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Thor : Ragnarok, le dieu du tonnerre se révèle enfin

Le divin héros asgardien fait un retour énergique sur nos grands écrans sous la houlette du néo-zélandais Taika Waititi. Finie la puberté cinématographique pour Thor qui, privé de marteau bien dur, doit aujourd’hui mettre en branle le Ragnarök, soit la fin d’Asgard. Critique du dernier blockbuster de la « maison des idées » en trois points.

Mais d’abord, le synopsis du film : « Privé de son puissant marteau, Thor est retenu prisonnier sur une lointaine planète aux confins de l’univers. Pour sauver Asgard, il va devoir lutter contre le temps afin d’empêcher l’impitoyable Hela d’accomplir le Ragnarök – la destruction de son monde et la fin de la civilisation asgardienne. Mais pour y parvenir, il va d’abord devoir mener un combat titanesque de gladiateurs contre celui qui était autrefois son allié au sein des Avengers : l’incroyable Hulk… »

« Warning, Waititi is rebooting a Marvel saga ! »

Taika Waititi nous vient du cinéma indépendant néo-zélandais. Notamment connu pour son grand succès Vampires en toute intimité (un mockumentary sur une famille de vampires), on doit aussi au cinéaste Hunt for the Wilderpeople ainsi que Boy : le premier suit un gamin et son oncle fuir les ennuis en partant habiter dans le Bush néo-zélandais ; le deuxième conte le récit d’un enfant fan de Michael Jackson et imaginant son père absent comme un héros maori et comme d’autres figures héroïsées, l’enfant devra confronter ses rêves à la réalité lorsque le père fait son retour. Dans ses films, Waititi met en scène des récits classiques : un drame familial, un parcours initiatique, le fonctionnement d’un clan de vampires. Cela, pour mieux les pirater, les déconstruire, les détourner.

On pouvait ainsi attendre beaucoup de l’arrivée du cinéaste sur le prochain Thor. La saga avait déjà connu deux volets chaotiques sans succès critiques et véritable plébiscite public malgré des résultats au box office plus que corrects. Quatre ans après The Dark World, Waititi tient les clefs de l’univers asgardien et nous présente le surprenant Ragnarök. Mais bien avant la sortie du long métrage, Waititi avait donné un avant-gout du spectre humoristique qu’il voulait appliquer au dieu du tonnerre. En effet, il avait réalisé des petits clips mettant en scène Thor dans son quotidien de super-héros loin de ses amis Avengers et des événements tragiques de Civil War :

Thor, en toute intimité.

Thor : Ragnarök est bien un film de Taika Waititi. Oubliez les deux premiers volets kitschs et chaotiques. Le nouveau film de la Thor-saga n’a pas la gravité et la lourdeur des deux premières aventures. Exit aussi Natalie Portman, son jeu improbable et son intrigue amoureuse à deux sous, exit l’aspect Shakespearien de bistrot, Ragnarök apporte un véritable vent de fraîcheur au Marvel Cinematic Universe, paraissant encore plus frais après l’expérience du récent et chaotique Spider-Man Homecoming.

Ainsi Taika Waititi ressuscite la saga Thor : un univers riche enfin exploité, un récit classique mené de manière hyper-efficace… Thor : Ragnarök est une comédie d’action, un roller-coaster où science-fiction, fantastique et mythologie se rencontrent, parfois pour donner naissance à des moments improbables de bande-dessinée mais formidablement funs et épiques.

Imparfait certes, ce nouveau volet des aventures de Thor n’en est pas moins malin : Waititi ne sait pas (encore) mener de grandes scènes d’action, mais il sait manier la comédie, ainsi un lancer de marteau se transforme en attraction comique où l’élément tournoie, brise, danse en somme. Le cinéaste a su aussi profiter du savoir faire d’ILM pour réaliser de formidables tableaux d’héros de comic book : celui des Walkyries visible dans la bande-annonce ; ou le retour du dieu du Tonnerre. L’équipe du film n’a pas à rougir si certains veulent comparer leurs images à celles d’un Snyder (300 ou encore Batman v Superman L’aube de la justice). Bien au contraire, car le film n’a pas l’ambition d’être une fresque morale, politique, avec une profondeur humaine mise en exergue. Ragnarök est honnête, à l’image de son cinéaste qui veut exciter, émouvoir et amuser le public en lui racontant une histoire de héros loin d’être creuse et non signifiante.

De Taika l’immigré d’Hollywood à Thor l’expatrié d’Asgard…

Le sentiment de nouveauté – dans la saga – se ressent notamment dans le traitement de l’urgence du sauvetage. Ici, l’horreur n’a pas besoin d’être explicitée par des visages boudeurs, des discours sentencieux ou encore des tournures de phrases imbibées de parfum estampillé « Shakespeare in Love ». Lorsque Thor demande de l’aide, il le fait simplement et directement. Si la personne ne veut pas l’aider, tant pis, il se débrouillera seul, car la destruction n’attend pas pour agir. L’urgence n’a guère à faire des beaux discours, seuls les actes comptent.

Aussi, la fraîcheur se fait dans l’intéressant sous-texte du film. Thor est un expatrié, à l’image de Banner/Hulk et de la Walkyrie déchue qui boit pour oublier en attendant la mort. Loki lui, porte toujours ses erreurs passées et son statut de fils adoptif. Le dieu de la malice continue d’ailleurs de jouer des tours à son frère, mais peut-être est-ce pour lui dire à quel point il l’adore ? Peut-être est-il juste perdu dans ses relations. Quant au cinéaste, il est un néo-zélandais débarqué à Hollywood pour s’insérer dans l’énorme machine Marvel (appartenant à un méca bien plus immense encore nommé Disney). Quel est notre rapport à notre pays, à notre famille, à notre héritage ?

Hela, la déesse de la mort, est prête à semer la destruction dans le domaine d’Asgard.

Voici la question qui habite le récit de Thor : Ragnarök. Le film réfléchira, doutera, et trouvera finalement une réponse intéressante : ce n’est pas un lieu, une terre qui fait Asgard, c’est un peuple. Waititi a des racines Maori. Est-ce que le fait d’avoir quitté la Nouvelle-Zélande lui a retiré son attachement ? Probablement pas. Idem pour Thor qui sera toujours un asgardien et qui ne porte pas le titre de dieu du Tonnerre juste pour le prestige. Le héros a un héritage en lui qu’il va devoir assumer pour mieux le révéler. Concernant Loki, il sera toujours, non pas l’enfant adoptif mais, le fils d’Odin et le frère de Thor. Ainsi Asgard vivra au rythme du cœur de ses habitants. On pourrait toutefois remettre en question l’un des éléments finaux de l’intrigue (attention, spoilers) : Thor prend la tête du royaume, il s’assoit sur son trône, le peuple est derrière lui débout. Une question se dessine : est-ce que ce sont les individus qui façonnent Asgard ou ses individus dans un fonctionnement de gouvernance royale ?

On sait que Waititi a cherché à rendre son film le plus efficace possible au montage. On peut toutefois regretter la rapidité de certaines scènes qui auraient mérité plus de temps d’installation (on pense – attention aux spoilers – aux retrouvailles avec Odin et à son poétique décès). De même lorsque la Walkyrie explique rapidement qu’elle tente d’oublier Asgard et ses sombres histoires ainsi que la mort de ses sœurs… Le dialogue est rapide, mais obéit au paradigme selon lequel les personnages qui veulent servir la cause n’ont pas le temps de faire de longs discours. Anecdote amusante, l’alcool est notamment lié à la volonté d’oubli de la guerrière, mais après son explication, on aurait pu s’attendre à ce qu’elle décide d’arrêter de boire en se reprenant en main. Waititi est décidément malin : la fille n’arrêtera pas la bouteille.

« Ah-ah, ah!

Ah-ah, ah!

We come from the land of the ice and snow

From the midnight sun, where the hot springs flow

The hammer of the gods

W’ell drive our ships to new lands

To fight the horde, and sing and cry

Valhalla, I am coming! »

Paroles de la chanson The Immigrant utilisée à deux reprises dans le film

On pourra aussi apprécier l’utilisation de la musique The Immigrant (Led Zeppelin, 1970) qui n’a pas juste servi à la promotion du film dans l’une de ses bandes-annonces. Elle participe de manière efficace à la mise en place des moments épiques du film – qui se caleront excellemment sur ses paroles. Aussi le titre appuie le propos sur le pays, le retour des personnages expatriés, et leur parcours guerrier pour la paix. On pourra toutefois regretter sa présence qui vient surexpliciter ces mêmes dernières réflexions malgré une double utilisation rusée et furieusement fun.

