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Louis Hachette, l’homme qui rêvait d’un peuple de lecteurs

Avec Louis Hachette, publié aux éditions Marabulles, Maelline et Mael Martial retracent la trajectoire d’un homme pour qui le livre n’était pas seulement un objet culturel, mais également un puissant levier social. À travers cette biographie dessinée, c’est toute une idée de la lecture qui se déploie : celle d’un outil capable de façonner une société.

Dans cette bande dessinée consacrée à Louis Hachette, le livre apparaît d’emblée par-delà sa dimension purement commerciale. Il est une promesse. Une promesse d’élévation, de diffusion des savoirs, de transformation lente mais profonde d’une société qui, au début du XIXᵉ siècle, découvre à peine l’ampleur de la révolution éducative qui s’annonce. Louis Hachette comprend très tôt que cette révolution reposera sur deux dynamiques complémentaires : l’instruction pour tous et la circulation accélérée des idées. 

Lorsque le jeune entrepreneur fonde sa librairie en 1826, il entreprend de penser autrement la diffusion de la lecture. Les pages de l’album montrent comment, peu à peu, le livre se transforme entre ses mains : il devient manuel scolaire, outil pédagogique, objet populaire. En publiant le Journal de l’instruction élémentaire, rédigé par des membres de l’Université et des sociétés de bienfaisance, le jeune homme installe déjà le livre au cœur d’un réseau éducatif national. Recteurs, instituteurs, directeurs d’école s’y abonnent aussitôt.

Le livre se miniaturise alors pour mieux conquérir le pays. Avec l’Alphabet et premier livre de lecture, tiré à des centaines de milliers d’exemplaires, il devient un compagnon d’apprentissage accessible à tous. Petit format, prix modique, diffusion massive : la lecture cesse d’être un privilège pour devenir un instrument d’instruction publique. Soutenu par l’État et notamment par François Guizot, qui confie à la maison Hachette l’édition du Manuel général de l’Instruction primaire, l’éditeur participe à un projet politique plus vaste : former des citoyens instruits capables de soutenir l’ordre d’une monarchie constitutionnelle.

Mais la bande dessinée rappelle aussi que derrière cette mécanique éditoriale se joue une histoire humaine. Le livre, dans la vie de Hachette, n’efface pas les drames. Sa femme traverse une douleur immense après la perte de deux enfants, s’enfonçant dans une dépression qui accompagne la situation financière fragile du foyer. Pourtant, le récit souligne l’attachement amoureux de l’éditeur, qui lui confie qu’elle demeure sa principale raison de vivre. 

Autour d’eux, le monde change. Les révolutions politiques agitent la France, la question sociale s’impose, le suffrage universel s’invite dans les débats. Conservateur, Louis Hachette, lui, reste convaincu que la démocratie doit s’apprendre comme on apprend à lire. Pour cet homme formé dans la culture de l’effort et du travail, l’instruction demeure la condition première de toute participation civique. Les ouvriers, pense-t-il, doivent d’abord acquérir cette discipline du savoir avant d’exercer pleinement leur pouvoir politique. Le livre, encore une fois, se retrouve au centre de cette vision : outil d’émancipation, certes, mais aussi instrument de formation morale.

À mesure que l’entreprise se développe, le livre change encore de forme. Il quitte les salles de classe pour les quais de gare, accompagne les voyageurs, se décline en dictionnaires, en guides de voyage, en collections de littérature française ou étrangère. Peu à peu se met en place une véritable industrie culturelle où chaque ouvrage participe d’un vaste réseau de diffusion du savoir.

C’est cette aventure que l’album de Maelline et Mael Martial parvient à restituer avec clarté : celle d’un homme persuadé que la société se transforme page après page. Chez Louis Hachette, le livre n’est jamais une fin en soi. Il est un moyen, une passerelle. Et si son nom s’est aujourd’hui fondu dans le paysage éditorial, c’est peut-être parce que sa vision a fini par s’imposer partout : une civilisation du livre, où apprendre à lire revient toujours, d’une manière ou d’une autre, à apprendre à devenir citoyen.

Louis Hachette, Maelline et Mael Martial  
Marabulles, 11 mars 2026, 80 pages  

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3.5

« Les Hautes Herbes » : le sang, la faute, l’espoir

Dans Les Hautes Herbes, Grun et Laurine Clin déploient une fable de fantasy rude et méditative, où un père marqué par la violence de son peuple tente d’élever son fils loin des hommes. Entre cosmogonie archaïque, nature indomptable et quête d’un peuple mythique, l’album explore la possibilité fragile d’échapper à son héritage.

Un grand esprit, Kholo, a façonné la terre et la vie, insufflant à chaque élément de quoi remplir une fonction. De cette création ont surgi différentes espèces, chacune dotée de spécificités contribuant à l’équilibre du monde. Mais un épisode singulier a toutefois bouleversé cet ordre : une créature sortie des eaux est divisée, et chaque fragment, animé par le souffle d’un peuple, a donné naissance aux hommes. Ainsi apparaissent plusieurs lignées humaines, chacune héritière d’une part du mystère originel.

Cette cosmogonie ouvre l’album mais irrigue surtout toute l’histoire. Car parmi les peuples issus de ce partage primordial se trouve une lignée maudite : les Ichoromes. Leur sang est noir, leur réputation terrible et leur destinée, irrémédiablement condamnée. Ils ne peuvent engendrer que des fils. Pour survivre, ils enlèvent des femmes aux autres tribus. Ce qui ne fait que les marginaliser davantage.

C’est dans l’ombre de cette malédiction que vivent les deux protagonistes du récit. Le père est un homme massif, marqué par un passé dont il parle peu. Autrefois membre des Ichoromes, il a rompu avec les siens pour sauver une captive – celle qui deviendra la mère de son fils. Le geste s’avère pourtant plus ambigu lorsqu’il est raconté de l’autre côté du récit : en fuyant avec une seule femme, il a laissé derrière lui d’autres prisonnières livrées à la brutalité de son peuple… 

Les Hautes Herbes avance à hauteur d’homme, entre confidences, souvenirs et rencontres dangereuses. La violence du monde y est omniprésente : nature hostile, tribus méfiantes, foule prête à lyncher celui qu’elle considère comme un monstre. Mais à cette brutalité répondent des paysages à contempler, qui occupent une place essentielle dans l’album : plaines battues par le vent, forêts anciennes, rivières solitaires… Le père et le fils y vivent en hôtes, chassant seulement pour se nourrir, laissant le moins de traces possible. 

Mais au-delà de la survie quotidienne, une quête guide les deux voyageurs : trouver le peuple cibète. Selon la légende, ces hommes sages vivent à l’écart du monde, attentifs à l’équilibre du vivant. Peut-être sont-ils la seule société capable d’accueillir un enfant né du sang noir. La question, évidemment, est de savoir s’ils existent réellement.

Les auteurs articulent plusieurs interrogations qui conditionnent l’expérience de lecture. Peut-on échapper à son origine ? Un homme peut-il rompre avec la violence de son peuple ? Et un enfant peut-il inventer une autre voie que celle que son sang semble lui imposer ?

Grun et Laurine Clin construisent une fable âpre, prise dans un équilibre délicat entre dureté et espérance. Le passé y pèse lourd, les fautes ne s’effacent pas, mais il demeure possible de transmettre autre chose que la haine. C’est peut-être là le cheminement central mis en vignettes : celui qui mène vers un monde un peu moins cruel.

