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Le Cuirassé Potemkine : cent ans de rage intacte

Il y a des films qui ne vieillissent pas, qui résistent au temps. Le Cuirassé Potemkine en fait partie et continuera encore de mûrir au fil des années. Pour son centenaire, le chef-d’œuvre de Sergueï Mikhaïlovitch Eisenstein revient en salles avec une musique inédite signée Pet Shop Boys. Une rencontre qui redonne à ce monument du cinéma muet toute la puissance subversive de ses origines. Une ressortie événement, portée par Potemkine Films, dont le nom est lui-même un hommage, pour les 100 ans du film et les 20 ans de la maison de distribution.

Tourné en 1925, le film reconstitue la mutinerie de 1905 à bord du cuirassé Potemkine et le soulèvement de la classe ouvrière dans la ville portuaire d’Odessa (dans l’Ukraine actuel), deux épisodes de la première révolution russe que l’Histoire a transformés en mythes. Une révolution qui éclate dans un empire déjà ébranlé par la défaite humiliante contre le Japon la même année. Ce qui avait fissuré le prestige militaire du tsar Nicolas II et mis à nu la fragilité d’une autocratie à bout de souffle. Le Cuirassé Potemkine n’est pourtant pas simplement un monument de l’histoire du cinéma qu’on visite comme on visiterait un musée, avec le respect que l’on doit aux choses mortes. C’est une œuvre qui continue de se réinventer, de faire effet, de provoquer quelque chose chez le spectateur. Et c’est notamment ce que la bande originale des Pet Shop Boys révèle avec une acuité nouvelle. Il existe une rage universelle derrière la propagande soviétique et sous l’idéologie. La rage de ceux qu’on écrase et qui n’a pas de date de péremption.

La langue du mouvement

La ressortie arrive dans un monde où les questions de l’oppression, de la résistance collective, du rapport entre le peuple et le pouvoir n’ont rien perdu de leur urgence. Cela souligne la troublante longévité du Cuirassé Potemkine. Pour la comprendre, il faut remonter à la genèse de l’œuvre et à ce qu’Eisenstein construisait, film après film, comme un langage entièrement neuf.

Pour mesurer ce que représente Le Cuirassé Potemkine, il faut revenir un an en arrière, à La Grève (1924), premier long-métrage d’Eisenstein. On y trouve déjà ses intuitions fondamentales, à commencer par la masse comme protagoniste, le refus de l’individualité, puis la violence de l’oppression filmée sans euphémisme. La Grève tâtonne encore, mais Potemkine est son prolongement le plus abouti. Le scénario de Nina Agadjanova-Choutko avait d’abord été pensé en huit épisodes, mais les contraintes de temps imposèrent un resserrement. En condensant sa narration autour d’un seul épisode, celui de la mutinerie à bord du cuirassé, puis le revirement sanglant à Odessa, Eisenstein atteint une densité formelle sans équivalent. Ce que d’autres auraient vécu comme une mutilation, il le transforme en principe, avec moins de matière et plus de force. La nécessité devient une inspiration esthétique.

Ce qui frappe au (re)visionnage du film, c’est à quel point le montage d’Eisenstein est encore aujourd’hui d’une modernité désarmante. Ses coupes n’étaient pas popularisées à travers le globe en 1925, et le sont désormais partout dans la publicité, dans le clip, dans le cinéma d’action. On trouve là une maîtrise sémiologique de l’image, avec une construction un peu théâtrale. Ici, une image ne représente pas seulement quelque chose, elle signifie quelque chose. La cuillère de soupe, prétexte dérisoire à une mutinerie qui allait changer le cours des choses, la viande avariée grouillant d’asticots, les lunettes du médecin de bord qui basculent… Il y a autant de signes qui se percutent et qui engendrent un sens qu’aucun des plans pris séparément ne contient. C’est le cœur de la théorie eisensteinienne du montage dialectique, une pensée qui doit notamment au cinéma de D. W. Griffith (Naissance d’une nation, Intolérance), dont Eisenstein hérita de la grammaire pour mieux la radicaliser et la retourner contre ses propres présupposés bourgeois.

Tous pour un

Mais ce langage nouveau ne serait rien sans la décision qui en est le fondement politique et dramaturgique : l’abolition du héros individuel. Il n’y a pas de héros dans Le Cuirassé Potemkine et c’est là le geste révolutionnaire du film, bien plus que son idéologie explicite. Eisenstein filme les matelots comme une seule et même masse, constamment humiliés par des supérieurs, menés par le commandant Ievgueni Golikov, qui se complaisent derrière leurs privilèges. Par contraste, un traitement plus individuel, presque caricatural, leur est consacré. C’est par leur singularité que les oppresseurs s’exposent, et c’est par leur fusion que les opprimés trouvent leur puissance. Même dans cette immense barque métallique qui manœuvre dans la mer Noire, on peut lire le microcosme d’une société qui repose sur ses inégalités de classe. On mesure la distance avec Hollywood, qui construisait alors ses récits autour d’un visage ou d’un arc narratif personnel. Chez Eisenstein, la star, c’est la foule.

Il y a vraiment beaucoup d’envergure dans sa mise en scène. Les plans de grue donnent aux séquences de révolte une puissance qui écrase le spectateur. Les mouvements de foule à Odessa, avec les citoyens traversant la baie du port, la ville et son architecture qui évoquent le prestige et la grandeur, relèvent d’une grâce et d’une force chorégraphique que le cinéma n’avait jamais atteintes à ce degré. Il y a véritablement un sens du spectacle dans Le Cuirassé Potemkine, et d’une grande maîtrise. La figuration a presque la force d’un documentaire. Ces visages filmés en gros plan, ces corps tendus vers quelque chose, cette présence humaine courageuse et fière, sont ceux de gens ordinaires qu’Eisenstein a transformés en mythe sans les trahir. Le tournage s’est déroulé près de vingt ans après les faits et garde pourtant une rage presque intacte dans l’incarnation de la révolution russe de 1905. Le cuirassé lui-même cesse d’être un navire de guerre pour devenir un pavillon, un symbole, surplombé par des matelots qui exhibent et affirment leur soutien au peuple. Il devient ainsi premier monument réapproprié par une colère collective. C’est cette logique de réappropriation, d’un espace, d’un pouvoir, qui atteint son paroxysme dans la séquence la plus célèbre du film, et peut-être de toute l’histoire du cinéma.

Le poids de la descente

On a tant écrit sur la scène des escaliers d’Odessa qu’on pourrait craindre de ne plus rien avoir à rajouter. Eisenstein y pratiquait quelque chose d’unique en dilatant le temps à un point tel que la durée à l’écran excède largement la réalité chronologique de l’événement. On observe des soldats descendre l’Escalier Richelieu, encore et encore. Les corps tombent et continuent de s’accumuler. Le landau qui dévale les marches dans un travelling est peut-être le plan le plus cité de l’histoire du septième art. Ce n’est pas du réalisme, c’est du montage à l’état pur. Il s’agit d’une temporalité construite, artificielle et pourtant plus vraie que le vrai, parce qu’elle correspond à la durée intérieure de la terreur, à ce que l’événement signifie plutôt qu’à sa durée.

Brian De Palma a cité la séquence dans Les Incorruptibles. Francis Ford Coppola l’a méditée dans Apocalypse Now. Andreï Tarkovski s’en est nourri pour son cinéma. Mais aucun hommage, si brillant soit-il, n’épuise l’original. Car la force de cette scène n’est pas dans son image, aussi iconique soit-elle, mais dans sa cohérence. Elle démontre que le montage peut faire ce que nulle autre forme d’art visuel ne peut totalement reproduire : donner à ressentir la mécanique de l’oppression et son implacabilité. Les soldats ne regardent pas leurs victimes. Ils descendent, et c’est tout. C’est cette absence de regard, montée en une série de coupes métronomiques, qui transforme la scène en cauchemar politique intemporel. Un cauchemar qui appelle, presque naturellement, une réponse sonore à la hauteur. C’est ce défi que les Pet Shop Boys ont relevé, des décennies après avoir réinventé la pop britannique.

Deux révolutions qui se rencontrent

Neil Tennant et Chris Lowe, des Pet Shop Boys, n’ont pas habillé Le Cuirassé Potemkine : ils l’ont relu. Composée avec Torsten Rasch et orchestrée par l’Orchestre Symphonique de Dresde de Jonathan Stockhammer, leur partition mêle textures synthétiques, pulsations électroniques et envolées orchestrales, qui rappelle par instants le travail de Vangelis sur Blade Runner. On y retrouve la même suspension entre beauté et menace, qui finit par laisser place à un crescendo libérant toute la fureur du film. La musique suit scrupuleusement les cinq actes du récit, épousant chaque battement du montage d’Eisenstein sans jamais en contredire la logique, ni occulter une certaine mélancolie qui s’installe dans le drame historique. Elle évoque une tristesse propre aux révolutions qui savent d’avance ce qui les attend.

Par ailleurs, il y a quelque chose de curieux et de vertigineux dans cette rencontre. Les Pet Shop Boys sont les héritiers d’une culture du plaisir, de la subjectivité, du dancefloor, éloignée d’Eisenstein au demeurant. Et pourtant, leur musique réinjecte au Cuirassé Potemkine ce qu’il n’a jamais perdu : une puissance d’impact immédiate, physique et collective. Comme si la pop électronique et le montage dialectique partageaient, en secret, la même ambition, en agissant directement sur le corps du spectateur et produire de la conscience par l’affect. La bande originale ne trahit donc pas le film, elle le prolonge dans sa propre époque.

Le Cuirassé Potemkine a traversé plusieurs censures, guerres et idéologies. Il a été interdit en France pendant vingt-sept ans et projeté clandestinement dans des ciné-clubs. Il a reçu des dizaines de bandes-son différentes, preuve qu’il est de ces œuvres que chaque génération cherche à s’approprier. Cent ans après sa naissance, il n’a rien perdu de sa superbe. La cuillère de soupe n’a pas refroidi. C’est là la marque des vrais monuments, ils sont inépuisables et nous rappellent, obstinément, que l’oppression n’a pas changé de nature, seulement de costume.

