Cinéma

Leaving Las Vegas : le pacte des naufragés

Trente ans ont passé. Las Vegas brille toujours autant, et "Leaving Las Vegas" aussi. Le film de Mike Figgis revient hanter les salles dans une version restaurée en 4K avec la même force d'impact, la même noirceur. On serait tenté de croire que le temps l'a rendu plus supportable. Il n'en est rien. La blessure est intacte, et l’admiration aussi.

L’Être aimé de Rodrigo Sorogoyen : Père et impair

Avec L’Être aimé, Rodrigo Sorogoyen signe un film de tournage aussi fascinant que déchirant, porté par Javier Bardem et Victoria Luengo. Derrière la mise en abyme cinématographique, le cinéaste filme surtout l’attente impossible d’une fille face à un père qui sait voir, diriger, comprendre — mais ne sait pas demander pardon.

L’Abandon : le traitement tout en nuances d’un sujet explosif

Les onze derniers jours de Samuel Paty, qui firent de lui un martyr de la République. Un sujet délicat, commandant d'éviter autant le pathos que la récupération politique. Vincent Garenq relève ce défi, avec un film qui parvient à captiver en tenant bien sa ligne. Estimable, malgré une réalisation sans surprise.

Da 5 Bloods : Apocalypse Now version Black Lives Matter

Da 5 Bloods, le dernier film de Spike Lee qui aurait dû être présenté à Cannes, sort sur Netflix ce 12 Juin. Une véritable déception pour un film de 2h35min : entre une efficace ré-affirmation du black power, déguisée sous une parodie d'Apocalypse Now, le film se perd tels nos sexagénaires dans le jungle mortelle du Vietnam.

Julie Andrews, la mélodie d’une vie : portrait d’une icône

Icône disneyenne pour les uns, égérie edwardsienne pour les autres. Julie Andrews a enchanté Broadway et la comédie musicale hollywoodienne à travers une poignée de rôles mythiques passés en revue dans le documentaire d’Yves Riou. Retour sur la prolifique carrière faite de rencontres déterminantes et de choix audacieux de la comédienne britannique à la voix cristalline et à l’aura ensorceleuse, descendue si gracieusement des nuages du ciel londonien en 1964 dans le classique de Walt Disney. 

« Le Meilleur des mondes » : l’individu effacé, la communauté exacerbée

"Le Meilleur des mondes" fut rédigé en 1931 et publié en 1932, pendant la Grande Dépression. Il apparaît donc antérieur au nazisme, à la Seconde guerre mondiale et à "1984". Dans une anticipation éclairée, Huxley va toutefois en préfigurer certains aspects, tout en allant recueillir chez Platon ou dans la philosophie utilitariste des concepts aussitôt parés d'une noirceur crépusculaire.

Il était une fois dans l’est : un road trip contemplatif

Il était une fois dans l'est est inspiré d'une histoire vraie. C'est à l'origine un court métrage que sa réalisatrice a transformé en long métrage afin de suivre le chemin de ses personnages. Et ça se sent car si le film ne dure qu'une heure vingt, il paraît un peu longuet. Heureusement qu'il s'en sort par ses qualités contemplatives. Sortie en VOD le 11 juin.

Jumbo : la belle ouverture du Champs-Elysées Film Festival 2020

Le Champs-Elysées Film Festival 2020 a ouvert ses portes en ligne et en beauté. Jumbo de Zoé Wittock a été diffusé dès 20h30 (enfin presque !). On y découvre Noémie Merlant, presque un an après Cannes et Portrait de la jeune fille en feu. Cette fois, elle incarne Jeanne, une jeune femme dont l'amour pour un objet va bouleverser la vie. Une petite pépite poétique et visuellement magnifique. Le film sort en salles le 1er juillet 2020.

Les Compagnons de la marguerite et la société libérée vue par Jean-Pierre Mocky

Le cinéma de Jean-Pierre Mocky est d'une forte cohérence politique, qui s'exprime aussi bien au sein de ses films noirs que de ses comédies. Les Compagnons de la marguerite, film sorti en 1967, avec Francis Blanche, Claude Rich et Michel Serrault, est une belle illustration de ces idées politiques, selon lesquelles les citoyens doivent se libérer d'une vision trop restreinte de la vie.

Pickpocket, de Robert Bresson, la morale dans le crime

Avec Pickpocket, Robert Bresson atteint un des sommets de son oeuvre. Déjouant les codes du film policier, le réalisateur fait une oeuvre d'une grande profondeur sur l'art et la morale.

Stéphane Brizé : en guerre contre le système

Avec En Guerre, La Loi du marché ou encore Quelques heures de printemps, mais plus largement à travers son cinéma, Stéphane Brizé s'intéresse à des personnages qui refusent d'être écrasés par le système. Ils veulent faire leurs propres choix quitte à s'y perdre mais en gardant le poing levé, la liberté chevillée au corps. Un parfait exemple à la française pour notre cycle anti-système.

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« L’Oiseau chanteur » : violences silencieuses

Dans "L’Oiseau chanteur", Désirée et Alain Frappier plongent le lecteur dans un univers où les prénoms disparaissent, où les gestes d’amour se font rares et où la peur dicte l'existence. Dans ce roman graphique dur mais poétique, ils racontent une enfance marquée par la maltraitance, l’inégalité et la domination familiale, tandis se traduisent ces blessures en un somptueux noir et blanc, créant un récit à la fois dérangeant et profondément émouvant.

« Pour qui sonne le glas » : l’ombre de la guerre

En 1940, Ernest Hemingway publiait "Pour qui sonne le glas", un roman inspiré de ses années de correspondant en Espagne, où l’amour et la mort se mesurent à l’aune de la guerre civile. Aujourd’hui, Jean-David Morvan et Pierre Dawance transposent ce chef-d’œuvre dans un roman graphique qui conjugue fidélité au texte et audace visuelle.

« L’Odyssée » renaît dans une édition collector

À l’approche de l’adaptation cinématographique annoncée par Christopher Nolan, "L’Odyssée" d’Homère s’offre une nouvelle vie éditoriale. Les éditions La Découverte republient en effet la traduction de Philippe Jaccottet dans une version collector. Une manière de rappeler qu’Ulysse n’a jamais cessé de voyager parmi nous.

« Cheyenne » : au cœur des grandes plaines

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« FIFA Connection » : Gianni Infantino, plus que le football ?

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