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La Fée-cinéma : Alice Guy, réalisatrice des débuts de l’histoire du cinéma

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Alice Guy est considérée comme la première réalisatrice de l’histoire du cinéma, et s’est acharnée à rétablir son nom un peu oublié, voire effacé. Elle était également scénariste, productrice et directrice de studios. Elle se raconte dans La Fée-cinéma, autobiographie d’une pionnière. Un écrit qui a mis du temps à être publié une première fois en 1976 (alors qu’il a été rédigé en 1942 et 1953) et qui a été réédité par Gallimard avec les commentaires de Claire Clouzot (déjà présents dans l’édition de 76 et légèrement complétés ici), ainsi que plusieurs préfaces qui éclairent le trajet de cette réalisatrice impressionnante et facétieuse qui voulait simplement « faire du cinéma ».

Alice Guy débute dans le cinéma avec un joyeux hasard, qu’elle décrit comme une évidence. Elle se savait « faite pour ça »‘. Alors qu’elle est secrétaire de Léon Gaumont (nouveau propriétaire, en 1895, du Comptoir général de la Photographie, il se consacrera notamment à la mise en scène de films à partir de 1906), elle découvre le cinématographe. On est en 1895 et voilà Alice Guy embarquée dans la naissance du cinéma. Il ne s’agit pas pour elle de créer les outils techniques, mais de faire du cinéma, de construire des œuvres en mouvement. Pourtant, elle consacre les dix premières pages de son autobiographie à retracer les avancées techniques de ce qu’elle nomme son « prince charmant », le cinématographe. Alice Guy s’intéresse donc à la technique, mais elle est surtout fascinée par le pouvoir de ces images projetées. Elle assiste à l’une des premières projections d’Auguste et Louis Lumière (venus présenter leur nouvel appareil à Gaumont) : « à notre arrivée, un drap blanc était tendu contre un des murs de la salle ; à l’autre extrémité, un des frères Lumière manipulait un appareil ressemblant à une lanterne magique. L’obscurité se fit et nous vîmes apparaître, sur cet écran de fortune, l’usine Lumière. Les portes s’ouvrirent, le flot des ouvriers en sortit, gesticulant, riant, se dirigeant soit vers le restaurant, soit vers son logis. Puis ce furent, coup sur coup, les films devenus classiques, du train arrivant en gare, de l’arroseur arrosé, etc. Nous venions tout simplement d’assister à la naissance du cinéma (…) M’armant de courage, je proposais timidement à Gaumont d’écrire une ou deux saynètes et de les faires jouer par des amis (…) J’étais déjà mordue par le démon du cinéma ».

En quelques pages, quelques phrases, Alice Guy devient réalisatrice (tout en continuant à assurer ses fonctions de secrétariat). Dans le jardin de la résidence qu’elle occupe (remise en état par Gaumont pour qu’elle soit plus proche de son lieu de travail et donc plus disponible), Alice Guy construit un décor de cinéma et commence à faire des films : « un drap peint par un peintre éventailliste (et fantaisiste) du voisinage, un vague décor, des rangs de choux découpés par des menuisiers, des costumes loués ici et là autour de la porte Saint-Martin. Comme artistes : mes camarades, un bébé braillard, une mère inquiète bondissant à chaque instant dans le champ de l’objectif: et mon premier film la Fée aux choux vit le jour ». Son premier film est ainsi résumé dans une simplicité presque enfantine où aucun obstacle ne semble se dresser à la volonté de faire cinéma. Elle décrit ensuite les différentes techniques qu’elle et ses amis découvrirent en pionniers (comme on jouerait aujourd’hui dans des facs de cinéma) « le film tourné à l’envers », « le ralentissement, l’accélération », « les arrêts »,  « la prise de vues à différentes distances », « les surimpressions », « les fondus ». Alice Guy expérimente, teste, et surtout s’amuse.

C’est tout l’intérêt de son autobiographie : cette plongée joyeuse et créative au cœur de la naissance du cinéma. Cette volonté de créer mise en perspective avec les connaissances de l’époque et celle qu’Alice Guy va acquérir tout au long de sa vie. Elle conclut d’ailleurs son autobiographie en citant Roosevelt : « il est dur d’échouer, il est pire de n’avoir jamais essayé ». Ces lignes font écho à la fin de sa carrière de réalisatrice et productrice. L’écriture d’Alice Guy (qui écrivit un temps des romans, des contes pour enfants à son retour des États-Unis) est légère, remplie d’anecdotes et d’autodérision. L’autre intérêt de cette réédition par Gallimard  en 2022, c’est la mise en perspective d’Alice Guy dans l’histoire du cinéma, dont elle a longtemps été comme effacée. Elle le dit d’ailleurs elle-même, beaucoup de ses films ne lui ont pas été de suite attribués. La Fée-cinéma est donc avant tout un témoignage de son existence, mais surtout de sa présence active dans la création cinématographique. Céline Sciamma écrit dans sa préface  » il y a plus urgent pour elle qu’être la première : il y a être là ». Prouver, date, confirmer, avec une belle assurance, qu’elle a bien réalisé une centaine de films courts et moins courts. Alice Guy ne fait que désirer se montrer dans l’action, en train de créer. Aujourd’hui (presque) réhabilitée, elle est dans beaucoup de discours féministes, présente, vivante, créatrice pionnière, parce qu’elle a notamment Les Résultats du féminisme, film dans lequel les rôles sociaux genrés sont inversés.

Dans la préface rédigée par Nathalie Masduraud et Valérie Urréa, on peut lire « Alice Guy est morte en 1968 sans avoir revu un seul de ses films ». Pourtant, elle les a cherchés, en a écrits les titres inlassablement. À l’époque, les courts n’étaient pas encore considérés comme des œuvres précieuses, ils étaient diffusés et aussitôt oubliés presque. Prétendre que ses films n’étaient pas bons aurait suffit à l’effacer, sa chute en 1922 ou plutôt l’arrêt brutal de sa carrière, le fait que Gaumont ne l’ait mentionné nulle part, expliquent sa disparition. Oserons-nous dire qu’Alice Guy était une femme et que cela ajoute à ce « syndrome Alice Guy » (théorisé par Nathalie Masdurand et Valérie Urréa) sur toute femme effacée de sa propre histoire ? Elle écrivait elle-même en 1914 (Woman’s Place in Photoplay Production, By Madame Alice Blache,” The Moving Picture World », July 11, 1914) sur la sous-représentation des femmes dans les métiers du cinéma. Bref, elle a été lentement mais sûrement réhabilitée, certains de ses films redeviennent visibles. Il y a cette édition enrichie, documentée, de La Fée-cinéma (qui dispose aussi de nombreuses archives visuelles joyeuses et précieuses confiées par l’arrière-petit-fils d’Alice Guy) et une bande dessinée sobrement intitulée Alice Guy (Catel et Bocquet, 2021). À voir également, le documentaire Alice Guy, l’inconnue du 7e art, de Nathalie Masdurand et Valérie Urréa. Pour ne plus répondre « c’est qui ? », lorsque le nom d’Alice Guy sera mentionné !

Raconter l’Histoire du cinéma, c’est aussi se pencher longuement sur des archives, lire et chercher à voir ce qui a été produit, non pas pour donner des noms mais pour voir s’agiter, comme dans La Fée-cinéma, les premiers créateurs, les premières histoires filmées et voir s’animer enfin les images.

Fiche technique : La Fée-cinéma

240 pages, ill., sous couverture décorée, 125 x 190 mm
Achevé d’imprimer : 01-05-2022

Genre : Mémoires et autobiographies Catégorie > Sous-catégorie : Littérature française > Mémoires et autobiographies
ISBN : 9782072960789 – Gencode : 9782072960789 – Code distributeur : G05938

Tarot : les mystères des arcanes majeurs et des arcanes mineurs

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Un jeu de tarot traditionnel est composé de 78 cartes. 22 cartes de cette collection sont des arcanes majeurs. Les 56 restantes sont des arcanes mineurs. Ces 78 cartes cachent des mystères qu’on peut découvrir si on les lit correctement. Découvrez sans plus tarder les mystères des arcanes majeurs et des arcanes mineurs du tarot.

Les arcanes majeurs : de quoi s’agit-il ?

Arcanes vient du mot latin « Arcanus » qu’on peut traduire par secret ou mystère. Les arcanes majeurs du tarot sont un lot de 22 cartes qui permettent de connaître et d‘approfondir les connaissances au sujet de l’existence humaine.

Les arcanes majeurs cachent des mystères concernant le voyage spirituel et psychologique qu’un individu effectue tout au long de sa vie. Les cartes qui composent ces arcanes contiennent toutes une figure qui représentent un concept symbolique qu’on peut interpréter pour obtenir une signification utile pour le voyage.