Le film est à (re)découvrir au cinéma dès les 17 juin 2026.

A lire également notre critique de la version restaurée de 2022 en blu-ray, incluant au choix la bande-son originale de Edmund Meisel (1926), Del Rey & The Sun Kings (2007) et Zombie Zombie (2009).

Le Cuirassé Potemkine (100 ans) – bande-annonce

Le Cuirassé Potemkine (100 ans) – fiche technique

Titre original : Bronenosets Potyomkin
Titre international : Battleship Potemkin
Réalisation : Sergueï Eisenstein
Scénario : Nina Agadjanova-Choutko
Interprètes : Grigori Aleksandrov, Aleksandr Antonov, Vladimir Barsky, Ivan Bobrov, Beatrice Vitoldi
Photographie : Édouard Tissé, Vladimir Popov
Montage : Grigori Alexandrov, Sergueï Eisenstein
Décors : Vassili Rakhals
Musique : Pet Shop Boys
Producteur : Jacob Bliokh
Sociétés de production : Goskino
Pays de production : Union Soviétique
Société de distribution France : Potemkine Films
Durée : 1h15
Genre : Historique
Date de sortie en URSS : 24 décembre 1925
Date de ressortie en France : 17 juin 2026

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Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Avec Ma famille chérie, Isild le Besco poursuit une entreprise cinématographique entamée près de vingt ans plus tôt. Dès son premier film, Demi-tarif, écrit à 16 ans et récompensé au Festival du Film de Paris, la cinéaste explore les blessures de l’intime, les liens du sang et les fragilités de l’enfance.

De Cassavetes à Valeria Bruni Tedeschi, en passant par Cédric Kahn : avec Ma famille chérie, Isild le Besco invente sa propre cartographie du chaos familial. Caméra à l’épaule, visages en gros plan et émotions à vif, la cinéaste transforme sa tribu en terrain de jeu tumultueux et tendre, où la chamaillerie saltimbanque finit toujours par l’emporter sur les déchirures.

Dès les premières secondes de Ma famille chérie, Isild le Besco embarque son monde sur les chapeaux de roues. La scène d’ouverture nous plonge en pleine violence conjugale – entre une sœur (lumineuse Élodie Bouchez) et son mari (Stefano Cassetti) –, brutalement interrompue par le regard d’un enfant. C’est le signal : la réalisatrice largue les amarres d’une famille nucléaire pour nous jeter en pleine mer, dans une immense famille-tribu réunie autour de la mère, interprétée par Marisa Berenson, souveraine, justement surnommée « The Queen ».

Dans ce refuge à ciel ouvert où Élodie Bouchez vient chercher son souffle, chaque protagoniste fait son entrée comme une tempête : Jeanne Balibar en sœur aînée autoritaire et diva déglinguée, chef de clan après la mort du père ; Isild le Besco elle-même en Dora, amoureuse d’une femme, à la fois en retrait et plus affranchie ; Élie Semoun en frère complice. Puis surgit un autre frère, disparu depuis vingt ans, que la mère attend comme un messie. On s’y perd un peu, dans ces liens tous fraternels et tumultueux, mais c’est justement là que réside la beauté du voyage : dans les soubresauts, les mini-crises, les petites catastrophes et, surtout, dans les amours folles qui les soudent.

Isild le Besco filme cette histoire de tous les côtés à la fois, autrement dit du point de vue hybride, bruissant, tentaculaire et agité de cette famille XXL. On songe à Cédric Kahn et à La Fête de famille pour ce sens de la tribu qui n’abandonne personne en chemin. Mais le geste de la cinéaste est moins armaturé, moins engoncé, plus chien fou et ébouriffé. On naviguerait plutôt du côté des Estivants de Valeria Bruni Tedeschi, avec ce maelström d’émotions et de traumas, ces êtres liés par le sang qui s’aiment et se déchirent – mais où la chamaillerie, les amours d’enfance, l’esprit saltimbanque et la volonté de se réconcilier finissent par l’emporter.

Surtout, il y a une vraie ambition cassavétienne. La caméra à l’épaule, les gros plans tactiles sur les visages, la braise qui circule sous chaque plan : tout ici fait aussitôt songer à Faces. Et le look même d’Isild le Besco – mascara et œil charbonneux à la Gena Rowlands, cheveux peroxydés – dit cette filiation assumée. Ce mélange survolté de vie et d’autobiographie tient son pari, régulant l’atmosphère des scènes. Attraper le plus-que-vivant, filmer en continu, capter ce sentiment d’improvisation ou d’émergence du vivant : l’esprit du cinéaste américain habite cette famille déchirée, ne demandant qu’à être radicalisé (quitte à exclure quelques incursions expérimentales) par la tenue d’un réalisme forcené.

Et puis il y a Élodie Bouchez. Sa douceur vaste, sa lumière mélancolique. Depuis son prix d’interprétation dans La Vie rêvée des anges d’Érick Zonca, en passant par les univers sensibles de Laetitia Masson et Jeanne Herry, elle construit un paysage cinématographique singulier, empreint de ce qu’Olivia Laing disait des œuvres d’Edward Hopper : « l’étrange sortilège de la solitude ».

Ma famille chérie – bande-annonce

Ma famille chérie – fiche technique

Réalisation : Isild Le Besco
Scénario : Isild Le Besco, Steven Mitz, Raphaëlle Desplechin
Interprètes : Elodie Bouchez, Marisa Berenson, Jeanne Balibar, Elie Semoun, Isild Le Besco, Alex Granberger, Sam Spruell
Photographie : Jowan Le Besco, Thomas Bataille
Montage : Yann Dedet, Alys Andreo, Aurélien Capel, Tom Walters
Décors : Claire Dupont, Laure Bouvier
Costumes : Catherine Cosme, Tzigane de Braconier, Peggy Grelat
Maquillage et coiffure : Aurélia Louis, Peggy Grelat
Producteurs : Isild Le Besco
Co-producteurs : Anne-Dominique Toussaint, Christophe Bruncher
Sociétés de production : Ava
Pays de production : France
Société de distribution France : Ava Films
Durée : 1h23
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 10 juin 2026

7 Stratégies de Roulette Utilisées au Casino en Ligne en 2026

La roulette européenne avec son zéro unique reste le format préféré des joueurs qui utilisent un système de mise. Ces sept stratégies structurent vos sessions et organisent votre bankroll avec un plan clair à chaque tour. Les plateformes de casino en ligne comme 1xbet mauritanie et d’autres proposent toutes des variantes de roulette avec différents formats de table, niveaux de mise et rythmes de jeu. Ces systèmes servent seulement à structurer une session : ils ne garantissent ni gain ni profit, et chaque mise doit rester dans un budget défini à l’avance.

1. La Martingale et le Doublement Progressif

Vous doublez votre mise après chaque tour où le numéro ne tombe pas de votre côté. Un tour gagnant peut compenser les mises précédentes dans ce modèle, mais la progression reste limitée par la bankroll et par les plafonds de table. La Martingale est le système le plus direct et le plus populaire au monde.

Comment ça fonctionne

  • Mise de départ de 10 euros sur rouge
  • Tour suivant sans gain, mise passe à 20 euros
  • Encore un tour, mise à 40 euros
  • Premier tour favorable dans ce modèle, compensation possible des mises précédentes plus une unité de résultat positif, si la progression reste dans les limites de la bankroll et de la table

Le système s’applique surtout aux mises extérieures. Vérifiez la limite maximale de la table avant de commencer pour savoir combien de tours de progression vous avez devant vous.

2. Paroli ou Système de Martingale Inversée

Le Paroli monte les mises quand vous gagnez au lieu de monter quand le numéro ne sort pas. Après trois tours favorables consécutifs, le modèle prévoit un retour à la mise initiale avec un résultat positif dans cette séquence. Le Paroli garde les mises basses pendant les périodes calmes et accélère quand la série tourne en votre faveur.

Le système fonctionne sur les mises extérieures qui offrent une probabilité proche de 50% par tour. Rouge/Noir, Pair/Impair ou Manque/Passe (1-18 / 19-36) sont les trois terrains où le Paroli reste le plus cohérent.

3. La Suite de Fibonacci aux Tables de Roulette

Chaque nombre dans la suite est la somme des deux précédents.

La séquence de mise 1, 1, 2, 3, 5, 8, 13, 21

Un tour sans gain, vous avancez d’un cran. Tour gagnant, deux crans en arrière. La progression monte plus doucement que la Martingale, ce qui rend les variations moins brusques, sans modifier l’avantage mathématique de la roulette.

4. D’Alembert et la Progression Douce

Une unité en plus après un tour sans gain. Une unité en moins après une victoire. Sur une table à 5 euros, la mise passe à 10 puis redescend à 5 au tour suivant si le numéro sort. Les variations restent modérées ce qui fait du D’Alembert un système apprécié des joueurs qui préfèrent des sessions longues. Dans une application comme télécharger 1xbet Maroc ou sur une autre plateforme de casino, le D’Alembert apparaît souvent parmi les systèmes associés aux tables européennes à faibles mises.

Stratégie Progression Niveau Idéal pour
Martingale Doubler après chaque tour Avancé Joueurs avec budget confortable
Paroli Doubler après victoire Accessible Sessions dynamiques
Fibonacci Suite mathématique Intermédiaire Sessions prolongées
D’Alembert Plus/moins une unité Accessible Sessions longues et régulières
James Bond Mise fixe répartie Intermédiaire Couverture large
Labouchère Séquence personnalisée Avancé Joueurs méthodiques
Colonnes doubles 24 numéros couverts Accessible Première expérience

5. James Bond et la Répartition à 200 Euros

Ian Fleming a décrit cette répartition et elle porte le nom de son personnage. Vous distribuez 200 euros sur trois zones à chaque tour.

