Critiques films

Rose de Markus Schleinzer : dans le pantalon, la liberté

Avec Rose, Markus Schleinzer plonge dans l’Allemagne rurale du XVIIe siècle, au lendemain de la guerre de Trente Ans. Dans un noir et blanc austère, presque minéral, Sandra Hüller incarne une femme qui a choisi de vivre sous l’identité d’un homme. Un film d’une grande modernité, dont le minimalisme apparent finit par tout envahir.

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

Le Répondeur : Un imitateur qui a du répondant !

Adapté du roman de Luc Blanvillain, le cinquième long-métrage de Fabienne Godet explore avec finesse et sensibilité la rencontre improbable entre un écrivain en quête de solitude et un imitateur en difficulté. À travers un jeu d’identité orchestré par une sonnerie emblématique, le film mêle quiproquos savoureux et révélations profondes, célébrant la beauté intérieure et la transformation des êtres au gré des rencontres. Une comédie subtile et lumineuse portée par Denis Podalydès et Salif Cissé, sous la direction délicate de Fabienne Godet.

Chime, de Kiyoshi Kurosawa : résonance du mal

Chime est un moyen-métrage qui voit l’auteur de Cure (1997) revenir à l’angoisse psychologique et ambiguë, après une dizaine d’années d’exploration d’autres genres. On y retrouve l’inquiétante étrangeté – quoiqu’un brin frustrante, format oblige – qui fait le sel de son cinéma.

Le Rêve dans le Pavillon rouge (2024) de Hu Mei : un monument de la littérature chinoise au cinéma

La nouvelle adaptation cinématographique du roman fleuve de Cao Xueqin, monument de la littérature chinoise du XVIIIème siècle, Le Rêve dans le pavillon rouge (2024), de Hu Mei, révèle aux spectateurs français ce que serait l’équivalent d’un cinéma hollywoodien venu de Chine.

Chime de Kiyoshi Kurosawa : Sound Killer

Tout commence par un carillon. À peine audible, mais déjà trop net. Dans Chime, Kurosawa ne filme pas l’horreur : il l’infiltre. Un plan fixe, une injonction absurde (« coupe plus droit »), un silence qui devient entaille. L’étrangeté ne surgit pas, elle s’installe. Elle use le réel, l’évide, jusqu’à ce qu’il devienne inquiétant par saturation de normalité.

La Venue de l’avenir : Un puissant héritage collectif

Dans son 15ᵉ long-métrage, Cédric Klapisch nous offre une fresque ambitieuse qui traverse 150 ans d’histoire française, principalement située à Paris. À travers une succession complexe de temporalités, le réalisateur entrelace les destins de quatre héritiers contemporains avec celui d’Adèle, une jeune femme du XIXᵉ siècle en quête de ses origines. Entre peinture et photographie, secrets familiaux et bouleversements sociétaux, ce récit choral explore la transmission, l’évolution de l’art et les liens intergénérationnels dans une mise en scène fluide et immersive. Un voyage cinématographique captivant qui souligne combien comprendre son passé est essentiel pour mieux affronter l’avenir.

Jeunes mères : Veuves-Mères

Avec Jeunes Mères les frères Dardenne -dignes héritiers belges du cinéma naturaliste et engagé de Ken Loach - poursuivent une œuvre sensible, éprise de mesure, presque trop bien écrite dénonçant les déterminismes sociaux au risque d'oublier le choc des déséquilibres et la folie du spontané.

Another End : quand mourir peut toujours attendre

Dans "Another End" de Piero Messina, le deuil et la mémoire sont explorés dans un futur où des implants mémoriels aident à surmonter la perte. Avec un casting captivant, notamment Renate Reinsve et Gael García Bernal, le film questionne les frontières entre vie et mort, tout en mettant en lumière les limites de la technologie et les dérives du déni. Une réflexion poignante sur l’amour, la mémoire et l’artificialité des relations humaines.

Libertate : un bain de terreur

Avec "Libertate", Tudor Giurgiu replonge dans un épisode oublié de la révolution roumaine. Un film coup de poing, entre tension brute, mémoire collective et chaos historique. Fort, imparfait parfois, mais essentiel.

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Faire la peau : le brûlot qui affronte le tabou de la violence des mères

Et si la véritable violence faite aux filles n'était pas celle du patriarcat, mais celle des mères elles-mêmes ? Dans Faire la peau, Louise Chennevière signe un récit-réquisitoire incandescent sur le couple mère-fille, où l'écriture, entre rage et réflexivité, tente de dire l'inacceptable : la complaisance d'une lignée de mères dans la violence systémique qu'elles ont elles-mêmes subie. Un livre-ravage qui pose une question vertigineuse : faut-il tuer sa mère pour sortir d'une aliénation et vivre enfin libre ?

« Valhalla Bunker » (T3) : le Reich, le président et le tennis de table

Des néonazis, un président américain davantage préoccupé par sa teinture que par l’apocalypse, un Panzer qui tient de l’immeuble et une querelle lexicale autour du ping-pong : Fabien Bedouel boucle le cycle de "Valhalla Bunker" en mettant tous les potentiomètres dans le rouge. C’est énorme, idiot avec méthode, et dessiné avec une redoutable efficacité.

L’affaire Arnolfini : enquête sur un tableau de Van Eyck

« Johannes de Eyck fuit hic 1434… » « La phrase est doublement ambiguë. Elle ne dit pas que le tableau date de 1434, mais que la scène qu’il représente a eu lieu cette année-là. Et elle se garde bien de nous informer si, de cette scène, Van Eyck fut le témoin ou le protagoniste. Elle place le tableau sous le signe du double sens. »

Les oranges amères, une image bien choisie

« A l’origine, nous étions des êtres doubles : chaque humain était constitué de deux personnes, unies en un seul corps gigantesque. Notre force et nos capacités étaient d’autant plus grandes et notre pouvoir était tel que nous cherchâmes à rivaliser avec les dieux… »

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« VOUS AVEZ BIEN CONSCIENCE QU’ON NE PEUT RIEN TOURNER SANS CE SATANE TABLEAU ? »