Marty Supreme, Coutures, Kiss of the Spider Woman : du ping-pong synthétique à l’orgue sous les paillettes
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Accueil Cinéma Critiques films PartagerFacebookTwitterPinterestEmail Laurent Après Sparrows (2015), l’Islandais Rúnar Rúnarsson continue d’explorer les particularités de son pays avec ce film au titre parfaitement justifié, puisqu’il se déroule sur l’espace d’une journée entre deux couchers du soleil. Mais la lumière qui s’éteint (voir la version anglaise du titre), c’est aussi celle du beau Diddi (Baldur Einarsson) dont ses jeunes amis vont devoir faire leur deuil. Ljósbrot (titre original) est centré sur un groupe de jeunes étudiants qui se côtoient aux Beaux-Arts. Plutôt que musical, il est fort probable que le groupe en question soit constitué autour de Diddi qui organisait des performances. Ceci dit, récemment il manquait d’inspiration et sa dernière performance individuelle relevait avant tout de la provocation improvisée avec les moyens du bord parce qu’il devait proposer quelque chose. Celles et ceux qui y ont assisté en gardent un souvenir gêné. Rompre A l’image de l’affiche, le réalisateur (et scénariste) montre que l’Islande n’est pas qu’une île où il fait froid. Très lumineux, le début montre Diddi avec Una (Elin Sif Halldórsdóttir), en couple d’amoureux profitant d’un moment qui se voudrait romantique. Cependant, on note que les prises de vues font en sorte qu’on ne fasse que deviner Diddi. Il se trouve qu’il est dans une situation compliquée, car son couple avec Una n’a rien d’officiel. Mais, il s’est engagé auprès d’elle à faire le nécessaire. Il doit rejoindre Klara (Katla Njálsdóttir), sa copine officielle, pour lui signifier leur rupture, raison pour laquelle il s’apprête à prendre l’avion. En fait, on ne saura pas s’il aurait assumé ce choix, puisqu’il ne montera jamais dans l’avion. En effet, conduit par un ami en voiture, il se trouve pris dans un terrible accident (to break : casser) qui lui coûte la vie. Mise en scène de la dualité L’essentiel de ce film relativement court (1h22) explore la façon dont celles et ceux qui évoluaient autour de Diddi encaissent l’accident et ses conséquences. Sous le choc, les caractères se dévoilent. C’est quelque chose de très particulier pour ces jeunes qui considèrent que la vie leur appartient, de réaliser que les circonstances peuvent briser net l’un d’entre eux, au hasard. N’y étant pas du tout préparés, ils oscillent entre l’incompréhension et une douleur fulgurante qu’ils ont du mal à vraiment réaliser. On les voit dans une sorte d’état second, naviguer entre les larmes et quelques moments où ils retrouvent leurs automatismes. Mais, ces instants de quasi détente ne durent pas, car ils sentent rapidement monter une certaine forme de culpabilité, alors qu’ils n’y sont strictement pour rien. Le réalisateur saisit bien cette ambiance de malaise, symbolisée par la position insupportable d’Una qui considère qu’elle devrait être à la place de Klara, en première ligne. Concrètement, Una ne peut pas afficher sa douleur réelle et doit en plus supporter celle de Klara à qui elle s’interdit de révéler le pot aux roses. Mais leur sensibilité féminine finit par les rapprocher et c’est Una qui apporte comme elle peut une sorte de réconfort à Klara. On note au passage qu’Una se dit pan(sexuelle), soit attirée autant par les hommes que les femmes. Ce qu’elle tente maladroitement de faire passer par un look (cheveux très courts qu’elle plaque en arrière et un lourd blouson en cuir) qui laisse croire dans un premier temps qu’elle refuse sa féminité, alors qu’à mon avis elle refuse surtout de l’afficher ostensiblement. Soit dit au passage, Diddi avait parlé d’Una à Klara en la prétendant lesbienne, pour parer à toute réaction de jalousie. Diddi Le portrait qui émerge de Diddi est donc tout en nuances, entre l’éphèbe solaire au vu de son physique, le démiurge tirant un groupe derrière lui et l’adolescent attardé qui se cherchait encore et s’avérait capable du meilleur comme du pire. Dans le meilleur, on retiendra cette performance où il apprenait à voler aux passants, comme s’ils pouvaient s’affranchir de la pesanteur. La caméra illustre parfaitement son propos par une contre-plongée vertigineuse suivie d’un léger mouvement horizontal qui se révèle particulièrement bluffant en modifiant la perception des repères habituels. Quelques points remarquables Ce film marque par deux longues séquences sans dialogue, où on comprend progressivement ce que la caméra embarquée dans un véhicule qui avance nous montre, par une modification très progressive de l’angle de prise de vue. Des séquences caractéristiques de ce que le réalisateur cherche à montrer et faire éprouver au public. Elles se situent à des moments clé du scénario, juste avant la disparition de Diddi et pour clore le film. Chacune nous fait profiter d’un extrait musical de toute beauté, avec une voix féminine accompagnée par des cordes. Cette voix – artificielle – est celle qu’on entend dans la composition Odi et Amo du compositeur Islandais Jóhann Jóhannsson, une révélation ! Pour conclure Rúnar Rúnarsson nous fait donc sentir la fragilité de la vie tout en nous incitant à relativiser nos observations et mieux apprécier ce que l’existence nous apporte. Ainsi, il parvient à placer quelques touches d’humour et des instants de toute beauté, dans un film qui pourrait n’être que larmoyant. Selon son propre aveu, il s’inspire de la réalité ainsi que de son expérience personnelle, le film étant conçu pour ouvrir des pistes de réflexion à tout un chacun. Bande-annonce : When the Light Breaks Fiche technique : When the Light Breaks Réalisateur : Rúnar RúnarssonScénariste : Rúnar RúnarssonSortie française : 19 février 2025Production : Heather, Rúnar RúnarssonPays de production : IslandeDistribution : Jour2FêteDirection artistique : Hulda HelgadóttirMusique : Jóhann JóohannssonPhotographie : Sophia Olsson Son : Pétur EinarssonMontage : Andri Steinn GuðjónssonAvec :Elín Sif Halldórsdóttir (Hall) : UnaKatla Njálsdóttir : KlaraBaldur Einarsson : Diddi Note des lecteurs0 Note3.5
La rédaction LeMagduCiné·MusiqueMarty Supreme, Coutures, Kiss of the Spider Woman : du ping-pong synthétique à l’orgue sous les paillettes