. Beau et aventureux, le film de Todd Haynes déclare une nouvelle fois son amour pour le cinéma.

En ce moment même, le cinéma américain ressent le besoin de parler de l’enfance, de leur trauma, de suivre avec leur regard la genèse d’un monde qui se construit sous leurs yeux : comme Stranger Things ou même It récemment. Sauf que Todd Haynes, dans un genre bien différent, va plus loin que cela dans son analyse et magnifie cette bravoure de l’innocence. L’une des citations du film, que le jeune Ben connait de sa défunte mère, est « Nous sommes tous dans le caniveau, mais certains d’entre nous regardent les étoiles ». Elle décrit parfaitement le film : d’une situation difficile, d’une origine inconnue, de la peur de la solitude, la promesse du mystère n’est jamais loin. Et le cinéma est l’une de ces étoiles.

Le Musée des Merveilles procure le même effet que The Lost City of Z de James Gray sorti cette année :  voir le cinéma américain s’élever à un tel niveau de noblesse et d’humilité requiert une admiration instantanée. Le Musée des Merveilles est un film qui regarde autant vers l’avant que vers l’arrière, avec deux histoires à la temporalité différente (celle de Ben en 1977 et celle de Rose en 1927) : d’un côté il y a la dichotomie du noir et du blanc accompagnée par le cinéma muet des années 20 et de l’autre, la souplesse crade et l’imagerie funky des années 70.

Le cinéma de Todd Haynes, derrière son élégance et son fétichisme presque maniéré, est un cinéma de la liberté. Du parcours de deux enfants dans la mégalopole aussi enchanteresse que dangereuse qu’est New York, Le Musée des Merveilles appuie avec aisance sur la corde du romanesque : pour le cinéaste c’est une manière pour lui de parler à la fois de son amour pour des personnages asphyxiés par les ressorts de la vie que de son admiration pour les possibilités que le cinéma lui offre. Dans cette course contre la montre, qui voit Ben chercher un père qu’il ne connait pas et la jeune Rose trouver une star qu’elle adule, l’espace-temps se décroit autant qu’il s’accroit, les décors changent mais cette énergie de découverte reste la même. Chez Todd Haynes, la naïveté ne rime jamais avec guimauve car sous couvert d’une émotion palpable, l’univers dépeint se veut d’une pudeur sans égale : comme Carol, qui ressemblait parfois fortement à In The Mood for Love, le cinéaste caresse les sentiments de ses personnages au lieu de les exploiter comme en témoigne ce premier souvenir de Ben, un souvenir égaré et langoureux, entre lui et sa mère lors d’un de ses anniversaires où la rare mais éclatante Michelle Williams erre dans la scène comme un fantôme irrattrapable.

Le Musée des Merveilles aurait pu s’avérer très scolaire voir assez monocorde, studieux mais creux dans sa reconstitution d’époque mais c’est tout le contraire. Et même si les scènes se font échos d’une époque à l’autre, cela accentue la portée similaire et gémellaire des origines de nos deux protagonistes. Todd Haynes dévoile ici un écrin sublime, qui derrière la beauté de ses images, est d’une intelligence assez rare. Quand la caméra se pose et découvre le monde qu’elle nous propose, le Musée des Merveilles superpose l’innocence de l’enfant à la phosphorescence du cinéma. L’aventure n’est pas seulement de connaitre la finalité du récit mais aussi de voir des genres de cinéma se modeler et s’animer devant nous sous la magistrale B.O. de Cartel Burwell : notamment à travers les vestiges d’un Musée, d’une chambre d’un garçon, d’une cachette, d’une immense maquette de New York.

Le souvenir, la mémoire, les intentions : c’est tout notre passé qui se lit dans la matérialité et les objets qui nous entourent, dissimulant alors les secrets les plus inavouables, comme l’amour intemporel pour un fils. En narrant le récit de deux jeunes sourds, Todd Haynes ne raconte pas seulement la bataille qui combat les obstacles, la quête de soi ou les prémisses de la tolérance mais dessine les contours du poids des images et du silence, car malgré les marasmes ou les larmes qui coulent sur les joues, lever les yeux au ciel nous permet de distinguer notre étoile.

Synopsis : Sur deux époques distinctes, les parcours de Ben et Rose. Ces deux enfants souhaitent secrètement que leur vie soit différente ; Ben rêve du père qu’il n’a jamais connu, tandis que Rose, isolée par sa surdité, se passionne pour la carrière d’une mystérieuse actrice. Lorsque Ben découvre dans les affaires de sa mère l’indice qui pourrait le conduire à son père et que Rose apprend que son idole sera bientôt sur scène, les deux enfants se lancent dans une quête à la symétrie fascinante qui va les mener à New York.

Le Musée des Meveilles : Bande annonce

Le Musée des Merveilles : Fiche Technique

Réalisateur : Todd Haynes
Avec Oakes Fegley, Millicent Simmonds, Julianne Moore, Michelle Williams
Scénariste : Brian Selznick
Compositeur : Cartel Burwell
Directeur de la photographie : Edward Lachman
Chef monteur : Affonso Goncalves
Distributeur Metropolitan FilmExport
Genres Drame, Aventure
Date de sortie : 15 novembre 2017
Durée : 2h 00min

Etats Unis – 2017

Entretien avec les frères Foenkinos : Stéphane répond à nos questions

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L’interview de Stéphane Foenkinos au sujet du dernier film Jalouse, des frères Foenkinos sortie ce mercredi 8 novembre 2017 dans les salles de cinéma.

CineSeriesMag – Parlez-nous de la genèse de ce projet. Quand et comment vous est apparue l’idée de faire le portrait d’une mère en début de ménopause, jalouse de sa fille ?

Stéphane Foenkinos – Après La Délicatesse, l’idée était d’axer en premier lieu le film à nouveau sur une femme mais d’une autre génération. Très vite nous nous sommes rendus compte que si les rapports mère/fille avaient souvent été traités, ils ne l’avaient quasiment jamais été explorés sous cet angle. Des parents jaloux de leur enfants, c’est très tabou et provocateur!
La mère vivant une bascule, à la fois physique et physiologique, elle va peu à peu reporter sa frustration sur celle qui éclot à la vie. Nous tenions notre sujet et le prétexte à une comédie qui dérape.

CineSeriesMag – Comment avez-vous dirigé vos acteurs? Le choix de chacun d’eux et surtout Karin Viard…

Stéphane Foenkinos – Les choix se sont faits en accord avec mon frère et un directeur de casting, David Bertrand (Patients / Chocolat…). Le rôle était écrit et rêvé pour Karin, nous avons eu la chance qu’elle dise oui en 24h. Ensuite, nous avions aussi pensé à Marie-Julie Baup (Isabelle), qui avait joué une pièce de mon frère. Thibault de Montalembert et Bruno Todeschini apparaissaient respectivement dans notre 1er court (Une Histoire de Pied) et notre 1er long (La Délicatesse). Anne Dorval en Sophie, comme Anaïs Demoustier en Mélanie étaient des envies très fortes, mais nous n’avions pas la garantie qu’elles acceptent un « second rôle ». Heureusement le scénario et le désir de travailler avec Karin les ont aussi convaincus. Quand à Corentin Fila, nous l’avions adoré dans Quand on a 17 ans de Téchiné et il a fait des essais remarquables. Last but not least (« Dernière, mais non des moindres »), Dara Tombroff, la fille danseuse de Nathalie, Mathilde, est un miracle à elle seule. Nous avons visionné près de 300 essais venant de toute la France. Il fallait une vraie danseuse qui puisse jouer la comédie et ressembler (même un peu) à Karin. Elle était sous contrat à l’Opéra de Bordeaux et a dû démissionner pour le rôle. C’est une révélation comme rarement. J’ai exercé la profession de directeur de casting pendant 20 ans et j’applique aujourd’hui la règle d’or des cinéastes: le choix des bons acteurs vous déleste déjà de 90% de la direction.