Les Hautes Herbes, Grun et Laurine Clin
Daniel Maghen, 11 mars 2026, 112 pages

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4

La Danse des Renards : Violentes Jeunesses

Avec La Danse des Renards, le réalisateur Valéry Carnoy signe un premier film poignant sur l’adolescence et ses métamorphoses. Porté par la révélation Samuel Kircher, ce drame sensible explore la fragilité masculine à travers le parcours d’un jeune boxeur dont la vie bascule après une chute en forêt. Entre combats et observation des renards, une œuvre naturaliste et poétique à ne pas manquer.

Dans son premier long-métrage, Valéry Carnoy capture l’instant fragile où tout bascule. Camille, jeune boxeur prometteur enfermé dans l’univers viril de la compétition, voit son chemin dérailler après une chute en forêt. Sans lésion apparente, une douleur indicible s’installe celle d’exister autrement. Entre les combats et l’observation silencieuse des renards, La Danse des Renards tisse le portrait sensible de la jeunesse en crise, où le malaise devient le point de départ d’une métamorphose intérieure.

Quand le corps boxe, l’âme vacille

Camille a tout d’un futur champion. En internat sportif, il perfectionne sa boxe, impressionne par sa rapidité, son agilité défensive. L’avenir semble tout tracé. Mais une chute en forêt va faire dévier sa route.

Valéry Carnoy (double lauréat des prix « Coup de cœur des auteurs SACD » et « Label Europa Cinéma ») ne filme pas les séquelles irréversibles de l’accident. Ce qui l’intéresse, ce sont ces états psychiques et poétiques, ces suspensions nerveuses qui, silencieusement, infléchissent une trajectoire.

Entre combat et forêt : Camille change

D’abord semblable aux autres  prompt à la sociabilité du groupe mais aussi solitaire et sensible –, Camille se métamorphose. Le film devient alors le récit d’une initiation au changement, à cette perturbation intérieure que le trauma révèle : l’envie de vivre le réel avec moins d’âpreté, plus de tendresse.

Carnoy maintient une tension constante entre deux mondes. Il y a les scènes de retrait, où Camille emmène son ami Matteo observer les renards dans la forêt voisine. Et puis les scènes de bande ou de combat, saturées d’adrénaline et de testostérone juvénile.

D’un côté, Camille s’émeut. De l’autre, il se meut.
D’un côté, un regard qui découvre le monde par la nature. De l’autre, un corps soumis aux normes masculines et aux diktats de la compétition. Ce contraste, maintenu tout au long du film, irrigue le récit d’une énergie subtile et tendue, portée par une mise en scène tour à tour vigoureuse et délicate, naturaliste et poétique.

Le mal de la chute : une belle étude sur l’adolescence comme « hystérie »

Pourtant, Camille récupère. La chute de dix mètres n’a laissé aucune lésion. Pourtant, il a mal. Pas vraiment peur. Autre chose : des émotions violentes qui débordent, des amitiés qui se trahissent ou se renforcent, des âges frontières où les corps parlent, où les actes deviennent des choix, des envies qui changent, des douleurs sans raison. Veut-il encore faire de la compétition ? Est-il attiré par autre chose ?

Dans l’univers normé de la compétition, les souffrances névrotiques n’ont pas leur place. Camille se rapproche d’une fille arrivée en cours d’année. Dans une scène d’une vraie beauté, il lui demande : « Est-ce que toi aussi, tu as déjà eu mal sans avoir mal quelque part ? »

Cette question est le cœur du film. L’adolescence comme crise, comme variation. Les violences de la jeunesse comme rituel cathartique. Et cette douleur sans nom,  juste avoir mal sans savoir pourquoi – devient la matière précieuse du film, sa vraie lutte.

Porté par la densité silencieuse de Samuel Kircher, La Danse des Renards nous étreint par la justesse de ses émotions. Quand Camille suspend des morceaux de viande aux branches pour surprendre les renards, c’est tout son désir de lien avec le monde qu’il accroche là : une micro-performance poétique très éloignée de la brutalité des combats. Il regarde les renards bondir dans les arbres et sourit à la félinité libre de ces bêtes. Il sourit aussi à un air de trompette qui s’élève en pleine forêt.

La Danse des Renards offre une grâce nerveuse, une chorégraphie sensible sur cette ligne de crête ténue entre l’élan vital et la fragilité d’être.

La Danse des Renards : Bande-annonce

La Danse des Renards – fiche technique

Réalisation : Valéry Carnoy
Scénario : Valéry Carnoy, Jacques Akchoti
Interprètes : Samuel Kircher, Faycal Anaflous, Jef Cuppens, Hassane Alili, Anna Heckel, Jean-Baptiste Durand, Salahdine El Garchi, Yoann Blanc, Guillaume Duhesme, Raphaël Thiéry, Frédéric Clou
Musique : Pierre Desprats
Production : Julie Esparbes
Pays de production : Belgique, France
Société de distribution France : Jour2Fête
Durée : 1h34
Genre : Drame
Date de sortie : 18 mars 2026

Bonus de bienvenue des casinos en ligne : comment en profiter

On est en 2026, et les casinos en ligne n’ont jamais été aussi généreux avec leurs bonus de bienvenue, ces petits cadeaux qui te boostent dès l’inscription sans te ruiner. Un bonus de bienvenue, c’est souvent un match sur ton premier dépôt, des tours gratos ou du cash back, histoire de te lancer dans les jeux avec un coup de pouce. Ça te permet de tester les machines à sous, la roulette ou le blackjack sans trop taper dans tes économies, et même de viser des gains sympas si la chance sourit. Ces offres cartonnent partout, surtout avec les apps mobiles qui te laissent jouer en un clic et les paiements sécurisés qui tranquillisent. Mais comment en profiter au max cette année ? Dans cet article, on va décortiquer le truc : ce que c’est, pourquoi c’est top, les avantages, les meilleurs spots, comment les choper, des astuces, et comment rester responsable sans virer fou.

C’est quoi un bonus de bienvenue, et pourquoi c’est la star en 2026 ?

En clair, un bonus de bienvenue, c’est la carotte que te tend un casino en ligne pour t’attirer : souvent un pourcentage sur ton premier dépôt (genre 100 % jusqu’à 500 €), plus des free spins ou du crédit gratuit. Pas besoin d’être un pro pour l’activer, juste t’inscrire et déposer. En 2026, ces bonus ont explosé grâce aux techs qui rendent tout plus fluide, comme les interfaces intuitives et les cryptos pour des virements express. Chez Gransino, par exemple, ils te filent un bonus de 100 % jusqu’à 500 € plus 200 tours gratos sur ton premier dépôt, avec un wager à 35x et des retraits max sans plafond chiant. C’est l’idéal pour voir si le site est réglo, si les jeux claquent, et si les paiements roulent, tout en multipliant tes chances dès le départ.

Pourquoi c’est si populaire ? Déjà, ça rend le jeu accessible à tous, surtout aux novices qui veulent pas miser gros d’entrée. Avec l’économie qui bouge, les joueurs adorent ces boosts qui étirent le bankroll. Et les nouveautés comme la VR intègrent ces bonus dans des expériences dingues, genre un match dépôt sur des tables live immersives. Des enquêtes montrent que plus de 70 % des nouveaux inscrits chassent les bonus de bienvenue pour des sessions plus longues et rentables, parce que ça mène à des gains potentiels sans trop de risques initiaux.