Interprétation : le mystère derrière chaque carte des arcanes majeurs

Chaque carte des arcanes majeurs a sa propre signification allant de la carte The Fool (Le Fou) jusqu’à la carte The World (Le Monde). La signification symbolique d’une carte permet d’interpréter le mystère qu’elle cache.

Gardez quand même en tête que la lecture du tirage tarot ne dépend pas forcément de la symbolique des cartes. D’autres facteurs peuvent influencer la lecture et le message derrière les arcanes majeurs. Parmi ces facteurs, il y a le sujet, le contexte ou encore l’intuition du lecteur.

  • Le Fou : c’est une carte qui symbolise la spontanéité, le potentiel, mais aussi la naïveté et la volonté de prendre des risques.
  • Le Magicien : cette carte représente la créativité ou encore l’exploitation des compétences et des ressources.
  • La grande prêtresse : elle symbolise le mystère et l’intuition, l’esprit subconscient et la capacité de cerner l’invisible.
  • L’impératrice : elle représente l’abondance, la fertilité, la nature, la maternité l’éducation et les aspects de la féminité.
  • L’empereur : c’est une carte qui symbolise l’autorité et le contrôle, mais aussi la stabilité et le leadership. Elle envoie souvent un message concernant la famille ou le travail.
  • Le Hiérophante : la sagesse et la tradition sont symbolisées par cette carte.
  • Les Amoureux : il s’agit d’une carte d’amour, de choix, d’unité et d’harmonie. Il ne concerne pas forcément des histoires de cœur. Les Amoureux est aussi une carte des arcanes majeurs qui peut intervenir dans des décisions importantes de la vie comme le choix d’une voie à prendre ou encore des contrats de partenariat à valider.
  • Le chariot : cette carte indique une volonté et une détermination de tout surmonter peu importe les épreuves.
  • La Force : elle symbolise le courage, la force et la compassion.
  • L’ermite : la solitude, la sagesse et l’introspection sont représentés par cette carte.
  • La Roue de la Fortune : c’est une carte qui symbolise le cycle de la vie, le destin et l’inévitable. Elle symbolise aussi le cycle de la fortune.
  • La Justice : elle symbolise la vérité, l’équilibre et l’équité.
  • Le Pendu : cette carte symbolise l’abandon, la pause, le sacrifice et la vue des choses sous un autre angle.
  • Le Décès : elle représente la fin, le nouveau départ et la transformation.
  • La tempérance : cette carte symbolise la modération, la patience, l’équilibre et l’harmonie.
  • Le diable : c’est une carte qui symbolise le matérialisme, la tentation et la servitude.
  • La Tour : elle représente le bouleversement, le changement, le chaos et la révélation.
  • L’Etoile : c’est une carte qui symbolise la guérison, l’espoir et le renouveau.
  • La Lune : elle représente l’intuition et l’illusion.
  • Le Soleil : cette carte symbolise la vitalité, l’abondance, l’épanouissement et le succès.
  • Le Jugement : c’est une carte qui représente la prise de conscience, l’auto-évaluation, la renaissance et l’éveil.
  • Le Monde : cette dernière carte des arcanes majeurs symbolise l’accomplissement, la réussite et l’intégration.

Les arcanes mineurs : de quoi s’agit-il ?

Les arcanes mineurs sont un lot de 56 cartes de 4 couleurs. Elles sont divisées en Coupes, Épées, Baguettes et Pentacles. Chacune des couleurs est composée de 14 cartes comprenant des cartes numérotées de As à 10 et de cartes de cour Roi, Dame, Chevalier et Valet (ou Page). Les arcanes mineurs cachent les plus petits mystères de la vie.

Interprétation des arcanes mineurs

Les arcanes mineurs sont des cartes qui permettent de cerner l’expérience humaine dans la vie quotidienne. Comme pour les arcanes majeurs, chaque carte des arcanes mineurs a sa propre signification.  Les cartes Coupes symbolisent en général les émotions, tandis que les cartes Épées représentent l’intellect. Les Baguettes représentent la passion et l’énergie et les Pentacles symbolisent la matérialité.

A noter toutefois que chaque cartes couleurs (Coupes, Épées, Baguettes, Pentacles) des arcanes mineurs sont composées de cartes numérotées et de 4 cartes de cour. L’interprétation varie en fonction du type de carte choisie.

Prenons par exemple l’As et le 10 de Coupe. Ces tarot cartes n’ont pas la même signification, bien qu’elles représentent les émotions. L’As de Coupe symbolise le nouveau départ émotionnel alors que le 10 de Coupe représente les émotions liées à la famille et à la réalisation des rêves.

Prenons aussi par exemple les baguettes qui symbolisent l’énergie. L’As de cette couleur représente l’inspiration, la passion et la détermination alors que le 10 symbolise plutôt la limite des capacités, le manque d’énergie, la fatigue, etc. En somme, même si une couleur des arcanes mineurs symbolise quelque chose, la représentation dépend de la carte numérotée ou de la carte de cour que vous obtenez lors du tirage.

Tarot : les différences entre les arcanes majeurs et les arcanes mineurs

Les arcanes majeurs sont au nombre de 22 alors que les arcanes mineurs comportent 56 cartes. Les arcanes majeurs cachent des mystères au sujet de points ou d’évènements importants de la vie (une leçon spirituelle, une transition importante, etc.) alors que les arcanes mineurs révèlent des mystères de la vie quotidienne comme les influences dominantes, les défis et les petits évènements qui peuvent impacter la vie (émotion, pensée, actions, etc.).

L’ensemble de ces cartes du tarot traditionnel permet de connaître la voie à prendre chaque jour et tout au long du voyage de la vie. Il faut juste savoir interpréter les cartes tirées. Maintenant que vous connaissez le mystère que cachent les cartes des arcanes du tarot, vous pouvez faire des tirages et interpréter le résultat en suivant votre intuition.

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Interview de Guillaume Gevart : “On apprend le cinéma en faisant du cinéma.”

Les métiers qui sont à la racine créative de nos œuvres préférées, sont pourtant méconnus du grand public. J’ai eu l’occasion d’interroger le producteur, réalisateur Nantais, Guillaume Gevart. Il est à l’origine de bons nombres de projets, notamment du long métrage Yearning Rose paru en 2019. Le cinéaste fut récompensé cette année par Le Student World Impact Film Festival, pour son documentaire Les Vénus Enchaînées.

Guillaume Gevart a d’abord suivi des études de cinéma à Nantes, puis a effectué des stages chez Disney Channel à Paris. Pendant son parcours, il a également pratiqué le métier de monteur (pour Youtube) et de cadreur. Une vaste expérience du cinéma combinée à un discours passionné; Guillaume Gevart nous éclaire sur la face méconnue du métier de producteur, ou encore sur sa manière de réaliser ses œuvres. Gevart pousse les jeunes à aller au bout de leurs idées, dévoile sa vision et sa façon de s’épanouir dans son art.

1- Tu as effectué des études de cinéma à Nantes. Penses-tu que dans ce type de milieux qu’est le cinéma, il soit important d’apprendre dans une école? Que retiens-tu de ton parcours en école de cinéma ?

Alors pour tout te dire, j’ai toujours été mauvais dans les études. Je ne pense pas que faire des études soit le meilleur moyen d’apprendre à faire du cinéma. Je crois qu’il est possible d’acquérir des compétences dans énormément de domaines (les langues, la mécanique par exemple), sans mettre les pieds à l’école, bien sûr je ne parle pas des métiers où il est primordial de faire des études (médecine, droit etc…) mais avec internet, il est aujourd’hui possible de se former sur une multitude de sujets. Dans une école de cinéma, on va vous apprendre les bases mais selon moi, c’est un domaine où la pratique est nécessaire. Bien souvent j’ai rencontré des réalisateurs autodidactes qui étaient très bons, notamment parce qu’ils ont une motivation et une soif d’apprendre sans faille que l’on retrouverait moins à l’école où on vous pose un cadre. Comment apprécier les mathématiques ou la littérature si votre professeur vous en dégoûte ? L’école m’a permis de rencontrer des gens qui étaient sur la même longueur d’onde que moi, des gens avec qui j’ai pu bien m’entendre et collaborer, qui avaient les mêmes envies et ambitions que moi. C’est un métier où le réseau est très important, il faut s’entourer de gens de confiance.

2- On entend souvent dire que La capitale (Paris) est l’unique place pour faire carrière, est-ce toujours le cas aujourd’hui ou bien les choses ont évolué ?