Répartition de la mise

  • 140 euros sur les numéros hauts (19 à 36)
  • 50 euros sur la sixaine (13 à 18)
  • 10 euros sur le zéro

Vous couvrez 25 numéros sur 37 ce qui représente 67.6% de la table. Cette répartition inclut aussi le zéro, qui reste l’écart principal entre la roulette européenne et les mises extérieures classiques.

6. Labouchère et la Séquence sur Mesure

Commencez par écrire une séquence de chiffres, par exemple 1, 2, 3, 4. La mise est la somme du premier et du dernier chiffre, soit 5. Tour gagnant, vous barrez le premier et le dernier chiffre. Tour sans gain, vous ajoutez le montant misé à la fin de la séquence. Le cycle se termine quand tous les chiffres sont barrés. La flexibilité vient du choix de votre propre séquence de départ. Une séquence courte (1, 2, 3) donne des cycles rapides. Une séquence longue (1, 2, 3, 4, 5, 6) allonge le cycle et augmente aussi l’exposition de la bankroll.

7. Deux Colonnes à la Roulette

La même somme sur deux des trois colonnes. 24 numéros couverts sur 37. La probabilité de gain est de 64.9% par tour. Le paiement de 2 pour 1 sur la colonne gagnante laisse un gain net d’une unité à chaque tour favorable. Le principe reste simple : deux colonnes couvertes et une seule zone non couverte, en dehors du zéro.

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6 Meilleurs Films Casino Où le Jeu Porte l’Intrigue

Le casino au cinéma fonctionne rarement comme simple décor. Quand un réalisateur place son histoire entre des tables de jeu et des rangées de machines à sous, la salle de casino finit par dicter le rythme du film. Les amateurs de divertissement en ligne qui fréquentent des plateformes comme casino 1xbet et d’autres sites de jeux reconnaissent cette atmosphère. Lumières tamisées et bruit de jetons permanent. Voici six films où le casino existe au premier plan et porte le scénario du début à la fin.

1. Casino de Martin Scorsese et la Gestion d’un Établissement (1995)

Sam « Ace » Rothstein dirige un casino à Las Vegas dans un environnement où les intérêts financiers et les rapports d’influence restent rarement visibles au premier regard. Scorsese filme la mécanique de gestion d’un casino avec une précision documentaire. Comment les tables de jeu tournent, comment les caméras surveillent chaque mouvement. Les chiffres remontent chaque soir et le spectateur voit tout. Ce film de casino n’a pas quitté les conversations depuis trente ans.

Robert De Niro et Sharon Stone au Sommet

Robert De Niro incarne un directeur méticuleux qui traite le casino comme une science exacte. Sharon Stone joue Ginger McKenna dans un rôle qui lui a valu une nomination à l’Oscar. Le film dure trois heures et chaque minute se passe à l’intérieur ou autour du casino. Pour beaucoup de spectateurs, ce film reste l’une des références les plus connues du cinéma de casino. Les scènes de machines à sous et de tables de roulette servent de fond sonore constant à une intrigue qui ne quitte jamais le bâtiment.

2. Casino Royale et le Poker Comme Moteur Cinématographique (2006)

Le poker remplace les gadgets comme élément central de James Bond dans ce film de casino qui a relancé la franchise. Daniel Craig affronte Le Chiffre dans un tournoi de Texas Hold’em au Casino Royale du Monténégro, et une grande partie du récit se concentre autour de cette table. L’objectif est simple : gagner la partie et priver l’adversaire de ses ressources. Le casino devient alors le décor principal de la tension dramatique.

La séquence de poker dure près de 40 minutes réparties sur plusieurs actes du film. Elle reste marquante pour plusieurs raisons :

  • la partie structure une grande partie du récit
  • les regards et les silences comptent autant que les cartes
  • le Texas Hold’em devient compréhensible même pour un spectateur non spécialiste
  • la mise en scène transforme une table de jeu en moment de suspense
  • Daniel Craig impose une version plus froide et physique de Bond

La tension vient du jeu de cartes lui-même, mais aussi des conséquences narratives derrière chaque mise. Martin Campbell transforme un jeu de table en spectacle visuel et sonore que les amateurs de poker au cinéma citent encore vingt ans après la sortie.

3. Ocean’s Eleven de Steven Soderbergh et le Plan de Casino (2001)

Le scénario entier repose sur un plan visant trois casinos en une nuit. George Clooney, Brad Pitt et Matt Damon orchestrent une opération où chaque scène prépare le dénouement final. Le casino de Terry Benedict devient à la fois le centre du récit et le principal espace d’action.

Soderbergh montre les coulisses. Coffres et systèmes de surveillance. Le spectateur comprend comment un casino fonctionne en observant chaque rouage du plan se mettre en place. Machines à sous, tables de blackjack et salle des coffres deviennent les décors d’un film devenu référence du genre casino-heist au cinéma. Le film a généré trois suites et la première reste la meilleure.

4. Molly’s Game d’Aaron Sorkin et le Poker Clandestin (2017)

Jessica Chastain incarne Molly Bloom, une ancienne skieuse qui organise des parties de poker clandestines pour une clientèle fortunée. Les salles de jeu privées remplacent le casino traditionnel mais l’atmosphère reste intacte. Tables, jetons, mises qui montent et joueurs qui bluffent. Les utilisateurs qui fréquentent un site supplémentaire au Maroc ou d’autres plateformes de jeux en ligne reconnaissent cette dynamique. La tension d’une table de poker est la même peu importe l’écran devant vous.

Pourquoi Molly’s Game Se Distingue au Cinéma

Sorkin adapte l’autobiographie de Bloom et construit un film de poker où chaque décision narrative passe par la table de jeu. Le dialogue est dense et rapide. Le poker alimente chaque scène du film et Sorkin ne laisse jamais la caméra s’éloigner de la table plus de quelques minutes.

5. Croupier de Mike Hodges Vu Depuis l’Autre Côté (1998)

Clive Owen joue un écrivain qui accepte un poste de croupier dans un casino. Ce qui devait être temporaire devient le centre de sa vie. Il observe les joueurs. Il apprend leurs habitudes. Le casino absorbe tout et le film de casino devient film de croupier.

Le Point de Vue du Croupier au Cinéma

Le film montre le casino depuis la perspective de celui qui distribue les cartes, plutôt que celui qui les reçoit. Le film montre l’autre côté de la table de jeu. Les mains qui distribuent les cartes et les jetons qui changent de propriétaire. Les visages des joueurs réagissent selon le résultat et Owen capte tout. Cette perspective rare donne au film un ton documentaire que peu de films de casino ont approché. Owen porte le film seul avec une voix off qui guide le spectateur à travers les rouages du métier de croupier.

6. The Gambler de Rupert Wyatt et les Nuits de Blackjack (2014)

Mark Wahlberg incarne un professeur qui passe ses nuits aux tables de blackjack. Les séquences de jeu rythment le film et chaque visite au casino fait avancer l’intrigue d’un cran.

Le film montre le casino comme un lieu avec sa propre logique interne. John Goodman, dans un rôle secondaire imposant, apporte une gravité qui ancre chaque scène de jeu dans des conséquences concrètes.

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L’affaire Zanetti : Confessions d’une meurtrière

À partir du parcours d’Elisa Zanetti, condamnée pour le meurtre de sa sœur, Leonardo Di Costanzo signe un film qui dépasse le simple récit criminel. En confrontant la détenue à un criminologue déterminé à percer ses motivations, l’œuvre ouvre un débat brûlant : faut‑il chercher à réparer, à expliquer, pour empêcher la récidive, ou simplement accepter l’irréparable dans une société de plus en plus heurtée par la violence ?

Inspiré de l’histoire vraie de Stefania Albertini, condamnée en 2009 pour meurtre, ce film helvético-italien de Leonardo Di Costanzo, tourné en langue française, est construit comme un quasi-huis-clos dans l’ambiance austère et glaciale d’un centre de rétention pénitentiaire situé au nord de l’Italie.

Elisa Zanetti y purge une peine de 20 ans pour le meurtre de sa sœur aînée, dans des circonstances dont elle a toujours nié se souvenir. Dans cette prison aux méthodes avancées et ouvertes de détention, le criminologue Alaoui présente ses recherches, qui décortiquent les raisons de meurtres divers, à un public varié d’universitaires, de détenus et de parents de victimes.

En accord avec le directeur du centre, Elisa entame une série d’entretiens avec Alaoui, frisant la psychothérapie, qui peu à peu la mettent face à ses actes de l’époque, alors qu’elle est détenue depuis 10 ans. N’ayant jamais été vraiment amnésique sur les faits, elle se raconte par bribes et avec désarroi. On découvre un profil psychologique complexe, fragile et sous influence, dans un contexte familial particulièrement tendu à l’époque, où les jalousies au sein de la fratrie et la relation équivoque avec le père se dévoilent peu à peu. C’est pourtant ce dernier qui est le seul de la famille à venir voir sa fille très régulièrement.

Par un scénario entrecoupé de flashbacks plutôt bien rythmés, permettant d’échapper au pur huis clos, le réalisateur nous fait découvrir par séquences successives l’horreur des faits et leurs rebondissements. La prise de conscience d’Elisa ne manque pas de la déstabiliser profondément.

La mise en scène très pesante du film est heureusement contrebalancée par le jeu impeccable des deux acteurs principaux : Roschdy Zem dans le rôle du criminologue, qui conduit les entretiens avec précision et une grande vraisemblance ; et Barbara Ronchi, actrice italienne de renom, dans le rôle de la meurtrière, qui s’est approprié son rôle de manière impressionnante, ce qui contribue à rendre l’ambiguïté d’Elisa constamment troublante.

Ce film nous laisse avec pas mal de questions quant à l’utilité d’aider une meurtrière à mettre des mots et un sens sur son crime. Qu’est-ce qui justifie ce travail de profilage pour le criminologue, puisque la culpabilité d’Elisa n’est pas à remettre en doute, si ce n’est pour alimenter ses recherches scientifiques ? On peut y voir une part d’analogie avec l’excellent Je verrai toujours vos visages de Jeanne Herry sur le thème de la justice restaurative, mais à quoi bon lorsque la victime n’est plus de ce monde et que la famille semble peu concernée ? Est-il utile de l’aider à se reconstruire en vue de sa libération future, et est-ce une garantie d’éviter toute récidive ?