CineSeriesMag Comment aviez-vous travaillé avec les deux compositeurs? Il me semble que c’est Paul Marie Barbier qui a pris contact avec vous par l’intermédiaire d’un ami en commun?

Stéphane Foenkinos – Nous cherchions un compositeur pour les musiques au piano qui accompagnent le cours de danse. Bertrand Vacarisas, producteur et cinéaste qui a réalisé notre making of nous a parlé de Paul-Marie que j’avais déjà croisé avec les membres du groupe Caravan Palace dont il est le clavier. Il a demandé à lire le scénario et quelques semaines plus tard, il nous a proposé des thèmes avec son comparse, Julien Grunberg. Nous avions beaucoup de propositions de personnes plus connues ou installées, mais dès qu’on a entendu leur thème, sans même nous consulter, nous avons eu un coup de foudre qui ne s’est jamais démenti.

CineSeriesMag – Quelles influences pouvez-vous revendiquer? Musicalement, photographiquement, cinématographiquement..?

Stéphane Foenkinos – Musicalement, nos admirations respectives sont incluses dès le scénario : Coltrane, Tchaïkovski ou Sophie Hunger. On pense évidemment aussi à Emilie Simon qui avait composé la partition de La Délicatesse. Cinématographiquement, on nous rapproche beaucoup d’autres frères, mais notre préférence va aux Coen, sinon nous restons attachés au cinéma français des années 70 (Truffaut, Sautet, Corneau…. sans oublier quelques comédies de Veber ou Zidi) Et puis dans le désordre Haneke, Almodóvar, Woody Allen et la comédie américaine classique par exemple. En photo, nous aimons aussi les classiques et la composition d’un Irving Penn ou l’humour et le naturalisme de Martin Parr. Par ailleurs nous avons tous deux été impressionnés par l’histoire incroyable de Vivian Maier, gouvernante américaine des années 50 à 80 qui prenait des centaines de photos… retrouvées et tirées après sa mort…Et sinon on en oublie forcément!

CineSeriesMag – Comment travaillez-vous tous les deux, entre frères ? Quel type de collaboration ? Qui fait quoi ?

Stéphane Foenkinos – Nous avons la chance d’être très complémentaires dans notre fonctionnement et nos compétences. On travaille beaucoup en amont et sur le plateau je suis plus avec les comédiens quand David reste au cadre, mais toute les décisions se font à deux!

CineSeriesMagQuel est votre parcours à tous les deux ? Les difficultés rencontrées au début de votre carrière? A quoi faire face en tant que scénariste / romancier..?

Stéphane Foenkinos – Notre enfance calme en banlieue parisienne ne nous prédestinait pas du tout à des métiers artistiques. Mon frère est d’abord devenu attaché de presse et a attaqué ce métier par la communication. Mais l’écriture est arrivée et il a réussi à en vivre très vite. De mon côté j’etais prof d’anglais et la rencontre avec Jacques Doillon a été déterminante. Il m’a fait confiance et m’a propulsé directeur de casting. Plus que des difficultés, je parlerais de galop d’essais. Pendant plus de 10 nous avons travaillé ensemble sur des projets qui ne se sont pas faits !

CineSeriesMag Sur quoi travaillez-vous actuellement ?

Stéphane Foenkinos – Nous tournons autour d’un sujet… mais la tendance est qu’après 2 films de « femmes », nous avons envie d’une histoire d’hommes!

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Sur le tournage de La Délicatesse (copyright Jessica Forde)

CineSeriesMag – Quel importance donnez-vous aux festivals? Vous étiez intervenant au 17ème Festival international des Scénaristes de Valence et Jalouse a été présenté en AVP à Arras en octobre dernier… Quels ont été les retours?

Stéphane Foenkinos – Les festivals sont essentiels pour les rencontres d’abord entre gens du métier si éloignées de soi d’ordinaire et surtout pour tester les premiers publics et se roder aux questions qui reviennent souvent 😉

CineSeriesMag – Quels conseils donneriez-vous à de jeunes cinéastes en herbe ?

Stéphane Foenkinos – Soyez curieux! Voyez un film par jour et alternez entre une nouveauté française, un film de patrimoine, un blockbuster, un film d’auteur, un film étranger … Ne négligez pas le théâtre, la littérature, la danse, l’architecture… Mangez de la pellicule! Et aussi testez vous lors de cours de comédie, c’est bête mais cela vous sera très utile quand vous aurez à diriger des comédiens.

Remerciement aux frères Foenkinos.

Maryline, le 2e film de Guillaume Gallienne met en scène une héroïne inattendue et touchante

Après l’immense succès de Guillaume et les garçons à table, Guillaume Gallienne revient avec un 2e film radicalement différent. Il lorgne largement vers le drame, parfois un peu trop misérabiliste, mais s’en sort avec brio en s’attachant aux imperceptibles mouvements d’une héroïne touchante et jamais figée.

Elle

Elle porte son prénom en hommage à une icône (Marilyn Monroe), c’est en tout cas ce qu’elle dira à une actrice qui s’attache à la soutenir. Ce personnage sobrement décrit comme une « femme modeste » dans le synopsis est en fait, un être privé de reconnaissance, de bienveillance et de douceur.  Une scène vers la fin du film, le montrera d’ailleurs très bien. Tout tient à un artifice de théâtre, car c’est bien de jeu qu’il est question tout du long, tout tient à des souvenirs de tristesse, d’enfermement, de manque de mots. Tout tient aussi au visage que veulent bien offrir à Maryline les personnages qu’elle croise. Il y a ceux qui hurlent, qui la rejettent parce qu’elle n’est pas aussi à l’aise qu’eux, aussi forte, aussi détendue. Elle est avant tout fragile et fragilisée par des sortes de monstres humains. Heureusement, Guillaume Gallienne met aussi des adjuvants sur sa route, des personnages bienveillants (c’est le mot-clef). S’il pousse parfois le trait ou le curseur du drame un peu loin, le réalisateur sait aussi doser les péripéties de son héroïne pour la faire grandir sous nos yeux, sans qu’elle ne se renie, sans que tout à coup elle ne devienne un  papillon majestueux. Il se moque également de ce regard presque surplombant porté sur la détresse de Maryline. Une scène où Maryline est censée recevoir une vieille amie le montre très bien, car elle est un trompe-l’œil magistralement conçu. On se prend de pitié pour le personnage et Maryline nous fait alors un pied de nez.

« Comme un sourire sur ma destinée »

La force du film est surtout de distiller de la douceur, de la franchise et de la beauté aussi, une beauté qui dit que ses personnages sont justes humains. S’il malmène énormément Maryline, la caméra du réalisateur la caresse aussi, la rend belle, puissante avant de la mettre à terre l’instant d’après. Maryline est la vie tout simplement, celle qui tend la main pour l’instant d’après la renvoyer au visage, telle une claque en pleine figure. Le film est aussi une pantomime, un peu comme M qui sort la même semaine, les films partagent une force commune, celle de parler du langage, de l’impossibilité de parler, de se dire, de sortir ce qu’il y a à l’intérieur de soi. Maryline est un personnage physique qui se jette sur ceux qui la désirent, mais qui  met à terre aussi ceux qui la blessent. Elle blesse aussi son propre corps, le détruit, l’envenime, elle tombe et se relève. Pourquoi une pantomime ? Parce que le film donne à voir ce qui ne peut complètement être dit et qui va bientôt être joué, parce qu’il se repose sur le jeu d’acteur, le théâtre, les tournages et leurs coulisses. C’est un film de blessure (celle de la chanson de Léo Ferré interprétée avec beaucoup de pudeur par Vanessa Paradis) qui s’ouvre infecte, grandie, est cachée puis exposée, avant peut-être de guérir ? Non car ce n’est pas l’objectif : il s’agit pour Maryline de (se) construire autour de la blessure initiale, autour de l’endroit d’où elle vient, sans le renier. Et la scène finale ne dit rien moins que ça : c’est l’explosion silencieuse de la reconnaissance presque excessive, c’est le théâtre de la vie qui s’expose. Ce n’est pas un conte de fées, ce n’est donc pas un happy end, c’est un hymne à la possibilité de garder la tête haute, même s’il nous est arrivé de la baisser, et surtout un hymne aux doutes, aux peurs que l’on peut finir par vaincre, sans pour autant s’oublier.

