La Pampa : une jeunesse (rurale) et moderne

Voilà un premier film qui touche en plein cœur. Entre chronique rurale, récit d’apprentissage, drame et portrait d’un adolescent, La Pampa se dévoile par petites touches, par à-coups et serre ce cœur qui est le nôtre par la simplicité et le réalisme de ses situations. Très naturaliste, le film ne nous épargne tout de même pas quelques belles envolées lyriques et de jolis moments de mise en scène, aidé par une bande sonore profonde, singulière et ample. Construit sur une ribambelle de personnages très bien écrits et incarnés, le long-métrage d’Antoine Chevrollier doit cependant beaucoup à son personnage central, Willy, incarné par un stupéfiant Sayyid El Alami, une véritable révélation qui imprègne la pellicule. Un jeune acteur dont on devrait entendre parler de nouveau très vite, tout comme le réalisateur prometteur de cette œuvre à la fois simple et profonde mais assurément envoûtante et incandescente.

Synopsis : Willy et Jojo sont amis d’enfance et ne se quittent jamais. Pour tuer l’ennui, ils s’entraînent à la Pampa, un terrain de motocross. Un soir, Willy découvre le secret de Jojo.

La Pampa, drôle de titre. Et qui ferait davantage penser à une comédie générique comme le cinéma français en offre à la pelle qu’à ce petit film magnifique qui révèle à la fois un cinéaste et son comédien principal. Pourtant, ce titre provient de l’appellation du terrain de motocross où se retrouvent les personnages principaux. À postériori, cela lui va donc plutôt bien dès lors que l’on a découvert cette chronique précieuse et vraie. Le motocross n’est d’ailleurs pas du tout le sujet du film, juste un fond contextuel comme peut l’être le football pour l’excellente série feel-good Ted Lasso, tout aussi adulée par les fans de ballon rond que par ceux que ce sport débecte. Ce premier film va donc nous plonger au cœur de Longué, un petit village du Maine-et-Loire, proche d’Angers. Et l’aspect rural mais sans cliché de ce bourg (on n’est pas chez les fermiers ou dans une zone rurale qui se meurt) donne beaucoup de charme et un cachet certain au film.

Difficile à classer véritablement dans un quelconque genre, La Pampa en embrasse plusieurs, allant du récit d’apprentissage (car ce sont les événements du film qui vont faire passer Willy de l’adolescence à la maturité, l’âge adulte) à la chronique campagnarde (de par l’évolution d’une myriade de personnages au sein de ce petit village) en passant par le drame (certains enjeux du film et chemins empruntés sont proches de la tragédie) et une pointe de comédie, les réparties de ces gamins occasionnant souvent des sourires. Mais toutes ces couches et tonalités se marient à merveille et convergent vers le portrait d’un jeune homme pour qui ces moments vont être charnières dans sa construction personnelle en tant qu’homme. Il vit à la fois la découverte du secret de son meilleur ami, le premier amour, des deuils et le fameux choix entre la passion sportive ou les études. Et tout cela est fluide, bien rendu, bien traité, avec application et une justesse de trait indéniable.

La Pampa est aussi et avant tout un film porté par ses acteurs. Des comédiens adultes et connus qui confirment le bien que l’on pense d’eux ou tentent le contre-emploi avec beaucoup de brio. Des seconds rôles inconnus qui brillent et servent parfaitement la soupe aux autres. Et, enfin et surtout, des jeunes acteurs dont ce sont les premiers rôles et qui nous ébahissent par leur talent. Dans la première catégorie, on a Damien Bonnard qui joue un père obtus et obstiné avec beaucoup de nuances, ainsi qu’Artus, physiquement méconnaissable, dans une prestation totalement inattendue dont il s’acquitte avec énormément de réussite. Dans la seconde catégorie, on a Florence Janas dans le rôle de la mère du personnage principal. Toute en retenue mais pas moins imposante et emplie de justesse, sa composition est tout aussi remarquable. Dans la dernière catégorie, ce sont les jeunes Amaury Foucher et Sayyid El Alami qui impressionnent. Le premier est peu présent à l’écran mais y imprègne une force brute, animale, qui frappe fort. Quant au second, c’est une véritable révélation. Il irradie l’écran en étant présent dans presque tous les plans et se place très haut dans la catégorie des jeunes espoirs du cinéma français qui iront loin. Un casting de haute volée impeccable qui contribue beaucoup dans la réussite de La Pampa.