En tant que Nantais, quel est votre ressenti dessus? C’est en partie vrai. La capitale est le lieu où tout est concentré, on y a beaucoup plus de facilité à rencontrer des gens talentueux, et bien plus de moyens. Aujourd’hui, les choses ont évolué, avec internet encore une fois, il est plus facile d’entrer en contact avec des gens qui habitent dans tous les coins de la France. Ce qui est certain, c’est qu’ il sera toujours possible de faire du cinéma en dehors de la capitale. Maintenant, pour répondre clairement, c’est assez vrai que Paris reste une place importante pour faire carrière dans le cinéma, même si elle n’est plus la seule et unique en France. Je pense à mon ami Antoine Godet qui est originaire de Vendée, cela ne l’a pas empêché de collaborer avec des parisiens.

3. Tu as exercé plusieurs métiers dans le cinéma (cadreur, réalisateur, producteur, monteur pour youtube…) Est-ce que selon vous avoir des connaissances sur tous les corps de métiers est un moyen de mieux maîtriser vos œuvres? Une manière d’être conscient de chaque élément qui forme les œuvres que vous réalisez ?

Je dirais même que c’est capital ! C’est ce que disait Robert Rodriguez : ”Pour réaliser un film, il faut l’avoir dans la tête.” C’est-à-dire qu’il faut savoir le monter, le cadrer etc… Si tu passes ton temps à être focalisé sur le fait de faire des jolis plans, sans penser à l’ensemble; tu auras certes des images magnifiques, mais le propos ne suivra pas. Je te prends l’exemple de mon ami réalisateur Dylan Besseau pour qui j’ai produit son film « Anne Bouillon : Justice pour toutes ». Dylan s’était tellement focalisé sur la forme de son documentaire qu’il en avait oublié le fond. Lorsque Anne l’a appelé, elle lui en a fait la remarque, cette remise en question était importante pour lui afin qu’il puisse prendre un recul sur son travail. On peut dire que Anne avait en quelque sorte joué le rôle de la productrice. C’est un peu ça le métier de producteur, proposer différentes approches et aider le réalisateur à ne pas se dissiper. On dit souvent qu’un film s’écrit trois fois. Une fois dans le scénario, une seconde pendant le tournage, et une troisième fois au montage. Avoir des notions (même basiques) dans tous les domaines, permet de mieux appréhender la conception de son film. Savoir ce que l’on fait pour savoir où on veut aller.

4- Comment définiriez- vous la tâche d’un producteur au sein d’un projet cinématographique ?

Il y a l’image très répandue de l’homme avec un gros cigare qui arnaque les artistes dont le seul but est de s’enrichir. La réalité est bien différente. Le métier ne se résume pas à mettre de l’argent dans un film puis terminé. Le producteur va réunir des fonds (investisseur chargé de trouver l’équipe technique pour le réalisateur, de réaliser les démarches administratives, (pour obtenir une autorisation afin de tourner dans un lieu précis par exemple). C’est une sorte de manager. Il trouve des solutions aux problèmes et délègue les différentes tâches à effectuer. Une fois le film terminé, il supervise la distribution du film, c’est lui qui détient les droits d’exploitation.

5- En tant que producteur, vous devez recevoir des scénarios, comment choisissez-vous les projets que vous allez produire ?

Il arrive souvent que l’on reçoive des scénarios et des demandes de réalisateurs pour que l’on produise leur film. Il se trouve qu’on ne fonctionne pas comme ça actuellement. Il faut beaucoup d’argent pour prendre des risques et permettre de le perdre c’est pourquoi, nous nous focalisons sur des projets plus guérilla. Beaucoup de gens ne se rendent pas compte de la difficulté d’un tournage. Le meilleur moyen pour un jeune réalisateur de démarrer est de faire ses projets seuls, aujourd’hui avec son smartphone on peut filmer en 4K. Dans cette démarche il se formera plus vite, comme je disais plus haut, on apprend en pratiquant, moi-même j’ai encore beaucoup de choses à perfectionner. Mais il faut savoir que le producteur part du principe que si un réalisateur débutant peut faire beaucoup avec peu, c’est qu’il a un véritable potentiel qu’il pourrait révéler avec plus de moyens. Pour l’instant nous produisons nos propres projets, car on a pas la prétention de le faire pour les autres, tant qu’on a pas atteint le niveau que l’on s’est fixé. Je ne me sentirai pas légitime d’apprendre le métier à quelqu’un qui a 30 ans d’expériences quand moi-même j’en ai 5. C’est un peu comme les arnaques aux formations de montage vidéo professionnel quand celui qui les vend ne sait pas ce que c’est un proxy ou un codec.

6- Qu’est-ce qui vous plaît dans le métier de producteur ?

J’aime beaucoup ce métier. J’aime aider les gens à se développer et réaliser des projets qui leur tiennent à cœur. Je prends souvent l’exemple de Roger Corman (réalisateur et producteur américain), qui a lancé la carrière de Coppola Scorsese, Cameron, Nicholson… Je trouve ça fou, de se dire que sans lui, tous ces immenses talents n’auraient peut-être jamais été révélés au grand public. De mon humble parcours, j’aimerai suivre cet exemple. J’aime aussi le contact avec les gens, trouver des partenaires financiers, convaincre ces gens-là à nous suivre dans notre aventure, je pense à mon ami Romain Denous et Armand Duteille, deux mécènes qui nous ont énormément aidé.

7- Tu es un adepte du courant, de cinéma, le “Fast-movie”. (Courant cinématographique consistant à réaliser un long-métrage en peu de temps, quelques jours de tournage en général .Le but étant de se focaliser sur l’efficacité.) Vous avez également travaillé en tant que monteur pour youtube. Les deux demandent une production rapide et efficace, y vois tu un lien entre ces deux méthodes de travail ?

Pour répondre rapidement, pas du tout. A travers le fast-movie, j’y vois un moyen d’aller au bout de ses idées et de conserver l’envie première. Le risque avec les longs tournages qui durent parfois plusieurs mois, c’est de se perdre dans ce qu’on veut raconter. On entend souvent des réalisateur dire qu’il ne savent plus où ils en sont et qu’ils ne savent plus par où aller. Mettre trop de temps à terminer un projet c’est le meilleur moyen de ne jamais le sortir. Ce que je trouve important c’est de parvenir à concevoir une œuvre de qualité tout en conservant la spontanéité et la fraîcheur d’une histoire. L’avantage du fast-movie est aussi financier. Au début, on ne pouvait pas se permettre de prendre plus de 7 jours pour tourner un long métrage, alors tu te retrouves face à un dilemme, soit tu fais 10 minutes super propre, soit 60 minutes et tu mets de côté la qualité. C’est une expérience à faire, mais bien sûr, je ne construirai pas toutes mes œuvres de cette manière là, il y a un moment où il faut progresser, envisager d’autres approches. La différence avec youtube, est que certains créateurs de contenus sont en recherche de productivité et non d’efficacité. Il y a une différence entre tourner dans l’urgence et tourner à “l’arrache”. En temps que monteur sur youtube, tu adoptes des réflexes car les codes sont souvent les mêmes. On a l’habitude de couper au moindre silence, à la moindre hésitation… Au contraire lorsque l’on monte un projet même en “fast-movies”, c’est important de prendre le temps d’installer une ambiance, ou un décor. Le langage de youtube et du cinéma ne sont pas les mêmes. Le cinéma ce n’est pas une histoire de temps ce qui compte c’est ce que tu en fais.

Pour conclure : Guillaume Gevart est un homme méticuleux et enjoué, qui vit le cinéma avec passion. Il met un point d’honneur à maîtriser chaque partie de ses œuvres. Il a tenu à remercier ses collaborateurs de Artwooks Media. Pour finir, nous remercions Guillaume Gevart d’avoir pris le temps de nous répondre. Cet échange a été très enrichissant. Il nous a permis de comprendre certaines facettes d’un monde aussi complexe qu’ intrigant qu’est le cinéma.

 

Interview réalisé par Alexis PANTALEON

L’Arbre aux papillons d’or : Et l’Image s’est faite chair

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Caméra d’or au dernier Festival de Cannes. Récit sensible et méditatif d’un homme en quête de foi dans le Vietnam contemporain. L’Arbre aux papillons d’or, un film étonnant de maîtrise et de profondeur, qui vous plonge dans la vie nue comme dans une eau purificatrice.