« Une femme, avec quelque chose en plus » 

On ne pas parler de Maryline sans parler de son actrice principale (la prestation de tous les acteurs est excellente), Adeline d’Hermy. Elle est une tragédienne, une actrice aux mille visages. Elle est surprenante, inattendue et porte le rôle, réellement. Elle dit surtout à travers son regard, son visage et les péripéties qu’elle traverse la possibilité d’être soi sans artifice, avec simplicité : l’actrice nous livre sans cesse une émotion brute. Surtout, elle évite un écueil dans son interprétation de Maryline : elle ne la rend jamais neuneu, jamais trop « venue d’un trou paumé », car ce qu’elle dit par le corps va au-delà du cliché.

Maryline : Bande annonce

Maryline : Fiche technique

Synopsis : Maryline a grandi dans un petit village. Ses parents ne recevaient jamais personne et vivaient les volets clos. À 20 ans, elle « monte à Paris » pour devenir comédienne. Mais, elle n’a pas les mots pour se défendre. Elle est confrontée à tout ce que ce métier et le monde peuvent avoir d’humiliant mais aussi de bienveillant. C’est l’histoire d’une femme, d’une femme modeste, d’une blessure.

Réalisateur : Guillaume Gallienne
Scénario : Guillaume Gallienne
Interprètes : Adeline d’Hermy, Vanessa Paradis, Alice Pol, Eric Ruf, Xavier Beauvois, Lars Edinger, Pascale Arbillot, Clotilde Mollet, Florence Viala
Photographie : Christophe Beaucarne
Montage : Valérie Deseine
Sociétés de production : Gaumont, LGM Films, France 2 Cinéma, Don’t be Shy Productions
Distribution : Gaumont Distribution
Durée : 107 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 15 novembre 2017

France – 2017

We Blew It, l’épilogue américain de J-B Thoret : critique

Avec We Blew It, Jean-Baptiste Thoret passe derrière la caméra pour terminer son état des lieux de l’Amérique des années 1960-70, après des années à avoir poursuivi son spectre à travers son admirable travail de théoricien sur les figures phares du Nouvel-Hollywood. 

Que reste t-il des années 60-70 ? Le mirage d’une révolution contre-culturelle avortée, l’héritage intimidant d’une émancipation des consciences qui peine à trouver son équivalent aujourd’hui, l’effervescence contestataire d’une génération rentrée dans le rang ? Autant de problématiques qui n’ont jamais cessé de poursuivre Jean-Baptiste Thoret en tant que critique et théoricien du cinéma. Passeur, au sens le plus noble du terme, d’une pensée dans laquelle la place centrale occupée par la question politique n’a pas tant vocation à mettre sous sa tutelle les mécanismes cinématographiques qu’à enrichir l’expérience spectatorielle, Thoret n’a cessé de traquer le spectre des ces années fastes à travers son objet d’études, Le Nouvel-Hollywood. Une licorne dont la quête pourrait bien avoir trouvé son achèvement avec We Blew it, road-movie documentaire sur l’héritage de cette époque dans l’Amérique qui n’avait pas encore élu Donald Trump au moment où il tournait.

La fin d’un cycle

Achèvement, car comme son titre l’indique, We blew it ne cherche pas à trouver dans l’Amérique moderne les raisons d’espérer une ultime résurrection de cette époque, ni même de faire le constat de sa disparition. Ni hochet nostalgique en quête du placenta maternel ni épitaphe tardive d’une période dont l’acte de décès a été signé depuis longtemps, We blew it interroge le passé pour investir le présent, détrône les 60- 70’s de leur utopie contre-culturelle pour mettre en perspective notre époque qui semble n’en avoir rien retenu, sinon leur détournement. Autrement dit, Thoret recherche ce qui a bien pu foirer pour que le système qui devait tomber (on nous l’avait promis) ait perduré jusqu’à aboutir à ce point culminant où l’Amérique est sur le point d’élire un milliardaire populiste ayant repris la rhétorique anti-système à son compte.

Or, ce positionnement présente un impact direct sur le dispositif de We blew it. Si la forme du road-movie permet à Thoret et son équipe d’embrasser le potentiel mythologique des paysages américains, visages de cinéma à l’expression ancrée dans l’inconscient populaire, le film ne se tient pas pour autant à une posture de déférence à leurs égards. Au contraire, la caméra de Thoret s’emploie constamment à mettre leur dimension fantasmatique en perspective, comme si l’auteur faisait attention à ne pas laisser sa propre subjectivité déborder l’objectif. Indéniablement, We Blew it est un film qui a conscience de la puissance iconique de ce qu’il filme (et avec son réalisateur, comment pourrait-il en être autrement ?) tout en prenant acte de leur démystification. C’est tout le propos du film que de regarder avec la gueule de bois les motifs qui vous avaient enivré la veille, tout en espérant épisodiquement y trouver quelques raisons de replonger dans l’ivresse.

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Simulacres et simulation

De fait, le portrait de l’Amérique moderne dressé par Thoret n’est pas seulement pour lui l’occasion de dévoiler la palette de nuances que le manichéisme institutionnalisé bien de chez nous (du genre élite new-yorkaise éduquée pro-Hillary vs redneck inculte pro-Trump) interdit. C’est également une façon de dresser le contre-bilan des années 70, de faire violence à son propre imaginaire pour en interroger la construction utopique (scènes terribles où des vétérans du Vietnam ressassent leur traumatisme d’avoir été accueilli à leur retour au pays par des vindictes et anathèmes les condamnant en tant que criminels de guerre). We blew it s’interdit les certitudes, mais celle selon laquelle les années 70 telles qu’on les a vécues par procuration ont vraiment eu lieu. Thoret s’efforce d’être à l’écoute du territoire et des personnes (célèbres ou non) qui le composent, comme s’il fallait mettre en perspective la perception d’une époque et la réalité rapportée par ceux qui en sont revenus.

Au fond, We blew it est un film qui traite la question des années 60-70 pour questionner leur existence même. L’œuvre d’un réalisateur qui évolue dans un paysage d’images et trop conscient de l’impact de ces images elles-mêmes pour ne pas se demander si celles-ci n’ont pas imprimé dans la rétine de l’inconscient populaire une réalité qui n’a jamais eu cours. Une dialectique qui se retrouve notamment dans les partis-pris de mise en scène de Thoret. Cinéaste évidemment cinéphile, l’auteur multiplie les renvois au Nouvel-Hollywood pour questionner ses propres références. On pense à cette scène où la caméra se ballade à Dallas, sur la route sur laquelle JFK a trouvé la mort comme si elle scrutait les traces d’un traumatisme vivace. Au fur et à mesure que l’écran balaye le bitume, une musique oppressante tout droit sortie d’un film de Brian de Palma, soit LE cinéaste qui a fait de ce jour funeste du 15 novembre 1963 le motif de son cinéma, s’accentue et envahit tout l’espace sonore. Comme si Thoret convoquait le spectre du réalisateur de Blow Out pour déréaliser ce qu’il filme et plonger dans une abstraction angoissante, qui dépasse l’événement historique factuel pour toucher du doigt quelque chose de plus perturbant. Pour celui qui arrive dans la salle vierge de toutes références, les outils fonctionnent au premier degré, mais pour le spectateur initié à son auteur et sa cinéphilie, Thoret ramène un événement historique à sa représentation cinématographie, comme si le passage d’un événement historique dans un régime d’images spécifiques en avait altéré la réalité initiale. Le Nouvel-Hollywood a t-il inventé ces années là ? Le cinéma a-t-il crée l’Amérique ? C’est la question angoissante qui parcourt la démarche de l’auteur, qui cherche les traces de cinéma dans ce qu’il filme.

