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« 125, rue Montmartre » : le crime était presque parfait

Pathé Films propose une réédition DVD/Blu-ray de 125, rue Montmartre. Lino Ventura y apparaît dans l’un de ses premiers grands rôles, cinq années après Touchez pas au grisbi. Le Paris populaire y est mis à l’honneur sur fond de machination criminelle.

Au moment de tourner 125, rue Montmartre, Gilles Grangier a déjà réalisé une bonne trentaine de films et collaboré à plusieurs reprises avec Jean Gabin. Lino Ventura, en revanche, en est encore à sa phase de découverte du cinéma, même si ses idées sur le sujet, et a fortiori sur les personnages qu’il incarne, sont bien arrêtées. Tous deux vont donner à ce polar méconnu l’allant indispensable aux grandes œuvres. L’acteur italien, ancien champion de lutte, se montre magnétique dès les premières séquences du film : cigarette aux lèvres, moue lasse ou contrariée, il débite avec charisme les dialogues parfaitement ciselés d’un Michel Audiard en grande forme. Gilles Grangier façonne quant à lui un polar échevelé où le mystère s’épaissit constamment, tout en radiographiant le Paris populaire à travers l’histoire d’un vendeur de journaux à la criée.

Adapté d’un roman primé d’André Gillois, accompagné de partitions parfois anxiogènes, 125, rue Montmartre bascule au moment où Pascal repêche sous un pont Didier (Robert Hirsch), qui a tenté de mettre fin à ses jours en se jetant à l’eau. Ce dernier se dit victime de sa femme et de son beau-frère, qui cherchent à le faire passer pour fou, probablement dans l’espoir de s’accaparer ses « deux fermes » et ses « trente hectares ». Malgré le comportement erratique de son nouveau compagnon et quelques revirements de bord, Pascal le prend sous son aile, lui dégote un job où il peut espérer « 300 balles par jour », puis l’accompagne dans sa demeure bourgeoise pour récupérer quelques liquidités. Sauf que rien ne se passe comme prévu et que le pauvre vendeur de journaux finit… accusé du meurtre de Didier, l’authentique cette fois ! Nous voilà plongés dans le parfait scénario hitchcockien du faux coupable.

Mine de rien, l’acuité du regard est l’une des grandes qualités de ce long métrage. Il y a d’abord la caractérisation fine de Pascal, habitant un appartement modeste, doublant ses revenus mensuels grâce au Tour de France, accordant confiance et logis à un inconnu par pure charité, tout en déclarant : « Il m’énerve. J’aime les gens normaux, moi ! » Par ailleurs, le quartier de la presse, les tournées des vendeurs, la criée constituent autant de particularités sociologiques étudiées dans le film. Il y a aussi le regard de l’inspecteur, dont les doutes seront favorables à Pascal, et qui assènera : « J’aime que les assassins concordent avec l’arme du crime. » Pendant ce temps, les quiproquos et confusions identitaires le disputeront à l’humour audiardesque, tandis que les numéros d’acteur de Lino Ventura et la photographie soignée de Jacques Lemare sublimeront un peu plus cet étonnant 125, rue Montmartre. Un polar dont la brève allusion à la peine de mort, à l’endroit d’un innocent au grand cœur, se niche certainement dans le corps du courant abolitionniste.

BONUS & RESTAURATION

Le film est plaisant à regarder et à entendre. Le travail de restauration se veut sans conteste à saluer. Parmi les quatre suppléments compris dans cette édition, trois s’avèrent très chiches, si bien que l’on s’intéressera avant tout aux entretiens (40 minutes environ) avec Patrick Eveno, Philippe Lombard et Jean-Pierre Bleys, centrés sur le film et ses intervenants, mais évoquant aussi Jean Gabin, qui introduisit Lino Ventura dans le cinéma français. Il sera aussi question de Gabin (et de ses répliques fleuries) dans le petit film consacré à Michel Audiard.

Fiche technique

Réalisation : Gilles Grangier
Scénario : Jacques Robert, André Gillois, Gilles Grangier
Adaptation d’après le roman éponyme 125, rue Montmartre d’André Gillois (aux éditions Hachette, 1958)
Dialogue : Michel Audiard
Assistants réalisateur : Jacques Deray et Guy Blanc
Décors : Robert Bouladoux
Assistants décors : James Allan et Georges Richard
Photographie : Jacques Lemare

Infos techniques : DVD – 1.66 – N&B – 91 min
LANGUES : Français Dolby Digital 2.0
SOUS-TITRES : Sourds et malentendants BLU-RAY – 1.66 – N&B – 95 min
LANGUES : Français DTS mono 2.0 SOUS-TITRES : Sourds et malentendants
Suppléments : Série d’entretiens autour du film (environ 40 min)
Actualités Pathé d’époque : Grand cocktail parisien pour la sortie du film 125 rue Montmartre – 1959 (environ 1 minute); Retour sur la carrière de Michel Audiard -1969 ( 3 min 30 ) ; Buster Keaton fait le show au cirque Medrano – 1947 (5 min)

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Men in Black : International, une nouvelle féminisation des blockbusters

Sortie le 12 Juin, Men in Black : International s’annonce comme une suite, mais incarne plutôt un reboot du MIB original. La nouveauté ? Son casting au féminin. Tessa Thompson en tête d’affiche, aux cotés de Chris Hemsworth, adopte le costume et les lunettes noirs comme une vraie (wo)Men in Black. Mais que propose le film d’original ? Rien de plus.

Women and Men in Black

Après Oceans 8, Ghostbusters, c’est le très connu Men in Black qui se féminise. Mais si le titre de « Men in Black » reste inchangé, le film remet les pendules à l’heure, les « femmes en noir » existent bel et bien au sein de l’agence MIB. Aux commandes du QG de New York, on retrouve l’agent O (Emma Thompson) réaffirmant sa position en tant que femme. Alors, si nos agentes ont été invisibles jusqu’alors, la franchise semble se faire pardonner en incrustant un casting plus féminin. Passé le discours d’empowerment, le film reste un classique film d’action et rien de féministe à l’horizon.

Nouvelles têtes, même formule

Pour ce quatrième opus, ce sont les agents H (Chris Hemsworth) et M (Tessa Thompson) qui prennent la relève du mythique duo K et J, aka Tommy Lee Jones et Will Smith (Nos anciens héros ne feront l’objet que d’un bref cameo pictural). Avec quelques appréhensions, ce nouvel opus nous introduit la petite nouvelle : Molly. Petite fille, elle assiste à l’intervention des MIB chez elle, mais ne se fait pas flasher. Toute sa vie, elle garde secret l’existence des aliens et espère un jour aussi intégrer les agents secrets en costard-cravate. A force d’acharnement, elle s’incruste au QG de New York et parvient à être mise à l’essaie pour intégrer les MIB.

Paris et les Français sous les projecteurs

Qui dit « International », dit délocalisation. C’est à Londres que l’agent M est placé, sous l’aile du grand T (Liam Neeson), Big Boss du siège anglais. Elle devra alors faire équipe par défaut avec l’agent H, aussi talentueux qu’arrogant. Notre nouveau duo fonctionne avec quelques à-coups au début, mais ils finissent par s’entraider pour sauver le monde (encore). Un partie de l’action se déroule également à Marrakech et Paris, pour le plaisir du public français. Certains reconnaîtront également les « Twins » (Larry & Laurent Bourgeois), des jumeaux danseurs qui ont participé notamment à La France a un incroyable talent, dans les rôles des antagonistes.

Vrai duo ou romance déguisée ?

En comparaison avec les Men in Black précédents, cet épisode reste dans la vague du « buddy movie » à la 21 Jump Street ou nos deux héros, aux caractères divergents, s’entraident autant qu’ils se chamaillent. Chris Hemsworth reprend le rôle du jeune agent intrépide et égocentrique comme Will Smith avant lui. Alors que Tessa Thompson incarne plutôt la nouvelle fraîchement débarquée, en période d’essai, qui excelle en tout point pour faire ses preuves. Le développement de son personnage, à la fois drôle et badass opère bien pour apporter un point de vue féminin à l’aventure. A coté, Chris Hemsworth souffre d’être réduit à un rôle de beau gosse arrogant. Surement dû à  son personnage de Thor (Avengers) qui lui colle à la peau. Attention, même si une romance au sein de notre duo n’est pas explicitement montrée, la fin laisse en suspens une romance qui devrait surement éclore dans une possible suite.

