Le Pacte des loups : le long-métrage singulier de Christophe Gans de nouveau au cinéma en version longue et restaurée

A l’occasion de la ressortie au cinéma du Pacte des loups (2001) en version longue et restaurée (4k), nous consacrons une critique à cette œuvre mémorable qu’on doit au réalisateur Christophe Gans. En effet, autant le sujet (la Bête du Gévaudan), le casting (Samuel Le Bihan, Vincent Cassel, Monica Bellucci, Mark Dacascos, Jérémie Renier, Emilie Dequenne), les décors, l’exploration sociale de la France rurale sous Louis XV, la complexité de l’intrigue que l’ambiance sombre et mystérieuse font de ce long-métrage un film qui marque, qu’il nous ait plu ou non.

Le Pacte des loups, c’est un film complexe qui ne souffre pas de sa surenchère. Au contraire, plus on suit le chevalier Grégoire de Fronsac (Samuel Le Bihan) s’enfoncer dans une enquête toujours plus obscure, plus on se perd, mais plus on est intrigué.
En 1765, ce naturaliste arrive dans le Gévaudan accompagné de son ami Mani (Mark Dacascos), un Indien Iroquois rencontré au Nouveau-Monde, pour enquêter, traquer et tuer la fameuse Bête du Gévaudan qui sème la terreur parmi les paysans et bergers de cette province du Languedoc.

Aux côtés du chevalier, Christophe Gans emmène son spectateur chez les notables en place : Vincent Cassel et Emilie Dequenne en frère et sœur Morangias, Jérémie Renier en marquis d’Apcher, entre autres.
La noblesse, épargnée par la Bête, délivre quelques informations au chevalier, tandis que dehors, le monstre s’en prend aux femmes seules et aux enfants. Le scénario navigue sans cesse d’une classe sociale à l’autre : des nantis aux bouseux, les uns comme les autres semblant dissimuler des informations concernant la Bête.
Grégoire de Fronsac enquête, et à mesure qu’il croise le sillage de l’animal, différents éléments en apparence anodins viennent l’intriguer, piquant au passage notre curiosité de spectateur. Le soir, le chevalier visite même les maisons closes, où une superbe Monica Bellucci distille elle aussi quelques informations précieuses.

La Bête serait-elle plus intelligente qu’on ne le croit ? Qu’un loup enragé, comme on la décrit ? Est-elle guidée à la fois par la main et l’esprit de l’homme ? Qui, dans ce microcosme social (paysans, nobles, religieux, prostituées, fous…), a intérêt à terroriser la population d’une province… dont les échos retentissent partout en France, jusqu’aux oreilles de Versailles ?

Le Pacte des loups est un film intense, à l’ambiance bizarre : sombre, comme cette situation macabre dans laquelle le Gévaudan est plongé à cause de la Bête, dans cette terre grise, en intérieur comme en extérieur, mais à l’atmosphère aussi plus complexe.
La reconstitution historique précise, pour autant pas exempte d’une forme – sinon de surnaturel – d’insolite, d’inattendu, est portée par une mise en scène magistrale. Un film qui ne nous emmène jamais là où on l’attend, où la violence danse constamment avec une forme de langue de bois qui semble être devenue l’unique moyen de communication des seigneurs en place. La vie est montrée brutalement, bestialement par la caméra de Christophe Gans, dans ces décors ternes et hostiles, balayés par la pluie. Pas de nature bucolique ici : l’extérieur, c’est la mort, du moins pour les pauvres qui n’ont pas d’autre choix que de s’aventurer seuls dans les espaces vides, leur vie comme celle de leurs troupeaux livrés au désir de mort de la Bête – qui pourtant s’en prend toujours aux humains de préférence…

En plus de cette mise en scène et de ce montage qui captivent le spectateur, les interprétations de ces personnages aussi divers que complexes – pas un n’est effleuré – sont subtiles, fines. Plus que crédibles, elles ajoutent à cette œuvre étrange, qui vient associer un complot – un pacte – aux errances, en apparence, d’une bête assoiffée de sang.
Qui ne se souvient pas d’un Samuel Le Bihan en Fronsac, droit, malin ? D’une Monica Bellucci en Sylvia, prostituée à la tête bien faite ? De Mani, interprété par Mark Dacascos, le plus fascinant des Indiens, charismatique et fort ? Et bien sûr, de ce Vincent Cassel qui crée un Jean-François de Morangias dont l’arrogance ne suffit pas à expliquer le malaise ?

Avec son scénario qui monte en crescendo et en imprévisibilité, sans jamais frôler le ridicule, Le Pacte des loups est un film magistral, mémorable et unique en son genre. L’œuvre, désormais en version longue et restaurée (4k) est à revoir ou à voir de toute urgence, dès le 10 juin en salles, après une projection au Festival de Cannes 2022. 

Bande-annonce : Le Pacte des loups

Fiche technique :

Titre : Le Pacte des loups
Réalisation : Christophe Gans
Casting : Samuel Le Bihan, Vincent Cassel, Monica Bellucci, Mark Dacascos, Jérémie Renier, Emilie Dequenne
Scénario : Christophe Gans, Stéphane Cabel
Musique : Joseph LoDuca
Pays d’origine : France
Genres : action, aventure, horreur
Durée : 142 minutes
Date de sortie : 2001, ressortie en 2022 (Festival de Cannes, Cannes Classics, sélection officielle 2022), en salles à partir du 10 juin 2022.

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Sarah Anthony
Sarah Anthonyhttps://www.lemagducine.fr
Ecrivain et artiste, Sarah Anthony est copywriter freelance et a écrit au Mag de 2020 à fin 2023, elle y a notamment été responsable de deux rubriques : Arts & Culture (qu'elle a créée) et Séries. Son premier roman, La Saison sauvage, est disponible aux Editions Unicité depuis le 6 décembre 2022. Au sein de la rubrique Arts & Culture, Sarah a créé en janvier 2021 une chronique illustrée : l'Abécédaire artistique, qui a comptabilisé jusqu'à 20 000 lecteurs certains mois. En octobre 2023, l'Abécédaire artistique a été publié en livre et la chronique a pris fin en décembre de cette même année. Sarah Anthony se consacre désormais à l'écriture de son second roman. Plus d'infos : https://sarahanthonyfineart.com

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