Un parfait inconnu : Timy, Please Don’t Go

Une semaine seulement après le très bon Better Man, dont vous pouvez d’ores et déjà lire la critique, Hollywood nous balance son second biopic musical de l’année. Après Robbie Williams, place à Bob Dylan, icône de la folk depuis le début des années 60. En chef d’orchestre, James Mangold. Le papa de Logan ou du Mans 66 n’en est pas à son coup d’essai dans le domaine. On se souvient encore de l’excellent Walk the Line, biopic sur Johnny Cash sorti en 2005 et porté par Joaquin Phoenix. Cette fois, c’est vers Timothée Chalamet que s’est tourné le réalisateur. Toutes les cases étaient cochées pour faire d’Un Parfait Inconnu un très grand film. Pourtant…

Un film d’ambiance ?

Vous remarquerez qu’au fil des années, plusieurs sous genres de biopics musicaux se sont créées. Certains se contentent de suivre l’histoire telle une page Wikipédia en usant du play-back à volonté. D’autres se concentrent sur un pan précis de la vie de l’artiste. Les meilleurs font chanter leurs acteurs tout en offrant au spectateur une superbe intrigue, peu importe si l’histoire s’étale sur des années ou des décennies. Et, finalement, très rares sont les biopics qui peuvent prétendre au rang d’incontournables. On citera Elvis, Rocketman, pourquoi pas Walk the Line ou encore Better Man. Quatre films extrêmement différents mais dotés de quelque chose qui les rend uniques. Ce petit truc en plus qui fait que, des années plus tard, on se souvient d’eux. La performance magistrale d’Austin Butler, qui accompagne l’histoire d’Elvis, parfaitement racontée. La voix et la tendresse de Taron Egerton dans Rocketman, contrastant avec la dureté du script. Le talent de Robbie Williams et l’absence totale de filtre sur sa vie dans Better Man. Et, en sortant d’Un Parfait Inconnu, quelque chose ne va pas. Il manque au projet ce petit truc en plus qu’ont les autres. Une âme.

C’est d’autant plus terrible que le film se noie dans un flot de qualités. Parmi les plus évidentes, Timothée Chalamet lui-même. Au sommet du monde depuis son interprétation magistrale de Paul Atréides (bien plus tôt pour certains), l’acteur franco-américain de 29 ans livre une performance habitée. Il joue, à la guitare et à l’harmonica, et il joue diablement bien. Il chante, et il chante diablement bien. Chaque son que vous entendrez durant l’intégralité du projet est signé par l’acteur. Bluffant. Mais là où il est le plus fort, c’est pour se rendre détestable. Oui, à la sortie du film, impossible d’avoir une image positive de Bob Dylan, tant Un Parfait Inconnu le dépeint comme un musicien égoïste et totalement antipathique. Monica Barbaro, interprète de Joan Baez, fascine également. Par son talent d’actrice d’une part, mais aussi par ses prouesses à la guitare et au chant. Oui, prouesses, quand on sait que l’actrice n’avait jamais tenu une guitare ni pris de cours de chant six mois avant le tournage…

Blowin’ in the Wind

En dehors de la performance des acteurs, une évidence frappe dès les premiers instants : James Mangold sait filmer. Bien que bavard, le film n’oublie jamais de raconter par l’image. Et quelles images ! La reconstitution de ce New York des années 60 fascine, par sa beauté mais aussi par son ambiance. C’est vivant, vraiment. Bonne chance à ceux qui souhaitent ou sont en train d’arrêter de fumer toutefois, les personnages se pavanant avec une cigarette au bec sur quasi tous les plans. On s’attache plus à la ville et à l’ambiance old-school du film qu’au personnage principal. Cela n’est pas un défaut en soi, quand on sait à quel point le décor peut être un protagoniste à part entière dans une œuvre. Mais alors, pourquoi dire qu’il manque une âme à un film qui déborde de vie ? Disons que si le film était un cadeau, l’emballage serait somptueux, mais mais il cacherait une boite vide..

Un Parfait Inconnu, malgré ses immenses qualités, souffre d’un terrible défaut : il ne mène nulle part et ne raconte presque rien. En creusant, l’histoire a un potentiel fascinant, abordant des thèmes déjà explorés mais pas toujours bien exploités. La jeunesse, la gloire, l’égoïsme, le temps qui passe. En surface, c’est Timothée qui fait la tronche pendant plus de deux heures, avec une histoire qui débute très bien pour tourner en rond. Et, in fine, on s’ennuie. On attend que quelque chose se passe. Et, quand ce quelque chose arrive, le générique de fin apparaît. Le film fait le choix de se pencher sur une courte partie du vécu de l’artiste, désormais âgé de 83 ans. Pourtant, qu’apprend-on réellement de Bob Dylan ? Difficile à dire, à part qu’en dehors d’être un véritable génie, c’est aussi (visiblement) un vrai sale gosse.

James Mangold livre donc un biopic très scolaire, loin d’être déplaisant et qui laissera d’ailleurs surement une belle emprunte dans le cinéma. Par son ambiance, ses musiques et surtout, l’interprétation de ses acteurs. On ressort de la projection avec une furieuse envie d’écouter du Bob Dylan (ou les reprises de Chalamet) mais on n’a pas pour autant envie d’en savoir davantage sur l’homme. On suit une page Wikipedia de quelques chapitres, sans idée réellement marquante ou de scène que l’on retient, si ce n’est une captivante première demi-heure, très bien rythmée. Puis, la boucle se forme… Malgré tout, Un Parfait Inconnu est de ces films qui sera surement appréciés par un large public. Ceux qui recherchent avant tout une plongée immersive dans le monde de la musique sous un superbe New York des années 60 peuvent foncer, de même que les fans de Dylan. Mais, si pour diverses raisons vous hésitiez entre ce projet et Better Man… le second est à privilégier.

Bande-annonce : Un parfait inconnu

Fiche Technique : Un parfait inconnu

Titre original : A Complete Unknown
Réalisation : James Mangold
Scénario : jay Cocks / James Mangold
Casting : Timothée Chalamet / Edward Norton / Elle Fanning / Monica Barbaro / Boyd Holbrook
Production : Range Media Partners / Veritas Entertainment Group / The Picture Company
Distribution : The Walt Disney Company France
Genre : Biopic Musical
Durée : 141 minutes
Sortie : 15 Janvier 2025

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2.5

Festival

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Dimitri Redier
Dimitri Redierhttps://www.lemagducine.fr/
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