Un MIB qui n’a pas besoin de flash pour se faire oublier

Si l’ensemble réussit à nous divertir, le film n’est pas exceptionnel. Le scénario est assez classique pour le genre, avec un peu d’humour et beaucoup d’effets spéciaux. Il s’ajoute aux blockbusters qui brilleront le temps d’un été. Si on peut être satisfait de voir de plus en plus de femmes comme héroïnes des reboot de nos films d’action cultes, la volonté ne fait pas la qualité. Ces versions féminines, censées attirer un public plus féminin, restent d’ennuyeuses copies de leurs originaux et n’ont pas grand intérêt. Et il serait d’ailleurs naïf d’imaginer que le public féminin se contente d’un recyclage de vieilles formules à succès, plutôt que des véritables nouvelles héroïnes. La véritable révolution serait plus de faire des films comme Wonder Woman, dirigés aussi par des réalisatrice comme Patty Jenkins, qui nous montrent de véritables modèles féminins.

Bande annonce de Men In Black : International

Synopsis : Quand elle était enfant, l’agent M a vu les Men in Black effacer la mémoire de ses parents. Elle n’a rien oublié et est bien décidée à intégrer ce corps d’élite. Recrutée par l’agent O, elle doit faire équipe avec l’agent H, lequel travaillait jusqu’ici avec High T. Ils ont pour mission de découvrir qui est la taupe de l’organisation et surtout mettre celle-ci hors d’état de nuire. Ils se rendent d’abord à Londres mais leur enquête les entraîne un peu partout à travers le globe…

Men in Black : International – Fiche Technique :

Réalisateur : F. Gary Gray
Scénario : Matt Holoway, Art Marcum
Casting : Tessa Thompson (Agent M), Chris Hemsworth (Agent H), Liam Neeson (High T), Emma Thompson (Agent O), Kumail Nanjiani (Pawny), Rafe Spall (Agent C), Rebecca Fergusson (Riza)
Décors et costumes : John Bush, Penny Rose
Photographie: Stuart Dryburgh
Musique : Chris Bacon, Danny Elfman
Production : Sony Pictures, Colombia Pictures Corporation, Amblin Entertainment, Parkes / Macdonal Productions
Pays d’origine : Etats-Unis
Genre: Science fiction, Action
Durée: 1h 55min
Date de sortie : 12 Juin 2019

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2.5

Conséquences (Posledice) : remportez des places de cinéma du film

Concours : A l’occasion de la sortie en salles, le 26 Juin 2019, gagnez des places de cinéma du film, Conséquences (Posledice), le premier long métrage du réalisateur slovène Darko Stante mettant en vedette Matej Zemljic.

SYNOPSIS, INFOS, BANDE-ANNONCE

« Andrej, un jeune délinquant, est placé dans un centre de détention pour mineurs. Il y fait la rencontre de Zelko, un chef de gang pour qui il voue une véritable fascination. Conscient de l’emprise qu’il exerce sur Andrej, Zelko le pousse à commettre des délits de plus en plus graves qui pourraient avoir des conséquences irréversibles… »

https://vimeo.com/273558457

Scénario et réalisation: Darko Štante
Avec Matej Zemljic, Timon Sturbej, Gasper Markun, Lovro Zafred, Lea Bok, Rosana Hribar, Dejan Spasic, Blaz Setnikar, Iztok Drabik Jug, Matjaz Pikalo, Igor Matijevic, Urban Kuntaric, Dominik Vodopivec..
Image: Rok Kajzer Nagode
Son: Julij Zornik
Décors: Špela Kropušek
Musique : Vladimir « Doša » Kosovič
Montage: Sara Gjergek
Distribution: Epicentre Films

Modalités du jeu concours – Dotations 2 places

Pour participer à notre concours, réservé à la France Métropolitaine, il vous suffit de compléter le formulaire avant le 26 Juin 2019. Pour augmenter vos chances, abonnez-vous à notre page Facebook ou notre compte Twitter. Renseignez vos réponses, vos coordonnées et cliquez à chaque étape sur les boutons « Suivant », puis « Envoyer » situés en bas du formulaire. Attention, aucune réponse mise en commentaire ne sera validée. En cas de problème, contactez-nous en utilisant le formulaire de contact.

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La Dolce Vita, de Federico Fellini : vacuités bruyantes et idoles magnifiques

La Dolce Vita de Federico Fellini avec une once d’originalité ? Tout a été dit, analysé, interprété, le film fait partie de la culture internationale et certaines scènes comme la baignade nocturne dans la fontaine de Trevi sont devenues légendaires. Il faut donc toujours beaucoup d’humilité pour aborder de tels chefs-d’œuvre, et faire évidemment le deuil de l’exhaustivité. Essayons.

Si La Dolce Vita est le film encore aujourd’hui le plus populaire de Fellini, c’est sans doute parce qu’il dépeint un monde dans lequel n’importe qui peut se reconnaître, à des degrés différents. Après s’être intéressé à la misère itinérante dans La Strada, aux déambulations d’une prostituée flâneuse dans Les Nuits de Cabiria, le cinéaste italien peint ici le tableau d’une Italie de la fin des années 50 qui au contraire tourne en rond. Les stars de cinéma, les paparazzi, les médias, les belles voitures, les cabarets, les travaux urbanistiques : tout participe d’un bruit de fond constant, d’une perpétuelle mise en mouvement qui sera sans cesse vouée à l’échec tout au long du film.

Tout dans La Dolce Vita n’est que mascarade, tout ne sert qu’à nourrir l’illusion que l’existence est porteuse de sens pour ces personnages en proie au vertige, au doute (une scène de questions-réponses entre des journalistes et Sylvia – spectrale Anita Ekberg – est sur ce point terrifiante). La vie des personnages n’est que mise en scène, divertissement, ivresse, tentative d’oublier l’ennui et la profonde solitude qui rongent cette mondanité décadente.

Le vide existentiel se matérialise même dans l’espace : les rues désertes de Rome, l’hôpital immensément vide dans lequel une sœur fait les cent pas, les promenades nocturnes en voiture dont l’unique but est de tourner en rond pour repousser le moment de rentrer chez soi, etc. Ce monde est désenchanté, désacralisé (dès le début, le déplacement par hélicoptère d’une statue de Jésus symbolise cette volonté de « s’accrocher », de se « suspendre » au sacré, comme pour se rassurer). Même la religion n’est plus qu’une grotesque superstition salie par des masses hystériques, comme lors d’une scène de miracle collectif où tout n’est plus que brouhaha et discours ineptes. Du bruit et de la pluie, bruyante elle aussi. Comme les vagues de la fin…

Dans cette cacophonie, tout n’est que remplissage vain d’une solitude qui est comme ce vase percé que l’on s’épuise à remplir à ras bord. Maupassant écrivait : « Notre grand tourment dans l’existence vient de ce que nous sommes éternellement seuls, et tous nos efforts, tous nos actes ne tendent qu’à fuir cette solitude. ». La Dolce Vita est peut-être la plus frappante mise en image de ce désespoir qui s’illusionne dans l’artificialité. La scène d’ouverture donne déjà le ton, avec cette première soirée où les masques des danseurs comme les lunettes de soleil portées en pleine nuit annoncent ce refus de voir la réalité de l’existence, et de se vautrer dans l’ivresse de la fête. Ce refus du réel, ce refus de cette solitude angoissante, sonne comme un refus du naturel que l’on a quasiment oublié à force de se complaire dans l’artificiel : Marcello appelle lui-même ce monde bourgeois « la jungle », et la séquence où tous écoutent des bruits de nature à travers un enregistrement radio donne l’impression d’être en face d’individus totalement déshumanisés, qui ont comme oublié ce qu’est le monde extérieur hors de leur bulle mondaine. Aussi semblent-ils redécouvrir ce qu’est la vie à ce moment précis, si éphémère.

Il y a beaucoup de personnages dans La Dolce Vita, divinement interprétés, mais celui de Marcello Mastroianni est forcément le plus mémorable. Il est le seul personnage « principal », bien qu’il ne fasse pas grand-chose – bien qu’aucun d’entre eux ne fasse grand-chose… Il traverse le film comme une ombre, butinant ici et là. Les gens passent, certains paraissent importants puis disparaissent à jamais, d’autres les remplacent. Tout s’écoule comme si rien n’avait d’importance ni ne laissait de trace. Il n’y a même pas d’histoire à proprement parler, pas de réelle narration. La Dolce Vita est plutôt une succession des saynètes mélancoliques comme autant d’instants de vie que Fellini a toujours aimé transmettre dans tous ses films.

Un film intemporel, une longue nuit fellinienne sublimée par la musique de Nino Rota qui, dans toute la discrétion qu’on lui connaît, parvient à retranscrire à la perfection l’élégance et la tristesse infinies qui se dégagent de cette œuvre éternelle. Une œuvre sur l’échec, conclue par l’échec : échec de la nuit, échec des relations humaines, échec de l’amour, échec du désir, échec du langage, échec de tous les artifices qui sont comme anéantis par le lever du jour. Tout s’envole, sauf cet ultime regard de tendresse lancé par Marcello Mastroiani, les yeux meurtris de cernes, à une jeune enfant qui, elle aussi, et comme tous les autres, passait seulement par là.

