les-compagnons-de-la-marguerite-jean-pierre-mocky-michel-serrault-claude-rich-francis-blanche

Les Compagnons de la marguerite et la société libérée vue par Jean-Pierre Mocky

Les Compagnons de la marguerite est un beau représentant du cinéma de Jean-Pierre Mocky, dans lequel s’expriment les idées politiques de l’auteur.

Le cinéma de Jean-Pierre Mocky est souvent qualifié d’anarchiste. Le réalisateur a construit une filmographie qui lui ressemble, une œuvre d’une grande cohérence, très marquée par les choix politiques du cinéaste. Que ce soit dans ses films noirs ou dans ses comédies, Jean-Pierre Mocky s’attaque, parfois brutalement, parfois avec un humour ravageur, aux fondements de la société bourgeoise française. Ne prenant jamais de posture quelconque, Mocky crée une œuvre d’une sincérité absolue.
Tout au long d’une carrière qui s’est étendue sur des décennies, les cibles de Mocky restent les mêmes : ce sont les piliers de la société bourgeoise, qu’ils soient institutionnels (police, administration, religion) ou philosophiques (la fameuse “morale bourgeoise”). Ses personnages montrent les failles de la société, mettent à jour ses injustices, exploitent ses zones d’ombre, ou simplement se rebellent contre une vie enfermée, emprisonnée dans des principes restreints. Qu’il le fasse par la révolte armée (Solo, L’Albatros, Piège à cons), par l’utilisation des faiblesses du système social ou par simple envie de provoquer, les protagonistes des films de Mocky sont des personnages excédés qui passent à l’action pour changer le monde.
Matouzec (Claude Rich), protagoniste des Compagnons de la marguerite, en est un bel exemple. Fonctionnaire travaillant à la Bibliothèque nationale, il mène une vie conjugale absolument insupportable. Sa femme n’a, visiblement, aucune notion de ce qu’est un couple : elle passe toute sa journée devant la télévision, quel que soit le programme, n’admettant pas le moindre bruit, a fortiori pas la moindre discussion ; quant au soir, à peine couchée, elle s’endort immédiatement. En gros, le brave Matouzec n’a pas de vie de couple. D’où cette idée qui, comme toutes les grandes idées, est venue par accident : falsifier les registres de mariage dans les mairies, pour “libérer” les époux qui s’estiment mal mariés ou faire des échanges de conjoints entre adultes consentants.
La comédie qui en découle, et qui prend la forme d’une course-poursuite rythmée et hilarante avec la police, ne doit pas masquer la vision politique qui découle de cette proposition. Il s’agit ici de se libérer du carcan d’une société où chaque fait et geste doit être approuvé par l’administration. Mocky prône une liberté absolue des citoyens, en les libérant de tout ce qui peut compromettre leur développement. Matouzec dira :

“Les fourmis meurent si elles ne respectent pas les lois de la fourmilière. Mais, nous ne sommes pas des fourmis.”

Le détournement des lois permet ainsi de réparer des injustices ou des erreurs. Matouzec rencontre ainsi un noble ayant trois enfants ; cependant, seul le premier pourra hériter de sa fortune, les deux autres étant nés d’une autre union, dite “illégitime”. Pourtant, il aime ces trois enfants du même amour, ainsi que les deux femmes avec lesquelles il a vécu. Plus tard, Matouzec rencontre aussi un personnage vivant en dehors de la société, avec plusieurs maîtresses, qui lui dira qu’“il n’y a pas besoin de mariage pour rendre les femmes respectables”.
Le protagoniste entame donc tout un processus de libération de personnages pris dans des situations absurdes à cause de lois trop contraignantes, qui offrent une vision trop étriquée de la société. Car derrière l’atteinte portée à l’institution quasi-sacralisée du mariage, il y a bel et bien un projet de société. Finalement, la vraie bonne société, ne serait-ce pas celle qui prend ses libertés envers le “système” et choisit de vivre ensemble en communauté, et non pas celle qui est obligée d’être ensemble par le cadre rigide de la législation ?
Le projet est tellement alléchant que même les policiers y succombent avec plaisir. Il faut dire que la police, chez Mocky, est la première à ne pas respecter les lois…

Les Compagnons de la marguerite : fiche technique

Réalisation : Jean-Pierre Mocky
Scénario : Jean-Pierre Mocky, Alain Moury
Interprètes : Claude Rich (Jean-Louis Matouzec, dit Matou), Francis Blanche (Inspecteur Leloup), Michel Serrault (Inspecteur Papin), Roland Dubillard (Flamand), Catherine Rich (Françoise Matouzec)
Photographie : Léonce-Henri Burel
Montage : Marguerite Renoir
Musique : Gérard Calvi
Production : Jean-Pierre Mocky, Henri Diamant-Berger
Société de production : A.T.I.C.A., Balzac Films, Boreal Films, Le Film d’Art, Mercurfilm
Société de distribution : Compagnie Française de Distribution Cinématographique
Genre : comédie
Durée : 88 minutes
Date de sortie : 20 janvier 1967

France – 1967

Rédacteur LeMagduCiné
Plus d'articles
Cromwell-film-Ken-Hughes-rimini-edition-dvd-critique
Cromwell : le despote inspiré par Dieu