C’est l’histoire d’un jeune homme, Thien, que le destin (ou Dieu) vient frapper sous la forme d’un appel urgent, alors qu’il se fait tripoter par une masseuse semi-prostitutionnelle. Sa belle-sœur vient d’avoir un accident avec son fils. Elle en est morte, mais son fils, le neveu de Thien donc, en est ressorti miraculeusement indemne.
C’est l’histoire d’un homme qui cherche Dieu, ou plus précisément le Christ, et qui ne voit pas que celui-ci est partout autour de lui et l’appelle : à travers son neveu désemparé, les funérailles de sa belle-sœur, un vieillard qui lui parle de la guerre (mais qui lui parle en fait et surtout de devoir et de générosité), à travers une ex-fiancée devenue religieuse, une vieille dame qui a vu l’après-mort et prie depuis tous ceux qu’elle croise de ne pas négliger leur âme, à travers des images pieuses, à travers le vent, la pluie, la brume, la lumière, un coq, un oisillon, des poissons, et, enfin, un arbre couvert de papillons d’or.
C’est l’histoire d’un homme qui apprend à voir et à entendre. C’est l’histoire d’un film qui nous apprend à voir et à entendre.

Ce n’est pas tant parce que la foi chrétienne est au coeur de ce film qu’on peut le qualifier de chrétien. C’est un film chrétien, profondément chrétien, parce que c’est un film incroyablement matériel, charnel, bien loin de ces films apologétiques américains de mauvais goût qui ne sont que superficiellement chrétiens, ne l’étant que par le contenu et jamais par la forme.
Ce n’est pas seulement un magnifique document sur le Vietnam d’aujourd’hui, c’est une immersion sensible comme le cinéma nous donne rarement l’occasion d’en vivre. On dirait parfois que les choses et les corps sont à portée de main, qu’on peut les toucher, non ! qu’on les touche, qu’ils sont en nous, qu’ils vivent en nous. On n’a pas seulement l’impression de voir des choses, mais d’en être. Ce n’est pas juste une façon de parler, c’est une expérience authentique. Tout y paraît si réel ; c’est un film qui simplement capte la vie, dans sa densité de chair et d’émotion, et c’est, paradoxalement, appuyé sur ce naturalisme fanatique, puritain, héritier de Bresson, proche parent de Weerasethakul, que le film nous conduit aux confins du surnaturel, à la limite du matériel et du spirituel, là où les morts et les éléments attendent votre acte de foi.
Car tout reste jusqu’au bout ambiguë, rien n’est certain, aisément décidable. Que l’enfant ait survécu à l’accident n’est peut-être pas miraculeux, juste inexpliqué ; l’ancienne petite-amie n’a peut-être fait que renoncer à la vie par mélancolie aggravée, et la vieille dame qui a vu l’autre monde, n’est peut-être qu’une vieille folle. La somme de tous les signes qui parsèment délicatement la trajectoire du héros, ne saurait faire une conviction, d’autant que ce dernier ne semble qu’à peine les apercevoir. Et que valent après tout ces signes face à la mort absurde de cette belle-sœur, femme pourtant pieuse, déjà abandonnée par son mari, et qui laisse derrière elle un enfant de quatre ou cinq ans maintenant quasi-orphelin ?! Comment Dieu qui est tout-puissant et bon a-t-il pu laisser faire cela ? C’est contradictoire. Thien ne comprend pas. La raison de Thien ne comprend pas. Mais ce n’est pas affaire de raison, c’est affaire de foi, c’est-à-dire de confiance.
Alors Thien part à la recherche de son frère, le mari de cette belle-soeur décédée, dont la rumeur dit qu’il l’aurait quittée pour une autre femme ; il part à sa recherche comme pour trouver une issue à ce drame, un sens, mais un sens encore humain, profane. Au fur et à mesure que le film approche de son dénouement, le rêve, ou, plutôt, la vision, prend le pas sur un réalisme très prosaïque, presque documentaire, mais à pas feutré, de sorte que ces moments où le réel se trouble acquièrent une espèce de force illuminative. Ainsi, Pham Thien An, le réalisateur, fait se rencontrer les mondes, sans les confondre pour autant.
Dans le dernier plan, Thien est allongé dans l’eau. On pense à l’eau du baptême. Et l’on comprend alors que tout était déjà là, auguré, que tout cela, tout ce que nous venons de voir, n’était que les éléments savamment agencés d’une sorte de complot universel pour sauver l’âme de Thien. Il faut regarder longtemps pour espérer voir passer la Providence, montée sur cette petite brise fraiche dont nous parle le prophète Elie. Et même alors, on n’est pas tout à fait sûr de l’avoir vu passer.

Pham Thien An nous fait progressivement entrer dans la surnaturalité mais par la porte de la plus stricte naturalité. Les procédés, s’ils sont connus, sont maniés ici avec une grande maîtrise : long plan-séquences, absence de dramatisation, dialogues simples, attention à la nature, aux ambiances, aux gestes de la vie quotidienne, très peu de mouvements de caméra, très peu de cuts, une certaine lenteur générale.
Bien sûr, l’ennui menace quand la durée se dilate, surtout quand la tendance actuelle du cinéma est plutôt au plan court, au découpage virevoltant. Mais l’inconvénient, pour ne pas dire le vice, de ce découpage virevoltant est qu’il porte à la déréalisation. Les acteurs y perdent leur corps, et le monde dans lequel ils s’inscrivent n’y est plus qu’un vague décor. C’est à peine si la gravité existe encore dans les grandes productions hollywoodiennes d’aujourd’hui.
L’Arbre aux papillons d’or vient nous rappeler que le cinéma peut être encore ce médium de réalité brute, à condition qu’il s’éternise un peu sur les choses. Il y a un effort à fournir, un prix à payer, une ascèse à opérer, au bout de laquelle nous attend une révélation, celle du réel, révélation qui, dans ce film, se confond avec la révélation chrétienne, celle d’un Dieu qui s’est incarné.
Il faut du temps et du silence, il faut que la caméra médite longuement, à l’exemple du cœur d’une certaine jeune fille juive et vierge, pour qu’à la fin l’Esprit vienne la couvrir de son ombre.

Et c’est ainsi que l’Image s’est faite chair.

Bande-annonce : L’Arbre aux papillons d’or

Fiche technique : L’Arbre aux papillons d’or

Réalisation, scénario et montage : Pham Thien An
Distribution : Le Phong Vu ; Nguyen Thi Truc Quynh ; Nguyen Thinh ; Vu Ngoc Manh
Photographie : Dinh Duy Hung
Pays d’origine : Viêt Nam, France
Format : Couleurs – Dolby Digital
Genre : drame
Durée : 182 minutes

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4.4

The Vampire Diaries sur Netflix, pourquoi faut-il se laisser mordre ?

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Après avoir fait vibrer le cœur et laissé ressortir les veines de millions de fans, l’ancienne série phare de la CW, The Vampire Diaries, est disponible sur Netflix. Alors, pourquoi faut-il se laisser tenter par ce show, encore aujourd’hui injustement comparé à la saga Twilight. Entre personnages formidables, antagonistes extraordinaires, twists royaux, la série de Julie Plerc a de nombreuses dents aiguisées en guise d’arguments. 

Cet article ne contiendra aucun spoiler majeur sur les événements des huit saisons. Toutefois, afin de justifier et expliquer certains points, il est obligatoire de mentionner divers personnages ou intrigues principales qui peuvent apparaitre tardivement dans la série. 

Hello, brother.

A moins d’avoir vécu dans une grotte pour vous cacher du soleil durant les quinze dernières années, vous savez que The Vampire Diaries parle… de vampires. Non, en fait, il faut juste savoir lire.  Bienvenue à toi, Elena Gilbert. Je vais tenter de ne pas hurler mon amour pour Nina Dobrev toutes les deux minutes, rassurez-vous. Peinant à se remettre du décès tragique de ses parents, la jeune orpheline va faire la rencontre de Stefan Salvatore (Paul Wesley), un jeune homme de 17 ans qui va lui redonner goût à la vie. Vous vous en doutez, le nouveau beau gosse du lycée est un vampire. Vous êtes sûrement en train de clamer : « Ouais, donc en fait, c’est vraiment Twilight ! ».  Non, non. Bien qu’on y retrouve les similitudes évidentes, telles que les complications liées aux relations amoureuses humain(e)s/vampires, l’exposition de ces créatures à la lumière, l’univers de fiction présenté ici se révèle bien plus riche, cohérent et violent que la saga portée au cinéma.