Élégie d’une époque et de sa mémoire, We Blew it est l’histoire d’un bilan, celui d’un pays vis-à-vis de sa contre-culture et celui d’un auteur pour son objet d’études et son imaginaire. Le film marque surtout une incitation à célébrer le présent en tirant un trait sur son époque, à l’instar de cet extraordinaire plan final dans lequel la caméra s’éloigne sur la route en travelling arrière, alors que le noir et blanc envahit progressivement l’image. Comme si Thoret faisait ses adieux sereins à un âge qui rejoint le livre d’images du classicisme, regardant à cet instant une dernière fois en arrière pour mieux aller de l’avant. On n’aurait pu trouver de meilleure conclusion à ce documentaire tout bonnement indispensable, tant pour ceux qui connaissent ce travail que pour ceux qui se posent des questions sur les contradictions apparentes d’une Amérique qui n’a pas encore épuisé tout ses mystères.

We Blew It : Bande-Annonce

We Blew It : Fiche Technique

Réalisateur : Jean-Baptiste Thoret
Un documentaire avec Michael Mann, Peter Bogdanovich, Paul Schrader et Tobe Hooper
Durée : 2h 17min
Date de sortie : 8 novembre 2017
Distributeur : Lost Films
France – 2017

Justice League, des hommes et des dieux

A mi-chemin entre la vision d’auteur de Zack Snyder et le savoir-faire hollywoodien de Joss Whedon, Justice League est une œuvre hybride qui peine à trouver sa place malgré quelques fulgurances.

Pour mieux comprendre Justice League, il faut d’aborder s’intéresser aux obstacles qu’a rencontré sa production. Suite à un  Batman V Superman, jugé trop sombre par une partie du public et de la critique, Warner décide de brider la vision de Zack Snyder pour offrir un produit plus consensuel. C’est annoncé : Justice League sera un film bien plus léger, à des kilomètres de la noirceur du duel entre Superman et Batman. Vers la fin du tournage, un drame personnel touche le réalisateur. Drame qui l’amène à quitter le tournage pour être remplacé par Joss Whedon, papa de Avengers 1 et 2,  supposé simplement s’occuper du tournage additionnel. Joss Whedon a tellement participé à la supervision des reshoots qu’il est crédité comme scénariste. L’intrigue est alors simplifiée et radicalement modifiée. Des personnages sont littéralement virés du film ( Lex Luthor, Iris West ). De nombreuses scènes sont réécrites pour s’adapter aux reshoots massifs. La durée du film passe de 2h40 à 1h59.  Et c’est dans cette histoire qu’on retrouve toute la débâcle qui constitue Justice League.

wonderwoman-epee-galgadotMan of Steel et Batman V Superman étaient des œuvres fortes qui brassaient des thématiques religieuses et philosophiques, caractéristiques d’un réalisateur passionné et entêté. Justice League ne raconte rien. La représentation messianique de Superman disparaît alors qu’elle était tout le propos de son parcours initié par Man of Steel. Alors que le héros devait renaître pour embrasser enfin sa destinée, il n’apparaît que dans des scènes bâclées et jamais mémorables. La majorité de ses scènes dans le film sont issues des reshoots, à se demander son rôle initial dans la version de Snyder. Et c’est ici le principal défaut de Justice League. Le long-métrage souffre énormément de son tournage additionnel. Cohabite en deux heures la vision artistique appuyée de Snyder qui s’efface derrière la conformité et l’aspect familial recherché par Warner. En somme deux films en un. Le premier film permet d’offrir des plans d’esthète et des séquences dantesques, le deuxième noie le tout sous de l’humour forcé et une intrigue impersonnelle. En résulte un produit incohérent et bancal. Tenter de modifier un dessin déjà fini ne peut donner qu’un résultat brouillon.

Lisser pour mieux régner 

On sent les trous entre les séquences qui ont souvent du mal à s’aligner de manière efficace. Un des éléments les plus significatifs est la musique de Danny Elfman. Junkie XL ayant été viré du projet par Joss Whedon pour être remplacé par Elfman. Le célèbre compositeur signe une des pires bandes originales de sa carrière : un accompagnement musical très peu inspiré, qui va puiser dans Batman de Tim Burton et Beetlejuice. Adieu le somptueux thème de Man of Steel composé par Hans Zimmer, qui peine à se frayer un chemin dans le film. Justice League perd toute l’essence et l’intensité de l’arc initié par Man of Steel. A l’exception de quelques fulgurances, les plans bibliques et symboliques de Snyder ne font plus parties de l’ensemble. Tout comme le propos qui accompagnait ces références religieuses et historiques. Défiés dans Batman V Superman, les héros sont  démystifiés et font des blagues. La recette Marvel semble avoir ruiné l’aspect mature et adulte qui était la force de l’univers cinématographique DC. Après les mauvais retours critiques, Warner a décidé de se formater plutôt que d’assumer sa vision artistique. Suicide Squad avait déjà subi le même sort. Le studio ne semble pas apprendre de ses erreurs.

aquaman-batmobile-justiceleague-jasonmomoaPourtant, tout n’est pas à jeter. Loin de là. Le long-métrage repose sur des bases solides, à commencer par les personnages. Wonder Woman est une figure humaniste et angélique qui vole la vedette à chacune de ses apparitions. Gal Gadot ne fait plus qu’un avec son personnage. Ezra Miller incarne un Flash juvénile et sympathique, qui ne maîtrise pas encore ses pouvoirs. L’Aquaman de Jason Momoa est une ré-invention badass du super-héros, longtemps considéré comme ridicule. On regrettera une sous-exploitation du personnage malgré un fort potentiel. Tourmenté, Cyborg est un des personnages clés du film dont la présence est essentielle à l’intrigue. Pour cette autre représentation de Batman, c’est plus compliqué. Le justicier perd en sérieux et en violence mais conserve un grand  charme. Il reste l’adaptation la plus fidèle de l’homme chauve-souris sur grand écran. A l’image de la première apparition du héros où il arrête un gangster, le film n’hésite pas à puiser dans l’héritage cartoon de la Justice League. De nombreuses scènes rappellent le ton amusant et décalé de La Ligue des Justiciers ou encore l’univers de la trilogie Arkham. L’interactivité entre les personnages est savoureuse, notamment à travers le tandem Wonder Woman et Batman. On pourrait même penser que le film est une adaptation quasi-fidèle du long-métrage dessin animé Justice League : War qui contait la fondation de l’équipe. Les clins d’œil aux autres recoins de l’univers DC sont nombreux mais peu appuyés, à l’exception d’une scène post-générique lourdingue et abracadabrantesque et d’ un hommage inutile au Superman de Christopher Reeve. Quelques tableaux ( Aquaman sur la Batmobile, Superman qui fait la course avec Flash ou tient le lasso de Wonder Woman) raviront les fans.

batman-flash-wonderwoman-ezramiller-benaffleck-galgadot Certaines scènes de combat sont des véritables séquences jouissives où chaque héros arrive à briller. Mais aucune n’arrive à trouver la résonance épique que les personnages devraient évoquer.  Cependant, on peut souligner que certains éléments des précédents films ( les Amazones, le Codex ) trouvent une place cohérente dans l’intrigue. Mais certaines questions laissent sans réponses : si le retour de Superman peut être justifié, comment expliquer le retour de Clark Kent ? Qu’en est-il de Darkseid ? De nombreuses scènes semblent manquer à l’appel pour pallier les lacunes de l’histoire. Malgré tout, la formation de l’équipe est sympathique bien que constituée de manière maladroite face à un Steppenwolf, méchant générique dénué de toute originalité.  Les enjeux sont moindre tant l’invasion alien qui s’annonce semble déconnectée de la vie des autres humains, à l’exception d’une petite famille en Russie. Le résultat désincarné n’est que décevant lorsqu’on devine le film bien plus intéressant que Justice League aurait pu être.

