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Meilleur abonnement IPTV France : découvrir l’expérience TV premium en 2026

Trouver un abonnement IPTV en France qui tient vraiment ses promesses n’est pas toujours simple. Entre les fournisseurs qui affichent des chiffres impressionnants et ceux qui livrent effectivement un service stable au quotidien, la différence est parfois considérable.

Les meilleures offres d’abonnement IPTV premium en 2026

Quatre fournisseurs IPTV se démarquent actuellement sur le marché français : PremierIPTV.fr, LaFranceIPTV.fr, SmartersIPTVFrance.fr et MeilleureIPTV.net.

  1. PremierIPTV.fr — Meilleur choix global : VPN inclus, anti-gel, 55 000 chaînes
  2. LaFranceIPTV.fr — Meilleur rapport qualité-prix : à partir de 25€, installation à distance
  3. SmartersIPTVFrance.fr — Meilleur pour les familles : jusqu’à 6 écrans simultanés
  4. MeilleureIPTV.net — Meilleur pour les francophones : 1 700 chaînes françaises

Chaque abonnement IPTV présente ses propres atouts, mais quelques différences méritent attention avant de s’engager.

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Forfaits disponibles :

  • Bronze — 3 mois — 29€
  • Argent — 6 mois — 39€
  • Or — 12 mois — 59€ (+3 mois offerts)
  • Diamant — 24 mois — 89€ (+6 mois offerts)

Inclus dans tous les forfaits :

  • Plus de 55 000 chaînes en direct dont 700 chaînes françaises
  • 90 000 films et séries en VOD
  • Qualité SD, HD, Full HD et 4K
  • Technologie anti-gel
  • Chaînes adultes incluses
  • VPN premium inclus
  • Assistance technique 24h/24
  • Garantie de remboursement de 7 jours

PremierIPTV.fr se distingue par l’inclusion d’un VPN premium dans tous ses forfaits — un avantage concret que peu de fournisseurs proposent à ce tarif. La technologie anti-gel garantit un streaming fluide même lors des pics d’audience sur les grands matchs, ce qui en fait le choix naturel pour les amateurs de sport en direct.

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  • LaFranceIPTV.fr — à partir de 25€/3 mois*

Forfaits disponibles :

  • 3 mois — 25€ 39€
  • 6 mois — 39€ 59€
  • 12 mois — 59€ 69€ (+3 mois offerts)
  • 24 mois — 89€ 110€ (+6 mois offerts)

Inclus dans tous les forfaits :

  • Plus de 15 000 chaînes en direct
  • Plus de 60 000 films et séries
  • Chaînes Full HD, 4K et SD
  • Technologie anti-gel
  • Assistance 24h/24
  • Installation à distance
  • Garantie de remboursement de 7 jours

LaFranceIPTV.fr propose des remises allant jusqu’à 50% sur les forfaits longue durée. L’installation à distance incluse dans tous les forfaits est un vrai atout pour les utilisateurs qui ne souhaitent pas configurer eux-mêmes leur service.

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  • SmartersIPTVFrance.fr — à partir de 25€/3 mois

Forfaits 1 écran :

  • Découverte — 3 mois — 25€
  • Ultimate — 6 mois — 39€
  • Premium — 12 mois — 59€
  • Elite VIP — 24 mois — 89€

Forfaits multi-écrans :

  • 2 écrans — 12 mois — 89€
  • 3 écrans — 12 mois — 120€
  • 4 écrans — 12 mois — 150€
  • 6 écrans — 12 mois — 200€

Inclus dans tous les forfaits :

  • Plus de 15 000 chaînes en direct
  • Plus de 60 000 films et séries
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SmartersIPTVFrance.fr est le seul fournisseur du comparatif à proposer des forfaits multi-écrans, ce qui en fait la référence pour les familles ou les foyers avec plusieurs téléviseurs. Jusqu’à 6 connexions simultanées sur un seul abonnement — une souplesse que les autres services ne peuvent pas offrir.

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  • Plus de 55 000 chaînes en direct
  • Plus de 90 000 films et séries
  • Plus de 1 700 chaînes françaises
  • Qualité HD, Full HD et 4K
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  • Assistance technique 24h/24
  • Activation immédiate

Avec plus de 1 700 chaînes françaises — soit plus du double de la concurrence — MeilleureIPTV.net s’impose pour qui veut rester connecté aux chaînes nationales en priorité. L’activation immédiate après souscription permet de démarrer sans délai.

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Code IPTV : à quoi ça sert et où en trouver un pas cher ?

Un code IPTV, c’est simplement ce qui relie votre application à un serveur de diffusion. Concrètement, après avoir souscrit un abonnement, votre fournisseur vous envoie un ensemble d’identifiants — nom d’utilisateur, mot de passe, URL du serveur — ou directement un fichier M3U à importer dans votre lecteur.

C’est ce code qui déverrouille l’accès aux chaînes, au catalogue VOD et au guide des programmes associés à votre forfait. Sans lui, aucune application IPTV ne peut se connecter au service.

La confusion vient souvent des codes IPTV gratuits qui circulent sur des forums ou des canaux Telegram. Ces codes sont des identifiants récupérés ou générés aléatoirement, souvent utilisés simultanément par des dizaines de personnes.

Le résultat est prévisible : coupures constantes, chaînes qui ne chargent pas, listes jamais mises à jour, et aucun recours possible quand ça cesse de fonctionner. Pour un visionnage occasionnel, ça peut dépanner une heure. Pour une utilisation régulière, c’est une perte de temps garantie.

Pour un code IPTV pas cher qui fonctionne réellement, les offres des fournisseurs présentés dans ce guide restent de loin la solution la plus rationnelle. LaFranceIPTV.fr et SmartersIPTVFrance.fr proposent tous les deux un accès complet à partir de 25€ pour 3 mois, moins de 9€ par mois pour des dizaines de milliers de contenus en 4K, un serveur stable et un code livré rapidement après paiement.

La différence avec un code gratuit se ressent dès la première utilisation : aucune micro-coupure, une mise à jour régulière des listes, et un support disponible si quelque chose ne va pas.

Compatibilité : Smart TV, boîtier TV, Fire TV Stick 4K Max et plus

L’IPTV est compatible avec la grande majorité des appareils connectés disponibles aujourd’hui. Voici les principales configurations qui fonctionnent sans problème :

  • Smart TV Samsung, LG et Android TV via une application IPTV dédiée
  • Boîtier TV Android, Mi TV Box ou toute box TV sous Android 5 et supérieur
  • Fire TV Stick 4K Max via IPTV Smarters Pro ou GSE Smart IPTV
  • Apple TV avec Set IPTV ou IPTV Smarters selon votre préférence
  • Box IPTV dédiée pour une expérience clé en main
  • Web TV directement depuis un navigateur sur ordinateur ou tablette

Pour configurer votre IPTV, vous recevez après souscription vos identifiants ou un fichier M3U à renseigner dans l’application de votre choix. IPTV Smarters Pro reste la référence sur Android et boîtier TV, tandis que GSE Smart IPTV convient mieux à Apple TV et iOS.

Quelle que soit votre configuration,  TV stick 4K, box TV ou Smart TV, il y a forcément une solution adaptée à votre setup.

Abonnement IPTV 12 mois : le meilleur rapport qualité-prix

L’abonnement IPTV 12 mois représente le meilleur équilibre entre tarif et stabilité. Chez les trois fournisseurs, l’IPTV premium 12 mois revient à moins de 5€ par mois, souvent accompagné de 3 mois supplémentaires offerts. Sur un an, l’économie est significative comparée aux renouvellements trimestriels répétés.

La mise à jour régulière des listes de chaînes est un critère souvent négligé mais déterminant pour la qualité du service dans la durée.

Un fournisseur qui ne maintient pas activement son catalogue perd rapidement en qualité — chaînes qui disparaissent, flux qui tombent sans être remplacés.

Les trois services présentés dans ce guide maintiennent leurs catalogues activement, ce qui reste leur principal avantage face aux solutions gratuites ou aux fournisseurs peu sérieux. Pour un IPTV fiable sur le long terme, le forfait annuel reste le choix le plus rationnel.

FAQ — Abonnement IPTV France

Qu’est-ce qu’un abonnement IPTV en France ?

Un abonnement IPTV permet de recevoir des chaînes TV, des films et des séries via votre connexion internet. Contrairement au câble ou au satellite, l’IPTV passe par une application installée sur votre appareil, Smart TV, boîtier, smartphone ou ordinateur.

Les fournisseurs proposent aujourd’hui des catalogues de plusieurs dizaines de milliers de chaînes accessibles immédiatement après souscription, sans installation complexe ni matériel spécifique obligatoire.

Comment fonctionne l’activation d’un abonnement IPTV ?

Après paiement, vous recevez par e-mail vos identifiants ou un fichier M3U à entrer dans une application comme IPTV Smarters Pro ou GSE Smart IPTV.

L’activation rapide est standard chez les trois fournisseurs présentés ici — généralement moins de 30 minutes entre le paiement et la première chaîne affichée à l’écran.

L’IPTV fonctionne-t-il sur toutes les Smart TV ?

Dans la grande majorité des cas, oui. Les Smart TV Samsung, LG et les téléviseurs sous Android TV sont compatibles avec les principales applications IPTV disponibles sur leurs stores.

Pour les modèles plus anciens, un Fire TV Stick 4K Max ou un boîtier TV Android branché en HDMI suffit à rendre n’importe quel écran compatible sans remplacer votre téléviseur.

Les codes IPTV gratuits sont-ils fiables ?

Non, pas sur la durée. Ces codes tombent en panne régulièrement, ne bénéficient d’aucune mise à jour sérieuse et ne proposent aucune assistance.