Ci-dessous, The Immigrant, une musique asgardienne.

https://www.youtube.com/watch?v=8QxtIQ1F1ig

D’Iron Man 3 à Thor (3) Ragnarök

Ragnarök semble être à Thor ce qu’Iron Man 3 était à sa propre saga. Les deux longs métrages trahissent leur matériau original. Aussi ils tentent d’exister en tant que films avant de proposer des clins d’œil à l’univers Marvel ou d’être des spin-off hyper-connectés à ce même Marvel Cinematic Universe. Ils essayent de proposer des récits classiques (la fuite, la poursuite et le thriller dans IM3 ; l’exil et le retour du héros dans TR) tout en les enrichissant avec leurs thèmes (le terrorisme et le trauma post 11 septembre dans IM3 ; l’immigration et le lien sa patrie et son histoire dans TR), puis en les court-circuitant scénaristiquement (Stark ne porte quasiment pas d’armure dans IM3 ; Thor n’a plus de marteau et doit faire équipe avec une fille névrosée et alcoolique, et passer par « l’anus du diable » pour rentrer, etc). Ce piratage agit aussi sur le plan formel : Shane Black fait exploser les individus touchés par Extremis de manière assez violente, et arrive aussi à apporter une forme de thriller/épouvante avec les Terminator-Extremis-Guys pourchassant Tony ; Taika Waititi ouvre tellement l’univers et se permet certaines blagues que l’on arrivera dans une séquence où des guerriers momifiés affronteront un vaisseau spatial d’un côté, et tenteront un génocide de l’autre, un asgardien paumé fera le choix de la rédemption et affrontera ces mêmes momies à coup de M16. À côté de ça, un grand musclé vert nommé Hulk affrontera un grand chien loup, tandis que Thor, véritablement devenu le dieu du Tonnerre réveillera un démon géant fou tolkien-esque pour détruire Héla, la fameuse bad guy de la mort qui tue.

Si Shane Black n’a pas pu rendre Tony Stark alcoolique suite aux plaintes d’associations de parents, Taika Waititi a décidément su profiter de son pouvoir de relancement de la franchise pour amener certaines tares humaines dans l’univers Marvel. Du cul nul de Hulk au détournement par la théâtralisation littérale des premières aventures de Thor et Loki en passant par l’alcoolisme de la Walkyrie déchue et la bière illimitée de notre « Lord du Tonnerre », Waititi a su – comme Black avant lui – amener un récit à la fois classique et frais dans une saga qu’il a ensuite enrichie et piratée non sans un immense plaisir. À l’instar d’Iron Man 3, Thor : Ragnarök divisera probablement les spectateurs et les fan(atique)s à cause de certains choix : la comédie plutôt que la blague allégeant chaque moment tragique (cf. Avengers) ; le trahison du matériau original ; ou encore le fait que le long métrage soit davantage concentré sur lui-même qu’occupé à vendre le prochain Avengers (oui oui, un spectateur s’en est plaint à la sortie de la salle : « il sert à rien, on en sait pas plus sur Avengers Infinity War »).

Même si on pourra regretter le rythme parfois trop rapide du récit – et quand bien même le film est imparfait – le Thor signé Taika Waititi est une belle réussite et une franche partie de plaisir. Enfin le long métrage permet à la saga d’avoir un volet digne du dieu du Tonnerre.

Bande-Annonce – Thor : Ragnarok

Fiche Technique – Thor : Ragnarok

Réalisation : Taika Waititi
Scénario : Eric Pearson, Craig Kyle, Christopher Yost, d’après les personnages crées par Stan Lee, Larry Lieber & Jack Kirby
Interprétation : Chris Hemsworth, Tom Hiddleston, Cate Blanchett, Tessa Thompson, Mark Ruffalo, Idris Elba, Jeff Goldblum, Karl Urban, Anthony Hopkins
Directeur de la photographie : Javier Aguirresarobe
Montage : Joel Negron, Zene Baker
Direction artistique : Bill Booth, Brendan Heffernan, Richard Hobbs, Alex McCaroll
Décors : Beverley Dunn, Dan Hennah, Ra Vincent
Costumes : Mayes C. Rubeo
Superviseur des effets visuels : Jake Morrison
Compositeur : Mark Mothersbaugh
Producteurs : Kevin Feige, Louis D’Esposito, Victoria Alonso, Brad Winderbaum, Thomas M. Hammel, Stan Lee
Production : Marvel Studios
Distribution : Walt Disney Pictures (international), The Walt Disney Company France

Etats-Unis – 2017

Pour le Réconfort de Vincent Macaigne, une lutte des classes hystérique

Portrait un peu gigogne d’une France qui vacille et qui part « en guerre civile », Pour le réconfort de Vincent Macaigne esquinte ses idéaux pour tirer à boulets rouges sur tous ses personnages et dessiner une lutte des classes acerbe entre « aristocrates » et « bouseux ».

Pour le réconfort n’est qu’un simple titre. Mais en aucun cas une réalité. Deux héritiers (Pascal et Pauline), qui vivent l’un et l’autre à l’étranger, vont revenir à Orléans, terre de leur enfance. Faute d’avoir payé les traites de leur domaine, ils voient leur maison et leur terrain mis aux enchères pendant qu’Emmanuel et sa femme souhaitent racheter la propriété pour étendre leur projet de complexe d’une maison de retraite. Les premières discussions, du simple gag au petit soupir, jusqu’aux regards instantanés dans le vague, font miroiter un combat ressemblant à un règlement de comptes hystérique. Les repas entre amis, les apéritifs de bienvenue ne sont que des prétextes à s’ignorer encore plus les uns les autres et à amplifier la différence de mentalité entre chacun.

Filmés dans un cadre resserré, qui accentue les convergences de vues et les divergences de positions, le film de Vincent Macaigne ne cherche absolument pas à diminuer sa charge de tension : les personnages soit s’ignorent avec complaisance soit se gueulent dessus avec véhémence. Alors qu’il est la tête de gondole d’un cinéma français qui lorgne vers le comique de situation aussi piquant que pince sans rire, l’acteur se mue cette fois-ci en réalisateur pour assombrir ses notes d’intention et porter aux nues une œuvre aussi ironique et drôle qu’extrêmement noire dans sa violence verbale : l’une des grandes qualités de l’œuvre étant de faire cohabiter ses grandes joutes verbales où ça hurle de tous les côtés à des moments plus introspectifs où les regards en disent long sur la colère intérieure qui animent certains protagonistes.

Bizarrement, malgré les quolibets, les querelles qui ne cessent de voir le jour, les éclatements de voix, une mise en scène presque documentariste faite à l’arrache, et cet aspect théâtral qui rend le film très physique et organique dans sa mise en image, les acteurs de Pour le réconfort ne sont jamais en sur-jeu, mais éclaboussent et malmènent le film à travers une emphase parfaite avec leurs personnages comme en témoigne l’interprétation magnifiquement émouvante et haineuse d’Emmanuel Matte. La récupération de la maison n’est qu’un fil rouge qui matérialise les antagonismes entre les « amis d’enfance » : le véritable problème, la réelle dramaturgie du film, provient de ce que représente ce terrain et l’opportunisme qui cogite autour de ce domaine.

Entre Pauline et Pascal, nés une cuillère en argent dans la bouche, puis Emmanuel et les autres qui sont nés dans la merde et la putréfaction de ces terres agricoles d’Orléans, le clivage se fait sentir et Pour le réconfort tournera autour de cette dichotomie politique. Entre ceux qui voient en la vieillesse un gain d’argent inespéré pour une jeunesse qui met les mains dans le cambouis, et ceux qui voient en l’héritage le prisme d’une richesse superficielle et profiteuse, Pour le réconfort prend les allures de repas de famille comme on en a tous connus : on ne doit jamais parler politique, sinon, ça dérape.

Certes, dit comme cela, on pourrait penser que Vincent Macaigne enfonce des portes ouvertes avec sa représentation des classes françaises un poil grossière : sauf que le film devient un jeu de ping-pong abrasif où tout le monde se renvoie la balle de façon péremptoire à l’image de l’une des plus poignantes séquences du film, cette balade en voiture entre Pascal et Emmanuel qui finit en dispute ombrageuse. Aussi horizontal que vertical, le positionnement de Vincent Macaigne distant, laisse apparaître cette part de folie satirique contagieuse qui alimente Pour le réconfort.

Synopsis:  Pascal et Pauline reviennent sur les terres de leurs parents après des années de voyage, et se retrouvent dans l’impossibilité de payer les traites du domaine. Ils se confrontent à leurs amis d’enfance qui eux, d’origine modeste, n’ont jamais quitté leur campagne. Et à Emmanuel surtout, qui veut racheter leur terrain au meilleur prix pour l’expansion de ses maisons de retraite. Entre les amitiés d’hier et les envies de demain, la guerre aura-t-elle lieu ?