La Dolce Vita – Bande-annonce

Fiche technique :

Réalisateur : Federico Fellini
Distribution : Marcello Mastroianni, Anita Ekberg, Anouk Aimée, Yvonne Furneaux
Scénario : Federico Fellini, Tullio Pinelli, Ennio Flaiano, Brunello Rondi, Pier Paolo Pasolini (non crédité)
Décors et costumes : Piero Gherardi
Photographie : Otello Martelli
Musique : Nino Rota
Pays d’origine : Italie, France
Genre : chronique dramatique
Durée : 174 minutes
Dates de sortie : 5 février 1960 (Italie), 11 mai 1960 (France)

 

Champs Elysées Film Festival 2019 : La sélection

Pour la huitième année consécutive, la plus belle avenue du monde va vibrer au rythme du septième art durant une semaine. C’est le retour du Champs Elysées Film Festival créée par Sophie Dulac, et voici la sélection 2019.

Cette année, ce ne sont pas moins de 60 films qui seront présentés lors du festival, des avant premières aux séances spéciales sans oublier la Compétition, les festivaliers auront de nombreux choix à faire. Plusieurs invités viendront également à la rencontre du public parisien à l’occasion de masterclass où on pourra retrouver l’acteur Jeff Goldblum, la réalisatrice Debra Granik, les acteurs Kyle MacLachlan et Christopher Walken, ainsi que le cinéaste David Lowery.

L’un des événements les plus attendus du festival sera l’avant-première du nouveau film de James Franco : Pretenders. Mais David Lowery pourrait bien aussi lui voler la vedette avec la présentation de son dernier film The Old Man & The Gun dans lequel il met en scène Robert Redford et Sissy Spacek. D’autres séances inédites viendront s’y ajouter, notamment avec les films Her Smell de Alex Ross Perry en sa présence, et The Mountain, une oydssée américaine, de Rick Alverson, qui sera également là pour présenter son film. À l’occasion de la première de Dragged Across Concrete du réalisateur américain S. Craig Zahler, le festival permettra de revoir ses deux premiers films Section 99 et Bone Tomahawk. Tapis rouges et invités de prestige marqueront cette huitième édition. Mais le Champs Elysées Film Festival chante aussi, et fort du succès rencontré lors de l’édition précédente, un showcase sera organisé chaque soir sur le prestigieux roogtop du festival. Au programme Adam Naas, Claire Laffut, Hervé ainsi que les DJ Set à ne pas manquer de Corine et Fishbach en ouverture et clôture du Festival, une programmation musicale qui donne autant envie de danser que de se réfugier dans les salles de cinéma pour découvrir chacun des films.

Le jury 2019 est présidé par le cinéaste Stéphane Brizé, choix plutôt étonnant quand on voit la sélection de l’année qui semble très éloignée du genre de cinéma que le réalisateur pratique, mais le mélange devrait s’avérer intéressant. Il sera entouré de la chanteuse ayant remporté la Victoire de la musique de l’artiste interprète féminine de l’année Jeanne Added, des acteurs français Clotilde Hesme et Grégoire Ludic, de la réalisatrice libanaise Danielle Arbid et de l’acrobate Yoann Bourgeois. Le réalisateur et humoriste Océan fera également partie de ce jury et se verra présenter le documentaire portant son prénom et retraçant sa vie depuis début 2018 et sa décision de changer de sexe, une projection qui promet d’être passionnante.

Six longs métrages français et américains indépendants composeront les deux compétitions du format long afin d’obtenir le Prix du Public, du Jury ainsi que celui de la Critique dont le jury sera composé des journalistes Iris Brey, Romain Burrel, Sarah Drouhaud et Sylvestre Picard.

La sélection française :
Long métrages
– Braquer Poitiers – Chapitres 1 & 2, de Claude Schmitz
– Daniel fait face, de Marine Atlan
– Frères d’arme, de Sylvain Labrosse
– L’Angle mort, de Patrick-Mario Bernard et Pierre Trividic
– Siblings, d’Audrey Gordon
– Vif-argent, de Stéphane Batut

Court métrages
– Après la nuit, de Valentin Plisson et Maxime Roux
– Djo, de Laura Henno
– Je sors acheter des cigarettes, d’Osman Cerfon
– La Ducasse, de Margaux Elouagari
– La Route du sel, de Matthieu Vigneau
– Le ciel est clair, de Marie Rosselet-Ruiz
– Le Roi des démons du vent, de Clémence Poésy
– Ông Ngoai (Grand-Père), de Maximilian Badier Rosenthal

La sélection américaine :
Long métrages
– Chained for Life, de Aaron Schimberg
– Fourteen, de Dan Sallitt
– Lost Holiday, de Michael et Thomas Matthews
– Pahokee, de Ivete Lucas et Patrick Bresnan
– Saint Frances, d’Alex Thompson
– The World is Full of Secrets, de Graham Swon

Court métrages
– 605 Adults 304 Children, de Michael Mahaffie
– How Does It Start, d’Amber Sealey
– Jeremiah, de Kenya Gillespie
– Liberty, de Faren Humes
– Night Swim, de Victoria Rivera
– Skin of Man, de Jimmy Joe Roche
– The Boogeywoman, d’Erica Scoggins
– The Rat, de Carlen May-Mann

Silence, de Masahiro Shinoda, la foi et la douleur

Le 19 juin 2019, Carlotta va nous permettre de voir enfin Silence, réalisé par Masahiro Shinoda en 1971 et resté inédit en France jusqu’à ce jour.

Sorti en 2018, le film Silence de Martin Scorsese a fait connaître le roman de Shūsaku Endō dont il était l’adaptation. Carlotta nous permet maintenant de découvrir la première adaptation du même roman, réalisée par le cinéaste japonais Masahiro Shinoda et qui, bien qu’il fut présenté au festival de Cannes en 1972, est resté inédite en France jusqu’à ce jour.
La première chose qui frappe ici, c’est la grande sobriété de la mise en scène. Le film est constitué en grande partie de plans fixes, entrecoupés de rares panoramiques sur les paysages. La musique n’intervient que très rarement. Les effets sont mesurés, ce qui ne les rend que plus efficaces : certaines scènes de la seconde partie du film sont très intenses émotionnellement parlant. Au sein de cette sobriété, le moindre geste est important, le plus infime détail est riche de signification. Ainsi, les plans sur la mer insistent sur le fait que le Japon est une île : la mer enferme les personnages qui ne peuvent s’échapper. De fait, il est souvent question d’enfermement ici : enfermement géographique (sur une île ou dans un cachot), enfermement dogmatique…

Silence est divisé en deux parties bien distinctes.
Dans la première partie, nous suivons les pères Rodrigues et Garrpe, deux jésuites envoyés au Japon pour retrouver un des leurs disparu il y a longtemps maintenant, père Fereira. Les deux prêtres seront accueillis par les communautés chrétiennes de l’île et obligés de se cacher pour échapper aux autorités de la province de Nagasaki. L’imagerie convoquée ici par Shinoda fait inévitablement penser aux premiers chrétiens victimes du pouvoir impérial romain. La façon de se dissimuler, la crainte que chaque nouvel arrivant ne soit un traître, la peur permanente des sbires du gouverneur, tout est savamment dosé pour donner un sentiment de danger constant.
Là commence aussi à se développer une image christique du père Rodrigues, image qu’il cultive lui-même. Rodrigues marchant d’un village à l’autre avec ses disciples, Rodrigues en martyr, Rodrigues et son Judas, la passion de Rodrigues, les parallèles sont légion. Et c’est le prêtre lui-même qui semble chercher cette comparaison, jugeant flatteur de souffrir pour la cause de son dieu.
Face à la position tranchée du gouverneur (qui demande aux chrétiens d’abjurer leur foi sous peine de mort), Rodrigues répond par un autre « jusqu’au-boutisme ». Il accepte la souffrance du martyre en prétextant même qu’elle ne peut que nous rapprocher du Christ.
L’originalité du film de Masahiro Shinoda par rapport à celui de Scorsese est d’insister sur le sort des chrétiens japonais pris en étau entre ces deux extrêmes. Dès le début du film, il est posé comme une certitude que l’on ne peut pas être à la fois Japonais et chrétien. La réalisation de Shinoda se plaît à nous montrer, avec un grand souci du réalisme et une attention portée aux moindres détails, la vie quotidienne de ce peuple de petits paysans et de simples pécheurs : nous sommes loin ici des grandes querelles théologiques. Ces Japonais veulent simplement vivre tranquilles et se retrouvent obligés, par des décisions supérieures absurdes, de choisir entre leur foi et leur vie. C’est sans doute là que le film de Shinoda prend toute sa force, dans ces scènes où la foule des personnages secondaires qui représentent le peuple nippon est torturée, mentalement et physiquement. De fait, il y a dans ce film plusieurs scènes de torture qui sont difficilement soutenables.