Pour une expérience TV stable en haute qualité, un abonnement IPTV payant chez un fournisseur IPTV fiable reste la seule option réellement viable au quotidien.

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Mortal Kombat : Destruction finale – Flawless misery

Le succès a été instantané au box-office pour le Mortal Kombat de Paul W. S. Anderson, dont la bisserie n’a pas fait l’unanimité. Le film n’a pas été épargné par le bras de fer entre le réalisateur et les producteurs, mais continue de fasciner par certaines idées et séquences qui rendent hommage au cinéma d’action hongkongais, tout en composant avec les motifs du jeu vidéo. Le miracle ne s’est pas réalisé deux fois cependant, avec cette Destruction finale, qui trahit à peu près tout ce qui plaisait dans le premier opus et aux joueurs inconditionnels de la franchise — une promesse brisée, symptôme d’une suite qui n’a jamais su décider ce qu’elle voulait être.

Si Mortal Kombat tenait déjà l’équilibre sur un fil, la production de Destruction finale laissait entrevoir les symptômes d’un échec programmé. Cela commence par le changement de metteur en scène : l’ancien directeur de la photographie John R. Leonetti passe derrière la caméra pour la première fois, s’appuyant sur son frère aîné Matthew F. Leonetti — vétéran de Poltergeist et Star Trek : Premier Contact — pour tenir le poste de chef opérateur. Une affaire de famille, en somme, mais qui ne suffit pas à combler ce que l’image seule ne peut pas porter. Car ce sont là des techniciens bruts, sans vision artistique ni compétence pour diriger des acteurs, des cascadeurs, et encore moins tenir une narration aussi ambitieuse que ce deuxième volet. Il suffit d’observer les angles de caméra arbitraires et les raccords de montage erratiques pour mesurer, concrètement, le vide que cette absence de regard laisse à l’écran.

Le chaos comme mode de fabrication

Shang Tsung a été défait et la Terre a survécu à son annihilation au terme du dernier Mortal Kombat. Malheureusement pour les combattants humains, l’empereur d’Outre-Monde, Shao Kahn, décide d’enfreindre le règlement en envahissant la Terre sans plus attendre. La dimension apocalyptique se dévoile à une plus grande échelle, avec de nouveaux alliés et ennemis, trop nombreux pour qu’ils puissent briller individuellement. C’est pourquoi des personnages majeurs tels que Sindel, Baraka, Sheeva, Motaro ou le retour incompréhensible de Scorpion et Sub-Zero son relégué à de brèves apparitions ou à des rôles fonctionnels. Dans les deux cas, les personnages ont du mal à être incarnés et souffrent de la comparaison avec le premier film. Car le défi réside autant dans le renouvellement du casting — à l’exception de Robin Shou (Liu Kang), Talisa Soto (la princesse Kitana) et de Keith Cooke (autrefois Reptile, recasté en Sub-Zero) — que dans la continuité narrative. La mort expéditive de Johnny Cage dans les toutes premières minutes — façon pudique d’évacuer le refus de Linden Ashby de rempiler — donne d’emblée le ton d’une suite qui règle ses problèmes de continuité par la force brute plutôt que par l’écriture. Anecdote révélatrice du côté de la doublure : c’est un certain Tony Jaa qui se fait la main aux côtés de Robin Shou sur ce tournage, avant d’exploser à l’écran dans Ong-bak. Que le futur fer de lance du cinéma d’action thaïlandais soit passé par là dit quelque chose, malgré tout, de l’énergie brute que le film cherchait — sans toujours savoir comment la canaliser.

Au cœur de cette mécanique narrative bancale, la confrontation entre Shao Kahn et Raiden peine à tenir ses promesses. L’imposant Brian Thompson incarne un leader avec une présence physique indéniable, mais un registre limité à la démonstration de force, sans la profondeur inquiétante qu’exigerait le rôle. En face, James Remar reprend le manteau du dieu du tonnerre après le départ de Christophe Lambert — lequel avait su insuffler au personnage une distance ironique et une autorité tranquille qui manquent cruellement ici. Remar compose un Raiden plus conventionnel, plus terne, dont la confrontation finale avec Shao Kahn ne parvient guère à cristalliser l’enjeu cosmique que le film prétend mettre en scène. Le duel de titans devient alors un duel de figurants en cosplay.

Liu Kang, lui, est censé porter le film sur ses épaules. Robin Shou s’y emploie avec une conviction sincère, et sa trajectoire de héros élu reste la colonne vertébrale du récit. Le film tente d’approfondir son personnage en lui assignant une destinée plus grande encore, jalonnée de révélations sur ses nouveaux pouvoirs. Mais Destruction finale s’avère incapable de traiter sérieusement ce que cette évolution implique — notamment lorsque sa nature profonde se manifeste sous une forme inattendue dans la séquence climax. Ce moment, qui aurait dû constituer l’apothéose émotionnelle du film, se heurte à des effets visuels désastreux qui transforment l’épique en grotesque. L’arc héroïque de Liu Kang méritait mieux que d’être sabordé par les limites techniques d’une production qui avait manifestement d’autres priorités.

La vertu du nanar

Au-delà de ces figures centrales, le film se bat sans cesse pour espérer leurrer les fans du premier film avec ce qu’il savait faire de mieux par moments : les combats. La galerie de personnages s’agrandit alors au forceps afin de proposer des duels dynamiques, toujours boostés par l’ambiance techno de George S. Clinton. Et il faut reconnaître que les premières confrontations tiennent leurs promesses : les cascadeurs engagés insufflent aux échanges un esprit arcade convaincant, et Robin Shou confirme face à Smoke que son art martial n’a rien perdu de sa précision. Sandra Hess, elle, compose une Sonya Blade combative et crédible, l’une des rares recrues du casting à justifier pleinement sa présence.

Mais cet élan s’essouffle rapidement, plombé par un abus de ralentis qui, à force de vouloir souligner chaque impact, finit paradoxalement par en annuler la vitesse et la brutalité. La mise en scène, déjà maladroite, ne fait qu’aggraver le problème en privant les séquences de tout sens du rythme. On passe rapidement d’un affrontement à l’autre (en passant par un accrochage dans la boue), si bien que les scènes transitoires sont grandement simplifiées, où l’on tente de nous cueillir avec des morceaux de lore que l’on expose sans vraiment savoir quoi en faire. Jax et ses bras mécanisés, qui auraient pu incarner une menace visuelle mémorable, se voient réduits au rôle de sidekick comique — symptôme d’un film qui ne sait pas quoi faire de ses propres idées. Il y a pourtant de bonnes trouvailles dans l’interaction avec les décors, mais passé les vingt-cinq premières minutes, l’intensité décline et les effets numériques se dégradent. Pour un budget légèrement plus conséquent que le premier Mortal Kombat, il est assez hallucinant de constater un tel lâcher-prise dans une esthétique kitsch qui n’était pourtant pas en sa défaveur. Ici, chaque surenchère numérique a de quoi faire saigner des yeux — le seul remède étant d’accepter de voir toutes les coutures du décor, des costumes et du récit.

Car Mortal Kombat : Destruction finale est, sans conteste, un mauvais film, mais pas un film ennuyeux — et dans le paysage des suites ratées, c’est presque une vertu. Ses effets spéciaux honteux, ses personnages sacrifiés en cours de route, sa narration en lambeaux et ses combats de fin de règne finissent par composer une expérience cathartique à part entière. On vient pour en prendre plein les yeux, on repart avec quelque chose dans les yeux — mais on revient quand même. C’est ça, le charme irrésistible du nanar : il rend indulgent, presque tendre. Et Destruction finale, dans toute sa velléité chaotique, n’en demandait pas plus.

Mortal Kombat : Destruction finale – bande-annonce

Mortal Kombat : Destruction finale – fiche technique

Titre original : Mortal Kombat : Annihilation
Réalisation : John R. Leonetti
Scénario : Brent V. Friedman, Bryce Zabel
Interprètes : Robin Shou, Talisa Soto, James Remar, Sandra Hess, Lynn « Red » Williams, Brian Thompson, Reiner Schöne, Musetta Vander, Irina Pantaeva, Marjean Holden, Litefoot, Chris Conrad, Keith Cooke
Directeur de la photographie : Matthew F. Leonetti
Montage : Peck Prior
Costumes : Jennifer L. Parsons
Direction artistique : Nathan Schroeder
Décors : Charles Wood, Simon Wakefield
Musique : George S. Clinton
Son : David Farmer, John Midgley, Ken Teaney
Production : Lawrence Kasanoff
Production exécutive : Thom Fleming, Gerrit V. Folsom
Production associée : Joshua Wexler
Production déléguée : Carla Fry, Alison Savitch, Brian Witten
Sociétés de production : New Line Cinema, Threshold Entertainment
Pays de production : États-Unis
Société de distribution France : Metropolitan FilmExport
Durée : 1h35
Genre : Action, Fantastique, Arts Martiaux
Date de sortie : 21 novembre 1997 (États-Unis) / 4 février 1998 (France)

Mortal Kombat (1995) : la noblesse du kitsch

Il faut sans doute accepter Mortal Kombat pour ce qu’il est — et surtout pour ce qu’il n’a jamais prétendu être. Film inclassable, maladroit et souvent pauvre dans sa construction scénaristique comme dans sa mise en scène, l’œuvre de Paul W. S. Anderson accumule plus de défauts que de qualités objectives. Et pourtant, trente ans plus tard, elle résiste. Non par excellence, mais par singularité.