Le réalisateur met cette réflexion en perspective par un échange entre le criminologue et une femme qui assiste à ses présentations et qui refuse en bloc une telle démarche, son fils ayant été tué par une bande de jeunes dont elle n’a aucune envie de connaître les motivations.

À chacun d’y réfléchir, pour tout type d’agression et de meurtre, devenus hélas des faits de société fréquents, de plus en plus lourds à comprendre et à supporter pour la collectivité !

L’affaire Zanetti – bande-annonce

L’affaire Zanetti – fiche technique

Titre original : Elisa
Réalisation : Leonardo Di Costanzo
Scénario : Leonardo Di Costanzo, Valia Santella, Bruno Olivero (librement inspiré de l’essai
Io Volevo Ucciderla, rédigé par les criminologues Adolfo Ceretti et Lorenzo Natali)
Interprètes : Roschdy Zem, Barbara Ronchi, Hippolyte Girardot, Diego Ribon, Roberta Da Soller, Valeria Golino, Giorgio Montanini
Photographie : Luca Bigazzi
Montage : Carlotta Cristiani
Décors : Luca Servino
Costumes : Bettina Pontiggia
Musique : Giorgio Matteo Aki Oliviero
Maquillage et coiffure : Jean Cotter
Producteurs : Carlo Cresto-Dina, Manuela Melissano
Co-producteurs : Michela Pini, Amel Soudani
Sociétés de production : Tempesta, Rai Cinema, Amka Films Productions, RSI Radiotelevisione svizzera
Pays de production : Italie, Suisse
Société de distribution France : Nour Films
Durée : 1h45
Genre : Drame
Date de sortie : 3 juin 2026

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Eega, la mouche vengeresse : l’amour revient toujours

Un homme tué par son rival amoureux revient en mouche domestique pour se venger. Entre les mains de S.S. Rajamouli, ce pitch impossible devient l’un des films les plus singuliers et les plus rafraîchissants du cinéma contemporain. Sortie en 2012, Eega, la mouche vengeresse constitue l’œuvre pivot d’une filmographie qui donnera naissance au monumental dyptique La Légende de Baahubali et la merveille RRR.

En une douzaine de films, S.S. Rajamouli s’est imposé comme l’un des cinéastes les plus puissants et les singuliers du monde, exportant avec lui la culture du Tollywood, où l’on parle la langue telugou, bien au-delà de ses frontières naturelles. Son cinéma est celui d’un conteur qui croit profondément aux histoires qu’il raconte, nourri depuis l’enfance des grandes épopées du Ramayana et du Mahabharata, ainsi que du Pañchatantra. Ce substrat culturel immense, il ne le porte pas comme un folklore décoratif mais comme une architecture qu’il insuffle à ses films. Certains sont des épopées à l’ancienne, d’autres plus contemporaines, mais elles tournent toutes autour des récits de vengeance, d’amour et de justice cosmique, portés par une foi dans le spectacle qui n’a pas d’équivalent dans le cinéma mondial actuel.

Car c’est bien de foi qu’il s’agit. Là où Hollywood souffre depuis une décennie d’une ironie défensive, consistant à se moquer de lui-même avant que le spectateur ne le fasse, Rajamouli n’éprouve aucune honte du mélodrame, aucune honte de l’émotion directe, aucune honte du héros qui déclame ses sentiments, qui souffre et qui, au bout du compte, triomphe. Et parce qu’il y croit, il filme ses concepts les plus improbables avec la même gravité épique que Kurosawa filmait une charge de samouraïs. Cette foi du conteur est contagieuse et c’est le cœur de son cinéma, riche en rebondissements et en scènes iconiques, qui sait faire durer la tension et l’amplifier dans un élan mélodramatique d’une rare générosité. Eega en est la démonstration la plus pure, et l’une des plus étonnantes.

La princesse et la mouche

Eega commence comme une romcom solaire et légère. Nani, jeune homme fantasque et amoureux transi de sa voisine Bindu (Samantha Ruth Prabhu), une micro-artiste aussi insaisissable qu’investie, illumine ses soirées depuis deux ans sans que la charmante demoiselle lui concède du terrain. Mais pour Nani, qui se complaît dans des tirades d’espoir qu’il déploie pour elle avec romantisme, ni l’attente ni sa précarité ne sauraient le décourager. Chaque contact visuel sous un vent qui fait trembler les cheveux des protagonistes est une victoire, et on rit avec lui de cette douce montée en tension. C’est la mécanique classique de la comédie romantique, assumée sans complexe, parce que Rajamouli prend le temps de construire un vrai désir amoureux avant de le détruire. Et c’est indispensable à tout ce qui suit.

L’entrée en jeu de Sudeep, homme d’affaires richissime qui se délecte de son pouvoir de séduction, vient troubler cet équilibre fragile. Ce méchant d’une construction très précise n’est pas maléfique par nature, il est infantile dans sa toute-puissance. Bindu lui résiste, ce qui est pour lui non pas une blessure d’amour mais une blessure d’ego. Il veut la posséder comme un trophée de chasse, asseoir sa suprématie dans le milieu de la drague, où son pragmatisme et son charisme ne lui sont finalement plus d’aucune utilité. Et c’est avec une rupture de ton brutale, l’assassinat de Nani, que le film bascule vers le terrain du conte, du film d’action et du super-héros. Elle se fait sans transition, ni préparation, jusque ce qu’il faut d’absurde et de radicalité pour que les enjeux soient clairement exprimés. Cela charge toute la suite d’une gravité sous-jacente que même les séquences les plus comiques ne dissiperont jamais tout à fait.

Retour de karma

Car sous l’argument burlesque de la réincarnation en mouche coulent deux courants aussi anciens que puissants de la culture indienne. La réincarnation de Nani en mouche n’est pas un coup de théâtre scénaristique ni une bascule kafkaïenne dans l’absurde, mais plutôt une piste culturelle et spirituelle sérieuse, ancrée dans les conceptions hindoues et bouddhistes du samsara et du karma. La mort n’est pas une fin, l’âme est éternelle, et la justice triomphera, à travers un corps de quelques milligrammes, a priori inoffensif. Rajamouli avait déjà travaillé ce thème dans Magadheera, mais Eega le pousse à fond. Si le faible peut triompher du fort, autant le faire depuis la position la plus dérisoire qui soit.

Ce renversement est aussi profondément politique. Sudeep est un archétype précis du capitaliste d’un pays libéralisé, richissime, corrompu et d’une impunité sans limite. Nani, sa victime, n’a pour ressource que l’intensité de ses sentiments. Ce rapport de force, le cinéma populaire indien a toujours aimé le renverser avec intelligence. Rajamouli s’inscrit pleinement dans cette mouvance, et c’est en jouant librement avec ces codes qu’il parvient à créer un souffle épique qui ne souffre pas tant que ça de ses effets visuels. La volonté n’est pas dans le réalisme de l’image, mais dans la dimension fantastique, toujours ancrée dans l’univers contemporain que nous connaissons, ce qui en fait toute la force.

L’aventure extérieure

Adoptant la perspective de son insecte vengeur, Rajamouli place sa caméra au ras des surfaces, transformant les objets du quotidien en territoire dangereux, un visage en paysage abrupt, un verre d’eau en océan déchaîné. Ce renversement d’échelle évoque les récits de miniaturisation chers au cinéma fantastique, comme L’Homme qui rétrécit de Jack Arnold et L’Aventure intérieure de Joe Dante, mais Rajamouli en fait un usage autrement plus radical. Il reconfigure entièrement la géographie du film, proposant au spectateur une façon nouvelle de lire l’espace domestique, où l’habitat devient un environnement labyrinthique au sein duquel le danger comme l’astuce prennent des proportions démesurées. Il y a des séquences animées avec une profusion d’idées de mise en scène sur la violence du monde humain et animal, notamment une première partie presque muette dans un parc, digne des meilleurs Toy Story, où Nani prend son envol dans sa nouvelle apparence et cherche un sens à cette deuxième chance inespérée.

Puis vient la jouissance de le voir taquiner malicieusement Sudeep pour l’éloigner de Bindu. On voit alors Sudeep incarner la lubie du Coyote tentant d’attraper Bip-Bip, sans succès. C’est très marrant à suivre, avec un côté cartoonesque qui rend un immense service au divertissement grand public, notamment dans une brève et hilarante séquence dans un sauna. La mouche n’a pas la force d’Ant-Man, mais dans un film de super-héros, il suffit d’un montage training de la mouche qui se muscle et qui porte un costume à sa hauteur pour en faire un personnage plus féroce. Ce montage clipesque fait partie de l’ADN du film, même si cela peut constituer une limite pour certains. Mais pour peu qu’on aime s’émerveiller devant la technicité et le divertissement grand public, les effets visuels lisibles, expressionnistes jusque dans la gestuelle de la mouche, assumée dans leur nature de conte, on ne boude pas notre plaisir face à tant d’audace et de réussite.

Petit héros, grand spectacle

Le film est aussi construit comme un grand spectacle qui dispose d’un entracte. Ce détail est révélateur de la conception du cinéma chez Rajamouli, suffisamment généreux, dense, communicatif et festif pour mériter une pause. C’est une invitation à prolonger le plaisir collectif, à commenter avec son voisin et à reprendre son souffle avant le deuxième acte, telle la structure du grand opéra, de la tragédie grecque en deux parties. Et la musique de M.M. Keeravani tient dans tout cela un rôle constitutif, où les chansons en telugu n’interrompent pas le récit. Elles sont des invitations adressées au public à entrer dans le film corporellement, à alterner tension et relâchement avec une précision quasi-chorégraphique. Eega se consomme presque comme un concert de rock, avec l’effervescence d’un public par instants en transe, une autre façon de penser l’expérience en salle que les Indiens réinventent et s’approprient comme un visionnage interactif.