Pour le réconfort : bande annonce

Pour le réconfort – Fiche technique

Réalisateurs : Vincent macaigne
Scénario : Vincent Macaigne
Interprétation : Emmanuel Matte, Laure Calamy, Joséphine de Meaux…
Photographie : Mauro Herce
Montage : Mauro Herce
Producteurs : Charles Gillibert
Maisons de production : CG Cinéma, Les canards sauvages
Distribution (France) : UFO Distribution
Durée : 90 min
Genre : Comédie, tragédie
Date de sortie : 25  Octobre 2017

France – 2017

Les Ex débarquent en DVD le 25 octobre !

Love Actually à la française, Les Ex de l’ex-Robin des bois Maurice Barthélémy sort en DVD le 25 octobre. Une comédie sympathique qui ne remplit que partiellement son ambition.

Avec Les Ex, l’humoriste et réalisateur Maurice Barthélémy s’essaie à la comédie romantique chorale. A l’image de Valentine’s day ou Love Actually, Les Ex trace plusieurs histoires d’amour qui vont s’entre-croiser tout au long du métrage. Comme le titre le laisse transparaître, le point commun entre toutes ces relations, c’est les anciennes relations.  Jean-Paul Rouve tente de se re-construire après la mort de son ex-épouse. Maurice Barthélemy doit jouer avec l’ex envahissante de sa nouvelle copine. Stéfi Celma se marie à l’Eglise. Le comble ? Le curé qui va officier son mariage est son ex. Si sur le papier, ces retrouvailles hasardeuses peuvent mener à des situations cocasses, elles ne sont jamais exploitées avec force dans le film. Toutes les bonnes idées de départ s’affaiblissent rapidement. Les Ex manque très rapidement de rythme et d’énergie. On arrive alors à la fin du film sans vraiment se rappeler de ce qu’il vient d’être raconté. Élément classique du film choral, les personnages se rencontrent en dehors de leurs intrigues respectives. Malheureusement ici les liens entre les protagonistes semblent artificiels et là seulement pour former un tout semi-cohérent. Qui est le frère de qui ? L’ancien amant de qui ? A vouloir tisser des connexions entre tout le monde, le long-métrage se perd et rompt sa diégèse. Bien que porté par un ensemble sympathique d’acteurs, le film ne parvient pas à être une comédie sentimentale réussie. Le côté feel-good movie suffit à faire de Les Ex un moment agréable mais oubliable.

Caractéristiques techniques DVD :

lesexdvdmauricebarthelemy

Langues : Français – Audiodescription

Sous-titres :  Français –  Sourds et malentendants

Son : Dolby Digital 5.1 & 2.0

  Image :  16/9 – 2.39 – Couleur / Durée : 81 min

Suppléments :

Scènes Coupées

Bêtisier

Bande-annonce : Les Ex

1922, un film de Zak Hilditch d’après Stephen King

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Avec 1922, Netflix nous propose un nouveau film tiré d’un texte de King, qui ne parvient pas toutefois à se distinguer du lot des œuvres moyennes.

Synopsis : Arlette Jones, la femme d’un fermier du Nebraska, hérite de terres qui viennent s’ajouter à celles de son mari. Cet héritage va constituer un conflit entre les deux époux : elle veut tout vendre et aller vivre en ville alors que lui ne désire pas quitter sa ferme ni le travail de la terre. Les disputes devenant de plus en plus violentes, le mari, Wilfred, décide de tuer sa femme avec l’aide de son fils de 15 ans, Henry.

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« En 1922, la fierté d’un homme, c’était sa terre et son fils ».

Comme souvent chez Stephen King, l’horreur provient des personnages. Et c’est bien ce qu’a tenté de montrer ici Zak Hilditch, à la fois réalisateur et scénariste de ce 1922, adapté d’une des quatre longues nouvelles du recueil Nuit Noire étoiles mortes. Avec cette voix off qui va vite devenir trop envahissante, le personnage principal, Wilfred, parle de cette « créature sournoise » qui va se lever en lui et prendre son contrôle. Le spectateur peut sentir les efforts qui sont faits pour faire naître l’horreur de la psychologie de Wilfred, personnage violent, jaloux, plein de rancœur et motivé par l’appât du gain. De même, la réalisation fait des efforts louables pour refléter sur le décor naturel cette violence mal enfouie en Wilfred : dans les premières scènes, les nuages se teintent en rouge sang, et le maïs constitue une sorte de muraille végétale derrière laquelle le fermier se sent à l’abri pour commettre son meurtre.

Mais, hélas, on sent bien que l’inventivité du réalisateur se limite à ces quelques effets qui, à force d’être répétés, deviennent contre-productifs. Les interventions de la voix off deviennent vite lourdes et noient le fil sous des explications redondantes, les images pouvant largement se suffire à elles-mêmes. Quant au contexte météo, il tourne rapidement à la caricature : quand tout va bien pour Wilfred, il fait soleil, puis quand tout va mal, il neige.

Plus que cela, c’est le récit lui-même qui n’est pas mené adroitement. Ainsi, c’est à toute vitesse que le fermier se transforme en criminel. On passe sans transition d’une scène de ménage à l’idée de tuer sa femme. Au début du film, les séquences s’enchaînent tellement vite que le spectateur ne voit pas le fil conducteur qui amène au crime. Le meurtre arrive comme un cheveu sur la soupe, sans la moindre logique, et on doit se contenter de l’excuse du « monstre qui vit en chacun de nous » pour tout expliquer.

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Cette précipitation entraîne un autre problème de taille : si on veut réaliser un film d’horreur, il est essentiel de bien prendre le temps d’implanter une ambiance. Or, en filant à toute vitesse dans la première partie du film, Zak Hilditch échoue à créer l’atmosphère propice qui déclencherait la peur chez ses spectateurs. Il essaiera bien, par la suite, de multiplier les scènes censées faire peur ou générer une angoisse, mais ce sera inutile. Maquiller Arlette de blanc pour lui donner l’allure d’un fantôme, faire des gros plans sur ses blessures et ajouter des effets chocs (comme une musique tonitruante aux moments « angoissants ») ne suffisent pas. Il est alors trop tard pour agir.

D’autant plus que le film hésite trop entre horreur et drame. Que cherche vraiment Zak Hilditch ? A nous émouvoir sur le sort de Wilfred, ou à nous faire peur ? Visiblement incapable de se résoudre à choisir entre les deux solutions, le film navigue de l’une à l’autre et échoue pour les deux.

Alors, certes, il reste d’indéniables qualités. Les images sont très belles, bien cadrées, avec un travail sur la photographie. La reconstitution de l’Amérique des années 20 est saisissante. Les acteurs s’en sortent très bien. Mais cela ne suffit pas à faire de 1922 un bon film.

1922 : Bande Annonce

1922 : Fiche technique

Réalisateur et scénariste : Zak Hilditch, d’après la nouvelle de Stephen King
Interprètes : Thomas Jane (Wilfred), Molly Parker (Arlette), Dylan Schmid (Henry), Kaitlyn Bernard (Shannon), Bob Frazer (Mr. Lester), Brian d’Arcy James (Sheriff Jones)
Photographie : Ben Richardson
Montage : Merlin Eden
Musique : Mike Patton
Producteur : Ross M. Dinerstein
Société de production : Campfire
Société de distribution : Netflix
Genre : drame
Date de diffusion : 20 octobre 2017
Dure : 102 minutes

Etats-Unis-2017

Bref : la série culte de Kyan Khojandi disponible en intégralité sur You Tube

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Bref, le programme court de Kyan Khojandi qui a fait les belles heures du Grand Journal de Canal +, vient de débarquer en intégralité et tout à fait légalement sur You Tube.

La série Bref était diffusée entre 2011 et 2012 sur Canal +. Cette pastille humoristique était programmée dans le cadre de l’émission Le Grand Journal. Les épisodes de Bref sont donc désormais disponibles légalement, gratuitement et en intégralité sur YouTube. C’est Kyan Khojandi lui-même, le créateur de ce programme court devenu rapidement culte, qui a dévoilé cette grande nouvelle pour tous les fans d’humour décalé et de l’esprit Canal. Le réalisateur et comédien de 35 ans est à l’affiche du dernier film d’Albert Dupontel, Au revoir là-haut. Il a également joué dans les films Rosalie Blum de Julien Rappeneau et Nous trois ou rien de Kheiron. Kyan Khojandi a également signé les scénarios de Bloqués et de Serge le mytho.

Bref s’est étalée sur 82 épisodes. La série disposait d’un casting impressionnant à l’image des comédiens Jonathan Cohen, Alice David, Baptiste Lecaplain, Dedo ou bien encore Bérangère Krief. Le programme court Bref a également été l’occasion pour le public français de découvrir de nombreux caméos savoureux. Elie Semoun, Chantal Lauby, Omar Sy, Laurent Baffie ou bien encore Antoine De Caunes font notamment partie de la longue liste de guest-stars mémorables.

