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De Warhol à TikTok : Quand le Cinéma Répète l’Esthétique Pop

Des boîtes de soupe Campbell’s aux filtres Instagram, l’esthétique pop art n’a jamais cessé de questionner notre rapport à l’image et à la consommation. Dans les années 1960, Andy Warhol transformait les icônes de la culture de masse en sérigraphies infiniment répétées. Soixante ans plus tard, des cinéastes comme Harmony Korine (Spring Breakers, 2012) et Sofia Coppola (The Bling Ring, 2013) s’emparent de ces mêmes codes — répétition hypnotique, saturation colorée, obsession des logos — pour radiographier notre époque digitale. Entre néons fluo et cambriolages de célébrités, ces films révèlent une vérité prophétique : nous vivons désormais dans le futur que Warhol avait imaginé, où chacun aspire à ses « 15 minutes de célébrité » et où l’image règne en maître absolu.

I. Le Pop Art : Quand la Culture de Masse Devient Art

Les Fondations du Mouvement

Le pop art émerge dans les années 1950-60 comme une révolte contre l’abstraction dominante. Alors que l’expressionnisme abstrait célébrait l’émotion et le geste, des artistes comme Andy Warhol, Roy Lichtenstein et Claes Oldenburg choisissent de représenter le quotidien : boîtes de conserve, bandes dessinées, publicités, stars hollywoodiennes. Le MoMA de New York et la Tate Modern de Londres conservent aujourd’hui les œuvres majeures de ce mouvement qui a révolutionné notre rapport à l’art.

« In the future, everyone will be world-famous for 15 minutes. »
— Andy Warhol, 1968

Cette phrase devenue culte résume l’essence du pop art : la démocratisation de la célébrité et la prédiction d’une société où l’image prime sur la substance. Warhol ne pouvait imaginer à quel point sa prophétie deviendrait réalité avec l’avènement des réseaux sociaux.

Les Codes du Pop Art

Le pop art se reconnaît à ses stratégies visuelles distinctives :

La répétition obsessionnelle : Inspirée des chaînes de production industrielle, la sérigraphie permet de multiplier à l’infini une même image. Les Campbell’s Soup Cans de Warhol (1962) — 32 toiles identiques alignées comme sur un rayon de supermarché — incarnent cette démarche. Chaque répétition vide progressivement l’objet de son sens originel.

La couleur saturée : Des teintes artificielles, électriques, qui n’existent pas dans la nature mais qui envahissent notre environnement urbain et médiatique. Le violet, le jaune criard, le rose fluo deviennent les signatures d’un monde façonné par la publicité.

L’iconographie de masse : Stars du cinéma (Marilyn Monroe, Elvis Presley), produits de consommation (Coca-Cola, Campbell’s), logos omniprésents. Le pop art élève ces symboles au rang d’œuvres d’art tout en dénonçant leur omniprésence.

« The Pop artists did images that anybody walking down Broadway could recognize in a split second – comics, picnic tables, men’s trousers, celebrities, shower curtains, refrigerators, Coke bottles. »
— Andy Warhol

II. Spring Breakers : L’Ivresse de la Répétition

Un Poème Pop Hypnotique

En 2012, Harmony Korine réalise Spring Breakers, un film qui transcende le teen movie pour devenir ce que le réalisateur lui-même nomme « un poème pop ». Le film suit quatre jeunes femmes (Selena Gomez, Vanessa Hudgens, Ashley Benson, Rachel Korine) qui braquent un restaurant pour financer leur voyage à St. Petersburg, Floride, épicentre mythique du Spring Break américain.

La structure narrative adopte les principes du pop art warholien. Le film procède par répétition et variation, comme une chanson en boucle où chaque couplet diffère légèrement du précédent. Les dialogues (« Spring break forever« ) se transforment en mantras vidés de sens à force d’être répétés, exactement comme les sérigraphies de Warhol vidaient Marilyn de son humanité pour n’en faire qu’une icône plate.

Les Scènes Clés : Une Esthétique Warholienne

La scène d’ouverture : Un montage frénétique de corps bronzés, bière coulant en slow motion, néons aveuglants. Korine filme le Spring Break comme Warhol aurait sérigraphié une fête — en multipliant les images jusqu’à ce qu’elles deviennent à la fois fascinantes et inquiétantes. Comme l’analyse un critique, « le film joue comme une chanson pop, avec des dialogues répétitifs et une cinematographie saturée de lumière. »

La répétition du braquage : La scène du hold-up est racontée trois fois avec des variations minimales. Filmée depuis la voiture (point de vue extérieur), elle nous parvient d’abord sous forme de rumeur, puis se précise progressivement. Cette structure en boucle fait écho aux travaux de Warhol sur les accidents de voiture (Death and Disaster series), où la répétition d’une image traumatique finit par l’anesthésier.

La scène « Britney Spears » : Moment iconique où Alien (James Franco) joue Everytime au piano pendant que les quatre filles, vêtues de bikinis roses et cagoulées, dansent avec des fusils d’assaut automatiques au ralenti. Korine explique avoir écouté cette chanson « deux ou trois cents fois » pendant l’écriture. Cette scène cristallise l’esthétique pop : mélange de beauté et de menace, de surface lisse et de violence sous-jacente.

« Spring break forever » : Le slogan-mantra qui traverse le film devient l’équivalent cinématographique des sérigraphies de Warhol. Plus il est répété, plus il se vide de sens, révélant le vide existentiel que tentent de combler ces personnages en quête permanente d’intensité.

Une Photographie « Éclairée par des Skittles »

Le directeur de la photographie Benoît Debie (collaborateur de Gaspar Noé) crée une palette colorée hallucinatoire. Korine voulait que le film ait l’air « éclairé par des Skittles » — référence aux bonbons multicolores qui évoque immédiatement la palette artificielle du pop art. Roses électriques, verts néon, oranges saturés : chaque plan ressemble à une sérigraphie Warhol en mouvement.

III. The Bling Ring : L’Obsession des Icônes

Sofia Coppola et la Société du Spectacle

En 2013, Sofia Coppola adapte un fait divers réel : entre 2008 et 2009, un groupe d’adolescents de Los Angeles a cambriolé les maisons de célébrités (Paris Hilton, Lindsay Lohan, Orlando Bloom) pour voler vêtements de luxe et accessoires de marque. The Bling Ring dissèque avec une précision clinique l’obsession contemporaine pour les icônes et les logos, prolongeant la critique warholienne de la culture de consommation.

Le film applique une approche quasi-ethnographique. Comme l’analyse Paste Magazine, « l’objectif de Coppola est plus clinique que compatissant » — elle observe sans juger, documentant une génération dont l’identité se construit entièrement à travers les objets de marque.

Les Scènes Pop : Nature Morte Consumériste

Les défilés d’objets volés : Après chaque cambriolage, les adolescents étalent leur butin comme des trophées. Robes Dior, sacs Chanel, chaussures Louboutin : ces plans rappellent les accumulations d’objets identiques chères au pop art. Coppola filme ces marchandises avec la même froideur que Warhol peignait ses boîtes de soupe — transformant le luxe en simple répétition mécanique.

Le cambriolage chez Audrina Patridge : Scène emblématique filmée en plan-séquence fixe depuis l’extérieur de la maison. Une analyse académique souligne comment Coppola « transforme le braquage en spectacle distant », nous forçant à observer ces adolescents comme des insectes dans un terrarium de verre, vitrine ultime de la société de consommation.

Paris Hilton chez Paris Hilton : Séquence surréaliste où Rebecca (Katie Chang) essaie les vêtements de Paris Hilton dans la chambre de cette dernière — un sanctuaire rose bonbon dédié à la propre image de la star. La maison de Hilton (filmée dans la vraie maison de la star) devient un musée pop art vivant : chaque pièce expose l’icône Paris Hilton sous différentes formes (photos, affiches, vêtements), créant une mise en abyme vertigineuse.

Les selfies et la documentation obsessionnelle : Les personnages photographient compulsivement leur butin et se prennent en selfie avec les objets volés. Ces images rappellent les portraits sérigraphiés de célébrités par Warhol, mais ici ce sont les voleurs eux-mêmes qui cherchent à devenir icônes en s’appropriant les attributs des stars.