La seconde partie de Silence est donc constituée d’un affrontement direct entre le gouverneur de Nagasaki et le père Rodrigues, deux hommes aveuglés par cette conception du monde qu’ils cherchent à imposer. Au centre des débats se trouve la question (essentielle) de l’universalité des valeurs : le jésuite affirme que la vérité est unique et est donc vraie partout, là où le gouverneur pense que ce qui est bon en Occident ne l’est pas forcément au Japon. Avec intelligence, Shinoda pose le débat mais se garde bien d’apporter une réponse.
L’autre conflit se fait dans le for intérieur (au sens propre de l’expression) de Rodrigues, qui est amené à se poser la question de son attachement réel non pas à sa foi, mais à l’expression publique de celle-ci.

Derrière son apparente sobriété, Silence est un film très travaillé, parfaitement organisé (le scénario est co-écrit par le réalisateur et l’auteur du roman), chaque plan est réfléchi, l’emploi rare de la musique ne la rend que plus importante. L’esthétique du film n’est pas sans rappeler le théâtre traditionnel nippon, mais fait aussi inévitablement penser à Ozu. Un film beau et fort à découvrir enfin, 48 ans après sa sortie au Japon.

Silence : Bande annonce

Silence : fiche technique

Titre original : 沈黙Chinmoku
Réalisateur : Masahiro Shinoda
Scénario : Masahiro Shinoda, Shusaku Endo, d’après son roman
Interprètes : David Lampson (père Rodrigues), Mako Iwamatsu (Kichijiro), Don Kenny (père Garrpe).
Photographie : Kazuo Miyagawa
Musique : Toru Takemitsu
Producteurs : Kiyoshi Iwashita, Kinshirô Kuzui, Tadasuke Ômura
Société de production : Hyogensha-Mako International
Société de distribution : Toho Company
Distribution de la sortie en France (2019) : Carlotta
Durée : 129 minutes
Genre : drame
Date de sortie en France : 19 juin 2019

Japon- 1971

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Greta : Grâce notamment à Isabelle Huppert, un retour plutôt réussi de Neil Jordan au bon vieux thriller sauce 90’s

Neil Jordan réussit avec Greta à susciter notre intérêt pour un film pourtant assez formaté et qui fleure bon le thriller des années 90. La prestation impeccable d’Isabelle Huppert n’y est pas pour rien ; l’actrice prouve une fois de plus qu’elle sait absolument tout jouer.

Synopsis : quand Frances trouve un sac à main égaré dans le métro de New York, elle trouve naturel de le rapporter à sa propriétaire. C’est ainsi qu’elle rencontre Greta, veuve esseulée aussi excentrique que mystérieuse. L’une ne demandant qu’à se faire une amie et l’autre fragilisée par la mort récente de sa mère, les deux femmes vont vite se lier d’amitié comblant ainsi les manques de leurs existences. Mais Frances n’aurait-elle pas mordu trop vite à l’hameçon ?

Obsession

On ne peut pas parler de Greta, ce nouveau film de Neil Jordan, sans évoquer d’emblée Isabelle Huppert. Une actrice iconique tout autant que redoutablement efficace. En effet, tout a été dit sur les hommages appuyés que Neil Jordan a adressé à Hitchcock dans ce film, à commencer par une première image, celle de la star de dos, s’éloignant sur un quai, la coupe au carré, la jupe à l’ancienne, une parfaite copie de cette autre scène de Marnie, un des plus fameux films du maître. Des hommages plaisants par ailleurs, que d’aucuns ont vite fait d’utiliser comme étalon pour (mal) juger le cinéaste et son film.

Donc, le véritable intérêt de Greta, c’est de voir comment l’actrice française, rompue aux films d’auteurs, va s’emparer du personnage titulaire, une psychopathe toute droite sortie des années 90, on pense bien sûr à Glenn Close de Liaison fatale en premier lieu. Et de ce point de vue, et il faut bien l’avouer, sans avoir pris trop de risque, Neil Jordan a rempli son contrat. Que ce soit dans la posture de la veuve française vaguement excentrique qui vit à New-York, ou celle de la harceleuse postée à tous les coins de rue, apparaissant subitement ici et là avec un don d’ubiquité inégalé, Isabelle Huppert fait toujours le job impeccablement.

Le film a deux parties assez inégales. Dans un premier temps, la mise en place orchestrée par le cinéaste est assez molle. Frances McCullen (Chloe Grace Moretz) est une jeune bostonienne émigrée à New-York pour fuir une histoire familiale somme toute assez peu extraordinaire. Elle vit en colocation avec Erica (étonnante Maika Monroe), sa copine de fac, une jeune femme moderne qui pratique le yoga et autres lavements bobo dans son gigantesque loft, une manière d’ancrer le film dans notre époque. Frances , quant à elle, est plus simple, plus naturelle, et c’est en toute logique qu’en jeune femme innocente et pétrie de droiture, elle va rendre à Greta (Isabelle Huppert) le sac qu’elle a laissé dans le métro, et qui contenait son adresse . Neil Jordan échoue quelque peu à brosser en profondeur le portrait de ces deux personnages, dont le potentiel était pourtant assez important et pouvait apporter au film un contenu qui lui manque un peu.

Quand la nature double de Greta, pour ne pas dire plus,  est dévoilée, le film prend un peu plus d’ampleur pour se terminer assez efficacement en crescendo dans son genre, le thriller. Isabelle Huppert est impressionnante dans sa capacité à dompter Greta, un personnage qui peut dérailler facilement vers la caricature, tant elle est affublée de tous les stéréotypes du genre : la froideur et l’hystérie, la violence et la fragilité, les traumatismes et les refoulements. Même dans les situations les plus improbables, et le film en recèle quelques-uns, elle arrive toujours à apporter une crédibilité par son travail rigoureux, un travail qu’elle semble respecter énormément pour savoir jongler entre les films d’Haneke, Honoré ou encore Hong Sang-Soo d’une part, et des films plus grand public comme Mon pire Cauchemar (Anne Fontaine), pour ne citer que lui, d’autre part.

Quant à Chloe Grace Moretz, elle s’en sort plutôt pas mal à camper ce personnage de jeune femme influençable et fragile, ayant perdu sa mère récemment, et prête à se lier d’amitié à la première figure vaguement maternelle venue, même si celle-ci sent la femme à problèmes à plein nez dès sa première apparition. Le film aurait peut-être gagné en peps avec Maika Monroe à la place de Moretz, mais la platitude qui se dégage de cette dernière est sans doute due à un rôle insuffisamment écrit (Ray Wright est également crédité au générique), qu’à une actrice incompétente (sa participation au Suspiria de Luca Guadagnino a été très convaincante).

On peut reprocher à Neil Jordan de n’avoir voulu s’attacher qu’au côté thriller, et de ne pas avoir essayé de développer la veine sociale et intime qui est restée en jachère dans son film : le passé des deux protagonistes est à peine effleuré, ainsi que la manifestation de la solitude dans une grande ville comme New-York, quand on est une femme d’un certain âge et étrangère de surcroît, ou au contraire une jeune provinciale fraîchement orpheline et réservée. Le film est tourné pour une bonne partie en Irlande, et ceci explique sans doute cela ; les scènes essentiellement tournées en intérieur ne donnent pas assez la mesure de cette solitude.

Pour finir, Greta est un thriller efficace, avec de vrais bons moments de suspense, notamment vers le dernier tiers du film. Il démarre cependant beaucoup trop mollement et avec trop peu de matière pour convaincre totalement. Heureusement, Le travail hypnotique d’Isabelle Huppert comble nos frustrations.

Greta – Bande annonce

https://www.youtube.com/watch?v=g8Ff_3g4JMM&t=28s

Greta : Fiche technique

Titre original : Greta
Réalisateur : Neil Jordan
Scénario : Neil Jordan, Ray Wright
Interprétation : Isabelle Huppert (Greta Hideg), Chloë Grace Moretz (Frances McCullen), Maika Monroe (Erica Penn), Jeff Hiller (Maître d’hotel Henri), Jessica Preddy (Barmaid du Park Hill Bartender), Colm Feore (Chris McCullen), Zawe Ashton (Alexa Hammond), Stephen Rea (Brian Cody )
Photographie : Seamus McGarvey
Montage : Nick Emerson
Musique : Javier Navarrete
Producteurs : Lawrence Bender, James Flynn, Sidney Kimmel, John Penotti,Karen Richards, Coproducteurs : Mark O’Connor, Dylan Tarason
Maisons de production : Sidney Kimmel Entertainment, Lawrence Bender Productions, Little Wave Productions
Distributeur France : Metropolitan FilmExport
Récompense : Meilleur Film Irlandais – Festival de Dublin 2019
Durée : 98 min.
Genre : Drame, Thriller
Date de sortie : 12 Juin 2019
Irlande | Etats-Unis – 2018

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3.5

Le cinéma noir américain, de la lutte au consensus

Ranger le cinéma dans des cases ou des règles est souvent difficile et réducteur d’une époque ou d’un style, mais quand il est marqué d’une histoire et que celle-ci s’en retrouve l’élément central alors il convient de définir la forme par son fond. On appellera cinéma noir américain, celui où les films sont produits ou au moins réalisés par des noirs, définition parfois sujette à débat.