L’intégralité de la série est donc dorénavant accessible sur une playlist Youtube. Ce choix radical et surprenant pourrait être lié à des questions de récupérations de droits selon des informations de IGN France. Pour les collectionneurs et les mordus du programme, le coffret DVD de la série contient également des bonus inédits. Kyan Khojandi est également actuellement en tournée dans l’Hexagone pour son spectacle Pulsion jusqu’en décembre prochain.

 

Sortie DVD du film K.O, chez Wild Side

À l’occasion de la sortie DVD & VOD de K.O ce mercredi 25 octobre, chez Wild Side, retour sur un film ayant divisé la critique, pourtant rempli de qualités. Tenu par un Laurent Lafitte tout à fait à sa place, K.O use de références pour faire tomber son héros.

Synopsis : Antoine Leconte est un homme de pouvoir arrogant et dominateur, tant dans son milieu professionnel que dans sa vie privée. Au terme d’une journée particulièrement oppressante, il est plongé dans le coma.  À son réveil, plus rien n’est comme avant : rêve ou réalité ? Complot ? Cauchemar ?…  Il est K.O.

Le film de Fabrice Gobert a tout des grands thrillers américains où le psycho rejoint le sombre pour captiver le public. Après sa série Les Revenants, le réalisateur impose un peu plus son style à travers l’histoire d’un homme aux commandes d’une grande chaîne de télévision que le pouvoir a assombri. K.O fait vaciller entre folie et réalité tout comme l’esprit de Laurent Lafitte (Antoine dans le film) se perd jusqu’à chuter. Le rôle du salaud va aussi bien au teint à l’acteur que ses rôles légers. Entouré de comédiens de qualité qu’il trouve en Pio Marmaï et Chiara Mastroianni, le trio fait de ce film noir une œuvre profonde et déstabilisante. Le spectateur plonge dans les dédales d’un esprit torturé et se croirait de temps à autre dans un Hitchcock moderne où règnent les faux semblants. L’arrogant sombre dans la violence et ne trouve plus d’issue à ce tunnel obscur sans fin.

C’est habilement que le réalisateur montre que tous nos démons finissent par se retourner contre nous voire par nous hanter. Sa misogynie, Antoine se la prend dans la figure à de multiples reprises en voyant sa femme devenir sa boss. Son arrogance, il la paye aussi en subissant les réflexions désobligeantes qu’il faisait subir aux autres auparavant. Le film noir livre sa morale.

K.O ne fait pas nécessairement partie des grandes sorties de 2017. Pourtant, le distributeur fait l’effort de placer un petit bonus sur le DVD : le making of du film. Il est toujours passionnant de voir la construction d’une œuvre, les secrets cachés, le travail des équipes et des acteurs.

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CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DVD KO

Format image : 2.40, 16/9ème compatible 4/3

KO-DVD

Format son : Français DTS 5.1 & Dolby Digital Stereo 2.0,

Audiodescription Aveugles & Malvoyants

Sous-titres: Français pour Sourds & Malentendants

Durée : 1h50

COMPLÉMENTS DVD : Making-Of du film

 

 

 

 

 Prix public indicatif : 14,99 €

Festival Lumière 2017 : In the Mood for Love et son romantisme nostalgique

Le Festival Lumière 2017 se finit en apothéose par le visionnage de l’un des plus beaux films de Wong Kar Wai. In the Mood for Love n’est pas une fresque romanesque grandiloquente sur l’amour mais le simple récit poétique de deux êtres perdus qui regardent, troublés, la déliquescence de leur couple respectif, et de leur morne quotidien.

Chow Mo Wan, homme marié et Su Li Zhen, femme mariée, habitent tous les deux dans le même immeuble. Malheureusement pour eux, ils vont vite se rendre compte que leurs conjoints respectifs ont une relation extra conjugale l’un avec l’autre. Par cette coïncidence fatidique et négligés par leurs moitiés, qui ne sont jamais vus de face pendant le film, ils favorisent une parenté spéciale et passent beaucoup de temps ensemble, mais les mœurs sociales de l’époque dictent que leur relation doit être gardée secrète, même si elle restera strictement platonique. Cet acte de trahison enflamme un mécanisme d’adaptation alambiqué : ils commencent à reconstituer les différences qui ont fait que leurs partenaires ont pu se rencontrer.

Bien que leur chagrin partagé les rapproche, ils sont également poussés plus loin par le désir de ne pas devenir le miroir de leurs compagnons « trompeurs ». De façon ultra léchée, Wong Kar Wai stylise son film avec ce sens du cadre somptueux, cette utilisation de nombreux effets de ralentis pour embellir un film qui ne manque pas de beauté tout en accentuant ces moments de litanie qui observent avec prégnance cette routine d’un quotidien qui vide l’essence même du plaisir. Avec des histoires d’amour pop séduisantes comme Chungking Express et Happy Together, Wong Kar Wai a développé un style enivrant qui va au-delà des conventions habituelles des récits traditionnels et dans un domaine plus abstrait de l’émotion humaine : au-delà des rimes, des notes musicales, l’esthétique de Wong Kar Wai se regarde comme pourrait s’écouter une chanson, avec cet envoûtement soudain et cette souffrance qui s’affiche avec pudeur.

Le réalisateur nous transporte avec cette musique lancinante et mélancolique dont la répétitivité capte le mal-être qui ronge nos deux protagonistes, comme si la mélodie reprenait les rimes d’un poème. Chaque cadre est rempli de l’artisanat artistique le plus élevé, rendant même l’action apparemment minime d’aller chercher des nouilles une expérience sensuelle et obsédante. De cette transfiguration filmique qui magnifie un amour qui ne s’assume pas et qui jonche les murs de ses non-dits, Wong Kar Wai fait d’In The Mood for Love une œuvre à l’élégance inégalée. Cet univers, à Hong Kong, bourgeois et fait de bonnes manières, avec ses personnages propres sur eux, leurs coiffures parfaites, leurs robes et costumes cousus au millimètre près, font du film un écrin visuel magnifique et à la finesse rare.

A défauts de prendre l’amour à bras le corps, l’œuvre du cinéaste recueille les prémisses des premiers désirs, de ses balbutiements qui happent notre cœur. Entre culpabilité et envie de se sentir aimé dans le regard de l’autre, Chow Mo Wan et Su Li Zhen vont se rapprocher mais jusqu’à quel niveau d’intimité ? Ont-ils droit eux aussi au bonheur partagé de l’amour ? Situé dans le monde triste mais profondément romancé de Hong Kong du début au milieu des années 1960, le magnifique In The Mood For Love de Wong peut être classé comme une pièce d’époque, mais seulement dans le sens technique du terme. En détaillant l’amitié intime et l’amour entre deux solitaires malheureusement mariés, Wong Kar Wai recueille des moments vifs hors du temps, car ces instantanés, pris comme des polaroids, pourraient se jouer dans la mémoire d’une personne de nombreuses années plus tard. Mais s’aimer mutuellement, reviendrait à tromper leurs conjoints.

Avec talent, Wong Kar Wai fait dire à ses personnages des choses qu’ils ne se diraient peut-être pas forcément. Mais ce ne sont que des répétitions, se disent ils en se voilant la face. Notre esprit nous tourmente et nous empêche de nous libérer d’un poids inéluctable. Comme d’autres films de Wong Kar Wai, In The Mood For Love capture l’aliénation inhérente à la vie en ville, mais dans ce processus circulaire, sous l’égide d’une nostalgie confondante, il intensifie le désir romantique entre les deux personnages. Leur amour non partagé, leur regret tourmenté, imposés par une société qui conspire subtilement pour les tenir à l’écart, est si riche en émotions qu’il devient l’ombre la plus vibrante de la palette colorée de Wong Kar Wai.

L’amour, ce sont des compromis, ça se construit à deux. Wong Kar Wai, par magie et avec subtilité, arrive à nous faire ressentir le poids d’être en couple et de devoir restreindre sa personnalité, quitte à s’aliéner et à se perdre. Les joies, les douleurs d’un mariage se vivent à deux mais nos deux protagonistes portent toute l’errance de leur couple, seuls, sur leurs épaules. Dans un chemin de croix, qui ne les unira pas.

The Last Ship, Saison 4 : l’union fait la force

Si l’issue de la dernière saison laissait penser à un point final à The Last Ship, les producteurs en ont décidé autrement en embarquant à nouveau à bord du Nathan James pour tenter de sauver le monde.

Cette critique contient des spoilers.

