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Super/Man : l’histoire de Christopher Reeve

Jérémy Chommanivong Responsable Cinéma

Connu pour avoir été la toute première incarnation de l’homme d’acier au cinéma, Christopher Reeve a longtemps volé au-dessus des nuages, jusqu’à ce qu’un accident le cloue définitivement dans un fauteuil roulant. Le documentaire Super/Man revient ainsi sur son histoire, en tant que figure emblématique de la pop culture, mais surtout en tant qu’être humain, d’une sensibilité et d’une rage de vivre aussi incassables que son alter ego fictif.

Synopsis : L’histoire de Christopher Reeve est celle d’une ascension spectaculaire : d’acteur inconnu à véritable icône du cinéma. Sa performance en tant que Clark Kent/Superman a marqué les esprits et est devenue une référence dans l’univers des super-héros au cinéma. Reeve a incarné l’Homme d’Acier dans quatre films Superman et a joué de nombreux autres rôles, montrant ainsi toute l’étendue de son talent. En 1995, un accident d’équitation l’a laissé presque entièrement paralysé.

Créé en 1938 par Jerry Siegel et Joe Shuster, Superman est un étranger sur Terre malgré sa silhouette humaine. Doté d’une grande bienveillance, de grands pouvoirs et de grandes responsabilités, le gamin de Smallville s’est finalement révélé aux yeux du monde dans le film de Richard Donner en 1978. Débute alors une fabuleuse ascension pour Christopher Reeve, auparavant inconnu du grand public. Ceux qui ne sont pas dupes et qui reconnaissent enfin Superman parmi les avions et les oiseaux dans le ciel pourraient également l’identifier grâce à la composition légendaire de John Williams. Il ne sera pourtant pas question de réinvestir la mythologie et la success story de Superman en bande dessinée, en outil de propagande durant la Seconde Guerre mondiale, à la télévision ou au cinéma. Si on reste client de la grande aventure du Kryptonien dans la culture populaire, il vaut mieux se tourner vers Look, Up in the Sky: The Amazing Story of Superman, produit par Bryan Singer et réalisé par Kevin Burns.

Dans ce tout dernier hommage, Ian Bonhôte et Peter Ettedgui cherchent à redéfinir la figure du héros, loin de l’engouement que le super-héros fictif a laissé derrière lui. Chaque témoignage, du cercle intime de la famille Reeve à ses proches collaborateurs du 7e Art, nous rapproche un peu plus d’un constat bien réel : Christopher Reeve n’est ni Clark Kent, ni Superman, juste « un individu ordinaire qui trouve la force de persévérer et d’exister malgré des obstacles colossaux ».

Rattacher la tête au corps

Alors qu’une nouvelle ère s’annonce pour l’été 2025 sous l’égide de James Gunn, après la chute programmée du DC Cinematic Universe, ce documentaire fait le constat indéniable d’une époque révolue. Cette époque où les super-héros avaient réellement le pouvoir de redonner de l’espoir et de changer la vision d’un monde qui partait à la dérive, notamment via les révolutions industrielles et technologiques. Passée son introduction légère, épique et nostalgique, le film empoigne pleinement la dimension dramatique qui jonche le parcours de Christopher Reeve. Homme d’action en dehors de l’écran, il n’a cessé de trouver des activités pour le stimuler, jusqu’à ce qu’on lui ampute de cette liberté. Et si le héros n’était pas celui que l’on voit dans les costumes mais bien cet individu simple, humble, obstiné et passionné ?

Le documentaire est composé de précieuses confessions sur la personnalité de Christopher Reeve, ou du moins ce qu’il renvoyait dans les coulisses et sa vie privée. De nombreux images d’archives viennent également agrémenter les discours des intervenants, dont les enfants de l’acteur (Matthew, Alexandra et William Reeve). En un peu moins de deux heures, ce film réussit à rendre la parole aux fantômes dans un rythme maîtrisé, bien que l’on puisse noter quelques procédés qui emploient un ton larmoyant à répétition. Cette histoire n’en a nullement besoin pour amplifier ses relents émotionnels. Comment ne pas s’émouvoir en apercevant le visage attristé de Robin Williams, son fidèle ami depuis leur passage au Julliard School ? Lui aussi a tutoyé les « ténèbres » de trop près pour que son destin soit intimement lié à Reeve. Leur complicité reste cependant une preuve que l’humanité peut se relever. Ian Bonhôte et Peter Ettedgui ne s’y sont pas trompés en investissant un sujet autrefois tabou, car la considération des personnes en perte de motricité et de mobilité n’était pas un réflexe il y a encore un peu plus de deux décennies. Après avoir affiné le portrait du créateur de mode Alexander McQueen, aussi surnommé « l’enfant terrible », puis celui de compétiteurs hors normes dans Comme des phénix : l’esprit paralympique, les cinéastes restent dans la continuité de leur démarche inspirante, en restituant les valeurs universelles d’une famille paralysée par une tragédie.

