Tron : Ares – lorsque l’invention dépasse le créateur

Après Tron : L’Héritage en 2010, la saga marque son grand retour dans les salles obscures. Intelligence artificielle et désir de pouvoir s’assemblent dans une version de la « Grille » plus actuelle que jamais.

Synopsis : L’étonnante aventure d’un Programme hautement sophistiqué du nom de Ares, envoyé du monde numérique au monde réel pour une mission dangereuse qui marquera la première rencontre de l’humanité avec des êtres dotés d’une intelligence artificielle…

Une mise en scène dynamique…

L’introduction du film annonce la suite. Des couleurs sanglantes et des formes rectilignes nous amènent vers la « Grille », ce monde que nous n’avions pas revu depuis quinze ans. L’immersion est totale : la caméra ondule et traverse la matière. Elle vacille entre des rotations complètes et des courses à pleine vitesse. Le monde virtuel est à vue d’œil, voire à portée de main.

… mais répétitive

Cette caméra mouvante et immersive est omniprésente. La surprise de l’introduction laisse place à la lassitude, voire à la déception. L’idée est intéressante, car la « Grille » constitue une mouvance en elle-même. Cependant, la réalisation se répète sans se diversifier. Malgré tout, quelques gros plans sur les regards automatiques des programmes cassent ces agitations rapides. Dans Tron : Ares (tout comme dans le précédent opus), le visuel prime. Et se ressasse.

Le robot face à l’humain

Cet opus introduit la notion d’intelligence artificielle, aujourd’hui centrale dans nos sociétés. Elle est intéressante à étudier dans le cadre de ce film futuriste, où le progrès de la technologie prime. Pourtant, sa présence est peu expliquée : elle sert la narration sans l’exalter. En tant que spectateur, il est difficile de comprendre les rouages de ce progrès technique… Les tableaux de bord et ordinateurs qui contrôlent l’intelligence artificielle nous restent étrangers.

L’allure robotique de Jared Leto colle avec son personnage, dont la volonté d’humanité peine à s’expliquer. L’humanité se construit et se ressent : ce sont des étapes que le film ne démontre pas. D’un autre côté, les courses-poursuites s’enchaînent, dans une logique de grand spectacle.

Des personnages soumis au service de l’action

Seulement, le spectacle ne suffit pas…

« I am fearless, and therefore powerful », clame Ares, à la suite de Mary Shelley et son Frankenstein. Le long-métrage est parsemé de ces dialogues pompeux et obsolètes. Comment Ares peut-il ressentir la peur, lorsque celle-ci est à peine visible à l’écran ? Il est en effet difficile de s’attacher aux personnages. La narration ne creuse pas leurs sentiments, leurs envies, leurs idées, malgré quelques plans subjectifs de leurs regards.

Concernant les humains, le personnage de la mère de Jullian reste peu exploité. Nous ne connaissons rien d’elle, malgré ses tentatives vaines de contrôler la soif de pouvoir de son fils. Ce dernier n’est qu’un méchant : rien de plus, rien de moins. Le personnage de Tess est également sous-développé. Censée apporter une touche émotionnelle au récit, elle n’est qu’un fantôme qui flotte au-dessus. Tron : Ares entre directement dans l’action, en plaçant ses personnages au second plan.

Tron : Ares – bande-annonce

Tron : Ares – fiche technique

Réalisation : Joachim Rønning
Scénario : Jesse Wigutow et Jack Thorne, d’après les personnages créés par Steven Lisberger et Bonnie MacBird
Interprètes : Jared Leto, Greta Lee, Evan Peters
Photographie : Jeff Cronenweth
Montage : Mark Yoshikawa
Direction artistique : Chris Beach, Jason Corgan Brown, Denise Hudson, Robert Andrew Johnson, Kristen Maloney, Grant Van Der Slagt et Benoit Waller
Décors : Darren Gilford
Costumes : Christine Bieselin Clark, Alix Friedberg
Musique : Nine Inch Nails
Son : Peter Mulholland, Mark Noda
Producteurs : Sean Bailey, Jared Leto, Steven Lisberger, Emma Ludbrook, Jeffrey Silver et Justin Springer
Sociétés de production : Paradox, Walt Disney Pictures
Société de distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures
Pays de production : États-Unis
Genre : Science-fiction, Action, Aventure
Durée : 1h59
Date de sortie : 8 octobre 2025

Festival

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Newsletter

À ne pas manquer

Digger : satire à balles réelles !