À l’époque, Hollywood commence à percevoir le jeu vidéo comme un vivier narratif à exploiter. Super Mario Bros. (1993)Double Dragon (1994) puis Street Fighter (1994) — l’autre jeu de combat phare, concurrent direct de Mortal Kombat — posent les jalons d’un nouveau genre cinématographique, en réponse à une demande croissante du public et d’une industrie vidéoludique en pleine expansion. Ces premières tentatives échouent pourtant à convaincre, pour des raisons qui tiennent autant à la difficulté de transposer une logique de jeu en arcs narratifs cohérents, qu’à un regard condescendant de la part des studios, peu enclins à prendre au sérieux un matériau qu’ils considèrent mineur. Mortal Kombat s’inscrit dans cette lignée, mais y apporte quelque chose de plus stimulant — une adhésion sincère à son univers, là où ses prédécesseurs n’y voyaient qu’une licence à exploiter.

L’appel du kombat

Adapté du jeu vidéo de combat culte de Midway, Mortal Kombat transpose à l’écran un enjeu simple et archaïque : un tournoi millénaire, organisé entre les champions de différents royaumes, dont l’enjeu dépasse le simple honneur. Si les guerriers de l’Outre-Monde remportent leur dixième victoire consécutive, la Terre tombera. Mais d’un point de vue narratif, le film ressemble davantage à une déclinaison du Bloodsport porté par Jean-Claude Van Damme, avec un habillage fantastique qui travestit les temples et les plages de Thaïlande en un espace clandestin où le sort du monde se joue à huis clos.

On use alors beaucoup de fonds verts pour représenter cette ambiance apocalyptique — des ambitions qui ont un coût non négligeable, mais dont les imperfections visuelles et narratives donnent paradoxalement du charme à la mythologie. Ce tournoi à mort est orchestré par le sorcier Shang Tsung, dont l’interprète Cary-Hiroyuki Tagawa — déjà aperçu en sbire dans Les Aventures de Jack Burton dans les Griffes du Mandarin — constitue l’un des choix de casting gagnants du film : son cabotinage assumé maintient une aura maléfique autour du personnage et ancre le récit dans un registre de bisserie cohérent avec lui-même.

Les combattants humains — Liu Kang, Sonya Blade, Johnny Cage — ne se battent donc pas seulement pour eux-mêmes, mais pour la survie même de leur monde. Cette idée, héritée du jeu, structure tout le film : une succession d’affrontements ritualisés, iconisés, presque mythologiques, où chaque combat est une frontière entre l’ordre et le chaos. Sur le papier, la promesse est forte. À l’écran, elle reste fonctionnelle et rarement incarnée. Le scénario se contente de l’essentiel : présenter les règles, aligner les combats, désigner un camp du Bien et un camp du Mal. Les personnages sont à peine esquissés, les arcs narratifs réduits à des archétypes. La mise en scène, elle, se montre souvent plate, sans véritable recherche formelle, loin de l’ampleur épique que le matériau appelait.

Corps à corps

Pourtant, dans le trio choisi pour défendre le royaume de la Terre, ce sont clairement Liu Kang et Johnny Cage qui contrebalancent ce film d’action trop souvent mou dans ses affrontements. On le doit avant tout à la maîtrise des arts martiaux de leurs interprètes, Robin Shou et Linden Ashby, qui permettent à Anderson et son équipe de proposer des chorégraphies plus complexes et stimulantes à l’écran. Mais pour faire un beau combat, il faut également des adversaires à la hauteur. Le choix des combattants et cascadeurs se révèle ainsi particulièrement payant pour les antagonistes Scorpion et Reptile : l’un s’affronte dans un décor évoquant l’enfer, l’autre dans un temple en ruine. L’ambiance, tantôt rock, tantôt électro, conjuguée à des stimulis visuels dignes d’une boîte de nuit, révèle une mise en scène pensée pour le spectacle — et c’est précisément là que réside la grande force du film. Non sans ironie, ces passages ne font pas partie du climax, lequel cherche à retrouver cette dynamique sans jamais pouvoir l’atteindre.

On notera d’ailleurs que le film, contraint par un rating PG-13, se montre étrangement sage sur le plan de la violence : là où le jeu avait fait scandale pour ses fatalités sanglantes et jubilatoires, l’adaptation préfère la retenue — un paradoxe qui ne manquera pas de frustrer les fans venus chercher la démesure gore de l’original. Tout paraît donc inégal dans ce récit qui cherche à plaire aux joueurs — ravis d’admirer Kano, Sub-Zero, Kitana ou Goro en live-action — sans pour autant virer au carnaval de cosplays, malgré l’absence de « magie ».  Anderson s’applique toutefois à coller aux figures connues avec une forme de rigueur tranquille, et ça se ressent.

Ces réussites ponctuelles éclairent d’ailleurs ce que le film doit au cinéma d’action hongkongais : les affrontements au corps à corps rappellent, dans leur structure plus que dans leur virtuosité, Opération Dragon et le cinéma de Bruce Lee — duels lisibles, chorégraphies compréhensibles, corps mis en valeur plutôt qu’un découpage frénétique. Mais là où les Wachowski, quelques années plus tard, sauront digérer et transcender ces influences dans Matrix pour en faire une expérience visuelle et sensorielle totale, Mortal Kombat reste au stade de l’assimilation incomplète. Les références sont là, visibles, parfois appuyées, mais rarement réinventées.

C’est précisément cette limite qui enferme le film dans son époque. Mortal Kombat est profondément et irrévocablement un film des années 90. Sa musique électro-techno, Techno Syndrome, constitue aujourd’hui l’un de ses éléments les plus emblématiques. Longtemps jugée primitive ou datée, elle est désormais réhabilitée pour son énergie et son second degré involontaire. Elle ne sublime pas les images ; elle les propulse, les déborde, les assume dans leur excès.

Reckless victory

Et puis il y a Christopher Lambert. Dans le rôle de Raiden, dieu du tonnerre et guide ambigu des humains, Lambert apporte au film ce qu’il n’a peut-être jamais su produire seul : une distance ludique. Son accent flottant, son cabotinage et son rire légendaire inscrivent le film dans un registre quasi mythologique et absurde. Comme dans Highlander, il incarne une figure hors du temps, consciente de l’étrangeté de son existence. Là où certains y voient un défaut, le recul permet d’y lire un second degré diffus, déjà présent, mais pas encore théorisé.

C’est sans doute là que Mortal Kombat trouve sa place. Ni grand film d’action, ni adaptation ratée, ni véritable nanar, il appartient à cette catégorie rare des œuvres imparfaites mais honnêtes. Il ne digère pas toujours ses influences, ne transcende jamais vraiment son matériau, mais il y croit, avec une sincérité désarmante.

Film de niche, ancré dans le cru cinématographique des années 90, Mortal Kombat demeure aujourd’hui un divertissement correct, parfois bancal, souvent naïf, mais toujours attachant. Il peut satisfaire les amateurs de jeux de combat comme les cinéphiles en quête d’un spectacle simple, direct et sans cynisme. Un plaisir de série B qui, à défaut d’être grand, a su rester vivant. Et c’est peut-être là sa plus grande victoire.

Mortal Kombat (1995) : bande-annonce

Mortal Kombat (1995) : fiche technique

Réalisation : Paul W. S. Anderson
Scénario : Kevin Droney, d’après la série de jeux vidéo Mortal Kombat créés par Edward J. Boon et John Tobias
Interprètes : Christophe Lambert, Robin Shou, Linden Ashby, Cary-Hiroyuki Tagawa, Bridgette Wilson, Talisa Soto, Trevor Goddard, Kevin Michael Richardson, François Petit, Keith Cooke
Directeur de la photographie : John R. Leonetti
Montage : Martin Hunter
Costumes : Ha Nguyen
Direction artistique : Jeremy Cassells
Décors : Jonathan A. Carlson, Susan Degas
Musique : George S. Clinton
Son : William Freesh, Gerry Lentz, Ken Teaney
Production : Lawrence Kasanoff
Production associée : Lauri Apelian, Alison Savitch
Production déléguée : Robert Engelman et Danny Simon
Sociétés de production : New Line Cinema, Threshold Entertainment
Pays de production : États-Unis
Société de distribution France : Metropolitan FilmExport
Durée : 1h41
Genre : Action, Fantastique, Arts Martiaux
Date de sortie : 25 octobre 1995

Love on Trial : une douleur disciplinée

Il y a dans Love on Trial une image qui résume tout : une idole en disgrâce, face à ses fans sur les réseaux sociaux, qui s’excuse. Pas d’avoir aimé, mais d’avoir été prise. Le visage figé dans cette expression japonaise si particulière, celle qui n’est pas du tout de la neutralité mais une douleur parfaitement disciplinée, calibrée pour la consommation publique. Elle s’incline. On ne sait pas très bien si c’est une punition ou un rituel — et c’est précisément là que le film touche juste, brièvement, avant de reculer.

Kōji Fukada est passé par le diptyque Suis-moi je te fuis et Fuis-moi je te suis, un exercice de style sur les chassés-croisés amoureux, élégant et froid — les émotions y circulent sous une épaisse couche de glace polie, où on devine les fissures sans jamais les entendre craquer. Un film agréable à regarder, mais difficile à habiter. Tandis que Le Soupir des vagues se noie dans son traitement de la mémoire et de l’identité.

Pour autant, Fukada, c’est aussi Hospitalité, L’Infirmière et Love Life, ses trois œuvres maîtresses, où le cinéaste prouvait qu’il pouvait tenir ensemble la comédie de mœurs, le drame familial et quelque chose de l’ordre du thriller — une tension sourde qui monte par paliers, des personnages qui se dévorent poliment, des explosions différées dont on sent le compte à rebours dès les premières scènes. Ce Fukada-là est fascinant. Il sait que la violence la plus redoutable n’est pas celle qu’on montre, mais celle qu’on endure en silence. Celui de Love on Trial semble avoir oublié cette leçon. Il est plus sage et plus didactique.