Pour que la série soit à nouveau renouvelée pour une saison 5, c’est que cela fonctionne et, en effet, avec plus d’un million de spectateurs à chaque épisode, la chaîne américaine TNT semble assez satisfaite. Cependant, les chiffres sont bien loin de ceux atteints au début, allant de 2 à 5 millions de téléspectateurs, ils baissent même encore vers la fin de la saison 4. La fougue s’essouffle un peu et l’équipage du Nathan James apparaît un peu moins efficace qu’à ses débuts. À cela, plusieurs explications : les scénaristes tentant d’innover à chaque saison, ils proposent des nouveaux conflits et une nouvelle quête là où tout semblait apaiser dans la saison précédente. La cohérence est alors souvent difficile à trouver puisque tout paraissait bien aller. Aucun suspense n’était laissé à la fin de la saison plongeant le spectateur dans l’attente d’un tournant, les personnages semblaient plutôt arriver au bout de ce qu’il y avait à raconter et l’issue était très optimiste.

Hors, une saison 4 étant annoncée, quelques attentes se créent évidemment, quelques craintes alors sur la suite des aventures du Nathan James sans Tom Chandler qui avait rendu son uniforme et surtout beaucoup de zones d’ombres quant à ce que les scénaristes allaient pouvoir inventer pour semer à nouveau le trouble. Une nouvelle saison de The Last Ship sans Chandler aux commandes ? On en doute et surtout on imagine difficilement à quoi cela pourrait ressembler et quelles seraient les bonnes ou mauvaises surprises. Les premiers épisodes se cherchent un peu, on peine à rentrer dans l’action et l’ellipse entre les deux saisons paraît peu crédible et peu logique. Le changement entre les deux atmosphères est assez brutal mais très vite, la série retrouve son souffle perdu pour reformer la Dream Team et renouer avec l’ambiance si saisissante qu’elle avait provoquée dans les saisons précédentes. Une nouvelle intrigue, dont on ignore trop l’origine certes, mais quelques nouveaux personnages et des retrouvailles avec les anciens suffisent à redonner à The Last Ship son intensité si importante. Le public suit le Nathan James dans sa nouvelle quête avec autant de crainte qu’avant et autant d’envie qu’il s’en sorte à la fin.

Après quelques premiers épisodes assez plats, qui auraient pu être évités si la saison avait été introduite dans la précédente, Tom Chandler retrouve ses coéquipiers, peu surpris de le trouver toujours au bon endroit. Ensemble, ils font face aux rancoeurs qui pèsent sur l’équipage et vont très vite refaire de lui le héros qu’il est. À nouveau à son poste, « sa destinée », l’équipe de choc est reformée et son serment une nouvelle fois prêté dans une scène des plus touchantes. Qui dit nouvelle tête sur le navire de guerre, dit souvent méfiance et gros secrets. Dès les premiers épisodes, Fletcher crée la surprise mais attire l’oeil du spectateur malin, qui saura reconnaître, ou non, les traîtres. Un bien pour un mal pour les fans du duo Tom/Sacha, ravis de voir ce jeune homme écarté de la jolie brune.

Au milieu de la saison, la série laisse plus de places aux acteurs « secondaires » plutôt que de toujours porter Chandler comme un héros et ça fait du bien. On adore Chandler mais on se plaît à découvrir d’autres visages sans que l’intrigue tourne autour de ce seul homme. Chacun est héroïque, c’est leur travail d’équipe qui prime sur tout. On apprend d’ailleurs à connaître la fille de Tex, mort dans la saison 4, et sa jolie relation naissante avec Ray. Les deux ados amènent un peu de douceur et d’humour par les moqueries de leurs camarades, sur le navire. Le couple formé par Kara et Dany ravit toujours autant le public et Wolf, avec ses gros bras et son âme de séducteur, fait sourire à chaque fois qu’il apparaît. La liste serait longue si l’on devait s’attarder sur chaque nouveauté propre à chacun mais tous, avec leur singularité, font de cette équipe une famille à laquelle on a parfois l’impression d’appartenir. D’ailleurs, la saison est assez centrée sur des questions de famille qui unissent et divisent les grecs, ennemis de l’US Navy. Velleck et ses enfants n’ont de cesse de provoquer les américains. On en apprend un peu plus sur eux et sur l’histoire de cette famille, la véritable recherche du père et les raisons de celle-ci. Cependant, il est difficile de se prendre d’affection pour eux, malgré la souffrance du père et la communication souvent difficile entre ces trois-là.

La lutte finale de cette saison est pour la première fois de front puisque le Nathan James aborde le navire grec. Le dernier épisode marque un pas en avant dans la série et une vision plutôt différente des autres où seul sauver le monde importait. Une vraie pensée philosophique et un véritable débat peuvent être ouverts à la fin de cette saison avec le personnage de Velleck qui souhaite contrôler tous les esprits en rendant l’humanité pacifiste afin d’arrêter les guerres et de faire régner la paix. Il affronte Chandler en duel quelques instants mais le commandant américain a toujours de bons arguments en faveur du métier qu’il fait. Cependant, ce tournant est intéressant à exploiter pour les saisons prochaines qui pourraient s’appuyer un peu plus sur les mots parce qu’ils savent si bien le faire dans les scènes où ils s’en servent.

La force de la série est toujours bien présente en créant des moments touchants ou amusants dans des instants graves. Le caractère de chaque personnage et le dévouement de l’équipe font de l’US Navy l’équipe parfaite, dont on ne se lasse jamais. La cohésion et si belle et leurs liens si forts qu’on ne peut oublier l’intensité de leur mission et s’endormir dans leurs vagues. Attention à la prochaine saison qui risquerait d’être celle de trop, puisqu’encore une fois, tout se finit bien ici. Il ne reste plus qu’à attendre ce que les scénaristes de la saison 5 trouveront comme inspiration pour relancer le navire à travers les eaux internationales.

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The Last Ship Saison 4 : Bande-Annonce 

The Last Ship Saison 4 : Fiche Technique

Crée par : Hank Steinberg, Steven Kane
Distribution : Eric Dane, Adam Baldwin, Charles Parnell, Travis Van Winkie, Marissa Neitling, Bridget Regan
Réalisation : Jack Bender, Paul Holahan (en), Michael Katleman (en), Sergio Mimica-Gezzan et Peter Weller
Scénario : William Brinkley (en), Jill Blankenship, Onalee Hunter, Jessica Butler et Nic Van Zeebroeck
Producteurs : Todd Arnow, Tony Mark, Eric Dane
Sociétés de production : Platinum Dunes, Channel Road Productions, et TNT Original Production
Format : 42 minutes
Nombre d’épisodes : 10
Diffusée sur : TNT (chaîne américaine)
Genre : drame, action, science-fiction
Premier épisode : 22 juin 2014

Festival Lumière 2017 : Les Anges Déchus, la poésie de l’errance

Le Festival Lumière 2017 nous permet de redécouvrir, l’une des œuvres les plus troubles et expérimentales de Wong Kar Wai : Les Anges Déchus. Film en perpétuel mouvement, c’est un kaléidoscope d’errance magnifique dans un Hong Kong hallucinogène.

La solitude qui s’immisce dans Hong Kong est sans doute le personnage le plus frappant des Anges Déchus. Sa phosphorescence dans la pénombre. Des coups de feu qui agressent. Des courses à pieds intrépides dans la fusion d’une foule inerte. Les anges déchus, c’est la chronique funambule de personnes solitaires immiscées dans la masse, embarquées par la brume nocturne d’une ville éclairée de mille feux. Dans cette nuit tentaculaire, qui ne laisse pas exister le jour, la mélancolie réapparaît et les états d’âmes ne sont que de passages. Les Anges Déchus, film sorti en 1997 en France, partage des choix stylistiques et narratifs avec Chungking Express. En effet, il est né d’un scénario qui a finalement été coupé de Chungking Express et prend parfois des allures de films de gangsters comme l’était à l’époque As Tears Go By.

Mais le cœur de son message occupe une place essentielle dans l’œuvre de Wong Kar Wai avec cette thématique sur l’amour non partagé et l’aliénation dans un monde vertigineux et animé. Wong Kar Wai illumine son film par une excentricité qui joue les équilibristes entre mélancolie au destin inéluctable et drôlerie burlesque attendrissante. Les anges déchus est un film proche de l’expérimentation, accoudé de personnages presque indélébiles qui s’embarquent dans des rencontres fortuites anonymes. Une fois de plus, Wong Kar Wai se concentre sur les jeunes solitaires à la recherche d’une connexion dans un monde confus. Ils errent dans la ville et commencent de brèves relations, qui durent rarement et qui finissent dans la tristesse.

Le fil narratif est, certes, cousu de fil blanc ; ce tueur à gages qui n’arrive plus à surmonter l’épuisement propice à son métier et veut délaisser sa partenaire ; cette femme ultra bavarde et paranoïaque à la recherche de l’amour et qui se retrouve accompagnée par un muet délicat, éveillé en apesanteur. Hong Kong est elle aussi un personnage central, un terrain de jeu pour les évaporés d’une société qui ne cesse de s’engouffrer par bribes. La caméra n’est presque jamais statique : Wong Kar Wai donne vie à l’anonymat, pourchasse le temps avec un montage hyper saccadé virevoltant entre les néons peroxydés, se faisant une place entre les tables de restaurants, presque frénétiquement. Avec sa réalisation abstraite, flirtant avec le rêve ou le cauchemar nocturne, Wong Kar Wai capte alors, avec cette caméra fantasmatique, une voix off perplexe, la densité, la vivacité de toute une ville. Les Anges déchus est un film magnifique qui comprend des séquences visuelles merveilleusement inventives.