L’Esthétique de la Surveillance

La cinématographie de Harris Savides et Christopher Blauvelt privilégie la distance et le cadrage large. Les gros plans sont réservés aux objets, pas aux visages — technique qui déshumanise les personnages pour mieux mettre en valeur les marchandises, inversant la hiérarchie traditionnelle entre humain et objet.

IV. L’Ère Numérique : Le Pop Art 2.0

Des Sérigraphies aux Filtres Instagram

Si Warhol utilisait la sérigraphie pour répéter et altérer mécaniquement les images, Instagram et TikTok accomplissent aujourd’hui la même fonction mais à une échelle que Warhol n’aurait jamais pu imaginer. Les filtres transforment chaque utilisateur en artiste pop de sa propre vie.

Les filtres comme nouvelle sérigraphie : Chaque selfie passé au filtre devient une variation colorée d’une même image source — exactement comme les Marilyn Monroe aux couleurs différentes de Warhol. Les applications proposent des palettes artificielles (néon, vintage, glitch) qui rejouent l’esthétique saturée du pop art.

La répétition algorithmique : Les plateformes sociales favorisent la duplication : reprendre une tendance, un mème, un son. Cette mécanique de répétition-variation est fondamentalement pop art. Un même concept (une danse, un format vidéo) se décline en milliers de variations, chacune légèrement différente mais essentiellement identique.

Le culte des logos : Si Warhol élevait les boîtes de soupe Campbell’s au rang d’œuvre d’art, Instagram et TikTok ont généralisé le processus. Les logos de marques (Nike, Supreme, Apple) deviennent des symboles identitaires, omniprésents dans les posts, stories et vidéos. Le logo n’est plus seulement un signe commercial — c’est un marqueur culturel.

Influenceurs : La Factory 2.0

La Factory de Warhol — cet atelier-studio new-yorkais où se croisaient artistes, célébrités et personnalités underground — trouve son équivalent contemporain dans l’économie des influenceurs. Les « content houses » (maisons partagées par plusieurs créateurs de contenu) fonctionnent exactement comme la Factory : espaces de production collective où se fabrique la célébrité, où les frontières entre art, commerce et vie privée s’effacent totalement.

La prophétie des « 15 minutes de célébrité » s’est réalisée, mais compressée : aujourd’hui, comme le note un analyste, nous aspirons plutôt à « 15 secondes de fame » — le temps d’une vidéo virale, d’un tweet qui buzz, d’un mème qui déferle.

Les Avatars : Icônes Personnalisées

Les avatars numériques (Bitmoji, Memoji, skins de jeux vidéo) poursuivent le projet warholien de transformer l’individu en icône reproductible et personnalisable. Chacun peut désormais créer sa propre version sérigraphiée, stylisée, « pop art » de lui-même — une forme d’autoportrait qui emprunte directement à l’esthétique de Warhol.

V. De Warhol à TikTok, la Prophétie RéaliséeSpring Breakers et The Bling Ring ne sont pas de simples films sur la jeunesse contemporaine — ce sont des manifestes pop art pour le XXIe siècle. Korine et Coppola comprennent intuitivement que nous vivons dans le monde prédit par Warhol : un monde où l’image prime sur la réalité, où la répétition vide le sens, où chacun aspire à devenir icône.

Ces films révèlent la face sombre de la démocratie culturelle promise par le pop art. Si tout peut devenir art, si chacun peut être célèbre, alors plus rien n’a de valeur distinctive. La répétition qui chez Warhol était une stratégie critique devient, dans nos vies numériques, une addiction : scroller sans fin, poster compulsivement, reproduire les mêmes gestes, filtres, poses.

Mais là où Warhol observait de loin, avec détachement, Korine et Coppola nous plongent dans la saturation colorée, nous immergent dans le bruit et la fureur de cette culture de l’image. Leurs personnages ne se contentent pas d’admirer les icônes — ils veulent les devenir, les posséder, les consommer physiquement.

Des boîtes Campbell’s aux stories Instagram, des sérigraphies Marilyn aux filtres TikTok, l’esthétique pop art a muté mais n’a jamais disparu. Elle s’est simplement démocratisée, infiltrant chaque smartphone, chaque écran, chaque instant de nos vies connectées. Warhol rêvait d’une célébrité universelle et éphémère. Nous y sommes : bienvenue dans la Factory globale, où chacun est à la fois producteur, consommateur et produit de sa propre image.

« I think everybody should like everybody. »
— Andy Warhol, 1963

Cette utopie warholienne — l’égalité par l’image, la célébrité pour tous — s’est réalisée. Mais elle a pris la forme d’une dystopie scintillante où, comme le montrent Spring Breakers et The Bling Ring, l’ivresse de la surface cache souvent le vide existentiel. Le pop art nous avait prévenus : quand tout devient icône, plus rien n’est sacré.

« L’Elixir de Dieu » : comment des religieuses transgressent la Prohibition

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Les éditions Bamboo publient « Spiritus Sancti », premier tome de L’Elixir de Dieu. Gihef et Christelle Galland y mettent en scène des religieuses audacieuses contraintes de fabriquer de l’alcool de contrebande en pleine Prohibition.

Des Incorruptibles (1987) à Miller’s Crossing (1990) en passant par Paper Moon (1973), la Prohibition a souvent constitué un cadre propice aux œuvres de fiction. En conjuguant différents éléments dramatiques, tant criminels (les bandes organisées et leurs rivalités) que psychologiques (l’attraction du pouvoir et de l’argent), elle permet d’explorer des enjeux moraux, interpersonnels et économico-politiques dans un contexte réaliste. Avec L’Elixir de Dieu et son premier tome intitulé « Spiritus Sancti », le scénariste Gihef et la dessinatrice Christelle Galland prennent le contre-pied de ces héros cupides, rendus au dernier degré de l’humanité, qui peuplent habituellement les récits axés sur la contrebande d’alcool durant la Prohibition.

Les auteurs ne s’en cachent pas, il y a un peu de Breaking Bad dans L’Elixir de Dieu. Modeste professeur de chimie mal payé, Walter White souffre d’un cancer à un stade avancé, raison pour laquelle il se lance dans la production de méthamphétamine, dans l’espoir de mettre sa famille à l’abri du besoin. Au fil des épisodes, le personnage campé par Bryan Cranston dans la série AMC développe des traits de caractère plus froids et cyniques, jusqu’à devenir un baron de la drogue respecté et redouté. Son cheminement illustre parfaitement comment un homme ordinaire peut évoluer et se transformer lorsqu’il est soumis à des circonstances extrêmes. « Spiritus Sancti » prend une tournure similaire, puisque les bonnes sœurs du couvent Saint-Patrick, soumises aux pressions combinées de leur banquier et de la pègre, vont exploiter une ancienne distillerie pour sauver leur monastère, en faisant fi des lois de la Prohibition – et de celles de Dieu.

Walter White n’était pas une page blanche sur laquelle le cancer aurait écrit ses partitions criminelles les plus enlevées. En un certain sens, cette maladie a plutôt agi en révélateur, faisant tomber une à une toutes les inhibitions d’un mégalomane qui s’ignorait. De la même manière, L’Elixir de Dieu ne se contente pas de mettre en vignettes des religieuses privées d’aspérités et au passé immaculé. Figure centrale du récit, Holly est par exemple introduite au cours d’une scène où elle dérobe une partie de l’argent de l’offrande. Récemment arrivée au couvent, elle s’est affranchie d’un passé tumultueux et a été adoptée par des bonnes sœurs moins lisses qu’attendu. Il y a d’abord la jalousie envers celle que l’on surnomme volontiers « Calamity Jane » : « Quand une rose pousse parmi les ronces, elle attire la convoitise. » Aussi, contrairement à d’autres, Holly n’a pas attendu une année entière avant de revêtir le voile blanc du noviciat…

Il y a ensuite l’émulation grisante de la contrebande d’alcool. Certes, improviser une distillerie clandestine dans le dos du père Matthew répondait avant tout à un besoin urgent de préserver le couvent, qui faisait l’objet de l’attention intéressée de l’industrie agro-alimentaire, tout en échappant aux griffes de la pègre. Mais les religieuses prennent goût à ces activités interdites ; elles se montrent même astucieuses et résilientes. Tandis qu’elles s’apprêtent à commettre un vol dans un champ de céréales, elles se dédouanent à bon compte : « Vous ne pensez tout de même pas que nous allons commettre un tel larcin sans une prière d’absolution préalable ? » Tout est là : l’ironie, l’improbable mélange des genres, les ressorts dramatiques de personnages complexes et improbables. Ces derniers comptent d’ailleurs parmi eux le père Matthew, curé le jour, suprémaciste du KKK et adepte du libertinage le soir.