Les avantages des bonus de bienvenue pour démarrer fort

Y a plein de bons côtés à sauter sur ces bonus. D’abord, tu explores la ludothèque sans te saigner : avec un match dépôt, ton argent double, triple même parfois, pour tester plus de jeux. Chez Lizaro, leur bonus de bienvenue c’est 150 % jusqu’à 1 000 € plus 100 free spins, wager 40x et retrait max généreux. Ça te laisse juger l’interface, les graphismes qui pètent, et les options de paiement sans pression.

Ensuite, ces offres sont souvent encaissables : une fois le wager rempli, tes gains deviennent du vrai cash. En 2026, de plus en plus de sites baissent les exigences pour rendre ça plus cool et transparent. Ces bonus te motivent à varier : des slots aux tables live, en passant par des variantes modernes. Pour une portée mondiale sans frontières, les sites international en ligne proposent ces bonus adaptés à tous les pays, avec des traductions et des devises multiples pour une inscription sans prise de tête.

Et pour clore, ça fidélise : les casinos les utilisent pour te happer, mais ça mène à des VIP avec encore plus de perks. Quand tu mates des catalogues à plus de 10 000 jeux, ces bonus de départ posent les bases d’une aventure durable.

Les top casinos avec bonus de bienvenue en 2026 : où en profiter ?

Cette année, voilà une sélection de casinos qui claquent avec leurs bonus de bienvenue. Basé sur leur générosité, conditions et variété.

  1. Gransino : 100 % jusqu’à 500 € + 200 FS. Wager 35x, dépôt mini 20 €. Plus de 4 000 jeux, live dealers inclus.
  2. VipLuck : 200 % jusqu’à 1 000 € + 50 FS. Wager 40x, cryptos acceptées pour retraits rapides.
  3. Lizaro : 150 % jusqu’à 1 000 € + 100 FS. Wager 40x, catalogue de 8 000+ titres.
  4. Roostino : 100 % jusqu’à 300 € + 150 FS. Wager 35x, plus de 13 000 jeux innovants.
  5. Velobet : 150 % jusqu’à 500 € + 70 FS. Wager light, code promo pour activation.
  6. Mafia : 120 % jusqu’à 800 € + 100 FS. Wager 40x, thème fun avec bonus crab.
  7. Lunubet : 100 % jusqu’à 500 € + 200 FS. Wager 35x, promos hebdo sur 5 000+ jeux.

Ces spots ont des licences béton, type Curacao, pour la sécu. En 2026, ils customisent les bonus avec des algos pour matcher tes prefs. Et pour les joueurs belges, une casino en ligne belgique liste regroupe ces options sous régulation locale, avec des bonus conformes aux règles strictes.

Comment profiter d’un bonus de bienvenue en 2026 ?

Pour en profiter, commence par chasser sur des sites de reviews, forums ou direct sur les casinos. En 2026, les newsletters te pushent les offres fraîches. Pour choisir, check la licence : en France, ARJEL-friendly ; en Belgique, Commission des Jeux de Hasard. Décrypte les conditions : wager bas, dépôt mini raisonnable, et retrait élevé.

La diversité des jeux est clé : vise des ludothèques massives avec slots, roulette, blackjack. Paiements crypto/e-wallets et mobile sont must-have. Lis les avis, active le bonus et remplis le wager sans te presser.

Astuces pour maximiser tes bonus de bienvenue

Pour en tirer le max, inscris-toi sur plusieurs pour cumuler. Respecte les termes : dépose le mini requis, utilise les FS avant expiration. Gère ton bankroll : mise petit pour grinder le wager. En 2026, les apps te laissent tracker tout ça en mobilité.

Méfie-toi des pièges : check si le bonus colle à tes jeux prefs, évite les wagers trop hauts. Teste en démo avant dépôt.

Le jeu responsable, c’est crucial en 2026

Le jeu, c’est du plaisir, pas du stress. En 2026, les autorités renforcent les gardes-fous anti-addiction. Fixe limites temps/argent. Si ça glisse, auto-exclusion via outils qui bloquent l’accès partout. Hotlines et programmes VIP responsables aident à garder le cap.

En conclusion : prêt à profiter des bonus de bienvenue en 2026 ?

Au final, en 2026, les bonus de bienvenue pullulent sur des casinos comme Gransino ou Velobet, avec des offres alléchantes. Chope-les, mais joue smart. Le jeu en ligne est plus boosté que jamais – vas-y, profite !

Guet post

Système de notifications et d’alertes sur les plateformes de jeux de casino online

Les casinos en ligne modernes offrent de nombreuses fonctionnalités. Le système de notifications et d’alertes mérite une attention particulière. Vous serez toujours au courant des nouveaux événements, des promotions du casino online sur le site, par exemple https://Millioner.com/be/ et bien plus encore. Grâce à un système de notifications bien configuré, l’engagement des utilisateurs est renforcé. Parmi les principales fonctions du système de notifications, on trouve l’information sur les bonus, les promotions et les mises à jour des événements de jeu. 

Il est possible de suivre l’activité du compte, la sécurité et le contrôle sont assurés. Cet outil efficace rend les divertissements pratiques, passionnants et sûrs. Grâce à une configuration judicieuse des notifications, vous serez au courant des événements importants et ne manquerez rien.

Types de notifications disponibles pour les utilisateurs

Les notifications sont importantes pour le confort et la sécurité des joueurs. Elles vous permettent de recevoir des informations sur le casino online concernant les résultats des paris, les mises à jour des divertissements et les événements importants. Une fois que vous aurez compris les spécificités des différents types de notifications, vous pourrez les paramétrer selon vos préférences et exploiter pleinement leurs fonctionnalités. Parmi les principales, il convient de mentionner les suivantes :

  • Notifications promotionnelles. Vous serez informé des nouveaux bonus, des offres spéciales et des tournois.
  • Notifications relatives aux jeux. Informations sur les nouveautés et les mises à jour des fonctionnalités des jeux.
  • Notifications système. Rappels concernant les limites de mise, la sécurité du compte, les activités suspectes et la nécessité de mettre à jour vos informations.

Il est recommandé de définir vos priorités et de sélectionner les notifications les plus importantes pour vous. Utilisez la personnalisation en activant les notifications pour les promotions et les divertissements qui vous intéressent. Portez une attention particulière aux notifications système concernant les activités suspectes. Cela vous aidera à protéger votre compte en temps utile.

Informations sur les événements, les promotions et les mises à jour

Pour les joueurs des sites de divertissement, il est important de recevoir en temps utile des informations sur les événements, les promotions et les mises à jour. Sur le casino online, vous serez toujours au courant des nouvelles opportunités. Une utilisation correcte de l’information permet d’accroître l’engagement. 

Parmi les principales catégories d’informations, on trouve les événements, les tournois, les promotions et les bonus. Vous recevrez des notifications concernant les nouveaux jeux et les améliorations de l’interface. Des offres exclusives personnalisées sont possibles en fonction de votre activité, de vos préférences et de votre historique de jeu.

Paramètres des notifications personnelles dans votre compte

La configuration personnalisable des notifications vous permet de recevoir uniquement les informations qui vous intéressent réellement. L’expérience de jeu sur le casino online devient plus confortable. Vous pouvez contrôler votre activité. La surcharge d’informations inutiles est réduite. Parmi les principales possibilités de personnalisation, vous pouvez également sélectionner les catégories de notifications que vous souhaitez recevoir. Il est possible d’activer ou de désactiver différentes catégories. 

La personnalisation du contenu vous permet de choisir les notifications en fonction de vos jeux, tournois et types de promotions préférés. Il faut se concentrer sur l’essentiel, notamment les notifications pour les événements et les jeux qui vous intéressent.