Avec le personnage extraordinaire de Damon Salvatore (qui mériterait presque un article à lui seul), The Vampire Diaries s’offre déjà un excellent duo de protagonistes masculins. Oui, si l’on peut penser que le show se concentre sur le personnage d’Elena au premier abord, la série de Julie Plerc raconte avant tout l’histoire de deux frères. Radicalement différents, Damon et Stefan apportent constamment un renouveau durant l’intégralité de leur présence à l’écran, tous deux brisés par le destin et évoluant avec leur bonté et leur noirceur. Et si, d’instinct, vous aurez tendance à trouver le cadet bien palôt face au charisme de son ainé, attendez de le voir privé de son humanité. Privé de quoi ? J’y reviens dans quelques instants. The Vampire Diaries, c’est une quête familiale, une ou plutôt de nombreuses histoires d’amour, des décès, du sang (beaucoup), de la survie et, surtout, des personnages au charisme indéniable. La ou la saga Twilight ne tourne essentiellement qu’autour de la survie de Bella, la série CW diversifie ses intrigues avec beaucoup de talents. Et, si au début, tout ou presque tourne autour d’Elena, les choses prennent immédiatement plus de saveurs, dès lord que les deux frères deviennent les vrais protagonistes.

Personnages hauts en couleur, antagonistes d’exception.

Bien sûr, il serait fortement odieux de réduire la série à Damon, Stefan et Elena. TVD, durant huit saisons, ne cesse de dévoiler de nouveaux protagonistes. Certains sont oubliables et ne sont placés dans l’intrigue que pour y mourir quelques épisodes plus tard, bien sûr. Toutefois, la grande partie de nos figures principales sont vraiment, vraiment bien travaillées. Tout du long, le show leur offre une réelle évolution. Qu’il s’agisse de Damon, Jeremy, Bonnie, Caroline, Stefan ou encore Matt Donovan (injustement sous estimé), Julie Plerc est parvenue à offrir à tout ce petit monde une belle place aux multiples intrigues. Finalement, de tous, c’est peut-être Elena qui change le moins. L’évolution de son personnage réside surtout dans la relation qu’elle entretient avec ses alliés et ennemis mais surtout, avec les frères Salvatore.

Mais, là ou The Vampire Diaries dévoile toute sa puissance, c’est dans le formidable traitement de ses antagonistes. Pour l’instant, les noms de Klaus Mikaelson, Kai Parker, Katherine Pierce ou encore Cade ne vous disent peut-être rien. Cela viendra. Si tous ne sont pas parfaits, notamment les Voyageurs ou Rayna Cruz, qui se révèlent très décevants malgré un grand potentiel, la grande majorité des méchants sont bluffants. Tous sont très bien écrits et interprétés. Chacun d’eux représentent une menace bien réelle, particulièrement bien insérée dans l’intrigue, à une exception près. Pour tout dire, Klaus est tellement charismatique qu’il a eu le droit à sa propre série (se déroule-t-elle avant ou après, à vous de le découvrir). Vous voulez connaitre la meilleure ? The Originals est encore mieux que The Vampire Diaries. Vous vous demandez peut-être quel est mon méchant préféré ? Impossible de répondre autrement que Stefan, sans humanité. Mais c’est quoi cette histoire de sans humanité, là ? Allez, parlons un peu des règles et du lore.

Un univers riche qui sert à merveille les intrigues

Le monde de The Vampire Diaries ne se compose pas que d’humains et vampires, bien au contraire. Sorcières, loups-garou, hybrides et autres créatures surnaturelles sont au programme. Chaque espèce obéit à un certain nombres de règles qu’elle peut plus ou moins contourner. Telle est l’une des nombreuses autres richesses du show, la cohérence du tout et les nouveautés permanentes qui permettent un renouvellement toujours efficace, jusqu’à l’extraordinaire huitième et dernière saison.  Les vampires peuvent sortir au soleil s’ils sont équipés d’un objet ensorcelé par un(e) sorcier(e). Or, vampires et sorciers se haïssent. Les sorciers peuvent perdre leur magie selon l’utilisation qu’ils en font, voire en mourir selon l’effort. Les Loups Garou peuvent apprendre à maîtriser la transformation, au prix d’une souffrance physique phénoménale. Les vampires possèdent également une particularité, au cœur de la série : leurs émotions sont décuplées et, si celles-ci deviennent trop insoutenables, il peuvent faire taire tout sentiment en éteignant leur humanité. C’est dans cet état que nous retrouvons Damon au début de l’histoire et croyez-moi, vous ne voulez pas croiser un vampire privé de son libre arbitre. La magie garde également une part immense dans l’oeuvre, notamment quand il s’agit de la mort. Si l’on devait tout de même donner un défaut à la série, ce serait ses trop nombreuses résurrections, du moins, jusqu’au moment ou certains décès sont définitifs. Croyez moi, quand ça arrive, on en pleure. Oui, j’ai pleuré devant The Vampire Diaries, à la fin de la saison 8. Vous verrez, vous saurez, vous comprendrez. Contrairement à de trop nombreuses séries, celle-ci est parvenue à offrir un final exceptionnel. Ajoutez à cela un choix musical toujours irréprochable, vous obtenez un parfait mélange pour faire remuer de belles émotions. Non, franchement, foncez !

Ordre de préférence des saisons : 8 – 6 – 3 – 2 – 1 – 4 – 7 – 5 

Fiche technique : The Vampire Diaries

Genre : Fantastique
Durée : 8 saisons de 22 à 23 épisodes (16 pour la dernière) de 42 minutes
Casting : Nina Dobrev / Paul Wesley / Ian Somerhalder / Candice Accola / Joseph Morgan / Matthew Devis / kat Graham / Zack Roering / Michael Trevino
Création : Julie Plerc d’après la série littéraire Journal d’un Vampire de L.J Smith
Musique : Michael Suby

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4.2

« Alva dans la nuit » : dialectique de l’ombre et de l’or

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Créé par le scénariste danois Aksel Studsgarth et le dessinateur suédois Daniel Hansen, Alva dans la nuit (Glénat) est un thriller fantastique qui se pique de mythologie nordique. Filiation, identité et cupidité forment son cœur battant. 

L’intrigue d’Alva dans la nuit est centrée sur la jeune orpheline Alva, une cambrioleuse aguerrie qui survit aux marges de la société. Après avoir libéré accidentellement Sidsel, une sorcière colossale, durant un casse avec ses deux complices Mini et Morten, sa vie va soudainement basculer. La confrontation avec la mort et le surnaturel ébranle les certitudes d’Alva et la place sur la piste de sa communauté d’origine, dans une quête initiatique, filiale et identitaire menée avec maestria. Alva et Sidsel semblent partager une sorte de lien ancestral, qui introduit des questions d’appartenance et de destinée. D’antagonistes, elles deviennent en quelque sorte alliées, toutes deux se trouvant d’ailleurs aux prises avec les Artisans.

Mercenaires agissant pour le compte de Falk, propriétaire d’une entreprise pharmaceutique, les Artisans cherchent à exploiter la magie de manière irresponsable. Une fois Sidsel libérée, ils constitueront une menace permanente, contre laquelle Alva devra lutter. Il faut dire que dans l’univers glacé et privé de couleurs d’Aksel Studsgarth et Daniel Hansen, les sorcières recrachent de l’or ou se métamorphosent à leur guise, ce qui accentue l’intrigue et multiplie les lignes de tension. Le métal précieux se présente à la fois comme un don et une malédiction. Pour écouler ce qu’ils ont volé à Sidsel, Alva et Morten vont de personnage en personnage, avec à chaque fois quelques surprises à la clé.

En termes de conception artistique, l’album excelle en créant un environnement visuellement frappant, d’une grande personnalité. Le choix du noir et blanc amplifie le ton dramatique et consolide l’effet recherché. Protagoniste féminine forte en gueule et pleine de ressources, Alva voit se déployer autour de sa personne un sous-discours sur la filiation et la recherche des origines assez ingénieux, et touchant. Finalement, le seul réel reproche que l’on pourrait formuler à l’endroit de ce one-shot tient à la complexité de la narration, parfois un peu expéditive, ce qui peut engendrer une certaine confusion quant aux enjeux et fondements du récit. Rien de bien dommageable au regard des qualités d’ensemble d’Alva dans la nuit.

Alva dans la nuit, Aksel Studsgarth et Daniel Hansen
Glénat, septembre 2023, 264 pages

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3.5

« Meschugge »: la lie et la loi

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Dans Meschugge, les Danois Benni Bodker et Christian Hojgaard nous donnent à voir une fresque complexe du Copenhague du début des années 1900. Paru aux éditions Glénat, l’album suit les tribulations d’une dactylo envoyée sur le terrain par le magistrat qui l’emploie et se démenant pour résoudre une série de meurtres mystérieux. En toile de fond : les thématiques sensibles de la marginalisation ethnique, la prostitution, la corruption, et l’héritage prégnant de Jack l’Éventreur.

