Avec Rose, Markus Schleinzer plonge dans l’Allemagne rurale du XVIIe siècle, au lendemain de la guerre de Trente Ans. Dans un noir et blanc austère, presque minéral, Sandra Hüller incarne une femme qui a choisi de vivre sous l’identité d’un homme. Un film d’une grande modernité, dont le minimalisme apparent finit par tout envahir.
En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.
La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.
Près de 70 ans après le film culte de Jack Arnold, "L’Homme qui rétrécit" renaît en 2025 sous la direction de Jan Kounen. Jean Dujardin incarne un architecte confronté à un rétrécissement inexorable, dans une fable existentielle alliant science-fiction, horreur et métaphysique. Une relecture visuellement ambitieuse du roman de Richard Matheson.
"Arco" est un phénomène rare dans l’animation française. Ugo Bienvenu signe un film poétique et visionnaire, mêlant l’imaginaire de Mœbius et l’onirisme de Miyazaki, présenté à Cannes et récompensé à Annecy — un grand récit sur la filiation et la puissance de l’imaginaire.
"Chien 51" imagine un Paris dystopique divisé par des inégalités sociales exacerbées et contrôlé par une intelligence artificielle omniprésente. Malgré une esthétique réussie et un univers visuel immersif, le film de Cédric Jiménez manque de profondeur politique et émotionnelle, offrant une critique sociale trop superficielle pour pleinement convaincre.
La saga "Tron" fait son grand retour au cinéma ! Entre un esthétisme sanglant et des machines lancées à pleine vitesse, ce nouvel opus ne manque pas de nous surprendre... pour le meilleur, comme pour le pire.
"Hors-service" de Jean Boiron-Lajous réunit six anciens agents du service public dans un hôpital désaffecté. Le film explore, entre récits personnels et mise en scène symbolique, la perte de sens au travail, les tensions éthiques et l’usure d’un engagement mis à mal par les logiques de performance. Un regard sensible sur une crise systémique et humaine.
Diane Kurys signe avec Moi qui t'aimais un film tendre et mélancolique sur le couple, une élégante évocation qui fait revivre, bien au-delà des apparences, le climat d’une époque et la fragilité de deux monuments Signoret/ Montand portés par Marina Foïs et Roschdy Zem habités et exemplaires.
Adaptation ambitieuse mais inaboutie du roman de Stephen King, "Marche ou crève" explore une dystopie autoritaire où l’endurance devient une forme de résistance. Malgré un duo central solide et un concept fort, le film de Francis Lawrence peine à maintenir la tension et à approfondir son propos politique et humain.
Avec "Une bataille après l’autre", Paul Thomas Anderson signe une fresque foisonnante mêlant révolution armée, fable politique, figures de super-héros et pulsions métaphysiques. Entre anachronisme assumé, satire radicale et mouvement perpétuel, le film interroge nos mythes modernes et la vitalité explosive de toute action humaine.
Et si la véritable violence faite aux filles n'était pas celle du patriarcat, mais celle des mères elles-mêmes ? Dans Faire la peau, Louise Chennevière signe un récit-réquisitoire incandescent sur le couple mère-fille, où l'écriture, entre rage et réflexivité, tente de dire l'inacceptable : la complaisance d'une lignée de mères dans la violence systémique qu'elles ont elles-mêmes subie. Un livre-ravage qui pose une question vertigineuse : faut-il tuer sa mère pour sortir d'une aliénation et vivre enfin libre ?
Des néonazis, un président américain davantage préoccupé par sa teinture que par l’apocalypse, un Panzer qui tient de l’immeuble et une querelle lexicale autour du ping-pong : Fabien Bedouel boucle le cycle de "Valhalla Bunker" en mettant tous les potentiomètres dans le rouge. C’est énorme, idiot avec méthode, et dessiné avec une redoutable efficacité.
« Johannes de Eyck fuit hic 1434… » « La phrase est doublement ambiguë. Elle ne dit pas que le tableau date de 1434, mais que la scène qu’il représente a eu lieu cette année-là. Et elle se garde bien de nous informer si, de cette scène, Van Eyck fut le témoin ou le protagoniste. Elle place le tableau sous le signe du double sens. »
« A l’origine, nous étions des êtres doubles : chaque humain était constitué de deux personnes, unies en un seul corps gigantesque. Notre force et nos capacités étaient d’autant plus grandes et notre pouvoir était tel que nous cherchâmes à rivaliser avec les dieux… »