« L’Odyssée » renaît dans une édition collector

À l’approche de l’adaptation cinématographique annoncée par Christopher Nolan, L’Odyssée d’Homère s’offre une nouvelle vie éditoriale. Les éditions La Découverte republient en effet la traduction de Philippe Jaccottet dans une version collector. Une manière de rappeler qu’Ulysse n’a jamais cessé de voyager parmi nous.

Avant même d’ouvrir Homère, chacun connaît déjà un fragment d’Ulysse : un Cyclope aveuglé, des sirènes invisibles, une mer interminable, un homme retardé sans cesse dans son désir de retour… L’accès à cette œuvre fondatrice est sans cesse réinventé. Aujourd’hui, ce sont les éditions La Découverte qui proposent une nouvelle édition collector, qui remet au premier plan le travail de Philippe Jaccottet, dont la traduction demeure l’une des plus appréciées en langue française. 

Le poète suisse, disparu en 2021, a abordé Homère comme une matière vivante, traversée de rythme et de lumière. Là où certaines traductions académiques enferment l’épopée dans une solennité presque muséale, Philippe Jaccottet lui restitue une force vive. 

Utile, car le poème d’Homère contient déjà les grands motifs de la fiction occidentale : le voyage initiatique, l’identité mouvante, le désir de retour, l’épreuve du temps, la confrontation avec l’inconnu… Ulysse est à la fois guerrier, menteur, stratège, naufragé, père absent et survivant. Il porte en lui quelque chose qu’il partage avec les héros contemporains ambigus : un homme brillant mais vulnérable, menacé d’une forme de dissolution.

La publication intervient dans un contexte culturel particulier : l’annonce de l’adaptation cinématographique de L’Odyssée par Christopher Nolan, attendue pour juillet 2026. On imagine sans mal combien les tempêtes homériques pourraient dialoguer avec les obsessions visuelles et thématiques du réalisateur d’Interstellar ou de Dunkerque – qui a l’habitude, par ailleurs, de convoquer la perte d’un être cher dans son cinéma.

L’ouvrage est enrichi d’un texte de François Hartog, historien majeur de l’Antiquité et penseur des rapports entre passé et présent. Cela inscrit cette publication dans une réflexion plus large, notamment sur la manière dont les civilisations continuent d’habiter leurs mythes fondateurs. Car L’Odyssée n’est pas seulement un récit d’aventure, mais aussi une cartographie de l’Occident. Chaque étape du voyage d’Ulysse raconte une peur humaine fondamentale : l’oubli, la tentation, la violence, la perte de soi, l’impossibilité du retour.

C’est peut-être ce qui explique l’intemporalité du texte. Derrière les monstres et les dieux, Homère parle surtout d’émotions et épreuves humaines. Il raconte un homme qui veut simplement rentrer chez lui et qui découvre que le retour est parfois plus difficile que la guerre elle-même. Peu d’œuvres anciennes possèdent encore une telle intensité universelle. Raison de plus pour se (re)plonger dans celle-ci.

L’Odyssée, Homère
La Découverte, 7 mai 2026, 480 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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