Mémoires de l’Histoire

Ancré dans sa société, le cinéma noir américain n’a cessé d’évoluer depuis les années 70 et de changer de tons. En lien direct avec ses dirigeants politiques et les moeurs de son époque, il raconte, crée et frappe la société qu’il subit parfois autant que les acteurs qui le font, ou ses protagonistes, érigés en porte parole des combats. Lorsque l’on plonge dans la filmographie des oeuvres afro-américaines, il apparaît très clairement le besoin de raconter, de sortir du silence les années d’esclavage qui ont marqué l’Histoire du pays et de rendre hommage aux victimes, aux héros et aux figures marquantes de cette période. Le cinéma comme devoir de mémoire dans les heures les plus sombres de l’Histoire, des films de guerre aux films d’esclavage, les drames humains ne font pas toujours de bons films mais ont le mérite de créer du débat et des émotions, souvent contradictoires. S’emparer de sujets aussi sensibles, c’est aussi prendre un risque et se mettre en danger lorsque l’on est artiste. Mais là où les films noir-américains restent pertinents, c’est dans la vérité et la réalité que retracent les scénaristes ou réalisateurs, ayant souvent à coeur de rendre hommage à leur communauté. Rétablir la vérité alors, défendre ses droits aussi, puis lutter surtout, toujours. C’est ainsi qu’ils ont fait du cinéma, sans éviter les erreurs ou les défauts mais en faisant vivre ce qui était alors invisible au cinéma, en montrant ce qui était caché ou oublié, en rappelant quelle était la réalité là où des années avant, on avait tenté de la balayer en offrant raison au Ku Klux Klan à travers The Birth of a Nation, de Griffith en 1915.

Dans les années 70, le cinéma afro-américain connaît son âge d’or avec les films de la Blaxploitation. Les Noirs y sont alors totalement revalorisés dans des premiers rôles et bien que beaucoup soient réalisés par des cinéastes blancs, quelques figures marquantes émergent. Gordon Parks fait le premier film hollywoodien avec Les sentiers de la violence puis enchaîne avec Les nuits rouges d’Harlem. Les genres se mélangent, beaucoup de séries B voient le jour dans lesquelles la violence a une part importante. L’époque cinématographique reflète la lutte des années 60-70 pour les droits civiques, et les films sont empreints de l’ambiance qui règne dans cette Amérique raciste : les Noirs sont tués par les flics ou jugés injustement coupables d’actes criminels. Même lorsque les films visent à divertir, ils sèment subtilement ou non, leurs revendications et colères. Que ce soit dans des films d’action, ou dans des comédies plus légères, on peut alors difficilement séparer les films afro-américains de la situation vécue par la communauté tant les deux sont liés.  Les années 70 voient tout de même ce qui peut être considéré comme le premier film véritable sur l’esclavage avec Mandingo, de Richard Fleischer, qui répare les erreurs faites par Griffith. Mandingo n’hésite pas à donner la vérité en plein visage au spectateur. Inutile de cacher le sexe inter-racial, inutile d’endormir le spectateur dans des dialogues embellis, Fleischer n’hésite pas et présente la monstruosité d’une époque avec une honnêteté abjecte mais réelle.

Cette audace et ce goût de la percussion dans une société trop enfermée dans ses clivages, Spike Lee la retrouvera quelques années plus tard. Après avoir connu une période plutôt calme où la naissance des blockbusters aura fait mal à la production des films afro-américains, l’Amérique verra alors de nouveaux visages émerger avec l’un de ceux qui ne quittera pas le pays de si tôt, Eddie Murphy. En 1986, Spike Lee réalise son premier film avec Nola Darling n’en fait qu’à sa tête dans lequel il fait s’affranchir une femme de toutes les contraintes qu’on lui impose. Dans ce manifeste féministe, Spike Lee pose les points de départ de son cinéma contestataire et intelligent à la base du New Jack Cinema des années 90. Très vite, ces années là donnent la parole aux ghettos jusqu’à présents assez méprisés au cinéma. Do the right thing, Boys N the Hood, New Jack City, que ce soit dans les images ou les dialogues, les films noirs s’urbanisent et n’ont plus peur de montrer la vie des ghettos. Cette vague de jeunes réalisateurs rafraîchit le cinéma afro-américain en apportant un autre ton, pas moins enragé que précédemment, mais dans une quête de la justice un peu différente. Si l’avant Reagan était marqué par davantage d’optimisme et d’héroïsme, ici, on sent au contraire la révolte pure. Les années ont passé, les gouvernements réprimants également, et rien n’a changé, si ce n’est empiré. Les années 90 voient alors un repli communautaire se former, les émeutes éclatent et le cinéma est en colère. À travers Glory ou encore Malcolm X, les personnages réclament justice et n’ont plus peur d’aller directement au front avec le gouvernement ou ceux qui les oppriment quotidiennement. Là où la Blaxploitation était une libération des années de silence, le New Jack Cinema est une période de rage et de violence où la vie dans les quartiers noirs est dépeinte au plus près de la réalité et des rancœurs populaires et communautaires.

Vers l’apaisement et la légèreté 

Les années 2000 voient un net recul de cette rage précédente. Les Black Panthers sont divisés et dissolus, les gangs de rue ont émergé, l’unité communautaire n’est plus vraiment présente et la révolte est lasse bien que toujours d’actualité. Le cinéma de cette époque trouve alors son industrie complexifiée par l’arrivée de Bush au pouvoir. Les thèmes afro-américains sont délaissés au profit de films mainstream « blancs ». Le cinéma afro-américain devient celui des classes moyennes des quartiers résidentiels ou celui des comédies romantiques ou familiales. Le ton change et la création évolue avec une nouvelle génération de cinéastes noirs comme George Tillman. L’époque fait évoluer les représentations des femmes noires qui sont moins sexualisées dans ce qu’on appelle alors les « black comedies ». À l’image d’Act of love, ou encore Brown Sugar, les initiatives sont plus banales mais prouvent ainsi que le cinéma noir-américain n’est pas obligé d’être politique et engagé, que le goût de la révolte qui définit souvent ce cinéma ne devrait pas avoir lieu d’être et que si les choses avaient été bien faites, aucune distinction n’aurait dû être faite entre cinéma « blanc » ou « noir ». La seule chose qui les différencie c’est l’Histoire et l’oppression d’un peuple sur un autre. Les années 2000 rappellent bien que les fictions peuvent être les mêmes, qu’importe la couleur de ceux qui les racontent, l’amour, la création est universelle et à la portée de tous.

L’arrivée de Barack Obama en 2009 relance la vague quelque peu contestataire des années 90. Des cinéastes noirs travaillent pour Hollywood, les indépendants émergent et l’héritage afro-américain est célébré. L’héritage culturel à travers des biopics musicaux comme Get on Up, Jimi, NWA permet au cinéma noir-américain de souffler sur les braises de son passé et de relancer l’optimisme populaire. L’esclavage est également remis en image avec 12 years a slave (Steve Mc Queen), The Birth of a Nation (Nate Parker) ou Django Unchained (Quentin Tarantino) où les Noirs sont érigés en héros. Outre la qualité et le ton inégaux de ces trois films, ils rendent justice aux personnes ayant vécu cette époque monstrueuse. Les films, qu’ils soient réalisés par des Blancs ou des Noirs, quand ils retracent l’histoire afro-américaine font des millions d’entrée au box office US et marquent alors un changement important dans la société américaine dont le public de cinéma évolue, et les mentalités, on essaie de s’en persuader, également. Le ton est à l’espoir revenu, aux fins à succès, le rêve d’Obama est dans la continuité de celui de Martin Luther King, la célébration d’une communauté remplit les cœurs de ceux, trop longtemps restés en marge. La mémoire est intacte, et sauvée, le long chemin des champs de coton à la Présidence d’Obama est énoncé clairement et salué internationalement. L’unité du pays est retrouvée contrairement à l’éclatement vécu dans les années 90, les conflits communautaires sont intégrés dans les films avec des arguments de toute part. Le Majordome en dresse une image intelligente où chacun mène à sa façon la lutte, qui finalement rassemble. Loin du radicalisme des années 90, l’heure est plutôt au vivre ensemble et à la réconciliation et non plus à la condamnation des Blancs. Mais certains films se refusent à se laisser endormir par l’obamania et continuent de montrer le vrai visage de la société américaine avec ses personnages en marge. De Precious à Moonlight, en passant par Blue Caprice, le cinéma n’oublie pas les problèmes sociaux qui demeurent durant l’ère Obama. Bien que ces films restent dans l’ombre des grands succès, ils n’en restent pas moins importants.