On sent cette ville respirer, on entend son cœur battre, on écoute ces sonorités qui grésillent et qui font éclabousser en pleine nuit, une liberté presque salvatrice. La réalisation cadre et se décadre en même temps, s’amusant des angles pris, traçant sa route entre ces couloirs abandonnés et ces routes infinies, pour prendre tout un tas d’angles différents avec une joie non dissimulée. Il y a un côté volatile, comme si la mise en scène de Wong Kar Wai était une sorte d’oiseau rare refusant de se laisser attraper et voulant s’échapper du marasme de ces lumières ambiantes. Les personnages existent sans exister, c’est leur quotidien. Ils sont toujours en mouvement, totalement invisibles car trop habités par cette solitude pénétrante.

Par rapport à des films comme In the mood for Love ou Nos années sauvages, ce romantisme poétique s’évapore peu à peu et laisse place à une tristesse désabusée. Durant cette nuit à Hong Kong, où les âmes s’engouffrent dans toute cette torpeur, une sensualité plus exacerbée détonne par rapport à la pudeur de certains films du réalisateur. Le réalisateur se débarrasse de tout maniérisme graphique qui parfois alourdit la dimension sentimentale de ses films. Parfois esthétisant, Wong Kar Wai fait des Anges Déchus une œuvre vivante, mouvante, qui s’émancipe de tout type de narration tout en permettant à ses personnages d’exprimer leurs désarrois presque absurdes. Alors, on se laisse nous-mêmes déambuler, on reste cachés derrière un mur ou une commode pour laisser rejaillir les émotions fulminantes des personnages. Les Anges Déchus est un tableau protéiforme, au souffle iconique, d’âmes solitaires, de cœurs brisés qui hurlent ou taisent leur souffrance quotidienne, dans une fantaisie revigorante et presque puérile.

Les Anges Déchus – bande-annonce :

Cruising – La Chasse, l’art du glauque et de l’ambiguïté

Avec Cruising – La Chasse, Friedkin montre, une fois de plus, qu’au-delà du scandale il reste un cinéaste qui sait nous mettre mal à l’aise en jouant sur l’ambiguïté de ses personnages.

Synopsis : Suite à deux meurtres dans la communauté gay new-yorkaise, un policier, Steve Burns, infiltre le milieu homosexuel sous une fausse identité. Son objectif est d’attirer l’assassin.

Après les grands succès que furent French Connection et L’Exorciste, Cruising a surtout fait parler de lui par le scandale qui l’entoure : la communauté homosexuelle se pense caricaturée, voire criminalisée, et l’acteur principal, Al Pacino, rejette tellement ce film qu’il demande même officiellement qu’il soit retiré de sa filmographie.

Pourtant, si on regarde Cruising de plus près, on y voit, au-delà d’un aspect esthétique qui a parfois un peu vieilli, un grand film typique de l’œuvre de Friedkin et, sous bien des aspects, proche de French Connection (ainsi que d’autres classiques du film policier des années 60-70).

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Plongée dans New-York

D’abord, il y a la géographie. Comme dans French Connection (et plus tard dans To live and die in L.A.), l’enquête se concrétise directement sur le terrain. Il s’agit avant tout de délimiter des territoires, des quartiers, des lieux précis. La ville de New-York tient une place importante : plus qu’un simple décor, ses rues, ses bars, son célèbre Central Park ont un rôle actif dans les meurtres et dans la progression de l’enquête. Friedkin matérialise la psychologie de ses personnages par les décors qu’il choisit. Tout est à la fois hyper-réaliste et symbolique d’une personnalité troublée.

Parmi ces emplois symboliques forts, nous avons, bien entendu, les plans qui ouvrent et ferment le film. Le même bateau, sur l’Hudson River. Sauf que la caméra filme une rive au début du film, et l’autre rive à la fin. Au début, c’était le Manhattan rutilant des immeubles où se reflétait le soleil. A la fin, c’est un quartier sombre que l’on devine mal famé.

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Le mot « Cruising » du titre peut être lu avec deux significations : d’un côté, dans le milieu homosexuel, c’est « draguer ». Mais, en anglais, c’est aussi la croisière. Nous sommes passés d’un côté à l’autre. Nous avons traversé la rivière glauque aux eaux sombres. C’est ce voyage que raconte le film.

Flics et criminels

Cruising raconte donc la plongée d’un flic dans le milieu homosexuel, tendance sado-masochiste. Mais attention, que le spectateur ne s’attende pas à un film policier classique. Très vite, on se rend compte que les flics de Cruising sont bel et bien les collègues de Popeye, le personnage si marquant de French Connection : mêmes méthodes brutales, même morale très fluctuante. Ainsi, le policier de la séquence d’ouverture refuse purement et simplement d’enquêter sur un meurtre, puis les deux agents qui patrouillent dans un quartier homosexuel abusent de leur pouvoir pour obtenir des faveurs en nature.

Durant tout son film, Friedkin va se faire plaisir en rendant floue la frontière entre criminels et policiers. Et cela sera particulièrement flagrant dans ce duel qui oppose Burns (Al Pacino) et l’assassin. D’ailleurs, si le réalisateur ne nous cache pas le visage du criminel, que l’on découvre dès la troisième scène du film, c’est pour mieux nous faire voir son extrême ressemblance avec le policier chargé de le retrouver. Et cette ressemblance deviendra de plus en plus ambiguë au fil du film. Le spectateur sent bien que c’est là que Friedkin veut vraiment en venir, c’est là qu’il se fait plaisir : jouer l’ambiguïté.

Une scène, située juste au milieu du film, est emblématique de cette ambiguïté : Burns est arrêté avec un autre suspect. Pour ne pas griller sa couverture, on le traite comme un suspect également. Une fois de plus, on assiste à un comportement policier exagérément violent et à une criminalisation de l’homosexualité, mais surtout cette scène-pivot montre comment Burns semble prêt à basculer de l’autre côté. Il prend la défense du suspect. Il devient plus violent. Lorsqu’il rentre chez lui, c’est comme un étranger, dans son costume de cuir, ne parlant plus à sa copine.

En cela, Cruising est pleinement un film de son époque. Friedkin avait déjà montré des policiers plus ambigus dans French Connection, et la présence d’Al Pacino dans le rôle principal ne peut que nous permettre de faire le rapprochement avec l’œuvre de Sydney Lumet en général, et Serpico en particulier.

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Seulement, réduire Cruising à un simple portrait de policier ambigu serait manquer la grande richesse de ce film. Entre autre, il faut noter le travail remarquable de Friedkin pour implanter une ambiance glauque et sombre. Filmés en pleine nuit, Central Park devient un lieu de perdition, et New York un véritable cloaque. Et le film semble s’enfoncer de plus en plus loin dans la folie criminelle, comme Burns se rapproche de plus en plus de l’assassin.

Il faut dire que, plus qu’un simple assassin, on découvre qu’il s’agit d’un véritable psychopathe habité par des hallucinations et hanté par la figure de son père. Le rapprochement avec Psychose de Hitchcock ou Pulsions de Brian de Palma devient évident, surtout lors d’une scène au cinéma.

Au final, Cruising se révèle être un grand film policier, ambigu, glauque, sombre et angoissant, une œuvre parfaitement maîtrisée et remarquablement interprétée, qui s’inscrit pleinement dans l’œuvre de William Friedkin.

Cruising – La Chasse : Bande Annonce

Cruising – La Chasse : Fiche Technique

Titre original : Cruising
Scénario et réalisation : William Friedkin, d’après le roman de Gerald Walker.
Interprètes : Al Pacino (Steve Burns), Paul Sorvino (Captiaine Edelson), Karen Allen (Nancy), Richard Cox (Stuart Richards), Don Scardino (Ted Bailey).
Photographie : James Contner
Montage : Bud Sith, M. Scott Smith
Musique : Jack Nitzsche
Producteur : Jerry Weintraub
Sociétés de production : Lorimar, CiP
Société de distribution : United Artists
Date de sortie en France : 23 septembre 1980
Genre : policier
Durée : 102 minutes

Etats-Unis – 1980

Festival Lumière 2017 : Master Class intimiste de Wong Kar Wai

Monstre sacré du cinéma asiatique, Wong Kar Wai nous fait l’honneur de se pencher sur son passé et les motivations qui l’ont accompagné durant sa carrière, lors d’une Master Class intimiste et marquée par les improbables et délirantes interventions de son chef opérateur Christopher Doyle. Un moment du Festival Lumière 2017 qu’il ne fallait pas rater.

