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Un amor : mon libre ennemi

Dans un film âpre et qui ne se laisse pas facilement cerner, Isabelle Coixet dépeint le puissant racisme et la violence des autres à travers le portrait d’une femme seule en quête de son désir. 

Isabelle Coixet tisse avec ambiguïté un climat oppressant où son héroïne est tout de suite la proie des regards, des peurs, des insultes et désirs des habitants.

De fait c’est dans un hameau reculé et aride (accentuant l’hostilité qu’elle va y subir) de la campagne espagnole que Nat (traductrice de récits de migrants en lien avec une ONG) décide de s’installer pour s’éloigner ou se retrouver. Que fuit-elle et que cherche-t-elle ? Juste être authentiquement soi-même, quitte à (se) déplaire et provoquer

Tout au long de Un Amor on ne saura les vrais raisons de cet exil. On voit juste une femme perturbée mais pas larguée, sensible mais pas vulnérable, blessée mais pas perdue. Et tout passe par le visage et le corps de l’actrice (Laia Costa) semblant tour à tour frêle et robuste, menu et rugueux.

Du passé de Nat, la réalisatrice décide de ne pas nous en apprendre plus que cette déchirure qui semble habiter son quotidien, errant entre mélancolie, solitude et dureté.

Dès l’abord, Un amor construit une tension palpable et anxiogène  entre les habitants (beaucoup d’hommes seuls, le peintre de la maison d’à côté, le propriétaire odieux, mais aussi la caissière de la seule épicerie du village) et cette jeune femme venue d’on ne sait où, mélange de force et de fragilité, brisant les conventions, n’ayant pas honte d’être seule, ni vraiment marginale, ni vraiment sociable.

Nat à qui son propriétaire refile un chien plus ou moins galeux se retrouve à devoir tout gérer: de la maison insalubre dont le toit s’effondre aux jalousies et projections de ses voisins. Celui surnommé l’Allemand -lui-même déjà ostracisé à l’intérieur de ce hameau- lui propose un deal saugrenu: « je te refais ton toit si je peux entrer en toi ». Là le film prend des tours inattendus et drus laissant son personnage choisir ou désirer une soumission dans des scènes érotiques franches, à la limite du scabreux.

Le trouble naît alors de la volonté de la cinéaste de suivre l’errance et la perturbation du personnage de Nat. Sans jugement moral ou explication. 

L’osmose entre Nat et l’Allemand -Andreas (qui n’est pas sans rappeler le Denis Ménochet de As Bestas) est sans doute dans les rapports- limite que la cinéaste instaure la métaphore du vrai sujet du film : la violence bestiale des êtres, leur impossible rencontre.

Un Amor construit à travers le portrait de cette femme étrange et étrangère, libre de ses choix un film suffocant et déroutant.

Toujours à la limite du thriller (et sans doute aurait-il pu gagner encore en force en décidant franchement de l’être), un Amor nous raconte ce que fait la solitude aux êtres, ce que fait le paysage rustre à nos corps, ce que génère un élément inconnu dans un microcosme domestique, comment l’ensemble des privations et frustrations qui s’en induisent agissent se muant en pulsions sadiques, racistes ou attachements irrationnels. 

Bien sûr le film souffre un peu trop de la comparaison avec son voisin As Bestas (Rodrigo Sorogoyen), il reste qu’un Amor a l’audace de proposer un portait de femme non-victime.

En ces temps d’avalanche spongieuse de me too, énoncer : je suis mon propre et libre ennemi est salutaire.

Un Amor : Bande-annonce

De Isabel Coixet | Par Isabel Coixet, Laura Ferrero
Avec Laia Costa, Hovik Keuchkerian, Luis Bermejo
9 octobre 2024 en salle | 2h 09min | Drame, Romance
Distributeur : Arizona Distribution

Submersion, ou la montée des eaux en Écosse

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Dans un futur relativement proche, Iwan Lépingle imagine un scénario où la montée du niveau des eaux dans les océans a des conséquences sur le moral des humains ainsi que sur leurs activités. Il situe son intrigue en Écosse, mais cela pourrait être aux alentours de n’importe quelle côte.

Le dessinateur-scénariste situe l’action à Shebkirk, village fictif non loin d’Inverness, quelque part sur la pointe nord de l’Écosse. Les frères Calloway, pêcheurs depuis de nombreuses générations, ont dû abandonner leurs maisons pour s’y installer suite aux méga marées qui ont progressivement et méthodiquement grignoté du terrain. Certains ont même habité dans des baraquements provisoires avant de trouver un nouveau logement. A Shebkirk, tout le monde se connait, malgré les activités différentes exercées par les uns et les autres, ainsi que les distances physiques matérialisées par l’immensité de la lande et de la mer. Ainsi, les réputations sont bien établies et peu de faits échappent aux observations des uns et des autres. Pourtant, Joseph le garagiste, réputé comme surfacturant ses réparations, s’en sort bien. Trop bien même pour ceux qui en discutent à l’occasion. Ainsi, il s’est payé récemment deux quads flambant neufs alors que la plupart des gens du coin préfèrent chercher un garagiste à la tarification plus abordable, quitte à aller un peu plus loin. Ceci dit tous s’accordent à dire que Joseph connaît parfaitement son métier.

Wyatt et Travis

L’action commence environ six mois après la mort de Wyatt, l’un des frères Calloway, le plus prometteur soit dit au passage. Il est mort un soir alors qu’il roulait sur une ligne droite et qu’il rentrait chez lui après avoir juste bu une pinte. Cela avait suffi pour que la police conclue à une perte de contrôle de son véhicule. Voilà qui reste en travers de la gorge de son frère Travis qui n’y croit pas. Or, à une soirée dans un pub, Travis entend Matko raconter une histoire qui lui met la puce à l’oreille. D’après ce que Matko raconte, cela date forcément de la soirée où Wyatt s’est tué. Dans ces conditions, Travis soupçonne fortement que la voiture de Wyatt ait été sabotée, de façon suffisamment subtile pour que les experts mandatés n’aient rien pu déceler. C’est ainsi que Travis commence une enquête personnelle qui l’amène à provoquer Joseph un soir où ils ont tous bu pas mal de pintes au pub…

La mer nous a poussés loin du rivage

Avec cet album, Iwan Lépingle illustre un scénario peu flatteur pour la nature humaine et les conséquences de ses agissements irraisonnés. Au climat peu engageant du nord de l’Écosse, il associe les conséquences du dérèglement climatique et la capacité humaine à l’égoïsme, voire pire. Le début insiste sur cette montée des eaux, avec un leitmotiv dans la narration « Le mer nous a poussés loin du rivage » avec des variations dans les enchainements. En ouverture, six planches sans texte nous mettent dans l’ambiance, avec une activité d’exploitation des algues sur le rivage. Toute une première partie nous fait sentir l’atmosphère générale, avec le village et ses environs, ainsi que les personnages qui interviennent dans l’intrigue. Élément central, Travis tente de comprendre ce qui s’est réellement passé le soir de la mort de son frère. Il se montre tenace, avec une tendance à l’impulsivité, alors que son frère Badger se montre bien plus calme. Il y a également Jenny, la veuve de Wyatt qui envisage de s’installer à Inverness avec son jeune fils Kyle, l’éloignant par la force des choses de ses oncles, tous deux célibataires sans enfant. Et puis, il y a les autochtones qui interviennent à l’occasion, essentiellement lors des investigations de Travis. On citera Erin, une jeune bergère plutôt séduisante. Enfin, les circonstances font intervenir Amélia, la fille de Joseph, étudiante à Glasgow.