Eega est la preuve qu’il existe encore un espace où l’on peut festoyer devant un écran, face à une tragédie originale qui n’a pas peur de son propre concept pour conquérir son public. C’est un rollercoaster de plaisir qui revisite l’amour et la vengeance dans un même geste de folie, qui confirme que la grandeur d’un film ne se mesure pas à son budget ni à sa durée, mais à l’espace qu’il crée dans l’imaginaire et dans la salle. Rajamouli fait des films pour les spectateurs qui acceptent encore de croire aux fables.

Cet été, grâce à Carlotta Films, la mouche prend son envol en France, et avec elle, toute la chaleur d’un cinéma qui n’a jamais douté que les histoires méritaient d’être racontées avec tout le feu et la poudre dont on dispose.

À (re)découvrir en Blu-ray à partir du 16 juin chez Carlotta et en reprise au cinéma dès le 28 juin.

Suppléments Blu-ray

Christophe Gans, réalisateur du Pacte des loups et de Silent Hill, revient sur l’évolution du cinéma tollywoodien et comment S.S. Rajamouli s’y est fait une place en affinant de plus en plus ses concepts et sa maîtrise des effets numériques. Deux entretiens exclusifs qui évoquent l’émoi et la vengeance comme les piliers du cinéma indien et qui explore les subtilités de production d’Eega, notamment le changement d’échelle de son héros bourdonnant. Son témoignage passionné mérite qu’on s’y attarde avec une fascination égale à celle qu’on a eu devant ce film hors norme.

Eega, la mouche vengeresse – bande-annonce

Eega, la mouche vengeresse– fiche technique

Réalisation : S.S. Rajamouli
Scénario : S.S. Rajamouli
Interprètes : Sudeep, Nani, Samantha Ruth Prabhu, Adithya Menon, Devadarshini, Noel, Hamsa Nandini, Srinivasa Reddy, Thagubotu Ramesh
Dialogues : Janardhana Maharshi
Photographie : K.K. Senthil Kumar
Montage : Kotagiri Venkateswara Rao
Direction artistique : S. Ravindar
Effets visuels : Makuta VFX
Costumes : Krishna, Rama Rajamouli
Musique : M.M. Keeravani
Production : Sai Korrapati
Production exécutive : M.M. Srivalli
Sociétés de production : Vaaraahi Chalana Chitram
Pays de production : Inde
Société de distribution et d’édition France : Carlotta Films
Coédition : NOVO FILMS
Durée : 2h14
Genre : Action, Comédie, Fantastique
Date de sortie en Blu-ray : 16 juin 2026
Date de sortie au cinéma : 28 juin 2026

3.5

L’île des riches, celle des inconscients

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Cet album doit son scénario à Pierre Christin, décédé le 2 octobre 2024. Sa carrière comprend un certain nombre d’œuvres phares, dont 3 albums des Légendes d’aujourd’hui dessinées par Enki Bilal avec qui il travailla encore pour Les phalanges de l’ordre noir (1979) et Partie de chasse (1983). Il est également le scénariste historique (26 titres) de la série Valérian et Laureline dessinée par Jean-Claude Mézières, ainsi que plus récemment de la série Les voyages de Léna (3 albums) dessinée par André Juillard. Le présent album aurait très bien pu ne jamais voir le jour, puisqu’il trainait dans un tiroir. Par l’intermédiaire de François Le Bescond, directeur éditorial, les Éditions Dargaud ont fini par convaincre le dessinateur Titwane (dont la réputation doit, entre autres, à l’album Photographes de guerre) de s’attaquer au travail de dessin pour que l’album se concrétise.

Visite des lieux

Malgré sa concision, le titre s’avère lourd de sous-entendus qui se vérifient en cours de lecture. L’action se passe sur une île où des ultra-riches ont élu domicile parce qu’ils en ont les moyens. Pour eux, il s’agit en quelque sorte d’afficher leur réussite matérielle. Le début voit un homme arriver sur l’île, mandaté par son patron pour prendre possession d’une propriété sur cette île. Ce sera une sorte de prétexte pour une visite des lieux en compagnie de celui qui l’accueille, ce qui nous donne également un aperçu de ses habitants. Outre sa position isolée, la vraie particularité de l’île, c’est que son seul et unique propriétaire en cède les droits sur des propriétés pour une durée déterminée, signifiant juste que l’acquéreur en question conserve sa position d’ultra-riche tant qu’il y reste.

Les occupants

Bien entendu, on se doute que Pierre Christin ne nous mène pas sur cette île pour faire l’apologie du capitalisme. C’est pourquoi le titre s’avère lourd de sous-entendus. Le scénario montre ces ultra-riches dans toute leur vanité et leur bêtise. Il montre que l’argent, quand on en possède « trop » influe sur les états d’esprits. Il génère des caprices, des rivalités mesquines, des comportements arrogants et le mépris de valeurs fondamentales qui ne peuvent que choquer celles et ceux qui sont dans le besoin. Ceci posé, même si l’album montre quelques exemples de ces dérives très humaines, cela n’est pas d’une folle originalité. Il montre que ces ultra-riches sont insupportables en groupe mais également très particuliers en tant qu’individus. Et puis, il cherche à montrer que la bêtise de ces ultra-riches va jusqu’à imaginer l’impunité quelles que soient les circonstances. Or, bien qu’ayant élu domicile dans un endroit protégé car très peu accessible, les habitants de l’île ainsi que le propriétaire des lieux ne se sont jamais inquiétés semble-t-il que de profiter de leurs privilèges sans jamais se soucier des éventuels risques qu’ils peuvent courir sur cet emplacement. On aborde ainsi le thème de la nature qui finit toujours par reprendre ses droits. En effet, a priori l’île se situe dans une zone tropicale, avec tout ce que cela veut dire quant au climat. D’ailleurs, on en a un petit aperçu dès l’introduction. C’est l’occasion de signaler que cette introduction apporte des informations en trompe-l’œil, avec des vues aériennes (voie par laquelle le nouveau venu arrive) qui laissent croire que rien de ce qui est habitation n’est visible depuis l’hélicoptère utilisé, alors qu’on distingue un parc éolien à quelques encablures de l’île. C’est tout juste si on aperçoit un port, non négligeable puisqu’il permet d’approvisionner en nourriture tous ces ultra-riches qui en consomment sans modération et pas toujours de manière spécialement raisonnée.

Scénario et dessin

Bref, à part quelques moments de folie (parce que les ultra-riches sortent de leurs gonds à l’occasion), l’album s’intéresse aux lubies de quelques-uns des occupants de l’île, ce qui permet à Titwane de donner libre court à son inspiration pour des habitations aux architectures aussi diverses que les tenues de leurs occupants. Le dessin (aquarelle essentiellement, rehaussé d’un peu d’acrylique, de fusain et de pastel) vaut donc le coup d’œil pour des décors très colorés, une belle qualité de transcription des mouvements et une mise en scène de qualité. On notera que le dessinateur a eu le temps de se mettre d’accord avec Pierre Christin pour les physionomies des personnages. Quelques beaux dessins pleine page agrémentent un ensemble où Titwane montre une belle maîtrise de l’organisation de ses planches, avec une diversité de tailles et formes de ses vignettes qui rendent la lecture de cet album fort agréable bien qu’un peu rapide. L’idée générale est donc là, mais l’ensemble manque un peu d’approfondissement.

L’île des riches – Pierre Christin assisté de Stella Lory (scénario) et Titwane (dessin et couleurs)
Dargaud : sorti le 12 juin 2026

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3

Le Passage : Sur la corde de l’humanité

Cinq destins. Une mer. Une corde tendue entre la vie et l’abandon. Brandt Anderson entrelace ses récits avec une élégance rare : ses personnages se croisent sans se connaître, se répondent sans se voir. Docteur, soldat, passeur, poète, gardes-côtes grecs – chacun cherche sa rive. Le montage, fluide et haletant, transforme la survie en suspense et l’exil en épopée intime. Le Passage ne raconte pas la crise des réfugiés. Il délivre une expérience d’existence et de transformation. Il vous fait éprouver, plan par plan, ce qu’une vie d’exilé, de réfugié, d’homme peut être.

I Was a Stranger

L’ambition romanesque de Brandt Anderson irrigue Le Passage (titre original I Was a Stranger) d’un mouvement ample, vibrant, fascinant, à la fois fluide et complexe, fervent et haletant, bouleversant et profondément humain. Le film s’ouvre sous la bannière de Shakespeare, hanté par le tragique d’une condition humaine déshéritée, souvent réduite à l’impuissance face à des situations morales impossibles.

Ce passé du titre original – I was a stranger – interroge. Qui parle ? Anderson lui-même, réalisateur et narrateur intérieur des cinq récits qu’il tisse avec énigme, suspense, opacité et maîtrise. Cet homme-récit a vécu et travaillé dans les camps de réfugiés syriens. Activiste et artiste américain, Brandt Anderson est le fondateur de The Reel Foundation, qui a pour vocation de permettre aux réfugiés et aux individus issus de communautés marginalisées de partager leurs histoires à travers l’art. Le Passage est son premier long-métrage, issu de son court-métrage primé Refugee. De cette expérience directe, sincère, inspirée, il livre un film-événement. Un film cathartique.

Le Passage n’est pas un film sur les réfugiés. C’est un film où vous êtes le réfugié. Où vous êtes le sauveteur impuissant. Où vous êtes, peut-être, le pire (le personnage complexe d’Omar Sy) ou l’héroïsme du sauveur (le charisme compassionnel de Constantine Markoulakis). Un film accueillant une réflexion. Nécessaire.

Le contexte géopolitique – la guerre en Syrie, les réfugiés en route vers la Grèce – et l’écriture chorale d’Anderson, qui segmente et enchevêtre les histoires avec un sens aigu du montage, participent d’une écriture brillante. Celle-ci réussit à concilier la force du thriller (ses coupes, ses suspenses) et la puissance émotionnelle du drame réaliste, pris dans une dimension épique.