C’est sous une standing ovation que Wong Kar Wai rentre dans la salle du théâtre des Célestins, suite à la succincte mais affectueuse présentation de Thierry Frémaux. Le directeur du Festival Lumière expliquera qu’après avoir primé des artistes européens, français ou même américains, il était normal que le regard du festival se tourne sur le cinéma asiatique, cinéma d’une grande et rare richesse. Le nom de Wong Kar Wai était donc une évidence à ses yeux. C’est alors que la Master Class commence, une Master Class qui sera dédiée surtout à la genèse du réalisateur et à sa jeunesse.

Wong Kar Wai, ému par l’accueil chaleureux du public et fier d’être honoré dans la ville qui a vu « le cinéma voir le jour », expliquera dans un premier temps le voyage difficile qui l’amena de la Chine à Hong Kong, en 1962 lorsqu’il avait 5 ans : lui et sa famille ne parlaient pas la langue et il n’avait pas de famille à Hong Kong.

« Mais pourtant le lien avec la Chine a perduré et je retourne souvent à Shanghai, je me promène souvent dans ses avenues. Ces lieux sont mon berceau. La maison dans laquelle j’ai grandi est toujours là. Je me considère Chinois mais pourtant je connais Hong Kong bien mieux. »

Et de là, le réalisateur conte ses premiers émois avec le cinéma et la découverte de cet art qui marqua un pan de sa vie. Et c’est donc non sans une certaine fierté qu’il nous indique que sa mère est à l’origine de tout cela, notamment à travers un éclectisme assouvi.

« Ma mère a compensé cette absence d’entourage par le cinéma. Elle adorait ça. Elle y allait tous les jours et aimait m’amener voir des films de tous genres, que ce soit ceux d’Hollywood, italiens ou des productions locales. Mon éducation au cinéma s’est faite avec les séances auprès de ma mère. »

Dans une époque où les jeux vidéo n’existaient pas encore, les seules fenêtres culturelles sur le monde proposées à Wong Kar Wai étaient « le cinéma et la radio ». Le fait de vivre sans cesse dans une atmosphère imbibée de cinéma, a été le déclencheur d’une passion et d’une farouche envie de faire du cinéma. Surtout que pour Wong Kar Wai, « Hong Kong est le meilleur endroit pour voir des films », lieu dont les salles présentaient beaucoup de films locaux mais aussi beaucoup de films d’horizons différents qui lui ont ouvert l’esprit. En ce sens là, le cinéaste se remémore une anecdote où jeune, il vit, sans le savoir, un film de Fellini.

Dans un Hong Kong, marqué par le cinéma de genre qui était quadrillé par un cahier des charges précis, notamment dans les productions de Shaw Brothers, il expliqua l’émergence dans les années 70 d’une nouvelle génération de cinéastes d’auteurs qui voulaient sortir des carcans des films à « studio ».

« Inventer un nouveau récit, une redéfinition de la façon dont on faisait le cinéma : prendre les caméras, aller dans les rues, voir de nouveaux paysages urbains, avoir un autre rapport au jeu d’acteurs, et s’approcher d’un style plus direct et proche du documentaire. C’est dans ce contexte qu’un A Better Tomorrow de John Woo a remporté un certain succès. »

Quand il débuta en tant que jeune cinéaste, il était conscient que l’offre cinématographique à Hong Kong était centrée sur les films de gangsters et que cette perspective de films de genre pouvait le séduire. Tout en faisant un cinéma bien personnel qui donnera naissance à As tears go by.

« Plutôt que de parler de deux héros, pourquoi ne pas parler de deux anti-héros, de types paumés qui veulent devenir des héros. J’ai eu la chance de me lancer dans le cinéma à un moment considéré comme l’âge d’or du renouveau du cinéma hongkongais, il y avait un vent de liberté, une envie de faire quelque chose de nouveau, de devenir le nouveau John Woo. »

La Master Class prit alors une autre tournure et s’intéressa au processus de création du réalisateur. Mais le cinéma n’est pas juste un objet vidéoludique dans une salle, c’est avant tout une aventure humaine, qui demande certains sacrifices pour donner le meilleur de soi-même.

« Je n’échappe pas à la trinité obligatoire de l’écriture, du tournage et du montage, mais je ne vois pas pourquoi ça serait dans cet ordre là et pourquoi chacune de ses étapes exclurait les autres. On peut très bien écrire pendant qu’on monte et remettre en question l’ordre de ces étapes-là. »

« Je dois dire que j’ai horreur de l’écriture, car c’est la plus solitaire des étapes. Vous êtes assis sur une chaise, votre seul interlocuteur est une feuille blanche, et vous vous débrouillez seul. C’est pour cela que je repousse cette étape le plus possible. »

Sa manière de fabriquer des films est différente et se veut avant tout être le meilleur moyen pour lui d’exprimer toute la matière créatrice du film. Mais cette obsession féconde pour le perfectionnisme lui fait parfois défaut, et il est parfois obligé de rendre ses films sous la pression des producteurs et même des festivals : avec une anecdote de Thierry Frémaux sur 2046 où le film a été rendu in extremis.

« Ce qui nous anime, c’est que la volonté de s’en tenir à la vision qui est la nôtre, de ne pas vouloir baisser les bras, faire quelque chose différent et de rendre le meilleur de ce que nous pouvons offrir. Nathaniel Mechaly, qui est là, peut raconter comment je l’ai fait venir une semaine à Hong Kong pour l’enfermer dans un studio en lui demandant de terminer la bande-originale de The Grandmaster. Christopher Doyle peut vous raconter comment on s’est retrouvés en Argentine, au bout du monde, on n’avait plus de pellicule. Il a fallu trouver une nouvelle écriture filmique, on ne travaillait qu’avec des plans fixes pour pouvoir nous en sortir avec nos bouts de pellicule et terminer quand même le film. »

Sachant qu’il écrit sans cesse son script, même durant le tournage, ce n’est pas un problème pour lui de collaborer dans ces conditions avec ses propres acteurs car ça lui permet de générer une façon différente de filmer ses personnages. Christopher Doyle, son chef opérateur de toujours, était présent dans la salle et de façon burlesque et émouvante, cria son amour pour Wong Kar Wai. Ce dernier articula son argumentaire sur la particularité de sa relation cinématographique avec ses acteurs.

« Il y a deux façons d’envisager le travail d’un acteur pour qu’il rentre dans un film. Soit vous commencez par écrire un scénario, créer des rôles qui sont des moules et il s’agit pour les acteurs de s’adapter à ce moule, à ce que vous avez préalablement créé pour lui. Il y a un autre rapport aux acteurs, qui est le mien. L’idée est de les observer, de créer un espace dans lequel eux créent et se meuvent. Par exemple, avec Maggie Cheung, il est arrivé pour un film que je considère que ce qu’elle avait à dire, la façon dont elle disait le texte que j’avais écrit, était moins intéressant que la façon dont son corps remplissait l’espace que j’avais créé, donc j’ai supprimé son texte pour la laisser s’exprimer autrement, par le moyen qui était le sien. »

Après avoir fait référence à The GrandMaster, qui symbolise à lui seul toutes les contraintes que peut connaitre Wong Kar Wai durant ses tournages, sur le fait que cette œuvre n’a pas encore de « version  longue », le cinéaste parla un peu plus précisément de l’un des films qui marqua sa carrière : Happy Together et son rapport à la rétrocession qui agissait en Chine dans les années 1997.

« Happy Together, qui se passe à Buenos Aires, semble très éloigné de nos préoccupations locales, mais à travers le sujet des passeports qui faisait partie des paradoxes de la situation de l’époque, le film est parsemé de ces enjeux et cette réalité là a fini par apparaître dans le film. Peut-être aussi que la motivation qui était la nôtre était qu’on ne savait pas ce qu’il allait advenir de nous, après la rétrocession. La censure chinoise allait s’appliquer à Hong Kong. Et donc qu’une histoire homosexuelle ne pourrait peut-être pas se faire. Cela fait partie de ces événements, de ces contraintes qui vous dirigent dans un sens ou dans un autre. »

Finissant sur l’essor de l’espace cinématographique en Chine, Wong Kar Wai voit s’insuffler un nouveau souffle, une nouvelle énergie qui s’instaure chez les nouveaux cinéastes de son pays. Cette note d’espoir et d’enthousiasme est le miroir d’une Master Class qui se déroula avec sincérité et douceur, portant surtout sur Wong Kar Wai et son rapport au cinéma en général. Délaissant un peu les interrogations techniques et les discussions professionnelles, cette conférence permit de mieux connaitre qui se cache derrière ses fameuses lunettes noires.