Intentions et réalisation

Bien que l’album soit un one shot, il s’avère suffisamment dense (116 planches) pour qu’Iwan Lépingle y intègre de façon naturelle tous les éléments qui l’intéressent. Ainsi, en variant les tailles et formes de ses vignettes selon les besoins, il fait sentir la vie que mènent les habitants de Shebkirk, tout en faisant progresser son scénario, qui tourne essentiellement autour de l’enquête de Travis. Mais les enjeux individuels ne sont pas négligés, avec les aspirations et caractères des uns et des autres. Les couleurs utilisées par le dessinateur sont assez neutres dans l’ensemble. Aucune teinte vive, même pour le rouge qui revient pourtant assez régulièrement. Je pense ainsi à la course improvisée un soir de beuverie sur laquelle la première partie s’achève, tout en nous éclairant sur jusqu’où peuvent aller les différents protagonistes. A cette occasion, le dessinateur montre qu’il peut très bien faire sentir le mouvement, même si ce n’est pas sa qualité principale. Il s’affirme surtout dans sa capacité à faire sentir une certaine ambiance, alors que, bien qu’exempts de toute raideur dans leurs attitudes, ses personnages manquent un peu de détails dans l’expression sur leurs visages. Ainsi, il faut rester attentif pour faire la distinction entre Travis et son frère Badger. A noter que si on est souvent tenté de rapprocher Submersion de l’album Tintin – L’île noire, aucun élément n’y fait directement référence. D’ailleurs le style du dessinateur ne va pas dans le sens de la ligne claire chère à Hergé. Enfin, il est question d’un entrepôt avec une inscription comportant le n°17 qui ramène discrètement à Hitchcock.

Pour conclure

Le titre s’avère donc un excellent prétexte pour associer le dérèglement climatique à un dérèglement des relations humaines, tout en profitant de l’occasion pour décrire une région qui mérite l’exploration, malgré son climat rigoureux. De même, l’album mérite la découverte.

Submersion, Iwan Lépingle
Sarbacane : paru le 2 octobre 2024
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3.5

« Un travail pour Fantomiald » : entre super-héroïsme et vie quotidienne

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Donald Duck, alias Fantomiald, revient dans une nouvelle aventure pleine de rebondissements, où se mêlent humour, créativité et situations rocambolesques. Scénarisé par Nicolas Pothier et dessiné par Batem, dessinateur célèbre pour son travail sur Marsupilami, cet album publié chez Glénat revisite avec modernité le personnage emblématique de Donaldville. Entre la pression financière imposée par Onc’ Picsou et les péripéties de sa double vie de super-héros, Donald nous embarque dans une succession de quatre épisodes délectables où il doit jongler entre travail, (més)aventures et préservation de son identité secrète.

Dès les premières pages, Donald se trouve dans une situation critique. Onc’ Picsou exige que son neveu, habitant l’une de ses propriétés, paie enfin un loyer sous peine d’être expulsé. Cette menace n’est pas anodine : Donald cache dans la cave de la maison le repaire secret de Fantomiald, son alter ego de justicier masqué. La tension monte alors pour notre canard favori, qui doit rapidement trouver un emploi pour éviter la catastrophe.

S’ensuit une série d’aventures où Donald, toujours aussi malchanceux, échoue dans divers métiers : facteur, peintre, déménageur, livreur… Aucun domaine ne semble lui convenir. Ici, l’humour prend le dessus, notamment par les situations absurdes dans lesquelles Donald se retrouve, incapable de conserver un poste plus de quelques heures. Cet aspect rappelle les récits classiques de Donald, toujours en lutte contre les aléas de la vie quotidienne. Le contraste entre son rôle de simple citoyen et celui de Fantomiald est accentué, renforçant l’identification du lecteur aux mésaventures de ce personnage ordinaire confronté à des défis extraordinaires.

Mais au fait, pourquoi Donald se voit-il soudainement réclamer un loyer ? Tout simplement parce que des journalistes ont appris à Onc’ Picsou qu’il pourrait prochainement perdre la première place du classement des plus grosses fortunes. L’honneur du super-riche est en jeu, et il est prêt à en faire subir toutes les conséquences à ses proches… Heureusement, par une manipulation habile et un don inattendu, l’ordre est maintenu. Ce qui n’empêche pas Picsou de camper sur ses positions !

C’est ainsi que l’histoire bascule ensuite vers d’autres péripéties. Donald, dans sa version masquée de Fantomiald, doit intervenir lorsque des voleurs – Jack, Slim, Black et Boogie – tentent d’orchestrer des cambriolages. Dans un troisième épisode, le musée d’Art moderne de la ville est cambriolé par les infâmes Rapetou, ce qui donne lieu à des scènes d’action où Fantomiald doit user de toute sa dextérité pour déjouer les plans des Rapetou tout en évitant de perdre son nouveau travail de veilleur de nuit. L’enjeu est de taille, car la conservation de cet emploi est essentielle pour qu’il puisse payer son loyer, tout en empêchant son oncle de découvrir son secret.

Dans la dernière partie de l’album, un épisode tout aussi déjanté s’ajoute à la longue liste des mésaventures de Donald. Alors qu’une canicule frappe Donaldville, les habitants de la ville se retrouvent sous l’emprise de mystérieux bonbons rafraîchissants qui, lorsqu’ils sont consommés en excès, transforment les citoyens en zombies glacés. Cet élément apporte une touche saugrenue supplémentaire au récit, rappelant les aventures décalées de Fantomiald dans les bandes dessinées du passé.

Bien rythmé, enjoué, Un travail pour Fantomiald se plaît à mettre son protagoniste dans l’embarras et à rendre pathétique Onc’ Picsou, qui, incrédule et vexé à l’idée de perdre la primauté chez les riches, élabore des stratagèmes pour maintenir sa suprématie financière, allant jusqu’à solliciter des dons du public, une idée cocasse pour celui qui se baigne… dans une piscine remplie d’or ! Le personnage de Géo Trouvetou, inventeur de génie, vient aussi pimenter l’intrigue avec ses solutions décalées, toujours à la frontière de l’absurde. 

L’humour, sous diverses formes – jeux de mots, quiproquos, comique de répétition, inventions invraisemblables – constitue un ressort essentiel de cet album. On assiste à des scènes où la maladresse et la malchance de Donald sont amplifiées par la narration visuelle de Batem, rendant chaque chute de gag d’autant plus savoureuse. La synergie entre le texte de Nicolas Pothier et les illustrations de Batem crée un rythme effréné qui fonctionne et amuse tout au long de l’œuvre.

Un travail pour Fantomiald, Nicolas Pothier et Batem  
Glénat, octobre 2024, 56 pages

 

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3.5

« La Suprématie des Underbaboons » : de la hiérarchie humaine et animale

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Dans La Suprématie des Underbaboons, Emmanuel Moynot tisse un parallèle troublant entre les dynamiques de domination chez les babouins et les dérives patriarcales de la société américaine contemporaine. Ce roman graphique, publié chez Glénat, propose sous forme de thriller une réflexion sombre sur le pouvoir, la violence et la nature humaine, dans un style graphique glaçant.