Anderson choisit de nous faire ressentir ce qu’est un réfugié sur un canot de sauvetage en pleine tempête, tout autant que de nous mettre dans la peau des sauveteurs – gardes-côtes grecs (admirable Constantine Markoulakis, qui fait sentir sa honte, sa culpabilité, son impuissance mêlée à son désir d’héroïsme). Mais surtout, Le Passage nous place face à nos propres visages d’hommes, de femmes, d’enfants : que ferions-nous, nous spectateurs, dans ces situations où les droits humains sont bafoués, où la guerre défigure l’éthique ? Omar Sy, en passeur abject, apporte au film son intensité ambivalente.

Le Passage est un vrai thriller et un drame humain, construit sur une montée en tension permanente, servi par une narration fragmentée, stylisée, et des acteurs tous habités. Une œuvre bouleversante, d’une puissance romanesque rare, sur cette corde tendue – fragile et vitale – vers l’humanité.

Et pour le plaisir, la citation de Shakespeare, tirée de la pièce Sir Thomas More, en prologue du film :

Imagine that you see the wretched strangers.
Their babies at their backs and their poor luggage,
Plodding to the ports and coasts for transportation.
And that you sit as kings in your desires,
Authority quite silent by your brawl,
But chartered unto them.
What would you think: To be thus used?
This is The Stranger’s Case.
And this is your mountainish inhumanity.
Imaginez que vous voyez ces misérables étrangers,
Leurs bébés sur le dos et leurs pauvres bagages,
S’acheminant vers les ports et les côtes pour s’embarquer,
Et que vous trôniez, rois comblés de vos désirs,
L’autorité tout à fait muette devant votre tumulte,
Mais que des droits leur soient reconnus.
Que penseriez-vous d’être ainsi traités ?
Voilà la cause des étrangers.
Et voilà votre inhumanité montagneuse.

Retrouvez également notre critique de Deauville 2024.

Le Passage – bande-annonce

Le Passage – Fiche technique

Titre original : I Was a Stranger (anciennement The Strangers’ Case)
Réalisation : Brandt Andersen
Scénario : Brandt Andersen
Interprètes : Yasmine Al Massri, Yahya Mahayni, Omar Sy, Ziad Bakri, Constantine Markoulakis, Jason Beghe
Photographie : Jonathan Sela
Montage : Jeff Seibeneck
Musique : Nick Chuba
Société de production : Philistine Films
Pays de production : États-Unis, Jordanie, Turquie, Grèce
Distribution : Nour Films
Année de production : 2024
Durée : 1h37
Genre : Drame, Thriller
Date de sortie : 8 juillet 2026

En nous : une ode immersive et viscérale dans le travail de création

Avec En nous, Juliette Binoche ne filme pas un spectacle, mais ce qui le précède, le trouble, l’effort, les tâtonnements, l’usure et l’élan. En suivant au plus près le travail mené avec Akram Khan, elle signe un documentaire sur la création comme mise à l’épreuve du corps et comme lieu rare de dépassement, où l’art naît moins de la maîtrise que de l’abandon.

Premier documentaire réalisé par Juliette Binoche, En Nous plonge au plus près de la fabrique d’un spectacle de danse imaginé avec Akram Khan en 2007. Loin d’un simple making of, cette immersion brute et sensorielle interroge la frontière entre jeu et vie, travail et sacrifice, improvisation et œuvre achevée. Une ode vibrante à la persévérance.

En nous naît d’un désir réciproque : celui d’un danseur qui veut jouer, d’une actrice qui veut danser. Certes, voir des artistes déployer plusieurs talents n’a rien d’exceptionnel – on pense à Marion Cotillard apprenant à chanter pour La Môme, ou Tahar Rahim pour Monsieur Aznavour. Alors, qu’est-ce qui rend cette expérience si singulière ? Sans doute l’engagement vital, presque absolu, que Binoche filme à huis clos, uniquement focalisée sur le travail.

Le documentaire se divise nettement en deux parties. La première est consacrée au matériau brut du workshop préparatoire : longs moments d’improvisation intense, épuisement, tâtonnements, vacillements, propositions – le tout encadré par une coach et une chorégraphe. On est happé, habité, transfiguré par la puissance joyeuse, inventive et patiente de Khan et Binoche.

L’endurance échevelée de Juliette Binoche saute aux yeux. Elle est toujours cette amoureuse romantique des films de Carax, loin de toute star hiératique : c’est une femme au travail, qui se lance et s’éprouve dans une aventure survoltée. Avec un don profond du corps, un sens pictural hérité de sa pratique de la peinture, elle nous émeut par son sacrifice entier. En nous donne à ressentir l’intériorité et la voracité du processus créatif : sublimation, transformation, catharsis. Tout y est. Vivant, lyrique, hanté.

On pourrait s’arrêter à cette première partie, tant ce work in progress fait déjà œuvre, dépassant par son authenticité le spectacle final. Jouer, c’est ici vivre.

La seconde partie, captation du spectacle achevé, intrigue et amuse : elle montre à quel point un travail préparatoire, même excellent, n’est pas toujours celui qui devient l’œuvre définitive.

En nous est une ode au jeu et à la persévérance. Un très beau travail rejoignant la perception de l’acte théâtral chez Grotowski : l’acteur dans un élan de désir et de passion (éros) s’offre et se sacrifie à quelque chose de plus grand que lui (la caritas : grâce). Le documentaire de Juliette Binoche comporte cette grâce et propose cet acte total : un moment où l’énergie instinctive rencontre la spiritualité et où tout à coup acteurs et spectateurs se transcendent.

En nous – Bande-annonce

En nous – fiche technique

Réalisation : Juliette Binoche
Scénario : Juliette Binoche
Interprètes : Juliette Binoche, Akram Khan
Image : Marion Stalens
Montage : Sophie Brunet, Sophie Mandonnet
Montage son : Arnaud Rolland, Emmanuel Angrand
Mixage son : Éric Tisserand
Étalonnage : Yov Moor, Elie Akoka
Musique : Philip Sheppard
Post-production : Eugénie Deplus, Thomas Jaubert
Production : Sébastien de Fonseca
Société de production : MIAO PRODUCTIONS
Coproducteurs : YGGDRASIL (Ola Strøm), LÉGER PRODUCTION (Solène Léger)
En collaboration avec : BABEL LABEL Co., Ltd, MEGUMI
Avec le soutien de : KERING, TEMPIO, Fondation BNP Paribas
Pays de production : France
Société de distribution France : Ad Vitam
Durée : 127 minutes
Genre : Documentaire
Date de sortie : 3 juin 2026
Année de production : 2026

Off Campus : les hockeyeurs mis à nu

Après le succès de L’été où je suis devenue jolie, Prime Video offre avec Off Campus une nouvelle romance destinée aux jeunes adultes. La série relate les histoires d’amour de quatre amis hockeyeurs, partageant leur temps entre les études, les matchs et les conquêtes féminines. Malgré son déroulé très convenu, Off Campus compose une romance agréable à condition de l’accepter pour ce qu’elle reste : une série ado qui mise sur le sex-appeal de ses acteurs pour attirer ouvertement le public féminin. Oubliable, mais pas déplaisant.

Sport populaire en Amérique du Nord, le hockey a déjà été représenté récemment dans la série Heated Rivalry, diffusée sur HBO, mettant en scène deux joueurs rivaux qui vivent en secret une relation complexe. Dans Off Campus, il n’est plus question de confrontation, mais de fraternité entre quatre membres des Briars. En adaptant les romans éponymes d’Elle Kennedy, la série suit le quotidien des hockeyeurs en axant chaque saison sur les aventures amoureuses de l’un d’entre eux. Une structure similaire aux Chroniques de Bridgerton, dont la saison 4 a été diffusée en début d’année. La saison 1 d’Off Campus s’intéresse à Gareth, le capitaine de l’équipe, et à Hannah, une jeune compositrice timide, incapable d’écrire des paroles depuis le viol qu’elle a subi. Deux êtres fracturés qui se soutiennent et s’inspirent mutuellement. Un récit déjà vu plutôt attachant.

Une romance droit dans ses patins

Tout ou presque a déjà été fait dans le genre de la romance américaine sur les campus universitaires. Difficile donc de faire original, et ce n’est pas du tout l’approche d’Off Campus, qui rassemble au contraire sur sa glace tous les ingrédients pour satisfaire son public cible. Des beaux mecs, dont les corps musclés se plaisent à envahir l’écran, des personnages blessés, un duo de meilleures amies à toute épreuve, des romances contrariées, dont on sait par avance qu’elles finiront dans les larmes et la joie, ainsi qu’une bonne touche de sexe et de sensualité. En prenant la série pour ce qu’elle vise, la recette fonctionne plutôt bien et devrait trouver son public.

Hannah, étudiante en composition musicale, cherche l’inspiration pour écrire les paroles d’une chanson, et ainsi remporter le concours qui lui permettrait de décrocher une bourse. Mais depuis qu’elle a été violée, elle n’arrive plus à coucher ses émotions sur le papier. Réservée, elle parle peu aux garçons, jusqu’à ce que Gareth lui propose un deal en or : en échange de cours particuliers, le capitaine de hockey aidera Hannah à conquérir le garçon de ses rêves, un chanteur célèbre. Pour attiser la jalousie de l’artiste, Gareth suggère à Hannah de faire croire qu’ils sont ensemble. Le schéma narratif des faux couples qui deviennent vrais, comme dans La Proposition, est déjà usé. Cependant, contrairement à L’été où je suis devenue jolie, dont le contenu se restreignait presque uniquement à un trio amoureux, Off Campus est empreint de sujets dramatiques qui donnent plus d’ampleur aux personnages et au récit. La violence masculine, les viols en soirée étudiante, la difficulté de s’exprimer et de s’ouvrir aux autres, la quête de sa propre voie, le désir de séduire et d’être aimé, l’amitié et la fraternité constituent ainsi le fil rouge de la saison 1.

