Il était une fois dans l’est : un road trip contemplatif

2.5

Il était une fois dans l’est est inspiré d’une histoire vraie. C’est à l’origine un court métrage que sa réalisatrice a transformé en long métrage afin de suivre le chemin de ses personnages. Et ça se sent, car si le film ne dure qu’une heure vingt, il paraît un peu longuet. Heureusement qu’il s’en sort par ses qualités contemplatives.

A l’est, rien de nouveau ?

Il était une fois dans l’est est une sorte d’impasse : les personnages terminent leur parcours exactement comme au début du film, tout « rentre dans l’ordre » en quelque sorte.  Certes, nous pouvons supposer qu’entre temps, leur esprit aura évolué mais en termes purement scénaristiques, rien n’a bougé. Tout est revenu au statu quo. La fin du film est d’ailleurs à l’image exacte de la toute première : une image contemplative, douce, très neutre, de la Russie d’aujourd’hui. On y voit des jeunes gens fêter la guerre passée ou plutôt sa fin, et des camions circuler. Le camion, la circulation, est d’ailleurs le cœur du film. Il s’agit d’un récit sur l’adultère au sein de deux couples voisins. La femme de l’un prétendant partir à Moscou en bus pour y vendre des vêtements tricotés quand le mari du second la rejoint en camion. Ils n’ont que le trajet pour se rencontrer, se retrouver, mais peu à peu (enfin au fil des saisons qui marquent la temporalité du film), ils vont révéler leur amour au grand jour, un peu malgré eux. Cette révélation est censée être un point humoristique du film mais elle est assez plate au final, comme une grande partie du film, plutôt empâté, gauche. On s’intéresse assez peu à la destinée de l’amour qui nous est montré.

Mouvement et immobilité 

L’intérêt du film réside dans son caractère contemplatif, au fil des saisons qui s’égrènent, c’est un peu de la ruralité de la Russie que l’on découvre. A bord de son camion, l’amant d’Anna observe, voit le monde qui l’entoure. C’est aussi l’occasion de voir des personnages un peu moins représentés à l’écran : des couples pas forcément jeunes, riches et beaux mais dont les corps se révèlent tout de même à la caméra, se meuvent et s’aiment. Ce sont des personnages un peu maladroits, un peu perdus, un peu gauches, auxquels il est possible de s’attacher le temps du film. Ils vivent dans un monde de regards, de secrets où la vie se déroule normalement sans accroc. Et ils en subissent les conséquences, puisqu’ils se déplacent mais pour mieux se retrouver piégés les uns avec les autres, figés sur place, pétris dans leur quotidien ultra répétitif que la réalisatrice filme comme tel. Dommage que la fantaisie qu’elle tente de distiller dans son film ne prenne pas toujours, la faute à une mise en scène un poil trop académique et à une écriture qui manque un peu de rythme, de dynamisme. On retiendra quelques belles scènes qui prennent le temps d’observer, de se poser et de donner à voir des images un peu éloignées des conventions habituelles (la question des corps qui sont montrés à l’écran est vraiment pertinente, originale), et par là peut-être un peu audacieuses. Les acteurs sont touchants comme leurs personnages, ils se regardent, se jaugent, se font du mal, tentent de déconstruire puis de reconstruire leurs vies et survivent finalement au passage des saisons.

Il était une fois dans l’est : Bande annonce

Il était une fois dans l’est : Fiche Technique

Synopsis : Printemps, été, automne, hiver. Les jours s’égrènent harmonieusement dans un paisible village de Russie. Anna prend chaque semaine le bus pour aller vendre ses tricots à Moscou. Mais elle en descend après quelques virages. Le même jour, son voisin routier va charger son camion pour une longue semaine de voyage. Il s’arrête lui aussi immuablement à la sortie du village… Désir, amour, suspicion et badinage, rien ne peut rester longtemps secret…

Réalisation : Larissa Sadilova
Interprètes : Egor Barinov, Yury Kisilyov, Valentina Kosova, Alexandra Bobbovskaya
Photographie: Anatoly Petriga
Montage : Larissa Sadilova
Production : Arsi-Film, Shim-Film,
Distributeur : Jour2fête
Durée : 80 minutes
Date de sortie VOD : 11 juin 2020
Genre : comédie dramatique

Russie – 2019

Festival

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Chloé Margueritte
Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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