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Leçons de ténèbres (1992) de Werner Herzog : la planète de l’or noir

Les documentaires de Werner Herzog résonnent souvent avec l’actualité. Dans Leçons de ténèbres, sorti en 1992, il s’intéresse à ce Moyen-Orient compliqué qui est aujourd’hui, une fois encore, au cœur de toutes les préoccupations. Le cinéaste filme toutefois les terribles incendies des puits de pétrole, causés par l’armée irakienne au Koweït lors de la guerre du Golfe, non pas comme un documentariste mais comme un artiste. Fresque cosmique, le film prend de la distance afin de présenter les paysages dévastés, fruit de la folie des hommes, comme une planète hostile colonisée par une civilisation étrange. Le refus du pathos se mue en mise à distance philosophique. Une œuvre fascinante.

17 janvier 1991. En réponse à l’invasion du Koweït et l’occupation du pays par l’Irak de Saddam Hussein, la coalition dirigée par les Etats-Unis du président George H. W. Bush lance l’opération Desert Storm. Les bombardements intensifs, qui durent environ cinq semaines, ont raison de l’armée irakienne. Au cours de son repli, celle-ci pratique néanmoins une politique de la terre brûlée, en incendiant notamment entre 600 et 750 puits de pétrole koweïtiens. Une décision qui est également liée aux causes de la guerre, l’Irak ayant accusé son voisin de surproduction de pétrole par rapport aux règles établies par l’OPEP (ce qui faisait baisser les cours internationaux de l’or noir) et de forer dans un champ irakien. Cette terrible vengeance, aujourd’hui quelque peu oubliée, provoqua pourtant une gigantesque catastrophe tant naturelle qu’humaine.

Les incendies et – en particulier – la lutte héroïque pour les éteindre ont fait l’objet d’un documentaire américain réalisé par David Douglas, Fires of Kuwait, sorti en IMAX en 1992 et nommé à un Oscar. La même année, sort également un autre documentaire, réalisé par Werner Herzog et produit pour la télévision (Canal+ et Première). Il se distingue de celui de David Douglas par une approche artistique aux antipodes des canons habituels du documentaire… Herzog, artiste au regard unique, a en effet choisi de filmer la catastrophe environnementale et humaine comme s’il abordait une planète inconnue ! Ce prisme surprenant de la science-fiction métaphysique est particulièrement bien servi (et justifié) par des images incroyables, captées au cours d’un tournage de tous les dangers, principalement en hélicoptère. Paysages lunaires de désert et de lacs de pétrole, structures anéanties (bunkers, hangars, réservoirs…) semblant appartenir à une civilisation depuis longtemps éteinte : c’est bien l’horizon infini d’une planète hostile, où toute trace humaine a disparu, que filme le cinéaste allemand. Dans un second temps, sa caméra pénètre au cœur des ténèbres : les puits de pétrole en feu, qui prennent ici l’allure de volcans rageurs qui annihilent la vie et transforment le ciel en une nuit permanente. Dans la fournaise se débattent d’étranges créatures, que Herzog assume de représenter d’abord comme des extra-terrestres dont on essaye de comprendre le langage et le comportement, avant de leur rendre un semblant de forme humaine : les héroïques employés des compagnies spécialisées américaines, qui passeront neuf mois dans cet enfer afin d’éteindre les incendies. Le metteur en scène pousse le principe jusqu’au bout. Ainsi, lorsqu’il pénètre dans un atelier lambda, il filme des outils divers comme des « objets trouvés dans des salles de torture », pour reprendre le titre de cette section du film ! Une preuve supplémentaire que le cinéma peut conférer à n’importe quelle image le sens qu’il souhaite…

Comme souvent, Werner Herzog s’intéresse ici à la folie destructrice des Hommes. Mais s’il est passionné par ses congénères, le cinéaste a toujours farouchement rejeté le pathos. En témoignent, dans ce drôle de documentaire, deux séquences qui tranchent avec l’approche esthétique générale car elles se concentrent sur des victimes du conflit, filmées face caméra : une femme qui a été le témoin de la torture et de la mise à mort de ses deux fils, et qui en a perdu la parole (elle s’exprime par des mots incompréhensibles), et une autre femme dont le petit enfant a failli subir le même sort et qui, depuis lors, garde le silence (« Maman, je n’apprendrai jamais à parler »). Ces deux terribles extraits, qui symbolisent la mort de la communication au profit du règne de la barbarie, sont cependant filmés avec distance, seulement accompagnés d’une description clinique des faits. A contrario, Herzog ose filmer les paysages koweïtiens dévastés avec esthétisme, comme une métaphore poétique de l’appétit de destruction humain qui est parvenu à ses fins. Citations, découpage en chapitres aux titres lyriques, superbe bande-son de musique classique (Wagner, Grieg, Mahler, Pärt…), voix off (celle du cinéaste) ponctuelle assumant le point de vue artistique : la capacité de Herzog à prendre une distance émotionnelle par rapport à des faits tragiques qui se produisent au même moment, ne cesse d’étonner. C’est ce détachement apparent qui lui valut les crachats et les quolibets lorsque Leçons de ténèbres fut présenté au Festival de Berlin. Un traitement que le cinéaste, cohérent mais aussi un peu masochiste dans l’âme, assuma pleinement.

Le temps ayant passé, il est désormais possible de regarder ce documentaire avec la distance appropriée. On ne peut dès lors que constater la pertinence du parti pris du cinéaste qui, loin d’entretenir une vision insensible du malheur des hommes, s’attarde sur sa cruauté et sa folie, renouant ainsi avec les principes du lointain romantisme allemand. Un film saisissant qui ne peut laisser personne indifférent.

Leçons de ténèbres : bande-annonce

Synopsis : La guerre fait rage au Koweït, les puits de pétrole sont en feu, les paysages sont dévastés, partout il n’y a que ruines et désolation… Werner Herzog montre cette catastrophe à la manière d’un film de science-fiction où la terre serait devenue une planète inconnue, un monde perdu qui va commencer… ou qui vient de finir.

Leçons de ténèbres : fiche technique

Titre original : Lektionen in Finsternis
Réalisateur : Werner Herzog
Scénario : Werner Herzog
Photographie : Simon Werry, Paul Berriff et Rainer Klausmann
Montage : Rainer Standke
Producteurs : Paul Berriff, Werner Herzog et Lucki Stipetić
Sociétés de production : Canal+, Première et Werner Herzog Filmproduktion
Durée : 54 min.
Genre : Documentaire
Date de sortie : 21 février 1992
Nouvelle sortie en salles : 25 février 2026
Allemagne/France/Royaume-Uni – 1992

Projet Dernière Chance : critique d’un quasi chef-d’œuvre

Vous souvenez-vous de l’incroyable Seul au monde sorti en 2000 ? Non ? Dommage, vous avez raté l’occasion de pleurer pour un ballon (et je ne parle pas de la Coupe du monde). Vous vous souviendrez peut-être du plus récent Premier Contact, de Denis Villeneuve ? C’est peut-être l’écriture et la façon de filmer des extra-terrestres la plus intelligente qu’on ait eue au cinéma. En revanche, difficile de croire que vous avez oublié le sacro-saint Interstellar, immense chef-d’œuvre intemporel qui a éclipsé la quasi intégralité des films de science-fiction spatiaux depuis sa sortie. Prenez un peu de ces trois monuments du 7ᵉ Art, prenez un Ryan Gosling au top de sa forme. Bravo, vous venez d’obtenir Projet Dernière Chance.