Justice League ne semble être le film de personne. Ni de Joss Whedon qui a dû modifié, sur commande, un film pratiquement abouti, ni de la Warner qui a fait du projet son Frankenstein, encore moins de Zack Snyder dont l’œuvre a été entièrement dépossédée. Justice League déconstruit tout, sans faire-exprès. D’univers esthétique et philosophique, le DCEU est devenu divertissement familial. De divinité, Superman est devenu homme.

Justice League : Bande-annonce

Synopsis : Après avoir retrouvé foi en l’humanité, Bruce Wayne, inspiré par l’altruisme de Superman, sollicite l’aide de sa nouvelle alliée, Diana Prince, pour affronter un ennemi plus redoutable que jamais. Ensemble, Batman et Wonder Woman ne tardent pas à recruter une équipe de méta-humains pour faire face à cette menace inédite. Pourtant, malgré la force que représente cette ligue de héros sans précédent – Batman, Wonder Woman, Aquaman, Cyborg et Flash –, il est peut-être déjà trop tard pour sauver la planète d’une attaque apocalyptique…

Justice League : Fiche Technique

Réalisateur : Zack Snyder
Avec Ben Affleck, Henry Cavill, Gal Gadot, Ezra Miller, Jason Momoa, Ray Fisher, Amy Adams, Jeremy Irons
Scénariste : Chris Terrio, Joss Whedon
Compositeur : Danny Elfman
Directeur de la photographie : Fabian Wagner
Chef monteur : David Brenner, Richard Pearson, Martin Walsh
Distributeur Warner Bros. France
Genres ! Action, Science fiction
Date de sortie : 15 novembre 2017
Durée : 2h 00min

Nationalité américaine

 

 

 

 

 

 

Steve Carell vs. Emma Stone dans Battle of the Sexes : critique

À l’occasion de l’Arras Film Festival, Battle of the Sexes de Jonathan Dayton et Valérie Faris a été dévoilé en avant-première. Retour sur leur récit de combat pour l’égalité des femmes à travers un match de tennis historique porté par l’interprétation de Steve Carell et Emma Stone.

Synopsis : 1972. La championne de tennis Billie Jean King (Emma Stone) remporte trois titres du Grand Chelem. Mais loin de se satisfaire de son palmarès, elle s’engage afin que les femmes soient aussi respectées que les hommes sur les courts de tennis. C’est alors que l’ancien numéro un mondial Bobby Riggs (Steve Carell), provocateur qui s’est autoproclamé « gros macho », met Billie Jean au défi de l’affronter en match simple…

Billie Jean King battles

Le nouveau long métrage des réalisateurs de Little Miss Sunshine n’est pas un film centré sur deux personnages, avec le récit de leur rivalité grandissante puis de leur rencontre (sportive) suivie de la naissance d’une amitié certaine, tel que Borg vs. McEnroe. À l’inverse de ce dernier, on ne peut reprocher à Battle of the Sexes de se concentrer davantage sur un personnage plutôt qu’un autre (en plus, de mauvaise manière). Le film porte bien son titre : il conte une bataille, avec les prémices du conflit, puis ses stratégies, le combat et enfin, une victoire, celle de Billie Jean King sur Bobby Riggs.

Ainsi, le métrage démarre sur le succès de la jeune tenniswoman, Billie Jean Kings, devenue numéro 1 mondiale du tennis féminin. Cette héroïne sportive s’engage dans un combat loin d’être facile à gagner au début des années 70s, l’égalité hommes/femmes. Un engagement qu’elle va d’abord mener dans son propre domaine : le tennis. BJK n’est pas extravagante même si les dialogues avec son associée Gladys Heldman (Sarah Silverman) tendent à représenter cette révolution comme une petite folie  d’une femme courageuse qui ne serait pas née à la bonne époque. En effet, la sportive fait face à nombreux machos (parfois insidieux) qui refusent tout progrès pour les femmes – et plus largement pour l’humain – sur le court de tennis. Ainsi l’égalité des salaires et le respect des joueuses leur sont refusés : « les femmes ne seront jamais aussi douées qu’un homme » entendra-t-on plusieurs fois.

Billie Jean King prouvera le contraire plusieurs fois en public : premièrement, en réussissant à mettre en place un tournoi féminin mobile qui aura son succès ; deuxièmement, en acceptant le match avec le provocateur Bobby Riggs, elle devra alors supporter toutes les provocations et extravagances du bonhomme, mais aussi du public et des journalistes dont de nombreux éléments sont machistes ou pro-« woman in the kitchen and in bed ». Puis, il y a ce fameux troisième moment, celui de la victoire de la sportive contre Bobby Riggs. Elle est alors consacrée, applaudie, félicitée par le public, des journalistes (dont certains ayant l’esprit relativement fermé juste avant le match). Et ce match sera l’une des batailles gagnées du combat pour l’égalité des sexes.

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Steve Carell / Bobby Riggs taquine Emma Stone / Billie Jean King avant le match.

Les réalisateurs Valérie Faris et Jonathan Dayton n’oublient pas de représenter la réalité sexuelle de la sportive : elle aime les femmes. Elle nie, puis l’admet. Ainsi sommes-nous témoins de la première relation passionnelle lesbienne de la tenniswoman. C’est alors que le récit d’amour doit faire face à l’Histoire. Billie Jean ne peut révéler cette face de sa vie au grand public. Il ne s’agit d’ailleurs même pas de libération sexuelle. L’héroïne découvre sa sexualité qu’elle devra occulter pendant un certain temps pour deux raisons : l’égalité hommes/femmes n’est pas le combat de l’acceptation de l’homosexualité par l’autre ou des droits civiques des LGBT. Dès lors, révéler sa sexualité pourrait ruiner le combat qu’elle mène pour les femmes sur les courts de tennis ; deuxième motif, son mari Larry explique à l’amante de Billie, Marilyn Barnett (interprétée par Andrea Riseborough) qu’ils ne seraient que des détails dans l’histoire de la sportive. Celle-ci aurait pour grand amour le tennis. Selon le même bonhomme, les détails ne doivent pas venir gêner la concentration de la championne et ainsi empêcher sa victoire, qui les dépasse tous. La sportive, elle-même, ne sera plus sûre de désirer Barnett à ses côtésparce qu’elle doit vaincre. Et pour cela, elle doit se concentrer, réfléchir, s’isoler. Son coming out attendra, et son droit de vivre librement et tranquillement en public sa sexualité aussi… Ce n’est pas le moment, lui dira avec compassion son costumier Ted Tinling (joué par Alan Cumming). Elle est déjà engagée dans un autre combat qu’elle doit mener à sa fin, la difficile battle of the sexes. Billie Jean King gagne, et plus tard, comme nous l’apprend le générique, sort victorieuse d’un autre combat : elle et Larry King divorcent ; les deux restent amis ; la championne devient la première sportive à faire son coming out ; depuis, elle continue à se battre pour l’égalité hommes-femmes ainsi que les droits LGBT. En 2009, la championne reçut la médaille présidentielle de la liberté pour de la Liberté pour ses engagements. Ainsi Battle of the Sexes, reconstruction d’un événement historique socialement et politiquement conséquent, est aussi le théâtre des batailles intimes et universelles de Billie Jean King.