Copenhague, capitale danoise et ville pittoresque à l’architecture somptueuse, devient le théâtre de meurtres macabres qui font écho aux sinistres exploits de Jack l’Éventreur à Londres. L’intrigue de Meschugge gravite autour d’une héroïne qui s’ignore, devenue l’agent de liaison entre les Institutions et les strates sociales du ghetto. Nathansen est confrontée à un milieu familial étouffant, qui préférerait la voir se réaliser par un mariage fructueux plutôt que par le travail. Elle ne l’entend cependant pas de cette oreille et accepte d’enquêter, pour le compte d’un magistrat, dans les bas-fonds de Copenhague. 

Le ghetto, véritable plaque tournante de l’intrigue échafaudée par Benni Bodker, est dépeint avec mépris comme un endroit nauséabond et insalubre, un pot pourri de cultures – des émigrés venant de Varsovie, de Lituanie, d’Ukraine. « Pour eux, le ghetto grouille d’Orientaux et de criminels anarchistes », « les journaux disent que le sang étranger n’est pas un atout pour nous », « ils sont primitifs, ils manquent de culture et d’hygiène ». La présence de Nathansen dans ces quartiers paupérisés et laissés-pour-compte ne passe d’ailleurs pas inaperçue : on la regarde en chiens de faïence, on refuse de lui adresser la parole. « Si vous restez trop longtemps dans le ghetto, vous serez engloutie par la fange », la prévient-on. Pourtant, à force d’insistance, la jeune femme va découvrir une autre facette des lieux…

Christian Hojgaard, par son talent graphique, parvient à donner une dimension anxiogène à ce Copenhague de 1905. L’expressivité de chaque visage, chaque scène, sert d’écho aux émotions complexes qui animent les personnages. L’esthétique déployée rend justice à la densité de la trame narrative, enveloppant le lecteur dans une ambiance sombre et lourde. Il faut dire que les révélations de Nathansen ne sont en rien réjouissantes : non seulement les meurtres sont ritualisés, mais elle tient pour acquis que quelqu’un fait le ménage derrière elle, peut-être pour dissimuler les activités de la Brigade de mœurs, soupçonnée d’exploiter et persécuter les habitants du ghetto, sur fond de prostitution et d’organisations criminelles. 

Dans Meschugge, Bodker et Hojgaard dressent un portrait fascinant du Copenhague du début du XXe siècle, mêlant meurtres, intrigues politiques et marginalisation. La quête de vérité de Nathansen, en dépit des conventions et au cœur d’une ville gangrenée par le crime et la corruption, donne une couleur féministe à un roman graphique qui en est par ailleurs privé. Le rythme est haletant, l’héroïne attachante, le contexte d’une grande finesse. Alors qu’Alva dans la nuit a elle aussi produit son petit effet, force est de constater que la bande dessinée scandinave a décidément de beaux jours devant elle… 

Meschugge, Benni Bodker et Christian Hojgaard 
Glénat, septembre 2023, 144 pages

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4

« Lodger » : amour noir

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Les éditions Delcourt publient le thriller graphique Lodger, de David et Maria Lapham. Autour de deux personnages crépusculaires, les auteurs déploient un récit sombre, désespéré, et sanglant.

Parfois, l’amour, c’est un peu comme investir dans un film à gros budget : tu y mets de la passion, tout ton cœur, en pure perte. Pour un moment extatique, tu te lances dans des projets fous, insensés, voire désespérés. Mais à la fin, si tu te plantes, tout ce que tu récoltes, c’est une énorme dette émotionnelle et une bande-annonce quelque peu embarrassante de tes erreurs. En juxtaposant deux voix, celle du narrateur et celle du personnage principal, David et Maria Lapham transforment Lodger, thriller graphique sépulcral, en un témoignage puissant sur les amours déçus et leurs contrecoups les plus extrêmes. À Elroy, dans l’Arizona, bled paumé au point que les records de température ne sont même pas enregistrés, Ricky et Dante se rencontrent un peu par hasard : lui, voyageur, loue l’atelier du paternel, désoeuvré depuis un accident qui l’a laissé diminué et alcoolique. Elle, à peine sortie de l’enfance, cède à la fascination que le nouveau venu exerce sur elle.

Cette histoire, le lecteur ne la découvre que par bribes, à l’aide de sauts temporels. Dans une construction narrative sophistiquée, David et Maria Lapham brouillent les pistes, font passer des vessies pour les lanternes et exploitent en clerc la duplicité de leurs personnages – dont l’art du déguisement est tout sauf anodin. Le noir et blanc est expressif, crépusculaire. Il se met au service d’une revenge story opposant deux personnages rendus au dernier degré de la folie, capables des pires cruautés. Dans Lodger, les noms se dédoublent, les faits se falsifient et les points de vue adoptés contiennent des angles morts propres à dérouter le lecteur.

« Si le monde était rempli de saints, on inventerait le Diable avant d’être tous morts d’ennui. » Cette citation extraite de Lodger illustre très bien les fondements sur lesquels s’appuient David et Maria Lapham. Ricky Toledo, 18 ans, a soif de vengeance et n’entretient de relations sincères qu’avec son flingue paré d’or, baptisé « Golddigger ». Elle arpente les États-Unis aux trousses d’un blogueur-tueur qu’elle aime aveuglément, au-delà de la raison. Ce que les auteurs organisent avec soin tout au long de leur album, c’est la rencontre, ivre de conflictualité, entre deux esprits malades et bornés, dans une Amérique où le rêve s’est tari aussi vite que les revenus d’un ouvrier blessé, où la taule et l’orphelinat constituent des lieux de transit. Car mine de rien, Lodger s’hybride d’une dimension sociale à ne pas sous-estimer. Et s’il est explicite dans la monstration de la violence, il l’est tout autant à l’endroit des dysfonctionnements conjugaux et familiaux. Un diamant aussi noir que le charbon.

Lodger, David et Maria Lapham
Delcourt, septembre 2023, 128 pages

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4

« Le Dernier Sergent » : introspection graphique

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Fabrice Neaud occupe une place à part dans le paysage de la bande dessinée francophone. Connu pour ses carnets autobiographiques, passé maître dans l’art de se mettre à nu (parfois littéralement) dans des vignettes réalistes en noir et blanc, l’auteur et illustrateur revient sur les étals des librairies avec Le Dernier Sergent, qui succède au Journal rédigé au mitan des années 90.

Le Dernier Sergent repousse sans cesse son lecteur dans une marginalité contrainte. Fabrice Neaud, auteur et protagoniste principal, appartient à une double minorité – sexuelle et artistique – qui réduit considérablement l’espace dans lequel il peut s’épanouir. Cette dimension est peut-être l’élément central de ce roman graphique autobiographique. Qu’il soit isolé à une soirée se déroulant lors d’un festival de la BD à Rome ou qu’il se promène en pleine nuit dans des lieux de rencontre homosexuels, Fabrice Neaud ne peut se départir de cet état permanent de fébrilité et de vulnérabilité. Pis, dégoûté par l’égalitarisme cosmétique et forcé ainsi que le déni des spécificités et des violences de l’homophobie, il fait part de son envie d’hurler (comme Janet Leigh dans le film Psychose d’Alfred Hitchcock).

Le Dernier Sergent se concentre sur la fin des années 1990 et le début des années 2000. Il ne néglige ni la question du VIH ni la solitude souvent inhérente au célibataire homosexuel – surtout s’il est auteur de bandes dessinées. Jugez plutôt : trois journées de travail par semaine, la lecture ou l’écoute de France Culture sur son temps libre, les couchers au petit matin et invariablement seul. Entretemps, Fabrice Neaud nous aura présenté les patterns pyramidaux de la vie associative, la maladie de sa sœur et de son père, ses obsessions (dont celle du fameux sergent), la division des tâches stéréotypées durant son enfance (avec un clin d’œil à Charlie Chaplin) ou encore son quotidien d’auteur de la nouvelle bande dessinée.

Se glisser dans la peau de Fabrice Neaud tout au long de ces quelque 400 pages permet également, et surtout, d’interroger le cycle de vie hétéro-normé. Dans ces carnets, il est beaucoup question de la raréfaction des lieux de rencontre homosexuels (sous couvert de sécurité, par exemple). On en revient à la marginalité déjà évoquée, à laquelle il faut ajouter la violence, tant verbale (le « pédé » lâché gratuitement en pleine rue) ou physique (les petites frappes dans un bar homosexuel). L’auteur note une vraie dissymétrie dans l’espace public et son usage. Au fond, il s’agit de latitude, de liberté, de la capacité laissée à chacun de s’épanouir et de donner libre cours à ses sentiments. Déjà de nature anxieuse, Fabrice Neaud doit en plus composer avec les interdits découlant des normes et des us. C’est un homme empêché qui se raconte avec sincérité dans Le Dernier Sergent.