L’Espace, frontière de l’infini… sauf au cinéma

Comment réussir un film ? Existe-t-il seulement une règle universelle au cinéma qui décrète que ton projet est bon s’il respecte telle ou telle règle ? Non. L’appréciation d’une œuvre cinématographique est et restera toujours subjective. En revanche, on peut définir le cinéma, le vrai. Celui qui se voit, se ressent. Celui qui s’entend, pas celui qui s’écoute. In fine, on revient à cet éternel débat : un film qui ne fait pas d’effort sur l’image, le son, le montage et la réalisation peut-il être considéré en tant que tel ? Et, de tous les genres cinématographiques, pourquoi est-ce avec la science-fiction que l’on se pose le plus la question : mérite-t-il la salle de cinéma ? Puis, en 2026, on remarque quelque chose. Si la SF continue de crever l’écran, les œuvres qui se servent majoritairement de l’Espace comme terrain de jeu sont très rares. Sincèrement, combien de films spatiaux pouvez-vous me citer sur les 10 dernières années ? Combien de films se servent de l’immensité de l’espace pour raconter une histoire ? La réponse sera forcément : très peu. Déjà, parce qu’une partie d’entre eux ne sont pas extraordinaires (Passengers était oubliable, Alien Romulus très classique, et nous ne parlerons même pas des daubes sorties sur les plateformes de streaming) et aussi et surtout pour une raison encore plus bête : ils ne sont pas nombreux.

Projet Dernière Chance part déjà avec cet avantage/inconvénient, celui d’appartenir à un genre rarissime qui ne demande qu’à s’agrandir, et avec lui sa liste de bons films. Et, quand on regarde d’un peu plus près, on est légèrement hallucinés par le nombre de signaux positifs qui entourent le projet. Adapté du roman d’Andy Weir, à qui l’on devait Seul sur Mars, réalisé par les créateurs de la saga Spider-Verse (aka l’une des meilleures sagas d’animation jamais conçues) et porté par une sacrée tête d’affiche, que lui manquait-il ? Un bon directeur de la photographie ? Aucun problème, on te donne Greig Fraser, le génie derrière les images de Dune ou The Batman. Difficile d’imaginer qu’un tel assemblage de talents pouvait foirer. Tant mieux, non seulement ce n’est pas le cas, mais on tient là l’un des meilleurs films liés à l’Espace depuis… ben depuis un sacré bout de temps, finalement.

Where is Ryan ?

Oubliez les huis clos standardisés avec le cultissime Alien de Ridley Scott. Ici, point d’équipage destiné à mourir à petit feu. En fait, il serait plus juste de dire : point d’équipage, tout court. Et c’est déjà en cela que Projet Dernière Chance est brillant. Grace (Ryan Gosling) évolue seul durant une partie de l’histoire. On ne sait qu’une seule chose : la Terre est menacée d’extinction, une équipe a été envoyée dans l’espace pour la sauver. Pourquoi ? Comment ? Nous vous laissons bien entendu le soin de le découvrir. À ce sujet, il vous est fortement conseillé, si vous lisez ces lignes sans avoir vu d’image du film, de poursuivre sur cette lancée et de le découvrir en salle directement. Les dernières bandes-annonce en montrent trop. Alors, vous me direz, à raison, que l’idée de faire un huis clos dans l’espace ne vient pas du film, mais du roman. Oui. En revanche, la réalisation, la photographie, le rythme, le montage et les silences, surtout les silences, ne sortent pas d’un bouquin. On en revient au premier paragraphe, Projet Dernière Chance ne s’écoute pas, il se ressent, se vit. Rares sont les huis clos qui isolent autant leur(s) protagoniste(s) et celui-ci réussit ce test difficile avec brio. Le cinéma est, depuis sa création, une narration par l’image. Une idée qui se raréfie, tant les films aujourd’hui sont pensés pour la télévision, s’assurant que les dialogues soient compris par un spectateur fixé à son téléphone. Ici, on tient une œuvre authentique de cinéma, pensée pour la salle et pour des gens qui aiment cet art. Merci.

Rarement la solitude n’aura été aussi drôle, tant Ryan Gosling continue d’épater par ses mimiques comiques. Mais, cette fois-ci, l’acteur explore plus en profondeur sa palette dramatique, offrant ainsi le meilleur rôle de sa carrière. On l’accompagne dans cette odyssée spatiale, dans les moments de rire comme de larmes. Dommage, les nombreux flashbacks viennent casser l’immersion. Rien de dramatique, rassurez-vous. Tous ou presque sont essentiels à l’intrigue et n’impactent en rien le rythme du film. On tient bien quelques scènes dont on peut discuter de la durée ou de l’utilité, mais rien de méchant. En revanche, la fin tire réellement en longueur. Mais, là encore, rien qui n’impacte sincèrement le tout. 2h35 qui auraient pu durer 2h15 en retirant quelques passages ici et là ? Bah… on a vu pire. La claque visuelle et sonore devrait suffire à faire sortir de la salle avec le sourire… et les larmes. Oui, car le film est beau et sincèrement touchant, par endroits. Je disais plus tôt que Grace évoluait seul une partie de l’histoire. Sans dévoiler quoi que ce soit, les fans de Seul au monde devraient s’attacher à Rocky autant qu’à Wilson (le ballon qui a fait pleurer toute l’humanité). Et, pour les plus connaisseurs d’entre vous, ma comparaison avec Premier Contact vous donnera quelques indices sur ce personnage, physiquement présent sur le plateau lors du tournage. Puis, comment ne pas aborder plus en détail la partie sonore, bluffante. Certains passages se font dans un silence criant, aidés d’un mixage son aux petit oignons et de la superbe bande originale de Daniel Pemberton, déjà à l’œuvre dans les deux films Spider-verse. Bref, entre First Man et ce film là, on peut décidemment dire que l’espace réussit bien à notre Ryan et on attend déja avec impatience son prochain décollage.

Projet Dernière Chance : bande-annonce

Projet Dernière Chance : fiche technique

Titre original : Project Hail Mary
Réalisation : Phil Lord, Christopher Miller
Scénario :  Drew Goddard, d’après le roman d’Andy Weir
Interprètes : Ryan Gosling, Sandra Hüller, Lionel Boyce, Ken Leung, Milana Vayntrub
Photographie : Greig Fraser
Montage : Joel Negron
Musique : Daniel Pemberton
Producteurs : Amy Pascal, Ryan Gosling, Phil Lord, Christopher Miller, Aditya Sood, Rachel O’Connor, Andy Weir
Producteurs exécutifs : Patricia Whitcher, Drew Goddard, Sarah Esberg, Lucy Kitada, Nikki Baida, Ken Kao
Sociétés de production : Metro-Goldwyn-Mayer, Lord Miller Productions, Waypoint Entertainment, Pascal Pictures et General Admission
Pays de production : États-Unis
Société de distribution France : Sony Pictures Releasing France
Durée : 2h37
Genre : Science Fiction, Aventure
Date de sortie : 18 mars 2026

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4.5

Trois maîtres du cinéma modeste effeuillés aux éditions Lettmotif

Trois maîtres du cinéma modeste se concentre sur Joseph H. Lewis, Don Siegel et Budd Boetticher, trois réalisateurs dont les parcours éclairent différemment le fonctionnement de Hollywood entre la fin du système des studios et l’émergence du Nouvel Hollywood.

Alain Cresciucci adopte une démarche claire : à travers trois portraits fouillés, il reconstitue à la fois les biographies professionnelles des cinéastes, leurs méthodes de travail et les conditions concrètes de fabrication de leurs films. L’auteur s’intéresse autant aux films eux-mêmes qu’aux rapports de force industriels, aux stratégies permettant de préserver une part d’indépendance au sein d’un système fortement hiérarchisé. 