Gihef et Christelle Galland s’appuient sur une trame narrative dont les potentialités paraissent infinies. Le Massachusetts de 1929, un couvent menacé d’expropriation, un bootlegger de Boston, une distillerie sise dans un temple du seigneur en pleine Prohibition… Ils y ajoutent suffisamment d’enjeux secondaires – du lynchage des Noirs au lesbianisme en passant par la fascination exercée par l’Europe – pour densifier le récit et apporter plus de chair aux différents personnages. Après les paris sportifs sur le baseball et la fabrication d’alcool de contrebande, on attend avec impatience de savoir ce que nous réservent ces religieuses pas tout à fait comme les autres…

L’Elixir de Dieu : Spiritus Sancti, Gihef et Christelle Galland
Bamboo, février 2023, 64 pages

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« Madones et Putains » : conditions féminines

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Les éditions Dupuis publient dans leur collection « Aire Libre » Madones et Putains, de Nine Antico. En prenant appui sur trois femmes aux trajectoires tragiques, l’autrice et dessinatrice française entend radiographier l’Italie du XXe siècle.

Agata, Lucia et Rosalia sont des témoins sacrificiels. À chacune son époque, son milieu social, ses problèmes. Mais toutes ont en commun une existence en butte à une Italie conservatrice, faisant peu de cas des femmes, surtout lorsqu’elles apparaissent trop libres. En trois nouvelles de grande sensibilité, Nine Antico alterne les cadres, d’un sanatorium insulaire aux catacombes napolitains en passant par les chantiers abandonnés d’une Sicile gangrénée par la pègre. L’autrice portraiture des femmes mises au ban de la société transalpine, chacune à leur façon, mais toujours pour des raisons absurdes ou fallacieuses.

Agata paie son tribut au péché contre les mœurs. C’est uniquement parce que sa mère a été assassinée par son amant qu’elle a été contrainte de rejoindre un sanatorium sis sur une île retirée, à l’abri d’un volcan. À une première forme d’injustice (le meurtre passionnel d’une femme) s’en ajoute aussitôt un second (la soustraction de sa fille de la bonne société italienne). Nine Antico aurait pu en rester là, mais elle précise en sus que le Code pénal accorde volontiers des circonstances atténuantes aux hommes coupables de crimes d’honneur. Lucia est elle aussi exposée à une double peine : prisonnière durant la Seconde guerre mondiale d’une ville napolitaine assiégée, elle se voit indûment associée à un crime perpétré par un combattant allemand. Rosalia cherche quant à elle à venger son père et son frère, tombés sous les coups de la mafia sicilienne. Elle apporte une assistance précieuse à des juges (Falcone, Borsellino) qui feront les frais de leur obstination judiciaire.

Madones et Putains tient en trois lignes directrices : des femmes affligées, des hommes infligeant et une Italie affligeante. Cette dernière est religieuse et rétrograde, moralement duale, industriellement en retard, fondamentalement minée par une pègre qui verra dans la victoire des Alliés les conditions idéales d’une résurrection inespérée. Nine Antico narre ainsi à quel point un homicide frappant une femme volage peut être traité avec légèreté par les tribunaux. Elle nous immerge dans des souterrains napolitains où les GI’s constituent à la fois une proie (on les saoule pour les dépouiller) et le vecteur d’une prostitution à grande échelle (une femme sur trois vendait alors son corps pour satisfaire aux besoins basiques à une époque où elles manquaient de tout). Elle revient enfin sur les centaines de chantiers faramineux laissés en jachère suite aux collusions entre les milieux économiques, politiques et mafieux.

Engagé, l’album se leste aussi de poésie et de sophistications. Il y a d’abord les miroirs tendus entre ces trois femmes-récits et les Saintes portant leur nom, elles aussi éminemment sacrificielles. Il y a, on l’a dit, ces « hommes infligeant », qu’il s’agisse de l’opprobre, la violence, le meurtre, la corruption ou la vengeance. Des bourreaux qui s’ignorent et auxquels Lucia cherche à plaire (au point de jalouser son amie Concetta) tout en les maugréant et en leur portant préjudice. On trouve enfin, tapissant les différentes nouvelles, des critiques adressées à la haute société italienne (et ses momifications hors de prix), à la guerre (et ses victimes collatérales, ses marchés noirs ou ses maladies vénériennes) ou au libéralisme (et ses porosités avec le crime organisé). Étrangement, la femme en ressort plus forte que vulnérable. L’Italie, de son côté, est expurgée de ses visions idylliques et se présente sous son jour le moins avenant. Dans une très large mesure, Nine Antico a organisé l’élévation de l’une dans l’adversité face aux défaillances de l’autre, toujours motivées par des raisons déshonorantes (et masculines).

Madones et Putains, Nine Antico
Dupuis, janvier 2023, 144 pages

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« L’Ami » : celui qui vous veut du bien

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La collection « Les Ondes Marcinelle » des éditions Dupuis accueille un récit initiatique en noir et blanc, sombre et puissant, intitulé L’Ami et signé par Lola Halifa-Legrand et Yann Le Bec.

Tomi est un adolescent tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Issu d’une famille monoparentale modeste, il partage sa vie avec une mère un peu trop protectrice à son goût. Comme la plupart de ses pairs, il s’éveille à la sexualité en naviguant sur des sites pornographiques, tout en fantasmant sur les filles de son lycée. Lola Halifa-Legrand et Yann Le Bec posent sur lui un regard d’entomologiste, fasciné et dénué de jugement. L’Ami donne d’ailleurs à voir une existence sur laquelle le jeune protagoniste n’a pratiquement aucune prise.

Bientôt flanqué de Feliks, plus extraverti et téméraire que lui, Tomi va se trouver impliqué dans toute une série d’événements qu’il n’a ni préparés ni même imaginés. Le récit prend alors un tour initiatique : Tomi radicalise ses positions vis-à-vis de sa mère, multiplie les expériences interdites (et parfois irréversibles), s’éveille avec maladresse au flirt amoureux… On retrouve le noir profond et le trait caractéristique de Yann Le Bec dans L’Ami. Le titre de ce roman graphique est d’ailleurs symptomatique en ce sens qu’il suppose un conditionnement du personnage principal à l’autre, un Feliks qui en révèle les fêlures et le tempérament grégaire.

Chronique sur l’adolescence, ses pérégrinations et ses transitions douloureuses, L’Ami traduit une réalité générationnelle de manière brute, un peu à l’image de ce qu’a réalisé il y a quelques mois Camille Poulie avec Bunker, dans la même collection. Le scooter, le rap, la montagne de déchets y constituent des éléments incontournables, mêlés à des motifs plus classiques, tels que la barque (Mud, La Nuit du chasseur…) ou la cabane perchée sur un arbre (Les Simpson, Tom Sawyer…). Naturellement, l’école et ses groupes sociaux, de même que la parentalité à l’ère de Tinder et de l’incommunicabilité, complètent l’horizon narratif de ce puissant one-shot.

D’une certaine gravité, L’Ami verbalise avec talent les impulsions adolescentes et cette volonté mi-consciente de braver les interdits. Tomi n’est rien d’autre que l’émanation d’une jeunesse en rupture consommée (mais relative) avec ses parents, peinant à trouver sa place, se réalisant en grande partie à travers les autres et leur regard. Il est aussi question dans cet album d’ambiguïté sexuelle, de violence et de projections mentales. Ces dernières transparaissent de différentes façons, à travers le dessin, les paroles irrévérencieuses d’un morceau de rap, les outrances de vidéos pornographiques… Autant d’agréments qui permettent aux auteurs de traduire un certain état d’esprit et les turbulences de l’adolescence.