Le récit, par sa temporalité, coïncide avec l’avènement de l’Internet. L’une de ses histoires nous dévoile les états d’âme de Fabrice Neaud au moment de découvrir ce qui se dit sur lui et ses travaux sur un forum de discussions. C’est la réprobation par l’ignorance qui transparaît alors. Soupçons de maladie mentale, accusation de perversion, comparaisons douteuses avec Hitler ou Céline, tout y passe. Ce qui se révèle alors à l’auteur n’est autre que la révélation nette et sémantique de ce qu’il a pu ressentir – et verbaliser – jusque-là. Bien entendu, son expérience d’homme et de scénariste-illustrateur ne saurait s’y réduire. Mais les maux qui affligent Neaud se trouvent, tout ou en partie, dans ces commentaires désobligeants, voire haineux.

Le Dernier Sergent est une immersion complète, en quasi-apnée, dans la vie de son auteur. Sans fioriture, dans un style direct et à coups de tirades fusantes, ces histoires autobiographiques éclairent une époque et un art (le neuvième) d’une lumière crue. C’est radical, généreux et d’une transparence parfois glaçante.

Le Dernier Sergent, Fabrice Neaud
Delcourt, septembre 2023, 424 pages

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4.5

« Ô pays, mon beau peuple ! » : contrastes culturels

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Le regretté écrivain sénégalais Ousmane Sembène voit les éditions J’ai lu porter en format poche son excellent roman Ô pays, mon beau peuple !.

Il y a un peu de Cahier d’un retour au pays natal dans le roman d’Ousmane Sembène. Comme Aimé Césaire avant lui, le romancier sénégalais prend prétexte d’un retour en Afrique pour faire état de la condition des populations africaines et pour rendre compte des inégalités qui prospèrent sur le continent noir. Après avoir combattu en Europe contre les Allemands, Oumar Faye renoue avec ses terres ancestrales, accompagné de sa jeune épouse blanche Isabelle. Partant, il s’agit de sonder comment leur relation va être perçue, à la fois par la famille du jeune homme et par les Blancs, d’interroger les modes de vie des autochtones et d’organiser la rencontre entre un Noir porteur d’une altérité (occidentalisé, moderne, émancipé, mû par des idées neuves) et les Blancs faisant la loi dans son pays d’origine.

Sans surprise, dans un contexte colonial (ré)affirmé, l’union entre Oumar et Isabelle occasionne commérages, incompréhensions et même rejets. La sincérité des sentiments humains n’a pas voix au chapitre dès lors qu’une situation politique aigüe exerce sur eux sa chape de plomb. Isabelle a du mal à communiquer avec sa belle-famille. Son nom est sali. « Cela ne vous fait donc rien de coucher avec un nègre ? Moi, à votre place, j’aurais honte. » Les Blancs pensent pouvoir disposer d’elle comme ils l’entendent. Dans un autre registre, Ô pays, mon beau peuple ! s’appréhende comme une célébration profonde de la terre et du travail paysan. À travers les yeux et les actes d’Oumar, c’est la ruralité africaine qui se dévoile, dans toute sa noblesse. Et naturellement, de multiples façons, le roman d’Ousmane Sembène problématise les relations entre Noirs et Blancs, colonisateurs et colonisés.

Les descriptions ne manquent pas dans le roman. Qu’il s’agisse de décrire avec précision la nature africaine, d’explorer les traditions locales (par exemple : l’arbre de palabre) ou de questionner les conséquences du mariage entre Oumar et Isabelle, Ô pays, mon beau peuple ! ne manque ni de générosité ni de sophistications. Dans un contexte où les unions sont planifiées de longue date et où les mélanges culturels sont rares, le retour d’Oumar apporte son lot de controverses. Sa mère Rokhaya, dont l’opinion occupe une place considérable dans le récit, agit comme un baromètre pour le lecteur. Déception, fatalisme, tolérance, acceptation : les sentiments se succèdent et parfois s’entremêlent.

L’une des dimensions les plus importantes d’Ô pays, mon beau peuple ! tient au comportement et aux affects d’Oumar, censé se poser en trait d’union entre deux cultures. Avec beaucoup de poésie, et quantité de formules décapantes, Ousmane Sembène traduit parfaitement les états d’âme du personnage, qui apparaît à la fois obstiné et honorable. « La dignité de l’homme n’est pas seulement de faire des enfants, pas plus que de porter de belles étoffes, c’est aussi son pays. Indépendamment de cela, il y a toi, Isabelle. Tu ne peux pas oublier la faim, les privations que nous avons endurées pour cette maison, et tu voudrais la quitter ? Non ! Ce n’est pas seulement une chance pour moi de l’avoir, c’est ma force et c’est aussi la tienne. Partout où je vivrai avec toi ce sera la même chose. Je n’ignore rien de l’humiliation et je crois savoir ce que tu peux souffrir. »

Bien que relativement court, le roman dresse un panorama pertinent et multidimensionnel de l’Afrique coloniale et des rapports interculturels. Rien que pour cela, il mérite amplement d’être (re)découvert.

Ô pays, mon beau peuple !, Ousmane Sembène
J’ai lu, septembre 2023, 256 pages

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4.5

Crépuscule : fin de la guerre

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Crépuscule constitue le neuvième et dernier tome de la série Amours fragiles signée Jean-Michel Beuriot (dessin) et Philippe Richelle (scénario), avec ici une mise en couleurs par Dominique Osuch. Une série commencée il y a vingt-deux ans, avec la parution des premières planches dans la revue (À SUIVRE).

Arrive la fin de la guerre, son crépuscule, période logique pour terminer la série, même si les auteurs se défendent d’avoir travaillé à une série historique. Le titre général justifie leurs intentions, et ce d’autant plus qu’ils y ont longuement réfléchi au moment de s’engager dans cette voie. Ceci dit, les spécialistes ne s’y trompent pas en soulignant que la série est remarquable d’un point de vue historique, puisque les auteurs respectent aussi bien la véracité des faits, les circonstances parfois jusque dans d’infimes détails et aussi tout ce qui constitue les costumes (celui d’un avocat allemand par exemple) et les décors. Par petites touches, ils parviennent à faire sentir beaucoup de points importants dans la description de cette période. C’est vrai par exemple d’un point de vue psychologique et la réussite de la série tient au fait que nombre de personnages illustrent les différents cas de figures observés pendant cette période. De plus, les auteurs évitent de tomber dans la représentation archétypale, car les portraits psychologiques des personnages principaux se révèlent complexes et subtils. Autant dire que les neuf albums de la série méritent d’être parcourus plus d’une fois, pour bien faire le lien entre les événements et les personnages, comprendre l’enchaînement des circonstances et l’évolution des personnages, apprécier la valeur de chaque détail. Ainsi, dans ce dernier épisode, on voit Martin (Allemand horrifié par le nazisme, rappelons-le) s’éloigner un peu d’Hilda qui l’a pourtant hébergé clandestinement alors qu’il risquait gros quand son ami Fredi était interrogé avant d’être exécuté pour avoir conspiré contre Hitler. On peut dire que, d’une certaine façon, Martin doit la vie à Hilda qui a pris de gros risques personnels pour le cacher (voir l’épisode précédent quand Hilda se cache de sa sœur Margrit, alors que Martin finit par conclure un pacte avec Gerd – le mari de Margrit – qui vient de le découvrir dans sa cache). Mais ensuite, Hilda a reproché à Martin d’être « naïf et faible » ce qu’il a du mal à encaisser. Touché au vif, Martin va trouver l’occasion de se révéler à lui-même.

Période trouble

L’immédiat après-guerre voit une ambiance très bizarre s’installer dans l’Allemagne vaincue. Les caractères se révèlent, avec la volonté de la majorité de penser à l’avenir, que ce soit en sauvant sa peau ou simplement en se réservant une porte de sortie. L’album rend bien compte de la complexité de la situation. Et encore, il n’est même pas question ici de la division en quartiers (contrôlés par la France, l’Angleterre, les États-Unis et l’Union soviétique) de la ville de Berlin. Les auteurs s’intéressent aux personnages qu’on connaît déjà. La situation n’est pas brillante pour Katharina qui se faisait discrète à Lyon dans un appartement avec une amie. Finalement, même pas assez discrète, car les deux amies font l’objet d’une dénonciation… Et si elles peuvent échapper à la vindicte grâce à de discrètes protections (dont celle d’un personnage assez trouble), certains observent tout et ne s’embarrassent pas de principes. La confusion aidant, la période est aux éliminations brutales, parfois en toute impunité.