Bobby Riggs victory

Même si Billie Jean King sort victorieuse de ses combats, non sans difficultés, son adversaire n’est pas en reste. Bobby Riggs est un joueur invétéré. Adepte des paris fous malgré la promesse faite à sa femme de ne plus en faire, l’ancien champion ne peut s’empêcher de s’amuser. Il gagne contre ses amis et son psy – lui aussi joueur –, dollars et voitures de luxe. Provocateur, Riggs va jusqu’à perturber une réunion d’addicts au jeu en leur disant qu’ils ne font rien de mal. Le tennisman ira jusqu’à déclarer que leur addiction serait en fait une passion qu’il mettrait mal en usage. Ces drogués aux jeux perdraient parce qu’ils jouent mal et ont de mauvais objectifs. Lui, gagne, car il réfléchit et met en place tout ce qui est nécessaire pour gagner.

Riggs entre de manière passive dans la bataille pour l’égalité des sexes : on le découvre pour la première fois regarder un show de télévision dans lequel Billie Jean King est célébré. C’est alors que vient une idée au quinquagénaire, celle de son ultime pari : vaincre la jeune championne en match libre en prétextant un combat idéologique. En effet, le tennisman s’amuse à s’appeler le « gros macho » et à se présenter comme le représentant des mâles américains et du monde contre les féministes assoiffées de pouvoir et qui voudraient prendre la place des hommes dans tous les domaines. Le récit de Riggs le provocateur est en réalité celui d’un addict de la victoire. Ce tennisman, grand champion couronné de succès et de médailles, a toujours vécu dans la course à son ultime victoire. La battle of the sexes, lancée par Riggs, représente l’opportunité pour le sportif d’avoir accès à ce dernier combat.

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Steve Carell / Bobby Riggs

Le cirque médiatique de Bobby Riggs est spectaculaire, grossier, gras, burlesque, fou, démesuré. Mais le tennisman révèle dans l’intime des brèches : il demande à sa femme prête à lancer le divorce d’être à ses côtés. En effet, le macho autoproclamé est loin d’être aussi fort qu’il le laisse paraître en public. Il demandera aussi de l’aide à son fils, en qui il a pleine confiance. Il sera d’ailleurs déçu que son fils ne l’accompagne pas au match. Bobby a peur, et s’il perdait ? Le succès économique serait moindre, sa réputation pourrait être entachée pour rien, et surtout, son ultime pari/jeu aurait échoué. Premier service, deuxième set, jeu et match : Billie Jean King triomphe du quinquagénaire qui s’est bien battu. Pendant le duel, ce dernier cesse de faire le pitre pour se donner à fond. Alors Riggs se dévoile enfin au grand public comme Battle of the Sexes expose un autre récit aux spectateurs : celui d’un champion qui n’a jamais pu se résigner à ne plus l’être. L’émotion est là, et se poursuit lors des quelques dernières images sur l’ex-champion assis dans les vestiaires. Il semble avoir pris conscience de ses failles. Sa femme le rejoint, Riggs a besoin de réconfort et surtout d’un être cher pour l’aider à traverser sa crise intime. Fini la course aux paris et défis ultimes, Bobby Riggs vient de connaître sa plus grande (et intime) victoire.

Balle de match

Emma Stone est formidable dans le rôle de Billie Jean King. Et même si l’actrice et l’ensemble du casting font le travail dans les règles de l’oscarisable, Steve Carell sort du lot. Son génie d’acteur a toujours été composé par une puissance comique intimement liée à une force dramatique d’une justesse rare. Encore aujourd’hui, Carell surprend. Emma Stone joue, travaille les strates psychologiques et émotionnelles de son personnage. L’actrice travaille la profondeur humaine de son rôle. L’effort est clairement présent à l’écran. Mais, Carell, ce roi qu’on devrait un jour consacrer, raconte Bobby Riggs avec son énergie rythmique au service de ses dialogues ; dans le burlesque transcendé des actions du personnage, ou encore dans la retenue terrible du corps comique associée à celle du tennisman vieillissant en pleine prise de conscience. Ainsi Stone est oscarisable ; Steve Carell est cinématographique.

Bande-Annonce – Battle of the Sexes

Fiche Technique – Battle of the Sexes

Réalisation : Jonathan Dayton & Valérie Faris
Scénario : Simon Beaufoy
Interprétation : Emma Stone, Steve Carell, Andrea Riseborough, Sarah Silverman, Alan Cumming, Bill Pullman, Elisabeth Shue
Directeur de la photographie : Linus Sandgren
Directeur artistique : Alexander Wei
Décors : Judy Becker
Costumes : Mary Zophres
Montage : Pamela Martin
Compositeur : Nicholas Britell
Production : Christian Colson, Danny Boyle, Robert Graf, Karen Ruth Gretchell
Sociétés de Production : Fox Searchlight Pictures, Cloud Eight Films, Decibel Films
Distribution (France) : Twentieth Century Fox France
Genre : comédie dramatique
Durée : 2h 02min
Date de sortie : 22 novembre 2017

États-Unis – 2017

The French Detective : Jean Dujardin et Luc Besson partent à la conquête de l’Amérique

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Jean Dujardin sera à l’affiche d’une série policière américaine, actuellement en développement pour le compte de la chaîne ABC. Le pilote de The French Detective sera réalisé par Luc Besson.

Les fans d’OSS 117 vont être aux anges ! Jean Dujardin, auréolé du sésame prestigieux de l’Oscar du meilleur acteur pour The Artist en 2012, va tourner dans une série policière aux Etats-Unis.  Selon des informations de Variety, The French Detective est un programme en cours de développement chez ABC. Le pilote sera réalisé par Luc Besson.

Cette série est en réalité une adaptation des romans policiers de James Patterson. L’intrigue repose sur le parcours hors du commun de l’inspecteur Luc Moncrief. Ce membre des forces de l’ordre va quitter la grisaille parisienne pour s’installer aux Etats-Unis. Il va alors intégrer la police new-yorkaise. Luc Moncrief sera alors épaulé par une collègue afin de résoudre les affaires criminelles les plus complexes de la Grosse Pomme. L’inspecteur Moncrief pourrait également bien être rattrapé par un passé trouble.

La série sera produite par Luc Besson via les studios EuropaCorp TV. Le scénario a été confié au duo Bill Collage et Adam Cooper (Assassin’s Creed) et à Jonathan Collier (Bones). The French Detective sera donc la toute première série américaine de Jean Dujardin après son conte de fées avec The Artist. Luc Besson est actuellement impliqué sur le tournage de son prochain long-métrage, Anna. Le réalisateur de Léon et de Lucy a déjà travaillé pour la télévision aux USA, en produisant la série Taken, mais jamais en tant que réalisateur.

Happy Birthdead, un slasher qui renoue avec le genre de Christopher B. Landon

Happy Birthdead a cartonné dès la première semaine de sortie au États-Unis, détrônant au box office en première semaine d’exploitation Blade Runner 2049. Ce slasher-movie Blumhouse – n’ayant amassé que 71 millions – fonctionne à tous les points de vue et on vous dit pourquoi…

Synopsis : Tree Gelbman est une étudiante contrainte de vivre la même journée tout en étant confrontée à un tueur masqué. Elle doit donc vivre cette même journée encore et encore, afin de découvrir l’identité du tueur au masque de bébé.

Malgré un sujet très succinct: revivre le même jour jusqu’à arrêter de mourir, une mise en scène dynamique et maîtrisée digne d’un épisode d’une série TV (pour ne citer que « Life Serial » 05×06 de Buffy), et surtout les pointes d’humour quasi référencées, sans oublier le jeu de Jessica Rothe (La la land, Mary + Jane) inconnue jusqu’alors au bataillon, Happy Birthdead ne peut que faire mouche et ce auprès de tous les publics, malgré un habillage teenage éculé.