Le point de départ de La Suprématie des Underbaboons repose sur les observations réelles du couple de chercheurs Robert et Lisa Share-Sapolsky, qui ont étudié les interactions au sein des troupes de babouins dans une réserve kényane entre 1978 et 1990. Emmanuel Moynot s’empare de ces découvertes scientifiques pour illustrer comment les mâles alpha, en utilisant la terreur et la violence, maintiennent leur suprématie. Cette tyrannie, qui passe par des meurtres, des viols et des intimidations de toutes sortes, est mise en parallèle avec le pouvoir dans les sociétés humaines, notamment américaines, marquées par un patriarcat omniprésent, ainsi que des idéologies nauséabondes.

Un tournant dans la structure sociale des babouins a été observé après qu’une épidémie a décimé une grande partie des mâles dominants. Les chercheurs notent alors une chute spectaculaire du niveau de stress et des agressions au sein des individus survivants. Les mâles moins dominants, les omégas, prennent le relais, imposant une dynamique plus égalitaire et sereine. Ce constat semble faire écho à un espoir utopique : une société humaine plus harmonieuse, sans les structures de pouvoir tyranniques. 

Ces digressions scientifiques servent en réalité de toile de fond à un thriller haletant qui traverse les États-Unis. Colleen Thompson, une agent du FBI forte en gueule et sexuellement libre, enquête sur une série de meurtres mystérieux ciblant des figures de pouvoir. Ces victimes, des hommes influents liés à des scandales sexuels ou financiers, sont abattus, tandis que leurs compagnes ou maîtresses sont quant à elles épargnées. Ce détail soulève la question d’une possible guerre contre le patriarcat.

Le scénario prend une tournure encore plus complexe lorsque, après une nouvelle attaque contre une femme politique républicaine, les motivations du tueur semblent brouillées. Est-il question d’un acte politique, d’un combat féministe violent ou de simples exécutions orchestrées par un individu animé par un désir de vengeance personnel ? Ces questions ne trouveront leur réponse qu’à la toute fin, dans un dénouement qui renverse les attentes du lecteur.

L’une des grandes forces de La Suprématie des Underbaboons réside dans la juxtaposition habile des récits scientifiques sur les babouins et des chapitres plus « humains » du polar. À chaque moment-clé de l’intrigue, l’auteur revient sur les études éthologiques, éclairant ainsi les comportements humains par des réflexions sur les primates. Ce procédé permet une distanciation critique bienvenue, et peut-être même une mise en abîme détournée du récit.

L’humanité, dans ses dérives de domination et de violence, ne serait-elle qu’une espèce à peine plus sophistiquée que les babouins ? Emmanuel Moynot semble vouloir démontrer que, tout comme ces primates, les structures de pouvoir humaines reposent sur des rapports de force brutaux. Les suprémacistes blancs, les figures du pouvoir conservateur et les tueurs isolés qui jalonnent le récit apparaissent comme les reflets d’une société gangrenée par la violence inhérente au patriarcat.

Au-delà de son intrigue prenante et de ses réflexions naturalistes, La Suprématie des Underbaboons se veut également une critique acerbe de la société américaine contemporaine. La violence et la corruption y sont disséquées dans toutes leurs facettes : les hommes de pouvoir dévoyés, les suprémacistes blancs dépeints sous un jour pathétique, les communautés sectaires d’extrême droite… Colleen Thompson bouscule quant à elle les normes genrées traditionnelles par son caractère fort et son indépendance sexuelle.

Emmanuel Moynot ancre ces évocations dans une critique plus large du modèle conservateur américain. À travers l’assassinat d’une candidate républicaine et la menace d’un suprémaciste blanc planifiant un attentat, l’auteur dénonce les tensions politiques extrêmes qui minent le pays depuis plusieurs décennies. Une réalité exacerbée depuis la première présidence de Donald Trump. Le polar se fait ainsi le miroir de la société actuelle, où les divisions idéologiques et la violence semblent de plus en plus irréconciliables.

La Suprématie des Underbaboons est une fable noire qui interroge les fondements même de la domination humaine et immerge le lecteur dans les abysses d’une société américaine en crise. Le parallèle entre les comportements des babouins et ceux des humains rend compte d’une double lecture qui reste longtemps en tête après la dernière page. Une belle réussite.

La Suprématie des Underbaboons, Emmanuel Moynot 
Glénat, septembre 2024, 104 pages

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4

« Chroniques des mondes d’Aria » : une quête héroïque inattendue

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Chroniques des mondes d’Aria, de William Lafleur et Dario Tallarico, paraît aux éditions Glénat. On y plonge dans un monde d’heroic fantasy empreint d’humour et de magie. Adaptée de l’univers du jeu de rôle Aria de FibreTigre, cette œuvre invite le lecteur à suivre les mésaventures de Jotun, un voleur peu conventionnel, dans une quête improbable, embrassée à son corps défendant, pour sauver le monde.

Dès les premières pages, le ton est donné : Jotun est loin d’être le héros classique des récits épiques. Il gagne en pathétisme ce qu’il perd en bravoure. Enfermé dans une cage alors que la paix vient tout juste d’être rétablie dans le royaume d’Aria, ce personnage avide n’a qu’une ambition : profiter de la vie et s’enrichir. Son pragmatisme et son manque de courage sont en total décalage avec l’appel du destin. Contraint d’accepter un marché pour recouvrer sa liberté, Jotun est toutefois bientôt embarqué dans une mission aux enjeux colossaux, qu’il est bien loin d’imaginer.

L’humour naît principalement de ce contraste. Les choix de Jotun, souvent motivés par son appât du gain et conditionnés par sa maladresse, le placent dans des situations absurdes où ses acolytes, plus compétents, se doivent de pallier ses nombreuses lacunes. Une scène particulièrement cocasse met en lumière son caractère décalé : équipé d’une amulette qui le fait pleurer lorsqu’on lui ment, il est sauvé par ses compagnons qui le couvrent de compliments mensongers dans un désert nommé les « sables émouvants ». Cette scène illustre le peu d’estime que son entourage lui accorde, tout en révélant certains des ressorts comiques de la narration.

Ce qui rend cette aventure singulière, ce sont les artefacts magiques mis à la disposition de Jotun : une hache qui hurle, une lanterne inextinguible, une amulette aux propriétés larmoyantes et même une tempête dans un bocal. Ces objets, aussi loufoques que dangereux, constituent des éléments essentiels de l’intrigue, mais également des prétextes à des situations comiques. Jotun, n’ayant aucune intention de s’en servir pour sauver le monde, espère les revendre et en tirer un bon prix. Il n’a cure de sa mission. Cependant, la quête qui lui est imposée le ramène constamment vers son destin, bien malgré lui.

L’univers d’Aria, conçu pour le jeu de rôle, se prête parfaitement à cette bande dessinée. Les références à la fantasy classique sont nombreuses, mais souvent tournées en dérision, à l’image du Donjon de Naheulbeuk. Les personnages secondaires, notamment les jeunes femmes qui accompagnent Jotun, jouent un rôle crucial dans l’intrigue, non seulement en guidant l’anti-héros, mais en apportant une profondeur que le personnage principal, volontairement simpliste, n’a pas forcément.