Même si la série n’apporte aucune innovation, elle propose un divertissement sans prise de tête. Elle souffre de défauts attendus, une réalisation plate, qui ne dépasse pas le niveau d’un téléfilm, des personnages un peu caricaturés, bien que les comédiens soient plutôt convaincants, et un rythme relativement inégal. De plus, plusieurs protagonistes, notamment Logan et Tucker, restent peu développés, mais ils devraient prendre leur place dans les prochaines saisons. On regrette également les scènes de hockey, pas très nombreuses et difficilement lisibles. Mais si l’on parvient à faire fi de ces faiblesses évidentes,  Off Campus offre un bon moment. Avec sa forte dose de testostérone, parfois si exagérée qu’elle fait rire, et sa romance tendre, la série se classe volontiers parmi les plaisirs coupables que l’on peut aimer regarder malgré une qualité largement contestable.

Off Campus – bande-annonce

Off Campus – fiche technique

Réalisation : Silver Tree, Samantha Bailey, Erica Dunton, Dawn Wilkinson
Scénario : Louisa Levy, Nick Bragg, Ian Deitchman, Kristin Robinson, Cheech Manohar, Liv Coron, Emmy St. Pierre (basé sur la série littéraire d’Elle Kennedy)
Interprètes : Ella Bright, Belmont Cameli, Mika Abdalla, Stephen Thomas Kalyn, Jalen Thomas Brooks, Antonio Cipriano
Photographie : Colin Hoult, Nick Thomas
Montage : Nicole Brik, Gordon Rempel, Lisa Robison, Nathan Easterling
Musique : Keegan DeWitt
Showrunners : Louisa Levy, Gina Fattore
Producteurs exécutifs : Louisa Levy, Gina Fattore, Wyck Godfrey, Marty Bowen, James Seidman, Leanna Billings, Neal Flaherty
Sociétés de production : 28 In Blue, Drowning Girl Productions, Temple Hill Entertainment, Billings Productions, Amazon MGM Studios
Pays de production : États-Unis
Société de distribution France : Prime Video
Durée : 8 épisodes de 50 à 60 min
Genre : Romance, Drame
Date de sortie sur Prime Video : 13 mai 2026

Torso (1973) de Sergio Martino : tripes et nichons en 4K

Sortie événement pour les fétichistes du cinéma bis ! Nouvelle restauration en 4K, artwork esthétique, plus de deux heures de suppléments, et même une splendide édition limitée : Carlotta Films n’a pas fait les choses à moitié. Au carrefour du giallo et du slasher, Torso de Sergio Martino marqua son époque par sa violence exacerbée et son lot généreux de scènes érotiques. Succès important à sa sortie en 1973, le film s’est depuis lors vu certifier un label « culte ». Pur divertissement coupable ou grille de lecture plus subtile qu’on ne le pense ? On vous laisse juger, mais cette magnifique édition vaut en tout cas le détour. À vos couteaux ! 

Torso, premier slasher de l’histoire du cinéma ? Il y a débat au sein des amateurs du genre, mais cette « étiquette » a forcément contribué à la réputation du film. Celui-ci est l’œuvre du cinéaste Sergio Martino, 87 ans aujourd’hui, qui débuta en 1965 en tant que scénariste, avant de passer derrière la caméra quelques années plus tard. Martino est l’archétype de l’artisan du cinéma bis italien, un monde dans lequel il évoluera pendant toute sa carrière. Il toucha presque à tous les genres qui en firent la gloire : comédie érotique, giallo, western spaghetti, poliziottesco, film d’horreur, films de cannibales… A vrai dire, il n’y a que le péplum fauché que le cinéaste n’ait jamais abordé mais, après tout, qu’en sait-on ? Peu peuvent en effet prétendre avoir vu toute sa filmographie, certains longs-métrages étant pour ainsi dire impossibles à dénicher aujourd’hui. Ce n’est pas le cas de ce Torso, cinquième et dernier giallo tourné par Martino, qui rencontra un succès phénoménal aussi bien en Italie qu’à l’international, et qui bénéficie aujourd’hui d’une première édition en blu-ray et 4K ultra HD. De quoi faire monter la bave aux lèvres des aficionados qui attendaient ce moment depuis longtemps…

Comparé à la production standard du giallo (c’est ainsi qu’il est « étiqueté »), il est évident que le scénario de Torso évacue tout élément psychologique et surnaturel pour se concentrer sur la substantifique moelle de ce qui deviendra le slasher (des meurtres à l’arme blanche)… ainsi que sur l’érotisme. Car à l’instar de nombreuses productions bis italiennes, le film de Martino assume son côté ultra-racoleur. Le titre original sensationnaliste (probablement imposé par le producteur Carlo Ponti), I corpi presentano tracce di violenza carnale, se traduit d’ailleurs par « Les corps présentent des traces de violence sexuelle »… alors que rien dans le scénario ne fait référence au viol ou à la nécrophilie ! Notons que le titre international Torso est certes moins provocateur, mais tout aussi énigmatique. À l’écran, par contre, on ne fait pas semblant. Pour mettre tout le monde d’accord, le film débute d’ailleurs littéralement par un « plan nichon » ! Une séquence softcore de partouze accompagne en effet le générique, à laquelle succède, sans transition, celle d’un cours d’université où un professeur disserte sur la peinture du Pérugin ! Une association qui illustre à merveille ce que Jean-François Rauger, dans les suppléments de cette sortie, qualifie d’opposition entre « culture basse et culture haute ». Celle-ci constitue en quelque sorte un trait distinctif du coscénariste Ernesto Gastaldi, à la réputation d’érudit. Il n’empêche – et cela fait partie du charme du cinéma bis – qu’on ne compte plus dans Torso les plans libidineux sur les généreuses poitrines de starlettes peu farouches. Des plans d’autant plus drôles qu’ils sont souvent parfaitement gratuits, des parties fines saphiques ou la victime du tueur s’aventurant seule dans un marécage, la chemise déboutonnée… Le fin du fin reste cette contre-plongée « avant-gardiste » sur une figurante qui danse, pour ne rien rater de son entre-jambe à peine recouvert par un microshort ! Bref, si l’association entre eros et thanatos est presque une figure imposée dans le cinéma d’horreur, disons qu’elle est ici assumée avec un certain… panache. Accordons toutefois à Martino le fait d’avoir fait du « regard masculin » le thème central du film, les hommes étant presque tous représentés comme des obsédés dont le désir pathologique les pousse à commettre toute une gamme d’actes de prédation.

Là où Torso s’éloigne le plus clairement des marqueurs habituels du giallo, c’est dans sa représentation de la violence physique, qui prend le pas sur l’angoisse du whodunit. Même si, en raison du manque de réalisme des plans gore (volontairement réduits à des images très brèves par manque de moyens), le film marqua son époque, et certaines séquences comme le démembrement de plusieurs victimes à la scie produisent toujours leur petit effet. De même, la figure de la final girl (la survivante qui causera la chute du psychopathe ; on notera avec intérêt qu’il s’agit aussi du seul personnage jamais dévêtu ni impliqué dans une scène érotique), définie par son intelligence et sa force de caractère, deviendra une pierre angulaire de la grammaire du slasher (Black Christmas de Bob Clark dès 1974, Halloween de John Carpenter en 1978). Torso demeure aussi une photographie des années 1970, avec sa consommation de drogues douces, la libération sexuelle, etc., sans parler de la musique composée par Guido et Maurizio De Angelis (futurs auteurs de bandes originales de nombreux films avec Bud Spencer et Terence Hill), dont les tonalités douces et sucrées constituent un contrepoint à la violence graphique et participent à l’ambiguïté érotique du film.

En résumé, Torso n’est pas un « grand » film sur le plan artistique, mais il s’agit assurément d’une œuvre importante, véritable transition entre plusieurs époques, ce qui lui a valu une étiquette « culte » qui doit beaucoup aux fans de Quentin Tarantino et Eli Roth, entre autres. Entre les séquences putassières et violentes, qui sont à considérer comme des passages obligés du genre, le talent de Sergio Martino et d’Ernesto Gastaldi se révèle par quelques moments remarquables, à l’instar de la fameuse scène de la clé que Jane (Suzy Kendall) tente de récupérer en la faisant tomber sur un journal, avant que la main gantée du tueur n’apparaisse au premier plan. Le cinéphile a donc suffisamment d’éléments à décrypter dans ce giallo pas comme les autres, tout en passant un moment de divertissement coupable et assumé !

Synopsis : Américaine venue étudier l’histoire de l’art à Pérouse, Jane profite de la dolce vita lorsqu’une suite de meurtres sanglants frappe son université. Les victimes, deux camarades de sa promotion, ont été assassinées par un tueur mystérieux dont la signature macabre laisse la police dans l’impasse. Pour fuir l’angoisse grandissante, Jane et ses amies décident de partir s’isoler à la campagne dans une villa. Elles sont loin d’imaginer que le meurtrier rôde lui aussi dans les parages…

SUPPLEMENTS

Il nous faut souligner le soin apporté à cette édition à l’artwork magnifique, qui fera date, par Carlotta Films. Si le film est évidemment proposé en versions single 4k Ultra HD et Blu-ray, on conseillera aux aficionados de tenter de se procurer l’édition limitée à 2.000 exemplaires, qui inclut les deux versions du long-métrage en combo ainsi que de nombreux memorabilia (voir liste ci-dessous).