L’objet et le fantasme

Le cinéma et la culture pop ont déjà cartographié le monde des idols avec une précision redoutable. Perfect Blue, de Satoshi Kon, en faisait un cauchemar halluciné, une descente dans la psychose d’une idole qui tente de s’extirper de son personnage — et qui découvre, trop tard, qu’il n’y a peut-être plus de personne en dessous. Le film de Kon était violent parce qu’il osait aller au bout de sa logique : l’idole n’est pas une femme qu’on formate, c’est une femme qu’on efface.

Plus récemment, KPop Demon Hunters célébrait à l’inverse cette tendance sur un mode festif et pop. Entre l’horreur et la fête, il y a un continent entier — et c’est là que Fukada plante son décor. La clause contractuelle au cœur du film — celle qui interdit aux idoles toute relation amoureuse pour préserver leur « pureté » commerciale — n’est pas une invention scénaristique. Elle existe, elle est documentée, contestée, tolérée et parfois défendue en justice. Des idoles ont lu des lettres d’excuses rédigées par leurs agents et ont pleuré des larmes dont on ne sait jamais si elles sont vraies ou produites. Et c’est précisément parce que le sujet est brûlant qu’on ne peut pas se contenter de l’effleurer.

Le film avance en ligne droite, expose méthodiquement les rouages d’un système qui entretient la misogynie, montre les procédures d’humiliation publique auxquelles Mai doit se soumettre — les excuses ritualisées et la mise à mort symbolique de son image. Mais Fukada les traverse sans s’y attarder, comme si le montrer suffisait à le dénoncer. Il manque ici la caméra carnassière qui oserait décomposer un plan, rester sur un visage jusqu’à l’insupportable, faire du spectateur un complice inconfortable plutôt qu’un témoin consterné. On nous dit que c’est terrible, mais on ne le ressent pas.

Celles qui se taisent

Il y a pourtant de belles intuitions dans les marges du scandale, et c’est là que Love on Trial approche le plus sa propre vérité. Les collègues de Mai — cette sororité de façade que le métier impose et que la survie érode — forment un chœur intéressant. On observe comment le système ne se perpétue pas seulement par la coercition des producteurs, mais par le consentement progressif de celles qui le subissent. Certaines se taisent pour survivre. D’autres se retournent contre Mai non par malveillance mais par peur — la peur diffuse, jamais dite, de perdre leur place dans une industrie où l’on est, toujours, remplaçable. Une idole vieillit à vingt-cinq ans. Il n’y a pas de plan B. Alors on se range du côté du système, non pas parce qu’on y croit, mais parce qu’on n’a pas les moyens de faire autrement.

C’est la vraie violence du film — pas celle d’un méchant producteur ou d’un fan écœuré, mais la violence horizontale, celle que les victimes s’infligent entre elles par épuisement moral. Elle traverse l’écran chaque fois que l’une des collègues de Mai baisse les yeux, change de sujet, fait semblant de n’avoir rien vu. Fukada la capte avec une finesse réelle — et puis il passe à autre chose, comme si cette piste l’intimidait. Comme si creuser à cet endroit risquait de rendre le film inconfortable pour de vrai.

Contre qui se bat-on ?

Le titre promet également un affrontement. Love on Trial — il y a là l’image de plaidoiries et d’une confrontation juridique qui mettrait face à face la liberté individuelle et les clauses d’un contrat de star. On imagine les failles que cela pourrait ouvrir : qui, au fond, consent à quoi ? Les spectateurs qui projettent sur leurs idoles une disponibilité amoureuse fantasmée sont-ils complices du système qui punit Mai ? La loi peut-elle — doit-elle — s’interposer entre une industrie et des pratiques culturellement normalisées, voire défendues par une partie du public lui-même ?

Ces questions existent dans le film, mais elles flottent sans ancrage. Le procès, proprement dit, est quasi absent — expédié en quelques scènes, survolé en ellipse, suggéré dans un épilogue qui préfère s’accrocher au mutisme de Mai, à sa résilience discrète, à ses espoirs qui ne demandent pas grand-chose. Il y a là encore quelque chose d’honnête — le refus du happy end trop propre — mais aussi quelque chose de frustrant, comme un roman policier dont on arracherait les derniers chapitres. C’est le signe d’un cinéaste qui ne veut pas accabler son spectateur et c’est peut-être là son péché mignon.

Ce qui maintient le film debout, c’est le soin formel. Fukada compose ses cadres avec cette rigueur discrète qui est sa marque — une façon de filmer les visages comme des paysages à déchiffrer, de laisser le silence travailler là où un autre cinéaste aurait pu succomber au mélodrame. La direction d’acteurs est solide, en particulier dans les scènes collectives où la mécanique du groupe se révèle sincère et éphémère : ces moments où tout le monde sourit et où personne ne se regarde vraiment. Et il y a dans certains passages, au crochet d’un artiste de rue, une grâce authentique, une façon de capter la douleur ordinaire de celles qui sourient pour vivre. Mais la forme ne peut pas tout compenser. On s’ennuie poliment dans le deuxième acte introspectif.

En définitive, Love on Trial est un film qui avait tout pour être une charge — contre l’industrie du spectacle, contre le formatage des corps et des désirs féminins, contre notre propre complicité silencieuse de public qui consomme et juge. Il choisit d’être seulement une chronique bien tenue, honnête dans ses intentions et attentive à ce qu’elle filme.

Love on Trial : bande-annonce

Love on Trial : fiche technique

Titre original : Renai saiban
Réalisation : Kōji FUKUDA
Scénario : Kōji FUKUDA, Shintaro MITANI
Interprètes : Erika Karata, Kyoko Saito, Yuki Kura, Yuna Nakamura, Miyu Ogawa, Mitsuki Imamura, Hinano Sakura, Kenjiro Tsuda
Photographie : Hidetoshi SHINOMIYA
Lumière : Kenta GOKAN
Son : Takaaki YAMAMOTO
Coiffure et maquillage : Seina INATSUKI
Costumes : Hanaka KIKUCHI
Montage : Sylvie LAGER
Décors : Hiroto MATSUZAKI, Isao HASEGAWA
Musique : AGEHASPRINGS
Casting : Mai SUGIYAMA
Producteurs : Yoko ABE, Akira YAMANO
Sociétés de production : Knockonwood, TOHO Studios
Pays de production : Japon
Société de distribution France : Art House Films
Durée : 2h03
Genre : Drame, Musical, Romance
Date de sortie : 25 mars 2026

Love on Trial : une douleur disciplinée
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3

Allah n’est pas obligé : une tragicomédie qui vous frappe de plein fouet

Être un enfant soldat. C’est un sujet qu’on voit finalement assez peu en animation, au cinéma ou même dans le jeu vidéo, alors qu’il renvoie à des réalités extrêmement dures. C’est pourtant le pari que fait Zaven Najjar avec son adaptation du roman Allah n’est pas obligé d’Ahmadou Kourouma (prix Renaudot et prix Goncourt des lycéens, 2000). Le film prend la forme d’une tragicomédie et suit Birahima, un enfant plongé malgré lui dans les guerres civiles qui ravagent l’Afrique de l’Ouest (Guinée, Libéria, Sierra Leone). Entre récit personnel, récit de guerre et ancrage historique, il raconte son histoire sans filtre, avec un mélange d’ironie et d’authenticité qui met parfois mal à l’aise.

Synopsis : Birahima, orphelin guinéen d’une dizaine d’années, raconte avec ironie comment il est précipité dans la guerre en tentant de rejoindre sa tante au Libéria. Yacouba, un homme douteux, le convainc de devenir enfant soldat, tandis qu’il devient grigriman et féticheur parmi les combattants. Baladé entre les factions ennemies, Birahima grandit en accéléré et apprend à se méfier des histoires qu’on lui raconte.

Zaven Najjar, un premier long-métrage d’animation ambitieux

Croquis de l'enfant soldat surnommé Tête brûlée
Croquis de l’enfant soldat surnommé Tête brûlée © (Zaven Najjar)

Avant ce film, Najjar a surtout travaillé comme illustrateur, graphiste et réalisateur de pubs. Formé aux Arts Déco à Paris puis à Chicago, il avait déjà réalisé un court-métrage en 2015 (Un obus partout), et travaillé comme directeur artistique sur La Sirène de Sepideh Farsi (2022). La guerre, c’est clairement un thème qui revient souvent chez lui, et ce n’est pas un hasard : en tant que Franco-Libano-Syrien avec de fortes attaches au Liban, c’est un sujet qu’il connaît et qui l’inspire.

Pour Allah n’est pas obligé, Najjar ne s’est pas contenté d’une approche “à distance”. Il s’est rendu sur place, a notamment rencontré d’anciens combattants (comme Mohamed Tarawalley) et s’est nourri de photos, notamment celles du photographe Boogie. Il raconte également avoir dessiné directement sur le terrain, carnet à la main. Cette minutie et authenticité se sentent dans le film : il y a une véritable volonté de réalisme, que ce soit dans les décors ou dans les personnages.

Allah n’est pas obligé d’être juste avec toutes les choses qu’il a créées ici-bas.

Un récit d’amitié malgré tout

Difficile de ne pas s’attacher à notre jeune héros Birahima. À seulement 10 ans, il a déjà vécu l’abandon : orphelin, rejeté par les femmes de son village, il est finalement envoyé chez sa tante. Sa grand-mère l’aime profondément, mais ne peut pas s’occuper de lui. C’est là qu’entre en scène Yacouba, un personnage ambigu, à la fois arnaqueur et protecteur.