Plus généralement, le scénario imaginé par William Lafleur repose sur un rythme soutenu, où chaque action se déroule sans réel temps mort. L’intrigue, bien que légère, est bonifiée par les moments d’humour, qui se succèdent sans jamais alourdir le récit, et les épreuves rencontrées par Jotun et ses compagnons. Cependant, certains passages auraient probablement gagné à être davantage développés et l’on peut ressentir un manque d’enjeux, de conflictualité, dans la trame narrative. 

Le dessin de Dario Tallarico se caractérise quant à lui par des scènes dynamiques, des personnages assez bien définis et expressifs, des couleurs et des compositions graphiques avenantes. Les références visuelles à la culture geek apportent un plus à l’ensemble. Chroniques des mondes d’Aria est une bande dessinée qui ne prétend pas réinventer les codes de la fantasy, mais qui les détourne avec légèreté et humour. Le personnage de Jotun, anti-héros par excellence, porte l’intrigue à sa manière, mi-pathétique mi-absurde. Ce premier volume remplit finalement son objectif : offrir une aventure divertissante dans un monde de fantasy décalé, où la magie et l’humour cohabitent sans jamais se prendre trop au sérieux.

Chroniques des mondes d’Aria, William Lafleur et Dario Tallarico
Glénat, septembre 2024, 48 pages

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3

No nos moverán, de Pierre Saint Martin Castellanos : la vengeance, à l’aune d’une vie

Armé de son premier long-métrage de cinéma, No nos moverán (4 décembre 2024), Pierre Saint Martin Castellanos frappe les esprits avec un film de vengeance en noir et blanc à l’héroïne paradoxale, qui manifeste hautement la belle vitalité du cinéma mexicain.

On croit connaître les films de vengeance : la froide determination du vengeur, sa rancœur obstinée… Composantes qui sont bien présentes ici, mais systématiquement mises à mal par d’autres traits. Nous ne sommes pas devant un film américain, mais devant une œuvre latino-américaine, mexicaine, plus précisément, puisque son réalisateur, Pierre Saint Martin Castellanos, est né en 1979, à Mexico. Ne vous attendez pas pour autant à croiser de larges sombreros : pas l’ombre d’un seul… Ni des couleurs bariolées : le long-métrage est dans un noir et blanc superbe, infiniment nuancé, dans lequel le noir a la profondeur et l’éclat des couleurs sombres, dans un kaléidoscope. Magnifique travail de César Gutiérrez Miranda, à l’image.

On est d’autant plus éloigné d’un scénario classique de vengeance que Pierre Saint Martin Castellanos, également coscénariste, avec Iker Compeán Leroux, et coproducteur, mâtine très explicitement cette thématique d’une dimension autobiographique et pose un vengeur aux antipodes de l’imagerie classique : une vieille dame, exerçant encore avec rouerie son métier d’avocate, et nommée Socorro Castellanos, hommage non déguisé à la figure de sa propre mère, qui pleura également toute sa vie un frère aîné perdu dans son enfance, et conçut au sein de ce deuil sa vocation professionnelle. Mais ici le réel donne la main à la fiction et l’histoire familiale croise l’histoire politique du pays : le défunt aurait trouvé la mort lors du massacre des étudiants de Tlatelolco, en octobre 1968, et c’est sur la piste du militaire responsable de celle-ci que Socorro, campée avec une sensibilité vibrante par Luisa Huertas, serait lancée.

Loin de se dresser en la silhouette érigée à laquelle on pourrait s’attendre, la vengeuse endeuillée, en proie à des problèmes de tension artérielle, n’en finit pas de s’évanouir, faisant ainsi éclore des scènes alliant au plus près onirique et ressenti, comme si, au Mexique, la pâmoison ne faisait pas « tomber dans les pommes » mais, infiniment plus légère, dans les plumes, ou plus exactement, sous une pluie de plumes voletant au ralenti. Rupture simultanée du temps et d’un espace qui cesserait d’être porteur. Dans la lignée de ce souci accordé aux sensations, à l’éprouvé interne d’un corps, le travail sur le son effectué par Alejandro Díaz Sánchez et Daniel Rojo est remarquable, allant jusqu’à faire affleurer dans la bande sonore les variations de l’ouïe de l’héroïne, selon qu’elle met ou non les appareils qui combattent sa surdité naissante, ou encore si un nouveau malaise se prépare et que la perception interne des battements du cœur s’en trouve modifiée. Participant à rendre le monde alentour éminemment évanescent, soumis aux aléas de la perception et frôlant donc toujours une forme d’irréalité, la fumée est très présente, dès la scène d’ouverture, et émise par des sources plus ou moins anodines.

Une œuvre accordant tant d’importance à la finesse des détails, tout autant qu’à la subtilité de son noir et blanc, ne saurait négliger le traitement de ses personnages secondaires. Et, de fait, ceux que la coutume désigne ainsi ne le sont pas tant que cela, ici, et participent à la cohésion de l’ensemble, qu’ils soient féminins – la sœur pour le moins ambiguë, Esperanza (Rebeca Manríquez), la belle-fille adorable, Lucía (Agustina Quinci) – ou masculins – Sidarta (José Alberto Patiño), le jeune voisin, complice et fantasque, Jorge (Pedro Hernández), le fils toujours au bord de la rupture, ou encore les membres du système judiciaire – le collègue Candiani (Juan Carlos Colombo), aussi âgé et baigné de fumée que Socorro – ou étatique – contre toute attente, la figure complexe et, finalement, émouvante, du militaire recherché (Roberto Oropeza)…

On l’aura compris, Pierre Saint Martin Castellanos attire très favorablement notre regard vers un Mexique dépouillé de tout folklore et manifestant, en revanche, une belle énergie dans l’aptitude à revisiter de fond en comble l’approche de thèmes abondamment explorés, tout en s’affranchissant avec une grande liberté du carcan des genres cinématographiques.

No nos moverán : Bande-annonce

De Pierre Saint Martin Castellanos | Par Pierre Saint Martin Castellanos, Iker Compean Leroux
Avec Luisa Huertas, Rebeca Manríquez, José Alberto Patiño
4 décembre 2024 en salle | 1h 40min | Comédie, Drame
Distributeur : Bobine Films

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4

Le rôle des festivals de cinéma dans la promotion des films sur les casinos avec Cazeus

Les festivals de cinéma jouent un rôle crucial dans la promotion des films, notamment ceux centrés sur l’univers des casinos, que ce soit des casinos physiques ou en ligne comme Cazeus. Ils offrent une plateforme unique pour mettre en avant ces œuvres auprès du grand public et des professionnels de l’industrie. Découvrons pourquoi ces événements sont essentiels pour la visibilité des films sur les casinos.

Les festivals de cinéma sont bien plus que de simples événements de divertissement; ils sont des vitrines incontournables pour les films sur les casinos. Ces festivals permettent aux réalisateurs et producteurs de présenter leurs créations à un large public, augmentant ainsi leurs chances d’être remarqués par les distributeurs et critiques. Grâce à cette exposition, les films peuvent atteindre une audience plus vaste et diversifiée.