Who dunnit : quand Scream ou Destination Finale rencontre Un Jour sans fin 

Le réalisateur est le fils de l’acteur producteur Michael Landon (La Petite maison dans la prairie) et a déjà fait ses armes en travaillant aux scénarios de Paranormal Activity 2, 3, 4, jusqu’à réaliser le spin-off. Alors ce n’est pas certes un gage de qualité de prime abord, et pourtant, s’il y a des talents à signaler, il faut le faire : David F. Sandberg, Fede Alvarez, James Wan qui depuis plus d’une décennie est déjà culte grâce ses trois sagas, Saw, Insidious, The Conjuring… Christopher Landon en est à son troisième long métrage, après le film de fantômes de la saga créée par Oren Peli, (P.A. The Marked Ones), et le film de zombies (Manuel de survie à l’apocalypse zombie uniquement sur Netflix), il se tourne au slasher sur des bases et un fond « déjà-vu », le milieu post- teenage et la fac américaine. On comprend très vite qu’il a dévoré tous les opus de Destination Finale, tant le macabre est habilement tissé de dérision sur les possibles morts de Tree Gelbman. A la fois donc léger et sérieux dans ce qu’il traite, le long métrage, à l’humour noir salvateur, se calque sur le supplice d’une mort certaine en fin de journée si justice n’a pas été faite, jusqu’à possiblement user des clichés propres aux films d’horreur pour les contourner.

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Concernant l’article en lien ci-dessus, bon nombre sont donc d’usage. La fille qui tombe, l’autorité inefficace, le piège de la voiture, le message sur l’abstinence (très US by the way), la fausse fin, le couteau, le masque etc, en rajoutant la fausse cachette de la baignoire, se croire en sécurité chez soi, l’homosexuel qui se cache, la beuverie, la réconciliation avec la figure paternelle… De la part d’un cinéphile, la réception est plus compréhensible, d’autant plus que la référence à Sueurs Froides et l’escalier en spirale est évidente. Le plaisir devient coupable lorsque le titre « Confident » de Demi Lovato vient rythmer la séquence d’enquête durant laquelle Tree tente de démasquer les potentiels suspects. On est proche de la dynamique d’How to Get Away with Murder qui, sur une musique sexy et électrisante, restitue l’essence captivante d’un who dunnit agatha christinien. Cette séquence se termine par un effet de transition remarquable qui la replonge dans ce lit de départ étudiant. Les plus acariâtres se plaindront d’univers, figures ou détails déjà-vu : le médical, l’amphithéâtre, la course poursuite au parking ou la musique montée en puissance à la Bernard Hermann, circulaire angoissante très travaillée relativement stridente à la Death Silence qui utilisait les sonorités du jouet carrousel pour enfant, ponctuée ici de poussées abyssales. Le compositeur Bear McCreary compose essentiellement pour la télévision avec les bandes originales de Battlestar Galactica, Defiance, Davinci’s Demon, Marvel : Les Agents du S.H.I.E.L.D, Black Sails, Outlander ou encore Damien. Nous remarquerons que la séquence intérieure avec sa coloc est jouée en fond sur « Ophelia«  de The Lumineers proposant une brève rupture indie folk réconfortante.

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Il faut remarquer que le co-scénariste, Scott Lobdell, est spécialiste de science-fiction. Il a travaillé  sur nombre de comics notamment sur les albums de la franchise X-Men et soumet ici, un récit à la fois pêchu et ambitieux. S’adressant à la génération Y ayant baigné dans les séries américaines adolescentes où le campus universitaire est le principal lieu de tous les crimes (Dawson, Buffy, Beverly Hills, La Guerre des Stevens, Sauvé par le gong ou plus récemment Smallville, Community, Greek, Friday Night Lights…), Happy Birthdead s’articule comme une série MTV(+)/Netflix(-) avec le courage et les moyens d’un blockbuster. Critiquons le ressassé, mais remarquons l’ingéniosité aux multiples influences de ce pop corn slasher movie qui s’attaque à l’utile et l’agréable comme une oeuvre de Poe, Gautier, K. Dick ou Lovecraft ferait matière noble du concept freudien de l’inquiétante étrangeté.

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Nous ne sommes jamais laissés de côté et le plaisir donc coupable est entier. Christopher Landon propose un slasher movie plus intelligent qu’il n’y paraît. A la manière d’une fable un peu déconcertante, Happy Birthdead, confirmant que l’horreur est devenu le genre le plus rentable d’hollywood, s’adresse à tous ceux qui ne prennent pas le temps de renouer avec leur parent, de se regarder vraiment dans un miroir pour prendre conscience de toute la superficialité que notre société, régie par les apparences, nous conduit à admettre comme seule loi.  Mais aussi et surtout de faire le deuil des mauvais choix quitte à devoir lutter pour notre propre survie. Le prince charmant est loin d’être synonyme de beauté ou d’intelligence. Le grand méchant loup n’est pas seulement le psychopathe tueur en série. Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois et notre anniversaire est loin d’être le plus beau jour de l’année. Ça tout le monde l’avait compris…

Happy Birthdead – Bande Annonce

Happy Birthdead – Fiche Technique

Titre original : Happy Death Day – Bonne fête encore ! (titre québéquois)
Réalisateur : Christopher B. Landon
Scénario : Christopher B. Landon et Scott Lobdell
Interprétation : Jessica Rothe (Tree Gelbman), Israel Broussard (Carter Davis), Ruby Modine (Lori), Annika Harris (Jodie), Rachel Matthews (Danielle), Charles Aitken (Gregory)…
Photographie : Toby Oliver
Montage : Gregory Plotkin
Musique : Bear McCreary
Décors : Gretchen Gattuso
Producteurs : Jason Blum, Angela Mancuso, Ryan Turek, John Baldecchi et Seth William Meier
Société de production : Blumhouse Productions pour un budget de 5 millions $
Distributeur : Universal Pictures
Durée : 95 minutes
Genre : horreur – slasher – thriller
Date de sortie : 13 octobre 2017 (usa) – 15 novembre 2017 (France)

The Crow Reborn : Jason Momoa rassure les fans en annonçant un tournage imminent

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Jason Momoa, actuellement à l’affiche de Justice League en Aquaman, vient de donner des nouvelles rassurantes du projet The Crow Reborn. Le tournage de cette nouvelle adaptation de l’œuvre culte de James O’Barr devrait donc bien voir le jour à Hollywood.

Le tournage de The Crow Reborn pourrait donc finalement débuter dans les mois à venir. Selon des informations d’Allociné, le comédien Jason Momoa vient en effet de dévoiler des messages encourageants sur son compte Instagram au sujet de ce projet cinématographique.

Ce long métrage ambitieux sera réalisé par Corin Hardy (Le Sanctuaire, The Nun). Ce projet de relancer la franchise The Crow était annoncé depuis un long moment à Hollywood. Le long métrage a pourtant été repoussé à de multiples reprises.

Jason Momoa vient donc de dévoiler sur son profil une image avec le visage du personnage emblématique du comics. Le message, qui accompagne l’illustration, laisse augurer d’une mise en chantier de la production de manière imminente.

J’ai attendu siiiiiiiiiii longtemps. @corinhardy Faisons-ça, aloha j.

Le réalisateur Corin Hardy a également posté une photographie récente à propos du film. Le cinéaste a évoqué un « monstre à deux têtes ». Corin Hardy est associé à ce projet depuis le milieu de l’année 2016. Le cinéaste s’était d’ailleurs déjà montré confiant et encourageant cet été au sujet du film.

The Crow retrace le destin tragique d’Eric Draven. Ce jeune homme est sauvagement assassiné avec sa petite amie par un gang de criminels. A la manière de Spawn, Eric Draven sera ramené à la vie par un sortilège, grâce à un corbeau. Doté d’une nouvelle apparence terrifiante (un visage maquillé de blanc et les yeux cerclés de noir), Eric Draven va tenter d’assouvir sa quête de vengeance en éliminant les membres du gang responsables du meurtre de sa bien-aimée.