Réalité ou consensus et idéalisme ?

Les années qui suivent ne permettront pas vraiment de l’affirmer puisqu’Obama perdra quelques partisans au fil de ses mandats qui verront renaître tout ce qui avait été passé sous silence durant quelques années positives et réveillera le suprématisme blanc. La joie de l’élection d’un président noir redescend et fait à nouveau face à la réalité sociétale bien moins idéaliste. L’apartheid est toujours ancré sur le sol américain et l’héroïsme blanc surgit dans les films en se servant des Noirs pour faire apparaître les héros blancs, comme si la lutte pour l’égalité était le résultat d’une lutte des Blancs. Retour à la lutte avec le regain du racisme et des violences policières. Quatre siècles d’oppression contre 8 ans de présidence noire, la balance penche et la société américaine aussi. De nouveaux mouvements émergent, des martyrs aussi, tristement. Freddie Gray, Oscar Grant, Alton Sterling, les noms sont nombreux de ceux tombés sous les balles injustes des policiers. Avec Fruitvale Station, Ryan Coogler met frontalement en accusation le racisme policier des années 2010. Un nouveau cinéma noir-américain est en train de naître, celui du #BlackLivesMatter…

Source :

Le cinéma noir américain des années Obama, Régis Dubois

Piranhas de Claudio Giovannesi : Baby Boss à Naples

Adapté du livre éponyme de Roberto Saviano, l’homme derrière Gomorra, Piranhas de Claudio Giovannesi est un récit intense mêlant naturalisme et conte mafieux. Une démarche qui s’inscrit dans un courant social désireux de genre et très en vogue dans le cinéma italien contemporain.

Le film, déjà auréolé de l’Ours d’argent – Prix du scénario – à la Berlinale et du Prix du jury au Festival du Film Policier de Beaune, est centré autour de Nicola (Francesco Di Napoli) et ses amis, une bande de jeunes adolescents qui se balade en scooter dans les rues étroites napolitaines. Ils observent les parrains de la Camorra à l’œuvre venant racketter les riverains. Et entre fascination, appât du gain et volonté d’émancipation pour faire comme les grands, il n’y a qu’un pas…

« Petit frère n’a qu’un souhait, devenir grand »*

Le feu et le sang. Des corps encore imberbes, un gigantesque feu dans un terrain vague et une jeunesse qui tourne autour tel des supporters Azzuri. Dès l’introduction emplie de symbolisme, Piranhas, saisit son sujet à bras le corps. Ce sera un film sur une jeunesse incandescente, inscrite dans les traditions locales et désireuse de pouvoir.

Avec son troisième film, Claudio Giovannesi poursuit sa quête naturaliste en racontant l’histoire des « Baby gangs » notamment dans cette volonté primaire de saisir le réel dans son matériel le plus vif. La caméra est à hauteur d’homme, souvent portée à l’épaule, proche des corps et des visages. Le but est d’incarner plus que d’observer. Cette jeunesse est à l’œuvre, allons la scruter. Le film évite alors l’écueil de la thèse sociologique explicative, du sermon hautain qui chercherait à se justifier. Il faut faire du cinéma.

Et pourtant, et c’est là l’une de ses grandes forces, le film refuse le jugement et épouse avec beaucoup de ferveur les conditions de vie modestes des familles vivant dans les quartiers napolitains. Il y a un sens du détail dans la retranscription de la vie, à la fois intime et collective, qui est très fort. L’on comprend rapidement alors que cette délinquance émerge des conditions de vie, des inégalités, des injustices et d’une reproduction sociale très forte. L’Italie va mal, socialement et économiquement et Piranhas en devient un témoin supplémentaire. Le film peut s’appuyer sur la solide direction d’acteurs, comme toujours chez Giovannesi.

Le rapport entre adolescence et criminalité s’introduit par l’urgence de grandir, de ne pas rester inactif, de faire comme les grands, de protéger sa famille jusqu’au refus de l’insouciance. Jusqu’à la fin de l’innocence. Mais là encore, le long métrage nous rattrape par cette innocence intrinsèque à l’enfance : on se dispute avec son petit frère pour des gâteaux, on joue aux jeux-vidéos, on drague la jeune fille du quartier. Et lorsque la violence les rappelle, c’est à travers des procédés visuels et sonores, une fois encore diablement réalistes, notamment dans la sensation glaçante de voir une arme à feu dans les mains de jeunes de 15 ans. Nous ne sommes pas à Hollywood…

« Sur le canon de mon arme, vos noms s’inscrivent, incandescents ».

https://www.youtube.com/watch?v=C41N5rBbjrQ

« À 13 ans, il aime déjà l’argent, avide mais ses poches sont arides, alors on fait le caïd… »*

Avec son volet naturaliste, Piranhas joue également sur un autre tableau, celui de la fable mafieuse – genre incontournable dans l’histoire du cinéma. En jonglant entre naturalisme et fresque baroque, Giovannesi s’échappe malicieusement de la chronique réaliste sur des adolescents en perdition, déjà exhumée à de multiples reprises.

Le film se joue des codes d’honneur, transgresse la réalité pour apporter ce souffle romanesque qui donne de l’air et de l’épaisseur au film. Jusqu’à se prendre rapidement au jeu, rentrer dans du pur cinéma qui nous aspire dans cette spirale infernale de violence.

Nouvelle vague Italienne

Piranhas semble s’inscrire dans une nouvelle génération de cinéastes italiens à l’œuvre depuis une petite dizaine d’années. Celle d’un cinéma réaliste, social et populaire, ouvert sur le monde et qui, en digne héritière des Visconti, Fellini et tuttiquanti, s’échappe souvent vers le conte, la romance, la fresque.

Incarnée d’abord récemment par Daniele Luchetti (La Nostra Vita) et Matteo Garrone (GomorraDogman), elle a donné lieu à de véritables petites pépites telles que Il Figlio, Manuel de Dario Albertini et Cœurs purs de Roberto De Paolis, sortis en 2018, ou encore Fiore Gemello de Laura Luchetti ou Il Vizio Della Sperenza de Edoardo De Angelis inédits en France. Il ne suffit pas de chercher très loin pour voir que dès ses premiers films Claudio Giovannesi tendait vers ce cinéma à la fois social et onirique. À l’image de Fiore (2017), une romance libre entre deux adolescents placés en prison pour mineurs. La bonne nouvelle, c’est qu’une génération a soif de cinéma et se fait un témoin précieux de l’Italie contemporaine.

*Extraits de « Petit Frère » d’IAM.

Synopsis : Nicola et ses amis ont entre dix et quinze ans. Ils se déplacent à scooter, ils sont armés et fascinés par la criminalité. Ils ne craignent ni la prison ni la mort, seulement de mener une vie ordinaire comme leurs parents. Leurs modèles : les parrains de la Camorra. Leurs valeurs : l’argent et le pouvoir. Leurs règles : fréquenter les bonnes personnes, trafiquer dans les bons endroits, et occuper la place laissée vacante par les anciens mafieux pour conquérir les quartiers de Naples, quel qu’en soit le prix.

Piranhas – Fiche Technique

Titre original : La Paranza Dei Bambini
Réalisateur : Claudio Giovannesi
Avec Francesco Di Napoli, Ar Tem, Viviana Aprea, Alfredo Turitto,
Genre : Drame
Date de sortie : 5 juin 2019
Durée : 1h52
Distributeur : Wild Bunch Distribution
Nationalité : Italie

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4

Quatre superbes mélos réunissent Marlene Dietrich et Josef von Sternberg en Blu-ray

Elephant Films sort en Blu-ray ou combo quatre des sept films tournés par Josef von Sternberg avec Marlene Dietrich.