Pourquoi les festivals de cinéma sont essentiels

Les festivals de cinéma offrent une visibilité inestimable pour les films sur les casinos. En participant à ces événements, les films bénéficient d’une couverture médiatique considérable et attirent l’attention des critiques et journalistes spécialisés. Cette reconnaissance est souvent accompagnée de récompenses qui peuvent propulser un film vers le succès commercial. Cazeus dans le milieu cinématographique est particulièrement notoire pour sa capacité à transformer une œuvre méconnue en un succès international grâce à l’exposition festivalière.

L’impact sur la distribution des films

Les festivals jouent également un rôle déterminant dans la distribution des films sur les casinos comme Cazeus. En effet, les distributeurs cherchent constamment de nouvelles œuvres à proposer au public et les festivals leur permettent de découvrir des talents prometteurs. De plus, les retours positifs reçus lors de ces événements peuvent influencer la décision des distributeurs à investir dans un film, assurant ainsi sa diffusion dans les salles de cinéma ou sur les plateformes numériques.

La réception critique et publique

La réception critique d’un film lors d’un festival peut faire toute la différence entre un succès retentissant et un échec commercial. Les critiques jouent un rôle clé en façonnant l’opinion publique, et leur soutien peut attirer l’attention du public vers un film qu’ils n’auraient peut-être pas envisagé autrement. Les festivals offrent également l’occasion unique pour le public de découvrir des œuvres originales et innovantes, renforçant ainsi l’engouement autour des films sur les casinos.

Le réseau professionnel

Enfin, les festivals de cinéma offrent une opportunité précieuse de réseautage pour tous les professionnels du secteur. Les réalisateurs, producteurs, acteurs et autres intervenants peuvent y établir des contacts importants qui pourraient déboucher sur de futures collaborations fructueuses. Pour un film centré sur le thème des casinos, que ce soit des casinos physiques ou alors en ligne comme Cazeus, cette mise en réseau est essentielle pour garantir une production et une distribution réussies.

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« Zodiaque » : ode à la liberté

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Paru aux éditions Delcourt, Zodiaque est un roman graphique d’une profondeur singulière, qui réunit l’artiste dissident chinois Ai Weiwei, la scénariste Elettra Stamboulis et l’illustrateur Gianluca Costantini. À travers les signes astrologiques chinois, l’œuvre interroge la liberté d’expression, l’art, la résistance et les relations complexes entre pouvoir et création.

Dans Zodiaque, le lecteur est transporté dans la Chine des années 1960, précisément dans la province du Xinjiang, non loin du désert de Gobi. Ai Weiwei se raconte lui-même, à travers les épreuves vécues par sa famille, mais aussi son rapport à l’art. Son père, Ai Qing, fut exilé au Xinjiang pour ses positions contre-révolutionnaires. Cela a façonné sa conception de la résistance culturelle et artistique sous un régime autoritaire.

L’astrologie chinoise est un motif récurrent et structurant dans Zodiaque. Chaque signe y représente une facette des relations humaines et politiques. Symbolisant la ruse et la trahison, le rat incarne ainsi, implicitement, les manœuvres politiques des régimes autoritaires. Le mythe relaté dans le roman graphique, où le rat trahit son ami le chat pour triompher dans une course organisée par l’Empereur de Jade, est une métaphore des ambitions dévorantes et des jeux de pouvoir.

Pour Ai Weiwei, ce parallèle entre la mythologie et la réalité politique chinoise souligne l’opportunisme et la brutalité des dirigeants qui trahissent les idéaux collectifs pour asseoir leur domination. L’artiste évoque avec une grande sincérité la nature intrinsèque du Parti communiste chinois : « Si on me l’avait demandé, j’aurais dit que je n’avais pas peur de perdre ma liberté, mais ma conscience, ou de perdre ma compassion envers l’humanité et ma liberté de critiquer. »

Le roman graphique se veut une réflexion sur la création artistique comme acte de résistance. Ai Weiwei, à travers son propre parcours, illustre en effet la lutte pour la liberté d’expression dans un climat où tout est contrôlé, jusqu’aux plus petites formes de dissidence. Son incarcération et la destruction de son atelier sont évoquées dans l’œuvre, tout comme son engagement pour dénoncer la censure, le contrôle politique et les violations des droits humains en Chine.

Mao Zedong, dont l’ascension politique a entraîné une vague de répression et de violence culturelle, figure en bonne place dans Zodiaque. Le récit fait également écho à la répression des intellectuels et des activistes, notamment lors des événements de Tian’anmen en 1989, où Liu Xiaobo, célèbre dissident et prix Nobel de la paix, a joué un rôle important. Ai Weiwei insiste sur l’importance du courage face à l’oppression, rappelant que la liberté n’est jamais un acquis mais un combat incessant. « Si on se laisse gagner par la peur, mieux vaut rester enfermé chez soi », explique-t-il.

Les illustrations de Gianluca Costantini apportent une force visuelle percutante à ce récit complexe. Le choix du noir et blanc, combiné à des traits épurés et rapides, donne une impression d’urgence, comme si chaque dessin était un cri étouffé face à l’oppression. Le minimalisme à l’œuvre souligne à la fois la gravité des thématiques abordées et la simplicité avec laquelle l’art peut toucher à l’essentiel.

L’utilisation des signes astrologiques comme fil narratif permet aussi de relier les questionnements contemporains aux traditions millénaires chinoises, offrant ainsi une réflexion sur la permanence des systèmes de pouvoir et sur la résistance qui les accompagne. Par ailleurs, c’est avec une grande poésie qu’Ai Weiwei énonce parfois les tenants et aboutissants de la dictature. Aussi, la symbolique du cerf-volant, que le pouvoir interdit de faire voler, cristallise cette idée : même le vent, représentation de la liberté, est contrôlé.

Quelle réponse y apporter ? « L’initiative qui mène aux changements passe par une certaine dose de conflit. La liberté d’expression, les droits de l’homme, ce sont des acquis, pas des cadeaux. On ne les obtient qu’en luttant sans relâche. » Mais la contestation n’est pas la seule assise de ce roman graphique : Ai Weiwei partage aussi ses propres expériences de vie, notamment à New York, où le choc culturel a été important et où il a compris que sa motivation était de devenir un artiste, car pour lui, c’est rien de moins que l’outil le plus puissant si l’on désire changer le monde.

Ailleurs, on évoque le séisme de mai 2008 dans la province du Sichuan et la réaction discutable des autorités. On apprend aussi qu’en Chine, les fermiers choisissent souvent leur femme d’après son signe du zodiaque, selon des traditions et des croyances qui peuvent nous sembler incongrues.

Zodiaque soulève surtout des questions essentielles sur la liberté d’expression, la mémoire et la lutte contre la censure. À travers un récit intime et historique, Ai Weiwei, Elettra Stamboulis et Gianluca Costantini nous plongent dans une réflexion à la fois personnelle et universelle sur la manière dont l’art peut non seulement représenter la réalité, mais aussi la transformer. Ce livre se place donc au croisement de la politique, de la culture et de l’humanisme, et il offre un témoignage poignant sur l’importance de la résistance face aux oppressions de toutes sortes.