On peut se demander ce qui le motive vraiment : est-ce qu’il veille sur Birahima uniquement par respect ancestral africain (où la grand-mère lui a demandé de mener Birahima à sa tante), ou parce qu’il tient sincèrement à lui ? J’aurais plutôt envie de croire à la deuxième option. Et c’est d’ailleurs ce qui rend le film touchant : malgré la violence omniprésente, Birahima vit également des moments de camaraderie, d’amitié, et parfois même de légèreté.

Une innocence qui ne tient pas complètement

Ce qui frappe, c’est le contraste entre cette forme de douceur et la violence du contexte. Ceux qui connaissent le roman savent à quel point il peut être cru : guerre, corruption, drogue, mutilations… Le film atténue certaines choses, ou en tout cas les montre différemment. Najjar joue beaucoup sur l’équilibre : d’un côté, il y a la brutalité du monde autour de Birahima, de l’autre, il garde une certaine distance dans la manière dont le personnage agit.

Par exemple, Birahima raconte avec un langage parfois très cru, mais en même temps il s’appuie sur des dictionnaires pour expliquer les mots. Et surtout, on ne le voit jamais vraiment tuer quelqu’un à l’écran. Comme si le film essayait de préserver une part de son innocence… même si, au fond, on comprend bien qu’elle est déjà abîmée. Les traumatismes sont là, pour lui comme pour les autres enfants.

Au final, Allah n’est pas obligé reste une œuvre profondément tragique. Elle montre comment des enfants deviennent soldats, comment ils sont utilisés, et surtout comment ils perdent leur innocence et leur vie. Mais ce n’est pas un film totalement désespéré non plus. La survie de Birahima, et surtout sa volonté de raconter son histoire, en font une figure presque héroïque. Quelqu’un qui transforme, malgré tout, ce qu’il a vécu en quelque chose qui a du sens.

Allah n’est pas obligé – bande-annonce

Allah n’est pas obligé – fiche technique

D’après l’œuvre d’Ahmadou Kourouma

Réalisation : Zaven Najjar
Scénaristes : Zaven Najjar, Karine Winczura
Interprètes (voix) : SK 07 (Birahima), Thomas Ngijol (Yacouba), Marc Zinga (Papa Lebon / Saydou Touré / Mamadou Doumbia), Annabelle Lengronne (Baftini / Onika / Kassa)
Musique : Thibault Kientz-Agyeman
Production : Adrien Chef, Paul Thiltges, Sébastien Onomo, Anne-Laure Guégan, Eric Idriss Kanango, Daniel Mugiga, Nadine Mombo
Sociétés de production : Bac Films, MK2 Films, La Fabrique d’Images, Special Touch Studios, Paul Thiltges Distributions, Need Productions
Pays de production : France, Canada, Belgique, Luxembourg
Genre : Animation, Drame
Durée : 1h 23min
Date de sortie : 4 mars 2026 / Interdit -12 ans avec avertissement

Allah n’est pas obligé : roman d’Ahmadou Kourouma : Prix Renaudot (en 2000) et Prix Goncourt des lycéens (en 2000). Film de Zaven Najjar : En compétition officielle au Festival international du film d’animation d’Annecy (qui se tiendra du 21 au 27 juin 2026).

Allah n’est pas obligé : une tragicomédie qui vous frappe de plein fouet
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5

Peaky Blinders, l’immortel : une fin prévisible

Clap de fin pour Peaky Blinders et son héros légendaire. La série mythique a dévoilé sur Netflix, ce vendredi 20 mars, les derniers instants de l’incontournable et charismatique Tommy Shelby. Une fin attendue depuis des années… mais est-ce vraiment la fin qu’il mérite ? Rien n’est moins sûr.

Synopsis : Birmingham, 1940. En pleine Seconde Guerre mondiale, Tommy Shelby est contraint de sortir de son exil volontaire pour affronter un destin tragique. L’avenir de sa famille et de son pays est en jeu, il doit affronter ses propres démons et faire un choix : assumer son héritage ou le réduire en cendres. Sur ordre des Peaky Blinders.

Dans les traces d’une série d’envergure

Peaky Blinders a marqué toute une génération de sériephiles. Loin des fresques anglaises bien sages à la Downton Abbey, ici on parle gangs, violences, famille, avec une vraie identité visuelle et sonore. Porté par le talentueux et phénoménal Cillian Murphy, la série aura tenu 7 belles saisons. On a suivi l’ascension de Thomas Shelby et de son clan, avec des épisodes souvent intenses, une réalisation soignée, une bande-son marquante… bref, une vraie masterclass par moments. Entre les costumes, les répliques, l’ambiance, la série avait trouvé une formule qui fonctionnait presque trop bien.

Par conséquent, finir tout cela avec un film, plusieurs années après la fin de la série, était forcément un pari risqué.

Un film vraiment à la hauteur ?

C’est là que ça se complique. Sur le papier, tout est là : un Tommy brisé, isolé dans son manoir, hanté par ses choix, par des fantômes, en train d’écrire ses Mémoires, en attendant la fin. On apprend qu’il a quasiment tout perdu, y compris une partie de sa famille (on apprend que c’est lui qui tue son frère Arthur, alors qu’il était pris de folie). Mais évidemment, la paix ne dure pas : entre son trublion de fils, Duke, qui fait parler de lui et la mort de sa sœur, Tommy est obligé de replonger une dernière fois et de se battre.

Sauf que… ça ne prend pas vraiment comme avant. Malgré la présence de Tom Harper (déjà impliqué dans la série pendant la saison 1), on sent que le film manque de souffle. Tout va un peu trop vite, comme si on voulait cocher les cases sans vraiment prendre le temps de développer.

La relation entre Tommy et son fils Duke, par exemple, reste assez superficielle alors qu’elle aurait pu être centrale. Barry Keoghan fait le job, mais son personnage ne laisse pas une énorme impression. Et certaines absences se font sentir, notamment celle de son autre fils Charlie, parti à la guerre en Afrique. Quant à Ada, elle sert surtout de déclencheur émotionnel, même si elle garde jusqu’au bout ce rôle de boussole morale qu’elle a toujours eu.

Et puis, il y a ces nouveaux personnages, comme le nazi Beckett (Tim Roth) ou la gipsy incarnée par Rebecca Ferguson : intéressants sur le papier, mais pas assez exploités pour vraiment marquer. Résultat, le film donne une impression d’être un peu expédié, et c’est là que le bât blesse.

Le roi est mort, vive le roi

La raison première de Peaky Blinders : l’immortel est de conclure l’histoire de Tommy Shelby. En effet, Netflix et la BBC ont commandé 2 saisons d’une nouvelle saga Peaky Blinders. Cette nouvelle série (avec Cillian Murphy en tant que producteur exécutif) mettra en scène une nouvelle génération de Shelby, dans un contexte de réinvention sociale, de luttes de pouvoir et de danger. Avec cette information on comprend pourquoi le film a été aussi précipité.

Le magistral Thomas Shelby s’en est allé, à la manière de Dax dans Sons of Anarchy, comme s’il orchestrait lui-même sa propre chute : criblé de balles par le méchant Beckett, il souhaite que ce soit son fils Duke qui l’achève. Et juste avant de passer de vie à trépas, il dira ces derniers mots à son fils : « In the bleak midwinter » (« Au beau milieu du sombre hiver »). Les connaisseurs de la série reconnaitront ce poème. À de nombreuses reprises dans la série, on peut entendre Thomas et ses frères réciter ce début du poème de la poétesse anglaise Christina Rossetti, notamment lorsqu’ils sont proches de la mort (lorsque Thomas va tuer Danny dans la saison 1, à la fin de la saison 2 lorsqu’il s’apprêtait à être exécuté ou encore quand Arthur et John sont sur le point d’être pendus au début de la saison 4). Ce poème adapté en chant de Noël, avait été très populaire auprès des soldats de la Première Guerre Mondiale, guerre à laquelle Tommy et ses frères ont participé. C’est donc un clin d’œil fort, qui rappelle à quel point la Première Guerre mondiale n’a jamais vraiment quitté Tommy.

Dans ses mémoires, qu’il nommera L’Immortel (d’où le titre du film), Tommy Shelby lègue par ailleurs ses biens avec des mots très symboliques :

« Ma voiture à Johnny Dogs. Mon vin au Garrison. Mes chevaux à quelqu’un qui ne les exploitera pas. Mes balles à quelqu’un qui n’a pas de noms à y graver. Et mes armes à quelqu’un qui ne s’en servira pas. »

Une intention forte, presque ironique quand on sait que l’univers dangereux des Peaky Blinders va continuer sans lui.

Au final, cette conclusion laisse un goût un peu amer. Pas forcément ratée, mais pas totalement à la hauteur de ce que la série nous avait habitués à voir. Reste une question : est-ce que l’esprit de Tommy Shelby continuera à habiter les Peaky Blinders ? Sans aucun doute… par ordre des Peaky Blinders.