L’Ami, Lola Halifa-Legrand et Yann Le Bec
Dupuis, février 2023, 256 pages

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« Retour sur terre » : clap de fin

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Les éditions Dupuis publient le dernier tome de la série Olive. « Retour sur terre » réunit enfin Olive et le cosmonaute qui hante ses songes, Lenny.

Dans les dernières pages de « Retour sur terre », Olive et Charlie sont menacées d’être séparées. Cela pourrait être anodin dans d’autres circonstances, mais tout le récit de Véro Cazot et Lucy Mazel a reposé sur cet éveil commun, sur une amitié qui, chemin faisant, a permis à Olive de sortir de son ornière et de trouver les ressources nécessaires à la mission qui lui incombait : secourir le cosmonaute Lenny, laissé pour mort, avec lequel elle entretient un lien télépathique mystérieux.

Sur Lenny, justement, les informations ont été parcellaires, distillées au compte-gouttes. L’ouverture spectaculaire de ce quatrième et dernier tome vient à cet égard satisfaire à toutes les attentes. On y découvre les événements tragiques ayant présidé à la disparition de Lenny. Échoué en Sibérie après une mission spatiale périlleuse, il traverse le Baïkal gelé, affronte le froid glacial et l’hostilité de la faune locale et finit par se réfugier dans une grotte, complètement démuni. Toute cette séquence est superbement dessinée (et éclairée). Le thème de la survie face aux éléments et à la solitude la rapproche de The Revenant ou All is Lost.

Pour sauver celui qui assaille ses rêves, Olive doit se dépasser. Cela passe par un voyage en Sibérie, le vol d’un scooter et une épopée enneigée sur laquelle personne n’aurait parié un sou quelques mois plus tôt. Toute la chair humaine de la série repose sur sa jeune héroïne, qui parvient à s’affranchir des obstacles, notamment psychologiques, pour se réaliser et s’ouvrir aux autres (métaphoriquement, ses liens avec Lenny pourraient d’ailleurs constituer le signe avant-coureur de cette ouverture).

Graphiquement, Lucy Mazel parvient une nouvelle fois à émerveiller et émouvoir. Les pleines pages sont splendides et on conserve la poésie et les couleurs chatoyantes qui ont caractérisé Olive depuis le premier tome. Le lac Baïkal et ses environs, tout comme l’espace des premières vignettes, constituent évidemment des cadres propices à la contemplation, que l’illustratrice s’approprie en clerc.

Non seulement la série a su renouveler son intérêt tout au long des quatre albums qui la composent, mais elle s’est même bonifiée – et densifiée – au cours du temps. Les retardataires savent désormais ce qu’il leur reste à faire.

Olive : Retour sur terre, Véro Cazot et Lucy Mazel
Dupuis, février 2023, 56 pages

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3.5

« Jim Bridger » : mutations dans l’Ouest sauvage

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La collection « La Véritable Histoire du Far West » des éditions Glénat se penche sur le trappeur et guide des montagnes Jim Bridger. Aidé en cela par le conseiller historique Farid Ameur, l’auteur et illustrateur Pierre Place raconte, à travers les yeux ridés d’un Mountain Man nostalgique, les évolutions qui ont cours dans l’Ouest américain durant le XIXe siècle.

Wyoming, décembre 1866. Un vieux Mountain Man accueille dans son fort femmes, enfants et soldats, pendant qu’une colonne armée en découd avec des Amérindiens plus farouches qu’escompté. Très vite, les invités prennent langue avec leur hôte ; en même temps qu’il immobilise les hommes, le blizzard invite à la conversation et à l’évocation des nombreux souvenirs de l’ex-trappeur. En se penchant sur Jim Bridger, Pierre Place et Farid Ameur offrent à la collection « La Véritable Histoire du Far West » une occasion inespérée d’énoncer les mutation en cours dans l’Ouest américain du XIXe siècle. Car celui qui a commencé en tant que forgeron avant de partir à l’aventure pour récolter de la peau de castors et ensuite devenir le guide le plus convoité des montagnes a tout vu, ou presque : il a combattu contre et avec les Indiens, il a croisé de nombreuses icônes du Far West (dont Kit Carson ou William Ashley), il a documenté toutes les voies praticables des environs, il a connu l’émulation des « rendez-vous » où tout le monde se mélangeait et commerçait, il a emmagasiné ces légendes orales qu’on s’échange habituellement autour d’un feu de camp…

À lui seul, Jim Bridger est une invitation à la tolérance et à l’humanité. Durant son récit, qu’il rapporte à une gamine curieuse et fascinée, il relate les rapports complexes qu’il a entretenus avec les Indiens. Ces derniers ont été, tour à tour, des partenaires commerciaux, des proches, des ennemis… Des Sioux avec lesquels il a combattu aux Arikaras redoutables et menaçants, l’ex-trappeur a connu de nombreuses tribus, dont il a contribué, à son corps défendant, à modifier les modes de vie. Car en échangeant des informations précieuses avec les « visages pâles », colons, mormons ou soldats, le Mountain Man n’a pas seulement gagné de quoi vivre : il a aussi favorisé toute une série de mutations qui ont profondément bouleversé l’Ouest qu’il chérissait tant. En cela, le personnage portraituré par Pierre Place, auquel un dossier didactique est consacré en fin d’album, se constitue de l’étoffe des hommes amers, pétris de regrets, déchirés entre leurs actes nécessaires et leurs conséquences involontaires. La convocation de ses souvenirs, bien que nostalgiques, donne lieu à des tableaux du Far West tout sauf romantiques : ici, c’est un grizzly qui met en lambeaux le corps d’un trappeur ; là, ce sont des Pieds-Noirs victimes d’une épidémie de variole dévastatrice…

Avec Jim Bridger, le lecteur explore les Rocheuses, les territoires reculés de l’Ouest, le Grand Lac salé, les montagnes de verre, les plaines investies de marchands ou encore les geysers de Yellowstone. Il découvre les dessous des convois de pionniers, des détachements de cavalerie et des familles composées et redéfinies en fonction des événements et des tragédies. L’épopée des trappeurs, la raréfaction des bonnes fourrures, le mythe des Mountain Men, les premiers tracés ferroviaires figurent tous en bonne place dans l’album, créditant ainsi Jim Bridger, s’il le fallait encore, d’une position idéale dans le récit devenu mythique de l’Ouest.

Jim Bridger, Pierre Place et Farid Ameur
Glénat, janvier 2023, 56 pages

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4

Festival de Gérardmer 2023 : Memory of Water, La Montagne, Irati et bilan général

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Au menu de cette fin de la 30e édition du festival International du film fantastique de Gérardmer, Memory of Water et sa dystopie nordique, La Montagne, véritable méditation métaphysique, et Irati, un film d’aventure espagnol qui a envie d’avoir envie. Nous terminerons par un petit bilan de l’évènement.

Compétition – Memory of Water

Réalisé par Saara Saarela (Finlande, Estonie, Norvège, Allemagne, 2022)

Nous voici dans le futur, au cœur de la toundra. L’eau est devenue une ressource rare qui est de ce fait rationnée par les autorités locales. Noria, dont le père vient de mourir, se voit chargée de prendre sa place en tant que maîtresse du thé, une figure traditionnelle et ancestrale.

Le film ressemble basiquement à Divergente chez les Nordiques. Il est naïf, plein de bons sentiments et de personnages manichéens, avec cette esthétique futuriste « cheapos » censée représenter un état fasciste. La photo ressemble un peu à celle de Blade Runner 2049, avec ses reflets de bleu et son traitement de la poussière comme élément de vie de la population. Le rendu n’est cependant pas du tout aussi impactant qu’a su l’être la photographie magnifique de Roger Deakins.