Dans un Hollywood asphyxié par l'absence de prise de risques et l'uniformisation, quel bonheur de pouvoir compter sur une oeuvre telle que "Digger", qui, si elle n'évite pas certains écueils, se révèle être de la trempe de ces films qui osent, qui bousculent, sans ménager le spectacle et le dépaysement attendu de ce genre de productions. Une œuvre qui va diviser, mais qui a le mérite d’exister. Rien que pour cela, l'effort mérite d'être salué.

Doraemon et le Château sous-marin : un cœur sous la carrosserie

"Doraemon et le Château sous-marin" plonge le chat-robot bleu et sa bande dans les abysses, entre camping aquatique, mythes de Mu et de l'Atlantide et peuple des profondeurs. Remake d'un classique de 1983, le film sonde l'âme des machines avec Buggy, véhicule au grand cœur. Une aventure tendre et sage.

Les Roches rouges : L’art de l’enfance

Dans Les Roches rouges, Bruno Dumont filme les jeux et les amours de l’enfance avec le sérieux qu’ils méritent, sans en atténuer le ridicule ni la violence. Sous le soleil de la Côte d’Azur, l’innocence a ses abîmes, et les gestes les plus simples viennent révéler ce que nos vies d’adultes s’emploient à recouvrir.

Détective Conan : L’Ange déchu de l’asphalte – un bolide qui cale au démarrage

Le plus grand petit détective du Japon file à moto aux côtés de Chihaya Hagiwara, la « Déesse du vent », pour traquer un bolide fantôme sur les routes de Yokohama. Un thriller survolté porté par son héroïne et un final à tombeau ouvert, mais dont l'enquête cousue de fil blanc peine à passer la seconde.

Raisons et Sentiments (2026) : le romantisme sous cloche

Georgia Oakley adapte le roman de Jane Austen avec Daisy Edgar-Jones et Esmé Creed-Miles en sœurs Dashwood. Tourné en 35 mm dans le Devon, le film soigne son naturalisme et sa sororité, mais peine à retrouver la satire sociale et la profondeur émotionnelle qui faisaient la force du texte original.

Digger : satire à balles réelles !

Dans un Hollywood asphyxié par l'absence de prise de risques et l'uniformisation, quel bonheur de pouvoir compter sur une oeuvre telle que "Digger", qui, si elle n'évite pas certains écueils, se révèle être de la trempe de ces films qui osent, qui bousculent, sans ménager le spectacle et le dépaysement attendu de ce genre de productions. Une œuvre qui va diviser, mais qui a le mérite d’exister. Rien que pour cela, l'effort mérite d'être salué.

Doraemon et le Château sous-marin : un cœur sous la carrosserie

"Doraemon et le Château sous-marin" plonge le chat-robot bleu et sa bande dans les abysses, entre camping aquatique, mythes de Mu et de l'Atlantide et peuple des profondeurs. Remake d'un classique de 1983, le film sonde l'âme des machines avec Buggy, véhicule au grand cœur. Une aventure tendre et sage.

Les Roches rouges : L’art de l’enfance

Dans Les Roches rouges, Bruno Dumont filme les jeux et les amours de l’enfance avec le sérieux qu’ils méritent, sans en atténuer le ridicule ni la violence. Sous le soleil de la Côte d’Azur, l’innocence a ses abîmes, et les gestes les plus simples viennent révéler ce que nos vies d’adultes s’emploient à recouvrir.