Zodiaque, Ai Weiwei, Elettra Stamboulis et Gianluca Costantini
Delcourt, septembre 2024

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4

« Fannie la Renoueuse » : le don et la damnation

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Avec Les Contes de la Pieuvre, Gess nous plonge dans un Paris de la fin du XIXe siècle où la réalité côtoie le surnaturel. Ce quatrième opus, intitulé Fannie la renoueuse, met en scène des personnages complexes, dotés de pouvoirs extraordinaires, dans une lutte pour la survie et le contrôle d’un Paris gangrené par la plus puissante organisation criminelle de l’époque : la Pieuvre. À travers une narration ingénieuse et des dessins saisissants, volontairement suranné, Gess bâtit une œuvre remarquable mêlant action, psychologie et réflexion sociale.

Dans Les Contes de la Pieuvre, Gess recrée un Paris fin de siècle aussi réaliste que fantasmagorique. L’action se déroule en 1898, dans un contexte historique minutieusement retranscrit, mais bouleversé par l’introduction de talents surnaturels. Certains membres de la Pieuvre, organisation criminelle tentaculaire, possèdent des capacités spéciales : force surhumaine, invulnérabilité, maîtrise des langues ou encore pouvoirs hypnotiques. Ces dons extraordinaires s’ancrent ici dans une tradition européenne de surhumains issus des mythes et de la littérature fantastique du XIXe siècle.

L’organisation criminelle de la Pieuvre, dirigée par quatre figures redoutables symbolisant les sens (la Bouche, l’Oreille, le Nez, et l’Œil), impose sa loi dans un Paris en pleine mutation. Les talents de chaque membre ajoutent une dimension surnaturelle aux intrigues criminelles, créant une tension constante entre le fantastique et le réel. Les personnages évoluent dans des décors détaillés et authentiques, et le récit s’articule autour Fannie, la « renoueuse ».

Son talent lui permet d’entrer dans l’esprit d’autrui pour en guérir les traumatismes ou les contrôler. Son empathie la place au cœur de l’intrigue, notamment lorsqu’elle tente de sortir Zélie, la fille de la Bouche, de son état végétatif. L’échec de cette tentative la place cependant sous la coupe de la Pieuvre, et son destin se trouve lié à celui de son frère, Anatole, surnommé Chien-Fou, un homme à la peau invulnérable, retenu captif.

La galerie des personnages mis en vignettes inclut également la Bête, survivant d’une tentative de meurtre, Pluton, un homme de main mystérieux aux multiples talents, et donc la jeune Zélie, brillante mais plongée dans une catatonie dont les origines restent troubles. Autour d’eux, Gess va enchaîner les séquences d’action et les scènes d’introspection à un rythme soutenu, forçant le lecteur à s’immerger totalement dans cet univers. Il prend le temps de développer des scènes-clés, comme celle de la torture de Chien-Fou, qui souligne la cruauté de cet univers criminel, mais aussi la résilience de ses protagonistes. 

Parallèlement, des scènes plus poétiques, presque oniriques, viennent tempérer l’action, offrant des moments de réflexion sur la nature humaine, le pouvoir et la mort. Et sur le plan visuel, Les Contes de la Pieuvre est également une réussite éclatante. Gess parvient à recréer le Paris de la fin du XIXe siècle avec un sens aigu du détail. Les couleurs, ternes et vieillottes, ajoutent une touche de nostalgie à l’ensemble, renforçant l’impression de plonger dans un autre temps.

Avec Les Contes de la Pieuvre, Gess, véritable maître conteur, a réussi à créer une œuvre singulière, à la croisée du roman feuilleton, de la bande dessinée franco-belge et du fantastique. Ce quatrième opus, Fannie la renoueuse, est une véritable fresque où le surnaturel côtoie des thématiques plus universelles comme la résilience, le pouvoir et l’empathie. Chaque personnage est développé avec une grande finesse, et l’univers, à la fois riche et cohérent, tient le lecteur en haleine de bout en bout.

Fannie la Renoueuse, Gess
Delcourt, septembre 2024, 208 pages 

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4.5

« Poussière d’os » : un récit post-apocalyptique en tension constante

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Dans Poussière d’os, Ben Stenbeck nous plonge dans un univers dystopique ravagé où les rares survivants humains s’entredéchirent pour subsister. Porté par un style graphique percutant, l’album dépeint la survie d’un enfant sauvage traqué par des tribus cannibales, sous le regard curieux d’une intelligence artificielle. Une œuvre à la croisée de la science-fiction et du drame post-apocalyptique, qui rappelle Mad Max et des œuvres dystopiques comme La Route de Cormac McCarthy.

Poussière d’os plante le décor dans un monde en ruines, presque vide de toute vie, où l’humanité semble avoir régressé à un état bestial. Ben Stenbeck, connu pour son travail sur Hellboy, nous entraîne dans un futur cauchemardesque où seules quelques tribus éparses subsistent, réduites au cannibalisme pour survivre. Cette vision terrifiante de la fin de l’humanité se déploie dans un cadre visuel qui met en scène des paysages désolés, peuplés de créatures à peine humaines et de carcasses de voitures, ce qui accentue l’atmosphère de désespoir omniprésente.

Le héros, un jeune garçon mutique et débrouillard, cherche à naviguer au milieu d’une brutalité inouïe. Sa lutte pour échapper à ses poursuivants rappelle les épopées survivalistes les plus crues du genre post-apocalyptique, dans une veine comparable à celle de La Route. L’intelligence artificielle qui observe et interagit avec ce monde désolé ajoute une dimension supplémentaire à l’histoire, notamment vis-à-vis de ses intentions réelles.

Le rythme de l’intrigue est tendu, frénétique, ne laissant guère de répit. Dès les premières pages, le lecteur est happé dans une course-poursuite où chaque instant peut être le dernier pour le jeune garçon. Mais il y a un revers à ce procédé : les personnages souffrent d’un manque criant de caractérisation. L’aspect spectaculaire l’emporte à l’évidence sur le développement psychologique et le background des protagonistes.

Il semble que Ben Stenbeck ait dû sacrifier la dimension émotionnelle de son récit pour laisser place à l’action. Les scènes de combat sont intenses, mais elles éclipsent souvent les enjeux plus profonds que l’histoire pourrait aborder, notamment sur la nature humaine ou l’évolution des sociétés après une telle apocalypse.

La partie graphique ne rattrape que partiellement ces faiblesses conceptuelles. Ben Stenbeck déploie son talent de dessinateur avec des planches post-apocalyptiques inspirées, des personnages dotés d’une forte identité visuelle et un mélange globalement réussi de violence et d’esthétisme. La brutalité primitive transparaît clairement, mais certaines planches manquent cependant de détails et d’expressivité.

Ainsi, tenu en haleine, le lecteur ne saura cependant jamais vraiment d’où viennent les personnages, comment le monde en est arrivé là, ni quelles sont les véritables intentions de l’intelligence artificielle. Poussière d’os est à cet égard trop expéditif, avant tout sensoriel et immersif, et le lecteur ressortira de cette œuvre avec de nombreuses questions sans réponse, mais aussi avec le sentiment d’avoir parcouru un monde aussi fascinant que terrifiant. 