La Finlande ne semble pas non plus être le meilleur endroit pour un film post-apo traitant d’une pénurie d’eau, (SPOILER) même s’il s’agit d’un complot de la part du gouvernement : en même temps il s’agirait de se poser des questions quand on vous dit que l’eau manque mais que vous voyez de l’herbe à 100m de chez vous.

Le film paraît porter un message écologique, même s’il n’a pas l’air de savoir ce qu’il veut dire. La cause de cette crise est en effet une action préméditée, et pas la faute du manque de considération lié à l’activité humaine. Personne ne détruit la nature par plaisir. Il y a pourtant de l’amour palpable dans ce projet, qui ne le rend pas détestable, juste mou et hermétique.

Compétition – La Montagne

Réalisé par Thomas Salvador (France, 2023)

Pierre, un ingénieur parisien, se rend dans les Alpes afin de présenter l’un de ses projets quand il ressent une soudaine attirance pour les sommets qu’il aperçoit. Dès lors, il décide de ne plus rentrer et part installer un bivouac en altitude. Là-haut, il fait la rencontre de Léa et découvre de mystérieuses lueurs.

Commençons par déclarer que La Montagne est un coup de cœur, comme si le festival avait gardé le meilleur pour la fin. Le film ne propose rien d’extravagant, avec une introduction plutôt classique, se rapprochant même du reportage, avant que le récit n’exécute une sorte d’adieu au langage, laissant Pierre seul avec ce paysage qui l’entoure.

Et puis, à l’apparition des lueurs, le film plonge Pierre en même temps que le spectateur dans une réflexion métaphysique, touchant à ce que les mots ne peuvent décrire, mais la poésie si. C’est le troisième monde de Tsvetaïeva, celui où vivent les anges, celui de la beauté du réel que seules les âmes poétiques peuvent apercevoir. C’est une matérialisation de la splendeur des paysages en même temps qu’un retour à soi, de la part de cet ingénieur qui plaque tout pour cette montagne, sans même savoir au fond pourquoi.

Avec cet instant touché par la grâce, le film offre la plus belle séquence du festival. A son retour dans le monde de raison, Pierre a changé. Ce changement est marqué par sa main qui brille de mille feux, comme une lueur le guidant dans l’obscurité du doute qu’était son existence. Il retrouve Léa, et semble entamer un nouveau chapitre de sa vie, désormais en paix avec son être.

Une superbe conclusion donc, d’une sélection moyenne voire mauvaise comparé aux autres éditions selon un avis général.

Hors-compétition – Irati

Réalisé par Paul Urkijo Alijo (Espagne, 2023)

Nous voici au VIIIème siècle. Les Francs de Charlemagne sont en route afin de pacifier les Pyrénées et de les soumettre au christianisme. Afin de l’arrêter, le chef local demande de l’aide à la déesse ancestrale, Mari, en échange de sa vie. Avant de mourir, il fait promettre à son fils Eneko de protéger la vallée à tout prix. Des années plus tard, et après une éducation chrétienne, Eneko vient honorer la promesse faite à son père, dans ce monde mêlant Histoire et mythologie.

Un synopsis très prometteur donc, sur le passage de l’Europe au christianisme. Le résultat n’est cependant pas des plus satisfaisant avec une pelletée de défauts, à commencer par le scénario. Son intérêt est de faire passer le message de l’oubli comme étant la véritable cause de changement du monde. En effet, les anciens dieux devenus païens meurent littéralement si personne ne se souvient de leur nom. Le problème, c’est que si un film rappelle de vive voix son principe toute les dix minutes, c’est juste long et très laborieux. L’occasion de rappeler que le cinéma est le média du « ne le dis pas, montre-le ».

Les acteurs ne sont pas non plus en reste, avec un jeu soit mauvais soit excessif, dans un film qui surfe entre The Witcher 3 et Vikingdom. Car oui, au scénario et aux acteurs s’ajoute l’ambiance qui aurait pu être très sympathique avec ce mélange entre Histoire et mythologie, mais qui finit par ressembler à un épisode de Xéna, la guerrière. Les décors enfin, sympathiques mais réutilisés vingt fois car il faut rentabiliser, sont édulcorés d’effets de lumière et de fumée, comme si Jésus était de retour.

C’est tout de même petit de taper sur un tel film, qui n’a visiblement pas eu les moyens de ces ambitions. Les costumes sont sympathiques et l’audace visuelle est vraiment présente. Le film tente d’être une aventure d’Heroic fantasy européenne avec panache. Mais autant faire quelque chose de plus intimiste si l’on ne peut se permettre quelque chose d’aussi complexe, car les effets numériques sont franchement immondes. C’est donc dommage que ce film qui était une vraie attente personnelle ne soit en réalité qu’un flop.

Palmarès : Festival de Gérardmer 2023

Grand Prix : La Pietà de Eduardo Casanova

Prix du Jury : La Montagne de Thomas Salvador et Piaffe d’Ann Oren

Prix du 30e Festival de Gérardmer : Watcher de Chloé Okuno

Prix de la Critique : La Montagne de Thomas Salvador

Prix du Public : La Pietà de Eduardo Casanova

Prix du jury jeunes de la Région Grand Est : La Pietà de Eduardo Casanova

Grand Prix du court métrage : Il y a beaucoup de lumière ici de Gonzague Legout

Bilan :

Avec une sélection moyenne et une organisation catastrophique, cette 30ème édition du festival de Gérardmer laisse un goût amer, bien que je sois ravi d’avoir pu y participer. Le festival offre une ambiance décontractée avec une atmosphère particulière très plaisante qui participe à l’immersion pendant cette semaine de visionnage.

Je suis un peu déçu du succès de La Pietà, que je trouve toujours aussi médiocre, mais me satisfais de celui de La Montagne, qui est selon moi la meilleure expérience de tout le festival. Je n’ai pas pu voir les courts-métrages, faute de temps mais aussi d’un système de réservation ridicule.

Car c’est ici que se trouve le point noir de l’organisation : impossible d’aller voir des films sans réservation préalable. C’est du jamais vu et il faut que les organisateurs réagissent et prévoient pour l’année prochaine. Les gens qui ont payé doivent pouvoir en profiter, sinon à quoi bon. A refaire de mon côté, mais pas pour la ville qui doit faire quelque chose et ne pas abandonner ce festival, véritable trésor du patrimoine cinématographique français.

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Le guide complet pour comprendre et entretenir un disque de frein

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Vous êtes-vous déjà demandé ce qui se passe lorsque vous appuyez sur la pédale de frein de votre voiture et pourquoi il est si important de maintenir les freins correctement entretenus ? Dans cet article, nous décomposerons les composants d’un système de frein à disque, son fonctionnement et pourquoi un bon entretien est essentiel pour une conduite sûre.

Comment fonctionne un disque de frein ?

Afin de comprendre le fonctionnement d’un disque de frein, il est d’abord important de comprendre les principes de base des freins. Les freins fonctionnent en utilisant la friction pour ralentir ou arrêter un véhicule. Lorsque la pédale de frein est enfoncée, le liquide hydraulique est envoyé du maître-cylindre aux freins. Cette pression hydraulique force alors les plaquettes de frein contre le rotor de frein en rotation. Le frottement entre les plaquettes et le rotor ralentit la rotation du rotor, et finalement du véhicule.

Les disques de frein sont utilisés conjointement avec les plaquettes de frein afin de créer la friction nécessaire pour ralentir ou arrêter un véhicule. Le disque lui-même est attaché à la roue et tourne avec elle. Lorsque la pédale de frein est enfoncée, le liquide hydraulique est envoyé du maître-cylindre aux freins. Cette pression hydraulique amène alors l’étrier de frein à presser les plaquettes de frein contre les deux côtés du disque en rotation. Le frottement entre les plaquettes et le disque ralentit ou arrête la rotation du disque, et finalement ralentit ou arrête le véhicule.

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Piecesdiscount24.fr fournit une image des disques de frein

Comment fonctionnent les plaquettes et les disques de frein dans une voiture ?