Joseph H. Lewis apparaît comme le réalisateur le plus à l’aise dans cet univers de budgets limités. L’auteur insiste sur ses trouvailles de mise en scène, ces solutions visuelles inventées pour pallier le manque de moyens. Lewis est notamment célèbre pour certains de ses tics stylistiques qui transforment des films modestes en véritables démonstrations de virtuosité. Ses films, de Gun Crazy à The Big Combo, témoignent de sa capacité à arborer une signature visuelle en dépit des contraintes.

Don Siegel, lui, incarne davantage le professionnel parfaitement intégré au système. Moins flamboyant en apparence, il est un technicien redoutablement efficace qui sait naviguer dans les structures hollywoodiennes. Alain Cresciucci rappelle combien sa carrière s’étend sur plusieurs décennies et s’adapte aux mutations du cinéma américain. Sa réputation critique s’est notamment consolidée grâce à ses collaborations avec Clint Eastwood, mais aussi grâce à des œuvres marquantes comme L’Invasion des profanateurs de sépultures, film de science-fiction devenu un classique ambigu de la paranoïa américaine. 

Le troisième portrait est sans doute aussi le plus singulier. Budd Boetticher, dont le parcours semble parfois relever de l’aventure romanesque, est présenté comme un véritable maverick. Ancien torero, il arrive presque par accident dans le monde du cinéma, après avoir conseillé une production hollywoodienne sur l’univers de la corrida. Ce détour inattendu ouvre la voie à une carrière de réalisateur. Alain Cresciucci rappelle aussi un détail révélateur : Boetticher change de nom au moment où il estime avoir réalisé son premier véritable bon film, signe d’une volonté de marquer une rupture avec ses débuts hésitants. Son œuvre est aujourd’hui indissociable de ses westerns avec Randolph Scott – Ride Lonesome, Seven Men from Now, Comanche Station – où la simplicité narrative dissimule une remarquable rigueur morale et stylistique.

L’ouvrage met parfaitement en évidence les conditions concrètes de production de ces films. Tournages rapides, budgets réduits, équipes restreintes : le cinéma modeste impose une discipline particulière qui oblige les réalisateurs à développer une réelle efficacité narrative et visuelle. Alain Cresciucci montre aussi que ces cinéastes partagent certaines préoccupations thématiques. Leurs films explorent souvent des figures solitaires, des personnages pris dans des structures de pouvoir ou confrontés à des dilemmes moraux. Parfois dissimulés derrière les codes du film noir ou du western, ces récits offrent une vision du monde marquée par la méfiance envers les institutions et par une fascination pour les individus marginalisés.

En retraçant ces trois parcours, Alain Cresciucci éclaire un aspect essentiel du cinéma américain : son versant artisanal et souvent invisible. Derrière les productions prestigieuses qui ont façonné la légende hollywoodienne, un autre cinéma s’est développé, plus rapide, plus économe, mais souvent d’une inventivité remarquable. Les films de Lewis, Siegel et Boetticher témoignent de cette vitalité. Ils rappellent que l’histoire du cinéma ne se limite pas aux œuvres consacrées, mais qu’elle se construit aussi dans ces marges industrielles où la contrainte se mue en moteur de création… 

Trois maîtres du cinéma modeste : Joseph H. Lewis, Don Siegel, Budd Boetticher, Alain Cresciucci
LettMotif, 28 janvier 2026, 370 pages

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4

« That Distant Fire » : quand le feu couve sous les circuits

Dans un futur proche dominé par la multinationale Queeny, deux ingénieurs mettent clandestinement au point une technologie médicale capable de révolutionner l’accès aux soins. Mais la recherche appartient aux corporations et le travail est une ressource administrée ; l’innovation ne peut, dans ce contexte, être dissociée du pouvoir. Avec That Distant Fire, JR Hughto et Curt Merlo échafaudent une dystopie inquiète où la science, la révolte et la vie quotidienne se mêlent dans un même horizon trouble.

Le récit s’ouvre sur un matin banal : Véra et Paul se lèvent, se préparent, prennent le métro. Comme des milliers d’autres passagers, ils consultent leurs smartphones, tandis que les écrans de la rame diffusent en boucle des publicités pour les produits Queeny – repas équilibrés issus d’une agriculture durable, promesses de santé et de stabilité. Tout semble parfaitement réglé, désespérément lisse. Mais déjà, sous la communication industrielle, apparaît un monde où l’espace public appartient aux entreprises.

Le couple travaille pour Pinkerton Bei, l’un des laboratoires technologiques qui gravitent dans l’orbite de cette méga-corporation. Ingénieurs tous les deux, ils œuvrent dans un environnement clinique et compartimenté : sas de décontamination, combinaisons étanches, surfaces stériles… Face à face, ils poursuivent un travail dont ils ne maîtrisent qu’une infime partie, sans vision d’ensemble. Ensemble, ils campent malgré eux la division moderne du savoir technique, une spécialisation extrême qui empêche souvent de percevoir l’objet final.

C’est peut-être pour cette raison qu’ils travaillent en secret. Car, en marge de leurs fonctions officielles, Véra et Paul conçoivent leur propre invention. Pièce après pièce, en sacrifiant leurs économies, ils construisent un scanner médical miniature, une sorte d’IRM portable capable d’effectuer des diagnostics rapides, partout. Une technologie qui pourrait sauver des vies dans les zones isolées, les campagnes abandonnées, les territoires oubliés par l’économie globale. Mais les ingénieurs sont liés par des clauses de non-concurrence draconiennes, et toute innovation appartient d’abord à l’entreprise qui emploie ses concepteurs… 

Un jour, Paul est convoqué par son supérieur. L’entretien, glacial, fait état d’une productivité insuffisante, d’un comportement jugé problématique, voire d’un environnement de travail hostile. L’évaluation semble sortir d’un logiciel plus que d’une discussion humaine. Paul est licencié. Véra, au contraire, se voit proposer une promotion. Elle refuse. Sans lui, elle n’a aucune raison de rester.

Cet épisode dit beaucoup de la société qui sert de cadre à That Distant Fire. Le travail est une ressource rare et strictement administrée. Les corporations embauchent de moins en moins. L’agriculture, largement automatisée, licencie les ouvriers. Les villes se contractent. Ceux qui perdent leur poste sont redistribués par des procédures d’affectation bureaucratiques. Les auteurs s’inscrivent dans les pas des grandes dystopies du XXe siècle, mais sans en reproduire tous les codes. Le monde de That Distant Fire évoque bien sûr celui de 1984 par la présence diffuse d’un pouvoir omniprésent, mais il s’en distingue par son visage économique. Ici, le contrôle ne passe pas par un État totalitaire, mais par une entreprise tentaculaire. Queeny surveille les citoyens, organise la production, l’alimentation, la recherche scientifique…

Plutôt que d’exposer frontalement ce système, les auteurs l’observent à hauteur d’individus. Autour de Véra et Paul gravitent d’autres figures, comme Diana et Hazel, qui incarnent une réponse plus radicale : sabotage, affrontements avec les forces de sécurité, incendies dans les champs industriels… Une colère sourde traverse le récit, prête à éclater. C’est ce feu lointain auquel renvoie le titre. Et qu’une double page nous présente sous la forme d’un rassemblement militant où des contestataires brûlent leurs cartes de la loterie du travail.