Martin au milieu de l’hypocrisie générale

Dans ces conditions, l’Allemagne devient la proie des combinards de toutes sortes, que ce soit dans les tribunaux (où il est question de dénazification) avec la production de faux témoignages ahurissants ou bien dans la vie de tous les jours avec l’émergence d’un trafic du type marché noir. L’un des personnages féminins se livre même à la prostitution, allant jusqu’à oser dire à l’une de ses connaissances que ce travail lui convient. Rare confidence qui mène à un drame ! C’est dire combien l’atmosphère générale est dominée par l’hypocrisie. De nombreux ressentiments se font jour et Martin peut s’estimer heureux de s’en sortir.

Un ensemble marquant

Même si la victoire revient au camp des alliés, cet album réserve une conclusion douce-amère à la série. En effet, ce sont des êtres humains qui ont traversé une sale période et nul n’en sort indemne. Crépuscule a le mérite de s’intéresser avant tout à ce qui se passe en Allemagne immédiatement après la défaite, choix judicieux puisque cette période est relativement méconnue pour nous français. En ce qui concerne les amours du titre général, la relation entre Martin et Katharina illustre parfaitement le côté doux-amer évoqué. Qu’ils s’aiment ne suffit pas à les réunir définitivement, car rien ne pourra effacer ces années où ils ont vécu et dû faire de nombreux choix. Martin se montre finalement plus fort de caractère que ce que Hilda avait sous-entendu précédemment et c’est tout à son honneur. Toujours en osmose, les auteurs se montrent donc à la hauteur de l’ensemble élaboré tout au long de la série, en livrant une conclusion qui peut se lire comme une leçon de vie. Cet ultime épisode laisse d’abord une impression mitigée avec ses intrigues multiples, pour finalement se révéler tout aussi marquant que le précédent par exemple, son épaisseur (soixante-douze planches), justifiée, permettant le vaste tour d’horizon qui s’imposait pour conclure.

Crépuscule : Amours fragiles Tome 9, Jean-Michel Beuriot (dessin), Philippe Richelle (scénario) et Dominique Osuch (mise en couleurs).
Casterman, septembre 2023

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4

The General : un amour à deux visages

The General : un film où péripéties, burlesque, cascades et amour sont les ingrédients d’un western. Keaton y donne le meilleur de lui-même dans ce chef-d’œuvre que lui-même considérait comme l’un de ses deux meilleurs films avec The Navigator. Un des grands classiques, incontournable, du cinéma muet.

The General, c’est une histoire d’amour comme la plupart des films de Keaton, un amour unique à deux visages : celui d’une locomotive à vapeur (la General en question) dont Johnnie (Keaton) est le mécanicien et celui d’Annabelle aux grands yeux et aux longues boucles de cheveux.

L’intrigue du film se situe en 1861 quand éclate la guerre de Sécession. Johnnie, refoulé par l’armée sudiste car plus utile comme mécanicien, va tout de même se trouver impliqué dans le conflit de façon inattendue.

The General, c’est aussi un film d’action. Le rythme est haletant, une grande partie de l’histoire se déroulant sur des trains lancés à fond, autant que cela était possible à l’époque. Le film nous offre de belles séquences d’acrobaties. Keaton a réalisé lui-même toutes les cascades, il n’avait pas de doublure.

Les acrobaties sur les trains et en particulier sur leur toit – un lieu idéal pour les courses poursuites – a connu dans l’histoire du cinéma un grand succès. Tout acteur de film d’action qui se respecte se doit d’avoir au moins une fois dans sa vie couru sur le toit d’un train. Le dernier exemple en date étant Tom Cruise dans Mission: Impossible – Dead Reckoning Part One. Des séquences qui réjouissent toujours les amateurs de cascades en tout genre et des séquences dans lesquelles les acteurs donnent réellement de leur personne. Et Keaton était généreux dans ce registre, il prenait toutes sortes de risques et il le payait parfois cher.

Regarder The General ne peut que réjouir également les amateurs de machines, et ici de trains à vapeur qui partagent la vedette avec Keaton. Ils sont vus sous tous les angles : en plan large, en plan rapproché, de l’extérieur, de l’intérieur, en plongée, en contre-plongée. On ne s’en lasse pas, et ils ont fière allure !

Alors que le cinéma est encore très jeune, la mise en avant d’un train n’est pas anodine. Le cinéma et le train partagent des liens intimes dès l’origine du septième art. Il existe au début du XXe siècle un spectacle populaire, le Phantom train ride. La salle ressemble à celle d’un train et en a les proportions. Les spectateurs sont placés face à un écran et des films très brefs, pris de l’avant d’un train, sont projetés. The General comporte de telles séquences. Les spectateurs voient alors défiler sous leurs yeux la voie ferrée et les paysages. Pendant ce temps, quelqu’un s’occupe du bruitage pour reproduire les sons et créer l’ambiance sensorielle : coups de sifflets, vapeur, grondement des roues. Une sorte de 4D avant l’heure, qui permet à des personnes n’ayant pas les finances de s’offrir un voyage sur rails de l’expérimenter à travers ces spectacles.

À l’inverse, pour ceux qui peuvent s’offrir le voyage en conditions réelles, l’expérience qu’ils font prépare la projection cinématographique. Avec son apparition, le train change la perception du temps et de l’espace, les voyageurs voient défiler sous leurs yeux, à travers une vitre, des paysages à une vitesse jamais expérimentée jusque là. Comme Vanessa R. Schwartz (historienne de l’art) le fait remarquer : « le train nous a vraiment montré qu’un moyen de transport pouvait être vécu comme une forme de médium et d’une certaine manière, ce médium est pré-cinématographique ».

The General, ce n’est pas seulement le train, c’est aussi Buster Keaton, l’autre vedette de cette histoire. Fidèle à son personnage qui apparaît film après film, il multiplie les maladresses. Or Keaton était l’une des personnes les plus adroites qui soit, mais il simule à la perfection les chutes, les mauvais mouvements et les accidents en tous genres. Il avait une maîtrise parfaite de son corps et pouvait en faire ce qu’il en voulait. Habitué à être malmené sur les planches depuis l’âge de 3 ans où il jouait avec ses parents, il avait acquis à la fois une résistance et une aisance qui rendent son jeu d’acteur incroyablement fluide. Un passage de son autobiographie illustre bien sa formation au métier auprès de son père :

« Notre numéro gagna la réputation d’être le plus violent du music-hall. Cela résultait d’une série d’expériences curieuses auxquelles Pop se livra sur ma personne. Il commença par me porter sur scène et me laisser tomber sur le plancher. Ensuite, il se mit à essuyer le sol avec moi comme balai. Comme je ne manifestais aucun signe de mécontentement, il prit l’habitude de me lancer d’un bout à l’autre de la scène, puis au fond des coulisses, pour finir par me balancer dans la fosse d’orchestre, où j’atterrissais dans la grosse caisse. Les spectateurs étaient stupéfaits parce que je ne criais ni ne pleurais. Rien de mystérieux là-dedans. Je ne pleurais pas parce que ça ne me faisait aucun mal. Tous les jeunes enfants adorent être rudoyés par leur père. Ils sont également des acrobates et cascadeurs-nés. »

Keaton n’est pas seulement l’acteur vedette de The General, il en est également le scénariste et le réalisateur. Le soin de sa mise en scène saute aux yeux. Chaque plan est composé avec soin, les plans se succèdent et se complètent, offrant toute une diversité de points de vue sur une même situation rendue très dynamique. Un seul exemple : au début du film, Keaton marche résolument pour aller saluer sa « belle ». Derrière lui, sans qu’il en ait conscience, marchent en « procession » deux enfants et Annabelle qu’il vient rejoindre. Le plan est énergique, la caméra suit l’évolution des personnages, puis succède un plan fixe où cette fois-ci ce sont les personnages qui entrent dans le champ de la caméra et y évoluent. Cette mise en scène renforce le côté burlesque de la marche solennelle des personnages.

Keaton évolue en liberté, aisance et c’est le sourire aux lèvres que nous assistons aux exploits de ce preux chevalier parti sauver sa dulcinée et sa General. Ici, plus que jamais, ce n’est pas la destination qui compte, c’est le chemin pour y parvenir.

Bande-annonce : The General

Fiche technique : The General

Réalisateur : Buster Keaton
Scénaristes : Buster Keaton – Al Boasberg – Clyde Bruckman
Photographie : Bert Haines
Montage : Harry Barnes
Producteur : Buster Keaton
Maisons de Production : Buster Keaton Productions
Distribution (France) : Théâtre du temple
Durée : 90 min.
Genre : Western, comédie
Date de sortie : 24 février 1927 (France) – 1926 (États-Unis)

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