Lorsque vous appuyez sur la pédale de frein de votre voiture, vous activez les freins. Mais comment fonctionnent-ils réellement ? Les disques eux-mêmes sont montés à l’intérieur des roues de votre voiture. Lorsque vous appliquez une pression sur la pédale de frein, le liquide de frein pousse un piston contre l’étrier, l’amenant à presser les plaquettes contre le disque. Cela ralentit à son tour la roue qui tourne et, par conséquent, la voiture vers le bas.

Il est important de garder un œil sur vos plaquettes et disques de frein, car ils peuvent s’user avec le temps et doivent être remplacés. S’ils ne sont pas entretenus correctement, ils peuvent causer de graves problèmes, non seulement pour votre voiture, mais aussi pour votre sécurité. Assurez-vous donc de les faire vérifier régulièrement !


À quoi faut-il faire attention avec un disque de frein ?

Si vous remarquez que votre voiture fait un bruit de grincement ou de grattage lorsque vous utilisez les freins, il est probable que vos disques de frein soient déformés ou endommagés. C’est l’un des signes les plus courants indiquant que vos disques de frein doivent être remplacés. Si vous ignorez ce problème, cela peut entraîner des problèmes plus graves tels qu’une diminution des performances de freinage ou même une défaillance complète des freins. Donc, si vous remarquez des problèmes avec vos freins, assurez-vous de les faire vérifier par un mécanicien qualifié dès que possible.

Comment monter un disque de frein ?

Il existe plusieurs façons de monter un disque de frein, mais la méthode la plus courante consiste à utiliser une cloche de montage. Il est généralement fabriqué à partir d’un alliage d’aluminium de haute qualité, bien que d’autres matériaux puissent être utilisés. La cloche de montage se fixe au moyeu ou à la fusée et fournit une surface sur laquelle le disque de frein peut être fixé. Dans la plupart des cas, le disque de frein sera fixé à la cloche de montage avec des boulons ou des vis.

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All of Us Are Dead : une série coréenne à ne pas rater

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L’année dernière, Squid Games a participé à l’augmentation de 4,4 millions d’abonnés sur Netflix. Dans le sillage de ce succès mondial, Netflix a offert aux utilisateurs un panel de séries 100% coréennes. Découvrons l’une d’elles : All of Us Are Dead, une série de Kim Nam-soo et Lee Jae-gyoo. 

Cet article contient des spoilers. 

Synopsis : « On va tous mourir. Il n’y a plus aucun espoir. »

All of Us Are Dead est une série de science-fiction. Une classe de lycéens se barricade dans leur bâtiment scolaire après qu’un virus mortel ait frappé la ville de Hyosan. Une fois contaminés par le virus, les habitants de la ville se transforment en zombies.

Les protagonistes vont faire face à des situations extrêmes de survie, tout en luttant pour comprendre ce qu’il s’est passé. Leur objectif est simple : s’échapper de cette situation en vie. Les lycéens apprennent à vivre en communauté pour s’en sortir, malgré la peur et les choix difficiles.

La série est riche en tensions, suspense et émotions. Pendant 12 épisodes, elle mêle un univers post-apocalyptique avec des thématiques sociales portant sur les responsabilités collectives et individuelles en temps de crise. La série a été saluée pour son scénario captivant, le développement de ses personnages et sa réalisation.

All of Us Are Dead est un mélange entre Dernier train pour Busan et The Breakfast Club. Elle se base également sur le Webtoon sud-coréen Now At Our School.

Saison 2 : un succès attendu

Le récapitulatif d’ExpressVPN des meilleures séries de l’année montre que All of Us Are Dead a été le show le plus regardé en France en février 2022. De plus, d’après BFMTV, la série a atteint 124,79 millions d’heures de visionnage seulement trois jours après sa sortie. Sans surprise, Netflix a annoncé l’arrivée prochaine de la saison 2.

Pour l’anecdote, le créateur avait déjà envisagé le renouvellement de saison avant l’annonce officielle de Netflix : en effet, il souhaite intégrer une nouvelle race de zombies. Au niveau du casting, la plupart des acteurs de la première saison ne reviendront pas.

Seuls les survivants de la crise pourront peut-être faire leur grand retour. Parmi eux, les spectateurs s’attendent à revoir Im Jae-hyuk (Dae-su), Park Solomon (Su-hyeok) ou Ha Seung-ri (Ha-ri). Quant aux nouveaux arrivants, le réalisateur souhaite mettre à l’écran des jeunes comédiens peu connus du grand public. 

All of Us Are Dead prouve que les séries coréennes ont un avenir radieux devant elles. Également connues sous le nom de «K-dramas », ces séries ont gagné en popularité car elles proposent des histoires captivantes et originales. Elles sont aussi reconnues pour leur production rigoureuse.

De plus, la culture coréenne a gagné du terrain en Occident, grâce aux groupes de K-pop et à la K-Fashion. Les fans des séries coréennes sont particulièrement actifs sur les réseaux sociaux, ce qui ajoute un sentiment de communauté à l’expérience de visionnage.

Netflix a investi 500 millions de dollars pour augmenter la production de séries coréennes. Par exemple, le 23 décembre dernier, la plateforme a sorti la série The Fabulous, un show coréen pour les fans de mode.

Guest post

Parfum de femme (1974) de Dino Risi : fragrance de chef-d’œuvre

Tamasa célèbre un des classiques signés Dino Risi, Parfum de femme via cette nouvelle édition en tout point recommandable. On y retrouve le génial Vittorio Gassman dans un de ses rôles phares, celui d’un aveugle tour à tour féroce, charmeur, cynique, goujat et pitoyable. Sublime et détestable, le personnage est à l’image d’un film qui porte la marque unique du maître de la comédie italienne. Une comédie ambigüe, contrastée, mélancolique, où l’on rit finalement peu. Ce cocktail doux-amer représente une espèce en voie de disparition sur grand écran, alors savourons sans compter ce moment de nostalgie… 

Si la comédie selon Dino Risi s’est toujours distinguée par son relief mêlant, tour à tour, satire, mélancolie, critique sociale et politique, romantisme ou encore tragédie, les années 1970 furent l’époque où il assuma le plus volontiers cette hybridité. Il le fit notamment via deux adaptations d’œuvres du romancier Giovanni Arpino, Parfum de femme en 1974 et Âmes perdues en 1977, avec lequel il versa carrément dans le style gothique pour un résultat très surprenant. Son comédien fétiche Vittorio Gassman l’accompagna dans cette affirmation de style, ce qui n’a rien d’étonnant car la star génoise avait déjà réalisé grâce à Risi une évolution couronnée de succès du théâtre et du cinéma dramatique vers la comédie. Bref, à l’époque, metteur en scène et acteur se rejoignent parfaitement dans l’exploration de la comédie à plusieurs niveaux, quitte à provoquer dans les salles beaucoup moins d’éclats de rire que les comédies italiennes populaires.

Dans Parfum de femme, Gassman atteint le sublime (il remporta d’ailleurs le Prix d’interprétation masculine à Cannes) dans un rôle d’antihéros que le spectateur ne parviendra jamais à détester complètement, avant même sa rédemption finale où il tombe enfin le masque. Irascible officier en retraite depuis un terrible accident qui l’a rendu aveugle et lui a coûté une main, Fausto Consolo accueille un nouvel ordonnance, Giovanni (qu’il a tôt fait de surnommer « Ciccio », ne souhaitant pas prendre la peine de retenir son vrai nom), chargé de l’accompagner dans un voyage à Naples. Celui-ci ne sera pas de tout repos, c’est le moins que l’on puisse dire ! Pas un seul instant le guerrier handicapé ne provoque-t-il la compassion, tant son comportement ingérable n’épargne personne. Intolérant, capricieux, libidineux, Fausto fait tout pour se rendre détestable aux yeux de tous, y compris de la belle Sara (Agostina Belli) qu’il retrouve à Naples. Celle-ci est en effet amoureuse de lui depuis l’enfance, et semble prête à subir toutes les vexations de ce goujat de compétition.