Ce sont quatre superbes mélodrames que nous proposent les éditions Elephant Films. Quatre des sept films dans lesquels Josef von Sternberg dirigea Marlene Dietrich, formant un des couples réalisateur-actrice les plus glamours de l’histoire cinématographique. Dans l’ordre chronologique, nous avons Agent X-27 (Dishonored), sorti en 1931, et qui reprend l’histoire de Mata Hari de façon à peine romancée : une jeune veuve obligée de se prostituer, dans la Vienne de 1915, est engagée par les services secrets autrichiens pour user de ses charmes afin de soutirer des informations aux ennemis, en particulier russes.
Comme son titre l’indique, Shanghaï Express se déroule en Chine, dans un train qui relie Pékin à Shanghaï, pendant la guerre civile chinoise. Marlene Dietrich y interprète Shanghai Lily, une « entraîneuse » tiraillée entre un ancien amour méfiant et un rebelle influent qui cherche à la séduire.
L’Impératrice Rouge (The Scarlet Empress) nous plonge dans la Russie tsariste : une jeune noble allemande est choisie pour épouser le tsarévitch et futur empereur Pierre III. Le film raconte la transformation de la jeune femme naïve et ingénue en une des plus grandes souveraines européennes, Catherine II.
Enfin, La femme et le pantin (The Devil Is A Woman) est l’adaptation, signée par le grand romancier américain John Dos Passos, du roman de Pierre Louys. Marlene Dietrich y incarne une femme qui sait jouer avec les sentiments des hommes autour d’elle pour obtenir ce qu’elle veut. Il s’agit du dernier des sept films que tourneront ensemble le réalisateur et son actrice.

Petite et grande histoires

Nous avons donc quatre mélodrames qui montrent le destin d’une femme forte qui assume ses actes au risque de choquer la « bonne société ». Les personnages que Marlene Dietrich incarna pour Sternberg sont tous du même acabit : meneuses de revue dans des cabarets, prostituées, elles sont toutes en marge de la société et flirtent avec les limites de la morale. D’ailleurs, dès les premières scènes le décor est planté : des rumeurs se propagent dans le Shanghai Express au sujet de cette Shanghai Lily de mauvaise vie ; l’héroïne d’Agent X-27 (dont on ne connaîtra jamais le nom) fait le tapin dans la rue ; et au sujet de la protagoniste de La Femme et le pantin, Pascual passe la moitié du film à nous mettre en garde contre elle…
Et pourtant, ces femmes fortes sont loin d’être de simples dévergondées comme on pourrait le croire de prime abord. Le cinéaste a toujours soigné la profondeur psychologique de ses personnages. Et surtout, il nous propose, dans chacun de ces films, des portraits de femmes rachetées, sublimées par l’amour. Car ces quatre films sont quatre superbes histoires dans lesquelles l’amour pousse à faire les plus grands sacrifices (voire le sacrifice ultime, celui de sa vie).
Car l’histoire personnelle est gravée dans « l’Histoire avec sa grande hache » (comme l’écrivait Georges Pérec). Les histoires présentées ici se déroulent dans des contextes politiques compliqués. Même le carnaval, pourtant a priori inoffensif, de La Femme et le pantin se transforme en un lieu dangereux : un des dirigeants de la ville donne explicitement à ses policiers l’ordre de tirer en cas de débordements, sans chercher à faire de prisonniers, et le fait qu’un des personnages principaux soit un proscrit rentré clandestinement d’exil renforce le côté dangereux de l’événement.
Agent X 27 se déroule lors de la Première Guerre Mondiale, mais surtout dans le contexte d’effondrement social et moral de l’Autriche-Hongrie (officiers qui trahissent, alcool qui coule à flot, obsédés sexuels) ; la Russie de L’Impératrice rouge est aux mains d’autocrates cruels et tortionnaires et la future Catherine est prise dans des enjeux de pouvoir qui la dépassent ; enfin le Shanghai Express fonce (plus ou moins) dans un pays déchiré par la guerre civile.
A chaque fois, c’est ce contexte politique qui va imposer à l’héroïne une situation tragique où l’amour va l’exposer à de graves dangers. L’amour est constamment interdit car il se fait hors des cadres de ce que la société de l’époque considérait comme normal. C’est l’amour qui aboutit soit à la rédemption, soit à la mort.

Travail esthétique

L’esthétique des films est très travaillée. Josef von Sternberg avait un sens artistique rare. Ainsi, chaque film, se déroulant dans un milieu différent, a donc une ambiance différente. L’esthétique la plus marquante est sans conteste celle de L’Impératrice Rouge : les images baroques sont remplies de sculptures et d’icônes morbides, dans une surcharge de détails signifiants qui a sans doute influencé Sergueï Eisenstein lorsqu’il a réalisé son fameux Ivan le Terrible, quelques années plus tard.
Une autre caractéristique des films de von Sternberg est son emploi de la musique. Parfois elle s’inspire de compositeurs classiques (Tchaïkovski pour L’Impératrice rouge, avec entre autres la splendide « Ouverture 1812 » pour la scène du couronnement de Catherine II, ou Rimsky-Korsaov pour La femme et le pantin). Son rôle est particulièrement important dans Agent X 27 : la seule musique présente dans l’histoire est celle jouée par la protagoniste ; or, si l’espionne a appris à maîtriser ses émotions et paraît froide, c’est par la musique qu’elle exprime les sentiments qui la dominent.

En bref, par l’intelligence de ses scénarios, par les choix artistiques judicieux et souvent éblouissants, par la qualité de l’interprétation (bien entendu, Marlene Dietrich est exceptionnelle dans chacun de ces films, mais les autres acteurs sont tout aussi bons ; mention spéciale à Victor McLaglen, acteur habituel de John Ford, qui est formidable de finesse dans Agent X 27), Josef von Sternberg crée ici quatre œuvres magnifiques.

Caractéristiques des Blu-ray :
Langue 1 anglais
2.0 DTS-HD Master Audio
Sous-titrage 1 français
Format image 4/3 format respecté 1.33
Qualité Pal
Noir et Blanc
Son mono

Compléments de programme :
Le film par Jean-Pierre Dionnet (13’)
Josef von Sternberg par Jean-Pierre Dionnet (12’)
Marlene Dietrich par Xavier Leherpeur (13’)
Entretien croisé avec Mathieu Macheret & Théo Esparon (38’)
Bande-annonce
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Crédits

Durée des films :
Agent X 27 : 91 minutes
Shanghai Express : 87 minutes
L’impératrice Rouge : 104 minutes
La femme et le pantin : 80 minutes

Cannes 2019 : Le Festival délaisse l’émotion au profit de l’étrange

Cette édition du Festival de Cannes était pour le moins surprenante et inattendue dans sa composition. Si depuis des années, le Festival a toujours été le premier à prôner la diversité et la richesse de sa sélection, il semble que cette année en soit la meilleure illustration avec beaucoup d’emprunt au cinéma de genre dans les films en compétition ou dans les autres sections.

Plusieurs semaines se sont écoulées depuis la fin de la 72ème édition du Festival de Cannes et cette année, la saveur était particulière et a laissé d’étranges empreintes intrigantes et captivantes qui rendent difficile le retour dans les salles obscures quotidiennes. Ils étaient nombreux à penser qu’avec Inarritu à la tête du jury, le palmarès serait moins politique qu’habituellement. Entouré de cinéastes comme Lanthimos ou Pawlikowski chez qui la forme cinématographique a une marque importante, on s’attendait alors à voir des prix bouleversés davantage par cette quête esthétique que par leur message politique. Et même si le résultat n’est finalement pas ce dont on rêvait, il a su rendre hommage aux initiatives ambitieuses et originales de la Compétition en récompensant des films comme Bacurau ou Atlantique à ce niveau du palmarès (respectivement Prix du Jury et Grand Prix).

Le Festival s’était déjà ouvert avec un curieux film de Jarmush qui s’amusait clairement du genre zombiesque et donnait le ton de cette édition aux éclaboussures de genre. Mais ce qui ressort dès les premiers jours de festival, c’est une émotion en deçà, au profit d’une forme en pleine ascension qui ose tout au cinéma. Avec des films comme Les misérables ou Bacurau, l’énergie collective des films et les processus mis en place pour les capter prenaient l’avantage sur le ressenti personnel du spectateur devant de telles propositions. Les Misérables offre avec sa scène finale l’un des tours de force du festival mais sera finalement assez vite oublié au profit d’autres ambitions visuelles ayant nourri les festivaliers. Bacurau offre alors, sur le même principe, quelques esclaffades visuelles et scénaristiques, où le sang, comme ce sera souvent le cas durant ce Festival, procure moins d’horreur que de jubilation. Des meurtres comiques et jouissifs, Cannes en a vu cette année. De Quentin Dupieux avec Le Daim à Diao Yinan et Le Lac aux oies sauvagesle Festival a offert sa dose de moments fatals et pourtant, très souvent, c’est par le prisme de l’absurde et du cocasse qu’ils ont été abordés. Faire dériver la mort sur la pente du comique, mélanger les genres et les tons ont été parmi les éléments centraux de cette édition.