 

Le Convoi de la peur, voyage au bout de l’enfer

À l’occasion de son quarantième anniversaire, il est temps de revenir sur le chef d’œuvre maudit de William Friedkin, le Convoi de la peur. Film de tous les excès dans lequel son réalisateur se sera donné corps et âme, le film sorti en 1977 reste l’une des œuvres les plus incomprises de son temps. Avant-gardiste et fou, il est à lui seul le synonyme de la singularité d’un des auteurs les plus remarquables du cinéma américain.

le-convoi-de-la-peur-william-friedkin » Le film devint une obsession. Ce serait mon chef d’oeuvre, le film sur lequel je bâtirais ma réputation. J’étais persuadé que tous les films que j’avais réalisés auparavant n’avaient été qu’une préparation pour celui-ci ». Voilà comment William Friedkin décrit Le Convoi de la peur dans son autobiographie Friedkin Connection. Archétype du film maudit par excellence, Le Convoi de la peur aura été une véritable épreuve dans la carrière du cinéaste américain. Production chaotique, tournages extrêmes, et surtout gros ratage au box-office, le film aura laissé une trace indélébile dans la filmographie de Friedkin, et pas forcément pour les bonnes raisons. Cependant depuis quelques années, le blason du « film culte » de Friedkin a été redoré, et le monde semble enfin le percevoir à sa juste valeur. Quels ont donc été les problèmes auxquels s’est heurté Le Convoi de la peur lors de sa sortie? Était-ce une mauvaise communication due à son titre original Sorcerer et une tagline renvoyant à l’Exorciste ou est-ce tout simplement le fait que le film ne soit pas sorti à la bonne époque? En 1977 tout le monde rêvait de conquérir l’espace grâce à Star Wars, alors que de son côté Friedkin nous ramène les pieds sur terre avec ses anti-héros dos au mur. Quoi qu’il en soit, Le Convoi de la peur a depuis toujours été une œuvre fascinante, un périple fou orchestré par un homme qui l’est tout autant, un moment de cinéma comme il en existe très peu.

Remake du classique de Clouzot, Le Salaire de la peur, le film de Friedkin en reprend les grandes lignes. Des hommes exilés, n’ayant rien à perdre, ont pour mission d’acheminer un stock de nitroglycérine à l’aide de camions sur un parcours des plus dangereux. Friedkin oblige, le réalisateur américain y apporte le réalisme qui a fait sa renommée. Ayant commencé dans le documentaire, Friedkin a toujours opté pour cette façon de raconter les histoires, qu’elles soient policières dans The French Connection ou d’horreur dans L’Exorciste. 4 hommes d’univers différents seront donc les protagonistes de cette odyssée. Si le casting rêvé par Friedkin (Steve McQueen, Marcello Mastroianni, Lino Venura) n’aura pas pu se concrétiser, ce sont quand même 4 grands acteurs qui vont offrir leurs trognes à ces hommes au bord du désespoir. Dans son souci de réalisme, Friedkin va offrir à ses 4 anti-héros un prologue présentant les raisons de leur exil. Francisco Rabal est un assassin en fuite, Amidou est un terroriste palestinien ayant fait sauté une synagogue à Jérusalem, Bruno Cremer prête ses traits à un banquier parisien dont l’arnaque a été dévoilée au grand jour, tandis que Roy Scheider est un irlandais dont la tête est mise à prix par la mafia italienne après un coup monté dans le New Jersey. Ces 4 hommes se retrouvent alors dans un village paumé d’Amérique du Sud essayant de gagner leur croûte dans une raffinerie de pétrole.

Chaleur étouffante, végétation luxuriante, village pittoresque avec au milieu un bar tenu par un ancien SS qui sert de point de ralliement après une journée de dur labeur, le décor filmé en République Dominicaine nous transporte directement dans une œuvre de Gabriel Garcia Marquez. Le prix Nobel de littérature colombien aura d’ailleurs fait partie des lectures de préparation entreprises par Friedkin en amont de la production. Témoin majeur de la société sud-américaine, il contribue à conférer un naturalisme saisissant à la mise en contexte du Convoi de la peur. Friedkin ne lésine d’ailleurs pas là-dessus, il prend une attention particulière à montrer cette nouvelle vie à laquelle sont contraints ses personnages. Personnages devenus des fantômes répondant désormais à des noms hispaniques dans un monde où personne ne les connait, errant en essayant de trouver une échappatoire. Ce village est un purgatoire d’où il ne semble y avoir aucune issue.

le-convoi-de-la-peur-bruno-cremer-roy-scheider-francisco-rabalAlors qu’une explosion infernale met en branle toute la région, une lueur d’espoir semble apparaître aux yeux de ces âmes perdues. Une récompense en échange d’une mission. 3000 pesos pour transporter de la nitroglycérine sur 300 kilomètres. Certainement le dernier espoir pour ces quatre hommes de quitter cet endroit. Mais si ce village est le purgatoire, ce qui les attend est vraisemblablement l’enfer. Tout le monde connait les propriétés explosives de la nitroglycérine, le moindre choc et tout part en éclats. Traverser un paysage des plus hostiles sur 300 kilomètres, alternant entre jungle, marécages et montagnes ne semble pas être une mince affaire, mais c’est la seule solution. Démarre alors un voyage au bout de l’enfer. Lazarus et Sorcerer deviennent les personnages principaux, deux gros camions aux calandres menaçantes, retapés spécialement pour ce convoi. Pâle comparaison au Faucon Millenium qui fait rêver les gamins de la fin des 70s, mais Friedkin filme ces créatures mécaniques comme de véritables personnages. Ils ne font plus qu’un avec leurs conducteurs.

William Friedkin va alors faire basculer son oeuvre dans un hallucinant voyage sous tension. La mort peut survenir au moindre nid de poule, au moindre virage, au moindre obstacle. Avec une cargaison aussi instable que la nitroglycérine, la moindre anicroche devient un funeste destin. Immersif comme peu de film, Le Convoi de la peur place le spectateur dans la cabine du camion en compagnie des 4 protagonistes. Un premier virage difficile à négocier fait couler les premières gouttes de sueur sur notre front. C’est alors qu’intervient ce pont. L’une des séquences les plus marquantes de l’histoire du cinéma et certainement l’une des plus difficiles à tourner. Un pont de singe surplombant une rivière en crue alors qu’une pluie intense s’abat sur la jungle verdoyante. Un obstacle impossible à contourner. Là encore les déboires ont été nombreux pour Friedkin et son équipe, qui ont dû se heurter aux caprices de Mère Nature. La rivière prévue se retrouvait alors à son plus bas débit d’étiage. Des changements de location ont dû être entrepris, et surtout le déplacement de l’immense structure de pont hydraulique nécessaire à la réalisation de cette séquence. Véritable climax du film, cette séquence cultive un suspense insoutenable ou tout peut être fini à chaque instant. Le stress du spectateur n’a d’égal que celui des conducteurs. Modèle de réalisation et de mise en scène, c’est une séquence qui hantera à tout jamais les spectateurs du film.

le-convoi-de-la-peur-william-friedkin-roy-scheiderCe travail d’ambiance oppressante est accentué par la grisante partition du groupe de musique électronique allemand Tangerine Dream. Friedkin  a toujours pris à cœur le choix de la bande-son de ses films, on se rappelle de l’éclair de génie Tubular Bells pour l’Exorciste. Ici la musique de Tangerine Dream accompagne à merveille cette odyssée existentielle, à tel point que les compositions ont servi à Friedkin d’influence pour le montage du film. Les sons novateurs et avant-gardiste du groupe allemand (qui par la suite composera d’autre BO comme par exemple pour Thief de Michael Mann) offre une aura singulière au Convoi de la peur. Comme toutes les grandes œuvres, la folie de son réalisateur transparaît à l’écran, et la fin du voyage du Convoi de la peur en est le pinacle. Deux ans avant un autre film connu pour un tournage éprouvant, Apocalypse Now, le film de Friedkin montre une plongée dans une folie. De celles qui contaminent tout le corps, et c’est dans un paysage surréel que prend fin un voyage au plus profond de la jungle, mais surtout au plus profond de l’humain. Sans concession, Le Convoi de la peur aura marqué par son âpreté, faisant miroiter un espoir intouchable à ses protagonistes.

Le Convoi de la peur – Bande Annonce

Le Convoi de la peur – Fiche Technique

Réalisation : William Friedki
Scénario : Walon Green
Interprétation : Roy Scheider ( Jackie Scanlon), Bruno Cremer (Victor Manzon), Amidou (Kassem), Franscisco Rabal (Nilo)
Photographie : Dick Bush et John M. Stephens
Montage : Bud S. Smith et Robert K. Lambert
Musique : Tangerine Dream
Producteur : William Friedkin et Bud S. Smith
Société de production : Film Properties International N.V, Paramount Pictures et Universal Pictures
Durée : 120 minutes
Genre : Thriller
Date de sortie : 24 juin 1977

États-Unis – 1977