Sacré personnage de cinéma que Fausto ! Il fallait le génie de Gassman et la direction d’acteurs de Risi pour l’installer dans la nuance adéquate : celle d’un homme qui, en définitive, ne renvoie aux autres que sa détestation de soi et son désespoir. Quand vient le moment du sacrifice, préparé de longue date, le mythe tragique fantasmé s’écroule et Fausto, enfin prêt à s’accepter, daigne appeler à l’aide. Trêve de sentimentalisme. Dino Risi coupe court au happy end : certes Sara se précipite auprès de Fausto, mais quel avenir peut-on imaginer à un couple aussi improbable ?

Avant cette note d’espoir finale, Risi et Gassman s’en donnent à cœur joie pour offrir une représentation du handicap à mille lieues du pathos. On ne compte plus les gags où Fausto profite de sa cécité pour obtenir des avantages (souvent lubriques), ou au contraire ceux où les autres personnages en tirent profit pour se moquer de lui ou échapper à son contrôle. En ne tenant jamais compte (sauf dans la dernière séquence) de son infériorité physique, notre antihéros provoque la stupeur de ses adversaires, soudain désarmés – par exemple à l’idée de se battre avec un aveugle. C’est par son côté bravache et inconscient que Fausto finit par emporter l’adhésion du spectateur… alors que ces mêmes caractéristiques le rendent détestable. Formidable ambiguïté d’une comédie qui ne se laisse pas apprivoiser facilement.

Si Gassman porte son rôle de fanfaron (cf. le film de Risi sorti en 1962) à de nouveaux sommets en ne snobant pas le surjeu, ses collègues à l’écran ne s’en sortent pas mal non plus. Dans le rôle de l’amoureuse transie, Agostina Belli (auquel Risi offrira le rôle principal dans La Carrière d’une femme de chambre, en 1976) ne se contente pas de tabler sur son physique avantageux – dans un rôle il est vrai assez caricatural, nous sommes dans l’Italie des années 1970 – en donnant une épaisseur supplémentaire à un personnage auquel la différence d’âge avec Gassman se teinte d’une ambiguïté étonnante. Quant à Alessandro Momo, 17 ans à l’époque du tournage, il réussit le tour de force d’exister aux côtés d’un personnage aussi haut en couleur et d’un comédien brillant, en supportant de moins en moins les frasques de l’officier aveugle et en n’hésitant plus, au fil du récit, à manifester son agacement. Son parcours prometteur se terminera hélas tragiquement la même année, dans un accident de moto…

SUPPLEMENTS

Cette belle édition proposée par Tamasa est complétée par un seul supplément vidéo, mais il est de qualité puisqu’il s’agit d’un entretien d’une grosse demi-heure avec Aurore Renaut, enseignante en études cinématographiques et audiovisuelles à l’Université de Lorraine. Rompue à l’exercice, la spécialiste aborde nombre de sujets passionnants pour qui souhaite prolonger le plaisir éprouvé à la vision du film. Contextualisation de ce dernier dans les carrières respectives de Dino Risi et Vittorio Gassman, analyse des personnages et thèmes principaux, liens avec d’autres œuvres, mise en perspective… Tout y est et Aurore Renaut sait transmettre sa passion pour le cinéma transalpin. Elle rappelle également que Parfum de femme fut adapté aux Etats-Unis en 1992, sous le titre Le Temps d’un week-end (Scent of a Woman/Martin Best). Elle n’hésite pas à comparer les deux œuvres, au détriment de l’américaine qui, même si elle valut un Oscar à Al Pacino qui reprenait le rôle de l’officier aveugle (même si le comédien livre une prestation marquante, on ne peut s’empêcher de penser que la distinction lui fut remise pour compenser une victoire tardive après une brochette de rôles iconiques…). Aurore Renaut estime en effet, à juste titre, que l’opus de Martin Best gomme bon nombre d’aspérités et, surtout, d’ambiguïtés du personnage principal, et cède à un romantisme hollywoodien bon teint…

Le plaisir visuel est enfin prolongé par un livret de 32 pages d’excellente facture. Compilant des textes de Michel Boujut et Yves Alion, qui offrent de nouvelles analyses intéressantes du personnage de Fausto et de la carrière de Risi, il vaut surtout par un long entretien avec le cinéaste, mené par Alion en 1993. On y découvre un artiste d’une modestie peu commune et d’une honnêteté sans tabou, qu’il s’agisse de son art (« Qu’est-ce qui peut donner envie de faire du cinéma ? L’argent et les jolies filles ! Je ne parlerai pas de vocation. »), de l’apprentissage (« Il n’était pas écrit que je devais faire des chefs-d’œuvre. Je faisais tout. Parce qu’il faut faire tout. Le travail permet d’apprendre le métier. Même si on fait des mauvais films. »), de sa relation avec Vittorio Gassman (« C’était un homme d’une très grande complexité, aux prises avec des démons intimes très présents. En apparence, il semblait fort, despotique, égoïste. En réalité il était solitaire et vulnérable… »), de ses influences (« L’humanité des personnages est un terrain formidable pour le rire. C’est pour cela que, pour moi, Chaplin restera inégalé. ») ou encore de politique (« Quitte à paraître iconoclaste, je suis certain que la postérité jugerait Mussolini différemment s’il n’avait pas été subjugué par Hitler et s’il ne l’avait pas suivi dans sa folie. »). Une longue interview passionnante de bout en bout, qui nous permet de conclure que les amateurs ne devraient pas rater cette magnifique édition combo DVD/Blu-ray ; elle vaut le détour !

Synopsis : Il y a sept ans, Fausto a perdu sa main gauche et ses yeux dans un accident. Il recrute Giovanni (qu’il surnomme rapidement « Ciccio »), un jeune ordonnance, pour l’accompagner pendant une semaine jusqu’à Naples. Fausto y retrouve Sara qui depuis l’adolescence se consume d’amour et d’adoration pour lui qui la rudoie, la repousse et l’humilie sans cesse… 

Suppléments de l’édition Blu-ray

  • Livret 32 pages : Dino Risi, entretien avec Yves Alion
  • « Dino, Vittorio et Agostina » par Aurore Renaut (36 min)
  • Films annonce 1975 français et italien + film annonce 2021 VOSTF

Note concernant le film

4

Note concernant l’édition

4

Asterix et Obelix : L’Empire du Milieu, au bord du gouffre

Astérix est là ! Ça va faire mal ! Oui, malheureusement. Après un premier épisode sympathique et un second exceptionnel, les aventures du célèbre Gaulois ont perdu de leur superbe avec les deux opus suivants, l’un moyen et l’autre vraiment mauvais. Mais, finalement, Astérix et Obélix : L’empire du Milieu pourrait presque les réhabiliter !

Oh chic, des Chinois ! 

Comme le suggère le titre de l’article, les aventures de notre célèbre duo se déroulent en Chine, dans l’Empire du Milieu. Pas originale pour un sou (ce n’est pas vraiment ce qu’on demande, on peut le reconnaitre), l’histoire place nos compères en pleine mission d’escorte, de libération et de reconquête. Pour le reste, tout y passe. Méchants envahisseurs, traitres, combattants chinois qui défient la gravité les yeux dans les yeux. Enfin, le coup classique. Le scénario, pour tout dire, est tellement décousu que ça en devient comique. Difficile même de parler de scénario, tant le seul but du film consiste à enchainer les caméos. On suit le même schéma : Caméo, vanne liée à la célébrité en question, scène suivante. Paronamix, incarné par Pierre Richard, va se laisser emporter par des sables mouvants. Falbala (Angèle) va paraphraser ses chansons, ce genre de choses. A un moment, on est presque dedans. On veut deviner qui va avoir tel rôle, dans cet Empire du milieu de personnalités françaises. On a bien un fil rouge qui relie le tout, mais c’est d’une platitude qui feraient fantasmer nos plus grands platistes. D’ailleurs, petit cours d’Histoire pour le film, à cette époque, on savait déjà que la terre était ronde.