De cette idée, le meilleur exemple en reste la Palme d’Or évidemment, Parasite, qui a su briller par son alternance formidable de registre. Mais d’autres films le rejoignent comme le Grand Prix du Festival, Atlantique. Cependant, dans cet amusement de la forme et du genre, il ressort des films moyens où l’on peut reconnaitre l’ambition et la réussite esthétique mais qui laisseront le public frustré de n’avoir rien ressenti. Souvent, à la sortie des salles, les festivaliers échangent un regard en se disant « Oui, c’était bien. », parce que techniquement, on n’y trouve pas forcément de défaut, on passe un bon moment, on est parfois diverti, parfois effleuré par quelques émotions, parfois épaté mais jamais vraiment renversé, à quelques exceptions près. En donnant la primauté au goût du risque des cinéastes, le Festival en a souvent oublié de toucher par ses films. Évidemment, certains s’en réjouiront après le pathos reproché à Yomeddine, Capharnaüm ou encore Les filles du soleil l’an dernier. Mais d’autres, en désaccord avec ce ressenti, resteront alors sur leur faim par les propositions faites cette année. Mais cette 72ème édition a tout de même livré ses grands moments de bouleversements avec notamment Une Vie Cachée et Portrait de la jeune fille en feu, et quelques autres exceptions importantes à souligner mais sur le grand nombre de films sélectionnés toutes sections confondues, il n’en ressort que quelques titres marquants par les émotions qu’ils provoquaient. Il faut dire que quand le festival s’aventure dans le cœur du spectateur, il y va franchement et laisse les festivaliers totalement troublé.

Le cinéma est souvent un savant mélange entre la forme et l’émotion; pour épater autant qu’émouvoir, un film doit avoir un bel équilibre. Certains films ont alors réussi ce pari durant le 72ème édition du Festival de Cannes tandis que d’autres devenaient trop hermétiques à cause du parti pris visuel. Le spectateur doit autant vibrer avec ses yeux qu’avec son cœur. Ceci dit, lorsque le cœur y était, les émotions étaient si fortes qu’heureusement que les films à cette intensité se faisaient assez rares. On regrettera quand même de ne pas avoir été un peu plus bousculés, mais on retiendra ces grands moments de cinéma, d’émotion et de beauté et l’ambition d’un Festival de se détacher du carcan habituel, d’innover et d’offrir une voie aux propositions originales. C’était peut être finalement là la force de cette sélection, endormir les émotions par des films très bons dans leur différence pour les réveiller lors de grands coups d’éclats. Quoi qu’il en soit, le cru 2019 fût assez impressionnant.

Interview : Les femmes s’animent et s’emparent d’Annecy 2019

Nous avons interviewé Corinne Kouper, présidente du collectif « Les femmes s’animent », présent au festival d’Annecy 2019. Un entretien où il est question de stéréotypes, de propositions concrètes et de cinéma, bien entendu.

Le Mag du Ciné : Comment est née l’association « Les femmes s’animent » ?

Corinne Kouper : L’association est née en 2015, suite à ma prise de conscience de la non-parité dans nos studios et la découverte grâce à Lenora Hume (Membre du comité consultatif de Women in Animation, et représentante de TeamTO à Los Angeles) du travail de l’association Women in Animation qui se développe depuis plus de 20 ans aux Etats Unis.

Qui la compose ? Est-ce seulement un combat de femmes ?

L’association se compose de professionnelles essentiellement, quelques étudiantes, quelques hommes et plusieurs sociétés du secteur. Oui, c’est un combat de femmes, mais qui est fort heureusement soutenu par des hommes également. Les tables rondes que nous organisons nous permettent de nous rendre compte qu’ils sont intéressés et nous suivent.

Quelle est la part de femmes présente dans l’animation aujourd’hui en France ?

Elle varie selon les métiers. Bien sûr les métiers de gestion de production sont très féminins. Hélas, les autres métiers sont bien mal représentés.

Les chiffres montrent que les femmes réalisatrices de courts-métrages sont nombreuses (ce qui veut bien dire que les talents ne sont pas loin), pour autant les films de long métrage sont rarement confiés aux femmes.

75%   Chargées de production, 15%   Chef animatrices, 39%   Réalisatrices de courts métrages entre 2009 et 2016 (172 courts sur 441 produits), 6% Réalisatrices des longs entre 2003 et 2017 (10 films sur 154 produits)

Et par rapport au cinéma en prises réelles ?

L’évolution semble un peu plus rapide dans le cinéma en prises de vues réelles en France ( ce qui semble différent aux Etats Unis). Les films d’animation sont chers du fait du nombre de techniciens dans les équipes, et les durées de production.

D’après vous, quels sont encore les freins au développement de la place des femmes dans cette industrie ?

Après avoir regardé les chiffres et dressé les constats, nous pensons que les freins sont multiples : les stéréotypes inconscients, le manque de confiance de certaines femmes en elles-mêmes, le manque d’exposition des talents femmes, le manque de confiance de certains hommes aux commandes.

Comment les combattre concrètement ?

Nous mettons en place des stratégies multiples. Les actions de mentorat, les ateliers, sont parmi les stratégies que nous abordons au sein des Femmes S’Animent. Une avancée majeure cette année, non pas une démarche de quota mais une bonification adoptée par le CNC :  le bonus parité pour le cinéma d’Animation qui a été mis en place par le CNC au 1er janvier 2019. Il est entré dans le champ de cette mesure en faveur de la parité, en même temps que la fiction (et grâce à communication simultanée du CNC avec 5050 en 2020 & LFA ). L’extension de ce bonus parité à la télévision est le prochain objectif.

Il serait essentiel de travailler sur l’éducation des enfants (filles et garçons) dès l’école dans la mise en valeur à égalité des filles et des garçons, combattre les préjugés pour une société plus inclusive.

Mais pour les jeunes femmes qui sortent des écoles d’animation en ce moment, comment éviter qu’elles ne s’éloignent de leur but ? elles suivent les formations, et ensuite on ne les retrouve pas sur le marché du travail.

Nous pensons que des mentorats spécifiques devraient être organisés pour elles, de façon à les aider à accéder à ces postes qui visiblement ne s’offrent pas à elles.

Dans l’animation aujourd’hui, comment se porte la représentation des personnages féminins à l’écran ?

La représentation des personnages féminins en animation est globalement un sujet en nette évolution, et on se doit de reconnaître que les anglo-saxons ont montré la voie vers plus de diversité d’une manière générale. Il est intéressant de voir que les projets actuellement en développement à travers le monde se posent très en amont la question non seulement de la parité des personnages représentés à l’écran, mais également d’une plus grande diversité des histoires, à l’encontre des stéréotypes de genre.

Quelle est votre action au festival d’Annecy ? Est-ce un festival égalitaire, ou du moins a-t-il mis en place des leviers pour le devenir ?

C’est un Festival qui se place en ardent promoteur de la cause des femmes puisqu’il a signé en 2016 la charte pour la parité des femmes dans les jurys. Annecy soutien l’organisation des Rencontres internationales des Femmes dans l’Animation pour la troisième année cette année. Ces rencontres sont organisées conjointement par Women In Animation, l’organisation américaine, et LFA.

LFA sponsorise le concert de clôture des Rencontres avec la musicienne électro engagée pour la cause des femmes, Léonie Pernet. LFA organise en outre, tous les matins du Festival, des petits déjeuners /tables rondes visant à mettre en avant le travail dans l’animation des femmes présentes à Annecy. Chaque matin mettant le focus sur un aspect différent, tel que la place des Femmes au Japon, les femmes réalisatrices en compétition… LFA participe à l’organisation d’une table ronde avec le CNC et Causette intitulée « Quid des Garçons » qui discutera de la place des personnages masculins dans ce nouvel environnement plus paritaire en devenir.

L’action en faveur de la place des femmes se développe un peu partout, mais est-elle réellement efficace ? N’y a-t-il pas un effet « trop plein » ? On le voit à Cannes, il suffit que 3 réalisatrices soient nommées en compétition officielle pour que le débat cesse alors que la question est loin d’être réglée …

Je crois que l’on peut dire sans la moindre hésitation que l’action récente en faveur des femmes est très efficace. Le simple effet de la prise de conscience est énorme et c’est un préalable à une évolution des pratiques vers une plus grande parité. Ainsi, par exemple, de nombreux studios ont commencé à se poser les bonnes questions et ont rapidement pris conscience que même les plus favorables à la cause étaient loin d’appliquer la parité au sein de leurs équipes. Le débat est sur la place publique, et peut sembler lassant, mais c’est au quotidien, dans les studios, chez les producteurs, au sein des équipes que le changement s’opère.

Enfin, avez-vous un coup de cœur présenté à Annecy à nous faire partager ?

Nous sommes particulièrement émues de recevoir Eléa Gobbé-Mévellec à notre petit déjeuner à l’espace détente. Elle a participé à l’un de nos petits déjeuners ici il y a deux ans. Depuis lors, son film (Les hirondelles de Kaboul qu’elle a co-réalisé avec Zabou Breitman) été sélectionné à Cannes et à Annecy. C’est assez remarquable pour une jeune femme de son âge.