Moi qui t’aimais : La nostalgie est ce qu’elle était

Comment filmer un mythe ? En captant son âme, pas son apparence. Dans Moi qui t’aimais, Diane Kurys esquisse le portrait de Montand et Signoret à travers le prisme de leurs dernières années, alors que l’actrice s’efface et que le chanteur brille encore. Marina Foïs et Roschdy Zem, justes, sincères et sobres, ne jouent pas la ressemblance, mais la connivence. Résultat : un film nostalgique et fin sur le couple, ses déséquilibres, ses fidélités silencieuses. Attachant et émouvant. Une réussite.

Dans une évocation lumineuse et généreuse, Diane Kurys fait revivre avec une émotion et une nostalgie constantes la vie du couple Signoret/Montand.

Diane Kurys ou l’art de filmer l’âme d’un couple

Dans Moi qui t’aimais, Diane Kurys ne se contente pas de raconter Montand et Signoret. Elle en restitue le souffle, la mélancolie et cette alchimie complexe qui fit d’eux plus qu’un couple, un mythe. Loin du biopic convenu, le film choisit la connivence contre la copie, l’émotion contre l’exactitude, l’appel de l’âme contre le pastiche.

Foïs et Zem : l’incarnation par l’intérieur

Marina Foïs en Signoret et Roschdy Zem en Montand ne cherchent pas le mimétisme. Ils en atteignent quelque chose de plus rare : la justesse d’être. Foïs incarne avec une sobriété magnétique cette femme qui, derrière la force affichée toute sa vie, boit, écrit et aime, dans l’ombre de l’homme qu’elle a choisi. Moi qui t’aimais montre avec délicatesse ce décalage de notoriété, la clairvoyance et franchise de Signoret, sorte de figure durassienne, ravie d’un amour inconditionnel. Zem, lui, saisit la tonalité Montand – cette gouaille et cette gravité – sans jamais tomber dans la caricature. Kurys leur offre un espace de jeu où c’est l’âme qui parle, et c’est bouleversant.

Les dernières années : l’amour à l’épreuve du temps

Le film couvre les dix dernières années du couple, période où la gloire de Montand éclipse celle d’une Signoret en retrait, écrivant ses mémoires et regardant son mari briller sans elle. Kurys explore avec une délicatesse attachante ce déséquilibre : cette femme qui se sacrifie par amour, cet homme à la fois présent et ailleurs. C’est un portrait de couple dans ce qu’il a de plus universel : la fidélité qui n’exclut pas la trahison, la tendresse qui coexiste avec la solitude.

Une plongée dans le passé du cinéma français

Autour d’eux, Kurys ressuscite toute une époque : Corneau, Reggiani, Sautet. Les scènes de repas, les promenades à la campagne, les discussions entre amis créent une ambiance chaleureuse et nostalgique qui rappelle les films de Sautet. Le spectateur est saisi par cette mémoire collective, cette légende inscrite et battant le cœur. Les Choses de la vie et du cinéma.

Le couple, ce territoire imprévisible

Le vrai sujet de Kurys, c’est le couple comme entité vivante, changeante, contradictoire, animal de chagrins et de liens. Qu’est-ce que devenir l’ombre de l’autre ? Qu’est-ce qu’aimer quand la passion s’est muée en habitude, en confidence, en attente ? Moi qui t’aimais n’idéalise rien : il montre la force et la fragilité, la fusion et la distance, avec émotion, authenticité et profondeur.

Bande-annonce : Moi qui t’aimais

Fiche Technique : Moi qui t’aimais

Réalisateur : Diane Kurys
Scénario : Diane Kurys et Martine Moriconi, en collaboration avec Sacha Sperling
Genre : Biopic, Drame
Date de sortie : 1 octobre 2025
Durée : 1 h 58 min (118 minutes)
Avec : Roschdy Zem, Marina Foïs, Thierry de Peretti
Musique : Philippe Sarde
Photographie : Philippe Rousselot
Montage : Manuel De Sousa
Costumes : Thierry Delettre
Production : New Light Films
Distribution : Pan Distribution
Pays de production : France
Sélection : Festival de Cannes 2025 – Cannes Classics

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Toy Story 5 tire la corde vers l’infini et au-delà

"Toy Story 5" déçoit malgré une belle animation. Woody trahit sa fin du quatrième opus, Buzz reste secondaire et c'est Jessie qui porte tout le poids émotionnel du film. Un scénario qui ne décolle jamais, des décors paresseux... Disney a-t-il fini par essorer sa propre saga ?

The Christophers : le prix des âmes

Le dernier Soderbergh : grand petit film sur les affres de l'art au temps de son extrême marchandisation. "The Christophers" brasse avec finesse la question de la valeur d'une œuvre et de la place de l'artiste dans un monde qui fétichise la marchandise. Entre un vieux peintre cabotin et une jeune faussaire en quête de vengeance, Soderbergh opacifie savamment un scénario trop convenu pour mieux révéler les contradictions profondes des artistes, empêtrés entre beauté, gloire et compromissions.

Le Cuirassé Potemkine : cent ans de rage intacte

Cent ans après, "Le Cuirassé Potemkine" revient en salles avec une musique inédite signée Pet Shop Boys. Chef-d'œuvre du cinéma muet, le film d'Eisenstein n'a rien perdu de sa puissance subversive. La rage de ceux qu'on écrase n'a pas de date de péremption.

Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Maelström d'émotions, caméra à l'épaule et visages en gros plan avec "Ma famille chérie". Isild le Besco signe un ouragan familial tendre et survolté, entre fulgurances cassavetiennes et grâce mélancolique d'Élodie Bouchez.

L’affaire Zanetti : Confessions d’une meurtrière

Dans un centre pénitentiaire italien, Elisa Zanetti, condamnée pour le meurtre de sa sœur, entame des entretiens avec un criminologue qui ravivent un passé familial trouble. Entre huis clos oppressant, flashbacks maîtrisés et performances intenses, le film interroge la portée réelle d’un travail de reconstruction face à un crime irréparable.

Toy Story 5 tire la corde vers l’infini et au-delà

"Toy Story 5" déçoit malgré une belle animation. Woody trahit sa fin du quatrième opus, Buzz reste secondaire et c'est Jessie qui porte tout le poids émotionnel du film. Un scénario qui ne décolle jamais, des décors paresseux... Disney a-t-il fini par essorer sa propre saga ?

The Christophers : le prix des âmes

Le dernier Soderbergh : grand petit film sur les affres de l'art au temps de son extrême marchandisation. "The Christophers" brasse avec finesse la question de la valeur d'une œuvre et de la place de l'artiste dans un monde qui fétichise la marchandise. Entre un vieux peintre cabotin et une jeune faussaire en quête de vengeance, Soderbergh opacifie savamment un scénario trop convenu pour mieux révéler les contradictions profondes des artistes, empêtrés entre beauté, gloire et compromissions.

Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Maelström d'émotions, caméra à l'épaule et visages en gros plan avec "Ma famille chérie". Isild le Besco signe un ouragan familial tendre et survolté, entre fulgurances cassavetiennes et grâce mélancolique d'Élodie Bouchez.