Tout savoir sur « Le Syndrome de l’imposteur(e) »

Avec Le Syndrome de l’imposteur(e), Éric Giacometti, Céline Bracq et Fanny Briant nous proposent une bande dessinée qui conjugue rigueur scientifique, conseils pratiques et introspection collective. L’album explore les racines historiques, sociales et psychiques d’un malaise bien connu, devenu emblématique de notre époque.

Éric Giacometti, Céline Bracq et Fanny Briant publient aux éditions Marabulles une évocation documentée et rigoureuse du syndrome de l’imposteur. D’où vient ce sentiment d’illégitimité qui ronge tant d’individus pourtant compétents ? Qui touche-t-il réellement ? Et dans quelle mesure ?

Une image est particulièrement éloquente dans ce document graphique. Celle d’une machine à laver où les corps tournent en rond, emportés par une mécanique de la dépréciation qui implique anxiété, sur-préparation ou procrastination, réussite et dénigrement de soi. Les deux vignettes, emboîtées l’une dans l’autre, traduisent parfaitement l’idée que l’on se fait du syndrome en fin de lecture.

Les auteurs remontent aux travaux fondateurs de Pauline Clance et Suzanne Imes dans les années 1970, lorsque le phénomène est d’abord observé chez des femmes brillantes évoluant dans des milieux académiques. Les chercheuses font face à la difficulté de publier leurs études jugées « anecdotiques », mais aussi à la condescendance institutionnelle. Mais l’enquête s’élargit rapidement. Le syndrome ne concerne pas uniquement les femmes. Il touche aussi des personnes issues de milieux modestes, des minorités, tous ceux qui franchissent des barrières sociales et symboliques. 

Le phénomène naît d’un alliage entre psychologie individuelle et structures collectives. On peut remonter loin et arguer que certains récits culturels ont longtemps assigné les femmes à une position dérivée, voire fautive (cf. Adam et Eve). Le sentiment d’illégitimité ne naît pas ex nihilo ; il s’enracine dans des imaginaires qui circulent à travers le temps.

Le Syndrome de l’imposteur(e) convoque également des figures historiques et contemporaines. Même Neil Armstrong, premier homme à avoir marché sur la Lune, confiait avoir eu le sentiment d’être envoyé là-haut par erreur. Si l’exploit absolu n’immunise pas contre le doute, celui-ci cesse d’être un simple signe d’incompétence.

Du côté du pouvoir économique et politique en revanche, le silence domine souvent. Rares sont les dirigeants qui avouent leurs fragilités. Il faut dire que notre imaginaire valorise l’assurance absolue, le mythe de l’homme providentiel. Avouer douter reviendrait à se disqualifier. À l’inverse, Michelle Obama, Meryl Streep, Jodie Foster, Lady Gaga, Justin Bieber ou Tom Hanks ont tous publiquement évoqué leur sentiment d’imposture. 

À l’inverse, à travers l’histoire d’un braqueur persuadé que du jus de citron le rendrait indétectable aux caméras, la BD introduit la notion de surconfiance. Certains individus affichent ainsi une assurance disproportionnée par rapport à leurs compétences. Ce phénomène porte un nom : l’effet Dunning-Kruger. Pendant que certains se trouvent aspirés dans la spirale du doute, d’autres avancent un peu trop franchement, sans jamais se remettre en question. L’exemple du pilote improvisé prêt à faire atterrir un avion sans expérience en dit d’ailleurs long sur les illusions de compétence. 

Les réseaux sociaux constituent un autre foyer passionnant. La comparaison permanente que l’on y opère avec des vies filtrées nourrit le sentiment d’insuffisance. L’imposture devient ici une sorte d’effet collatéral de l’économie de l’attention.

Les chiffres ont de quoi faire froid dans le dos. 83 % présentent des signes modérés ou forts du syndrome ; 32 % en souffrent à forte intensité. La nuance est essentielle et le livre insiste effectivement sur l’importance de l’intensité et de la fréquence. Car le doute n’est pas en soi pathologique, il ne devient problématique que lorsqu’il entrave l’action, altère l’estime de soi, génère détresse et épuisement. 

La dernière partie de l’ouvrage invite d’ailleurs le lecteur à passer lui-même un test pour se situer par rapport au syndrome étudié. 

Le Syndrome de l’imposteur propose un tour d’horizon éclairant : origines théoriques, héritages culturels, effets sociaux, contrepoints, données statistiques, témoignages… En donnant forme à un malaise diffus, les auteurs et leurs intervenants permettent de mettre des mots sur ce qui pouvait demeurer innommable. Ça tombe bien : c’était l’objectif premier de cet ouvrage pédagogique. 

Le Syndrome de l’imposteur(e), Éric Giacometti, Céline Bracq et Fanny Briant
Marabulles, 4 mars 2026, 128 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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