"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.
Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.
Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.
Avec "Eddington", Ari Aster délaisse l’horreur pure pour une fresque politique audacieuse et clivante. Entre satire de l’Amérique trumpiste, tensions sociales, et chaos narratif, le film divise autant qu’il intrigue. Ambitieux mais inégal, ce long-métrage présenté à Cannes déstabilise par ses choix radicaux, tout en confirmant le talent de son réalisateur.
Apagan retrace une opération d’évacuation méconnue à Kaboul en août 2021, menée avec sang-froid par Mohamed Bida, officier de police français en poste à l’ambassade. Adapté de son propre livre, le film réalisé par Martin Bourboulon insuffle tension et émotion dans cette mission hors normes, alors que les Talibans reprennent le contrôle du pays. Roschdy Zem incarne Bida avec sobriété et profondeur, aux côtés de Lyna Khoudri, impressionnante dans le rôle d’une traductrice au courage discret. Ce récit haletant mêle suspense, négociations risquées, engagements personnels et portraits bouleversants dans un Kaboul en pleine chute. Au-delà du thriller, Apagan rend hommage à un homme et à ceux qui, dans l’ombre, ont risqué leur vie pour en sauver d’autres.
À l’occasion des 50 ans des "Dents de la mer", Laurent Bouzereau signe un documentaire captivant qui revient sur les coulisses chaotiques du tournage. Archives rares, témoignages intimes et analyse du génie de Spielberg dévoilent comment un film au bord du naufrage a donné naissance au tout premier blockbuster moderne.
"L'Aventura" de Sophie Letourneur explore avec finesse et authenticité la richesse du quotidien familial en vacances, mêlant humour discret, émotions profondes et moments simples. Le film capture la complexité des relations humaines à travers des instants sensibles où le banal révèle la vérité et la fragilité des liens entre parents et enfants.
Le Rire et le Couteau vous saisit à la gorge et ne lâche plus. Trois heures trente d’un cinéma vivant, pulsatil, où chaque plan sue l’urgence des corps et la fièvre des rencontres. Pedro Pinho y déploie une Afrique queer et vibrante, loin des clichés misérabilistes, un continent de désirs et de discours enflammés, où les ombres coloniales dansent encore dans la chaleur des nuits. À travers les yeux de Sergio, ingénieur portugais perdu dans cette géographie sensuelle, le film devient une expérience physique : on sent les odeurs, on touche les peaux, on écoute battre le cœur d’un monde qui résiste aux catégories.
Entre érotisme politique et mélancolie postcoloniale, Le Rire et le Couteau est bien plus qu’un film : une onde de choc.
Le nouveau "Superman" de James Gunn marque une renaissance ambitieuse pour DC, mêlant un héros profondément humain à une quête existentielle pleine de vulnérabilité. Face aux échecs passés et à l’ombre écrasante des Avengers, ce film ose réinventer l’Homme d’Acier avec compassion et modernité, explorant des thèmes d’espoir, d’amour et de solidarité dans un monde cynique. Notre critique décortique cette odyssée captivante, ses forces et ses limites.
En Polynésie, Titouan Bernicot et les Coral Gardeners s'engagent pour restaurer les récifs coralliens face au réchauffement climatique. Un documentaire engagé entre urgence écologique, pédagogie et mobilisation d’une jeunesse déterminée à agir.
Depuis les premiers "James Bond", "Grand Prix" ou encore "Bullitt", le cinéma met en valeur l’image de la voiture. Tantôt symboles de luxe, fidèles compagnons de route ou instruments de vitesse, les véhicules ont envahi l’écran. Et lorsqu’ils sont calibrés pour la course, comme dans "F1", on s’attend à des scènes sensationnelles. Si le film de Joseph Kosinski offre bien des séquences spectaculaires, il convainc davantage sur sa promotion de ce sport d’équipe à haut risque que sur ses qualités cinématographiques. Malgré la présence de Brad Pitt, presque seul sur la piste, "F1" se limite en effet à un scénario tout tracé sans vraie dramaturgie.
Le Principe de Wellington de Nathalie Léger : une commande de scénario sur l’aveu devient une enquête vertigineuse sur l’écriture, la vérité et les masques du « je ». Entre anagnorisis tragique, Wittgenstein, Emily Dickinson et imitation des personnages aimés, la narratrice-écrivaine explore les confins du langage et de la fiction, interroge les affres de la création et la culpabilité, et tisse une émouvante apologie de la relation entre frères et sœurs.
« - Eu cartonne of Lucky Strike fore ziss fez en poil de cul !? Tut’moques de moi, l’ami ?
- Yes, my friend. Ten packs ! That’s a very good price for you… »
Tyler Boss et Martin Simmonds reprennent le mythe du Fantôme dans un récit d’enquête où le prestige du spectacle autorise toutes les outrances. Paru chez Urban Comics, ce volume de la collection Universal Monsters doit autant à son atmosphère graphique qu’à sa manière de faire du théâtre un lieu de désir, de peur et de faux-semblants.
Dans "Géographie du rap : Villes et scènes en France et aux États-Unis", le géographe Séverin Guillard étudie les signes et lignes de force qui relient les artistes à leurs villes, ainsi que les inégalités qui séparent les scènes locales des centres de l’industrie musicale. De Lille à Atlanta en passant par Paris, représenter un lieu, c’est aussi revendiquer sa place sur un échiquier complexe.
Dans "Le Parfum des feuilles de thé" (Robert Laffont), Camille Monceaux et Virginie Blancher suivent Akane et Mayumi, deux jeunes femmes qui quittent Tokyo pour reprendre une plantation familiale. Au rythme des récoltes, leur installation devient une histoire de transmission et de choix de vie, non sans doutes.