Peaky Blinders : l’immortel – bande-annonce

Peaky Blinders : l’immortel – fiche technique

Titre original : Peaky blinders : The Immortal Man
Réalisation : Tom Harper
Scénario : Steven Knight
Interprètes : Cillian Murphy (Thomas Shelby), Rebecca Ferguson (Kaulo), Barry Keoghan (Duke Shelby), Tim Roth (John Beckett), Stephen Graham (Hayden Stagg), Sophie Rundle (Ada Thorne), Ned Dennehy (Charlie Strong), Packy Lee (Johny Strong), Ian Peck (Curly)
Montage : Mark Eckersley
Musique : Antony Genn, Martin Slattery
Production : Patrick  Holland, Steven Knight, Cillian Murphy, Guy Heely
Producteur exécutif : Tom Harper, David Kosse, Jamie Glazebrook, Andrew Warren, David Mason, Caryn Mandabach
Société de production : BBC, BBC Studios
Pays de production : UK
Durée : 1h 52min
Genre : Drame, historique, policier
Date de sortie : 20 mars 2026 sur Netflix

Peaky Blinders, l’immortel : une fin prévisible
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Cinéma et festivals : Quand le tapis rouge cache la machine à sous

Aller au cinéma ou dans un festival, c’était avant tout pour s’évader, réfléchir et partager une émotion. Mais aujourd’hui, c’est devenu un immense business. Derrière les paillettes et les stars, on trouve une industrie qui cherche à transformer chaque spectateur en un simple consommateur. Les festivals ne sont plus des fêtes de l’art, ce sont des vitrines pour les multinationales qui veulent nous vendre tout et n’importe quoi, du luxe au divertissement numérique.

Le spectateur, une cible publicitaire

Dans les grands festivals, on ne parle plus de films, on parle de « marché ». Les sponsors ont pris le pouvoir. Que ce soit les banques ou les géants du streaming, ce sont eux qui décident de ce qui est « tendance ». Pour le public, c’est la galère : les prix des billets s’envolent et les places sont réservées aux VIP. On a créé une coupure nette entre une élite qui fait la fête et les travailleurs ou les passionnés qui restent à la porte.

Le pire, c’est que cette logique marchande s’insinue partout, même pendant qu’on attend son film. On nous pousse à la consommation immédiate, à l’excitation, au jeu. Dans les couloirs des festivals ou sur les écrans publicitaires, les plateformes comme Tonybet s’affichent de plus en plus souvent. On veut que le spectateur ne se contente plus de regarder un écran, on veut qu’il parie, qu’il mise, qu’il cherche le frisson de l’argent facile. C’est une manière de nous détourner du message du film pour nous ramener à la réalité du profit.

L’algorithme contre la création

Aujourd’hui, c’est l’ordinateur qui dicte les scénarios. Les plateformes analysent ce qu’on regarde pour produire des films qui se ressemblent tous. On lisse tout pour ne froisser personne, surtout pas les annonceurs. Le cinéma indépendant, celui qui parle de la vraie vie, des luttes ouvrières ou des injustices, n’a plus de place dans les grands multiplexes. Il est étouffé par une culture « globale » et sans âme qui ne sert qu’à faire tourner la planche à billets.

On nous fait croire que c’est le progrès, mais c’est un recul. On nous enferme dans une bulle de divertissement permanent pour nous empêcher de voir que le monde craque. En transformant la culture en un immense casino géant, le système s’assure que l’on reste des spectateurs passifs de notre propre exploitation.

Reprendre notre culture

Le cinéma doit redevenir un outil de combat et de solidarité. On n’a pas besoin de tapis rouges financés par des milliardaires. Ce qu’il nous faut, ce sont des lieux de culture autogérés, accessibles à tous, où l’on peut discuter et s’organiser.

Il est temps de sortir de cette hypnose publicitaire. La culture appartient à ceux qui la font et à ceux qui la regardent, pas aux actionnaires. On doit exiger des financements publics sans conditions commerciales et refuser que nos lieux de divertissement deviennent des annexes de la finance. La vraie beauté ne s’achète pas, elle se construit ensemble, loin des mises et des cotes de paris.

L’industrialisation du rêve et le mépris du travailleur

Le faste des festivals cache une exploitation brutale des petites mains du cinéma. Derrière chaque tapis rouge, il y a des centaines de techniciens, de projectionnistes et d’agents d’accueil qui travaillent dans une précarité totale, souvent avec des contrats courts et des salaires de misère. Pendant que les grands patrons trinquent dans des loges privées, ceux qui font réellement vivre le septième art luttent pour boucler leurs fins de mois. Cette déconnexion entre le luxe affiché et la réalité matérielle des travailleurs est la preuve que le capitalisme a réussi à transformer la passion en un outil d’oppression. Le festival n’est plus une célébration de l’art, mais une machine à broyer les statuts sociaux pour le profit d’une minorité.

La culture du pari comme opium du peuple moderne

L’invasion du secteur culturel par les industries du jeu n’est pas un accident, c’est une stratégie d’occupation mentale. En poussant le spectateur à devenir un joueur, on sature son esprit d’une excitation superficielle qui empêche toute réflexion profonde. Le système veut que nous soyons obsédés par la prochaine « victoire » financière, qu’elle vienne d’une mise sur un tapis vert ou d’un coup de chance boursier. Cette mentalité de parieur détruit la solidarité de classe : au lieu de s’unir pour changer les structures de la société, on espère individuellement s’en sortir par un miracle statistique. C’est l’outil parfait pour maintenir le statu quo : un citoyen qui mise est un citoyen qui ne manifeste pas.

Pour une réappropriation populaire des écrans

Pour que le cinéma redevienne un danger pour le pouvoir, il doit s’extraire de la logique du profit. Nous ne devons plus accepter que nos festivals soient financés par ceux qui spéculent sur nos vies. La réappropriation passe par la création de coopératives de spectateurs et de travailleurs, capables de gérer les lieux de diffusion sans l’aide du grand capital. Il s’agit de redonner au cinéma sa fonction de service public, totalement gratuit et libéré de toute pression publicitaire. La culture doit redevenir ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : un espace de liberté absolue où l’on apprend à détester l’injustice et à désirer la révolution. C’est en éteignant les écrans du marketing que nous pourrons enfin rallumer ceux de l’espoir collectif.

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L’île de la demoiselle : Au temps du navigateur Jacques Cartier

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Malgré la belle tenue portée par Salomé Dewaels sur l’affiche, l’aspect esthétique agréable à l’œil que nous vaut L’île de la demoiselle se limite à quelques séquences qui servent plus ou moins de prétexte. En effet, l’essentiel du métrage consiste à présenter les difficiles relations d’un trio de circonstances qui tente de s’organiser sur une île déserte. La silhouette de Salomé Dewaels qui se découpe devant l’immensité de l’océan donne une bonne idée de la situation de son personnage.

Le titre du film trouve sa justification dès les premiers plans, puisque la caméra nous montre cette île située au large de Terre-Neuve, sorte de gros rocher au milieu de l’océan avec sa côte rocheuse balayée par les vents et de puissantes vagues venues de l’océan. Inhospitalière, la côte l’est presque autant que l’intérieur, avec sa végétation bien rase en rapport avec son climat quasi polaire. Quant à la faune, si on l’entend la nuit, on ne la voit quasiment pas, à part les mouettes et autres goélands. La séquence initiale se termine avec un plan d’une jeune femme allongée au sol. Relativement bref, il illustre la solitude de cette demoiselle tout en donnant une bonne idée de sa vie faite d’attente. À noter que le tournage à Ouessant ne nuit en rien à la crédibilité de tout ce que le film montre.

Marguerite de la Rocque

Après le générique, nous retrouvons cette demoiselle, Marguerite de la Rocque (Salomé Dewaels), confrontée à une grave accusation de sorcellerie. Et elle fait face ni plus ni moins qu’à François 1er (Alexandre Gavras) et sa sœur, Marguerite de Navarre (Alexandra Lamy). Son accusateur considère qu’il est impossible qu’elle ait seule survécu dans ces conditions, alors que son compagnon, Thomas d’Artois (Louis Peres), était un guerrier aguerri. Lors d’une pause, Marguerite de Navarre demande à Marguerite de la Rocque de lui raconter toute son histoire. Ainsi, le reste du film (excepté l’épilogue) consiste en un long flashback. Outre que le procédé est éculé, il n’apporte rien d’intéressant. En effet, nous savons d’emblée que, contrairement à ses compagnons d’infortune, Marguerite ne finira pas ses jours sur l’île et retournera en France. Quant au procès en sorcellerie, il apparaît comme un prétexte assez faible.

Un trio de circonstances

La suite du film suit l’ordre chronologique des événements selon le point de vue de Marguerite. Cosigné Micha Wald, Agnès Caffin, Olivier Meys et Samuel Malhoure, le scénario s’inspire essentiellement de la façon dont Marguerite de Navarre raconte l’histoire dans l’Heptaméron (1558). D’autres sources évoquent la vie de Marguerite, ce qui nous vaut des incertitudes sur ce qui s’est vraiment passé sur l’île et sur les conditions exactes du retour de Marguerite en France. Le choix de Micha Wald, qui assure la réalisation, est de se concentrer sur les relations du trio Marguerite-Thomas-Damienne et leur difficile cohabitation sur l’île. Ici, Marguerite fait la connaissance de Thomas d’Artois dans la diligence qui la conduit vers La Rochelle (accompagnée de sa servante Damienne, qui lui sert mollement de chaperon) où elle doit embarquer à bord d’une caravelle pour rejoindre le Canada, alors sous domination française, afin d’y épouser le vice-roi. Sur la plage de La Rochelle, Thomas, qui se comporte en protecteur improvisé, la séduit et lui propose le mariage. Mais les dés sont jetés, ils embarquent sous les ordres de l’oncle de Marguerite, Jean-François de Roberval (Patrick Descamps). Lors de la traversée, celui-ci découvre que Marguerite est enceinte. Malgré le scandale, monsieur de Roberval décide de l’épargner mais la condamne à débarquer. Magnanime, il lui laisse sa servante Damienne (Candice Bouchet) pour lui tenir compagnie sur un îlot désert. Enfin un peu chevaleresque, Thomas d’Artois s’avise, maladroitement, de défendre Marguerite. Il y gagne… de rester lui aussi sur l’île. Le trio devra donc se débrouiller avec quelques caisses de vivres et de matériel ainsi que l’arquebuse en possession de Thomas.