Pour le reste ? Le néant. Dommage, car certaines idées sont intéressantes. Asterix, par exemple, qui refuse de prendre de la potion magique et qui révèle un complexe d’infériorité. Ah, bah c’est tout. Pardon, une idée intéressante, qui ne mène à rien. Car oui, malheureusement, le duo se révèle finalement très secondaire dans sa propre aventure. Ils ne se parlent finalement que très peu. Quand c’est le cas, c’est pour ne rien dire. Le film préfère leur coller à chacun une histoire d’amour. C’est d’un ennui insultant. Certains seconds rôles, comme Cohen ou Cassel, sont bien mieux traités qu’eux. Un comble !  On suit les péripéties sans jamais décrocher un sourire et quand c’est le cas, c’est nerveux. Les références, s’enchainent, sans logique. La Chèvre, Brice de Nice, les Monty Python, Dior, Jul, tout y passe, et c’est nul. Le pire, sans doute, ce seront les vannes anachroniques, qui ne fonctionnent pas. Elles sont là, et voilà.

Budget taille large, naufrage XXL 

Avec le casting du film, on pouvait espérer, a minima, une interprétation de qualité. Eh ben vous pouvez avaler d’une traite le whisky qui vous sert de potion magique puisque tous, absolument tous les acteurs principaux du film, sont catastrophiques. Guillaume Canet, formidable acteur d’ordinaire, est totalement à côté de son personnage. On ne reconnait jamais Asterix, ni dans le fond, ni dans les mimiques. Vincent Cassel s’en fout, Cotillard offre certainement l’une des pires interprétations de sa carrière, Julie Chen (la princesse) n’a quasiment aucune réplique qui tombe juste. Elle est juste réellement magnifique, et aucun personnage n’oublie de le souligner. Deux acteurs s’en sortent : Gilles Lellouche, qui fait un Obélix très convainquant et Jonathan Cohen, qui fait du Jonathan Cohen, donc ça fonctionne. Cet homme est formidable.

Puis, il faut parler du budget. 65 Millions, soit l’un des films français les plus chers jamais produits (mais pas autant qu’Astérix aux Jeux Olympiques et ses 76 Millions). Pour quel résultat ? Visuellement, le film tient la route et offre quelques plans vraiment magnifiques. Certaines idées sont vraiment bien trouvées, particulièrement concernant les paysages. Oui, car pour le reste, la mise en scène frôle le néant absolu, malgré une ou deux fulgurances pour les passages d’action. Pire, certaines scènes ne respectent même pas les règles basiques de la réalisation, dans le cadrage ou dans le choix des plans lors du montage. Le budget, il est dans Angèle, qui apparait environ une minute, dans Orelsan, qui apparait le double. Bref, il est dans les caméos. La palme revient à Zlatan, objet marketing à lui seul qui propose le seul moment du film qui a un peu de gueule… pour finir sur une vanne anachronique liée à son statut de footballeur. Non, désolé, mais il n’y a rien à sauver dans ce naufrage artistique, à part peut-être quelques moments drôles et sa musique, réellement sympathique.

Bande-annonce : Astérix et Obélix : L’Empire du Milieu

Fiche Technique : Astérix et Obélix : L’Empire du Milieu

Réalisateur : Guillaume Canet
Scénario : Guillaume Canet / Julien Hervé / Philippe Mechelen
Casting : Guillaume Canet / Gilles Lellouche / Vincent Cassel / Jonathan Cohen / José Garcia / Marion Cotillard  / Julien Chen / Pierre Richard / Audrey Lamy  / Ramzy Bedia / Bigflo et Oli / Orelsan / Manu Payet
Musique : Matthieu Chedid (M)
Production : Pathé / Tresors Films
Genre : Comédie d’aventures
Durée : 111 minutes
Sortie : 1er Février 2023 en salles

Note des lecteurs76 Notes
0.5

Janvier 2023 au cinéma : Divertimento, Nos soleils, Brillantes

En janvier, pour compenser les nominations aux César 2023, nous avons découvert trois films de femmes : Divertimento de Marie-Castille Mention-Schaar, Nos Soleils de Carla Simon et Brillantes de Sylvie Gautier.

Divertimento de Marie-Castille Mention-Schaar
Synopsis : À 17 ans, Zahia Ziouani rêve de devenir cheffe d’orchestre. Sa sœur jumelle, Fettouma, violoncelliste professionnelle. Alors comment peut-on accomplir ces rêves si ambitieux en 1995 quand on est une femme, d’origine algérienne et qu’on vient de Seine-Saint-Denis ?
Date de sortie : 25 janvier 2023
Avec : Oulaya Amamra, Lina El Arabi, Niels Arestrup

Le 7e film de Marie Castille Mention Schaar est certainement le plus réussi, le plus solaire. Porté par l’excellente interprétation des comédiennes Oulaya Amamra et Lina El Arabi, l’histoire évite d’être trop clichée, tirée pourtant d’une histoire vraie transposée à l’écran. Ancré dans l’art, porté par la musique, les mains des musiciennes, le film est doux, peu misérabiliste (la famille soutient les deux soeurs, la banlieue n’est pas ici montrée comme un lieu de division, mais de vivre ensemble). C’est un beau portrait de femmes, surtout un esprit de collectif magnifique, qui dit que la musique symphonique ne doit pas être élitiste en ce qu’elle sépare les gens, mais en ce qu’elle va chercher le meilleur d’eux.

Nos Soleils de Carla Simon
Synopsis : Depuis des générations, les Solé passent leurs étés à cueillir des pêches dans leur exploitation à Alcarràs, un petit village de Catalogne. Mais la récolte de cette année pourrait bien être la dernière car ils sont menacés d’expulsion. Le propriétaire du terrain a de nouveaux projets : couper les pêchers et installer des panneaux solaires. Confrontée à un avenir incertain, la grande famille, habituellement si unie, se déchire et risque de perdre tout ce qui faisait sa force…
Date de sortie : 18 janvier 2023
Avec :Jordi Pujol Dolcet, Anna Otín, Xenia Roset

Carla Simon revient filmer la saison chaude, six ans après le très solaire Été 93. Encore une histoire de collectif, de croyance en un monde qui peut résister à l’appât du gain. Pourtant, c’est bien la fin d’un monde que filme la réalisatrice, celui d’une agriculture non intensive. Nos Soleils n’est qu’une tentative de résistance, un maigre espoir en la lutte pour conserver une liberté de produire sans détruire. C’est aussi un film familial qui a ses excès d’amour et de colère, ses personnalités, toutes magnifiquement dépeintes. Même si toute la terre est arrachée à ces cultivateurs, nous espérons qu’ils persistent, qu’ils ne baissent pas les bras. La fin entre joie et destruction le suggère fortement. On pense au film Les Merveilles d’Alice Rohrwacher et on espère que ces terres fruitières ne demeurent pas des utopies passées… Les acteurs, non professionnels, sont tous formidables et particulièrement les enfants que la réalisatrice considère comme des « acteurs nés » et qu’elle sait si bien diriger. Ils nous entraînent dans leur univers de jeux et de conscience du monde où l’on voudrait se perdre à jamais, pour ne pas voir la fin, le gâchis industriel monumental de notre monde moderne.

Brillantes de Sylvie Gautier
Synopsis : Karine, femme de ménage, partage sa vie entre son travail de nuit avec ses collègues et Ziggy, son fils de 17 ans. Lorsque l’entreprise qui l’emploie est rachetée tout bascule pour Karine. La pression sociale va la pousser dans ses retranchements et la mettre face à un dilemme : dévoiler un secret ou mentir pour se protéger.
Date de sortie : 18 janvier 2023
Avec : Céline Sallette, Thomas Gioria, Camille Lellouche

A l’image de l’héroïne d’A plein temps (interprétée par Laure Calamy), celle jouée par Céline Sallette dans Brillantes est entrée dans une course contre la montre. Propulsée déléguée du personnel parce qu’elle devra se taire, Karine peine à sortir la tête de l’eau. La caméra ne la lâche jamais et Céline Sallette offre à cette femme sans voix une partition vibrante, bien que souvent un poil trop misérabiliste, le personnage s’ouvre peu à peu, sans miracle, pour apprendre simplement à dire non. La réalisatrice saisit la solidarité du groupe de femmes, leurs failles, mais fait surtout grandir son personnage de Karine, qui relève peu à peu la tête, prend la parole, sans grand effet, simplement pour l’amener vers un cri libérateur.