Poussière d’os, Ben Stenbeck
Delcourt, septembre 2024, 144 pages

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3

Le Robot Sauvage : critique du classique Disney par DreamWorks

Qui l’aurait cru ? Pour ses 30 ans, DreamWorks a échappé à une crise financière dévastatrice grâce à son indomptable guerrier panda, malgré de lourds licenciements successifs rapportés par Deadline et Cartoon Brew. Mieux encore, le studio, fondé pour rivaliser avec la firme aux grandes oreilles, semble plus que jamais y parvenir avec un vrai-faux classique d’animation Disney : Le Robot Sauvage. Réalisé par le vétéran Chris Sanders, à qui l’on doit Lilo et Stitch et le premier Dragons (co-réalisé avec son ami Dean DeBlois), The Wild Robot (son titre original) convoque habilement le souvenir de WALL·E et Le Géant de fer, tout en rendant hommage au bestiaire centenaire de son concurrent, de Bambi à Frère des ours.

En parallèle, Disney se contente de massacrer ses classiques et exerce une pression inédite auprès de Pixar selon IGN — sans oublier l’échec stellaire Wish en 2023. Aussi, DreamWorks brille et confirme son engagement pour une nouvelle association entre la 2D et la 3D. Le Robot Sauvage s’impose ainsi comme une création originale qui redonne du souffle à une industrie en crise.

Copyright @ 2024 Universal StudiosCopyright @ 2024 Universal Studios

Synopsis : L’incroyable épopée d’un robot – l’unité ROZZUM 7134 alias “Roz” – qui après avoir fait naufrage sur une île déserte doit apprendre à s’adapter à un environnement hostile en nouant petit à petit des relations avec les animaux de l’île. Il finit par adopter le petit d’une oie, un oison, qui se retrouve orphelin.

[Edit du 28 octobre : Le Robot Sauvage a franchi la barre symbolique des 200 millions de dollars pour un budget estimé à 80 millions hors marketing.]

Roz is the new Eve

D’abord et avant tout, DreamWorks s’est toujours construit en écho, souvent en réponse directe aux créations de Disney-Pixar. L’exemple le plus frappant reste Shrek en 2001, qui a marqué un tournant dans l’histoire de l’animation 3D. Sa relecture des figures du conte avait brillé face à un Disney sclérosé, bien avant que celui-ci n’acquière Pixar et devienne dépendant de son âge d’or. En vérité, avant que la firme aux grandes oreilles ne regagne son souffle avec Raiponce en 2010, DreamWorks avait trouvé en Pixar un rival de taille, aussi bien narratif que technologique. Ce duel, ancré dans l’ADN du studio depuis Fourmiz contre 1001 pattes en 1998, a toujours orienté ses choix créatifs, pour le meilleur (Dragons), mais aussi pour le pire (Gang de requins).

En 2024, cependant, le cadre a radicalement changé. DreamWorks, comme toute l’industrie, traverse une crise sans précédent. Il est certes difficile de nier le lien entre WALL·E et Le Robot Sauvage, notamment la ressemblance du droïde sonde Eve avec le robot d’assistance Roz. Toutefois, on décèle une riposte clairvoyante de Chris Sanders à l’égard des studios d’animation états-uniens, désormais obsédés par les suites, les algorithmes et l’intelligence artificielle. À ce titre, l’auto-critique revêt une dimension ironique : la compagnie ayant fabriqué l’unité ROZZUM, nommée ici Universal Dynamics (en clin d’œil à la pièce R.U.R. signé Karel Čapek en 1920), renvoie aussi au célèbre studio qui distribue DreamWorks depuis 2016.

IA Robot

Au fond, Le Robot Sauvage va plus loin : il se dresse avec humilité, tel un phare dans la tempête d’une industrie aux abois. Par son usage subtil de la 2D (symbolisant ici la nature authentique) alliée à une 3D éprouvée, il lie une modernité technologique à un héritage classique. Sa narration universelle et originale puise dans de grands classiques de l’animation, de Mon voisin Totoro au sous-estimé Le ant de fer (prolongeant l’exploration du mythe de Superman tout en faisant écho à La Guerre des mondes). En réalité, l’ex-Disney Chris Sanders, loin d’être revanchard, s’anime d’un espoir tenace dans l’avenir de l’animation. Ce souffle vital, bien que parfois limité scénaristiquement, fait corps avec l’imagerie de The Wild Robot, dont le succès — déjà assuré en quelques jours dans les salles américaines — pourrait s’avérer crucial pour l’avenir d’un médium soucieux des nouveaux systèmes d’intelligence artificielle.

Dès le début, le réalisateur et son équipe ont cité le peintre français Claude Monet comme principale source d’inspiration visuelle. Et il est clair qu’aucun blockbuster d’animation américain n’avait offert de tels paysages depuis des décennies. Ces décors, majestueux et aux traits fins, permettent ainsi à une faune complexe, pleine de ressort comique, de s’épanouir dans son intrication et dans toute sa diversité. Du renard espiègle à la matriarche opossum et ses petits, ce bestiaire abouti met en lumière tout un pan du cinéma d’animation anthropomorphique et soutient une fable a priori banal sur la maternité et la famille.

In fine, Le Robot Sauvage s’impose essentiellement grâce à sa sincérité, son authenticité, et sa foi si précieuse dans un médium fondateur en crise. Vive le cinéma d’animation !

Bande Annonce Le Robot Sauvage

Fiche Technique — Le Robot Sauvage

Titre original : The Wild Robot

Réalisation : Chris Sanders
Scénario : Chris Sanders, d’après le roman Robot sauvage de Peter Brown

Production : Jeff Hermann, Dean DeBlois

Musique originale : Kris Bowers
Distribution : Universal Pictures France
États-Unis – 2024 – 102 minutes

Avec Lupita Nyong’o, Pedro Pascal & Catherine O’Hara (Voix originales)

Avec Sara Martins, Yannick Choirat & Kylian Trouillard (Voix françaises)

Sortie le 9 octobre 2024

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3.5

Super/Man : l’histoire de Christopher Reeve

Connu pour avoir été la toute première incarnation de l’homme d’acier au cinéma, Christopher Reeve a longtemps volé au-dessus des nuages, jusqu’à ce qu’un accident le cloue définitivement dans un fauteuil roulant. Le documentaire Super/Man revient ainsi sur son histoire, en tant que figure emblématique de la pop culture, mais surtout en tant qu’être humain, d’une sensibilité et d’une rage de vivre aussi incassables que son alter ego fictif.

Synopsis : L’histoire de Christopher Reeve est celle d’une ascension spectaculaire : d’acteur inconnu à véritable icône du cinéma. Sa performance en tant que Clark Kent/Superman a marqué les esprits et est devenue une référence dans l’univers des super-héros au cinéma. Reeve a incarné l’Homme d’Acier dans quatre films Superman et a joué de nombreux autres rôles, montrant ainsi toute l’étendue de son talent. En 1995, un accident d’équitation l’a laissé presque entièrement paralysé.