Le film d’Antoine Chevrollier fait parfois penser, par son déroulé, à Close de Lukas Dhont, acclamé en compétition à Cannes il y a trois ans et récompensé du Grand Prix du Jury. Mais on préfèrera peut-être La Pampa pour son caractère moins maniéré, plus brut et naturaliste, qui ne l’empêche pas de présenter quelques belles embardées lyriques soutenues par une bande sonore à la fois sobre et puissante. On traite de beaucoup de thèmes ici, mais jamais le script ne se noie dans un trop-plein ou, à l’inverse, n’oublie pas de vraiment les approfondir. Cette tranche de vie d’un gamin qui devient adulte pue la véracité et se dote d’une sensibilité et d’une profondeur folles. Tout comme de l’insouciance de la jeunesse et de la douleur de ces traumas. On est cueillis par ce bel instantané de vie humble et fort qui, malgré quelques imperfections propres aux premiers films (petits coups de mou, sous-intrigues dispensables…), nous touche et nous heurte pour infuser durablement en nous. Un film de révélations qui plus est… Incandescent, envoûtant et beau.

Bande-annonce : La Pampa

Fiche technique : La Pampa

Réalisation : Antoine Chevrollier.
Scénario : Antoine Chevrollier, Bérénice Bocquillon et Faiza Guène.
Casting: Sayyid El Alami, Artus, Damien Bonnard, Amaury Foucher, Florence Janas, …
Production : Agat Films & Cie.
Pays de production : France.
Distribution France : Tandem.
Durée : 1h43.
Genre : Drame.
Date de sortie : 4 février 2024.

Note des lecteurs0 Note
3.5

Festival

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Newsletter

À ne pas manquer

Digger : satire à balles réelles !

Dans un Hollywood asphyxié par l'absence de prise de risques et l'uniformisation, quel bonheur de pouvoir compter sur une oeuvre telle que "Digger", qui, si elle n'évite pas certains écueils, se révèle être de la trempe de ces films qui osent, qui bousculent, sans ménager le spectacle et le dépaysement attendu de ce genre de productions. Une œuvre qui va diviser, mais qui a le mérite d’exister. Rien que pour cela, l'effort mérite d'être salué.

Doraemon et le Château sous-marin : un cœur sous la carrosserie

"Doraemon et le Château sous-marin" plonge le chat-robot bleu et sa bande dans les abysses, entre camping aquatique, mythes de Mu et de l'Atlantide et peuple des profondeurs. Remake d'un classique de 1983, le film sonde l'âme des machines avec Buggy, véhicule au grand cœur. Une aventure tendre et sage.

Les Roches rouges : L’art de l’enfance

Dans Les Roches rouges, Bruno Dumont filme les jeux et les amours de l’enfance avec le sérieux qu’ils méritent, sans en atténuer le ridicule ni la violence. Sous le soleil de la Côte d’Azur, l’innocence a ses abîmes, et les gestes les plus simples viennent révéler ce que nos vies d’adultes s’emploient à recouvrir.

Détective Conan : L’Ange déchu de l’asphalte – un bolide qui cale au démarrage

Le plus grand petit détective du Japon file à moto aux côtés de Chihaya Hagiwara, la « Déesse du vent », pour traquer un bolide fantôme sur les routes de Yokohama. Un thriller survolté porté par son héroïne et un final à tombeau ouvert, mais dont l'enquête cousue de fil blanc peine à passer la seconde.

Raisons et Sentiments (2026) : le romantisme sous cloche

Georgia Oakley adapte le roman de Jane Austen avec Daisy Edgar-Jones et Esmé Creed-Miles en sœurs Dashwood. Tourné en 35 mm dans le Devon, le film soigne son naturalisme et sa sororité, mais peine à retrouver la satire sociale et la profondeur émotionnelle qui faisaient la force du texte original.

Digger : satire à balles réelles !

Dans un Hollywood asphyxié par l'absence de prise de risques et l'uniformisation, quel bonheur de pouvoir compter sur une oeuvre telle que "Digger", qui, si elle n'évite pas certains écueils, se révèle être de la trempe de ces films qui osent, qui bousculent, sans ménager le spectacle et le dépaysement attendu de ce genre de productions. Une œuvre qui va diviser, mais qui a le mérite d’exister. Rien que pour cela, l'effort mérite d'être salué.

Doraemon et le Château sous-marin : un cœur sous la carrosserie

"Doraemon et le Château sous-marin" plonge le chat-robot bleu et sa bande dans les abysses, entre camping aquatique, mythes de Mu et de l'Atlantide et peuple des profondeurs. Remake d'un classique de 1983, le film sonde l'âme des machines avec Buggy, véhicule au grand cœur. Une aventure tendre et sage.

Les Roches rouges : L’art de l’enfance

Dans Les Roches rouges, Bruno Dumont filme les jeux et les amours de l’enfance avec le sérieux qu’ils méritent, sans en atténuer le ridicule ni la violence. Sous le soleil de la Côte d’Azur, l’innocence a ses abîmes, et les gestes les plus simples viennent révéler ce que nos vies d’adultes s’emploient à recouvrir.