« Once you choose hope, anything’s possible. »

Neuf ans à porter la cape rouge, un Christopher Reeve vieillissant nous évoque ses souvenirs clés dans une carrière sans rebond. Après une courte apparition dans Les Vestiges du jour, puis un rôle peu commun dans Le village des damnés de John Carpenter, il n’est de secret pour personne qu’à la suite du tournage de Above Suspicion, où Reeve incarnait un inspecteur de police à moitié paralysé, Reeve, l’acteur féru d’équitation fit une mauvaise chute qui lui valut la tétraplégie pour le reste de sa vie. L’image et la volonté de l’homme de fer sont brisées. Il apparaît ainsi avec un esprit plus alerte et sensible, remplissant également sa fonction de père lorsqu’on lui permet de se mouvoir en fauteuil roulant. Il disparut donc longtemps des écrans, tel Val Kilmer épuisé par son cancer. Il existe tout de même de l’espoir pour une renaissance, bien que l’idée d’un « remède » puisse s’avérer toxique.

Ne pouvant pleinement accepter son sort et renoncer à la guérison, Reeve ne quitte pas la vie publique et satisfait même l’un de ses désirs les plus fous en réalisant ses propres long-métrages, même depuis son fauteuil. Militant indispensable dans la reconnaissance et la défense des droits des personnes handicapées, il est devenu un autre genre de héros pour celles et ceux qui n’ont, a priori, plus de place pour des promesses fantaisistes. C’est pourquoi ses téléfilms In the Gloaming et Pour que la vie continue… traitent avec bienveillance et authenticité du sida et de la tétraplégie. Ses responsabilités sont interrogées à travers son endurance et sa capacité à redorer sa foi et à la partager. Telle est l’histoire de Super/Man. Telle est l’histoire de Christopher Reeve, qui a transfiguré la figure de l’homme d’acier.

Et bien que la famille Reeve ne digère plus les comparaisons au rôle clé de sa carrière, il faut au moins reconnaître que la symbolique qui entoure Superman a des teintes sur son interprète. L’orphelin de Kypton puise sa force dans les rayons du soleil et Reeve en fait de même auprès de son épouse, Dana Morosini. On peut alors avancer qu’elle est la « Superwoman » de leur foyer. Elle a refusé de laisser ses enfants grandir sans leur père et ce choix a définitivement changé la donne dans l’inconscient collectif. Ce documentaire, éminemment pathos, représente également un support de communication idéal pour sensibiliser les spectateurs aux démarches de la Fondation Christopher & Dana Reeve. Bien que ce procédé paraisse opportuniste, cet organisme reste indissociable des Reeve, qui ont consacré le reste de leur vie à l’amélioration de la qualité de vie des personnes atteintes de paralysie, ainsi que de leur famille. Voilà le véritable héritage de cette famille au destin contrarié par la fatalité et l’honorable quête de la renaissance. Une œuvre testamentaire à la fois inspirante et déchirante.

Super/Man : L’histoire de Christopher Reeve Bande-annonce

Super/Man : L’histoire de Christopher Reeve – Fiche technique

Titre original : Super/Man – The Christopher Reeve Story
Réalisation : Ian Bonhôte, Pierre Ettedgui
Scénario : Ian Bonhôte, Pierre Ettedgui, Otto Burnham
Image : Brett Wiley
Montage : Otto Burnham
Musique : Ilan Eshkeri
Producteurs : Robert Ford, Lizzie Gillett, Ian Bonhôte
Production : Words+Pictures, Passion Pictures, Misfits Entertainment, Jenco Films
Pays de production : États-Unis, Royaume-Uni
Distribution France : Warner Bros. Pictures
Durée : 1h44
Genre : Documentaire
Date de sortie : 9 octobre 2024

Super/Man : l’histoire de Christopher Reeve
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Responsable Cinéma