L’île de la demoiselle

L’essentiel du film nous montre Marguerite, Damienne et Thomas tenter de s’organiser pour survivre dans ce lieu inhospitalier. Appelée initialement l’île des démons, le lieu inspire aux femmes une vraie crainte en rapport avec ce nom. Mais cette crainte fait rapidement place à celle que Thomas leur inspire. En effet, celui-ci apporte une folle volonté d’appropriation, des terres comme de Marguerite. Pour les terres, il se comporte en propriétaire auto-déclaré. Pour Marguerite, ce sera une autre paire de manches, celle-ci faisant preuve d’un caractère étonnamment fort. Le plus intéressant finalement s’avère le rapport aux croyances religieuses. Le trio compte (à tort) sur le passage du navigateur et explorateur Jacques Cartier lors de son retour en France. Malin, Thomas profite de cette cruelle déception pour proposer un marché à Marguerite. Il espère ainsi obtenir ce qu’il veut d’elle. Mais ce serait trop simple…

À retenir

L’intérêt de l’histoire pourrait être historique, puisqu’on apprend quasiment d’emblée que le film s’inspire d’une histoire vraie et que l’action se passe entre 1542 (année où Marguerite embarque à destination du Canada) et 1545 (année où elle se trouve accusée de sorcellerie). Avec son budget somme toute assez modeste, le film se contente de situations intimistes. On ne s’en plaindra pas, car il fait la part belle aux interactions entre ses personnages principaux et l’île. L’aspect survie n’est qu’un pan du scénario, celui-ci laissant une belle part à l’aspect psychologique qui s’avère relativement complexe, entre une jeune femme de bonne famille, une servante et un homme qui tente de faire la loi par la force face à deux femmes. Si de nombreuses péripéties sonnent comme des échos à Robinson Crusoé (Daniel Defoe – 1719), la grossesse de Marguerite, avec les incertitudes qu’elle apporte, nous vaut une véritable originalité. Il est aussi question à un moment du devoir conjugal, expression qui fait réagir alors qu’elle vient d’être retirée (28 janvier 2026) de la Constitution française. Le film ne cherche pas la belle image gratuite, puisque de nombreux plans sont filmés, semble-t-il, en lumière naturelle, ce qui donne un aspect véridique mais une image souvent sombre, autant que l’histoire présentée. Le casting évite également tout tape-à-l’œil, ce qui n’empêche pas Salomé Dewaels d’assumer son rang (mieux que Louis Peres, selon notre ressenti). Le rôle d’Alexandra Lamy est vraiment secondaire. Finalement, la meilleure surprise s’avère Candice Bouchet dans le rôle de Damienne.

L’île de la Demoiselle : bande-annonce

L’île de la Demoiselle : fiche technique

Réalisateur : Micha Wald
Scénaristes : Micha Wald, Agnès Caffin, Olivier Meys et Samuel Malhoure
Sortie française : le 25 mars 2026 – 1h41
Production : Stenola Productions et KG Productions en coproduction avec Czar Film
Musique originale : Catherine Graindorge, Elie Rabonovitch et Hildur Guðnadóttir
Directeur de la photographie : Joachim Philippe S.B.C.
Costumes : Tzigane de Braconier
Distribution France : The Jokers Films

Avec :
Salomé Dewaels : Marguerite de la Rocque
Louis Peres : Thomas d’Artois
Candice Bouchet : Damienne
Marguerite de Navarre : Alexandra Lamy
Patrick Descamps : Jean-François de Roberval
Alexandre Gavras : François 1er

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3

« La Rom-com à tout prix » : l’amour catalyseur d’enjeux

Avec La Rom-com à tout prix, publié aux éditions Playlist Society, le lecteur curieux a tout le loisir de se pencher sur le renouveau d’un genre longtemps jugé mineur. À travers sept entretiens, l’opuscule montre comment la comédie romantique française s’émancipe des modèles hollywoodiens pour épouser les lignes de fracture du présent.

Il fallait sans doute que la comédie romantique traverse quelques décennies de relative condescendance pour retrouver aujourd’hui de sa superbe. L’introduction de Sandra Onana pose, en ce sens, le cadre : finies les cavalcades vers l’aéroport et les déclarations sous la pluie, place à une romance en demi-teintes, attentive aux secousses et aux affects du monde moderne. Le genre, jadis calibré par Hollywood, devient un laboratoire où s’éprouvent les bouleversements post-#MeToo, les identités minoritaires et les nouvelles manières d’aimer.

Les sept entretiens menés par Lucas Aubry et Quentin Mével rendent parfaitement compte de cette mutation. Avec Victor Rodenbach, les habitudes se rompent et le besoin de s’accomplir porte la distance relationnelle. Mourad Winter déplace la rom-com en banlieue et convoque l’humour face aux injonctions viriles et à l’antisémitisme. Amélie Bonnin passe par la comédie musicale pour sonder la mélancolie du retour et les choix de vie d’une quadragénaire.

Ailleurs, Alice Douard filme l’homoparentalité sans pathos, inscrivant un couple de femmes dans une parentalité qui entre en résonance avec la loi Taubira. Alice Vial glisse vers le fantastique pour parler de solitude et de deuil. Martin Jauvat revendique une anti-rom-com où la fragilité masculine affleure sous le vernis burlesque. Sophie Beaulieu, enfin, détourne le mythe de la femme-objet à travers un conte satirique qui semble retourner le regard patriarcal contre lui-même.

Dans tous ces films, éclairés par des entretiens-fleuves avec leurs réalisateurs et réalisatrices, il s’agit de sauver la promesse romantique sans en reconduire les clichés. Désormais, la comédie romantique ne nie plus les rapports de domination ni les fractures sociales ; elle les aspire et les transforme en une matière narrative d’autant plus riche qu’elle est parfois inattendue. 

Dans Baise-en-ville, Sprite cherche sa voie. Il le fait dans « une galaxie de cinéma faite de banlieues pavillonnaires mal desservies, de start-up spécialisées dans le nettoyage de soirées et de réflexions sur la société glissées l’air de rien ». Dans L’Amour c’est surcoté, on a droit à un jeune homme qui « surjoue la virilité et refuse de voir qu’il va mal après la perte d’un proche ». Avec Des preuves d’amour, Alice Douard rappelle l’évidence : « Un couple, c’est des moments un peu irréels, comme se chanter une chanson au beau milieu d’une boîte de nuit, mais c’est aussi aller faire les courses. Je voulais montrer un amour qui s’est installé dans le temps. »

La Rom-com à tout prix explore le renouveau du cinéma sentimental et pose la comédie romantique en miroir de nos sociétés. L’opuscule montre parfaitement comment les cinéastes interrogés ont su ancrer leurs récits dans la chair de leur époque. C’est intéressant, passionnant par moments, même si l’on peut regretter qu’un versant plus analytique ne vienne pas complémenter les entretiens. 

La Rom-com à tout prix, ouvrage collectif
Playlist Society, 12 mars 2026, 128 pages

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3.5

Louis Hachette, l’homme qui rêvait d’un peuple de lecteurs

Avec Louis Hachette, publié aux éditions Marabulles, Maelline et Mael Martial retracent la trajectoire d’un homme pour qui le livre n’était pas seulement un objet culturel, mais également un puissant levier social. À travers cette biographie dessinée, c’est toute une idée de la lecture qui se déploie : celle d’un outil capable de façonner une société.

Dans cette bande dessinée consacrée à Louis Hachette, le livre apparaît d’emblée par-delà sa dimension purement commerciale. Il est une promesse. Une promesse d’élévation, de diffusion des savoirs, de transformation lente mais profonde d’une société qui, au début du XIXᵉ siècle, découvre à peine l’ampleur de la révolution éducative qui s’annonce. Louis Hachette comprend très tôt que cette révolution reposera sur deux dynamiques complémentaires : l’instruction pour tous et la circulation accélérée des idées. 

Lorsque le jeune entrepreneur fonde sa librairie en 1826, il entreprend de penser autrement la diffusion de la lecture. Les pages de l’album montrent comment, peu à peu, le livre se transforme entre ses mains : il devient manuel scolaire, outil pédagogique, objet populaire. En publiant le Journal de l’instruction élémentaire, rédigé par des membres de l’Université et des sociétés de bienfaisance, le jeune homme installe déjà le livre au cœur d’un réseau éducatif national. Recteurs, instituteurs, directeurs d’école s’y abonnent aussitôt.

Le livre se miniaturise alors pour mieux conquérir le pays. Avec l’Alphabet et premier livre de lecture, tiré à des centaines de milliers d’exemplaires, il devient un compagnon d’apprentissage accessible à tous. Petit format, prix modique, diffusion massive : la lecture cesse d’être un privilège pour devenir un instrument d’instruction publique. Soutenu par l’État et notamment par François Guizot, qui confie à la maison Hachette l’édition du Manuel général de l’Instruction primaire, l’éditeur participe à un projet politique plus vaste : former des citoyens instruits capables de soutenir l’ordre d’une monarchie constitutionnelle.

Mais la bande dessinée rappelle aussi que derrière cette mécanique éditoriale se joue une histoire humaine. Le livre, dans la vie de Hachette, n’efface pas les drames. Sa femme traverse une douleur immense après la perte de deux enfants, s’enfonçant dans une dépression qui accompagne la situation financière fragile du foyer. Pourtant, le récit souligne l’attachement amoureux de l’éditeur, qui lui confie qu’elle demeure sa principale raison de vivre. 

