Queer de Luca Guadagnino : entre splendeur visuelle et dérive narrative

Après Challengers, on attendait Luca Guadagnino au tournant. Avec Queer, il s’attaquait à un projet aussi audacieux que prometteur : une nouvelle littéraire éponyme et sulfureuse de William S. Burroughs, une époque fascinante et un casting qui suscitait de grandes attentes. Le résultat, pourtant, divise.

Synopsis : Dans le Mexico des années 50, William Lee, un expatrié américain d’une cinquantaine d’années au train de vie solitaire, rencontre Eugène Allerton, un ancien soldat récemment installé à Mexico qui lui ouvre les portes de l’intime. Au fil de leur relation, les deux hommes explorent les limites de la sexualité et des luttes intérieures, dans une époque marquée par les tabous sociaux et politiques.

Une splendeur esthétique indéniable

On ne peut pas enlever au réalisateur son goût et son talent pour la cinématographie. Luca Guadagnino a su s’imposer comme un réalisateur de talent. Après le flop de Bones and All (2022), l’artiste italien est revenu au sommet du podium avec son exceptionnel Challengers (2024).

Comme toujours, le storytelling est maîtrisé et la richesse visuelle du travail de Guadagnino n’est plus à prouver. Les palettes de couleurs, le choix des costumes, l’esthétique léchée – tout y est. On note une fois de plus le talent indiscutable du réalisateur pour représenter les corps humains. Tel Michel-Ange, il taille dans la bobine des images charnelles et musclées. Queer est un film qui semble parfaitement chorégraphié et qui met l’emphase sur le langage corporel plutôt que sur la parole.

Les deux premières parties du film sont incroyables. On y découvre un panel d’émotions et une esthétique impeccable, toujours accompagnée de choix musicaux parfaits. C’est une expérience cinématographique qui fait briller les yeux.

Un film en deux temps : l’extase avant la chute

Le choix du casting était audacieux et très intéressant : deux acteurs brillants, l’un en ascension et l’autre dans un rôle particulier qu’il porte finalement relativement bien. Mais alors, pourquoi est-il si difficile de se connecter avec les personnages et de leur trouver une réelle profondeur ? Les personnages semblent définis à gros traits, sans particularité.

Malgré un début prometteur, la dynamique entre les personnages reste figée, rendant difficile toute véritable implication dans leur relation. On espère voir cette connexion évoluer, mais le film semble constamment sur le point de prendre une tournure plus profonde sans jamais y parvenir. Il effleure des sujets plus complexes, notamment l’addiction, mais ces thématiques restent en surface, sans jamais vraiment toucher à leur véritable essence émotionnelle. Le scénario suit fidèlement la nouvelle dont il s’inspire, mais Luca Guadagnino, habituellement brillant dans la représentation des relations marginales, nous livre une relation à demi-mot. Dommage.

Malheureusement, la troisième partie du film, qui aurait dû approfondir la psychologie des personnages, perd son fil conducteur et s’égare dans un dédale scénaristique. Les thématiques oniriques et ésotériques, longues et mal imbriquées, échouent à nous propulser dans l’intimité des personnages, qui nous dévoilent leur cœur, au sens littéral. Le réalisateur fait des histoires d’amour complexes son fonds de commerce, mais normalement, on y trouve quelque chose de personnel, d’universel : la tentation, l’amour impossible. Ici, il est difficile d’identifier un thème clair.

En fin de compte, Queer est un film qui laisse un goût contrasté : d’un côté une maîtrise esthétique incontestable et une force émotionnelle, mais de l’autre une dérive narrative qui empêche d’atteindre l’extase promise.

Bande d’annonce – Queer 

Fiche technique – Queer 

Réalisateur : Luca Guadagnino
Scénariste : Justin Kuritzkes, d’après la nouvelle de William S. Burroughs
Production : Luca Guadagnino et Lorenzo Mieli
Distribution : Pan Distribution
Genre : Drame, Érotique, Psychologique
Langue : Anglais
Date de sortie :26 février 2025 en salle | 2h 16min
Casting principal : Daniel Craig (William Lee) , Drew Starkey (Eugène Allerton), Lesley Manville (Dr. Cotter), Jason Schwartzman (Joe Guidry)
Musique : Trent Reznor et Atticus Ross

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3

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