Graphiquement, Curt Merlo opte pour un dispositif simple mais efficace. Chaque mois du récit est associé à une couleur dominante. Une construction visuelle qui renforce la dimension contemplative du récit. Les scènes de laboratoire, les trajets en métro, les conversations silencieuses occupent autant d’espace que les moments de conflit. 

Au cœur de cette dystopie se trouve finalement une question très contemporaine : celle de la propriété du savoir. L’appareil inventé par Véra et Paul pourrait transformer la médecine. Pourtant, dès qu’il apparaît, il devient un intérêt industriel colossal. Mais l’enjeu est plus grand encore : il s’agit de s’affranchir du diktat d’un pouvoir politico-industriel qui a mis les individus en coupes réglées.

That Distant Fire n’est pas une dystopie grandiloquente. Le récit progresse lentement, par touches, parfois de manière un peu diffuse. On a droit à une transformation progressive du monde, sans soulèvement soudain, mais avec un feu qui brûle de par ses braises persistantes, nourries par l’injustice sociale, la confiscation du savoir et la colère des individus qui refusent de devenir de simples rouages. 

That Distant Fire, JR Hughto et Curt Merlo
Les Humanoïdes associés, 18 février 2026, 168 pages

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3.5

« Jinx » : ne pas sombrer

Dans cette réédition augmentée de Jinx proposée par les éditions Delcourt, Brian Michael Bendis fait ses armes. Sous couvert d’une chasse au magot, c’est une guerre intime et existentielle qui se joue.

Jinx pulse au rythme des armes mais aussi de tirades qui, mises bout à bout, caractérisent finement ses trois principaux protagonistes. Œuvre de jeunesse de Brian Michael Bendis, publiée loin des grandes machines éditoriales, ce polar fleuve de près de 400 pages ressemble moins à une traque criminelle qu’à une autopsie du langage.

Le point de départ est presque classique : un magot mafieux, deux petites frappes peu conciliables – Goldfish et Columbia – et Jinx, chasseuse de primes fatiguée, happée dans leur sillage. Sur le papier, l’affaire pourrait tenir en un récit bref aussi nerveux qu’aride. Mais Brian Michael Bendis opte plutôt pour l’étirement, la saturation, la parole comme matière première.

Ses personnages s’expliquent, se livrent, se justifient. Ils parlent surtout pour retarder l’instant où il faudra agir. « Je… c’est pas moi, c’est tout. C’est pas mon truc. Alors je refuse, tu vois ? Je refuse. » Dans ce bégaiement se concentre toute l’ambiguïté morale du livre : la conscience de la faute, la tentation du passage à l’acte, le besoin de tourner la page. 

La relation entre Jinx et Goldfish s’inscrit dans cette veine. Ils rêvent d’un ailleurs, d’une échappée hors des bas-fonds, mais restent prisonniers de leurs réflexes. L’argent devient presque un MacGuffin, une force motrice pour des êtres piégés désireux de renouveau.

Visuellement, le noir et blanc, crépusculaire, impose d’emblée son atmosphère. Les bulles se superposent, envahissent la page. Le présent se distingue d’un passé grisâtre et légèrement flou – procédé simple mais efficace pour guider le lecteur dans les nombreux flashbacks et sous-histoires. 

Cependant, Jinx n’est pas sans faiblesse conceptuelle. La densité de ses dialogues, qui constitue une force, devient paradoxalement son talon d’Achille. Certes, les personnages ont du relief. Mais certaines séquences semblent digressives, voire interminables. Le découpage dilate une intrigue qui, résumée mentalement, paraît étonnamment ténue. Quant à l’esthétique brute et contrastée, elle frôle parfois le roman-photo stylisé, au risque de l’illisibilité.

On retiendra donc surtout que Jinx montre des individus qui espèrent s’offrir une nouvelle vie, alors qu’ils ne savent déjà que trop bien qui ils sont et dans quoi ils mettent les pieds. 

Cette réédition, enrichie de dessins et d’entretiens, éclaire les intentions de l’auteur et ses mécanismes d’écriture. Imparfait, probablement trop long, parfois même frustrant, Jinx n’en demeure pas moins fascinant. En (re)découvrir la teneur aujourd’hui, dans cette belle édition à couverture souple, demeure un plaisir. 

Jinx, Brian Michael Bendis
Delcourt, 26 février 2026, 410 pages

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3.5

Tout savoir sur « Le Syndrome de l’imposteur(e) »

Avec Le Syndrome de l’imposteur(e), Éric Giacometti, Céline Bracq et Fanny Briant nous proposent une bande dessinée qui conjugue rigueur scientifique, conseils pratiques et introspection collective. L’album explore les racines historiques, sociales et psychiques d’un malaise bien connu, devenu emblématique de notre époque.

Éric Giacometti, Céline Bracq et Fanny Briant publient aux éditions Marabulles une évocation documentée et rigoureuse du syndrome de l’imposteur. D’où vient ce sentiment d’illégitimité qui ronge tant d’individus pourtant compétents ? Qui touche-t-il réellement ? Et dans quelle mesure ?

Une image est particulièrement éloquente dans ce document graphique. Celle d’une machine à laver où les corps tournent en rond, emportés par une mécanique de la dépréciation qui implique anxiété, sur-préparation ou procrastination, réussite et dénigrement de soi. Les deux vignettes, emboîtées l’une dans l’autre, traduisent parfaitement l’idée que l’on se fait du syndrome en fin de lecture.

Les auteurs remontent aux travaux fondateurs de Pauline Clance et Suzanne Imes dans les années 1970, lorsque le phénomène est d’abord observé chez des femmes brillantes évoluant dans des milieux académiques. Les chercheuses font face à la difficulté de publier leurs études jugées « anecdotiques », mais aussi à la condescendance institutionnelle. Mais l’enquête s’élargit rapidement. Le syndrome ne concerne pas uniquement les femmes. Il touche aussi des personnes issues de milieux modestes, des minorités, tous ceux qui franchissent des barrières sociales et symboliques. 

Le phénomène naît d’un alliage entre psychologie individuelle et structures collectives. On peut remonter loin et arguer que certains récits culturels ont longtemps assigné les femmes à une position dérivée, voire fautive (cf. Adam et Eve). Le sentiment d’illégitimité ne naît pas ex nihilo ; il s’enracine dans des imaginaires qui circulent à travers le temps.

Le Syndrome de l’imposteur(e) convoque également des figures historiques et contemporaines. Même Neil Armstrong, premier homme à avoir marché sur la Lune, confiait avoir eu le sentiment d’être envoyé là-haut par erreur. Si l’exploit absolu n’immunise pas contre le doute, celui-ci cesse d’être un simple signe d’incompétence.

Du côté du pouvoir économique et politique en revanche, le silence domine souvent. Rares sont les dirigeants qui avouent leurs fragilités. Il faut dire que notre imaginaire valorise l’assurance absolue, le mythe de l’homme providentiel. Avouer douter reviendrait à se disqualifier. À l’inverse, Michelle Obama, Meryl Streep, Jodie Foster, Lady Gaga, Justin Bieber ou Tom Hanks ont tous publiquement évoqué leur sentiment d’imposture. 

À l’inverse, à travers l’histoire d’un braqueur persuadé que du jus de citron le rendrait indétectable aux caméras, la BD introduit la notion de surconfiance. Certains individus affichent ainsi une assurance disproportionnée par rapport à leurs compétences. Ce phénomène porte un nom : l’effet Dunning-Kruger. Pendant que certains se trouvent aspirés dans la spirale du doute, d’autres avancent un peu trop franchement, sans jamais se remettre en question. L’exemple du pilote improvisé prêt à faire atterrir un avion sans expérience en dit d’ailleurs long sur les illusions de compétence. 