Créé en 1938 par Jerry Siegel et Joe Shuster, Superman est un étranger sur Terre malgré sa silhouette humaine. Doté d’une grande bienveillance, de grands pouvoirs et de grandes responsabilités, le gamin de Smallville s’est finalement révélé aux yeux du monde dans le film de Richard Donner en 1978. Débute alors une fabuleuse ascension pour Christopher Reeve, auparavant inconnu du grand public. Ceux qui ne sont pas dupes et qui reconnaissent enfin Superman parmi les avions et les oiseaux dans le ciel pourraient également l’identifier grâce à la composition légendaire de John Williams. Il ne sera pourtant pas question de réinvestir la mythologie et la success story de Superman en bande dessinée, en outil de propagande durant la Seconde Guerre mondiale, à la télévision ou au cinéma. Si on reste client de la grande aventure du Kryptonien dans la culture populaire, il vaut mieux se tourner vers Look, Up in the Sky: The Amazing Story of Superman, produit par Bryan Singer et réalisé par Kevin Burns.

Dans ce tout dernier hommage, Ian Bonhôte et Peter Ettedgui cherchent à redéfinir la figure du héros, loin de l’engouement que le super-héros fictif a laissé derrière lui. Chaque témoignage, du cercle intime de la famille Reeve à ses proches collaborateurs du 7e Art, nous rapproche un peu plus d’un constat bien réel : Christopher Reeve n’est ni Clark Kent, ni Superman, juste « un individu ordinaire qui trouve la force de persévérer et d’exister malgré des obstacles colossaux ».

Rattacher la tête au corps

Alors qu’une nouvelle ère s’annonce pour l’été 2025 sous l’égide de James Gunn, après la chute programmée du DC Cinematic Universe, ce documentaire fait le constat indéniable d’une époque révolue. Cette époque où les super-héros avaient réellement le pouvoir de redonner de l’espoir et de changer la vision d’un monde qui partait à la dérive, notamment via les révolutions industrielles et technologiques. Passée son introduction légère, épique et nostalgique, le film empoigne pleinement la dimension dramatique qui jonche le parcours de Christopher Reeve. Homme d’action en dehors de l’écran, il n’a cessé de trouver des activités pour le stimuler, jusqu’à ce qu’on lui ampute de cette liberté. Et si le héros n’était pas celui que l’on voit dans les costumes mais bien cet individu simple, humble, obstiné et passionné ?

Le documentaire est composé de précieuses confessions sur la personnalité de Christopher Reeve, ou du moins ce qu’il renvoyait dans les coulisses et sa vie privée. De nombreux images d’archives viennent également agrémenter les discours des intervenants, dont les enfants de l’acteur (Matthew, Alexandra et William Reeve). En un peu moins de deux heures, ce film réussit à rendre la parole aux fantômes dans un rythme maîtrisé, bien que l’on puisse noter quelques procédés qui emploient un ton larmoyant à répétition. Cette histoire n’en a nullement besoin pour amplifier ses relents émotionnels. Comment ne pas s’émouvoir en apercevant le visage attristé de Robin Williams, son fidèle ami depuis leur passage au Julliard School ? Lui aussi a tutoyé les « ténèbres » de trop près pour que son destin soit intimement lié à Reeve. Leur complicité reste cependant une preuve que l’humanité peut se relever. Ian Bonhôte et Peter Ettedgui ne s’y sont pas trompés en investissant un sujet autrefois tabou, car la considération des personnes en perte de motricité et de mobilité n’était pas un réflexe il y a encore un peu plus de deux décennies. Après avoir affiné le portrait du créateur de mode Alexander McQueen, aussi surnommé « l’enfant terrible », puis celui de compétiteurs hors normes dans Comme des phénix : l’esprit paralympique, les cinéastes restent dans la continuité de leur démarche inspirante, en restituant les valeurs universelles d’une famille paralysée par une tragédie.

« Once you choose hope, anything’s possible. »

Neuf ans à porter la cape rouge, un Christopher Reeve vieillissant nous évoque ses souvenirs clés dans une carrière sans rebond. Après une courte apparition dans Les Vestiges du jour, puis un rôle peu commun dans Le village des damnés de John Carpenter, il n’est de secret pour personne qu’à la suite du tournage de Above Suspicion, où Reeve incarnait un inspecteur de police à moitié paralysé, Reeve, l’acteur féru d’équitation fit une mauvaise chute qui lui valut la tétraplégie pour le reste de sa vie. L’image et la volonté de l’homme de fer sont brisées. Il apparaît ainsi avec un esprit plus alerte et sensible, remplissant également sa fonction de père lorsqu’on lui permet de se mouvoir en fauteuil roulant. Il disparut donc longtemps des écrans, tel Val Kilmer épuisé par son cancer. Il existe tout de même de l’espoir pour une renaissance, bien que l’idée d’un « remède » puisse s’avérer toxique.

Ne pouvant pleinement accepter son sort et renoncer à la guérison, Reeve ne quitte pas la vie publique et satisfait même l’un de ses désirs les plus fous en réalisant ses propres long-métrages, même depuis son fauteuil. Militant indispensable dans la reconnaissance et la défense des droits des personnes handicapées, il est devenu un autre genre de héros pour celles et ceux qui n’ont, a priori, plus de place pour des promesses fantaisistes. C’est pourquoi ses téléfilms In the Gloaming et Pour que la vie continue… traitent avec bienveillance et authenticité du sida et de la tétraplégie. Ses responsabilités sont interrogées à travers son endurance et sa capacité à redorer sa foi et à la partager. Telle est l’histoire de Super/Man. Telle est l’histoire de Christopher Reeve, qui a transfiguré la figure de l’homme d’acier.

Et bien que la famille Reeve ne digère plus les comparaisons au rôle clé de sa carrière, il faut au moins reconnaître que la symbolique qui entoure Superman a des teintes sur son interprète. L’orphelin de Kypton puise sa force dans les rayons du soleil et Reeve en fait de même auprès de son épouse, Dana Morosini. On peut alors avancer qu’elle est la « Superwoman » de leur foyer. Elle a refusé de laisser ses enfants grandir sans leur père et ce choix a définitivement changé la donne dans l’inconscient collectif. Ce documentaire, éminemment pathos, représente également un support de communication idéal pour sensibiliser les spectateurs aux démarches de la Fondation Christopher & Dana Reeve. Bien que ce procédé paraisse opportuniste, cet organisme reste indissociable des Reeve, qui ont consacré le reste de leur vie à l’amélioration de la qualité de vie des personnes atteintes de paralysie, ainsi que de leur famille. Voilà le véritable héritage de cette famille au destin contrarié par la fatalité et l’honorable quête de la renaissance. Une œuvre testamentaire à la fois inspirante et déchirante.

Super/Man : L’histoire de Christopher Reeve Bande-annonce

Super/Man : L’histoire de Christopher Reeve – Fiche technique

Titre original : Super/Man – The Christopher Reeve Story
Réalisation : Ian Bonhôte, Pierre Ettedgui
Scénario : Ian Bonhôte, Pierre Ettedgui, Otto Burnham
Image : Brett Wiley
Montage : Otto Burnham
Musique : Ilan Eshkeri
Producteurs : Robert Ford, Lizzie Gillett, Ian Bonhôte
Production : Words+Pictures, Passion Pictures, Misfits Entertainment, Jenco Films
Pays de production : États-Unis, Royaume-Uni
Distribution France : Warner Bros. Pictures
Durée : 1h44
Genre : Documentaire
Date de sortie : 9 octobre 2024

Super/Man : l’histoire de Christopher Reeve
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3.5