Pour autant, les suppléments vidéo ont beau être généreux (plus de 2h en tout), leur intérêt se révèle variable… Les quatre premiers consistent ainsi en une série d’interviews avec des personnes liées au film, réalisées par Manlio Gomarasca, un des principaux historiens du cinéma bis italien et cofondateur de la revue Nocturno. Le problème avec ces entretiens réalisés vers 2017-2018 est qu’on a la désagréable impression d’y assister à une conversation entre spécialistes, par ailleurs très décousue. C’est particulièrement le cas des discussions avec le coscénariste Ernesto Gastaldi et avec le comédien français Luc Merenda, qui se répandent sans transition en une myriade d’anecdotes au sujet de différents films de genre (et Dieu sait qu’il y en eut !), sans aucune remise en contexte ou illustration qui permettrait de cadrer l’entretien pour un spectateur non averti. Non seulement le contenu est-il rarement passionnant, mais il s’adresse donc réellement aux fans invétérés qui maîtrisent ce sujet sur le bout des doigts. La conversation avec Sergio Martino est logiquement bien plus intéressante, tant sur le fond que sur la forme. Quant à « Torso 17 », discussion avec Federica Martino, on n’en comprend pas bien l’intérêt non plus, le prétexte d’un remake de Torso auquel songe la fille du cinéaste étant annulé par le simple fait que celui-ci n’a jamais vu le jour jusqu’à aujourd’hui…

Heureusement, le dernier supplément vidéo répond pleinement aux attentes. Il s’agit d’une analyse du film par Jean-François Rauger, critique de cinéma et directeur de la programmation à la Cinémathèque française. Habitué à cet exercice, Rauger structure clairement sa critique en plusieurs thèmes importants, et on ne sent pas le temps passer. On retiendra notamment la notion de refoulement mis en avant par le spécialiste : dans ce pays très catholique qu’est l’Italie, Rauger note la sauvagerie des meurtres et le caractère explicite des scènes érotiques, mais aussi les efforts importants consentis par le meurtrier pour découper et cacher le corps de ses victimes, comme pour faire disparaître son péché devenu insupportable. Rauger rappelle également le lien troublant entre Torso et le tueur en série bien réel qui sévit entre 1968 et 1985 dans les environs de Florence, ce dernier ciblant les couples isolés qui s’adonnaient souvent au plaisir de la chair, exactement comme dans le film…

Ces suppléments principaux sont complétés par une version alternative, de jour, de la séquence du meurtre de Carol, des bandes-annonces, teasers et spots radio. En somme, un menu roboratif malgré nos réserves.

Suppléments de l’édition prestige limitée :

  • Le premier slasher (25 min)
  • Giallo mon amour (16 min)
  • Un Français en Italie (34 min)
  • Torso 17 (20 min)
  • Une violence charnelle entre refoulement et débauche (28 min)
  • Séquence alternative de jour
  • Bandes-annonces
  • Teasers
  • Spot radio
  • Memoriabilia (8 lobby cards, 4 photos de Sergio Martino sur différents tournages de films, autocollant, affichette italienne, affiche)

Note concernant le film

3

Note concernant l’édition

4.5

Backrooms : Plongée mitigée dans l’étrangeté du liminal

La mainmise des YouTubeurs sur le cinéma de genre continue. Cette fois, ce sont les espaces liminaux imaginés par Kane Parsons et popularisés sur la toile. Ses clips anthologiques en found-footage – où l’on passe dans une réalité alternative labyrinthique faite d’espaces anonymes et vides – deviennent donc une œuvre de cinéma du même nom que lesdits espaces : Backrooms.

Synopsis : Une étrange porte apparaît dans le sous-sol d’un magasin de meubles.

On peut saluer l’originalité du projet pour un film d’horreur davantage psychologique, flirtant avec la science-fiction. Plus inquiétant, intrigant et bizarre que véritablement terrifiant ou effrayant (si ce n’est la dernière ligne droite), cette adaptation majoritairement maîtrisée est bien plus pertinente dans sa direction artistique et la mise en images du concept que dans la présentation du lore qui va l’entourer. Entre psychanalyse un peu lourdingue et contexte opaque d’une entreprise félonne pour justifier tout cela, ce n’est pas le meilleur versant du film. Et c’est bien trop long pour une intrigue comme celle-ci. Prometteur donc, mais pas tout à fait convaincant.

Décidément, le mois de mai 2026 aura été particulièrement fourni et marquant pour le cinéma horrifique américain indépendant. En effet, si on ajoute le plus mainstream et pas déplaisant Passenger, on aura vu défiler le décevant mais bien reçu Hokum, versé dans le folk horror, la révélation Obsession au bouche-à-oreille sensationnel lui faisant gagner plus de recettes chaque semaine, et ce Backrooms au démarrage record et tonitruant. Jugez plutôt : sorti aux États-Unis à la fin du mois passé, il a tout bonnement réalisé le plus gros démarrage de l’histoire pour un film d’horreur original, et le second après Ça. Il décroche aussi le record pour un film distribué par le studio qui monte, A24, avec plus de 80 millions de dollars, soit très loin devant les à peine 30 de Civil War.

On peut donc clairement constater qu’après la vague de l’elevated horror lancée il y a dix ans et adoubée par les professionnels plus que par ses chiffres en salles, celle initiée par les créateurs de contenu est en train de pulvériser le box-office. Et comme le film de genre a toujours été très rentable avec des petits budgets et des seuils de rentabilité extrêmement élevés (Le Projet Blair Witch et Paranormal Activity peuvent en témoigner), le voilà qui acquiert définitivement ses lettres de noblesse en dynamisant la fréquentation des salles avec des œuvres aux retours critiques très élogieux. Après les frères Philippou (La Main et Substitution : Bring Her Back) et Curry Barker et son tétanisant et intéressant — mais un peu surestimé — Obsession, voilà donc un autre artiste issu de YouTube qui passe par la case cinéma sous les applaudissements avec Backrooms.

La curiosité était de mise devant cette histoire d’espaces minimalistes infinis. Comment traduire de petites capsules semi-interactives en quelque chose de plus fourni et concret qui tienne la durée d’un film de cinéma ? Parsons s’en acquitte plutôt bien. La scène d’introduction, en mode caméra à l’épaule, rappelle donc l’origine du projet avec brio et transmet un malaise diffus et une impression étrange plutôt convaincante. Avec le recul, elle apparaît un peu inutile et juste là pour donner un os à ronger aux spectateurs, puisque la vraie peur et les choses sérieuses attendues (les frissons, les sursauts, le malaise continu…) vont vraiment tarder à nous atteindre. C’est l’un des défauts d’un film trop long pour un tel script (une heure et cinquante minutes) et qui met trop de temps à l’allumage, avec une matière narrative souvent peu appétissante.

C’est d’ailleurs dans la création d’une intrigue plus dense et dans la volonté de donner au public un cadre à son concept plutôt abstrait que Parsons s’en tire le moins bien. D’un côté, la présence d’une société félonne aux intentions douteuses (un peu comme Umbrella Corporation dans la saga Resident Evil) est une idée qui en vaut d’autres, mais qui se révèle souvent mal exploitée, en plus de laisser plus de pointillés qu’autre chose. Une suite est cependant prévue, forcément. Alors peut-être que le prochain opus éclaircira son rôle mais, tel quel, on se demande si on n’aurait pas préféré quelque chose d’abscons et opaque jusqu’au bout, un récit magnétique dont la seule force des images se chargerait de nous happer dans cet univers.

Ensuite, force est de constater que la psychologie servie ici, comme une tentative de donner du corps aux personnages qui vivront l’expérience de ces backrooms, n’est pas plus galvanisante que le lore conçu pour la justifier. La raison et l’origine de ces espaces liminaux se montrent plus souvent balourdement amenées que de raison. Cet aspect, qui fait conséquemment rentrer (un peu trop) Backrooms dans le style du film d’horreur psychologique, est trop poussé et occasionne certaines des longueurs du long-métrage. En revanche, c’est quand celui-ci épouse totalement son concept de délire en vase clos à la Cube, maître-étalon du genre, qu’il devient vraiment pertinent.

La direction artistique est en ce sens impeccable. Dès lors qu’on entre dans ce microcosme étrange, il y a une sorte d’envoûtement et de peur diffuse qui nous emporte. Plus inquiétant et intrigant que véritablement terrifiant, les errances des personnages dans ces pièces infinies procurent leur lot d’adrénaline, sous perfusion cependant. Loin des jump scares chéris par le public du film d’horreur, Backrooms préfère la terreur au long cours, qui se distille au compte-gouttes. La conception de ces immenses décors de salles jaunies aux bruits de néon nous met dans un drôle d’état. Comme dans une sorte d’escape game maudit et torturé, on suffoque et on se méfie de chaque recoin et de ce que réserve la prochaine pièce ou le couloir suivant. Une menace permanente pèse sur ces errances, symptomatiques d’une psyché malade et d’un univers qui la recopie de manière biaisée (et effrayante).

Malgré les quelques réserves, il faut avouer que la dernière ligne droite du long-métrage fait vraiment peur. Ce qui aurait pu être ridicule de par la nature et la représentation de la menace est au contraire vraiment gênant et flippant. Comme si toute l’atmosphère instaurée par Parsons au préalable nous avait transformés pour avoir peur de quelque chose qui, naturellement, ne l’est pas vraiment. Les décors deviennent en plus singuliers, bizarres et vertigineux, et le film nous entraîne dans son malaise physique et psychologique. Backrooms développe quelque chose d’unique qui frappe la rétine et marque l’esprit, c’est certain. Il aurait fallu — ou il faudra pour une suite — être plus concret si on fait le choix d’expliquer et de donner du contexte, mais aussi aller plus franchement et directement dans la terreur.

Bande-annonce – Backrooms

Fiche technique – Backrooms

Réalisation : Kane Parsons
Scénario : Roberto Patino, Will Soodik d’après l’oeuvre et l’idée de Kane Parsons
Interprètes : Chiwetel Ejiofor, Reinate Reinsve, Mark Duplass, Finn Bennett, Lukita Maxwell
Montage : Greg Ng
Musique : Edo Van Breemen, Kane Parsons
Production : A24, Atomik Monster
Pays de production : États-Unis
Société de distribution France : Metropolitan Filmexport
Durée : 1h50
Genre : Science-fiction – Psychologique – Horreur
Date de sortie : 17 juin 2026

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