Les réseaux sociaux constituent un autre foyer passionnant. La comparaison permanente que l’on y opère avec des vies filtrées nourrit le sentiment d’insuffisance. L’imposture devient ici une sorte d’effet collatéral de l’économie de l’attention.

Les chiffres ont de quoi faire froid dans le dos. 83 % présentent des signes modérés ou forts du syndrome ; 32 % en souffrent à forte intensité. La nuance est essentielle et le livre insiste effectivement sur l’importance de l’intensité et de la fréquence. Car le doute n’est pas en soi pathologique, il ne devient problématique que lorsqu’il entrave l’action, altère l’estime de soi, génère détresse et épuisement. 

La dernière partie de l’ouvrage invite d’ailleurs le lecteur à passer lui-même un test pour se situer par rapport au syndrome étudié. 

Le Syndrome de l’imposteur propose un tour d’horizon éclairant : origines théoriques, héritages culturels, effets sociaux, contrepoints, données statistiques, témoignages… En donnant forme à un malaise diffus, les auteurs et leurs intervenants permettent de mettre des mots sur ce qui pouvait demeurer innommable. Ça tombe bien : c’était l’objectif premier de cet ouvrage pédagogique. 

Le Syndrome de l’imposteur(e), Éric Giacometti, Céline Bracq et Fanny Briant
Marabulles, 4 mars 2026, 128 pages

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4

Le rendez-vous de Sevenoaks : cauchemars mis en scène au « Black Theatre »

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George Croft est un jeune journaliste-écrivain qui travaille au Literary Chronicle. Le 24 avril 1949, lors d’une de ses promenades à Londres, il découvre chez un bouquiniste, un volume qui le fait vivement réagir. Si l’auteur (Basil Sedbuk) et le titre (Nightmares soit cauchemars) ne lui disent rien, le sommaire l’interpelle, car les trois titres mentionnés (Death of a critic ; Death of an actress et Death of an author) correspondent à des nouvelles dont il est lui-même l’auteur. Mieux, les histoires en question correspondent en tous points aux siennes, mais datent de 1926. Or, George Croft n’en avait jamais entendu parler.

Heureusement, George Croft dispose d’une inépuisable source de renseignements sur l’activité littéraire, en la personne de Mr. Lord, l’archiviste du Morning Chronicle. Celui-ci se souvient de Basil Sedbuk comme « Le Prince de l’épouvante » ou « Le Maître de la peur » qui mettait lui-même en scène ses pièces au « Black Theatre » où sa « victime » favorite, Myriam de Karla, était réputée à l’époque pour les cris qu’elle poussait sur scène. Abigail Porlock, critique et collaborateur de Sedbuk, avait mentionné tout cela dans son anthologie « Masters of Death in Litérature » sortie en 1920. Tout cela n’expliquant absolument pas la coïncidence entre les textes de Sedbuk et les siens, George Croft décide de suivre les pistes qui s’offrent à lui. Il ira voir Abigail Porlock puis Myriam de Karla puisque tous deux sont encore en vie.

La collaboration Rivère et Floc’h

Le scénario de cet album de 46 planches s’avère une réussite majeure. Il est dû à François Rivière (qui signait simplement Rivière pour l’occasion) qui nous réserve une intrigue en boucle absolument fascinante, avec une progression continue jusqu’au coup de théâtre final qui nous fait comprendre que nous lecteurs ne sommes pas les seuls piégés dans l’histoire. A cela s’ajoute le dessin de Floc’h qui s’arrange pour élaborer une atmosphère qu’Edgar P. Jacobs l’auteur des Aventures de Blake et Mortimer ne dédaignerait pas, en particulier pour le goût du détail juste. Au charme rétro s’ajoutent une belle galerie de personnages, des lieux et décors qui font leur effet notamment parce que le dessinateur les met bien valeur avec quelques vignettes de grand format, l’album lui-même étant au format d’une BD franco-belge ultra classique. Et si le style du dessin se rapproche de la ligne claire chère à Hergé, on observe que la représentation de la folie rappelle la manière de Tardi. Pour un premier album, les auteurs font preuve d’une étonnante maîtrise, aussi bien pour ce scénario finement élaboré que pour les dessins qui dénotent un vrai goût du détail (voir les briques sur l’illustration de couverture), les visages et attitude de protagonistes comme Sedbuk, Myriam de Karla, mais aussi Mr. Lord l’archiviste, Abraham Dudley le poète, Mr. Hogg l’aubergiste qui tient l’enseigne « The Three White Ducks » et sa sœur, Larkin le domestique de Croft (les ustensiles accrochés sur le mur de sa cuisine). Au passage, on observe un autre domestique affichant la silhouette… d’Alfred Hitchcock. On note également que deux amis de George Croft interviennent dans l’intrigue, le journaliste Francis Albany et la romancière Olivia Sturgess, deux personnages pas si secondaires que cela et qui permettent d’avoir une autre approche de l’intrigue par leurs discussions, notamment lorsqu’ils se retrouvent pour jouer au tennis. Et si sur la première vignette présentant Francis exécutant un revers s’avère un peu gauche (mouvement trop étriqué), la suite est nettement meilleure. N’oublions pas que si George vit seul, il converse avec Larkin, mais également avec Tobormory, son chat… noir ! On remarque également que les auteurs s’amusent à l’occasion en apportant les informations de manière indirecte : extraits de bouquins, affiches, etc. A l’époque de sa parution, l’album se suffisait à lui-même. Ce n’est que plusieurs années ensuite que les auteurs ont trouvé l’inspiration pour d’autres aventures du duo Francis/Olivia, mais sans George, on comprend pourquoi en arrivant à l’épilogue du présent album. Cette chute, les cartésiens pourront avancer que quelque chose ne colle pas vraiment, les autres y verront plutôt une motivation pour relire l’album.

Un charme inépuisable

L’aspect rétro de ce Rendez-vous à Sevenoaks ressortait déjà à sa parution en 1977. Il saute encore plus aux yeux aujourd’hui et c’est un vrai bonheur, car tous les détails crédibilisent le fait que l’action soit située en 1949. L’atmosphère émerge dès l’illustration de couverture, avec ce théâtre situé dans un quartier peu fréquenté de nuit, ce chat noir qui traverse la rue furtivement et George qui tourne le dos au théâtre comme s’il voulait s’en éloigner sous l’effet d’une crainte sourde mais qu’on devine en lien avec le personnage à l’aspect inquiétant qui, devant le porche, le fixe comme s’il voulait l’hypnotiser. On situe l’époque avec les réverbères et le véhicule garé devant le théâtre. Cette illustration contraste fortement avec celle de la page de garde qui présente l’activité dans une grande artère londonienne verdoyante (et aisément identifiable aux deux bus à impériale rouge qui stationnent), avec une belle luminosité qui permet à George Croft d’avancer d’un air décontracté (mais décidé) sur le large trottoir. Ainsi, d’emblée, on, sent que les auteurs ont l’art d’en dire beaucoup avec une belle économie de moyens. On peut parler ici d’un vrai travail de mise en scène (réussi) avec la diversité des angles de prises de vues, les tailles et formes des vignettes, des plans larges, d’autre rapprochés et l’organisation générale des planches. Un régal qui apporte de nouvelles satisfactions à chaque relecture.

Le rendez-vous de Sevenoaks, Rivière (texte) et Floc’h (dessins)
Dargaud éditeur : première édition en 1977
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4