The Crow risque de faire un carton auprès de la jeunesse gothique et des fans de rock. Si le réalisateur et l’équipe impliquée sur le tournage prennent les bonnes décisions et restent fidèles au comics d’origine, ce film de super-héros pourrait être beaucoup plus sombre et percutant que les œuvres assez mainstream comme la série des Avengers. Reste à savoir si The Crow Reborn empruntera le chemin tracé par la récente vague d’adaptations classées R et assez irrévérencieuses comme Deadpool et Logan.

Vincent Perez, Edward Furlong et Eric Mabius ont également incarné Eric Draven par le passé. La carrure impressionnante de Jason Momoa (Conan, The Bad Batch) promet des scènes d’action à couper le souffle. Le tout premier film avait été malheureusement endeuillé suite à l’accident tragique qui a coûté la vie à Brandon Lee en 1993, sur le plateau.

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Ex-Libris – The New York Public Library, de Frederick Wiseman : être et savoir

Inlassablement, Frederick Wiseman remet son ouvrage sur le métier pour y tisser un portrait critique de l’Amérique. Cette fois-ci, c’est de la New York Public Library qu’il s’agit, une bibliothèque d’une grande envergure qui est comme il est dit dans le film « plus qu’un lieu où on stocke les livres »

Synopsis : Frederick Wiseman investit une grande institution du savoir et la révèle comme un lieu d’apprentissage, d’accueil et d’échange. La New York Public Library incite à la lecture, à l’approfondissement des connaissances et est fortement impliquée auprès de ses lecteurs. Grâce à ses 92 sites, la 3ème plus grande bibliothèque du monde rayonne dans trois arrondissements de la ville et participe ainsi, à la cohésion sociale des quartiers de New York, cité plurielle et cosmopolite.

Comment cet incomparable lieu de vie demeure-t-il l’emblème d’une culture ouverte, accessible et qui s’adresse à tous ?

 Des livres et nous

Prendre la décision d’aller voir un film de Frederick Wiseman peut parfois s’apparenter davantage à une nécessité qu’à l’anticipation d’un simple plaisir de cinéphile. Les documentaires du grand cinéaste (Jackson Heights, At Berkeley pour les plus récents) durent généralement 3 heures et plus, et son dernier, Ex-libris, n’est pas différent. Une durée qui n’est pas anodine, mais surtout un contenu qui n’est pas anodin. Immédiatement reconnaissable par leur procédé, ces kilomètres de pellicule prennent tout leur sens au montage, sans doute le plus important du travail de Wiseman, en ce que soudain, il donne un sens particulier et profond à une masse initiale importante et quasi indistincte de tournage.

ex-libris-frederick-wiseman-film-critique-main-buildingL’institution qu’il embrasse cette fois-ci est la NYPL (New York Public Library), une bibliothèque pas si municipale, en tout cas pas si publique puisqu’en plus de ceux de la Mairie de New-York, des fonds privés la financent. Avec son bâtiment phare bordant Bryant Park vers la Cinquième avenue, la bibliothèque possède plus de 90 autres annexes disséminées sur Manhattan, Staten Island et le Bronx, Brooklyn et le Queens ayant quant à eux leur propre structure. C’est dire si Wiseman a eu de la matière, c’est dire si les opportunités d’anecdotes sont pléthoriques.

Pourtant, comme à son habitude, ce n’est pas l’anecdote qu’il choisit, mais des axes bien spécifiques pour orienter son film. L’idée générale véhiculée par Ex-Libris est de démontrer l’absolue nécessité d’une telle institution pour l’épanouissement de la démocratie. Il adopte ainsi un point de vue, et par exemple fait une part belle à l’annexe Schomburg Center for Research in Black Culture, située à Harlem, avec de longs extraits de conférences menées par des personnalités telles que Ta-Nehisi Coates, cet intellectuel et journaliste noir, fils d’un Black Panther, célèbre pour avoir publié La Colère Noire, en promotion au moment du tournage. Devant un large parterre d’auditeurs concentrés, Coates parlera donc de l’expérience de dépossession de soi (disembodiment) subie par les noirs des États-Unis depuis l’esclavage jusqu’à nos jours. Ailleurs, des poèmes du premier écrivain afro-américain Richard Wright sont lus, une conférence sur le parallèle entre l’esclavage et la servitude féodale est filmée. Une autre réunion dans une autre succursale de Harlem complète ce tableau, qui montre combien la NYPL est un outil pour, par exemple, contrer l’éditeur de manuels scolaires McGraw-Hill qui présente les esclaves venus d’Afrique comme des « travailleurs migrants » ! L’instant d’après, Wiseman montre la préparation au cordeau, puis la tenue d’un dîner de gala, exclusivement fréquenté par des blancs, des donateurs potentiels, une ironie que même la grande rigueur du cinéaste n’arrive pas à dépasser, bien au contraire…

ex-libris-frederick-wiseman-film-critique-bryant-park1 2Mais Ex-Libris n’est pas un pamphlet. Frederick Wiseman ne le limite pas à cette seule thématique, même si encore une fois, elle est assez centrale dans le film. C’est une immersion totale dans cet univers de connaissances qu’il propose, au point que le passage d’une annexe à l’autre aux quatre coins des trois boroughs new-yorkais concernés n’est matérialisé que par les panneaux de signalisation verts au croisement des rues. Aucun cartel ne fera sortir le spectateur de la bibliothèque et de ses annexes, depuis ses entrailles, où on voit les employés trier la masse impressionnante des retours et des prêts de livres, jusque dans ses salles de réunions, où des seniors racontent leur lecture de l’Amour aux temps des Choléras de Garcia Marquez au travers de leurs émouvantes vies, depuis ses halls où des sans-abri cherchent de la chaleur, ou encore depuis ses grandes salles de lecture où une personne intéressée par le cancer colorectal en côtoie une autre, intéressée par des personnes particulières vivant dans une ville particulière en Autriche. Aucune distraction ne perturbera le spectateur dans sa rencontre avec les invités d’un jour, Elvis Costello ou Patti Smith, avec le Conseil d’Administration de la bibliothèque, préoccupé essentiellement par le budget et le moyen d’en disposer de plus pour exercer ce qui s’apparente à un vrai devoir citoyen. La beauté du savoir telle que donnée à voir par le grand cinéaste donne des frissons, un morceau de musique au piano, un texte lu par un célèbre céramiste britannique, un groupe de femmes senior esquissant des pas de danse sur le Celebration des Kool & the Gang, des lecteurs de tout poil, tout ça et tant d’autres petites pépites encore font partie d’Ex-Libris, un film qui parle certes des livres, mais tellement d’autres choses que la NYPL offre et qui font du lien entre les usagers, entre les hommes, rebondissant ainsi sur le leitmotiv du cinéaste.

ex-libris-frederick-wiseman-film-critique-archivesA 87 ans, et près de 100 films plus tard, Frederick Wiseman étonne encore par sa capacité à nous emmener dans ses voyages poético-politiques, sociologiques, humains tout simplement. Ses films en général, et Ex-Libris en particulier redonne du sens aux institutions qu’il étudie, et redonne du sens à nos existences qui se trouvent ainsi ancrées dans les balises que Wiseman trace. Et même si son ambition est de faire un portrait critique de plus en plus exhaustif de son pays, les États-Unis, tout finit toujours par retentir auprès d’un public largement international, dont la France qui semble s’intéresser de plus en plus à son œuvre, pour notre plus grand bonheur…

Ex Libris : The New-York Public Library – Bande annonce

https://www.youtube.com/watch?v=7-VntBJp8Zo

Ex Libris : The New-York Public Library – Fiche technique

Titre original : Ex Libris : The New-York Public Library
Réalisateur : Frederick Wiseman
Scénario : Frederick Wiseman
Photographie : John Davey
Montage : Frederick Wiseman
Producteur : Frederick Wiseman
Maisons de production : Zipporah Films
Distribution (France) : Météore Films
Durée : 197 min.
Genre : Documentaire
Date de sortie : 1er Novembre 2017
USA – 2017