Autour d’eux, le monde change. Les révolutions politiques agitent la France, la question sociale s’impose, le suffrage universel s’invite dans les débats. Conservateur, Louis Hachette, lui, reste convaincu que la démocratie doit s’apprendre comme on apprend à lire. Pour cet homme formé dans la culture de l’effort et du travail, l’instruction demeure la condition première de toute participation civique. Les ouvriers, pense-t-il, doivent d’abord acquérir cette discipline du savoir avant d’exercer pleinement leur pouvoir politique. Le livre, encore une fois, se retrouve au centre de cette vision : outil d’émancipation, certes, mais aussi instrument de formation morale.

À mesure que l’entreprise se développe, le livre change encore de forme. Il quitte les salles de classe pour les quais de gare, accompagne les voyageurs, se décline en dictionnaires, en guides de voyage, en collections de littérature française ou étrangère. Peu à peu se met en place une véritable industrie culturelle où chaque ouvrage participe d’un vaste réseau de diffusion du savoir.

C’est cette aventure que l’album de Maelline et Mael Martial parvient à restituer avec clarté : celle d’un homme persuadé que la société se transforme page après page. Chez Louis Hachette, le livre n’est jamais une fin en soi. Il est un moyen, une passerelle. Et si son nom s’est aujourd’hui fondu dans le paysage éditorial, c’est peut-être parce que sa vision a fini par s’imposer partout : une civilisation du livre, où apprendre à lire revient toujours, d’une manière ou d’une autre, à apprendre à devenir citoyen.

Louis Hachette, Maelline et Mael Martial  
Marabulles, 11 mars 2026, 80 pages  

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3.5

« Les Hautes Herbes » : le sang, la faute, l’espoir

Dans Les Hautes Herbes, Grun et Laurine Clin déploient une fable de fantasy rude et méditative, où un père marqué par la violence de son peuple tente d’élever son fils loin des hommes. Entre cosmogonie archaïque, nature indomptable et quête d’un peuple mythique, l’album explore la possibilité fragile d’échapper à son héritage.

Un grand esprit, Kholo, a façonné la terre et la vie, insufflant à chaque élément de quoi remplir une fonction. De cette création ont surgi différentes espèces, chacune dotée de spécificités contribuant à l’équilibre du monde. Mais un épisode singulier a toutefois bouleversé cet ordre : une créature sortie des eaux est divisée, et chaque fragment, animé par le souffle d’un peuple, a donné naissance aux hommes. Ainsi apparaissent plusieurs lignées humaines, chacune héritière d’une part du mystère originel.

Cette cosmogonie ouvre l’album mais irrigue surtout toute l’histoire. Car parmi les peuples issus de ce partage primordial se trouve une lignée maudite : les Ichoromes. Leur sang est noir, leur réputation terrible et leur destinée, irrémédiablement condamnée. Ils ne peuvent engendrer que des fils. Pour survivre, ils enlèvent des femmes aux autres tribus. Ce qui ne fait que les marginaliser davantage.

C’est dans l’ombre de cette malédiction que vivent les deux protagonistes du récit. Le père est un homme massif, marqué par un passé dont il parle peu. Autrefois membre des Ichoromes, il a rompu avec les siens pour sauver une captive – celle qui deviendra la mère de son fils. Le geste s’avère pourtant plus ambigu lorsqu’il est raconté de l’autre côté du récit : en fuyant avec une seule femme, il a laissé derrière lui d’autres prisonnières livrées à la brutalité de son peuple… 

Les Hautes Herbes avance à hauteur d’homme, entre confidences, souvenirs et rencontres dangereuses. La violence du monde y est omniprésente : nature hostile, tribus méfiantes, foule prête à lyncher celui qu’elle considère comme un monstre. Mais à cette brutalité répondent des paysages à contempler, qui occupent une place essentielle dans l’album : plaines battues par le vent, forêts anciennes, rivières solitaires… Le père et le fils y vivent en hôtes, chassant seulement pour se nourrir, laissant le moins de traces possible. 

Mais au-delà de la survie quotidienne, une quête guide les deux voyageurs : trouver le peuple cibète. Selon la légende, ces hommes sages vivent à l’écart du monde, attentifs à l’équilibre du vivant. Peut-être sont-ils la seule société capable d’accueillir un enfant né du sang noir. La question, évidemment, est de savoir s’ils existent réellement.

Les auteurs articulent plusieurs interrogations qui conditionnent l’expérience de lecture. Peut-on échapper à son origine ? Un homme peut-il rompre avec la violence de son peuple ? Et un enfant peut-il inventer une autre voie que celle que son sang semble lui imposer ?

Grun et Laurine Clin construisent une fable âpre, prise dans un équilibre délicat entre dureté et espérance. Le passé y pèse lourd, les fautes ne s’effacent pas, mais il demeure possible de transmettre autre chose que la haine. C’est peut-être là le cheminement central mis en vignettes : celui qui mène vers un monde un peu moins cruel.

Les Hautes Herbes, Grun et Laurine Clin
Daniel Maghen, 11 mars 2026, 112 pages

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4

La Danse des Renards : Violentes Jeunesses

Avec La Danse des Renards, le réalisateur Valéry Carnoy signe un premier film poignant sur l’adolescence et ses métamorphoses. Porté par la révélation Samuel Kircher, ce drame sensible explore la fragilité masculine à travers le parcours d’un jeune boxeur dont la vie bascule après une chute en forêt. Entre combats et observation des renards, une œuvre naturaliste et poétique à ne pas manquer.

Dans son premier long-métrage, Valéry Carnoy capture l’instant fragile où tout bascule. Camille, jeune boxeur prometteur enfermé dans l’univers viril de la compétition, voit son chemin dérailler après une chute en forêt. Sans lésion apparente, une douleur indicible s’installe celle d’exister autrement. Entre les combats et l’observation silencieuse des renards, La Danse des Renards tisse le portrait sensible de la jeunesse en crise, où le malaise devient le point de départ d’une métamorphose intérieure.

Quand le corps boxe, l’âme vacille

Camille a tout d’un futur champion. En internat sportif, il perfectionne sa boxe, impressionne par sa rapidité, son agilité défensive. L’avenir semble tout tracé. Mais une chute en forêt va faire dévier sa route.

Valéry Carnoy (double lauréat des prix « Coup de cœur des auteurs SACD » et « Label Europa Cinéma ») ne filme pas les séquelles irréversibles de l’accident. Ce qui l’intéresse, ce sont ces états psychiques et poétiques, ces suspensions nerveuses qui, silencieusement, infléchissent une trajectoire.

Entre combat et forêt : Camille change

D’abord semblable aux autres  prompt à la sociabilité du groupe mais aussi solitaire et sensible –, Camille se métamorphose. Le film devient alors le récit d’une initiation au changement, à cette perturbation intérieure que le trauma révèle : l’envie de vivre le réel avec moins d’âpreté, plus de tendresse.

Carnoy maintient une tension constante entre deux mondes. Il y a les scènes de retrait, où Camille emmène son ami Matteo observer les renards dans la forêt voisine. Et puis les scènes de bande ou de combat, saturées d’adrénaline et de testostérone juvénile.

D’un côté, Camille s’émeut. De l’autre, il se meut.
D’un côté, un regard qui découvre le monde par la nature. De l’autre, un corps soumis aux normes masculines et aux diktats de la compétition. Ce contraste, maintenu tout au long du film, irrigue le récit d’une énergie subtile et tendue, portée par une mise en scène tour à tour vigoureuse et délicate, naturaliste et poétique.

Le mal de la chute : une belle étude sur l’adolescence comme « hystérie »

Pourtant, Camille récupère. La chute de dix mètres n’a laissé aucune lésion. Pourtant, il a mal. Pas vraiment peur. Autre chose : des émotions violentes qui débordent, des amitiés qui se trahissent ou se renforcent, des âges frontières où les corps parlent, où les actes deviennent des choix, des envies qui changent, des douleurs sans raison. Veut-il encore faire de la compétition ? Est-il attiré par autre chose ?

Dans l’univers normé de la compétition, les souffrances névrotiques n’ont pas leur place. Camille se rapproche d’une fille arrivée en cours d’année. Dans une scène d’une vraie beauté, il lui demande : « Est-ce que toi aussi, tu as déjà eu mal sans avoir mal quelque part ? »

Cette question est le cœur du film. L’adolescence comme crise, comme variation. Les violences de la jeunesse comme rituel cathartique. Et cette douleur sans nom,  juste avoir mal sans savoir pourquoi – devient la matière précieuse du film, sa vraie lutte.

Porté par la densité silencieuse de Samuel Kircher, La Danse des Renards nous étreint par la justesse de ses émotions. Quand Camille suspend des morceaux de viande aux branches pour surprendre les renards, c’est tout son désir de lien avec le monde qu’il accroche là : une micro-performance poétique très éloignée de la brutalité des combats. Il regarde les renards bondir dans les arbres et sourit à la félinité libre de ces bêtes. Il sourit aussi à un air de trompette qui s’élève en pleine forêt.

La Danse des Renards offre une grâce nerveuse, une chorégraphie sensible sur cette ligne de crête ténue entre l’élan vital et la fragilité d’être.

La Danse des Renards : Bande-annonce

La Danse des Renards – fiche technique

Réalisation : Valéry Carnoy
Scénario : Valéry Carnoy, Jacques Akchoti
Interprètes : Samuel Kircher, Faycal Anaflous, Jef Cuppens, Hassane Alili, Anna Heckel, Jean-Baptiste Durand, Salahdine El Garchi, Yoann Blanc, Guillaume Duhesme, Raphaël Thiéry, Frédéric Clou
Musique : Pierre Desprats
Production : Julie Esparbes
Pays de production : Belgique, France
Société de distribution France : Jour2Fête
Durée : 1h34
Genre : Drame
Date de sortie : 18 mars 2026